SUCCÈS EN ESPAGNE
trois ans. Luirméme se rendit à Marseille en personne, afin de hâter les travaux de ce formidable armement (i). Et
« le dit roi de France » ne s'en tint pas là, il envoya encore « grands messages par devers le roi de Honguerie, a qui étoit moult Taillant homme» en lui priant qu'il fût ce appareillé et ses pays ouverts pour recevoir les pèlerins « de Dieu. Ce roi de Honguerie y entendit volontiers et « dit qu'il étoit tout pourvu, et ses pays aussi, pour rece- «c voir son cousin le roi de France et tous ceux qui avec (c lui iroient. Tout en tdle manière le signiiSa le roi de « France au roi de Chypre, monseigneur Hugues de Lusi- <c gnan, et au roi de Sicile, qui volontiers y entendirent. » Si nous devons en croire notre chroniqueur, les républi* ques de Venise et de Gènes promirent également de seconder les nobles desseins du roi. Plus de trois cent mille personnes se croisèrent (2). Et, toutefois, ces brillantes espérances s'évanouirent. Ces gigantesques préparatifs n'aboutirent à rien. Philippe, de retour à Paris, ne songea plus qu'à combattre les Anglais, et le pape ne s'occupa qu'à empêcher l'emploi des décimes à des usages pro&nes.
Les généreux dforts de fienoit Xil obtinrent en Espagne des résultats plus heureux. Là, son autorité triompha des obstacles soulevés par F astucieuse politique. U obtint d'Âlfonse XI, roi de Castille» la cessation du commerce criminel qu'il entretenait avec dona Éléonore de Gusman (5). 11 rétablit ensuite la bonne harmonie entre ce monarque et celui de Portugal (4), imposa silence à toutes les discordes qui ensanglantaient la Péninsule, aifai-
(1) Histoire du Languedoc, t. IV, p. 220.
(2) Froissarl, 1. I, c. lx et lxi.
(5j itaynaid, ami. 1338, n" 51.
(^) Ferreras, Histoire tj^éuérale d Espagne, trad. de M. d'Hermilly, t V, p. 14i* et i)uiv. — Mariaua, de Rébus Hispanio;, 1. XYI, c. v.
Uissaient les forces chrétienaes et stimulaient l'audace des musulmans. En effet, ces ennemis du Christ, dans
l'espoir de profiter de ces discordes pour étendre la puissance de Mahomet, avaient appelé à leur aide les Maures d'Afrique, et Alboacen, roi de Maroc, préparait de l'autre côté du détroit une formidable expédition. Cette nouvelle, qu'un ambassiuleur castillan, Jean Marlinezde Leyba, apporta à Avignon, y produisit une grande sensation. Le danger où se trouvait l'Espagne impressionna vivement l'esprit de Benoît Xn. Quels malheurs n'allaient pas menacer la chrétienté tout entière si l'Espagne succombait dans la lutte désespérée qu'elle soutenait depuis si longtemps! Quand Tempire grec, battu de tous côtés, n'offrait plus aux Turcs qu'une faible barrière; quand l'Allemagne, la France, l'Angleterre, étaient désunies ; quand l'Italie ne présentait qu un vaste champ de bataille, oii Guelfes et Gibelins se disputaient une vaine prépondérance, que deviendrait la chrétienté, pour laquelle les Pyrénées ne seraient plus un boulevard? Et Benoît sentait toute la nécessité de renforcer la résistance en Espagne, en appelant sur ce théâtre la valeur des princes et des chevaliers de l'Europe. Non-seulement il accorda aux prières de l'ambassadeur Martinez de Leyba les indulgences des guerres saintes et les décimes, pendant trois ans, sur les biens ecclésiastiques de l'Espagne, il exhorta encore la république deGénes, les rois de France et d'Angleterre, à venir au secours des chrétiens de la Péninsule, et lui-même s'engagea à fournir sept cents chevaux. La France et l'Angleterre gardèrent le silence; Gênes seule envoya quinze galères, encore la Castîlle devait-elle en payer la solde (i). Cependant le péi il pressait, les galères d'Alboacenjetaient
{i) Ferreras, V, p. 144. — Mariana, iiy, XVI, c. vn.
