CHAPITRE VII
La paix se rétablit à Yamachiche.
ONSEIGNEUR Hubert devait apprécier avec une grande sévérité l’ucte étrange des habitants de la Grande-Rivière. Il fallait que personne ne fût tenté d'imiter l'exemple funeste qui venait d’être donné à Yamachiche, Mais si nous voulons savoir au juste quelle était la valeur de cette action dans l'intention des habitants de la Grande-Rivière, il faut exclure ab.
solument toute idée de profanation. Ils avaient pris les ornements de l'église, non pour les employer à des usoges profanes, mais pour les conserver: avec respect, jusqu’à ce qu'un prêtre vint en faire usage dans lour église dela Grande-Rivière, Aussi les choses s'arrangèrent-elles beaucoup plus facilement qu'on n'aurait pu le prévoir,
M. le Grand Vicaire St-Onge, ainsi du moins le veut la tradition, vint exprès des Trois-Rivières, et en passant au Grand Machiche, il dit aux habitants qu'il put voir : Vous apprendrez que c’est le Grand Vicaire St-Onge qui passe, vous aurez affaire à lui demain. Le lendemain, portant le surplis et l’étole, il alla chercher les objets ravis que personne n’osa lui disputer.
Quant à la cloche, un particulier accepta le soin de la rapporter dans sa charrette à la chapelle de la Petite-Rivière. Il choisit une nuit noire, afin de n'être pas aperqgu ; mais sa malheureuse charrette se mit à crier de manière à éveiller les habitants
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dans leurs lite, Il arrêta chez un ami, graissa ses essioux du mieux qu'il put, et alla ensuite accomplir sans bruit son œuvre de restitution.
La grande chicane était virtuellement terminée : les oppo. sants so rendirent petit à petit, le marguiller Lavergne donnant le premier l'exemple , et M, Kimber put se féliciter d'une victoire complète, À propos de ce Lavergne dont on cite le nom cha- . que fois qu'il s'agit des difficultés religieuses d'Yamachiche, il ne faut pas se faire une mauvaise idée de son caractère ou de ses inclinations ; c'était un homme très doux et très religieux, qui avait commencé de bonne foi, et qui, à la fin, pleurait à chaudes larmes d’avoir été entraîné dans une aussi mauvaise voie,
Qu'il y ait eu, pendant et après ce retour, des difficultés partielles ou de peu d'importance, cela no doit par surprendre,
En voici une qui a bien son côté plaisant, et que nous rapportons peur égayer quelque peu nos lecteurs.
Les habitants de la Grande-Rivière n'avaient pas, pour venir à l’église du Petit Machiche, les chemins de raccourci qu'ils ont maintenant, il leur fallait toujours passer par le village du Grand Machiche, Il y a plus que cela encore ; il leur fallait suivre ce qu'on appelle aujourd'hui la route à Bezote, traverser la rivière vis-à vis le chemin des Petites-Terres, puis remonter à l’église,
Lorsqu'ils virent que décidément l'église ne serait pas bâtie su: ls tarre donnée par le seigneur Duchêne, ils demandèrent quo l’on continuât la route du Grand Machiche jusqu'au delà de la petite rivière, afin de leur épargner le grand tour qu'ils étaient obligés de faire auparavant. La chose était juste et toute naturelle, ‘Ile leur fut accordée sans la moindre hésitation, Mais voilà que les propriétaires du terrain que cette route devait couper s'avisèrent de faire de l'opposition. M, Louis Gélinas eut l'idée originale d'aller planter un verger précisément à l'endroit où le chemin devait passer ; et quand des hommes se présentèrent pour travailler, il leur fit solennellement défense de toucher à son verger. | |
- Le verger de M. Louis Gélinas était composé de grands ar-
bres, arrachés sans beaucoup de soins, et ne porta ni feuilles ni fruits. ! “ls ‘ à
Il était dans l2 caractère de nos pères de chanter à propos de tout et à propos de rien. Le nouveau verger, avec ses bran-
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ches sèches et nuos, excita la verve d'un Béranger populaire qui fit bel et bien une longue chanson, paroles et musique, à l'adresse du père Gélinas. Pauvre Bezote (Gélinas), y était-il dit :
Pauvre Bezote,
Ton verger n'a pas pris racine, C'est là ce qui te chagrine, Pauvre Besote !
