‹ Histoire de la paroisse de l'Ange-GardienChapitre 1 sur 35 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Origine. — Champlain.— Prairies naturelles. — Description de la côte de Beaupré. — Premiers seigneurs. — Premiers colons. — Premiers missionnaires.— Jésuites, MM. Thury, I^sueur, Joliet, Nicolet— Arrivée de Mg^r de Laval.— Première visite pastorale. — Les habitants de la côte de Beaupré et la Compagnie des Cent-Associés. — Tremblements de terre, de 1663. — Mg^r de Laval acquiert la seigneurie de Beaupré pour le Séminaire de Québec.

L'histoire de la paroisse de PAnge-Gardien remonte aux premiers temps de la colonie, du moins, à la fondation de Québec, Située à deux lieues seulement de l'ancienne capitale, cette paroisse fut connue et explorée de bonne heure, en sorte qu'on peut dire que l'une et l'autre furent établies à peu près dans le même temps.

L'abbé Ferland, dans son Histoire du Canada^ nous dit que « les belles prairies naturelles, situées au pied du Cap Tourmente et qui se

prolongent jusqu'à la chute de Montmorency, avaient, de bonne heure, attiré l'attention de Champlain, qui y avait placé des gardiens pour prendre soin des bestiaux. Quelques personnes s'établirent de ce côté vers 1633. »

En 1639, M. de Montmagny et le père Le Jeune, en parcourant la côte de Beaupré, y trouvèrent plusieurs familles françaises, que les missionnaires visitaient régulièrement plusieurs fois par année. « C'est avec bonne raison, remarque le père Le Jeune, parlant de ce voyage, qu'on a nommé les lieux voisins du Cap Tourmente, Beaupré^ car les prairies y sont belles et grandes et bien unies. C'est un lieu très commode pour nourrir quantité de bestail. » (sic).

Le savant historien de la Vie de Mgr de Laval^ M. l'abbé A.-H. Gosselin, nous a donné une si belle description de la côte de Beaupré, que nous croyons devoir la citer ici tout entière ; c'est le meilleur préambule que nous puissions placer en tête de ce travail, afin de fournir à nos lecteurs une idée exacte de la topographie des lieux où se trouve enclavée la paroisse de l'Ange-Gardien :

« La Côte de Beaupré, dit-il, avec son admirable exposition au soleil, ses forêts verdoyantes, ses cours d'eau et ses chutes nombreuses,

son sol fertile et ses gras pâturages, avait attiré l'attention des premiers colons du pays. Elle fut le centre des premières habitations canadiennes et Ton peut dire le berceau de notre nationalité.

« En remontant le fleuve jusqu'à Québec, on suivait généralement le chenal du nord. Après avoir côtoyé les falaises gigantesques qui s'élèvent perpendiculairement le long du rivage, entre la Baie St-Paul et St-Joachim, et quelquefois même semblent surplomber au-dessus des vagues mugissantes qui viennent se briser à leur pied, on voyait tout à coup se dessiner au pied du Cap Tourmente cet îlot aux formes gracieuses, émergeant des fonds argileux qui l'entourent et que l'on appelle le Petit-Cap ; véritable corbeille de verdure, ménagée à cet endroit par la Providence, comme pour reposer la vue des paysages austères que l'on vient de rencontrer.

a Au delà, à partir du Cap Tourmente, les montagnes s'abaissent et font place à une chaîne de coteaux verdoyants qui se continuent jusqu'à Québec ; au pied de ces collines ensoleillées et riantes, des prés d'une richesse incomparable, des villas d'un aspect charmant, des fermes où régnent l'aisance et le bienêtre, animées aujourd'hui par le passage des

locomotives qui transportent chaque jour des milliers de pèlerins à la Bonne-Sainte-Anne ; et de l'autre côté du fleuve, comme pour faire contraste, les campagnes un peu ternes et monotones de l'Ile d'Orléans. »

La petite paroisse de l'Ange-Gardien forme le premier tableau de ce beau paysage ; elle commence au pied de la chute de Montmorency, et se prolonge sur le fleuve jusqu'à la rivière du Petit-Pré, mesurant cinq milles de longueur sur une lieue et demie de profondeur.

