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CHAPITRE IX

Administration de M. l’abbé J. H. Dorion.

'ABBÉ Dumoulin avait donc quitté cette terre pour aller recueillir le prix de ses grandes vertus sacerdotales. Il avait si bien administré la paroisse d'Yamachiche, il occupait une si large place dans le cœur de ses parois ns, que sa succession devenait périlleuse et ditiicile. Mais la sainte Providence avait son homme tout préparé pour mettre à.

la tête de cette population inconsolable : c'était un missionnaire

des Cantons de l'Est, M. l'abbé Joseph Hercule Dorion.

Ce digne ecclésiastique naquit à Sainte-Anne de la Pérade, le 13 avril :820, du mariage de Pierre Antoine Dorion et de Geneviève Bureau, Son père était marchand, et avait fait dans un commerce bien dirigé une rapide et jolie fortune, Ayant ensuite voulu faire le commerce de bois, ce marchand si heureux connut les revers les plus cuisants de la fortune. Dans les deux années. consécutives où il voulut se livrer à ce nouveau commerce, la rivière Ste-Anne se gonfla d’une manière inaccoutumée, brisa toutes. les estacades, et entraîna dans le fleuve St-Laurent les bois qu'il avait fait couper. Il arriva ainsi fatalement à une ruine financière. M. Antoine Dorion avait neuf enfants, sept garçons et deux filles. Quand le malheur vint s’abattre sur son foyer, trois de ses fils avaient terminé leurs études classiques, et un quatrième était déjà avancé en classes, Parmi les trois qui avaient termiué leurs.

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‘études, se trouvaient l’honorable A, Aimé Dorion, qui à joué un rôle si important dans la politique du Canada et qui mourut juge de la Cour Suprême, en 1891, et M. l'albé J. H. Dorion dont mous voulons en ce moment esquisser la vie, M, l'abbé Dorion fit ses études au Séminaire de Nicolet, C'était un écolier aux goûts sérieux, à l'âme sensible ot ouverte à toutes les beautés artistiques, Il avait un talent particulier pour le dessin, et son professeur, M. Sarony, le crut appelé à briller dans la carrière de peintre. Le jeune écolier voulut briller duns la carrière sacerdotale, c'était beaucoup mieux encore. Il était comme naturellement soumis à la règle, et il ne compta que des amis parmi ses professeurs et ses condisciples.

Il fut ordonné prêtre le 12 septembre 1844, etenvoyé comme vicaire à Kingsey. En 1846, il était nommé missionnaire de Drummondville, et devait, de là, desservir les missions environnantes,

Quand il était jeune enfant, son père l'avait envoyé au lac -de Beauport, dans une école tenue par un ancien militaire, afin de lui faire apprendre l'anglais. Le régime de cette école n’était pas tendre. Les enfants devaient se protéger eux-mêmes, et si quelqu'un les molestait, on leur disait tout simplement : défendezvous. Les repas étaient à une heure bien fixe, celui qui ne se trouvait pas à l'heure ne recevait pas de reproches, mais il restait l'estomac vide jusqu’au repas suivant. Personne n'’obligeait les enfants à étudier, mais quand arrivait la classe, ils devaient réciter leurs leçons sans faute, À chaque mot qu'ils manquaient, il leur arrivait un bon coup de férule sur les doigts, comme le marteau arrive sur le timbre de l'horloge.

La Providence arrange tout pour notre plus grand bien. A cette rude école du lac de Beauport, M. Dorion apprit deux choses qui lui furent très précieuses : il apprit la langue anglaise, et il apprit à se suffire à iui-même en toute circonstance.’ Sa connaissance de l'anglais lui permit de desservir les Irlandais des Cantons de l'Est, qui ne parlaient que cette langue. L'habitude de se suffire à lui-même, lui permit de supporter plus facilement cette vie de missionnaire, où le prêtre se trouve privé de tout ce ‘qui fait la douceur de la vie.

M. Dorion accomplit sans bruit et sans ostentation, mais avec un dévouement parfait, son œuvre sublime de missionnaire.

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on compterait difficilement ses courses aventureuses à travers les. bois et les savannes, ses journées passées à jeun, pour aller aw fond de quelque canton ignoré, porter les consolations de la Re-ligion à un pauvre défricheur, expirant de maladie, de misère et de faim.

Mais une œuvre plus extraordinaire s'offrit au zèle du missiannaire, On était en 1847. Les Irlandais arrivaient en grand nombre dans notre pays, et ils arrivaient avec le terrible fléau du typhus. La Grosse-Ile, où se faisait la quarantaine, était devenue une ville, mais c'était ia ville des angoisses, des tortures et de la mort, M. Dorion reçut de Mgr l’évêque de Québec une lettre qui l'invitait à se rendre à la Grosse-Ile, pour porter secours aux pestiférés. Il partit immédiatement, comme s'il se fût agi d’unemission agréable,

Arrivé là, il sentit «comme tout le monde ce poids de tristesse qui pesait sur l’âme, quond on abordait cette île funeste où la mort avait élu domicile.

