‹ Histoire de la paroisse d'Yamachiche [microforme]Chapitre 11 sur 121 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les difficultés s'aggravent au lieu de s'aplanir.

U mois de novembre 1786, M. Jean-Baptiste Griault fut nommé curé, Ce digne prêtre naquit à Québec, le 8 tévrier 1758,du mariuge d'Etienne Griault et d'Anne Bisson, Il fitses études dans le séminaire de cette ville et fut ordonné le 5 avril 1783, On le voit, il était tout jeune prêtre encore quand il reçut la mis-

sion difficile de présider dans une paroisse aussi divisée que celle d'Yamachiche, On comptait, sans doute, sur son habileté, peutêtre sur ses talents, peut-être sur son heureux caractère, mais les faits montrèrent qu'il était trop doux pour être véritablement l'hom* me de la situation, Les denx années qu’il passa à Yamachiche furent deux années de déboires, et l’on n’y entrevit pas même le temps où les difficultés sectionnelles pourraient être réglées.

Une sentence du Conseil Législatif de Québec, rendue le 5 novembre 1787, condamna de nouveau les habitants de lu Grande- Rivière, Mgr. d'Esglis, évêque de Québec, leur écrivit une lettre très paternelle pour les engager à se soumettre à ces décisions du Conseil Législatif et à cesser leur opposition à la construction de l'église à la Petite-Rivière d'Yamachiche, mais rien n'y put faire.

Les habitants du Petit Machiche continuaient à bâtir seuls, chacun fournissait ce qu’il pouvait en argent, et le reste des contributions se faisait en matériaux ou en main d'œuvre, M. P. 7. Héroux faisait la balustrade de ses propres mains et une lampe en bois pour: le sanctuaire, et chacun fournissait ainsi selon ses

HISTOIRE D'YAMACHICHE 5

moyens ou 800 habileté. Ils savaient que Mgr d'Eaglis leur était favorable, mais ils trouvaient qu'il lui en coûtait trop d'agir contre les habitants de la Grande-Rivière, ses temporisations étaient. venues à les fatiguer, Ce ne fut pas sans un certain sentiment de plaisir qu'ils apprirent la nouvelle de sa mort, au mois de juin. 1788, car ils attendaient beaucoup plus de son successeur, Ils nefurent pas trompés dans leur attente,

Monseigneur Huserr, successeur de Mgr d'Esglis premier évêque canadien de Québec, est représenté quelque part comme un homme d'un caractère quelque peu indécis, quelque peu bonace même, incapable de grandes et fortes résolutions.

Nous avons une toute autre idée du caractère de ne saint évêque, depuis que nous avons lu ses lettres conservées dans les archives d'Yamachiche. Dès le commoncement de son épiscopat, il adressait aux paroissions de M, Griault la lettre suivante, dont nos lecteurs apprécieront sans doute la grande valeur :

MANDEMENT DE MONSEIGNEUR L'ÊVEQUE DE Queseo,

Jean-François Hubert, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint Siége Apostolique, Evique de Québec, etc. etc, aux habitants de la grande et de la petite Rivière d'Yamachiche, salut et bénédiction en notre Seigneur.

“ Lorsque le feu/du ciel consuma votre ancienne église, en 1781, il était à craindre, nos très chers frères, que cet accident funeste ne fût une marque de colère de Dieu contre un peuple qui ne le servait pus assez fidèlement. Ne trouvera-t-on pas des preuves trop convaincantes de cette opinion, si l'on veut examiner avec quelque soin les dissensions intestines, et les haines scandaleuses qui ont régné parmi vous depuis cette époque ? Le frère disputant contre son frère, le père en discorde avec ses enfants, des chétiens se privant eux-mêmes de la sépulture ecclésiastique, le service divin négligé, les règles de l’église foulées aux pieds, les droits légitimes du sanctuaire refusés, l'autorité de la législation méprisée, en faut-il davantage, nos très chers frères, pour montrer que depuis plusieurs années l'esprit du Seigneur n’a point habité parmi vous, dans une œuvre toute sainte par elle-même en-. tendre les tribunaux retentir des invectives les plus amères, voir les esprits aigris au dernier point, l'œuvre du Seigneur devenue par un funeste renversement l'œuvre de l'esprit de discorde et de-