Mais le sous-voyer donna ordre d'ouvrir la route, et M, Louis Gélinas, comme nous l'avons dit, alla faire solennellement défense de toucher à son verger, Un gaillard qui tranchait les branches sèches avec beaucoup d’ardour, lui dissit, tout en le lorgnant du coin de l'œil : père Bezote, je vous conseille de ne pas approcher, car il pourrait vous arriver malheur, Je puis tuer un homme, moi, pour obéir à mon sous-voyer.
L'ouvrage se fit sans autres difficultés (1),
Le Répectoire du Clergé ne donne presque rien de précis sur l'abbé Kimber ; voici ce que nous avons pu recueillir sur la carrière de ce digne ecclésiastique.
Nommé vicaire à St-Ours le 7 octobre 1781, quelques jours seulement après son ordination, il y resta jusqu’au 30 septembre 1782, Il fut alors nommé curé de Contrecœur et desservit cette ‘paroisse jusqu'à l’automne de 1788, époque où il fut appelé à Yamachiche.
En 1802 il fut envoyé à Verchères et y demeura comme curé jusqu'en 1823. Il se retira alors du ministère, et continua à demeurer à Verchères où il mourut le 19 janvier 1832, à l'âge de 73 ans. Son corps repose dans l'église de cette paroisse.
M. Charles Ecuyer fut le successeur immédiat de M. Kimber. M. Ecuyer (il signait Ecuier) était un des plus forts musiciens
(1). En 1812, lors du passage, à Yamachiche, du gouverneur Prevost, Pierre Hubert (grand père de M. Narcisse Hubert, de Nicolet) et Joseph Pothier, mon giand père maternel, après un procès célèbre, se sont hâtés de faire ouvrir le chemin, depuis la route à Bezote jusqu'au village actuel. Dans la nuit qui précéda l’arrivée du gouverneur, il plantèrent un poteau avec une main pour indiquer la nouvelle route aux distingués personnages. Ils passsèrent la nuit, tous deux, à veiller pour empêcher leurs adversaires de nuire à leurs projets. Cet Hubert était le gendre de M. José Carbonneau grand-père de M. Joseph Carhonneau) qui a fourni le terrain où se trouve l’église actuelle, Ce José Carbonneau était l’oncle de M. François Carboneau, père de M. Jules Carbonneau. (Vote de M. F. L. Desaulniers.)
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de son temps ; il savait exécuter ln musique ot composait lui-méme au besoin, Il a laissé un Sanctus, un HMagnificat et plusieurs motets qui ont certainement du mérite, et qui ont été fort ndmirés à leur apparition.
M. Ecuyer était un homme gros et fort, au toint hâlé, à la figure un peu rébarbative, Ceux qui l'ont bien connu s'accordent à dire qu'on ne dévinait pas le musicien sous sa rude enveloppe. Ce n'était pus un orateur, mais il semble que cette qualité ne lui était pas aussi nécessaire qu'à bien d'autres, Il prêchait sa paroisse au moyen d'un chœur magnitique qu'il avait lui-même formé,
Le chant de l'église n'est-il pas une prédication ? Et dans cette paroisse tant aflligée naguère par les divisiuns, la prédication de la musique religieuse n'étuit-elle pas la plus rationelle et la plus efficace ? L'harmonie de la musique dovenait l'emblême d'une harmonie plus douce encore qui s’établissuit entre les intelligences, et surtout entre le pasteur et ses ouailles,
M. Ecuyer naquit à Montréal le 20 novembre 1758, du mariage de Jean Ecuyer et de Josephte Simer, ot fut ordenné prêtre le 5 avril 1783. D'abord vicaire à la cure de Montréal, il s'agrégea au Séminaire de St-Sulpice le 21 octobre 1788, mais sortit de cette communauté dès le 18 septembre 1790.
Il fut nommé curé de la Pointe-Claire le 11 octo.re de la même année, et demeura dans cette paroisse jusqu'au 29 septembre 1793, Il fut alors nommé à la Repentigny, et y résida depuis le 12 octobre 1793 jusqu'au 22 octobre 1802, époque où il vint prendre la direction de la cure d’'Yamachiche. Il mourut le 29 mai 1820 après 19 ans d’une adrainistration des plus heureuses, Il avait rencontré bien des épreuves à la Pointe-Claire et à la Repentigny, et Dieu lui ménageait une carrière de bénédiction précisement dans cette paroisse d'où la paix avait semblé bannie pour toujours, Il repose dans le chœur de l'église d'Yamachiche, et la population garde encore un précieux sonvenir de ses vertus de prêtre.