D'immenses abris avaient été élèvés pour recevoir les émi-— grés. Quand il pénétra sous ces abris, il se sentit comme pris de vertige et 1! crut tomber à côté des pestiférés qu'il venait secourir: c’est qu? l'air était littéralement empesté. Il se remit au bout de quelques instants, et commença à parcourir les rangs des émigrés, pour les confesser et les absoudre, Le temps que les prétres employaient à ce ministère était limité par le médecin, et en-suite ils avaient ordre de se distraire, de marcher au grand air, de faire de la musique, ete, Ils étaient dispensés du.bréviaire. M. Dorion fit bravement son temps à la Grosse-Ile, puis il retourna tranquillement à sa mission de Drummondville, qui lui paraissait maintenant un paradis. Plus heureux que son prédéceseur, M, Robson, il ne fut pas atteint par le typhus.

Le 5 octobre 1853, M, Dorion fut nommé curé d’Yamachiche ; c’était une grande faveur pour un prêtre de son âge, car Yamachiche avec ses belles institutions et sa population animéed’un si bon esprit, était devenu l’une des plus belles paroisses du Canada. Il se rendit immédiatement à son poste.

Les habitants d'Yamachiche ne le connaissaient pas, et quand ils le virent arriver, ils furent heureux de trouver sur sa figure cet air de dignité et ce calme religieux qui sied si bien aux ministres de Jésus-Christ, Il avait les cheveux noirs, le teint

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bronzé, ie front large, le nez aquilin, les lèvres minces, les traits bien accusés, Sa démarche annonçait une âme humble, et peutêtre un peu de timidité, Ce pasteur allait être le bienvenu dans la grande paroisse d'Yamachiche, Il n'avait pourtant pas le ca. ractère jovial, les marières prévenantes de M. Dumoulin. Quand un paroissien arrivait au presbytére, il le saluait poliment, mais ne lui donnait aucune de ces marques d'affection, dont nos Canadiens se montrent très friands, Il traitait volontiers d’affaires, et avec un bon sens remarquable, il donnait avec jugement un bon conseil à celui qui en avait besoin ; mais quand on avait fini de parler d’affaires, il était bon de 8e retirer, Si on s’obstinait à rester, le bon curé paraissait visiblement embarrassé et la conversation languissait péniblement, Il se montra toujours d’une extrême réserve avec ses paroissiens ; Îles paroïissiens, de leur côté, ne se familiarisèrent jamais avec lui, Tout cola, sans doute, n'était pas propre à amener de grandes expansion: d'amour de la part de ses ouailles, mais cela fit que tout le monde vint à l’estimer du plus profond du cœur Ce que l’on aimait chez lui, c’est qu’il se montrait toujours prêtre ; c’est qu'il était d’une régularité admirable ; c'est qu'il avait une douceur et une patience qui firent qu'après trente-six ans d'administration, aucun paroissien ne lui avait jamais entendu dire une parole de colère, ni même une parole désobligeante, M. Dorion conserva tout ce que son prédécesseur avait créé, et il dirigea sagement la grande paroisse d'Vamachiche, au milieu d’une paix inaltérable,

Ce digne ecclésiastique sortait peu de son presbytère. Pour se donner de l’exercice, il avait établi dans un coin de sa maison une petite boutique de menuiserie, et chaque jour il ailait y travailler le bois pendant quelques heures, On a dit que dans ces heures de récréation, il travaillait à une machine qui devait donner le mouvement perpétuel. Comme ce mouvement perpétuel est une impossibilité, nous aimons mieux dire que par son travail solitaire, il voulait construire une machine qui donnât le plus de mouvement possible, à la suite d’une impulsion donnée, Quoiqu'il en soit, ce travail n'eut jamais d'autre résultat que de donner à celui qui s’y livrait une récréation salutuire,

Un temps arrivait cependant, où le travail de menuiserie serait abaudonné. Une œuvre importante allait occuper tout le

temps de ce digne prêtre, sans excepter le temps de la récréation,

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L'église d'Yamachiche, construite dans les circonstances que l’on sait, n'avait pas été construite d'une manière bien durable, aussi fallait-il songer à la remplacer dans un avenir prochain, M. Dorion consulta un grand nombre de paro'ssiens, et il vit qu'on admettait généralement la nécessité de re'âtir, Il constata de plus que tous voulaient pour la paroisse d’Yamachithe un vaste et beau temple, Il se mit donc a étudier l'architecture, cet comme il] était très habile dans le dessin, il fit lui-même tous les plans de la nouvelle construction,

Quand il eut ainsi fixé tous les détails avec maturité, il commença toutes les formalités nécessaires, et voilà que la paroisse d’'Yamachiche reprenait la tradition des temps du père Augustin : il ne rencontra pas d'opposition, Il y eut une autre chose bien égréable au curé et «ux paroissiens : dans le village d'Yamachiche on trouvait deux architectes très habiles et très honnêtes MM. Georges et Joseph Héroux ; ces deux citoyens distingués , entreprir: nt la construction du nouveau temple, et tout marcha ainsi au milieu de la satisfaction générale.

L'église d'Yamachiche est l’œuvre du cœur de M. l'abbé Dorion ; c'est le monument qu'il a voulu laisser après lui pour perpétuer sa mémoire, Il est donc convenable que nous en parlions avec plus de détail ; mais pour cela, qu’avons-nous de mieux à faire que d'emprunter la voix du digne curé lui-même ? Redoubles votre bienveillante attention, amis lecteurs ; dans l’article suivant, c'est M, Dorion lui-même qui vous parle de l’œuvre de sa vie,

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