‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 27 sur 66 · VUI · texte numérisé non relu

VUI

« Canzone , lu verras au Capitole un chevalier honoré de l'Italie entière, parce qu il pense à autrui plus qu'à lui-même. Di&>iui : « Un « homme qui ne t'a pas encore vu de près, et qui t'aime sur ta seule « renommée, te rappelle que Rome à chaque instant, de ses sept « collines, tourne vers toi ses yeux mouillés de pleurs (3). »

(1) AlUisîion nu pnpe i i'sidant a Avignon.

(2) r^ous nous sommes servi ici de la traduction élégante de M. Léon

Boré.

Les anciens commentateurs Antonio Minturno, Veliitello, Gésualdo, Giulio Gamillo, Castelvetro, Tassoui et Muratori, avaient été d'accord que

mmi TRifiUN. i7i

Hais ce n'étaient pas seulement les poètes qui exaltaient

Rienzi : il recevait de la part des républiques cl des princes de l'Italie des témoignages plus flatteurs eue on . Les cités de Florence, de Sienne, d*Arezzo, de Todi, de Spolete, de Rieti, d*Amelia, de Tivoli, de Velletri, dePistoie, deFoligno et d'Assise, iui adressèrent des ambassades solennelles. Le grand Lucchino Visconti lui envoya de Milan une lettre, où il Texhortait à continuer son œuyre, et lui conseillait de travailler doucement à dompter les barons. Les Pepoli, de Bologne; Obizzo, deFerrare; Mastino délia Scala, de Vérone; Philippine de Gbnzaga, de Mantoue; les seigneurs de Carrare, de Padoue, Francesco des Ordelaffi, deForli; lesHalalesta, de Himini, suivirent bientôt ces exemples : c'était un entraînement général. Florence mit à la disposition du tribun cent cavaliers, Pérouse soixante, Sienne cinquante, les habitants de Gaëte lui envoyèrent 10,000 florins et lu seigneurie de leur ville. Venise, dans imc lettre scellée en plomb, lui offrit les ressources de la république. Fatig^ué de ses luttes avec le Saint-Siège, Louis de Bavière sollicita secrètement son amitié et sa médiation pour se rapprocher du pape (1). Le prince Charles de Duras l'appela

le iiLTOs (le ce hcnn canzonc osl Cola di Rienzi ; mais Tnlibé de Sade crut devoir embrasser un autre -^.eiiiimfnt ! dans luie céli'hre dissertation imprimée à la suilf" ili: -es Mémoires sur la vie de Pétrarque, il en fît honneur à Slpffmo (.ol uua le jonne. L'autorité d'un tel homme, les raisons séduiiaiUes de sa disserlatiuu, chaug.;reul sur ce point l'opinion des littérateinN. Belinelli, Tirabosclii lui-même et Ginguené, ont cru devoir s'eu tenir au sentiment énoncé par de Sade. Mais ce n'était là qu'une surprise, et, après la dissertation savante (I dihi' ( par Zrphirino Re dans ses notes à la Vita di Cola di Hienzi , dissertation où les raisons de de Sade sont détruites l'une après l'autre par une discussion lumineuse du texte même du canzonc, spirto gentil, il n'est j os permis de douter que le sujet de celte remarquable pièce ne soit Cola di Rienzi.

(1) La Vïta, c. jxi\, — Cronaca. Sanese, p. 108. — • Giov. Vill., 1. XII, c. uxxix.

172 HISTOIRE 0£ LA PAPAUTÉ, UV. YUI.

son très-cher ami. Le roi de Hongrie remit solennellement à son arbitrage le différend qu'il avait avec la reine Jeanne au sujet de Fassassinat du roi Ândré son frère (1). Rienzi conduisit les hérauts du monarque hongrois devant le peuple assemblé, un jour où quelques malfaiteurs avaient subi leur supplice ; là» posant sur sa tète la couronne tribunitienne, et prenant en main un sceptre surmonté de la croix : ce Je jugerai, dit-il, les villes dans la justice, et les « peuples dans l'équité ('2). » Rienzi commença, en effet, des procédures sur Fattentat commis à Âversa ; mais il eut assez de prudence pour ne jamais prononcer de jugement (3). Un seul prince connut assez le tribun pour en faire le cas qu'il méritait : ce fut Philippe de Valois. Il lui. écrivit comme à un marchand, et envoya sa lettre par un archer (^).

