‹ Histoire de la papauté pendant le XVe siècle (volume 2)Chapitre 4 sur 37 · APPROBATION · texte numérisé non relu

APPROBATION

Nous ayons fait examiner le livre manuscrit intitulé : Histoire de la Papauté pendant le XVe siècle , par M. l'abbé Christophe , curé de Notre-Dame de Fontaines ; d'après le compte qui nous a été rendu , nous ne pouvons qu'autoriser l'impression dudit

ouvrage.

Lyon, le 5 octobre 1862.

f L.-J.-M. cardinal de Bonald ,

archevêque de Lyon.

PRÉFACE

Il y a environ dix ans que je fis paraître l'Histoire de la Papauté pendant le XIVe siècle. Le public accueillit, avec une faveur dont je n'aurais osé me flatter, mon début dans la carrière historique. En moins de dix mois, vingt-quatre articles, soit à la capitale soit dans la province, rendirent compte ae mon œuvre. La plupart de ces articles, quoique écrits à des points de vue divers et renfermant certaines réserves, se montrèrent bienveillants à la fois pour l'auteur et pour le sujet qu'il avait choisi ; ce qui prouve que les papes sont encore populaires en France, et que, pour être leur historiographe, le caractère de prêtre n'y inspire pas trop de défiance. Trois ou quatre seulement de ces articles exprimèrent peu de sympathie pour la Papauté ; les auteurs prirent évidemment occasion de mon livre pour répéter, sur le caractère, l'existence et l'avenir de cette institution, les fastidieuses et banales déclamations de l'école voltairienne.

Pendant tout le temps que dura la petite émo-

? PRÉFACE

tion littéraire excitée par mon livre, je me fis une loi du silence le plus profond, écoutant tout le monde et ne répondant à personne. J'aurais craint de contrarier l'opinion, de l'obliger à se fixer sur tel point plutôt que sur tel autre, tandis que je tenais à avoir son avis librement exprimé sur l'ensemble de mon œuvre historique. Mais aujourd'hui que le calme s'est fait autour d'elle, je crois pouvoir, sans blesser mes critiques et sans montrer trop d'outrecuidance, dire ma façon de penser sur <ïe qui a été écrit de moi. Je dis : sans blesser mes critiques, parce que je n'ai pas la plus légère intention de disputer avec eux et que je n'en nommerai aucun. Je dis : sans montrer trop d'outrecuidance, parce que personne ne peut trouver mauvais qu'un auteur, dont l'esprit a exercé, dix années durant, son active attention sur un sujet, ait un sentiment arrêté sur la matière de son travail.

Je commence par les articles défavorables à la Papauté. Dans ces articles, la Papauté est reprétée comme une institution qui, à l'endroit des événements racontés dans mon livre, affectait les formes des pouvoirs politiques, tendait à se séculariser, avait perdu l'esprit de son origine et était en décadence. En générale quand il s'agit de l'Eglise, on oublie trop souvent qu'elle n'est point une société exclusivement spirituelle, mais une société mixte, qui renferme une âme et un corps, comme les membres qui la composent, une société qui tient du ciel et de la terre, qui a des intérêts temporels à défendre , à l'heure même où elle poursuit un but divin. De là, chez elle, cette alliance étonnante de principes immua blés comme l'éternité, et de formes mobiles comme le temps. Sous le rapport du symbole,

PRÉFACE . X

de l'enseignement, de ïa hiérarchie, l'Eglise est aujourd'hui ce qu'elle était hier, ce qu'elle sera demain- Sous le rapport de son existence ad milieu de la société humaine, elle suit la marche des siècles., et revêt des physionomies diverses, selon le caractère et le besoin des époques. Il suffit de lire son histoire pour se convaincre que non seulement il en est ainsi, mais encore qu'il ne saurait en être autrement.

