CHAPITRE x
Suite de l'administration de M. Dorion.
N était entré dans la nouvelle église le 18 Janvier 1873, et l’ancienne, privée de ses tours, dépouillée de ses autels, allait rester triste et ‘silencieuse, Un malheur lui donna l’occasion d’être utile.
Ja veille de Noël de l’an 1872, entre trois et quatre heures de l'après-midi, par un froid de 26 degrés de Réaumur, le feu prit accidentellement à l'école des Frères, et l'édifice fut entièrement consumé. On sauva ce que l'on put des meubles, des livres et du linge, mais beaucoup d’effets furent dévorés par les flammes en même temps que l'édifice. Le tocsin annonça la funeste nouvolle: on accourut de toute part, Les élèves dont les parents n'étaient pas éloignés retournèrent immédiatement dans leurs familles; les autres furent reçus dans différentes maisons du village, les Frères tronvèrent un asile au presbytère,
Que faire après un pareil malheur ? Fallait-il laisser les élèves se disperser aux quatre vents du ciel? Monsienr le Curé ne voulut pas qu'il en fût ainsi: il fit élever une cloison dans la vieille église, et transforma le chœur et les transepts en école. Ne vous semble-t-il pas voir ici une véritable aïeule, qui, après avoir été tout dans la famille, voit une autre plus jeune et plus forte prendre sa place, et ne pouvant plus remplir les devoirs importants d'autrefois, réduit ses fonctions à prendre soin dos pe-
tits enfants, L'ancienne église ne pouvait plus recevoir les foules dans ses nefs: elle recevait avec amour sous ses vieilles voûtes les jeunes enfants de la paroisse,
On avait monté plusieurs pcèles dans cette école impr'ovisée, mais les élèves et leurs professeurs souffrirent beaucoup du froid, surtout ceux qui étaient obligés d'y passer la nuit,
Par les soins actifs du Dr L, L. L. Desaulniers, l'école des Frères sortit bientôt de ses ruines, et put recevoir les élèves à l'automne de 1873. On a beaucoup remarqué que cet accident fut comme un signal de pregrès pour l’école d'Yamachiche, Afin de répondre au nombre toujours croissant des élèves, on fut obligé d'ajouter des ailes au premier bâtiment, et l'école devint ainsi le bel et grand édifice que l’on voit aujourd'hui, |
M." Dorion avait d'autres projets en tête, et ces projets le temps paraissait enfin venu de les mettre à exécution. Les Sœurs de la Providence étaient venues fonder à Yamachiche, en 1871, un hospice où elles recevaient les orphelins, les vieillards et les infirmes. Cet hospice avait été doté par feue Madame Charland, seigneuresse de Gros-Bois, ct par Madame Pierre Pellerin, qui a pris sa pension chez les Sœurs elles-mêmes. On avait commencé l'œuvre d'nne manière bien humble, en se plaçant dans une petite maison en bois, demeure de Madame Pellerin. Cette maison était confortable pour un particulier, mais n'avait pas du tout les proportions d’un hospice. 11 fallait donc élever une maison plus vaste aux Sœurs de la Providence, et il fallait aussi leur trouver un terrain convenable. De là les divers projets de M. Dorion.
Pour le terrain, voici ce qu'il méditait: Il possédait de l’autre côté de la rivière une pointe de terre qui s'avançait considérablement vers le village, tout à côté du cimetière. Il voulut la relier au terrain de l’église, en détournant la rivière de son ancien lit, et en coupant'la pointe de terre. Cette œuvre fut exécutée, mais on y trouva des difficultés qu’on ne soupçonnaît pas. Quant à l’ancien lit de la rivière, il n’y en a qu’une partie de remplie, On ne le remplira complètement qu'avec le temps, Car c’est une entreprise très coûteuse,
La construction de l’Asile de la Providence occupa longtemps M. Dorion. I] fit lui-même tous les plans de l’extérieur et de l'intérieur, et il inventa pour les murs un nouveau mode de construction en planches et béton. Il voulut prendre un brevet
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d'inventeur, mais il apprit avec étonnement qu'il avait été devancé, et qu'un autrs possédait déjà ce brevet. Alors il imagina un autre mode, et obtint son brevet,
Les murs de la vieille église furent démolis : une partie de la pierre servit aux fondations de l’hospice, et les débris de mortier furent jetés dans l'ancien lit de la rivière, Quant à la couverture, comme elle était en fer blanc d’une qualité que l’on ne peut plus se procurer aujourd’hui, M. Dorion voulut la conserver à tout prix. Illa fit enlever par grandes travées, et la fit placer sur l'hospice, C'est pour cela qne vous trouverez sur cet édifice un toit si aigu et si élevé. L’extériour et l’intérieur de !’Hospice d'Yamachiche sont d’une forme étrange qu'on ne trouve nulle part ailleurs. M. Dorion a voulu, dans cette construction, concilier deux choses qui paraissent se repousser: avoir des salles spacieuses et n'être jamais obligé de marcher beaucoup pour se transporter d’une salle à l’autre. Nous croyons qu'il a réussi à concilier ces deux choses.
