‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 7 sur 66 · AFFAIRE D£ LOUIS DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

AFFAIRE D£ LOUIS DE BAVIÈRE

Cependant Louis trouva le moyen, par F entremise de l'Autriche, de détacher du nombre de ses adversaires la Bohême et la Hongrie; mais la France et Naples se montrèrent intraitables. Chaque fois que les députes allemands se présentèrent à la cour, ils trouvèrent que les représentants de ces deux puissances les avaient prévenus, et ils quittèrent Avignon sans avoir rien fait (1).

On se demande d'où pouvait naître l'opposition que faisait ici à Louis de Bavière Philippe de Yalois, lui qui avait agi tout récemment auprès du pape en faveur de ce prince. A cet égard, ou est réduit aux conjectures. Philippe entrevoyait peut-être que la réconciliation du Saint-Siège avec FEmpire lèverait les obstacles qui empêchaient le retour de la Papauté à Rome, et ce retour n'allait point à ses vues. D'ailleurs , il convoitait pour son propre compte le vicariat de l'Italie, et retenait en garde quelques villes de TEmpire ennemies de Louis de Bavière, dont il craignait que la paix ne le forçât de se dessaisir (2). 11 n'en faut pas davantage à la politique humaine pour lui inspi* rer les plus injustes démarches. Naples suivait la France.

Louis de Bavière ne perdit point courage : à la suite d'une diète convoquée à Spire, il envoya à Avignon l'évéque de Uolï (3) et Gerlac de Massaw pour réitérer ses supplications ; mais ces nouveaux envoyés vinrent se briser, comme les premiers, contre Tinfluence de la. France, et il leur fut impossihle de rien obtenir (4).

Ces difiicultés produisirent les plus fâcheux eilets : elles

(1) Mb. Argent., p. 127.

(2) Id., loc. cit. — Daniel, Histoire de France, t. V, p. 308.

(5) Guria Bechniciana. (Gluvier, Introduclio ad Geographiam, p. 220.)

(4j Alb. Argent., p. 127. Cet hisfa^rien nipporle que Benoit Xli répondit en pleurant à ces envoyés que le roi de France lui avait écrit que, ail absolvait Louis de Bavière, il le traiterait plus mal que Pbilippe le Bel

irritèrent Louis d'abord, puis elles amenèrent imecompU-

cation po]iti(|iie qui entrava encore l'œuvre de la réconciliation. Les rois de l^'rance et d'Angleterre étaient sur le point de commencer cette lutte acharnée qui devait conduire notre patrie sur le penchant de sa raine. Le roi d'Angleterre voulait être roi de France, parce qu'il était fils d'Isabelle, sœur de Philippe le Bel, et qu'à la mort de Charles le Bel il ne s'était plus trouvé d'héritier direct du royaume de France. Or, dans un conflit comme celui qui se préparait, l'amitié ou rinimilic de Louis de Bavière était de la plus haute importance pour chacune des parties belligérantes. Malgré ses torts envers Louis, comme ce ■ dernier avait tout à gagner à une alliance avec la Fhince, il n'aurait pas été diflicile à Philippe de l'attacher à sa cause ; niais, par une inconcevable erreur, il laissa à son rival le champ libre pour attirer à son parti le monarque allanand. Louis de Bavière prêta volontiers l'oreille aux propositions d'Edward : elles lui offraient le moyen de se vengei' de Philippe de Valois.

En vain Benoit Xll s'efforça de traverser cette négociation en représentant à Edward qu'il ne lui convenait point de s'unir à un prince déciarc hérétique, schismatique, excommunié (1); il ne lit qu'en retarder l'issue, il ne put l'empêcher : l'intérêt chez Edward parla plus haut que la voix du père commun des fidèles. Les deux monar^ ques s abouchèrent à Renss en personne, et signèrent un traité par lequel Edward, revêtu du titre de vicaire impérial pour les provinces de TEmpire situées sur les bords du Rhin , s'engageait à payer à Louis un subside de

n'avait traité Boniface VIU ; mnis cet aveu humiliant ne se trouve que dans Albert de Strasbourg, cl cet historien afUche envers la France une odieuse partialité qui infirme l'autorité de son témoignage. ' (1) Raynald, ann. 1337, n° 7.