Par une belle journée d'été, à l'heure de la marée haute, quand les eaux du fleuve ont recouvert toute la grève et qu'elles atteignent la ligne du chemin fer, une série de scènes charmantes s'offre aux regards du touriste. ^^ vaste nappe d'eau s'étendant depuis la rivière

St-Charles jusqu'au delà de l'Ile d^Oiléans,

ix sa attire d'abord son attention ; tandis ^^ ^

gauche, il aperçoit la campagne lei^^^^

Beauport, avec sa longue traînée die tx^^^^^ ^

nettes blanches, dominées par \^^ \.o^3^^^

peu grêles de la superbe église paLTci\?3^^^^\\eS

Traversant ensuite le village ^^vx Sai^'^'^t ^^

grandes usines de la fabrique ^^ q^o^^^ a^'^^'

la compagnie électrique, le tr slIxx ^^ <^iS^^^\\o^^'

ques instants en face de la ^^^Vx\:v\.e ^^

xx2q y» ^^î apparaît comme un immense

"Cf u ^^^ ^^ laine blanche suspendu aux flancs

^her à une hauteur de 274 pieds.

J^ j? ^^^s avoir dépassé la falaise, qui encaisse

<^ ^5^^, ^^se cataracte, le convoi entre dans ces

-Cr^ j ^ Prairies naturelles » dont parle le Père

^U^ç « '^^j qui n'ont rien perdu de leur merveil-

^ ^^s y^ilité d'autrefois ; puis au bout de quel-

-^-^^^5>^. ^^utes^ le train arrive à la gare et on

^^^^ ^-^^ , ' sur le sommet du coteau, la modeste

^-ï^f^ ^^-.^-^'-Angre-Gardien, assise au milieu de

-A ^^ villsLg(^ à moitié caché dans des mas-

^^^^.^^ ^^rc7«ire. Le coup-d'œil est fort joli.

^ ^^ / </e x-^xes exceptions, les touristes amé-

.^^^ ^ ^ ^ ^^ox-^:x:at absolument l'histoire du Cana-

jj^^^ ^ ^ ^5 i"^^>f,^rdent avec un air de surprise

:|.^^^^^^J'^^'^^ <^i 'incrédulité quand on leur dit

^^ ^C ^^ 7^ ^^' i.2^^ existait déjà depuis un siècle,

î^^^ K^"^^ ^^:i:ï cêtres, le 4 juillet 1776, signè-

^^ ^^^> *^'iacî er 3 :^:^Tiie la déclaration de l'Indépen-

^^V W^^'^^^i 1« fut bâtie en 1675. Ce qui met

^^ ^ ^J:)k "^ ^^^ '■-^*- ï étonnement, c'est quand on

V t!^ ^^ ^^3L ^-^me l'on conserve au presbytère

^^ b^^\r ^"'^'^^'^^^ tous les registres depuis 1670, ^x ^u V^ •• -^-■^^a. ^nque un seul

Nij ^^ ^^ *^-^ *fc>é Ferland, la seigneurie de

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"^^^^31 xx'à la rivière du Gouffre, fut

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concédée le 15 janvier 1636, avec Pile d'Orléans, à une société représentée par les Sieurs Antoine Cheffaut de la Regnaudière et Jacques Castillon.

A cette époque, plusieurs familles étaient déjà établies au Château-Richer, à Ste-Anne et à l'Ange-Gardien. Toutefois les plus anciens actes de concession, conservés au séminaire de Québec, ne remontent pas au delà de 1640 : les seigneurs, avant d'accorder des titres, avaient probablement voulu que leurs censitaires fissent des défrichements avec maisons, bâtiments et dépendances.

Quoiqu'il en soit, les familles des courageux colons disséminés le long de la côte de Beaupré, étaient déjà assez nombreuses pour recevoir la visite des missionnaires.

Les Jésuites qui, dans l'automne de 1635, comptaient quinze pères et quatre frères dans leurs résidences et missions de la Nouvelle- France, furent lespremiers à offrir leur ministère; il devait en être ainsi, car ces pères avaient, dès cette époque, un établissement à Tadousac, et ils arrêtaient naturellement le long de la côte de Beaupré, soit en descendant^ soit en remontant, partout où ils rencontraient quelque colon.

