‹ Histoire de la paroisse d'Yamachiche [microforme]Chapitre 22 sur 121 · PEINTURES DÉCORATIVES · texte numérisé non relu

PEINTURES DÉCORATIVES

Les vertus de foi, d'espérance et de charité sont représentées par des figures allégoriques, dans les quatre pendentifs. (1) Elles sont placées, chacune dans une espèce de médaillon ayant pour exergue l’un des mots latins : Fides, Spes, Amor Dei, Charitas, qui se traduisent par la Foi, l'Espérance, l'Amour de Dieu, la Charité, D'où l'on voit que l'amour de Dieu et la charité envers le prochain sont représentés séparément et occupent deux des wédaillons,

Etudions d'abord la peinture qui se trouve au haut dela grande coupole, et qui est de beaucoup la plus considérable, Nous revien@rons ensuite aux pendentifs,

Monsieur le Curé suggéra que l’on représentât au haut de la coupole, Dieu et ses principaux attributs, autant, du moins, qu'ils pourraient être représentés avec l’aide du pinceau. Ceci permett it de réunir sur un même fond plusieurs scènes dont chacune serait la représentation de l’un des attributs de Jéhovah : sans, pour cela, trop nuire à l'unité d'action requise dans une œuvre de ce genre. S'iuspirant de cette idée Monsieur Cappello a fait une œuvre remarquable, qui fera vivre son nom, bien certainement autant que durera la présente église d’Yamachiche.

Les sujets adoptés pour les pendentifs ont une relation étroite avec celui de la grande coupole. En effet, la Foi, l'Espérance, la Charité ont pour objet Dieu, qui est représenté au haut de la coupole, Mais, les médailluns où sont représentées les vertus théologales n'apparaissent-ils pas, par leur position, comme un apnendice de la grande peinture du dôme ?

Voyons mainteount ce que contient celle-ci,

Sur un fond du plus bel azur, pursemé de nuages légersaux reflets d’or et d'argent, on aperçoit, vers le milieu, Dieu représenté sous la forme d’un vénérable vieillard et planant dans les airs. Il est vêtu de jaune, symbole de la richesse et de la puissance, Disseminés dans l’espace l’on aperçoit des anges, tantôt groupés, tantôt isolés, qui tous semblent proclamer les louanges du Créateur de toutes choses. La grande figure du Père Eternel est pleine de grâce et de majesté. Sa main droite indique une partie du

(1) Un pendentif est une portion triangulaire de voûte placée entre deux des grands arcs qui supportent une coupole.

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globe terrestre, quise montre à travers les nuages. C'est l'indice du commandement. Son bras gauche gracieusement tendu présente la main tournée en haut, c’est le signe de l’approbation. En voyant cette noble figure et tout ce qui l’environne, n’est-on pas tenté de 8e dire: Mais, était-il possible de mieux peindre la. création au livre de la Génèse ? On y lit ‘“ qu’au commencement. Dieu créa le ciel et la terre. Il dit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres. Il donna à la lumière le nom de jour et aux ténèbres le nom de nuit. Dieu dit encore : Que les eaux qui sont restées sous le soleil se rassemblent en un geul lieu et que l'élément aride paraïsse, Dieu donna à l’élément aride le nom de terre et il appela mers toutes ces eaux rassemblées, Et il vit que cela était bon. Dieu dit aussi : que des corps lumineux soient faits dans le firmament du ciel, et qu'ils séparent le jour et la nuit, et qu’ils servent de signe pour marquer le temps et les saisons, les jours et les années. Dieu fit donc deux grands corps lumineux, l’un plus grand pour présider au jour, l’autre moindre pour présider à la nuit. Il fit aussi les étoiles. Et il les mit dans le firmament du ciel pour luire sur la terre, et pour présider au jour et à la nuit, et séparer la lumière des ténè.res. Et Dieu vit que cela était bon.” Revenons maintenant à la peinture qui nous occupe. Qu’y voyons nous ? Sur la partie du globe que ne voilent pas les nuages, de l’eau, du feu, puis à côté la lune reflétant sa douce lumière sur la terre, qu’elle paraît surveiller. L'artiste nous la montre dans l’une de ses phases, qui ne permettent pas qu'en la méconnaisse. N'est-ce pas là la nuit, bien représentée ? Au côté opposé nous voyons l'arc-en-ciel, témoin infaillible du jour ; puisqu'il n'existe qu’en empruntant ses couleurs si vives, si variées à l’astre qui préside au jour. N'avons nous pas, dans tout cet ensemble une image fidèle de la Création ?