On ne peut se dissimuler que Rienzi, dans les premiers jours deson gouvernement, n'eût fait de grandes et salutaires choses, et qu'il ne se fôt rendu digne de la haute considération que les souverains et les peuples lui accordaient à Tenvi ; mais il n'avait point cette modestie qui est reffet d une juste appréciation des circonstances et de sa position, l^nivré de tant d honneurs, sa tète se troubla tout h coup au faite du pouvoir ; il se crut grand lorsqu'il n'était qu'heureux, fait pour maîtriser la fortune lorsqu'il n'était que le favori d'un de ses caprices. Sa conduite chan- ' gea, et, dès lors, les hommes clairvoyants durent prévoir qu'il irait à sa ruine (5).

{]) UocseiD, Gest. ponlif. Leodiens., t. U» l. U, C. nxv.

(2) Psal. XGTi.— Là WlA, c. xni.

(3) Id., c. xxnetxxiv.

(4) Id., c. xxu.

(5) Giov. Yill., 1. XU, c. uxxix, dit que les sages disaient : Gke la detta impma de! bribuno era ud* opéra fantasUct e da poco dnrare.

niENZI TRIBON. 173

Le changement qui se manifesta en lui était d'autant plus choquant, qu'il contrastait davantage avec ses antécë-

dcnts. On le vit, lui plébéien, lui sorti du sein de la pauvreté, lui dont l'éloquence avait si souvent exalté la simplicité des anciens Romains, on le vit affecter un luxe aristocratique, rechercher les festins somptueux, se faire un palais décoré avec une magnificence toute royale (!)• Il donna à son épouse une garde, des dames d'honneur; et, lorsqu'elle allait par les rues de Rome, il la faisait précéder par des femmes dont T occupation était de défeiulre, avec des éventails, son visage de rimporlunitc des mouches (2). Les titres de tribun sévère et dément , de libérch leur illustre de la ville, ne suffirent plus, selon son gré, à exprimer la dignité de sa mission ; il y ajouta ceux de canr didat^ de ehevdier de tEspriP-Saint, de zélateur, de l'Italie^ d*amateur de runivèn, et de tribun aiujuste. On trouve ces dénominations cnipliati(|ues dans sa correspondance avec le souverain pontife (3). (Voir aux Ptkcs justificatif ves, n* 4 0.) 11 fit hattre monnaie à son eflûgie (4) , ne marcha plus qu'environné de toutes les pompes de la royauté. Ix>rsqu il était assis sur son siège, il exigeait que tous ceux qui se trouvaient près de lui se tinssent debout, et que leur attitude exprimât le respect le plus profiomd. Il semblait se complaire dans l'humiliation des grands barons, et cherchait à leur rappeler qu'il les tenait sous son joug (o).

En même temps il méditait les plus vastes desseins : l'expulsion de la reine Jeaime, la soumission du comté de

(1) La Vila, c. xiY.

(2) Id., c. XX.

(5) Hocsem, c. xxxv. — Chron. Regiense, p. 65.

(4) Ep. démentis VI, ap. Raynald, ad ann. i3*7, n** 14.

(5) La Vita, c. xx.

Digr

174 HISTOIRE DE LA PAPAl^TK, LIV. VllI.

Provence et du royaume de Sicile au peuple romain, desseins pour lesquels il s'assurait, par des traités seci*ets, la coopération de Louis de Bavière et du roi de Hongrie (1).

Ce n'est pas tout : il méditait encore la résurrection de Tunité italienne par la réintégration de la majesté impériale à Rome. Des moiuimcnts aulhontiqucs lémoignent que des mesures pour raccomplissenieiU d'un toi dessein furent sérieusement tentées ; que Paolo Vaiani, chevalier romain, et Bernardo dei Possoli, de Crémone, furent choisis pour parcourir rilalie, nolilier à toutes les villes que leurs habitants avaient été élevés par lui à la dignité de citoyens romains, et que Télection de l'empereur appartenait au peuple romain ; leur déclarer que le choix du prince serait fait à Home par vingtrquatre électeurs, et qu elles eussent à y envoyer, à l'époque de l'Assomption prochaine, le nombre d'électeurs qui leur avait été accordé par les ordonnances déjà publiées à cet égard (2). L'ambition de Rienzi se démasquait ici : il voulait arriver lui-même à lempire ; plusieurs le crurent alors, et Clément VI ne craint pas de l'aftirmer dans deux de ses lettres (3).