52 HISTOIRE D'YAMACHICHE

ténèbres, des familles innocentgs ruinées par la cruelle obstination de leurs chefs, une province entière afigée de vos procédés ‘scandaleux, vit-on rien de semblable, mes chers frères, parmi les premiers chrétiens ? Les vit-on jamais armés les uns contre les autres, fatiguer les tribunaux de leurs cris et de leurs plaintes réciproques ? Dans la construction de ces fameuses basiliques, monuments éternels de leur piété, les vit-on jamais s’entre-déchirer, s’intenter les uns aux autres des procès opiniâtres et rendre ces entreprises préjudiciables à leurs intérêts spirituels et temporels ? Hélas ! mes chers frères, ces heureux disciples du Sauveur n'avaient tous qu'un cœur et qu'une âme, se portant tous indistinctement à procurer la gloire de Dieu, étaient tous unis par des liens indissolubles de la charité de Jésus-Christ. Or voilà précisément ce qui vous manque et que nous ne cessons de demander à Dieu dans l’amertume de notre cœur. Charité, paix, -amour, concorde, tranquillité, ce sont les vrais trésors que nous vous souhaitons, et pour lesquels nous adressons tous les jours au ciel les vœux les plus ardente, Mais que nous servira notre sollicitude, nos très chers frères, quel sera le fruit de nos gémissements et de nos larmes, si tandis que nous sommes prosterné aux pieds du Seigneur, et que nous prions pour vous, vous ne Cherchez pas de votre côté les moyens les plus propres à racheter vos iniquités, à fléchir la colère de Dieu et à requérir ces dons précieux sans lesquels il est impossible de lui être agréable. Peuple infidèle, n'y a-t-il pas assez longtemps que vous résistez au Seigneur, en résistant à la puissance qu'il a établie ? Brebis errantes, ne vous êtes-vous pas égarées assez longtemps dans ces sentiers inconnus aux véritables ouailles du chef des Pasteurs ? Ames rachetées du sang de J. C., n’avez-vous pas poussé assez loin votre ingratitude ? Faut-il que par de nouveaux attentats vous continuiez encore de l’outrager et de scandaliser ses vrais disciples ?

Ah ! rentrez en vous-mêmes, nos très chers enfants, donneznous au commencement de notre épiscopat la consolation de pouvoir vous compter au nombre des fidèles de ce diocèse, N'’endurcissez par plus longtemps vos cœurs aux invitations que Dieu vous fait par notre bouche de retourner incessamment à lui. Vo- yez, nos très chers frères, le bonheur dont jouissent les habitants des paroisses qui vous environnent, et comprenez enfin quel sera Je vôtre, lorsqu'après avoir détesté vos égarements passés, vous

HISTOIRE D'YAMAOHICHE 53

serez entrés dans les vues de la providence au sujet de la bâtisse qui vous occupe présentement,

“ Pour vous en faciliter les moyens, après'avoir invoqué le saint nom de Dieu et examiné avec l'attention la plus exacte tout ce qui s’est passé depuis l'incendie de votre ancienne église jusqu’à ce jour, en vertu de l'autorité qui nous a été confiée par J.-C., Notre-Seigneur, pour le gouvernement spirituel des églises de ce Diocèse, nous avons cru devoir règler statuer et ordonner, statuons règlons et ordonnons ce qui suit :

16 Qu’à l'avenir il ne soit plus fait aucune mention de toutes les animosités, qui ont désolé depuis sept ans votre paroisse, non plus que des péchés qui en ont été les suites malhoureuses, A cette fin nous autorisons M. Griault, votre curé, à absoudre dans le tribunal de la pénitence les désobéissants de toutes leurs démarches irrégulières, soit qu'elles sitaquent la religion, les commandements de l’église ou le respect dû aux lois,

20. Que conformément aux deux sentences d'appel rendues dans l'honorable conseil législatif de Québec, l'une du 8 Mars 1785 l'autre du 5 Novembre dernier, on ne reconnaîtra désormais pour église paroissiale de Ste Anne d’Yamachiche que celle dont la place a été marquée, en 1784, à la petite rivière sur la terre du nommé Lacerte, et où l’on a construit un presbytère nouveau ct jeté les fondements d’une église,

30 Que le premier dimanche après la publication du présent mandement, l'on commence à faire l’office paroïissial dans la cha. pelle du dit presbytère de la petite rivière

5o Qu'il ne soit plus célébré aucun office public dans le presbytère de la Grande Rivière, qui désormais ne sera plus censé maison curiale (1). Nous permettons néanmoins à M. Griault d'y demeurer pour la commodité et d'y célébrer la basse messe dans les jours de la semaine jusqu’au premier d'Octobre prochain, si mieux n'aime le dit curé transporter dès maintenant son domicile à la petite rivière, ce qui nous sera encore plus agréable,

5o Nous défendons à M. Griault d'inhumer davantage aucun corps dans le cimetière de la Grande Rivière, voulons que ce ci-

eo Cette maison a été acheté par le Notaire Gagnon, on la voit encore à la Rivière-du-Loup.