YICTOIBB D£ TÂRIFFÂ. eO
déjà sur la rive européenne d'innombrables soldats $ car, par ordre de ce monarque, on avait publié une guerre sainte depuis Maroc jusqu'à Tunis, et peu de mahométans avaient cru pouvoir se dispenser de répondre à la voix du prince musulman. Mais quand à l'approche d'une grave circonstance une nation tout entière en appelle à son courage, et que tous se lèvent exaltés par le danger pour y faire tète, cette nation est invincible. Grâce à la bonne harmonie que Benoit XD avait rétablie entre les trois souverains, TEspagne put alors disposer de toutes ses forces pour les opposer à l'invasion. Les chevaliers des deux ordres religieux de SainWean de Calatrava et de SaintrJacques, leurs grands maîtres, les barons, suivis de leurs plus vaillants hommes d'armes, accoururent se ranger autour des bannières de l'Église, qui flottèrent bientôt au milieu de quarante mille soldats. Cette armée, toutefois, n'était pas la huitième partie de celle des musulmans, que le calcul des historiens fait monter à quatre cent mille hommes de pied et soixante-dix mille chevaux. Mais elle se composait de l'élite des guerriers espagnols, marchait sous les ordres de deux héros, don Àlfonse XI, roi de Cas^ tille, et don Alfonse IV, roi de Portugal, el ses opérations allaient être dirigées par les conseils d'Egidius Aibomoz, archevêque de Tolède, légat du Saint-Siège, qui, dans cette mémorsdile campagne, jeta les fondements de cette réputation de sagesse et de courage ({111 i' éleva si haut dans l'estime de ses contemporains.
Les musulmans, avec toutes leurs forces, mirent le siège devant Tariffa, L'armée chrétienne accourut au secours delà place pour la dégager. Ce fui sous les remparts de Tariffa ci sur les bords du Salado, le 30 octobre 1340, qu'eut lieu un des chocs les plus sanglants dont l'histoire fasse mention. La victoire, longtemps disputée
70 UISTOIBE DE LA PAPAUTÉ, LIY. VK
par lesmnsolmans, en raison de leur nombre, resta enfin
auï chn'iirns, (|ui passèrent |)iH le tranchant du glaive deux cent mille de leurs eunemis. Les débris de celle formidable expédition» qui avait menacé l'Espagne d'une ruine entière, repassèrent précipitamment le détroit à la faveur des ombres de la nuit. Le Icndeuiain, les chi éticns cbercbèrent eu vain leurs adversaires. Le roi de Castille ^Yoya au pape, avec la nouTelle de cette prodigieuse victoire, c^t cbevaux, conduits par un nombre égal de Mau* res prisonniers, cent cpées, autant de boucliers, et vin^lqualre étendards, avec le coursier qu'il montail pendant la bataille» et la bannière qu*on portait devant lui. Une partie de ces glorieux trophées servit & orner les voûtes de la chapelle pontificale (1). Le pape, dont les soins paternels avaieut si à propos rétabli la bonne harmonie dans la Péninsule, pouvait, à juste titrot revendiquer une part à rhonneur de ce brillant fait d'armes.
Du reste, aucun pontife n'eut moins que Benoit XII rhumeur belliqueuse. S'il faut en croire un chroniqueur, il avait déclaré dans le premier consistoire qu'il présida qu'il n'entendait point que, dans le cours de son pontificat, aucune Église, à commencer par TÉglise m m a lue, soutint ses droits par les armes (2). Aussi la pensée ne lui vint-elle pas d'intervenir militairement, pour le bien du Saint-Siège, au milieu des ambitions rivales qui se choquaient en iiaiie. Le triomphe des Guelfes et rabaissement
(1) Ferreras, i, V, p. 153 et suiv. — Manana , 1. XVI, c. vu et vin.~ Historiai romannp Fragmenta, aj>. Muratori, Antiq. italicm maedii œvi, t. III, p. 320 et seq. — Baluze, Vitœ, l. I, p. 204. — Garibay, Compendio 'IliilorilîldeUschronicasde todoslosregnosdeEspaôâ, fol. 1628, t. Il,p.i6.
(S) GoBsiilorittiii tonvtt in qiu> decreirit et $tatuit quod toto tempore suo Bcdêsia ronuma vel «lia qu»?is gladinm martialaiii non «xerceat vel 'Jaciat gaerrtB contra quemeam^ae bomineia. (Ghron. Gomelil Zanlfiiet, ip. Vwtfl&e «t Doraod, Vet«nan teript, anipl. GoUect, t. Y, p, 108.)