Mais, pour mériter une dignité aussi imposante que celle d'empereur, il aurait fallu à Rienzi une considération toujours croissante, et le démagoiine la perdait par des extravagances qui donnaient à penser que la suprême puissance avait dérangé son cerveau. Ses actes n'étaient . plus qu'une série de fantaisies capricieuses, el chacune de

(1) Raynald, ann. 4547, n'* 43.

(2) Isioria Pistolcsi , p. 520. — Ep. Clementis YI, ap. Raynald, ad

aiia. 1547, n"'' W et 15.

(3) Cerlas voccs in clcctionc rouiani imperaloris oblulit vel conccssit... ut favorfini veslruni cL aliunini populorum ItnlifP per luijusmodi adulatialU's subdolas el derisoria hlandiinenla sibi nlUali.it, et ad fastigium ca:sarhv dl^iiiiatis... asceudal. (Ep. Clem. ad populum romanum, ap. Raynald, tlbi supra, ii ' ib.)

mmi TRIBUN. m

ces fantaisies devenait pour le public Toccasion d'un spectacle. Il lui prit envie de se faire armer chevalier. Celte cérémonie eut lieu leV août dans Téglise de Saint-Jeande*Latrnn, à la suite de festins somptueux. Elle s'accomplit comme les précédentes, au milieu d'une pompe symbolique et d'un concours immense, La veille, Rienzi avait voulu prendre le bain dans la conque même où l'empereur Constantin s'était, disait-on, haigné autrefois après avoir été guéri de la lèpre par le pape saint Sylvestre, et, la nuit suivante, il l'avait passée dans l'église de Saint-Jean (1) .

Cette cérémonie était à peine achevée, qu'il en recommença une autre non moins solennelle et non moins ridicule^ en se faisant couronner publiquement de six couronnes emblématiques (2). Ces folies furent complétées par une troisième plus misérable encore. Au milieu d'une messe qu'il faisait célébrer dans la chapelle du pape Bo^ niface, il se leva tout à coup, et. s' avançant vers le peuple : « Sachez, dit-il, d'une voix forte, que nous citons dett vant nous Louis de Bavière et Charles, roi de Bohême, « qui se font nommer empereurs, ainsi que les électeurs « de l'Empire, afin qu'ils viennent justifier, les premiers, <c du titre qu'ils revendiquent; les seconds, du droit qulls « s'arrogent de nommer à TËmpire, attendu qu'un tel « droit a appartenu de tout temps au peuple romain. » ,(^oiv aiux Pièces jmiificativcs^ n'* 11.) Ces citations, rédigées par la main d'un notaire, furent expédiées snr*iechamp. Àprès cela, tirant son épée, il frappa l'air par trois fois du côté des trois parties du monde, en disant : « Ceci est à moi ; ceci est à moi ; ceci est à moi (3). » Le

(I) La VtU, c. XXV.

(S) fiocsem, 1. il, c. ixxt.— Gron. Sanese, p. 108. — Ghrofi. Eshasse, t. XV, p. 440.— btoria Pistoleti, t. XI, p. S80. (3) Queslo é mio, qumto é mio, questo é mio. (U Vita, c. xxvi.) Le Jiio-

176 mSTOlRE D£ LA PAPAUTÉ, LIV. VIII.

vicaire du pape, fiaymond d'Orvieto, élait présent à cette cérémonie. H demeura d'abord comme pétrifié de Taudace

de son collègue; puis il essaya, par l'organe d'un noLaire, de protester; mais Rieozi ûi couvrir sa voix par le bruit des fanfares (1), et, peu après» il lui notifia qu'il voulait être seul unilie et n'avait plus besoin de son concours (2).

Les citations du tribun furent reçues comme elles devaient l'être, c'est^ànlire avec mépris (3) ; d'un autre cété, le peuple ne vit point avec son enthousiasme accoutumé celte scène indécente. L'upiaion publique se partagea; las uns taxaient Kienzi de témérité, les autres de folie (4). Une indigne perfidie, qu'il commit bientôt après, augmenta encore celle première brèche faite à sa popularité. Le 14 septembre (5), il envoie une invitation à iStelano Colonna pour dîner au Gapitole. Sous divers prétextes, il mande près de lui les deux sénateurs, Pietro Àgapito Golonna et Berlholdo Orsini, Gianni Coloana, Giordano Orsini del Monte, Rinaldo Orsini di Marino, Cola Orsini,

graphe le manuscrit du Vatican, publié par Bzovius, diseiil que Rienxi cita aussi le pape et les cardinaux, cl la plupart des historiens Tout répété après eux; mais les noms du pape et des cardinaux ont été glissés dans le texte des anonymes après coup, et sur des bruits populaires : car ils ne se trouTent point dans l'acte qui nous est parvenu de celle citation, et jamais cette folio ii*a été reprochée par le pape à Rienzi, pas même dans son procès. (Voir la Dissertation de l'abbé de Sade, t II, aux noies.) (1) La Yila, c. xxvt.