Il y avait de plus alors à Québec deux prê-

très séculiers, M. Lesueur de Saint-Sauveur, ancien curé de Saint-Sauveur de Thury, en France, lequel demeurait chez son ami et compatriote le Sieur Jean Bourdon. Le second, M. Gilles Nicolet, était frère du célèbre voyageur Jean Nicolet, et, nous dit l'abbé Ferland, pendant sa résidence au Canada jusqu'en 1647, il fut employé à visiter les habitations françaises de la côte de Beaupré, entre Beauport et le Cap Tourmente.

On ne trouve dans les archives de l'Ange- Gardien rien qui indique sûrement la manière dont furent desservies les populations de la côte de Beaupré jusqu'en 1659. On sait seulement qu'il existait à cette époque — 1658^ une humble chapelle à sainte Anne, bâtie par M. de Queylus, où déjà se dirigeaient quelques pèlerins. Suivant M. Ferland, après le départ de M. de Queylus pour Montréal, il ne restait plus que deux prêtres séculiers dans le gouvernement de Québec, M. de Saint-Sauveur, ancien chapelain de l' Hôtel-Dieu, et M. Vaillant qui desservait la côte de Beaupré.

En outre, on sait par^ le mémoire de Mgr de Laval, qu'il y avait au Château- Richer une église en pierre où les colons, établis depuis la rivière de Montmorency, dans cette partie de la côte de Beaupré qui forme aujourd'hui la

paroisse de T Ange-Gardien, devaient se rendre «quand les missionnaires venaient y exercer les fonctions du saint ministère.

Ce n'est qu'en 1659, à l'arrivée de Mgr de Laval au Canada, que commencent les annales de l'Ange-Gardien. Depuis cette époque, grâce à l'esprit d'ordre et de discipline établi par le grand évêque dès le commencement de sa longue administration, et scrupuleusement suivi par tous ses successeurs, tous les documents concernant l'histoire de nos paroisses, et en particulier de celle qui nous occupe, ont été pour la plupart conservés. C'est ainsi que, par le registre des confirmations,précieusement gardé à l'archevêché de Québec, on peut préciser la date de la première visite épiscopale sur la côte de Beaupré.

On sait que Mgr de Laval arriva à Québec le 17 juin 1659.

« Dès l'hiver suivant, écrit l'abbé Gosselin, c'est-à-dire le 23 janvier 1660, Mgr de Laval commença sa visite pastorale par la côte de Beaupré, emmenant avec lui M. Henri de Bernières qui n'était encore que diacre, son valet Durand, et le bon Boquet que les chroniques du temps nous représentent comme l'homme de confiance des révérends Pères Jésuites. Le Père Lemercier était parti la

veille pour préparer les enfants. On dut souffrir beaucoup du froid, de la neige, de la poudrerie, surtout de l'inexpérience où l'on était de nos hivers canadiens, qui ont bien leurs charmes, pourtant, maintenant que l'on sait se prémunir contre leurs rigueurs. Celui de i66(> fut exceptionnellement rude ; le pont de glace se forma devant Québec le 20 janvier. Le 26, on était à Beauport et l'on dîna chez M. Giffard> seigneur de l'endroit. »

On se représente aisément les difficultés qu'offrait alors le plus court voyage pendant l'hiver. Il fallait arrêter à chaque habitation pour demander secours, afin de pouvoir continuer sa route. Même de nos jours, malgré les efforts de la Compagnie des chemins à barrières, chargée d'entretenir les chemins d'hiver aux environs de la ville, il faut quelquefois attendre plusieurs heures avant de poursuivre sa route à travers les amoncellements de la neige.

f Le 2 février, continue M. Gosselin, Mgr de Laval donna la confirmation solennellement, dans l'église du Château-Richer, à près de 17a personnes, dont plusieurs étaient d'un âge avancé. Dans la liste des confirmés se trouve le nom d'un jeune homme qui devait devenir célèbre : celui de Louis JoUiet, le découvreur du Mississipi. »