Vienze après cela, nous ne savons quel esprit détraqué nous dire : Toute cette histoire de la création n’est qu’une pure fiction, Tous les phénomènes de la nature ne sont dus qu'au déplacement des atômes, Mais comment ! le déplacement des atômes aurait inspiré l’idée de ce tableau ? Le mouvement indélibéré des atômes aurait guidé la main de l'artiste dans le tracé des lignes, dans le choix et l'application des couleurs, qui me font voir ces nobles figures où respirent, soit la Majesté Divine, ou l'humilité de la Vierge Incomparable, ou la félicité des anges, ou {a

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dignité et l’aménité d’un messager du Très-Huut, dans la personne de l'ange Gubriel, ou la sévérité de l'archange Michel,

ou la frayeur et le désespoir de Lucifer ? Ah ! nous ne comprenons pas que cette image ait pu se produire sans qu'une intelligence ait guidé la main qui l’a si délicatement, si sûremont dessinée et coloriée. O Athée ! O Matérialiste ! nous ne comprenons rien à votre langage. Si la main qui a imprimé cette image au mur do l'église n’a pu agir que guidée par une intelligence,

comment la réalité, toujours plus parfaite que l'image, ne seraitelle pas l'œuvre d'une intelligence supérieure ? Ah ! reconnais-

sons ici l'Intelligence Suprême, qui a tout tiré du néant : que nous adorons, que nous béni-sons, que nous remercions, comme l'auteur de (1) tout don parfait. Et voyons comment ce tableau qu'a tracé la main de l’homme nous redit, dans un langage éloquent, et la Toute-Puissance et 1a Sagesse Infinie du Créateur du monde, de l’homme et de l'ange.

Mais quelle est donc cette figure que nous apercevons renversée, dans un côté du tableau ? Ses traits réguliers conviendraient à un ange, sans l'expression de frayeur et de désespoir qu'il répugne d'attribuer à un adorateur perpétuel du Dieu trois fois Saint. Oh ! c'est bien un ange qui acessé de chanter les louanges du Tout-Puissunt, Dans cette attitude, sous cette figure, moitié homme, moitié monstre que lui a donnée le peintre, il est facile de reconnaître le superbe et malheureux Lucifer.

Tout glorieux, apparaît l'archange Michel, qui a renversé et foule à ses pieds cet ennemi de son muître et créateur ; qu'il tient. desormais enchaîné, par la stabilité de la victoire qu'il a remportée sur lui. O vous qui êtes sans péché, tenez-vous sous l'étendard de saint Michel, faites cause communc avec ce vaillant défeuseur es droits de son maître : car Lucifer devenu l'ennemi forcené de son Dien, mais ne pouvant l'atteindre, a tourné toute .sa fureur contre les malheureux enfants d'Adam, qu'un péché d'arguoil a aussi flétris, mais non à jamais : Dieu dans sa bonté leur a conservé l'espérance ; l’espérance d’une revanche, à l’aide d'un libérateur choisi et envoyé par lui. Vous qui n'êtes pas sans péché, voyez dans cctte image comme s'exerce la justice de Dieu, Comment les grands, les puissants de la terre s’y soustrairaient-ils ?

(1) Ep. de St. Jocques, ch. I, vr. 17.

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lorsque le chef même de la hiérarchie céleste la subit pleine et entière. Mais l’espérance comme l1 miséricorde de Dieu, dont elle <st une émanation, ne saurait toujours durer. Véritable manne, elle doit disparaître, à un moment donné, sous l'action du Soleil de Justice ; alors que ceux qui auront profité du temps de la miséricorde, entreront dans la joie du Seignour, et duns la possession des trésors qu'ils se seront amassés dans le ciel. Le sort des autres ne serait que celui des Israélites du désert qui arrivaient trop turd pour profiter de la manne bienfaisante, si comme eux, ils pouvaient compter sur elle du lendemain. Mais hélas! on aura cessé de compter les jours. Il n’y aura plus de lendemain,

Nous venons de voir comment là grande peinture de la coupole fait ressortir deux des attributs de Dieu, la Toute-Puissance, la Justice. Qu'y voyons-nous encore ? Nous avons étudié le côté de la nuit, où se trouve Lucifer, étudions maintenant le côté du jour, ou brille l’arc-en-ciel, gage pour l’homme des promesses du Tout-Puissant,

À son attitude empreinte d’humilité, à ses yeux baissés, à ses mains croisées sur sa poitrine, à son vêtement blanc, recouvert d’un manteau blen, il est facile de reconnaître l’humble vierge, à qui l’ange Gabriel adressa ces paroles : ‘“ Je vous salue, vous êtes pleine de grâces, le Seigae ur cst avec vous.” (1) Devant elle -se trouve l'ange Gabriel un lis à la main, Tous deux sont agemouillés et reposent sur un nuage.

L'artiste ne pouvait certainement pas choisir une scène plus propre à représenter la miséricorde infinie de Dieu que l’apparition de l'ange Gabriel à la vierge Marie. N'est-ce pas alors, en effet, que la magnifique promesse d’un libérateur, faite à nos premiere parents, commença à avoir son accomplissement ? alors, que le pardon descendit véritablement du ciel ? puisque ce fut alors que commença à exister l’agneau qui devait effacor les péchés du monde. N'est-ce pas alors que, pour l’exécution du grand dessein de la miséricorde divine, la dignité de l’homme fut rehaussée ? puisqu’alors l’humanité fut unie à la divinité dans }a personne du fils de Dieu.