Dans une brochure récemment publiée, M. Frs. L. Desaulniers parle ainsi de M. Ecuyer : “ Il eut lu gloire d’avoir été le “ protecteur de feu M. l'abbé Jean Holmes dont la réputation “ d'orateur et de savant est universellement reconnue. Ayant vu “ le jeune Holmes chez un M. Burroughs, instituteur aux Trois—
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“ Rivières, M. Ecuyer. le prit sous sa protection, l’amena avec “lui à Yamachiche, le convertit au catholicisme et le baptisa, “ continua son éducation et l’envoya au Séminaire de Nicolet dont ‘il devint l’une des plus grandes gloires, M. Ecuyer était doué “ de beaucoup de talents pour la musique... En 1812, “ lers du passage, à Yarachiche, du gouverneur Prévost qui se ‘“ rendait à Sorel pour rencontrez les troupes américaines, M, # Ecuyer composa une pièce de vers qu'il mit lui-même en musi- “que. Nous en citerons la première strophe :
Prévost le magnanime
Qui captive nos cœurs
Fera pusillanime
La troupe d'ugresseurs :
Son courage intrépide
Nous rendra tous vaillants :
Toujours, sous un tel guide,
Nous serons triomphants !
Les deux jeunes gens qui chantèrent cette chanson au gouverneur, sont MM. François et Augustin Carbonneau, chantres très renommés qui viennent de disparaître.
Quand M. Ecuyer mourut, on était en pleine paix. M. Amyot, qui était alors vicaire, continua à desservir tranquillement la paroisse jusqu’en novembre 1820, époque où arriva un nouveau curé. Ce nouveau curé, pour la gloire d’Yamachiche, n’était autre que Mgr Joseph Norbert PROVENCHER, évêque de Juliopolis en Galatie, Il avait été nommé à Rome dès le ler février 1820, mais à raison de difficultés considérables, et que nous connaissons bien imparfaitement, il ne put être sacré que deux ans plus tard. C’est pendant ces deux années qu’il vint comme curé à Yamachiche,
Mgr Provencher était, avec Mgr Cooke, l’un des élèves du premier cours du séminaire de Nicolet, Né dans la paroisse de ce nom le 12 février 1787, il fut ordonné le 21 décembre 1811,
11 avait commencé ses étude au Collége St-Raphaël à Montréal ; mais l’incendie de cet établissement le fit revenir à Nicolet,
Il fut tonsuré par Mgr Plessis, dans la Cathédrale de Québec, le 5 octobre 1803, En 1809 il professait la Méthode au Séminaire de Québec, selon le système de L'Homond. En 1810-
811, il était professeur de Belles-Lettres. Au 20 novembre 1811,
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on voit qu'il était malade à l'Hôpital Général de Québec, où il demeura jusqu'au 10 décembre, Onze jours après sa sortie de l'hôpital, il était fait prêtre, bien que sa santé ne fût pas parfaitemeut rétablie. Il fut nommé vicaire à Québec même, et y exerça le saint ministère jusqu'au 17 septembre 1812,
Nous avons eu beaucoup de peine à nous procurer des renseignements exacts sur cette première partie de la vie de Mgr Provencher; sa belle carrière apostolique ayant absorbé toute l'attention, on avait mis en oubli ses premiers essais dans le saint ministère. Nous sommes vraiment heureux de dire que nos recherches ont été couronnées de succès. Mgr Plessis destinait son nouveau prêtre aux missions de l'Ouest, aussi semble-t-il avoir voulu l’accoutumer à la vie de missionnaire en le changeant fréquemment de paroisse,
Le 19 octobre 1812, il est envoyé vicaire à Vaudreuil, et y demeure jusqu’au 11 octobre 1813. Au 5 octobre de cette année on lui offre d'opter entre la cure de Rimouski et le vicariat de St- Charles, Rivière Chambly, en attendant qu'on puisse le nommer curé des (rrondines ; mais il n’occupe ni l’une ni l’autre de ces deux positions, et le 6 novembre 1813 il est installé vicaire à Deschambault,
‘ En partant de Québec pour se rendre à Deschambault, dit “M. l'abbé Dugast, il subit un accident qui aurait pu lui être “ fatal, mais qui heureusement eut un résultat favorable, Il s'é- “ tait mis en route de bon matin, par des chemins très mauvais, ‘avec un compagnon d’un poids plus qu'ordinaire, Lorsqu'ils ‘ passaient vis-à-vis de l'Hôpital Général, a voiture versa dans un “€ fossé, et Monsieur Provencher faillit être écrasé par son compa- “ gnon, qui tomba sur lui. Quand il se releva, il sentit qu’il ne ‘ pouvait pas continuer son voyage. et il se fit transporter à l’h6- ‘ pital, à quelques pas de là. Heureusement il n'avait reçu au- ‘ cune blessure grave, et il en fut quitte pour passer huit jours à “ l'hôpital, Chose étonnante, cette chute causa dans toute sa ‘“ constitution, une revolution salutaire ; car à partir de ce mo- ‘“ ment, il devint fort et robuste, Il a dit souvent, dans la suite, ‘ que c'était cet accident qui avait amené le rétablissement de sa ‘ santé.