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Les jours du carnaval, dit-elle, ont été changés en des jours de pénitence et de tristesse : les prières publiques, les processions, les pèlerinages ont été continuels. Les jeûnes au pain et à l'eau furent fréquents, les confessions plus sincères qu'elle ne l'auraient été dans l'extrémité des maladies; et, ajoute la Vénérable Mère, le curé de la côte de Beaupré entendit jusqu'à huit cent confessions générales. •

Cependant M. Pierre Boucher avait été député en France par les habitants pour exposer au roi la triste situation du pays. Il revint au Canada l'année suivante, accompagné d'un officier français, M. Dumont. Ce dernier a consigné dans son journal de voyage ses impressions sur l'aspect du pays. Voici ce qu'il dit de la côte de Beaupré : « Ce nous fut une navigation ravissante en montant la rivière, depuis le Cap Tourmente jusqu'à Québec, de voir de part et d'autre, l'espace de huit lieues, les fermes et les maisons de la campagne bâties par nos Français tout le long de ces côtes : à droite les seigneuries de Beaupré, de Beauport, de Notre-Dame-des-Anges ; et à gauche, cette belle île d'Orléans, qui continue à se repeupler heureusement d'un bout à l'autre. •

Pendant que ces événements se passaient au Canada, Mgr de Laval, par son influence sur

le roi de France, et par ses démarches habiles, travaillait à assurer le sort de la colonie, en prenant une large part aux changements qui allaient s'opérer dans toute l'administration.

Nous avons vu plus haut que tous les habi- ' tants de la colonie avaient eu à souffrir de l'apathie et de la négligence de la compagnie des Cent-Associés. Par son crédit auprès de Louis XIV, qui l'honorait du titre de cousin, Mgr de Laval obtint la création d'un conseil souverain, composé du gouverneur et des principaux colons, qui devait servir de législature et de haut tribunal judiciaire dans la Nouvelle- France. Le conseil souverain remplaçait la compagnie des Cent-Associés.

Comme ce changement intéresse tout particulièrement les colons de la côte de Beaupré, il est bon de citer ici ce que dit l'abbé Ferland à ce sujet :

«Dans une assemblée, dit-il, tenue le 24 février 1663, les Associés convinrent de rendre à Sa Majesté la propriété et la seigneurie de la Nouvelle-France . . . Au mois de mars, le roi accepta la démission de la Compagnie, ... et, par un édit du mois d'avril suivant, il créait un conseil souverain, chargé d'administrer la justice, de régler le commerce, ainsi que toutes les affaires de la police.

« En passant des mains de la Compagnie entre celles du roi, la colonie avait fait un grand pas. Elle était sortie de l'enfance. »

La part que prit Mgr de Laval dans cet heureux changement a fait dire à Son Eminence le cardinal Taschereau, que la reconnaissance aurait pu décerner à l'illustre prélat le titre de sauveur de la patrie.

Mais l'œuvre capitale accomplie par Mgr de Laval durant son séjour en France en 1663, fut la fondation du séminaire de Québec. A part la grande influence que cet événement exerça sur tous le pays, il offre un intérêt tout particulier quant à ce qui regarde la côte de Beaupré. Afin d'assurer l'existence de son séminaire, l'évêque de Québec profita de l'abolition de la compagnie des Cent-Associés, qui venait de remettre au roi tout ce qu'elle possédait dans la colonie, pour faire l'acquisition de toute la côte de Beaupré, depuis la rivière du Gouffre jusqu'à la chute de Montmorency ; et par des lettres royales, datées de 1663, il fut créé seigneur de la côte de Beaupré. Quelques années plus tard, Mgr de Laval, par un acte passé à Paris le 12 avril 1680, céda purement et simplement tous ses biens au séminaire de Québec, qui devint ainsi, à son tour, seigneur de Beaupré. Disons tout de suite que les mes-

sieurs du séminaire de Québec, dans leurs relations avec leurs censitaires, ont toujours fait honneur à cette noble qualification, et n'ont jamais oublié les traditions de bonté, d'urbanité et de générosité établies par Mgr de Laval.

Si Mgr de Laval avait voulu suivre l'engouement qui régnait alors en France pour les titres de noblesse, et faire élever la seigneurie de Beaupré en baronie, comme le fit le sieur Robineau pour la baronie de Portneuf, il aurait pu ajouter à son titre de premier baron chrétien^ celui de premier baron canadien.