54 HiSTOIRE D'YAMACHICHE

metière bien clos demeure en l’état où il est jusqu’à nouvel ordre de notre part,

80 Pour le‘ maintien de la paix et de la concorde, nous exhortons fortement les habitants de la petite Rivière, et les conjurons pär les entrailles de la miséricorde de Dieu, de ne point se prévaloir de la présente ordonnance pour insulter à ceux de la grande Rivière, mais de se persuader que de part et d'autre Dieu a été également offensé, et le Diocèse également scandalisé des excès auxquels les uns et les autres se sont portés pour soutenir leurs intérêts respectifs,

110, Si au mépris de la présente ordonnance il se trouve encore des esprits remuunts et séditieux qui sèment des divisions et des discordes, nous 1e pourrons nous empêcher de les regarder comme des suppôts du démon, comme des anges de ténèbres qui sèment de l’ivraie dans le champ du père de famille, et nous nous réservons de donner à M. Griault des instructions particulières sur la conduite qu'il doit tenir à lour égard, Mais nous aimons mieux croire, nos très chers enfüänts, que vous renoncerez à vos opinions particulières en faveur de la cause commune, et qu'oubliant toutes vos fautes passées vous vous porterez tous à construire promptement votre église dans le lieu que nous vous avons désigné, sans quoi nous serions contraints, quelquo désir que nous ayons pour votre salut, de vous priver de pasteur et de donner votre curé à quelque autre paroisse plus docile à notre voix, extrémité où nous ne nous verrions réduit qu'avec une peine incroyable, |

“ Sera le présent mandement lu et publié dimanche prochain au prône de la messe paroissiale d’Yamachiche,

“ Donné à Montréal, etc., 25 Juin 1788, sous notre seing, le sceau du diocèse et le contre-seing de notre secrétaire. ” JEAN FRANÇois, Evêque de Québec, Par Mr, PLessis, Ptre, Sec. du Diocèse, Il nous fait peine de l'avouer, ce mandement où l’auterité de l’'Evêque parlait avec tant de force et tant d'onction en même

temps, ne produisit aucun effet, S'élèvera-t-on, à ce propos, contre l’entêtement des Canadiens et contre leur amour de la

HISTOIRE D'YAMACHICHE 55

chicane ? Nous n’hésitons pas à tenter un mot d'oxcuse : Tous les fils d'Adam, prétendrons-nous, sont entêtés absolument comme nous le sommes nous-mêmes, mais l’objet des discussions varie d’un peuple à l’autre. Dans certains pays on se chicane à outrance pour avoir le palais de justice ou la prison, pour que le choflieu du comté soit telle localité plutôt que telle autre; c’est qu'on y considère ces choses-là comme étant de première importance. Les habitants d’'Yamachiche se chicanaient pour avoir l'église plus près d'eux, c’est qu'ils étaient convaincus que les intérêts de l'âme priment les intérêts du corps, et que, dans une paroisse, l'église est un objet de première nécessité, La grande divergence se trouve dans les affections du cœur.

Et qu'on ne vienne pas nous jeter à la figure cette banalité que les Canadiens sont Normands et par conséquent amateurs de l# chicane. Quand les Anglais ont incendié l'Hôtel du Parlemont, à Montréal, et qu’ils ont poursuivi le gouverneur Elgin à coups de pierres, avez-vous dit qu'ils étaient Normands, pour expliquer leur conduite ?

Les habitants d'Yamachiche ont péché en se portant à des excès scandaleux, mais nous ne pouvons souffrir que l’on préfère à ces luttes vives la retenue glaciale de certains personnages qui s'occupent fort peu que l’on bâtisse une église en tel lieu plutôt qu'en tel autre, pour la simple raison qu'ils n’y vont pas.