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400,000 florins (1), à la charge pour ce dernier d^équiper une armée avec ce subside et de faire la guerre à Philippe.

Cependant, avant que ces négociations eussent aboiifî, Benoît XII clait parvenu à décider le roi de France à se rapprocher de Louis de Bavière. En elîet, des envoyés français» que rhistoire ne nomme point, se rendirent à AvignoA pour agir conjointement avec Robert, comte palatin du Rhin, ci Guillaume, comte de Juliers, nouveaux ambassadeurs de Louis. Ces derniers tirent leur entrée à Avignon le dernier jour de janvier ^5?»7, et le pape leur donna audience le même jour. Les choses parurent un instant prendre une marclic favorable. Mais tout fut arrêté par le traité de Henss, et les deux comtes reçurent l'ordre de revenir en Allemagne (2).

La conduite de Louis ne se ressemblait plus. Depuis son dernier échec, il prenait à tâche de justilier les refus qu'il avait éprouvés en cour de Rome. Les moines schismatiques avaient retrouvé leur influence auprès de lui, et il s'abandonnait de nouveau à leurs perfides conseils. Comme tous les hommes que l'orgueil a fait dévier, Michel de Césène, Guillaume Occam, Ubertin de Casai, Jean Jandun, persévéraient dans leur criminelle opposition à rÉglise. Ni la vanité de leurs protestations, ni leur scîn^nie tué par le ridicule, ni T isolement dans lequel ils végétaient, ni le temps, n'avaient pu les éclairer sur leur funeste égarement. Ils ne persistaient pas moins à en appeler au concile général des sentences qui les condamnaient. La cour de Louis étant leur unique asile, ils sentaient fort bien qu'ils seraient perdus si ce prince rentrait dans la

(1) Ce chiffre est de Rebdorff, p. 426. — Albert de Strasbourg dit 80,000 km d*or, p. 228.— Germ. Chron., 1. XXIV, p. 870. {i) RdidoriT, p. m— Balue, Vitœ, 1. 1, p. m.— Baynald, âDD. 1557, 8, 5 et 4j et ano. 1558, 4.

communion de l'Église romaine; c'est pourquoi ils s'effor"

çaient derentretenirdans sa révolte. Ce fut à l'instigation de ces conseillers pervers que Louis convoqua, au mois de juillet 1558, à Renss, une diète des électeurs et des princes de TEmpire, où il fît rédiger, contrairement à ses récentes déclarations, un décret dans lcf|iiel il soulen;nt que la dignité impériale venait immédiatement de Dieu, que Tacte seul de Télection faisait l'empereur, que la confirma» tion du pape ne servait qu'à rabaisser la majesté de TEmpire, et que quiconque pensait autrcmcnl ciaiL coupable de lèse-majesté (1). Ce fut encore à l' instigation de ces mêmes conseillers que Louis publia et lit aûicher aux portes du palais impérial, à Francfort, un second décret dans lequel, après avoir fait l'apologie de sa conduite, il cassait les procédures de Jean XXH contre lui, et affirmait n'avoir plus à s'inquiéter de Tabsolution (â). Enfin, c'était à l'instigation des mêmes conseillers que Ix>uis dépouillait les couvents de leurs biens , et persécutait les religieux qui, dociles aux sentences du Saint-Siège, ne voulaient point reconnaître son titre usurpé d'empereur (3).

L'historien Mbert de Strasbourg fut chargé de portera A.vignon les décrets du prince et de la diète dcRenss (4). 11 ne parait pas que cet envoyé fût muni d'aucun pouvoir, et que sa mission eût d autre but que celui de montrer au

(1) Cet acte est rapporlé tcxtuelleinrtit p?ir Aventin, Annal. Boiorum, 1. Vil, p. 740. L'auteur ajoute qvie Guillaiiine Occam assistait à la diëte.

(2) Decretum quoddam, de consilio (luorumdam Fratrum Minoruni confectum, sub sigillo niagno edidit. (Alb. Argent., p. 129.) — Ce décret est encore dans Aventin, p. 742. — Haynald, ann. 1358, n" 13. — IlcbdoriT, p. 426.