(2j Id., c. XXI. Le biographe ne soit point, dans son récit, Vordre des temps. Selon lui, Rienzi se serait défait du vicaire pontifical avant la céré* monie de la citation; mais Raymond d*Orvie(o, dans son acte de protestation envoyé à Clément VI, se nomme encore le collègue de Rienxi. (Voir Papencordt, Pièces justificatives, n** 6.)

(5) Hœ litterœ nbi pervenerunt in Gennaniam ad principes, contempf» sunt ab omnibus. (Germ. Chron., l. XXIV, ad caleem.)

(4) Fa laie che lo riprese di audacia , e tele disse che era faatasiico e pauo. (UVita, c. xxvn.)

(o) Ep. Nicolaî ad archidtac. Leod., ap. Hocsem, l* n, c, xxxvi

RifilSZl TRIBUN. m

seigneurs de Santo-Agnolo, Bertholdo, seigneur de Yicovaro, et plusieurs autres. Ces barons ne sont pas plutôt réunis» qu'As se voient saisis et renfermés dans des prisons séparées. Leur crime, dit-on, est d'avoir conspiré contre la sûreté de l'ÉtaU On se figure aisément la stupeur de ces prisonniers et les alarmes dans lesquelles ils durent passer une iiuil, (ju ils avaiciiL mille raisons de croire la dernière de leur vie. Ils ne doutèrent plus de leur sort lorsqu'ils virent un religieux Mineur se présenter pour entendre leurs confessions ët les disposer à paraître devant Dieu. Tous reçurent les derniers secours de la religion, excepté le vieux Stefano Golonna, qui répondit ne vouloir ni se confesser ni communier, parce qu'il n'y était point préparé. Rienzi était bien résolu de leur faire trancher la tèteà tous ; mais, quelques bourgeois influents s étant interposés, il abandonna ce dessein à leur sollicitation, et se décida à tourner en ostentation de nrïiséricorde la scène qail avait apprêtée pour la vengeance. A neuf heureSy le peuple se rassemble ; les barons sont amenés ; le lieu est tendu de rouge ; tout annonce une exécution sanglante. Mais, contre l'attente de la multitude, Rienzi parait à une tribune, prononce un beau discours sur ces paroles de l'Oraison dominicale : «Pardonnez-nous nos a offenses, » excuse la conduite des barons, assure qu'ils étaient disposés à servir le peuple ; puis, les ayant reçus en grâce, il nomme l'un intendant des vivres, l'autre duc de Toscane, celui-ci duc de la campagne de Rome, celuilà consul et patricien, fait des présents à tous, et les congédie, après avoir partagé avec eux un splendide festin (l).

Cette scène étrange déplut beaucoup aux gens sensés.

(1) La Vila, c. xxix.

178 HISTOlfiË DE U PAPAUTÉ, LIV. Vlli.

et le peuple disait : a I) a allumé un feu et une flamme a qu'il ne pourra pas éteindre (1). » En effet, aucun des barons ne se méprit sur le vrai motif auquel ils devaient la vie, et la prétendue clémence du tribun ne les rassura point. Il avait manqué sun coup ; il imaginerait bientôt un autre moyen de se défaire d eux, et le premier usage qu'ils firent de leur liberté fut de quitter Rome. Les Colonna et les Orsini mirent à la hàie Castel-Marino en état de défense, y rassemblèrent des hommes d armes; les autres barons . vinrent y joindre les leurs. Bientôt Tétendard de la révolte fut levé-; Rinaldo Orsini passa le Tibre, entra dans la ville de Nepi» mit tout à feu et à sang, taudis que son frère Giordano poussait des courses jusque sous les murs de Rome, d'où l'on voyait les ravages de ses soldats.

Naturellement peu guerrier, Rienzi avait laissé les préparatifs des barons s'accomplir tranquillement» se contentant de lancer contre ses ennemis des citations dont ceux-ci se moquaient. Il fallut que les murmures du peuple le tirassent de son inaction (2). Mors seulement il se -mit à la téte des milices urbaines, sortit de .la ville, empl(3ya huit jours à parader plutol qu à combattre autour de Castel-Marino ; puis, après en avoir dévasté le territoire, il rentra dans Rome pour s'y montrer dans le costume des anciens empereurs romains et triompher, comme s'il eût fait de glorieux exploits (ô).

