‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 28 sur 66 · C. CIT · texte numérisé non relu

C. CIT

(S) Hai momata 'mchia di taie capo, che non la poteo tagllarepapa n«' mperator«. (La Vita, c. xxxv.)

TYRÂNmE PË BIENZI. 181

core s*il s'en fût tenu là! aiiais, comme si sa vanité n eut pas été satisfaite, il revint le lendemain, suivi de ses cavaliers, sur le théâtre de la bataille. Une mare d'eau était là, encore teinte du sang de Stefano Colonna. 11 prit dfî cette eau dans le creux de sa main» et, en aspergeant son fils Lorenzo qu'il avait amené avec lui, il dit : a Sois dé- « sonnais chevalier de la victoire, d H obligea ensuite ses officiers à frapper le jeune homme sur le dos du plat de leurs sabres. Cette cérémonie n'était pas seulement ridi* cule, elle était encore barbare» et la désertion des cavaliers, qui refusèrent de servir davantage, en fut la conséquence immédiate (1).

Si jusque-là le tribun avait gardé quelque mesure, dès ce jour il n'en connut plus et se précipita d'erreur en erreur. Comme s il eût cru désormais son pouvoir au-dessîis des orages, il déploya tous les caprices de la tyrannie. Son orgueil devint insupportable. On aurait dit, au luxe de ses vêtements, un monarque asiatique. Pour subvenir à ses profusions^ il frappa le peuple de nouvelles taxes, dépouilla les couvents, inventa des accusations contre les riches afin de s'emparer de leurs biens. On le vit tomber ainsi dans tous les vices, dans toutes les infamies qu'il avait reprochés naguère aux barons, et s'attirer autant de haine qu'il avait d'abord mérite d'amour. Alors le mécontentement populaire se trahit par des murmures, et Hienzi n'osa plus convoquer d'assemblée. Ainsi, cette victoire, qui aurait dû consolider sa puissance, en accélérait la ruine. La politique de Clément Vi ne tarda pas à lui porter le dernier coup (â).

Malgré la pompe de ses dépêches sur le bon État, mal*

(1) La Vita, c* mvn.

(2) Id., c. xxxvn.

m fflSTomfi DE Là papauté, uv. yui.

gré ses protestations réitérées d-obéissance au Saint-Siège, riilusioii sur les vues et Je caractère du réformateur avait été courte à Avignon. Tant d extravagances de sa part, son ambition si mal déguisée, avaient désendiantë ses plus zélés partisans. Pétrarque, (]ui lui avait prodigué de si pompeux éloges, commençait à douter de son iiéros, et il écrivait, le 23 novembre, à son ami Lœlius : a J'ai vu, j*di c( lu la copie de la lettre du tribun, et j*en suis stnpé- « fait (1). » Bien des gens étaient comme Pétrarque et ne pouvaient croire aux nouvelles qui arrivaient de Rome. Le mépris remplace d'ordinaire une admiration exagérée. Autant on avait exalté Rienzl, aut<iiil on le rabaissait. Ses courriers, naguère si respectés, n'étaient plus accueillis qu'avec insulte; Fun d'eux même se vit arrêté près de la Daranee, ses dépêches furent mises en pièces, et on lui brisa sur la téte le bâton qu'il portait (2). Quant au pape, tant que les ailes de la faveur populaire avaient porté le tribun, il s'était contenté de faire surveiller ses démarches par son légat, le cardinal Bertrand de Deux (ô). Mais, sitôt qu'il vit cette faveur ralentir ses élans, il écrivit au même légat qu'il était temps d'avertir Rienzi de cesser désormais ses entreprises coupables, de rompre la ligue qu'il avait formée avec le roi de Hongrie contre la reine Jeanne, de retirer sa ridicule citation de Charles IV, de Louis de Bavière, des électeurs de l'Empire, et de révoquer certains actes qui blessaient les droits de Tfiglise romaine, comme de traiter en souverain les domaines du Saint- Siège, de méconnaître ie vicaire pontifical et d'opprimer les barons. S'il acquiesçait, le légat devait exiger de lui le serment de fidélité et le laisser dans son emploi, seul

(1) Prlrarch., Fam., ep. vii.

(2) Ep. Nirolaï, ap. Hocsem, 1. II, c. xxiv. (3j %Jiaid, ami. i547, 11°* U et lô.

LE LÉGÂT BERTRAND Dfi DEUX. m

ou avec un vicaire pontifical ou tout autre collègue, selon que les circonstances le permettraient. S'il ne se souffleU tait point, le légat avait ordre de le priver de son oifice de directeur, de le frapper même d'excommunication, si les soupçons d'hérésie que Ton répandait sur son compte pre- • naient de la consistance ; d'exhorter le peuple romain à se détacher de lui, et de jeter Tinterdit sur la ville. Dans ce dernier cas, et pour contraindre par les armes le tribun à la soumission, le pape annonçait à Bertrand de Oeux qu'il avait nommé gouverneur des possessions ecclésiastiques Guichard de Cambronne, son neveu. Cette lettre portait la date du 3 novembre (1 ).