POUTiQU£ Ofi BENOIT XU. 71
des Gibelins, ce grand projet qui avait coûté à Jean XXII taui de sacrifices, était 'nullement dans les goûts du rigide cistercien. Sa modération naturelle lui persuadait que rautorité pontificale gagnerait davantage à se montrer pacifique, qu'elle imposerait plus efficacement silence aux querelles. Bertrand de Deux, archevêque d'embrun, et depuis cardinal de Saint-Marc, qu'il envoya dans ce but, déploya un rare Calent pour les négociations. Par une trêve conclue à BcnévenL, il suspendit pendant quelque temps la guerre ruineuse que se faisaient Robert et Frédéric pour la succession de la Sicile (!)• A Rome, il décida les Colonna et les Orsini à faire une trêve de plusieurs années, et ramena la tranquiliilé dan» la ville, en partageant le pouvoir entre ces deux familles. Les soins du même nonce rétablirent également la concorde dans le Patrimoine» le duché de Spolete, la Bomagne et la Marche d'Âncône (2). Mais la renommée de Bertrand de Deux seule gagna à ce succès des vues politiques de Benoît XII. L'adoption d'un système pacifique n'est salutaire qu'autant qu'on a préalablement assis son autorité sur de fortes bases. Celle de l'Église en Italie était minée de toutes parts. La paix ne servit qu'à favoriser son entière destruction. L'on peut dire que ce fut à l'ombre de cette paix inopportune que les Malatesta à Rimini, les Ordélafli à Forli, lesManfredi à Faenza, achevèrent de consolider une tyrannie qu'il fallut quinze années et des prodiges de talent et de courage pour renverser.
(I) La seconde et li cinquième Vie de Benoît XII , dans Baliue, p. 241» et 254 « parlent d*une paix; mais ce mot ne peut signifier qu'one simple tréTe, attendu que les actes authentiques ne disent point qu'un arrangement définitif ait jamais été oondu entre Naples et la Sicile du vivant de Benoît XII.
(3) Baluie, Vit», 1. 1, p. 2iM.
72 HISTOIRE D£ LA PAPAUTÉ, LIY. Vi.
Il y eut, sous le règne de notre pontife, de la part des
Grecs, une tentative de réunion qui est devenue célèbre parle mérite personnel du négociateur qu'on y employa. Ce négociateur était Bernard Barlaam, né à Séminara, dans la Calabre ultérieure, mais Grec d'origine. Il avait embrassé la profession religieuse dans l'ordre de Saint- Basile, el, à l'époque où T empereur Ândronic le Jeune . l'envoya à Avignon, il était abbé du monastère de Saint- Sauv^r à Constantinople. Barlaaro possédait de rares talents; il avait un esprit subtil, penjant, orné des connaissances les plus étendues et les plus variées. Il ne s'énonçait pas avec facilité, mais en revanche il avait la conception prompte, vive, et rendait avec une merveilleuse clarté ce qu'il avait conçu (1). Boccace, qui eut plus tard l'occasion de connaître à Naples ce moine fameux, dit qu'il était petit de corps, mais grand par son esprit. U ajoute que non-seulmnent la Grèce n'avait pas alors un faommc plus savant que lui, mais que, depuis bien des siècles, elle n'en avait pas fourni un semblable (2).
Barlaam produisit une grande sensation à Avignon ,* il y fut bientdt lié de rapports et d'amitié avec Pétrarque, qui saisit avidement Foccasion d'apprendre la langue grecque sous un maître si distingué (5). Quant à sa mission, elle ne réussit point et ne devait point réussir. La réunion des Églises n'en était que le prétexte ; son but réel était de bâter un secours que le pape avait fait espérer , et dont les
cuzeni illst., 1. II, c. xxiix.) — logenio agilis, euuuiiandis afiectibus k< borabat. (Peirarcha, var. xx.)
(2) iSedura his temporibus apud Grœcos, sed nec a muUis sœculis citra, fuisse virum tam insigni tamquc grandi scientia praiditum. (De Genealog. deorum, 1. XV, c. vi.)
(5) Dû Sade; Mémoires pour la vie de Pétrarque, 1. 1, p. 408.
Lfi mm BABLAAH. 75
Grecs nvaient le plus grand besoin contre les Turcs. D'ail- . leurs, Barlaam n'avait aucun pouvoir, ni de l'empereur, ni des patriarches, pour traiter. 11 demandait qu'on as* semblât un concile auquel les quatre patriarches seraient convoqués, et où la question de la procesbion du Saint- Esprit serait de nouveau débattue* Dans la conférence qu'il eut à ce sujet ayec lé pape et les cardinaux, on lui répondit qu'on ne voyait pas la nécessité d'assembler un concile, vu que, la question en litige ayant été déjà irrévocablement définie par celui de Lyon, il était inutile delà soumettre à une discussion nouvelle (1).
