XIV PRÉFACE
plus rudes attaques qui aient jamais été dirigées contre elle. L'esprit révolutionnaire veut arriver au renversement de sa puissance spirituelle par la ruine de son pouvoir temporel. Mais quoique les autres royautés italiennes aient disparu au souffle de l'ouragan, celle du pape reste debout dans sa capitale, entourée des sympathies du inonde entier, donnant des spectacles d'une incomparable grandeur, enchaînant sur les marches de son trône tous les efforts de la politique européenne. Le seul résultat que l'esprit révolutionnaire ait tiré jusqu'ici de l'épreuve à laquelle il a soumis cette royauté, c'a été de mettre à découvert la large et puissante place qu'elle occupe dans le monde. Est-ce là de la décadence?
Passons aux articles favorables à la Papauté ainsi qu'à l'historien. Tous ces articles ne doivent pas être placés sur la même ligne. Quelques-uns ont été rédigés sur la simple lecture de la préface, d'autres, sur celle de l'introduction. Il va sans dire que je n'ai pris au sérieux ni les critiques ni les éloges Contenus dans de tels articles. Mais j'avoue que le plus grand nombre ont été écrits par des hommes compétents et après une méditation attentive du livre. Mon devoir est de remercier les auteurs de ces articles, soit pour l'honneur qu'ils m'ont fait en s'occupant de mon ouvrage, soit pour les observations aussi solides que bienveillantes qu'ils m'ont adressées. Plusieurs de ces observations m'ont été utiles, et je compte bien y faire droit, si la Providence m'accorde de donner au public une seconde édition. Mais il en est quelques-unes auxquelles j'éprouve le besoin d'opposer mes propres observations, parce que mes critiques ne m'ont pas paru être tout à fait dans la vérité.
PRÉFACE. XV
i° On m'a reproché d'être trop ultramontain, de m'être place sous l'influence de Joseph de Maistre, ce qui a nui en moi à l'écrivain et même à l'homme religieux. Je surprendrais, à coup sûr, agréablement mes lecteurs si je leur disais que j'ai été pourtant accusé confidentiellement d'être gallican. Qui faut-il croire? Pour ma part, je crois qu'on peut ramener les choses au sérieux et concilier des manières de voir si opposées. Il est posible que, en exprimant mon opinion ultramontaine, je me sois servi de termes trop forts dont se sont effarouchés les gallicans et que dans l'appréciation de certains faits, j'aie porté une liberté d'esprit dont se sont émus, à leur tour, les ultramontains. Je rassurerai d'abord ces derniers en leur disant que je ne suis point gallican, et que, si dans mes jugements, je me suis quelquefois écarté de la rigueur de notre opinion, c'est que je me suis souvenu que l'historien, qui suit le mouvement du monde et s'occupe des faits, a un autre rôle à jouer que le théologien qui, dans la tranquille solitude de son cabinet, déduit les conséquences d'un principe. Je rassurerai ensuite les gallicans en leur disant que, si j'ai stigmatisé avec une indignation qui sent bien un peu son Ju vénal, leur système de libertés religieuses, je n'ai point prétendu condamner (ce qui n'est point en mon pouvoir), une opinion que l'Eglise ne défend point de tenir dans certaines limites; j'ai voulu simplement montrer qu'il est ridicule, après les enseignements de l'histoire, de s'obstiner à vouloir créer en faveur du pouvoir séculier, trop souvent l'adversaire de l'Eglise, des droits contre l'autorité du pouvoir pontifical qui a la mission divine de régir l'Eglise et de la défendre.