Quoiqu'il en puisse être, M, Griault était fort affecté par ces divisions intestines, et dans l’automne de 1788 il quittait sa pénible mission.

I] fut nommé curé de Laprairie et desservit cette paroisse jusqu'au ler octobre 1799. Il fut alors transféré au Cap-St. Ignace, puis, en 1806, à Ste-Anne de la Pocatiêre, et il mourut dans cette dernière paroisse le 8 mai 1814, âgé de 56 ans.

Mgr Hubert dut chercher un successeur à M. Griault, pour la desserte d'Yamachiche ; il choisit, entre mille, l'abbé Thomas Kimber, et fut assez heureux pour trouver précisément l’homme qu'il fallait, M. Kimber, comme son nom l'indique, était allemand d’origine; il avait reçu cette rude éducation allemande qui n’amollit pas les caractères, et forme ainsi de forts joûteurs pour les combats de la vie. On pouvait dire de lui, mieux que de bien d’autres, qu’il avait un front d’airain et des muscles

56 HISTOIRE D'YAMACHICHE

d'acier; les murmures et les comimnotions populaires n'étaient pas capables de l’effrayer ; excellent prêtre qu'il était, il marchait à son devoir sans regarder au nombre des ennemis qui l’attendaient sur la route,

D'après ee que nous avons pu constater, il s'établit d’abord dans. le presbytère du Grand Machiche. Remarquant que les habitants de la Petite-Rivière n'apportaient pas leur dîme, il dit un jour à l'un d’entre eux : ‘ Est-ce donc que vous ne payez pas la dîme, vous autres ? ’—Monsieur, répondit celui-ci, vous n'avez qu'à venir demeurer au milieu de nous, vous trouverez un hangar rempli de blé jusqu'au fuîte, M, Kimber, sachant que c'était le désir de l’Evêque, n’hésita plus un seul instant ot s’en alla à la Petite- Rivière,

I] poussa la construction de la nouvelle église avec vigueur, et c’est sous Jui qu'un nouveau clocher parut enfin aux regards des habitants ivres de joie. Avant qu’on eu fût arrivé à ce point, les habitants de ja Grande Rivière voulurent tenter un dernier coup d'audace, qui leur fut fatal, car il leur enleva le peu de sympathie que l’on gardait encore pour eux. C’est en allant aux derniers excès que les partis se perdent plus sûrement.

Pour comprendre de quoi il s’agit, qu’on lise la déclaratiou suivante que nous cituns textuellement, avec ses originalités et ses fautes de français :

# L'an mil sept cens quatre-vingt neuf, le dix de mars, sur les six heures du matin, aux environs ; les Srs Charles Lacerte, Jean Bte Carbonau, Sr Joseph Labonne Gélinas, Sr Joseph Kembert, Sr Charles Desaunié, se sont trouvés présents lorsque les habitants de la Grande Rivière Yamachiche, au nombre de quatrevingt, aux environs, sont venus au presbitaire de la Petite Rivière Yabmachiche ‘avec violance, les uns armés d'aches, les autres de bâtons pointus, dont il en a resté au presbitaire, pour servir de preuve, les autres de sizeaux, que là où étant, auraient entrés dans la chapelle, aurait enlevé tout ce qui y était dedans exceptéiles vases sacrés ; se serait servis d’aches pour faire fracture à la charpente, auraient enlevé la cloche ; l’un d'eux même aurait voulu saisir led. Jean Bte, Carbonau, voulant fermer la porte de la Fchapelle, ce que les déposants certifient véritable en leurs âmes'et conscience, et ont livré le présent pour servir à ce

HISTOIRE D'YAMACHMICHE 57

que de raison, pour preuve de quoi ont signer le présent de leur seingt manuel les jour et an que dessus.

KIMBER, prêtre, Joseph KENBER.

Baptiste CARBONEAU.

Joseph BrkLMARD.

Charles LACERTE, père, Joseph GÉLINAS.

sa Charles f DESAUNIÉ.

marque.

LERO!I, notaire.

Les habitants de la Grande-Rivière n'avaient certainement pas calculé toute la gravité de leur démarche, mais Mgr Hubert la leur fit comprendre par la lettre foudroyante qu'il écrivit et que nous demanderons la permission de citer.