Les Messieurs Héro :x, constructeurs de l’église, construisirent aussi l'Hospice de la Providence, Ils montrèrent une habileté et un goût particuliers dans la construction de la chapelle.
Les sœurs de la Providence sont aujourd’hui au nombre àe cinq dans leur maison d'Yamaehiche. Elles y reçoivent huit vieillards, quinze orphelins.
De plus une des Sœurs a le soin de la Sacristie de la paroisse, Sept supérieures se sont déjà succédé à la tête de cette maison : Sr Marie-Anne, Sr Véronique, Sr Amable, Sr Marie Cuthbert, Sr Marie-Scholastique, Sr Marie-Prosper, Sr Pierre. Amédée,
M. Dorion, en jetant les yeux sur sa belle paroisse, pouvait bien se dire maintenant qu’il y manquait peu de chose. Les cloches, cependant, sonnaient mal à son oreille: non, ce n’était pas là ce qui convenait à sa vaste et superbe église, En 1876, il fit donc venir d'Angleterre trois nouvelles cloches, et la bénédiction en fut fixée su dix-huit octobre.
Ce fut un jour mémorable que celui-, Le vénérable curé avait invité à cette fête les anciens d'Yamachiche qui sont disséminés aujourd’hui dans toutes les parties du Canada, et ceux-ci répondirent à son appel avec un empressoment des plus touehants, La vicille paroisse vit donc accourir de tous les points de l’hori-
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zon, tous ces enfants qu'elle avait portés; elle fut surprise de les voir si nombreux, elle fut ravie de les voir si grands et si nobles, Ce jour-là, elle était vraiment couronnée de gloire et d'honneur.
Ceux qui ne purent venir envoyèrent des lettres exprimant leurs regrets et la profonde affection de leur cœur.
On avait fait d'immenses préparatifs. Nous en trouvons les détails, avec le compte-rendu complet de la fête, dans une jolie brochure publiée par M. François L, Desaulniers, et intitulée ‘ Réunion des Paroissiens d'Yamachiche ou Le 18 octobre 1876.” Nous citons les parties principales de eette brochure.
“ Un comité d'organisation, dit M. Desaulniers, avait été formé par M. le curé Dorion, et les intéressés travaillèrent avec beaucoup d’entrain, sous la direction de ce comité. Sur le chemin que devaient parcourir les étrangers on avait élevé, en plusieurs endroits, des arches de verdure, particulièrement près de la résidence de M. Horace Proulx et vis-à-vis la scierie de M. Chamberlin. Au village, l’un avait exécuté des travaux considérables pour nettoyer les rues et orner les édifices. L'église surtont présentait un coup d'œil ravissant, A l’intérieur, depuis le dôme jusqu’en bas, on l'avait tapissée de verdure et ornée d'immenses tentures aux couleurs pontificales. Au dessus du maître-autel il avait été construit trois grandes niches dans lesquelles apparaissaient les statues de Ste Anne, de la Ste Vierge et de St Joseph. La statue de la Ste Vierge, prêtée par les religieuses de la Congrégation pour la circonstance, est une relique précieuse pour cette communauté: elle lui fut donnée en 1852, par feu Messire Dumoulin, fondateur de l'institution, Au dessous de ces statues plusieurs couronnes de fleurs avaient été suspendues et contribuaient beaucoup à en augmenter l'éclat. La charpente qui soutenait Les trois cloches à bénir, élevée dans le chœur, littéralement recouverte de verdure et parsemée de très jolies couronnes de fleurs, était surmontée de la belle inscription suivante, qui convenait parfaitement à la fête du jour : L’harmonie sied partout. Somme toute, l'église était parée avec un goût vraiment exquis et offrait, comme nous venons de le dire, un coup d'œil tout à fait ravissant. Il est bon de noter ici que les citoyens d'Yamachiche, pour l’ornementation de leur temple, avaient travaillé sous la direction du Dr L. L, L. Desaulniers, qui avait bien daigné mettre de côté
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ses nombreuses occupations à Montréal, pour venir aider ses coparoïissiens de naguère dans leurs préparatifs pour la grande fête. De plus, il serait injuste de ne pas mentionner ici la générosité des MM. Georges et Jos. Héroux, arcuitectes, qui non seulement: ont travaillé eux-mêmes à l’ornementation de l’église, mais ont aussi fourni le concours puissant de leurs ouvriers qui ont largement contribué aux travaux d’embellissement. Enfin, le très cher frère Sallustien, directeur du collége d'Yamachiche, avait poussé la condescendance jusqu’à permettre à ses écoliers de travailler à l'ornementation de l’église pendant plusieurs jours ; l’aide de ces jeunes gens actifs contribua aussi largement à la confection des travaux d'embellissement,
“ On le voit, les préparatifs ont été à lahauteur de la fête. De bonne heure, le matin du 18 octobre, on voyait des drapeaux aux couleurs religieuses et nationnales hissés sur plusieurs édifices du village et flottant au vent. Le village entier présentait un air de fête et de coquetterie tout à fait charmant.