Barlaam reprit le chemin de l'Orient avec cette réponse. Au fond, ce savant religieux ne {)nrtageait pas 1 obstination de ses compatriotes sur les points controversés avec les Latins. Cantacuzène, qui voyait dans TÉglise romaine un ennemi bien plus dangereux pour l'Orient que les légions oUoinanes, reproche à Barlaam d'avoir conlribué à la ruine de TEmpire en y apportant l'esprit de cette Église si abhorrée des Grecs (2).
De retour en Orient, l'illustre basilien exerça son talent contre les Palamites, sorte de conlcmplalils quiétistes, les attaqua par écrit et de vive voix ; démasqua leur hypocrisie en montrant qu'ils ressuscitaient les pratiques obscènes des Massaliens, enthousiastes anciens qui, en fixant leur nombril et retenant leur haleine, s'imaginaient voir une lumière surnaturelle. Les disputes qu'il soutint avec leur chef, Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique, sur la vision de la lumière incréée, produisirent un grand éclat. Palamas avançait que la lumière incréée était, non la substance divine, mais cette gloire, cette splendeur éma-
(1) Raynald, aim. 1559, n**» 49 et seq.
(2) Cantacuz. Hist., loc. cit.
74 mSTOIRE DE LA PÂPÂUTÊ» LIV. VI.
naat de la substance divine, que les saints appellent iiiti^
et, de plus, que les anges, les saints étaient capables de contempler cette lumière, quoiqu'ils ne le fussent pas de eontempler l'essence divine* Barlaam soutenait au contraire que la lumière incréëe n'était ni Fessence divine, ni un effet de la substance divine, et qu aucune puissance divine ne pouvait rendre les regards humains capables de contempler la déité. Si l'opinion de Palamas supposait une dualité de substance étemelle, le sentiment de Barlaam détruisait la vision béatifiquc après la résurrection de^ saints. Ce dernier fut condamné par un synode tenu en 4341 dans Téglise de Sainte-Sophie, enpr&ience deTempereur et sous la présidence du patriarche de Constantînople. Cet échec acheva de lui dessiller les yeux : il abandonna la Grèce et le schisme, écrivit en faveur de la procession du Saint-Esprit et de la primauté du pape, et vint cherdier un asile en Italie, où il obtint Tévècbé de 6éraci (1). Les talents et la réputation de ce savnnt religieux exercèreut la plus grande influence sur la restauration des lettres en Occident.
Un des événements les plus célèbres du pontificat de Benoît XII est le couronnement de Pétraï que. iNotrepoëte • avait toujours vivement désiré cet honneur ; son désir fut satisfait* Le 23 août 1340, comme iL était dans sa chère solitude de Vaucluse, occupé à composer son grand poème de V Afrique, il reçut deux lettres, Tune du sénat romain, Tautre de T Université de Paris, qui Tinvitaieut à venir recevoir la couronne poétique. A. Rome et à Paris ses amis littéraires avaient tout fait pour ressusciter en sa faveur ce triomphe, qu'on ne décernait plui» depuis des siè-
(1) Cantacuz. llisi., 1. Il, c. tluxh et il. — Nalali:» Alexandri Hisl. eccles.» t. VII, p. 105 el seq.
des, et ils étaient parvenus à lever tous les obstacles*
Il serait diflicile de peindre la joio de Pétrarque à cette double invitation. £ile le jeta toutefois dans une grande perplexité» car il ne savait à quelle ville donner la préférence. « Â Paris, écrivait-il au cardinal Giovanni Colonna, c< il n'y a jamais eu de poëte couronné; je serai le pre- « mier ; cette nouveauté me pique et je me porte de ce fc côté^là. Mais la vénération que j'ai pour Rome, où les « plus grands poètes ont été couronnés, fait pencher la a balance de l'autre côté. Je regarde cette grande ville « comme ma patrie, et, à ce titre, je crois devoir la prém fiSrer (1). » Il se décida en effet pour Rome.