JEAN FRANcoIs HUBERT, par la Miséricorde de Dieu et la grâce du St-Siége apostolique, évêque de Québec etc., etc. Aux habitants de la Petite-Rivière d'Yamachiche, salut et bénédiction en Notre-Seignour.

“ Nous avons été instruits par M. KEMBERT, votre curé, nos très chers frères, du triste accident arrivé mardi dernier, dans votre paroisse. Ce qui nous afflige le plus sensiblement, c’est de voir avec quelle promptitude et quelle publicité cette nouvelle scandaleuse s’est répandue dans les autr 8 paroisses et dans cette ville. Quelle honte pour des hommes soi disant chrétiens et catholiques de penser qu’une infinité de personnes prononcent aujourd'hui leurs noms avec horreur en racontant les excès criants auxquels ils viennent de se porter ! Si l’on disait que des payens et des idolâtres persécuteurs, voulant détruire la religion chrétienne, sont entrés en armes dans une chapelle consacrée au service divin, et qu'en la présence du très saint Sacrement, ils ont enlevé sacrilégement les chses saintes, je veux dire les ornements destinés à l’usage des prêtres, qu’ils ont dépouillé le Saint Autel des cierges sacrés qui le couvraient, emporté la pierre même sur laquelle se célèbrent tous les jours les saints mystères ; si des payens, dis-je, étaient auteurs d’un pareil attentat, pourrait-on s'empêcher de les accuser de brutalité et de barbarie, nonobstant leur incrédulité ? Par quels termes pouvons

58 HISTOIRE D'YAMACHICHE

nous donc exprimer notre indignation contre des. chrétiens qui, non contents d’avoir crucifié de nouveau .J ésus-Christ dans leurs cœurs, de s'être éloignés volontairement et sans cause des sacrements de l'Eglise, d’avoir, par leur opiniâtreté sans exemple, révolté tous les esprits raisonnables de cette Province, d’avoir résisté à l'autorité écclésiastique et civile, aux cris de leurs consciences, aux avis charitables de leurs curés, ont l'audace de porter leurs mains‘ sur l'arche d'alliance et d'insulter Jésus-Christ jusque dans son sanctuaire ?

‘“ Après un attentat de.cette nature, oseront-ils dire encore qu'ils croient la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement ? Quoi ! les mauvais anges eux-mêmes tremblent parce qu'ils croient et ces malheureux n'ont pas tremblé ? Que dis-je ! ils ont renouvelé en grande partie, de la manière la plus insolente, les outrages com mis par les Juifs dans la passion de Jésus-Christ, Comme eux ils sont venus armés de bâtons se présenter devant lui, comme eux ils ont choisi le temps où il était occupé dans l'Eucharistie à prier Dieu pour leur salut ; comme eux, ils l'ont dépouillé de ses vêtements én mettant son autel à nu ; comme eux, ils n’ont pas rougi de se partager ces respectables dépouilles, en distribuant ‘dans différentes maisons de particuliers dos ornements qui n'auraient jamais dû paraître hors de l'église. La cloche, placée où elle devait être, c'est-à-dire auprès de l’église paroissiale, mais dont le son trop perçant leur roprochait chaque jour leur éloignement du service divin, a été un des objets sur lesquels s’est exercée leur violence. Mais quoique le son de cet instrument ne se fasse plus entendre à leurs oreilles pour les rappeler à leur devoir, le cri de leurs consciences, plus perçant encore, ne cessera pas pour.cela de leur reprocher sans cesse la noirceur de leur procédé, et le danger où ils sont de

so damner éternellement, Vous voyez, .nos très chers frères, à pas excès d’aveuglement porte l'obstination dans le péché, le mépris de la religion et la résistance à l'autorité légitime. Car quel but ont pu.se proposer les habitantsde la grande Rivière en venant assaillir votre presbytère et dépouiller la chapelle ? Ont-ils cru faire une chose agréable et glorieuse à Dieu ? :

“Non, sans doute, le Seigneur n'agrée point les entreprises tumultueuses et séditienses, non in commotione Dominus, encore moins aus qui donnent atteinte à la sainteté de son culte. Se

HISTOIRE L'YAMACHICHE 5%

sont-ils persuadés que leur démarche illégale aurait l'approbation de l'autorité civile ? En cela ils se sont grandement trompés, puisque ce seul attentat suffirait pour les faire condamner dans tous les tribunaux et leur attirer probablement des peines afflictives

et flétrissantes, s'ils étaient poursuivis comme ils le méritent.