‘ La fête du 18 octobre étant, avant tout, une tête religieuse, devait naturellement commencer par la célébration de l'office divin. Comment, en effet, mieux entreprendre une si bello journée qu'en invoquant les hénédictions célestes sur toutes les joies qu’elle allait procurer ? Une messe solennelle fut chantée par le Rév. M. C. Loranger, curé de Lanoraie, assisté de M. À, D. Gélinas, comme diacre, et de M. A. Lamy, comme sous-diacre, Il y eut du très beau chant à l’harmonium et la fanfare d’Yamachiche exécuta plusieurs des plus jolis morceaux de son répertoire (1). Je très révérend M. C- O. Caron, V. G., fit soleanellement la béné-
.diction des cloches assisté de MM. A. N. Bellemare et Is, Guillemette.
‘M. le curé H. Bellemare, de St-Justir, prononça le sermon de circonstance et avait choisi pour texte ce verset du psalmiste : Vox Domini in virtute, vox Domini in magnificentia. Nous re-
(1) Voici les noms des MM. qui formaient partie du corps de musique d'Yamachiche : Fréderic Daveluy, directeur ; L. A. Lord et Frs. L, Desaulniers, ‘lers cornets ; Philippe Foucher, 2nd cornet ; Narcisse Gélinas, sopra. no ; Maxime Uarbonneau, baryton ; Edmond Bellemare, ténor ; Francis Lacerte, basse ; Woodbery Chamberlin, petit tambour; Théophile Daveluy, cymbales et grosse caisse,
Le chant était sous la direction de Delle Léda Héroux, orgmiste, et de: M. Jules Carbonneau, directeur,
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grettons vivement de ne pouvoir publier, même une simple analyse de ce remarquable sermon que nous n'avons pu nous procurer malheureusement,
‘“ Voici la liste des parrains et des marraines qui avaient pu accepter l'invitation : l'honorable juge T. J, J, Loranger avec sa Dame ; Dr L:L. Desaulniers avec sa Dame ; M. Raphaël Bellemare avec Dlle Joséphine Bellemare, sa sœur ; M. J. M. Loranger avec Madame Loranger, sa mère ; M. J. 0. Loranger avec sa Dame ; M. Sévère Rivard avec sa Dame ; Dr E. Lacerte avec Madame Sér. L. Desaulniers ; M. Charles Gérin-Lajoie avec Madame G. R. Dufresne ; Dr H. Beauchemin avec Madame Eucharisto Rivard ; Capt. Jos. Duval avec Madame Jos. Héroux ; Dr Damase Milette avec sa Dame; M. Ad. Lesieur avec Dlle Marie-Antoinette Lesieur, sa fille ; M. Honorat Lacerte avec sa Dame ; M. Frédéric Bettez avec sa Dame ; Dr W. Ferron avec sa Dame ; M. N. H. Beaulieu avec Delle Sévérine Bellemare ; M. D. L. Desaulniers avec Delle Mathilde Bellemare; M. G. Daveluy avec Delle Maria L. Desaulniers.
‘ La collecte, faite par les Révds. MM. G.Vaillancourt et D. Gérin rapporta, y compris les offrandes des parrains, la belle somse de $600,00 ; c’est un résultat magnifique, qui fait honneur à Yamachiche et aux généreux parrains.
‘ À l'issue de la messe l'assemblée quitta le temple saint, et, en présence d’une foule immense, l'adresse suivante, écrite par M. Nérée Beauchemin, médecin, fut présentée par son auteur aux citoyens originaires d'Yamachiche :
Monsieur le Juge,
Messieurs,
C'est avoc une bien vive émotion que nous veyons réunie dans une même pensée d'amour la belle et nombreuse famille des enfants de cette paroisse. Aussi, Messieurs, ce jour était-il vivement attendu, Il nous tardait de vous revoir. Assis au festin de l’amitié fraternelle, il nous tardait d'entendre vos voix connues et d'évoquer ensemble les traîehes et naïves reminiscences de l’enfance. Il est si doux de songer à ces belles heures de la jeunesse, fleurs suaves tombées ".ne à une de la main des anges.