Cependant, il ne voulut pas triompher avant d'avoir^ dans un examen solexmel, fourni les preuves de son talent, et pour jnge de ce tournoi littéraire il choisit le roi de Naples. Robert d'Anjou n'était pas seulement le monarque le plus sage et le plus magnifique de son siècle, il en était encore un des iiommes les plus lettrés. La beauté de son esprit, la variété de ses connaissances, la faveur dont il honorait les savants, avaient porté haut sa renommée par toute l'Europe. « Je ne connais, disait Pétrarque, ce personne plus capable que le roi Robert de porter un « jugement sain sur mon esprit (2). » Quelle vanité ne Irahissent pas de telles paroles 1
Notre poëte partit d' Avignon vers le milieu de février 1341, et arriva à Naples vers le milieu de mars. Le monarque Taccueillit avec des honneurs proportionnés à la profonde estime qu'il avait conçue de lui, voulut voir le poème de rAfriqtie, quoique cette œuvre ne fût qu'ébauchée, et en désira la dédicace. L'examen de Pétrarque
(1) PeU-ai'c. oper. éd., Basil., i, 111, p. 5.
dura trois jours, il roula sur la littérature* Thistoire et la philosophie. Le poëte y soutint merveilleusement sa réputation, et fut déclaré digne du laurier poétique. Le roi lui donna la robe qu'il portait ce jour-là» alla qu'il la revêtît le jour du couronnement*
Le S avril 1344 , le son des trompettes annonça à Rome cette cérémonie. Elle fut magnifique. Un témoin oculaire en a écrit la relation (1). Pétrarque monta au Capitole précédé par douze jeunes gens pris dans les maisons de Fumo^ de Frincia, deCrescenzio, de Caffarelli, de Capizucchi, de CaticelUerij de CuccinOy de Bom, de Papazun i, de Papare$e, d'ÀUieri, de LuciL Ces jeunes gens étaient vêtus d'écarlate, et récitaient des vers à la louange du peuple. Tenaient ensuite six des principaux citoyens de Rome habilles de vert et portant des couronnes. Il y avait un Savelli, un Conth nn Orsini, un Ànnibaldmhif un *Papare9dUf un Mfmkmaro. Pétrarque marchait au milieu d'eux. Le comte Orso d\inguillara, sénateur de cette ;ianée, fermait le cortège, accompagné du conseil de la ville. Quand le sé^ nateur eut pris place sur son siège, un héraut appela Pë* trarque. Celuinsi se présenta, cria par trois fois : <x Vive ce le peuple romain ! vive le sénateur ! que Dieu les maince tienne en liberté ! » Puis, le poëte s'élanl mis genoux, le sénateur posa sur sa tête la couronne de laurier, en disant : a La couronne est le prix du mérite. » Après quoi le lauréat débita un magnifique sonnet à la louange des anciens Romains, et le peuple cria d'une voix unanime : a Vive « le Capitole ! vive le poète 1 )>
Pétrarque avoua alors qu'il n'avait point eu dans sa vie un jour comme celui-là, où tout un peuple, dans l'élan
{i) Monaldeschi, ap. Vitale, Stoiia de' senatoi i di Homa, t. I, p. 264. — Voir aussi le diplôme qui se trouve à la page -Àod.
BÉFOBMES DK B8N0IT XII. TT
Spontané de son admiration, le proclama le premier poète du siècle. Mais telle est la Yanité de la gloire humaine» que la plus brillante de toutes peut-être parut bientôt fade au cœur de notre poète. Plus tard, dans sa vieillesse, il regrettait ce jour. Ses lauriers lui semblaient prématurés, et leurs guirlandes flétries ne lui laissaient plus voir que les traits bideux de l'envie qu'elles avaient déchaînée oontre sa renommée (1).
Les actes les plus considérables de Benoit XII furent des réformes. Par de sages constitutions, il abolit plusieurs exactions arbitraires dont quelques évéques, sous prétexte de redevance, grevaient les ecclésiastiques dans leurs visites pastorales (2). Il s'efforça de ramener dans les cathédrales l'exactitude du service divin, qui est l'âme de la piété. L'ambition, l'oubli des vertus monastiques, avaient gradu cil 0111 ont (liniinué l'esprit rclifi^ieux chez les chanoines réguliers, les moines noirs de Saint-Benoit et les Cisterciens ; Benoît fit de salutaires règlements pour raviver dans ces trois ordres la régularité, l'amour de l'étude, la ferveur, en un mot (5). Il défendit aussi, à moins d'une permission spéciale du Saint-Siège, le passage des moines mendiants aux ordres contemplatifs, passage devenu trop fréquent, el qui était le plus souvent provoqué plutôt par rinconstance personnelle que par le désir de vivre avec plus de perfection (4),
Les finances, sous Benoit XII, continuèrent h être florissantes. Le trésor apostolique s'accnit même d'une manière assez notable. U est vrai que notre pontife détruisit les réserves et les expectatives. Hais, comme il ne soutint
(1) Seoil.» 1. 1, ep. i.