Bertrand de Deux était du village de Blauzac, au diocèse d'Uzès ; il avait d'abord clé archevêque d'Embrun, puis le pape Benoît XII l'avait élevé au cardinalat avec le litre de SainIrHarc. En 1333 il fut envoyé au delà des monts, en qualité de nonce, pour pacifier la Lombardic. En 1335 il reçut la mission d'aller à Rome réconcilier les Colonna et les Orsini, persuader aux Romains de n'admettre à Tavenir, pour le gouvernement de la ville, que des magistrats dépendants du pape, et recevoir le serment de fidélité de Robert de Naples. Depuis le meurtre d'André, il était dans ce dernier royaume pour y faire respecter les droits du Saint-Sioge et livrer au glaive de la justice les complices de l'assassinat du prince (2). Le cardinal Bertrand avait donc vieilli dans les légations ; c'était le politique le plus expérimente du Sacré Collège; il possédait à un degré supérieur Fart de cacher à ses adversaires les fils du réseau dans lequel il voulait les enlacer.

Les ordres apostoliques reçus, le légat se mit en devoir

(i ) Rayuald, anu. 1347, ïi'' 17. .

(i) Zephirino Rc, p. 170. — Aubery, liisl. générale des cardinaux, l. I, p. 4<»8.

m HISTOIRE DE U PAPAUTÉ^ UV. VUI.

de les exécuter. Pour être plus à portée de l'état des choses, il quitta Naples et viat s'établir au Vatican. C'était l'époque où Rienzi, à la tête des milices de la YÎlle, guerroyait hors des murs conUe les seigneurs coalisés; le premier acte par lequel le légat signala sa présence fut d'envoyer au tribun une sommation de revenir aussitôt pour entendre les ordres du pape. Ces ordres étaient probablement ceux contenus dans la lettre du pape. Peut-être le légat n'avait-il pour but que de mettre fin à des hostilités que n'approu* yait pas la cour pontificale. Or, soit que Rienzi pénétrât les vues du cardinal, soit qu'il eût à cœur de montrer qu'il pouvait braver son autorité, il ne revint h Rome que lorsqu'il lui plut. Alors il alla trouver le légat : a Vous « nous avez mandé ; qu*avez-vous à nous ordonner 7 — ce J'ai à vous communiquer plusieurs instructions de la a part de notre seigneur le pape, repartit le cardinal. — « Et quelles sont ces instructions?» reprit insolemment le tribun, rucnzi mil dans ces dernières paroles un tel air de dédain, qu'il ferma la bouche au cardinal. On se sépara sans rien ajouter (1), Bientôt la détiaite des barons et la victoire du tribun anéantirent les projets de Bertrand de Deux, qui se vit forcé de fuir à Montefiascône, et là d'attendre les événements (2). De cette ville il ^tretenait des rapports avec les barons, et s'entendait avec eux sur les moyens de renverser la tyrannie (3).

Cependant Rienzi, abusant de sa victoire, se précipitait dans tous les excès d'une administration arbitraire. Alors les murmures du peuple éclatèrent. C'était là ce qu'attendait le cardinal. S'armant aussitôt des foudres de l'Église, il lança contre le tribun un décret où celui-ci était excom-

(1) La Vîta, c. xxii.«-GrûD. di Bologna, p. 407.

(2) Chron. Estcnse, p. 445.— Oron. di Bologo», t. XVIII, p. 40T.

(3) Zephirino Re, p. 471 . •

CHUTE DE RIEINZI. iB6

munié comme hérétique (i). En même temps il publia *

une adresse du pape lui-même, qui appelait le peuple romain à secouer le joug d'un aventurier extravagant et rebelle (2)« L'autorité de Cola, déjà minée par tant de causes de mine, fut tout à fait ébranlée parce dernier coup. Le tribun le comprit, et, pour éviter la catastrophe qui le menaçait, il s'efforça de revenir sur les actes qui avaient le plus indisposé contre lui Tautorité pontificale. Q abandonna ses prétentions et celles du peuple romain sur Té- Icctioad un empereur, retira sa citation des prétendants à l'Empire et des électeurs allemands, renonça à la souveraineté sur les sujets de FÉglise romaine (5), déposa les titres ambitieux qu'il avait jusqu'alors affectas (4). Le vicaire du pape était revenu à Rome, il le nomma de nou- "veau son collègue au milieu d'une assemblée populaire tenue au C"apilole (5). Mais un retour forcé à l'ordre ne réhabilite point les pouvoirs que la tyrannie a usés, parce que les gens de bien n'y ont pas foi, et qu'il mécontente les méchants. Rienzi ne trouva donc aucun appui dans ses réformes, et co qui lui restait de popularité ne suffisait pas à le défendre contre les attaques que préparait le légat.

