CHAPITRE XI
Mort de M. l'abbé Dorion. M. l'abbé J. B. Comeau Curé d’Yamachiche.,
ù À ES années s'écoulaient, et la santé de M. l'abbé Do-
RION s'affaiblissait rapidement. Il s’en apercevait lui-même, et cela jetait un voile de mélancolie sur ses jours, car la maladie qui le minait avait emporté subitement dans le tombeau trois de ses frères cadets : Edmond, Eric et Wilfrid, Pour faire diversion aux pensées sombres, il se mit a pratiquer le dut, I fit bien plus : à son âge et lorsqu’ il semblait déjà pencher vers la tombe, il se mit en frais d'apprendre la peinture. Il exécuta plusieurs petits tableaux bien réussis, tels sont l’Æcce Homo et la Mater Dolvrosa qui se trouvent dars la chapelle du Couvent de la Providence ; et alors il eut la hardiesse d’entreprendre un grand tableau qui serait placé dans son église, Vous trouvez le résultat de son travail dans la chapelle du côté del’évangile : c’est une grande toile qui représente Notre Seigneur Jésus-Christ montrant son adorable cœur à la bienheureuse Marguerite-Marie, Un ange, témoin de cette scène d'amour divin, se cache la figure avec un respect mêlé de crainte,
M. Dorion dut abandonner la peinture ; son pénible état de santé ne Ini permettait plus cette récréation.
Il s’affaiblissait tous les jours, mais la pensée do son église ne le quittait pas. Au fond du chœur'et dans les chapelles latéru-
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les on voyait les autels de l'ancienne église : cela ne pouvait être que temporaire. Le temps arriva bientôt où le curé se décida a y placer des autels neufs, en harmonie avec l’église,
M. Dorion voulait d'abord placer le maître-autel nu-dessus de: la confes ion de Ste-Eutychiane, de manière qu’on y dît la messe la face au peuple, comme dans les basiliques romaines; mais Mgr Laflèche n'agréa point cette proposition. Le boa curé voulut du moins mettre cet autel à l'entrée du chœur, le faire très simple, et le surmonter d’un baldaquin qu lui, serait un belle pièce d'architecture.
Les autels, en marbre poli, furent faits À Montréal, muis lebaldaquin, la pièce principale, fut exécuté à Yamachiche par les Messieurs Héroux. Il est en bois doré ; il consiste en une belle conpole supportée par quatre belles colonnes corinthiennes. Il y a dans les pendentifs des tableaux qui sont l’œuvre de l'excellent peintre A. Rho, de Bécancourt. L'intérieur de la coupole est occupé par une belle copie de la Transfiguration de Raphaël, travail du même peintre. Pendant que les Messieurs Héroux exécutaient ce baldaquin, M. Dorion put se rendre quelquefois à leur boutique, mais par un effort extraordinaire de volonté, Ezfin on plaça les autels et le baldaquin dans l’église : le digne curé put suivre et diriger jusqu'à un certain point les travaux, on eût dit que cela le ranimait. Le baldaquin d’'Yamachiche est véritablement un beau morceau d'architecture, mais il masquait un peu trop le chœur de l’église. Le successeur de M. Dorion a fait reculer ce baldaquin de plusieurs pieds, pour donner plus d'espace devant l'autel, et permettre aux cérémonies de se développer à l'aise,
Quand M. Dorion inaugwa le maître-autel de son église, il ressentit une grande joie : il avait craint de mourir avant d’avoir achevé ce travail.
Il lutta assez longtemps encore ccatre la maladie, avec une énergie qui surprenait tout le monde. Etant d’une maigreur extrême, t paraissait comme une ombre, quand il passait à petits pas sous les arcades de son église. Enfin le 8 décembre 1889, il sentit que sa fin arvorochait: il reçut les derniers sacrements et expira doucement au milieu des larmes de ses parents et de ses amis.
A son service, une foule immense encombrait la vaste nef de l'église; 80 prêtres avec l’évêque en tête remplissaient le chœur ;
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trois juges et un grand nombre de personnages distingués formaient partie de l'assistance, Mgr Laflèche fit l’oraison funèbre, et rappela les principaux traits de son utile carrière, A l’Offertoire, on chanta les couplets suivants, composés par M. Nérée Beauchemihn :
Le doux pasteur a fermé sa paupière
Et son esprit au ciel s’est envolé,
Nous précédant au pays de lumière, Le bon ami de tous s’en est allé.