Tout le charme, toute la poésie de cette fête est dans son cachet de douce et sincère cordialité. C’est une réunion d'amis heu-
reux de revoir au foyer l’aïeul qui tremble, la mère qui sourit, l'ami qui se souvient, l’enfance qui badine, l'innocence qui rêve au bleu paradis, C’est une agape affectueuse, tous les enfants d'Yamachiche y ont été amicalement conviés, c'est nous qui leur dédions cette fête du cœur, cet at home, pour nous servir de cette douce expression anglaise qui semble rendre à l'oreille ce qu'il y a de calme et d’exquis dans les paisibles joies de la maison,
En mettant le pied, ce matin, sur cette terre aimée, de quelle intime émotion n’avez-vous pas tressailli ? Cette riche vallée, ces horizons de bois et de montagnes, ces croix du chemin, ces chaumes rustiques, ces ruines où l'herbe pousse, ces pins touffus, ces grands orines séculaires, ces toits élégants, ces clochers qui brillent, était le sol natal qui déroulait à vos yeux ses perspectives toujours nouvelles, toujours saisissantes ! Pour ceux surtout que le destin avait éloignés de nous depuis longtemps, quelle ne dut pas être leur surprise d'entendre le sifflement de la v2peur sur ce coteau solitaire où s'élevait jadis une humble église silencieuse et recuiilie ! Quelle ne dut pas être leur suprise de voir luire dans l'espace le dôme de ce temple superbe et les trois flèches amies de nos maisons religieuses ! Pendant que vous luttiez là-bas, pendant que vous étiez à gravir les sentiers ardus qui mènent aux honneurs, nous avons travaillé nous aussi de notre côté, et nous osons nous réjouir que dans notre travail il y a eu progrès. Les lieux ont changé d'aspect : mais rien n’a varié dans nos cœurs. Nous entourons encore du même culte pieux la viellesse auguste comme la jeunesse folâtre, le crucifix d'or du sanctuaire comme la croix du chemin, toute verte de mousse, la giroflée des ruines comme l’immortelle des tom beaux, l'arbre d’un siècle comme le vicux chaume aux nids d’hirondelles. C’est encore la vieille foi, l’antique honneur, la grande âme des anciens jours. L'image de la Vierge protège encore nos foyers, la noble Agrieulture est encore la reine du sol. Au coin du feu de la veillée, nous aimons à relire les pages originales de l’auteur de Jean Rivard, nous aimons à chanter sa douce et mélancolique romance.
Vous ne revoyez pas, il est vrai, la modeste école où votre jeune intelligence s’est ouverte aux premières lueurs de la science, Vous ne revoyez pas ce vieux temple où le Dieu trois fois Saint reçut vos premières adorations, Ses tours vacillantes, son mystérieux portique, sa voûte aux dorures pâlies, tout est disparu ! L’asile de vos prières enfantines a été démoli ; mais des mains
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pieuses ont sauvé de ses ruines la miraculeuse statue de la Patronne. 1l a dû vous tre bien doux d'apprendre que nous avions conservé ce précieux reliquaire à votre filialo vénération. Cette dévotion particulière à une même sainte, cette confiance populairo à une antique statue, rendue plus vivace par de réconts pèlerinages, est un lien sacré qui nous unit à vous d'une manière plus intime. Chaque année le soleil d'Yamachiche se lèvera sous l’invocation de sainte Anne, et les noms des absents viendront se mêler sur nos lèvres à ce nom parfumé de prière et d'amour.
Outre la joie que nous éprouvons de recevoir des frères, un autre sentiment bien doux nous anime en ce moment; c’est l'amour du sol natal. Vous, Messieurs, vous donnez une preuve de cet amour en verant en aussi grand nombre prendre part à cette fête, vous surtout qui n'avez pas hésité à vous imposer un sacrifice onéreux en venant, par une saison rigoureuse, lui offrir l'or pur de la générosité. Les cloches seront le mémorial harmonieux de votre gratitude et de vos libérales offrandes, Nous aussi, nous l’aimons ce coin de terre béni où nous voyons partout l'empreinte éclatante des prédilections divines. Nous l’aimons surtout en ce glorieux jour de fête où Yamachiche est particulièrement honorée. Nous l’aimons parce que nous nous glorifions d'appartenir à cette belle paroisse qui a gratifié l'Eglise du Canada d’une aussi riche couronne de Prêtres, la société d'hommes éminents dans toutes les carrières, et qui donne encore aujourd'hui une preuve nouvelle de sa fécondité, en réunissant, malgré une foule d'absences très regrettées, un groupe aussi brillant de citoyens distingués.
Serviteurs zélés de l'Eglise et de l'Etat, Yamachiche vous jette aujourd’hui sa première couronne. Cette mère auguste est fière de son ardente et forte progéniture. Vous avez mérité l'estime de vos compatriotes. Yamachiche se glorifie à bon droit de vos actions généreuses, Le vif éclat de vos distinctions sociales réflète sur elle une gloire inappréciable ! Vous ne serez pas étonnés, Messieurs, que nous aimions de tout notre amour cet arbre séculaire dont les rameaux toujours rajeunis par une sève nouvelle cnt produit et produisent encore des fru ts aussi beaux. Le sol qui a nourri cet arbre puissant est un sol béni du ciel, Ce 80] privilégié était bien digne de porter ces très patriotiques et très chrétiennes familles où nous sommes fiers de saluer les ancétres de ceux qui nous honorent de leur présence, heureuses fumil-
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les où les vertus civiques et religieuses mêlent leurs fleurs brillantes comme deux belles vignes qui s’entrelacent et se soutiennent l'une l’autre. Nous sommes heureux que l'écho du sanctuaire re-. tentisse de cet hommage public de sincère admiration et d'affectueuse sympathie.