(3) Don)inicani,ad imperatorem desciscere, nisi urbe excedere raaluissent, coacti sunt. (Avent., p. 743.) — Joanncs Latomus, ap. Raynald, ann. 1538,

(4) Le t«zte dn message de la diète se trouve dans RebdoriT, p. 427.

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souverain pontife qu'on pouvait désormais se passer de lui. Dans Taudieitce qu*il donna à Albert, Benoît parla sévèrement du prince bavarois, cl lorsque l'envoyé, pour le calmer, rappela que Sa Sainteté avait naguère tenu un langage plus doux sur son maître^ le pape se p.rit à sourire et repartit qu'apparemment ce prince voulait rendre le mal pour le bien (1). Benoît ne fit pas d'autre réponse à l'insolent message de la diète. Mais il envoya en Allemagne Arnaud de Verdala, en qualité d'intmonce, pour rechercher les causes de l'inconstance de Louis, lui montrer qu*il cédait àdc pernicieux conseils, et attirail sur sa personne la rigueur des jugements divins. Verdala s'acquitta de sa mission avec zèle, mais ses efforts n'aboutirent à tirer de Louis que ces deux propositions banales : 1* qu'il laissait le Saint- Siégc arbitre de tous les différends qui existaient ou pourraient s'élever entre le roi de France et lui ; 2" que dans le démêlé qui divisait la France et l'Angleterre, si Philippe de Yalois choisissait le pape pour arbitre, Edward consentirait volontiers ;i prendre Louis, pourvu qu'on le rendît ù la communion des fidèles. Ces deux propositions, ayant été discutées dans le conseil des cardinaux, furent jugées inadmissibles : la première parce qu'elle était sans but, la seconde parce qu'elle étaitpeu honorable au Saint-Siège (2). Ainsi tout échouait.

Cependant on avait compris à Avignon que le plus grand obstacle à la pacification de TAllemagne, comme au succès de bien d'autres affaires importantes, était l'inimitié de la France et de l'Angleterre, et l'un y poursuivait activement la réconciliation de ces deux puissances. Quelque animés que leurs chefs fussent Tun contre l'autre, il n'é*

(i) 0 vult ergo pro beneflcio nulnm reddere. (Alb, Argent., p. 129.) (S) Raynatd, ann. n"" 47, et ann. 13S9, 6.

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tait pas impossible de faire comprendre à Edward que ses

prétentions à la coui uiine de France n'étaient point raisannables; qu'une collision sanglante et inutile en serait l'unique résultat; que la fierté française ne souffrirait jamais de se voir soumise à un prince étranger. D'un autre coté, on pouvait amener Philippe de Valois à faire des concessions sur quelques point? Pierre Gomez, cardinal de Sainte-Praxède, et Bertrand de Montfavet, cardinal de Sainte-Marie in Aquiro, envoyés dès l'année 1337 pour faire valoir ces considérations auprès des deux monarques, avaient toute l'habileté et toute la modération qu'on pouvait désirer pour l'accomplissement d'une telle mission. Mais, de l'autre côté de la Manche, on soupçonnait Benoît XII de partialité envers la France. Ce préjugé exerça une influence fâcheuse, et neutralisa Faction pontificale. Âpres beaucoup de négociations» les légats n'avançaient point. Philippe se montrait bien disposé à la paix, mais Edward, fort de ralliance qu'il avait contractée avec Louis de Bavière, et appujé, dans son agression, par la révolte de la Flandre contre son ennemi, ne voulait entendre à rien. Il défendit même aux légats l'entrée de son royaume, et ne voulut communiquer avec eux que sur le continent (4), A la fin» pourtant» il consentit à admettre l'arbitrage du pape, et les négociations furent transportées à Avignon, mais elles s'y poursuivirent sans succès, et un événement déplorable ne tarda pas h les rompre tuutàfait. Dans la nuit du jeudi au vendredi saint 4540» le. plénipotentiaire anglais Nicolino Fieschi se vit assailli dans son hôtel, enlevé et transporté de l'autre côté du Rhône par des liomiiies armés, qui voulaient faire leur cour au roi de France. En vain Philippe de Valois désavoua*t-il cette

(i) Baluie, Vitaï, 1. 1, p. 202.