A son origine, et lorsqu'elle se développait péniblement sous la tyrannie des Césars, il est évident que ses chefs ne pouvaient exercer aucune puissance temporelle. Mais lorsque l'édifice romain s'écroula sous ses pieds, et qu'au milieu des débris dispersés de Tordre ancien, elle se trouva seule debout, seule organisée, seule vénérable, en face des peuples à protéger, de la barbarie à éclairer, il est évident que la puissance temporelle dut lui arriver naturellement, que, devenue dépositaire des espérances de la vie présente , comme de la vie future, elle dut remplir, au milieu du monde , un rôle tout autre que~ celui qu'elle jouait dans les catacombes. Aussi, voyons-nous^ à partir de ce moment, les souverains pontifes placés à la tête de la société civile et de la société religieuse, et exercer le double emploi de les diriger avec une autorité que personne ne songe à leur contester. Dans mon introduction, j'ai assez clairement établi la légitimité de ce fait, pour ne pas être obligé d'y revenir. Mais la dignité pontificale une fois devenue puissance temporelle, il a bien fallu qu'elle prît les allures des royautés terrestres. C'était la force des choses. Les peuples ne s>étonnèrent donc point de voir les papes tenir le sceptre de la même main qui por-

XII ÉPACE.

tait la houlette du pasteur, s'entourer d'une cour, et traiter avec les autres princes d'intérêts qui ne se rattachaient point d'une manière directe au gouvernement spirituel des âmes. Il est peut-être permis de regretter que la Papauté ait été si souvent et si intimement mêlée aux affaires du siècle, mais je le demande à tous ceux qui ont fait des études historiques sérieuses, était-il possible qu'il en fût autrement? Ne portons pas nos utopies dans l'histoire, et sachons rendre justice à ce que le besoin des temps, la nécessité des choses et la raison des peuples ont établi. On s'est plu et l'on se plaît encore à reprocher à la Papauté, dans l'exercice de son pouvoir temporel, des actes répréhensibles, mais les erreurs sont partout, ici-bas, où il est question des œuvres de l'homme, et il est de la sagesse de faire la part de l'infirmité humaine. Les fautes ne prouvent rien contre la légitimité d'un pouvoir.

Il y a, ce semble, de la niaiserie à rappeler l'exemple de saint Pierre et de saint Paul, à propos des souverains pontifes du XIVe siècle, et à faire de la vie des premiers une critique de la conduite des seconds, comme s'il pouvait exister, entre la position de Jean XXII, de Clément VI par exemple, et celle des deux chefs du Collège apostolique, la moindre ressemblance. C'est de plus une grande erreur de dire que la Papauté au XIVe siècle soit en décadence, parce qu'elle n'a pas la physionomie de la Papauté primitive. Une institution est en décadence quand elle cesse d'agir. d'après la force de son principe et ne va plus à son but; mais la Papauté au XIVe siècle se trouve-t-elle dans ce cas? Peut-on dire qu'elle n'est plus le centre de l'unité, qu'elle ne s'intéresse plus à l'intégrité de la foi', qu'elle

PRÉFACE. Xin

ne veille plus au maintien de la bonne discipline, qu'elle ne travaille plus au salut des âmes ? non certes. Elle est, à la vérité, déplacée de son siège naturel cette Papauté, et dans cette situation qui nuit quelque peu à sa puissance d'opinion, elle lutte tour à tour contre la turbulence des factions, la protection intéressée des Valois, l'opposition des empereurs d'Allemagne, la corruption des mœurs, les désordres du schisme. Mais dans ces phases diverses, je vois des épreuves, et je n'aperçois aucun signe de décadence. Nous allons la voir bientôt cette Papauté, débarrassée par le concile de Constance des obstacles qui entravaient sa marche, reprendre un nouvel et glorieux essor, relever les ruines de son pouvoir temporel., vaincre les dernières oppositions du schisme, porter son action réparatrice dans toutes les parties du gouvernement de l'Eglise, enfin protéger seule et avec un invincible courage l'indépendance de la chrétienté. Est-ce là de la décadence ? je le demande.

Mais si la Papauté au XIVe siècle était déjà sur son déclin, comment se fait-il qu'elle n'ait pas succombé depuis longtemps? Comment se fait-il au contraire que, en raison inverse des autres institutions que la décadence annule, elle ait produit d'aussi grandes choses que dans le progrès de sa force? Comment se fait-il qu'elle ait triomphé de la réformation , rangé sous son sceptre les deux Amériques, la plupart des îles de TOcéanie, résisté au philosophisme et aux tempêtes de là Révolution française, et qu'au XIXesiècle, elle soitencore aussi vigoureuse, aussi inexpugnable pour ses ennemis, aussi confiante dans ses destinées, qu'aux jours de sa plus grande splendeur? Elle essuie en ce moment une des

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