Bienvenue à vous tous, enfants de cette paroisse ! Le soleil d'Yamachiche vous a été bienfaisant, vous avez grandi sous sa douce influence, vous portez dans vos intelligences et dans vos cœurs la marque vive et profonde de ses rayons généreux !
Bienvenue à vous, prêtres vénérables, amis de la jeunesse, pasteurs vigilants, lévites au cœur d’or, dans les lumières de votre science, dans le feu de votre zèle apostolique, dans cette flamme de charité qui dilate le cœur et se communique aux âmes, vous portez, Ô phalange bénie, la vive et lumineuse empreinte de la religion de vos mères |
Bienvenue à vous, ombres chéries de ceux qui ne sont plus, mânes sacrés des Dumoulin, des Desaulniers, nous ne doutons pas que le ciel vous ait permis de venir. errer au milieu de nous! Bienvenue au ciel !
Bienvenue à vous, serviteurs de l'Etat, défenseurs de nos droits, députés de la nation, Illustrateurs de la toge, médecins dévoués, notaires intègres, dignes représentants de la Marine et du Commerce, citoyens de tout rang et de toute distinction, le soleil d'Yamachiche vous a été bienfaisant, vous avez grandi sous sa douce influence, vous portez, dans la vive ardeur de votre travail journalier, la marque indélébile de sa flamme vivifiante!
Bienvenue à vous, Dames distinguées, il nous est impossible de louer dignement les grâces voilées de vos vertus !
Bienvenue à vous, représentants de la noble Agriculture: le premier colon qui abattit le premier arbre de la forêt, le premier missionnaire qui planta la première croix vous ont légué un héritage magnifique. C’est à ces héroïques triomphateurs de la forêt sauvage que vous devex la libre et chrétienne royauté de vos riches domaines. La hutte de feuillages du premier colon est en poussière, les géants de la solitude ont été abattus : les siècles n’ont fait que raviver los victorieuses clartés de l’humble croix de la mission. L'aurore de la foi primitive n’a poiat päli, sa don ce lumière vous a été bienfaisante. Dans ies aspirations de votre intelligence, dans la sincérité de vos croyances, dans votre fière et
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virile énergie, dans les battements de votre cœur, vous portez, 5 nobles et heureux cultivateurs, la vivo et radieuse empreinte de la croix qui onnoblit et civilise,
Bievenue à vous, honorable juge qui avez conçu la belle pensée de cette réunion. Vous avez donné une preu ve que, sous l’hermine auguste, bat un cœur qui se souvient de nous. Le soleil d'Yamachiche vous a été bienfaisant : dans votre cœur sensible, dans votre âme sympathique, dans votre intelligence d'élite se réflète encore vive la douce et joyeuse souvenance du soleil natal.
Bienvenue à vous tous qui êtes venus prendre part à cette fête. Soyez persuadés, Messieurs, que longtemps, longtemps, nous <onserverons le souvenir de ce jour, comme l’un des plus suaves, <omme l’un des plus délicieux entre tous les souvenirs agréables de la vie.
“ L'honorable M, le Juge Loranger y répondit dans les termes suivants :
Monsieur le Curé, Messieurs,
Merci, bien des fois merci de votre touchant accueil ! Nous avons quitté depuis lougtemps, il est vrai, le sol qui nous a vus naître, le coin de terre aimé qu'ont foulé nos premiers pas, théâtre de nos jeux innocents, témoin des joies naïves de notre enfance ! Bien des années nous ‘avons été sans le revoir, le clocher de la vielle église, le toit bruni de l’humble école, et la statue vénérée de la patronne de ces lieux. Mais en quittant ces objets chers à nos cœurs, nous ne les avons pas abandonnés. Nous n’en sommes même pas partis tout entiers ; nous y avons laissé une partie de notre âme ! Oui, il n'est pas un seul d’entre nous, qui, le jour du départ, en foulant l'herbe du sentier familier, en se découvrant: devant la croix de la route, en jetant ‘un regard d’adieu sur les grands arbres du vieux coteau, ne se soit dit dans son cœur : “ j'y reviendrai!” Alors ceignant nos reins de la triple ceinture du courage, de l'espérance et du souvenir, nous avons entrepris le chemin de la vie !