Le Père Eternel n'est pas la seule personne de la sainte Trinité que le peintre a représentée, Il a peint aussi le Saint-Es-

(@) Ev.$. Luc, ch. I. vr. 28.

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prit, sous la forme d’une colombe. Il n’a pas représenté le Fils, mais il a délicatement fuit sentir sa présence, en rappelant le mystère de son incarnation, par la visite de l'ange Gabriel à la très suinte vierge Marie. Au bas de ce tableau l’on voit aussi une <roix lumineuse, qui rappelle le mystère de la rédemption, et exprime, d’une manière plus vive encore, la bonté infinie de Dieu envers l’homme déchu,

Que le Tout-Puissant exerce sn Sagesse, sa Puissanco, sa Justice : en cela nous n'avons qu’à bénir sa divine main. Mais que, bien plutôt encore il exerce son infinie miséricorde onvers les pécheurs.

Nous avons déjà dit un mot de: pendentifs. Quel bon parti l'artiste en a tiré. Comme ces anges en grisaille, sur un fond d’or, en dehors des médaillons, leur prête un encadrement bien choisi, Comme il aide aux effets de perspective des peintures renfermées dans ces médaillons,

Dans l’un d'eux voyez la Foi, représentée par une figure allégorique, tenant une lampe d’une main et de l’autre la hampe d’un drapeau déployé. Cette tête blonde, cette figure pleine d’animation représente bien cette conviction, cette énergie, ce courage qui ne reculent devant aucune entreprise, aucune difficulté, aucun sacrifice ; comme il convient si bien à la foi, qui n'a de vie véritable que par la pratique des bonnes œuvres. (1)

Dans un autre des médaillons l'artiste à peint une femme r'eléguée sur un rocher, au milieu de la mer. Les flots, pleins de menaces, viennent frapper ce rocher avec une persistance qui semble tenir de l’entêtement. Cependant la figure de cette femme, dont les yeux sont élevés vers le ciel, respire le calme le plus parfait, N'est-ce pas là l'Espérance ? En effet, elle est appuyée sur une ancre, l'ancre de salut,

Dans le troisième médaillon, voyez cette figure inspirée, un cœur embrasé à la main. C’est l’amour de Dieu. Elle paraît reléguée, et éloignée de la foule, étant agenouillée sur les dalles du temple ; comme pour donner un plus libre essor aux mouvements passionnés qui agitent son âme, Elle foule à ses pieds un bouquet de roses, Quand on a un cœur brûlant de l'amour divin que sont les plus belles choses de ce monde ? Quand on vit de la vie des

(1) Ep. de $. Jacques, ch. II, vr, 26.

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anges, quel goût peut-on avoir pour les vanités, pour les jouis-' sances de la terre ? L'idéal que représente ce tableau, se retrouve

cependant dans la vie réelle, Voyez, en effet, le nombre de voca-

tions à la vie religieuse que l’on remarque dans la paroisse d’Ya-

machiche. Que font toutes ces jeunes personnes qui renoncent à

la vie plus ou moins djissipée des gens du monde, pour se faire à

l'existence des cénobites, N'est-ce pas qu'elles ont compris que les

plaisirs, les vanités do ce monde ne sauraient procurer le vrai

bonheur ? qu'on peut donner un but plus élevé à ses aspirations . vers la paix et le contentemeut ? qu'on peut abréger, en qnelque

façon, le temps de son pèlerinage ici-bas, en se livrant dès cette

vie à ce qui fait la félicité des anges et des bienheureux dans le

cial : l'amour de Dieu ? Et tandis que la paroisse se sent heureuse

du bien qui se fait ailleurs par les siens, les mères se consolent de. séparations douloureus”s, par la pensée que leurs enfants, qui ont

embrassé la vie religieuse, ont, à l’exemple de Marie, devancé

Marthe et choisi pour eux la meilleure (1) part.

Rendus au quatrième pendentif nous sommes en face d’une scène délicieue, Cette femme qui tient deux tout jeunes enfants pressés sur son sein, tandis qu'elle donne, en aumône, à un pèlerin une pièce de monnaie, n’est-elle par l'expression vraie de la charité envers le prochain ? Comme ces enfants à têtes blondes sont beaux ! L'un le dos tourné à sa mère, s'affaissant sur lui-même, la tête quelque peu versée en arrière, dort d'un sommeil d’enfant ; tandis que l’autre, l’œil avidement fixé sur le visage de ss, mère, semble exprimer le besoin, la faim. Et co beau vieillard de pèlerin, ne sembia-t-il pas que dix fois, vingt fois dans notre vie, il se soit présenté à nous, pour nous demander l’aumône ? On sent, cependant, que *ette scène n’est pas une scène réelle de la vie, mais elle a, au plus haut degré, la vraisemblance, qui est la condition obligée de tou‘e œuvre vraiment artistique.

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