CHAPITRE VIII
M. l'abbé J. $S. N. Dumoulin.
U mois d'octobre 1825, M. Joseph Sévère Nicolas Dumoulin venait prendre possession de la cure d'Yamachiche.
Nous voici en face du plus populaire de tous les
curés d'Yamachiche que nous avons passés en revue,
C'était un homme au jugement sûr, à la parole évan-
gélique, au caractère merveilleusement trempé. Il était gai, enjoué même, mais la sainteté se lisait sur sa figure.
Homme de goût et de science, missioanaire et apôtre, il donpa un éclat inaccoutumé aux cérémonies de l'église dans sa paroisse, attaqua le vice sans ménagements, et ne recula jamais quand il s’agit de mettre une sanction aux règles qu’il avait posées pour le bien des âmes,
Heureuses les paroisses auxquelles Dieu a donné de semblables pasteurs ; elles ne craindront rien dans les mauvais jours où l'erreur deviendra victorieuse,
Monsieur Dumoulin naquit à Ste-Anne du Bout de l'Ile de Montréal, le 5 décembre 1793, dans une jolie maison en pierre qui se trouve à quelques arpents en bas de l’église, et qui est aujourd’hui la propriété de Gabriel Christie Tunstall, Ecr. Il passa ses années d’adolescence à St-Zephyrin de Courval où son père était seigneur. fit ses ètudes au Séminaire de Nicolet, et fut ordonné le 23 février 1817.
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Après avoir été pendant une année vicaire dans la ville de Québec, il partit avec Mgr Provencher pour aller ouvrir les premières missions de la Rivière Rouge,
Ab ! si les premiers missionnaires du Canada ne nous avaient accoutumés à des actes d’héroïsme audessus des forces de la nature, si notre religion elle-même n'était toute d'amour et de dévouement, nous ne saurions comment exprimer notre admiration en voyant partir ces jeunes prêtres pour leur mission lointaine et périlleuse. Mais le sacrifice a toujours son prix dans le royaume du père céleste. Que Dieu bénisse votre voyage, braves pionniers de la foi, dans les régions presque inconnues du Nord-Ouest | C’est bien de vous que l’on peut dire que vos pieds sont beaux, au moment où vous allez annoncer la bonne nouvelle sur les plages abandonnées de la Rivière Rouge et de la Saskatchewane,
Ils demeurèrent seuls à leur labeur pendant deux années, puis, en 1820, un nouvel ange de paix vint sourire aux tribus sauvages du Nord-Ouest : c'était M. Th, Destroismaisons, Nous pe pouvons malheureusement donner aucun détail à nos lecteurs sur l’opestolat de Messieurs Provencher et Dumoulin, cela nous lentraînerait trop loin. Chacun pourra y suppléer par l’imagina tion, et bénir Dieu d’avoir mis tant de vertus dans le sacerdoce catholique. En 1824 M. Dumoulin était revenu de la Rivière- Rouge, et exerçait le saint ministère à St-François dela Rivière du sud, (1) En 1825 il était curé d'Yamachiche où il arriva le 31 octobre,
Nous avons déjà dit avec quelle fermeté il dirigeait sa paroisse, On comprit dès le commencement quelle était sa manière de procéder, et chacun s’en trouva content,
Dès l’année qui suivit son arrivée à Yamachiche, une ère de grâce s'ouvrit pour la chrétienté : le pape accorda l’indulgence du jubilé à tout l'univers catholique,
M. Dumoulin commença les pieux exercices du jubilé le 8 de juillet 1827, fête de la Dédicace, et les continua pendant quinze jours. Le 22, après avoir vu sa paroisse entière puiser à pleines mains dans les trésors de la miséricorde de Dieu, il termina ces exercices si fructueux par la plantation d'une croix commé-
(1) C’est de là qu'il écrivit la lettre importante citée sur le No. 2 du Foyer Domestique, ler volume, à la page 75.
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morative, Une foule évaluée à trois mille personnes assistait à la cérémonie, et M. Dumoulin donna lui-même le sermon de circonstance,
Pendant ces jours de grâces, plus qu'en aucun autre temps, M. Dumoulin put s'apercevcir que la parvisse était devenue extrêmement populeuse, et qu'il fallait absolument songer à la diviser, Beaucoup d'habitants, d’ailleurs, avaient une distance énorme à parcourir pour venir-aux offices de l'église, et demardaient un prêtre plus près d'eux. On se mit donc à l’œuvre, et le. 2 novembre 1828 il lisait, du haut de la chaire, le décret de l’évêque de Québec par lequel les rungs St-Joseph, Bellechasse et Pique-dur étaient détachés de Ste-Anne d'Yamachiche pour former une nouvelle paroisse du nom de St-Barnabé.
La placo de l’église fut marquée en 1829, et lu première pierre bénite en octobre 1830 par le grand vicaire Cadieux. Mais les choses ne se firent pas d'une manière aussi facile et aussi simple qu'on aurait pu l'espérer ; il y eut opposition et à la fin établissement de deux paroisses au lieu d’une, savoir St-Barhabé et St-Sévère, cette dernière nommée ainsi par reconnaissance pour M. Dumoulin lui-même.
St-Barnabé fut érigé civilement par proclamation de son Excellence Mathow lord Aylmer (datée à Québec du 13 janvier 1835), et les limites en furent ainsi fixées :
“La dite paroisse devra comprendre la concession double appelée St-Joseph, dans le fief Gatineau, le village Bournival situé dans le même fief, et les premier, second et troisième rangs du tewnship de Caxton, dans l'augmentation d’icelui, connue sous le nom de fief Frederick, le tout comprenant une étendue de territoire d'environ huit miiles de front sur environ cinq de profondeur, ?