En quittant la paroisse d'Yamachiche, notre mère commune, nous ne l’avons pourtant pas quitté sans enfants. A vous, nos paents, n0s amis, à vous nos frères, nous avons confié le dépôt de
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son antique honnenr, la perprétration des vertus de nos pères et la garde de leurs tombeaux. Nous n'avons pas dit comme ces enfant de la forêt, qu'un ordre barbare chassait de leurs foyers : ‘“ Dites aux os de nos pères de se lever, et s'ils marchent devant nous, nous les suivrons ! ” Soumis à la nécessité, nous avons laissé leurs dépouilles mortelles reposer en paix sous les tertres du vieux cimetière, à l'ombre de la croix de bois, sur laquelle viendront un jour s’intcrire nos noms à côté de leurs noms ei nos cendres à côté de leurs cendres, dormir de leur dernier sommeil. C’est ainsi que nous avons emporté avec le culte des morts, le souvenir des vivants, en nous éloignant de ces lieux que ce matin nous revoyons avec tant de bonheur !
Croiriez.vous, cependant, vous qui êtes restés ici, à cultiver le champ paternel, et qui parfois avez peut-être jeté un coup d'œil d'envie échappé à votre rude labeur, sur ceux qu'un sort plus heureux semblait favoriser, que la fortune que nous poursuivions nous ait attendus, qu’elle soit même venue nous chercher ; que nos jours se soient toujours écoulés sans sccousse et sans froissement ; que pour nous la mer ait toujours été calme, le ciel toujours serein et que la rose ait toujours dérobé l’épine ? Votre erreur serait profonde ! La vie est un combat où le triomphe est moins le prix de la force, que celui du courage, et celui-là sait le mieux réussir qui sait le plus travailler !
Comme vous, nous avons travaillé et quand Ja sueur de vos fronts fertilisait vos champs, les veilles de nos nuits fécondaient nos entreprises. Mais le travail n’est pas un malheur, C’est par le travail que l'homme tombé se relève, et Dieu qui prend en pitié ses misères a fait du châtiment de sa faute l'instrument de sa rédempiion et de sa prospérité. Pauvres, jeunes et sans appuis, jetés inconnus au milieu de la foule indifférente ou hostile, ne connaissant du monde que ce qu’il en fallait apprendre pour s'y fray-. er un sentier, C’est au traÿa’l que nous avons demandé une part do son abondance et c’est le travail qui nous a mérité la place quo nous y avons conquise. C’est le travail qui nous a fait le peu que nous sommes |! Mais ce travail, il pouvait rester infructueux car il ne seconde pas toujours les efforts, Espérer le contraire serait s’abandonner à une flatteuse mais trompeuse illusion !
Dans ce pays vivant au milieu d’une paix profonde, où toutes les luttes sont amicales et les guerres pacifiques, luttes de la
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plume et de la parole, guerres du commerce et de l'industrie, où chaque homme est architecte de sa fortune et le fils de ses œuvres, le succès dans les profossions encombrées, dans le commerce encore rétréci, dans l’industrie née d'hier, le succès, dis-je, dans ces diverses branches est chose difficile, et celui qui l'atteint et qui, quelque modique qu’elle soit. parvient à maîtriser la fortune, celui-là peut se dire bien des fois heureux et b'ni entre bien d’autres. Comme dit le poète latin, ‘‘ il peut en marquer les murs d'une croix blanche, celui qui se bâtit une maison | ”
Cette bénédiction elle n'a pas munqué aux enfants de cette paroisse ; mais ce n’est pas à leurs efforts, à leurs talents, à leur énergie seule, qu'ils doivent attribuer leur bonheur Ils ont été bénis comme tout ce qui naît et croît à Yamachiche, les champs comme les familles, la montagne comme la plaine, les vallons. comme les bois, la chaumière du pauvre comme vos maisons d'éducation. Du haut de sa tour, sainte Anne a vu les voyageurs comme les gardiens du logis, et elle s’est souvenue des uns comme des autres. En priant pour les enfunts de sa paroisse, il ne pouvait non plus oublier ceux qu’il avait protégés, le prêtre vertueux, qui, pendant près de trente ans fut votre curé, et dont la mort a laissé au milieu de vous, un vide que son successeur pouvait seul remplir.