Le 9 mars 1814, il signe aux régistres des (rrondines comme curé de cette paroisse, mais il continue en même temps à ex-
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ercer les fonctions de vicaire à Deschambault. Le vingt-sept septembre, Mgr de Québec le nommait curé de la Pointe-Claire et de Ste-Anne du Bout de l'Ile. Il exerça les fonctions curiales à la Pointe-Claire jusqu'au 6 octobre 1816, et fut alors nommé à la cure de Kamouraska:
Il gouverna cette paroisse avec un succès remarquable depuis le 26 octobre 1816 jusqu’en avril 1818. (1)
Il partit alors pour la Rivière Rouge dont il fut le premier missionnaire avec Mr Dumoulin. Il avait le titre de vicaire général, Ayant été nommé à Rome le ler février 1820 évêque de Juliopolis en Galatic, suffragant et auxiliaire de l'évêque de Québec et vicaire apostolique pour le district du Nord-Ouest, il fut. sacré sous ce titre par Mgr J. O. Plessis, le 12 mai 1822, dans l'église paroissiale des Trois-Rivières, En 1847 il prit possession du siège épiscopal de St-Boniface de la Rivière-Rouge, I! y mourut le 7 Juin 1853, âgé de 66 ans, et fut inhumé dans sa cathédrale. (2).
Il ya ylusieurs portraits ue Mgr Provencher, mais on dit qu’ils ne reproduisent pas fidèlement les traiss de son visage, ni, encore moins, sa stature colossale et imposante,
On se souvient, à Yamachiche, qu'il racontait avec beaucoup d'intérêt les détails d’un voyage qu'il avait fait à Rome.
En général, on l’estimait beaucoup comme curé, et si les habitants ne se sont pas attachés à lui d'une manière, plus forte encore, c’est qu'ils ont toujours senti qu’il n’était à Yamachiche qu'en passant.
Mgr Provencher a trouvé un biographe, et il l'a trouvé, comme il fallait, parmi les missionnaires de la Rivière-Rouge, M. l'abbé G. Dugast a écrit de belles pages sur sa vie d'évêque missionnaire, L’histoirien nous a dit avec bonheur qu'il avait une véritable âme d'apôtre, un zèle qui ne eonnaïssait pas de bornes, un peu de bonhomie, mais un jugement sûr et droit, une grande humilité, une piété angélique.
QG) Mgr Provencher fut nommé curé de St Jean Baptiste de Rouville ie 9 fév. 1814, mais sa nomination fut sans doute révoquée, car il n’occupa jamais ce poste.
(2) Répectoire général du Clergé Canadien, page 16.
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M. Pierre Viau succéda à Mgr Provencher dans la desserte d'Yamachiche, M. Viau naquit à St-François-Régis de Montréal le 24 juillet 1784, du mariage de Pierre Viau et de Marie Josephte Barret. Il fut crdonné le 3 décembre 1809, et devint plus tard vicaire général du diocèse de Montréal. Sa carrière de prêtre fut. un véritable pèlerinage : 1809, vicaire à Vaudreuil ; 1810, vicaire à Québec ; 1812, curé du Cap-St-Ignace et de l’'Ile-aux-Grues ; 1818, directeur du Séminaire de Québec; 1820, curé de St Nico las; 1822, curé d'Yamachiche; 1825, curé de St-Pierre et de St- François de la Rivière du Sud ; 1826, curé de la Rivière-Ouelle ; 1835, à l'évêché de Montréal ; 1836, curé de St-Sulpice. Il mourut à l’hospice St-Joseph de Montréal le 13 juin 1849, à l’âge de 61 ans, et fut enterré dans la Cathédrale. M, Viau ne demeura que trois ans à Yamachiche ; il y a laissé peu de souvenirs, soit à
cause de son caractère paisible et du calme qui règnait dans la paroisse, soit à cause du peu de temps que dura son administration.