Aux sons plaintiffs de la cloche sonore Mélons un chant d'espoir et de bonheur :
Le doux martyr qu'un mal cruel dévore Repose enfin dans le sein du Seigneur.
Oh ! dors en paix sous la nef de ton temple, Sous les parvis de ce brillant autel :
Ton souvenir nous servira d'exemple,
Le souvenir du juste est immortel.
Le jour même des funérailles, Mgr Laflèche nomma curé d'Yamachiche M, l’abbé JEAN-BAPTISTE COoMEAU, directeur du Grand Séminaire et ‘héologal du Chapitre.
M. COMEAU naquit à la Pointe-du-Lac le 31 mars 1841, du mariage de Joseph Antoine Comeau, cultivateur, et d'Adélaïde L. Desaulniers. Il fit ses études au Séminaire de Nicolet, et fut ordonné prêtre en 1865. Il passa un an comme vicaire à St- David, auprès du vénérable M. Chartré, et fut nommé ensuite curé de la nouvelle paroisse de St-Léonard, avec la charge de donner des missions à St-Wenceslas et à Ste-Clothilde, Tout était à créer à St-Léonard, mais le jeune curé ne faillit pas à la tâche, et au bout de quelques mois la nouvelle cure était sur un pied tout à fait enviable. En travaillant au développement matériel de la paroisse, il n’oubliait pas de travailler avec une énergie persévéranté au développement de la piété dans les âmes, Nous pouvons dire que c'était véritablement le modèle des curés. Ses parvissiens lui portaient tous une affection singulière, et lui-même se trouvait heureux au milieu de son petit peuple.
Cependant Mgr des Trois-Rivières ayant besoin d’un prêtre d'expérience pour son Grand Séminaire, jeta les yeux sur lui, et M. Comeau, malgré ses répugnances, malgré les larmes de ses paroissiens, ne voulut pas refuser son évêque. Il entra au Sémi-
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naire des Trois-Rivières en 1874 et y demeura jusqu’au printemps de 1890. Il fut directeur du Grand Séminaire jusqu'en 1877, puis il dirigea les élèves du Petit Séminaire penlant 9 ans ; enfin il était de nouveau directeur des Ecc ésiastiques depuis trois ans, quand il fut choisi comme curé d'Yamachicho.
Nous devons dire cependant que M. Comeau, pendant les années qu’il passa au Séminaire, ne renonça jamais au saint ministère pour lequel il avait un attraitet un don particulier. Il dirigea toujours un grand nombre d'âmes. et visitait un nombre considérable de malades, dans la ville des Trois-Rivières. Quand il fut appelé à la cure d'Yamachiche, personne ne fut surpris ; le peuple l'y avait appelé d'avance : Vox populi, vox Dei.
Après sa nomination, M. Comeau continua à diriger le Grand- Séminaire pendant plusieurs mois. Les deux vicaires, Messieurs À. Gouin et N. Comeau, avaient soin de la paroisse. Il se rendait à Yamachiche le samedi après-midi, faisait touics les fonctions de curé le dimanche, puis s’en retournait aux Trois-Rivières le diman che soir, Cet état de choses cessa dans le mois de mai.
Quand il fut définitivement fixé à Yamachiche, M. Comeau s'oceupa du salut de ses ouailles avec une ardeur et un dévouement admirables, Les âmes, de leur côté, répondirent très tidèlement à toutes ses avances ; c’est ainsi que des merveilles de grâces s’opèrent au milieu d’un peuple.
Nous en sommes sûr, le temps cimentera une union sainte et glorieuse entre cette grande paroisse et son zélé pasteur.
En torminant ici l’esquisse historique des curés de la parois. se d’Yamachiche, nous devons faire remarquer qu'il n’y a pas eu de restriction dans les éloges que nous avons décernés à chacun d'eux, C’est que la paroisse d'Yamachiche à été bénie dans le choix des prêtres qui l’ont dirigée. Tous, sans une exception, ont été de dignes et saints prêtres.
Gloire et reconnaissance au Dieu très bon, louange et honneur à la sainte Eglise de Jésus-Christ,