Qu'il me soit permis, en cette occasion émouvante, où pour pour la première fois depuis sa mort, je me trouve dans une réunion de l4 paroisse qui m'a vu naître et qu’il a si longtemps dirigée, qu’il me soit permisau nom de mes anciens camarades qui ont partagé +es bienfaits et au mien, d'offrir à sa mémoire un tribut de gratitude, à ses mânes l'hommage de notre souvenir, et de répandre une larme sur sa tombe,
À côté de ce souvenir funèbre, évoquons en de moins tristes. Yamachiche et Nicolet sont frères. C'est par Nicolet que les élè. ves d'Yamachiche ont passé. Yamachiehe les a vus nuître à la vie naturelle, Nicolet les a vus naître à la vie de l'intelligence, IL est impossible que nous qui appartenons aux deux endroits, les. séparions dans notre souvenir, quand ils sont si intimement unis dans notre passé, duns notre enfance et dans notre jeunesse. Aussi est-ce à Nicolet, au miliou de cette fête mémorable dont le pays entier a gardé le souvenir, le 26 mai 1866, qu'a originé la pensée de la fête d'aujourd'hui, et c'est à vous, M. le Curé, qu’il a été donné de la réaliser, Nous nous sommes dit ce:
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jour-là : puisque parmi les hommes distingués de toutes les classes du pays qui se trouvent ici parmi les anciens élèves de Nicolet, il en est tant à qui Yamachiche a donné le jour, pourquoi n’aurions-nous pas aussi notre fête particulière, notre fête patro— male, non limitée cette fois aux collégiens, mais un banquet de famille auquel serait conviée toute la paroisse, Cette fête longtemps projetée est enfin venue, Une occasion sainte, solennelle, que l'Elise saisit toujours avec empressement et qu’elle célèbre avec éclat, lui a fourni une date naturelle. Les cloches nous ont appelé et nous sommes venus.
Les tribus d'Israël, revenues à Jérusalem, après une lon- &ue absence, y trouvèrent le temple détruit, et ils eurent à le rebâtir. Nous aussi, en arrivant ce matin, nous avons trouvé sous des ruines le sanctuaire de la vieille église, Mais à sa place nous <n avons trouvé une autre surpassant en splendeur et en beautés architecturales non-seulement le vieux temple, mais encore, je ne crains pas de le dire, presque toutes sinon toutes les églises du pays. Cette église, la première de ce genre en Canada, restera en même temps que l’orgueil de votre paroisse et l'honneur de son architecte, un monument national,
Qaand nous sommes partis, deux humbles maisons d'écoles 8e trouvaient seules dans le village, Ces écoles modestes dont nous nous souvenons avec bonheur—les noms de leurs instituteurs sont surtout profondément gravés dans nos cœurs—sont aujourd’hui remplacées pa” des établissements splendides, L'un sous la direction des filles de Marguerite Bourgeoys, l’autre sous celle des enfants de Jean-Baptiste de Lassalle, orneraient aucun endroit <omme ils ornent le vôtre. Puis-je oublier votre hôpital, un de ces pieux asiles ouverts à la souffrance et aux orphelins, inspirés par Dieu, fondés paï' ses serviteurs et servis par ses anges ?
En un mot, en arrivant ici, nous avons trouvé tout aggrandi, tout amélioré au moral comme au matériel, village, institutions, maisons, rues, commerce, industrie, tout excepté une cho- 8e qui est restée la même et ne changera jamais : votre cœur et le notre |!
‘ Après la présentation des adresses, les visiteurs se rendirent à l’Asile de la Providence où devait se prendre le dîner, L'Asile avait été orné avec beaucoup d'élégance et de goût. Au dessus de la porte principale on lisait l'inscription suivante : Bienvenue à
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nos hôtes! La salle du banquet était parée avec art ; on voyait suspendues aux murs les inscriptions qui suivent : Honneur aux convives, Joies et bonheur, Charité embrasse tout, Les sons s'harmonisent, les vœux s'accordent ; puis, au fond de Ja salle, un maguifique tableau à l'huile représentant le fondateur de l’Asile, Messire J. H. Dorion, et au-dessous de cette toile les trois mots Hommage au mérite, écrits en lettres dorées. Les mets nombreux et variés, exposés sur les tables, avaient été si bien apprêtés qu'ils auraient fait envie aux plus fins gourmets, Les bonnes sœurs, qui servirent elles mêmes leurs soixante et dix convives, furent d’une politesse et d'une amabilité charmantes, A la fin du dîner une jeune orpheline lut l'adresse suivante :
Monsieur le juge, Messiours et Mesdames,
L'honneur insigne qui revient aujourd'hui à l'hospice Ste. Anne de recevoir une société d'élite composée d'anciens citoyens d’Yamachiche réunis on ce jour de fête nous touche sensiblement, tout accoutumées que nous soyons à attirer sur nous les regards bienveillants de personnes bien posées dans la société, Notre humblo Asile est pour le moment le rendez-vous de ceux qui d'habitude sont les bienfaiteurs de semblables institutions. Aussi notre bonhour est grand, notre Joie est à son comble, De cet hospice vous voulons, nous aussi, faire entendre notre voix et dire : Honneur aux enfants d'Yamachiche qui par leurs talents, leur application, leur persévérance, leur-conduite honorable, ont su se faire une position enviable dans la société. C'est à vous que nous adressons ces paroles, vous, les objets de la joyeuse fête de ce jour.