La paroisse de St-Sévère fut érigée par un décret canonique daté du 23 janvier 1850.
St-Barnabé forme aujourd’hui une grande et riche paroisse, avec une belle église, un beau presbytère et un village assez considérable, St-Sévère étant beancoup plus petit, marche nécessairement moins vite dam la voie du progrès; mais ces deux filles. d’'Yamachiche ont réellement accompli toutes deux des choses admirables,
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M. Dumoulin, étant tout rempli de £èle pour la maison de Dieu, avait trouvé, à son arrivée à Yamachiche, que la beauté de l’église ne répondait pas aux richesses de la paroisse, Il ne brusqua rien cependant, Il savait que les habitants de la Petite-Rivière avaient bâti cette église seuls, et trouvait bien, comme tout le monde, que cela était prodigieux ; mais, maintenant que toute la paroisse était réunie en bon accord, il fallait en profiter pour offrir au bon Dieu quelque chose de plus riche. Les esprits se trouvaient bien préparés au mois d'octobre 1833, et, dans une assemblée, on donnait unanimement une entreprise de 30,000 piastres à Alexis Milette, architecte de la paroisse, pour qu'il fit à l'église des réparutions qui lui donnassent un nouvel aspect,
Deux tours furent élevées en 1831,
Quant à lu statue en bois doré qui avait été placée entre les deux tours, voici ce qu'on lit à son sujet dans les manuscrits de feu le colonel P..J, Héroux :
* La belle statue sur le portique de l'église de Machiche a été élevée et posée en l’honneur de la bonne Ste Anne samedi 14e jour du mois de juillet 1832, après une grande messe chantée en son honneur. Les litanies ont été chantées avant la bénédiction et répétées après la bénédiction pendant que les assistants au nornbre de 140 personnes aux onvirons allaient tour à tour lui baiser les pieds, et à son élévation partant de terre, il a été chanté avec allégresse O Sancta Anna trois fois répété, et elle a été montée et posée à sa place avec facilité.”
Cette statue avait été travaillée à Québec. ,On la voit encore aujonrd'hui dans le cimetière d'Yamachiche. Le temps lui avait fait beancoup de dommages et la piété des pèlerins était venue hâter sa destruction, chacun d'entre eux tenant par dévotion à en emporter quelques parcelles, comme souvenir de pèlerinage ; mais dans l'hiver de 1876-1877 elle fut entièrement réparée par les Mrs Héroux, constructeurs de la présente église d'Yamachiche; telle est maintenant placée sous un beau pavillon surmonté d’un serpent d'airain.
L'année 1837 fut une année de disctte extraordinaire au Canada. La récolte ayant manqué, le nombre de pauvres nécessiteux s’éleva dans la paroisse d'Yamachiche, au chiffe exorbitant de trois cents personnes. M. Dumoulin fit appel à la charité publique, prodigun lui même les aumônes, et parvint ainsi à soulager les plus grandes misères, pendant la saison rigoureuse.
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En l'année 1844, Mr le grand vicaire Hudon du diocèse de Montréal entreponant le voyage de Rome, M, Dumoulin crut n'avoir rien de mieux à faire que de l'accompagner, Il partit done pour la ville éternelle, M. J. Caron le remplaçant pendant son absence, Peu de prêtres alors pouvaient se donner la jouissance d'aller visiter le Père de nos âmes, le successeur de $. Pierre sur le siège de Rome, et ceux qui avaient ce bonheur étaient un peu comme les pèlerins de la Terre-Sainte, dans les jours de foi du Moyen-Age, on les entourait d’une vénération particulière. On dit qu’il fit ce voyage avec une intelligenee et une piété singulière.
À son passage en Suisse, il voulut faire la connaissance des parents qu'il avait dans ce pays. Il fut étonné alors de se trouver en face de huguenots chez qui le prêtre n'avait pas coutume d'être le bienvenu. On le reçut avec beaucoup de politesse, mais un sourire efleurait les lèvres de ces protestants, chaque fois qu'il voulait parler selon ses convictions de prêtre catholique.
Après le retour de son bon curé, en 1845, le 27 février, la paroisse d'Yamachiche put jouir du spectacle d’une cérémonie religieuse telle qu'on n'en avait pas encore vu,
M. Dumoulin avait demandé à Rome et obtenu les reliques d'une sainte des Catacombes, sainte Eutychiane, ctavait fait exécuter une représentation en cire de la sainte martyre romaine, Ces représentations des saints, de grandeur naturelle, étaient encore inconnues dans le district des Trois-Rivières, et on ne saurait dire le nombre de visiteurs que cela attira à l'église d'Yamachiche,
La cérémonie du 27 février eut un plein succès. Douze prêtres étaient venus s'unir à M. Dumoulin, et ilen était venu méme du sud du fleuve. malgré.le mauvais état de la traverse, La nef et les jubés s’emplirent, et comme il restait encore beaucoup de monde, on les laissa pénétrer dans le chœur, de manière à ne laisser qu’un petit espace devant l'autel. La sacristie était pleine comme l'église. On chanta avec grande pompe une messe des Vierges, et après la messe on alla faire la levée des saintes reliques au presbytère, Quatre prêtres les portèrent à l’église et les déposèrent d’abord sur le maître-autel., M. le Grand-Vicaire (ooke s’avança alors et fit, en présence du corps de la sainte, un sermon pathétique qui produisit les plus grands effets.
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Les précieuses reliques furent ensuite déposées à l'endroit qui leur avait été préparé, sous le petit autel du côté de l'évangile.
Voici une prière à Ste Eutychiane que nous nous faisons un devoir de communiquer à nos lecteurs,