(2) Baluze,yits, t. L p. SÛT-
(3) id., p. dos et aoe.
(4) Id., p. m.
79 HISTOIRE DB U PAPAUli, LIV. VI.
aucune guerre, que l'économie la plus sévère présidait aux moindres détails de l'administration, les dépenses du gouvernement ne devaient point exeéder le revenu de
ses capitaux. T)' ailleurs, Benoît trouva le moyen de combler en partie le déficit causé par la suppression des résene& et des expectatives en vendant les vicariats impériaux de l'Italie. À ce titre, il recevait de Lucchino Visconti et de son frère, rarcbevèque Giovanni, un tribut de 40,000 florins; de Mastino délia Scaia, de Vérone, 5,000 florins; d' Alberto Scaligeri, de Vicence» une égale somme ; de Guillaume de Gonzaga, delfantoue et de Reggio, d'Alberto de Garrara, de Padouc, 10.000 florins; d'Obizzo d'Esté, pour Modène et Ferrare, 10,000 florins. Quand Bologne, coupable de l'expulsion du légat apostolique Bertrand du Poyet, eut fait sa paix avec le Saint- Siège, elle s'engagea à payer 8,000 florins. C'était donc près de 50,000 florins qui tombaient annuellement dans les caisses pontificales. Cette somme, jcnnte k cdles des autres contributions, suflisait à enUetenir la prospérité des finances eeclésiastiques.
Benoit XU était inconunodé d'un embonpoint extraordinaire. Cette obésité engendra chez lui une surabondance d'humeur qui se déclara, dès l'année 1340, par des plaies aux jambes. D'abord cette infirmité n'empêcha point le pape de vaquer aux travaux du gouvernement, et de tenir régulièrement les consistoires, qu'on assemblait dans sa chambre. Mais le mal fit insensiblement des progrès que l'impéritie des médecins ne sut ni prévenir, ni arrêter, et Benoît mourut le 25 avril 134â, après un règne de sept ans quatre mois et six jours. 11 fut enseveli dans l'église cathédrale d'Avignon, dans une chapelle qu'on bâtit exprès (I),
(1) Baluie, p.
MORT 0fi BENOIT XII. 79
et où on lui éleva un mausolée que le temps a détruit (!)• Il lui en a été dressé dans la muraille un autre, modeste comme sa vie. Son trépas fut justement pleuré des peuples, car sa charité s'était fait sentir à eux, et on le regarda comme un saint. Benoît XII a laissé peu de trace dans l'histoire j le génie lui manqua, mais iï eut la Tertu» qui vaut mieux que le génie«
C'est à ce pontife si simple, si modeste pourtant, que la Papauté doit le complément de la tiare ou sa troisième couronne* La coiffure des papes avait été de prime abord un bonnet pointu, sans ornements, semblable aux mitres phrygiennes. Vers la fin du cinquième siècle, le pape Symmaque y posa la première couronne. Boniface Ylll y ajouta la seconde, comme un symbole de la double autorité du pape sur le spirituel et sur le temporel. Benoît XII enfin y plaça la troisième, pour exprimer par là, à l'égard du vicaire de Jésus-Christ, les trois puissances royale, impériale et sacerdotale (2).
(1) Tevssier, Ilist. des pontifes, p. \
(2) Nous suivuiis it:i l'opinion de Macri sur la signilication de la tiare, quuiquc cet auteur se trompe sur l'origiae de cette triple couronne : Antiquitus hoc regnum (couronne pontificale) unka corona cing«lMtiir; sed Bonifacîus VIII addidit reliquas duas Qt denotsret triplice ponUltcis dominium, reginm nempe, impériale et saoerdolale... Qumdo primas di«co- I11I8 eardinalis ponit prima vice novo pontifici caroauram (la tiare), dicît luee verba : Accipc thiarram tribus coronis omatam, et scias le esse patrem prindptim «t regem y el sdas te esse pastorem orMs io terra, vicarium sakatoris nosUri 1. G., c«i est lumor in sœcula sœculoram. {Jero Uggkim, au mot MUra,)