Les barons profitèrent de Tindolence du tribun pour organiser leurs forces et tenter un coup de main sur Rome même. Ils avaient des intelligences dans la ville, et les portes devaient leur en être ouvertes. Rienzi le sut; il en

(1 ) Questo.a aceeso *1 faoco e la flamma, la quale non la potra spegnera. (La Vita, e. xm.) (2) Id., c. m.

(5) Id., c« XXXI.

DÉFAITE 0SS BARONS. m

devint malade de frayeur et perdit l' appétit et )e sommeil . Cependant il se rassura un peu, et, comme la masse du

peuple ne 1 avait point abandonné, il essaya de rcchauffer son enthousiasme par le récit de visions prophétiques. Un jour il racontait que saint Martin» qui était fils d'un tribun, lui était apparu et Favait assuré qu'il détruirait les ennemis de Dieu. Un autre jour, il di>ait avoir vu le pape Boniface VIU et avoir appris de sa bouche que bientét il serait vengé desColonna, qui avaient si indignement traité I Lglise de Dieu. Ce stratagème lui réussit, et la foule manifesta un moment encore son ancienne confiance en son tribun (i).

Le novembre était le jour fixé» dans le conseil des barons, pour l'attaque. Leur armée, partie à minuit, arriva avant le jour au monastère de San-Lorenzo-FuoriTle4fura* Le jeune Stefano Colonna, prenant les devants, se présenta à l;i porto : a Je suis, dit-il à la sentinelle, un citoyen roa main, ami du bon État; veuillez m'ouvrir, je veux ce rentrer obez moi. » Mais le commandant, Paolo Buffa,répondit que la garde était changée, que, pour lui, il n'ouvrirait point, et en même temps il jeta la clef par dessus la muraille; la porte ne s'ouvrant que du dedans. Pendant ce colloque, le bofiroi du Capitole appelait le peuple aux armes. Stefano, jugeant que le coup était manqué, retourna vers les siens, à San-Lorenzo, pour le leur ap* prendre. Ceux-ci, forcés d'ajourner l'exécution de leur dessein, ne voulurent point se retirer sans honneur, et, partageant leurs soldats en trois corps, ils décidèrent qu'ils défileraient ainsi, musique en tète, devant la porte. Déjà les deux premières colonnes avaient passé quand tout à coup la porte s'ouvre devant la troisième. Gianni

(1) U YiU, c. uni.

Colonna, qui la commande, s'imagine que ce sont les amis des barons qui, redevenus maîtres du poste, accomplissent les conventions, et, n'écoutant que son ardeur, il s'y précipite bride abattue et la lance en arrêt. Le peuple fuit derant lui. Tout était gagné si les hommes d'armes de la troisième colonne eussent suivi leur chef; mais ils restèrent immobiles. Le courage revint aux Romains, et Gianni, exposé à leurs. coups, périt sur la place (1). Dans ce moment, Stefano Golonna reparait, il appelle son fils à grands cris : il vient pour le secourir ou le venger. Mais seul encore il franchit le seuil de la porte. Âtlemt d un coup de pierre à Finstant où, jugeant tout effort inutile, il se retournait pour s'enfuir, il est renversé à son tour et massacré. Sa chute fut le signal de la déroute. Tou^ les barons se dispersèrent, emportés par la frayeur. Les Romains n'eurent que la peine de tuer ceux qu'ils purent atteindre (2) .

Si quelque chose peut égaler lalionte d'une semblable défaite, ce fut la stupidité avec laquelle Rienzi jouit d'une victoire qui ne lui avait pas même coûté la peine d'en être spectateur. Au lieu de poursuivre son avantage, de fujidi e sur les rebelles éperdus, désunis, et de les détruire, il s'amusa à donner au peuple le burlesque spectaçle d'une procession triomphale, dans laquelle, le sceptre en main, la couronne en tète, il monta au Capitole et déposa dans Tiglise d'Âra-Cœli les insignes de sa dignité. Là, tirant son épée du fourreau et Fessuyant à un pan de son habit: a .r,ti coupé, dil-il, les oreilles de qiu'lques têtes que ni c< pape ni ^pereur n'avaient jamais pu couper (5). » £n-

(1) Li YiU« c. mm.

(2) Id., c. miv. — Gron. dl Bolog^na, p. 407. — Giov. Vill., 1. Xfl,

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