TRtVB BNTRS U FRANCE ET L'AnGLETERRB. «I

indigne violation du droit des gens ; en vain Benoit XII en punit-il les auteurs avec une extrême sévérité ; en yain Nicolino Fieschi fut-il reconduit dans Avignon avec honneur, rien ne put ramener la confiance dans le cœur d'Edward (1).

Dans cette circonstance, Benoît XII déploya beaucoup d'activité; il mit tous les chrétiens en prière pour obtenir

du ciel la lin d'une lutte dont gémissait l'Eglise, dont se réjouissaient les ennemis de la foi. Il s'adressa aux hommes sages qui formaient les conseils des deux monarques, et, les plaçant en vue du Dieu à qui tous les cœurs sont ouverts et toutes les volontés soumises, il les exiiorla à prendre pitié des maux des peuples, en persuadant à leurs maîtres la nécessité de la concorde (2) . £t toutefois, malgré ces efforts du père des fidèles, malgré ceux des nonces, Guillaumede Norwich et Guillaume Amici, Tanimosi té réciproque des deux rois semblait redoubler de vivacité. Edward en vint jusqu'à provoquer son rival à \ider leur queralle en champ clos. Philippe rejeta avec hauteur celte provocation comme indigne d'un suzerain, et la haine d Edward s'accrut encore de ce mépris jeté à sa fierté.

Les deux armées ennemies étaient en présence sous les murs de lournai, et une grande hataille paraissait inévitable, quand tout à coup ce que le pape et ses légats avaient tenté vainement fut accompli par une simple femme. Jeanne de Valois, sœur de Philippe, belle-mère d'Edward et veuve du comte de Hainaut, sortit du monastère de Fontanelle* où elle vivait dans les pratiques de la plus admirable perfection, et eut assez de crédit sur l'esprit des deux monaic^ues pour les auitaer à conclure

{i) Baluze, Vite, t, I, p. 206 et 217. — Raynald, ann. 1540, n*^ 16, il et 18.

(2) Rayo&ld, ann. 1S40, 26.

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une trêve cpii flevail durer depuis le mois de novembre 1540 jusqu au mois de juin ^o4i. Le succès de Jeanne de Valois fut tel, que les deux partis, d'un commun accord, fixèrent au mois de février suivant la reprise des négociations pour une paix délinilive (I).

Tous les obstacles semblèrent s'aplanir. Ce premier rapprochement en amena un second. Soit que Louis de Bavière se trouvât mécontent qu'Edward eût conclu la trêve de Tournai sans le consuiler, suil qu'il cûlhonle, lui, chef de TEmpire, d'élrele stipendié d*un roi, soit qu il ne reçût point le subside convenu, il brisa tout à coup avec l'Anglais, lui retira le vicariat impérial, et ouvrit avec le roi de France des négociations qui aboutirent rapidement à une alliance réelle. La première condition de cette alliance fut que Philippe de Valois serait médiateur entre Louis et l'Eglise romaine (1). Mais, au moment où les ambassadeurs français interposaient à Avignon leurs bons oISces pour amener enfin une réconciliation, Louis les rendait inutiles par un attentat digne d'un païen.

Mai guérite Maultasch, duchesse de Carinthie et comtesse du ïyrol, mariée à Jean Henri, un des fils du roi de Bohême, souffrait, dit-on, depuis longtemps de Tantipathîe que son mari avait conçue pour elle. Poussée à bout, et n'écoutant plus que les conseils d'une raison dérangée par Texcès des sévices, elle imagina, en accusant son époux d'impuissance, d'arriver à un divorce, et fit offrir à Louis de Bavière ses États, s'il consentait à l'unir à son fds, le marquis de Brandebourg. Une pareille proposition était aussi insensée qu'immorale ; car, quand Màrguerite aurait élé invalidement unie au prince Jean Henri, com*

(1) liaynald, ano. 1S40, 38.~lhi Tillet, Reeueil des traités, etc., p. 210.— Ftt>issart, 1. 1, c. cxliii.

(2) Âlb. Argent., p. 128.— Raynald, aoD. 1S4I, n'^IS.