Il y avait alors- à Rome un aventurier célèbre par ses antécédents : c'était Giovanni Pipino, comte de Minorbino et palatin d'Altamura dans le royaume de Naples. Son génie inquiet, factieux, et ses brigandages, avaient obligé

autrefois le sage roi Robert à le faire renfermer ; mais depuis il avait été délivré de sa prison par le roi Àndré» à la

(1) La Vita, c. xxivii.

(2) Raynald, ann. 1547, n« 18 et seq.

(5)Giov.Vni., l.XU, c. civ.

(4) Papencordt, p. 204.

(8) Chron. Estense, p. 445.

. 186 HISTOIRE DB LA PAPAUTÉ, UV. VIIL

suite des sollicitations de Pétran|ue, envoyé par le cardinal Colonnâ à la cour de Naples (1). Après l'assassinat du malheureux prince, le palatin s'était transporté en Hongrie auprès du roi Louis pour Texciter à venger la mort de son frère, et il attendait à Rome Tarrivée de ce monarque en Italie. Tout récemment, le tribun s'était fait ùn ennemi de Minorbino en le citant devant son tribunal, pour quil vînt y rendre compte de certaines déprédations coiiiiiiises par lui sur le territoire de Terracine, et eu le frappant ^ d'un décret de bannissement sur son refus de comparaître. Altéré de vengeanceje comte était sorti de Rome, et avait couru à Monteiiasconc combiner une contre-révolution avec les Colonna et le légat (2).

le i5 décembre, parut à la porte du château Saint-Ange nnn nfOche dans latpielie Luca Savelli convoquait ses amis et ses partisans pour chasser le tribun. Ce dernier envoya déchirer cette affiche, et lit poser à la place, contre Luca Savelli, une citation conçue en ces termes : « Nous, Cola di « Rienzi, chevalier, lieutenant du pape, notre seigneur, « ordonnons à Luca Savelli de comparaître devant nous c( dans l'espace de trois jours. » On emprisonna en même temps quelques partisans de ce baron (5). La nuit suivante, les cris de : « Vive les Colonna I mort au tribun et « à ses partisans!» retentirent tout à coup dans la ville. C'était Minorbino, qui, après s'être fortifié avec cent cinquante cavaliers sous Tare de San Salvadore in Pesoli, excitait le peuple à se soulever. Le tribun fit aussitôt sonner le beffroi du Capitole pour réunir ses défenseurs ; mais les citoyens, naguère si prompts à voler au secours de Rienzi, entendirent le reste de la nuit et le jour sui-

(1) De Sade, 1. 11, p. 149 cl 150.

(2) Zephirino Re, p. 197 — Giov. Vill., 1. XII, c. civ. (5) Giuron. Esteuse, p. 446.

GUUTË DË AlËNZi. «g7

vant la cloche sonner sans répondre à son appel ; cliâcun se renfermait chez soi et s'y fortifiait (1). La situation du tribun devenait critique. Quelques troupes dévouées Tenf.ouraienl encore : il les envoya, sous la conduite d'un officier nommé Scarpelta, attaquer Minorhino; mais celui-ci les reçut vigoureusement, tua leur chef et les mit en déroute. Alors une frayeur mortelle s'empara de Rienzi, il crut tout perdu; des larines coulèrent de ses yeux, et, s* adressant au petit nombre de gens du peuple qui s'étaient rendus près de sa personne : « f ai gouverné d'une ma- Ci uière irréprochable , dit-il; c'est par envie qu'on se €< montre mécontent de moi ; reprenez donc ce pouvoir a souverain que vous me conflàtes il y a sept mois, n A ces mots, que des soiî|)irs accompagnèrent, Rienzi monta à cheval, et, suivi de ses hommes d'armes, enseignes déployées, musique en téte, il descendit du Capitole, et alla se renfermer dans le château Saiul-Ange, où sa femme vint le rejoindre, déguisée en habits de Frère Mineur (2).

La victoire du comte de Minorbino avait été si impré^ vue, que les barons n'osèrent d'abord s*y fier, et se tinrent éloignés de la ville pendant trois jours. Les Golonna vinrent les premiers; ils furent suivis par le légat, qui fulmina de nouveau Texcommunication contre Rienzi. On nomma trois sénateurs. Berlholdo Oisini et Luca Savelli furent les deux premiers ; le cardinal iîit le troisième (3). Les choses reprirent leur cours accoutumé. Quelques jours suffire ni pour effacer jusqu'aux traces de radimmsUation tribuni tienne.

(1) Giov.ViU.,l.XlI, c, civ.

(2) U Vita, c. m?in.— Giov. Vill., loc. cit.

(3) GbroD. Estense, p. 447.-* U Vita, c mvin. Citron. Regiense,

t. xvin, ^ 6ê.

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