Nous nous félicitons nous-mêmes d'appartenir à cette belle paroisse d'Yamachiche dont les enfants, en si grand nombre, sont parvenus à des postes honorables.
Déjà, Messieurs et Mesdames, cetto fête est sur son déclin, Elle aura le sort des choses de ce monde qui passent, mais elle aura lo.sort des jours qui laissent après eux un doux souvenir, Oui, longtemps nous nous rappelerons avec bonheur ce beau jour de fête et sourtout l'honneur insigne qui revient à cet humble établissement de vousavoir abrités pendant un temps hélas! si court.
Agréez, Messieurs et Mesdames, nos humbles et sincères félicitations ; nous offrons aussi nos remerciements à Monsieur le
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Curé, notre Vénéré Pasteur qui nous a procuré l'honneur de votre visite,
L'Hospice d'Yamachiche,
“M. le Curé Dorion, se levant alors, remeroia les visiteurs de” l'honneur qu'ils venaient de procurer à leur paroisse natale, “Cette fête, dit-il, témoignera toujours de votre profond attachement. à Yamachiche ; elle redira aux générations futures votre générosité, votre esprit d'union, de fraternité, et sera un puissant exemple d'émulation pour les jeunes enfants d'Yamachiche de marcher sur vos traces et d’imiter votre piété filiale, Merci bien des fois, au nom de cette paroisse et au mien, à vous qui avez si puissamment contribué à rehausser l'éclat de la bénédiction de nos cloches. Le don superbe que vous offrez à sainte Anne attestera de Votre reconnaissance à Yamachiche qui se glorifie, à bon droft, de vous avoir donné le jour, ”
Les convives commencèrent alors à se disperser, car plusieurs devaient se rendre au vapeur Trois-Rivières à trois heures précises, Un certain nombre cependant se rendirent au Couvent de la. Congrégation et à l'Ecole des Frères, où les enfants présentèrent de très jolies adresses. Ainsi'finit cette fête splondide qui laissa. d’impérissables souvenirs, ,
Il y avait longtemps que M. Dorion se dévouait tout entier pour sa paroisse, maintenant que tout se trouvait sur un si bon pied, il était bien juste qu'il pensât un peu à lui-même. Afin de. prendre un légitime repos, et afin ausai de refaire une santé bien délâbrée, il entreprit un grand voyage en Europe, en compagnie de son ami de cœur, M, l’abbé Irénée Douville, du Séminaire de Nicolet. Il laissait la direction de la paroisse à son vicaire, M. l'abbé Z. Chandonnet. ‘Pendant cette absence un peu longue, son vicaire et sa ménagère, Mudame Edmond Dorion, prenaient leur pension au Couvent de la Providence. Il partit en plein hiver, et se vit obligé d'aller, au milieu d’une tempête de neige, prendre le chemin de fer à Richmond.
Son voyage fut des plus heureux. IL visita l'Angleterre, la France, la Suisse et l’Italie. On ne saurait dire avec quel bonheur il visita les belles églises d'Italie et de France, lui quiétait si bien en état de saisir le mérite de l'architecture. Il pouvait apprécier aussi à leur valeur les chefs d'œuvres de la peinture.
HISTOIRE D'YAMACHICHE 113
Rome, entre toutes les autres villes, parla tendrement à son cœur et à son âme.
La vie de touriste lui allait bien, et quand il revint au bout de quelques mois, il semblait avoir trouvé une vigueur toute nouvelle, La paroisse tout entière le revit avec une joie extréme, eton Jui fit une grande démonstration au convent de la Providence.
Il reprit sa vie calme et paisible. Sa paroisse lui était toute dévouée et tout obéissante. Pour exercer un peu sérieusement sa patience, il ne rencontrait guère qu’une petite lutte qu'il fallait recommencer chaque année à propos dos licences d’auberge, Le bon curé ne voulait pas qu'on fit le trafic des boissons enivrantes dans sa paroisse, Quelques uns trouvaient qu'il eût été à propos d'y avoir au moins une licence, Chaque année donc il se remettait à la lutte, dans la chaire, dans son presbystère, et parfois dans la salle même du Conseil Municipal, ce qui était une chose bien extraordinaire pour lui; et toujours il arrivait à la victoire, comme on pouvait bien s'y attendre,
Tout avait grandi sous l'administration de M. Dorion, le Couvent de la Congrégation ne resta pas non plus en arrière,
Le nombre des élèves augmenta si bien, qu’on se trouva à l’étroit dans l'édifice élevé par M. Dumoulin. Pour donner de l’espace, on essaya de faire la classe des Externes dans la Salle des
Habitants, que M. Dorion fit éiever le long du terraia des Sœurs de la Providence, Mais cela fut vite reconnu comme étant impra-
ticable. Avec l’assentiment de M. Dorion, la Sœur Ste-Marie-Joseph fit donc ajouter une aile à ::ur établissement, et alors la communauté se trouva parfaitement à l'aise. \