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Lk CROISADE ÉCHOUK. 05

ment pouvait-elle parler de contracter un second inanage avant que la nullité du premier eût été légalement prononcée? D'ailleurs, il y avait entre Aiargaerite et le marquis de Brandebourg un empêchement de consanguinité au troisième degré.

Instruit d'un projet si criminel, Benoît XII se hâta d'é» erîre au patriarche d'Aquilée, ponr qu'il interposât Tautorité apostolique , afin d'en empêcher l'accomplissement (1). Mais que ne peut la cupidité! Ce qui ajoutait deux belles provinces à ses domaines héréditaires parut à Louis, malgré les représentations du pape, suffisamment légitime. Il prit son fils à part, lui montra dans l'union proposée un notable accroissement de puissance pour leur maison» et le pressa d^ l'accepter; et, comme le jeune prince, effrayé d'un attentat si grave aux principes de la religion et do la morale, refusait son consentement, Louis le lui arracha de force, fulmina lui-même, de sa propre autorité, le divorce de Marguerite avec le prince. Jean-Henri, ainsi que la dispense de l'empêchement de consnnguinité qui existait entre la princesse et son fils, et célébra leur mariage avec une pompe royale (2).

Comment, après un tel acte, Benoit XU aurait-il pu se décider à absoudre Louis de Bavièro?

Notre pontife échoua de môme dans l'aff tin; de Li croisade. On ne peut douter cependant que Philippe de Valois n'ait secondé de prime abord sérieusanent ses vues. Le voyage que ce monarque fit dans le midi de la France, au commencement de l'amice 1300, sembla donner les plus

(1) Raynald, ann. 1544, n'

(2) Dubraw., Uist. Bohem., 1. XXI. — Henrici Rebdorff Annales, p. 429. Freher y a inséré les deux diplômes de Louis concernant le divorce et Vempéchement de consanguinité. — Alb. Argent., p. 429 et seq. — Processus Glementis VI adv. Bavarum. (Baynald, ann. 1543, n**

ï. If. ^

66 HISTOIBE Dfi U MPAUTÉ, LIV. VI.

brillantes espérances. Philippe voyageait avec les rois de Bohème» de Navarre, une multitude de ducs» de comtes et de seigneurs, ce Si chevaucha le roi ainsi parmi Boor* « goLTiie; eL iil lanl par ses fournies qu'il vint en Avignon, « où il fut moult solenneiiemenl reçu du Saint-Père et de OL tout leCollége ; el l'honnorèrent le plus qu'ils purent ; et « fut depuis grand terme là environ avec le pape ei les « cardinaux ; et se logeoit à Ville-Neufve près d'Avignon. c< Si vint le roi d'Àrragon en ce temps aussi en cour de « Rome, pour le voir et fêter, et j eut grands fêtes, et so- « lennîtês ; et furent là tout le carême ensuivant.» Avignon n'avait jamais vu tant de grandeurs à la fois. Benoît XII prêcha le jour du Vendredi Saint devant les quatre monarques et leurs suites a la digne souffrance de Notre^Sei- « gneur, et ennosta et remontra grandement la croix à ce prendre, pour aller couU c ie> Liinemis de Dieu ; et si « humhlement et si doucement forma la prédication, que « le roi de France, mû de grand' pitié, prit la croix, et « requit au Saint-Père qu'il lui voulût accorder. » Les rois de Bohême, de Navarre el d'Aragon, tous les seigneurs présents, les cardinaux Annibal de Ceccano, Talleyrand de Périgord, Gaucelin d'Eusa et Bertrand du Poyet, imitèrent l'exemple du roi de France.

Celui-ci ce fil, comme chef de cette emprise, le plus « grand el le plus bel appareil qui oncques eût été fait pour a aller outre mer, ni du temps de Godeiroy de iBouilion, ni c< d'autre (1). » Il envoya des ordres à Marseille, à Aigues- Mortes, à Lattes, à Nai bonne, à Montpellier, pour armer des vaisseaux, des nefs, des carakes, des hus, des cognes, des huissars, des galées, desbarges, en quantité suffisante pouf recevoir soixante mille honunes, avec des provisions pour

(2j Froissard, ubi infra.

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