Enfin se seraient-ils flattés de nous intimider par leur audace et

de nous faire révoquer notre mandement du 25 juin dernier ?

Autre erreur encore plus grossière, car ils doivent tenir pour

certuin que cette ordonnance ayant été rendue après de mûres

réflexions sur tous les événements qui y ont précédé, nous ne nous en départirons jamais et que nous ne reconnaîtronsa pour vraie église paroissiale d'Yamachiche, que celle qui sera construite à la petite Rivière où réside actuellement le curé.

Mais quel peut donc avoir été le motif de leur procédé sacri : lége ? Ah ! n’en cherchons point d'autre cause que la colère de Dieu qui a voulu punir ces misérables en les aveuglant et en permettant qu'ils fissent la démarche la plus capable d'attirer sur eux tout le poids de sa malédiction............,.......... bn tsri eus

Assurément il s'est trouvé parmi eux des esprits plus réligieux ét plus raisonnables qui ont fait de: efforts pour ramener les autres, ou qui du moins ne les ont ni approuvés ni suivis et ceuxlà peuvent se flatter d'être encore dans les bonnes grâces de Dieu. Quantaux coupables, vos adversaires, ah! N. T. C. F., voici une belle occasion d'exercer envers eux cette miséricordo tant recommandée dans notre évangile.

CENRLELERE EE LELEENEEEEX) ‘....... CREER EREREEREELEELELITLE CCRELE] CRCEREELELELENEELLLEZ)

Donné à Québec sous notre seing, le sceau du diocèse et le contre-seing de notre secrétaire, Le 16 Mars 1789.

+ JEAN FRANCOIS, Evêque de Québec Par M. PLsssis, Ptre, Secrétaire, Cetto lettre que nous n'avons pu citor tout entière, à cause de sa longueur, était accompagnée d'instructions particulières

données au curé. On voit que l’Evêque ne reculait pas d’un pouce. BE tir

Il parlait ainsi dans ses recommandations à M. Kimber :

“Vous saurez donc 10. Que nous défendons à tout autre curé

60 HISTOIRE D'YAMACHICHE

que vous de confesser aucun des habitants de la Grande-Rivière d'Yamachiche, excepté les cas de mort prochaine,

20. Nous vous défenduns à vous-même de donner l'absolut:on ainsi que la communion à aucun des dits habitants, jusqu'à ce qu'ils reconnaissent l'église du petit Yamachiche pour leur véritable puroisse en y assistant d’une manière notoire et publique au service divin et en vous payant leurs dîmes.

30, Quant à ceux qui ont concouru directement ou indirectement au dernier enlèvement de la cloche et des ornements de la chapelle, ou qui les retiennent, voici la conduite que vous garderez à leur égard. Vous baptiserez leurs enfants, wais sans rece voir pour parrain aucun de ces profanateurs ni pour marraine aucune femme qui passe publiquement pour partisanne de leur système. Vous ferez communier ceux de leurs enfants qui vous paraîtront suffisamment ivstruits et qui seront assidus au catéchisme, Vous visiterez les coupables eux-mêmes, s'ils #ombent malades, et ferez tous vos efforts pour dissiper leur aveuglement, En tout temps vous pouvez les confesser à leur demande. Mais soit en santé, soit en maladie, vous ne leur donnerez nm l’absolu- tion ni là communion, jusqu’à ce que par un aveu public de leur faute, ils aient réparé le scandale pat leur voix ou par la vôtre, et qu'ils aient restitué à la chapelle de la petite Rivière les ornements dont ils se trouvaient détenteurs,

40. Ceux qui mourront sans avoir donné des marques publiques de leur repentir, s'ils ont eu le temps de le faire, nous vous défendons de les inhumer en terre sainte, jusqu'à ce que vous ayez pris nos ordres,

50, Vous ne ferez extérieurement aucune démarcke pour r'avoir les ornements enlevés, non plus que la cloche, et vous aurez soin que les habitants de la petite rivière s’abstiennent également de les redemander.

60, Si néanmoins quelques-uns de ces ornements vous sont remis, soit du propre mouvemeat des ravisseurs, ou par l’injonction que vous leur en aurez faite dans le tribunal, vous ne vous en servirez pas avant de les avoir bénis de nouveau en présence du peuple, afin de lui faire comprendre la grièveté de la profanation qui a été commise.

Page 1