Parmi les anciens documents de l'histoire ecclésiastique du Canada, conservés dans les archives de l'archevêché de Québec, nous avons trouvé avec plaisir celui qui fixe la date de l'établissement de la paroisse de l'Ange-Gardien. Il rend compte tout simplement de la première élection d'un corps de marguilliers faite à la campagne. Il y avait déjà, à Québec, des marguilliers que Mgr de Laval avait reconnus à son arrivée en 1659. Quant à cette assemblée de l'Ange-Gardien, elle fut convoquée par M. Ango des Maizerets.

Nous tenons à citer ce document en entier, parce qu'il contient les noms des familles qui composaient alors la parpisse et qui existent encore aujourd'hui, du moins pour la plupart :

• L'an 1 664, le dix-huitième jour d'octobre, à l'issue de la messe célébrée dans la maison de Jean Trudelle, en conséquence de la convocation par deux fois réitérée par M. des Maizerets y faisant pour lors les fonctions curiales, par Tordre de Monseigneur l'illustrissime rêvérendissime Evêque de Pétrée, Vicaire Apostolique en la Nouvelle-France, et nommé par le Roy, premier évesque dudit pays, tendante à ce que les habitants eussent à s'assembler pour procéder à la nomination et élection de trois marguilliers pour la première fois ; lesdits habitants étant restés au nombre de vingt-deux des plus considérables, savoir : Raymond Pagez dit Quercy, Pierre Maheu dit des Hazards, Jacques Goulet, Jean Trudel, Michel Hénaùlt, Pierre Tremblay, Pierre Gendreau, Louis Gameau, Louis Saucier, Jacques Nourry, Jacques Marette dit Lépine, François Hébert, Robert de la Berge, René Brisson, Laurent Gignard, Antoine Andrieux, Antoine Gaboury, Jacques Jacquereau, Jean Clément, Louis Lesage, Antoine Lefort, Charles Garnier ; lesquels procédèrent à l'élection des deux marguilliers par suffrages secrets et élurent à la pluralité des voix pour premier marguillier Jacques Goulet, et pour second marguillier Raymond Pagez, pour troisième Pierre Maheu dit des Hazards, les-

quels ont été chargés de prendre le soin de recueillir les dons et aumônes qui seront faits pour la bâtisse d'une église, presbytère et autres choses concernant l'établissement de leur paroisse, et leur ont donné plein pouvoir d'employer ce que chacun aura donné à ladite bâtisse d'une église et presbytère, n'entendant pas lesd. habitants que lesd. marguilliers ayant pouvoir d'engager en aucune manière la communauté sans son consentement. Il a été de plus résolu que tous les ans l'on procéderait à l'élection d'un nouveau marguillier, pour succéder à celui des trois qui serait le premier et le plus ancien, lesquels se conformeront en tout ce qui concerne l'administration de leur charge et à ce qui se pratique en l'église de Notre-Dame de Québec.

* Louis Ango des Maizerets.

« Raymond Page.

« Jacques Goui^et. »

Louis Ango des Maizerets, ordonné le 29 septembre 1662, arriva au Canada le 15 septembre 1663, avec Mgr de Laval. Il fut supérieur du séminaire pendant trente-et-un ans,

à diverses reprises ; grand chantre de la cathédrale, et vicaire-général des évêques de

Laval et de Saint- Vallier. Il remplaça, en

1683, M. de Bernières en qualité de supérieur de PHôtel-Dieu de Québec. « Tout le Canada, dit un contemporain, lui a toutes les obligations pour réducation de la jeunesse à quoi il a été appliqué depuis près de 50 ans. » Il mourut au séminaire de Québec, le 22 avril 1721, à l'âge de 85 ans et trois mois, et fut inhumé dans la cathédrale.

On voit par le document ci-dessus, que la première messe paroissiale fut célébrée à l'Ange-Gardien le 18 octobre 1664 par M.

Ango des Maizerets, dans la maison de Jean Trudel. Cette maison n'existe plus, mais on en voit encore les fondations. Elle était située sur la terre aujourd'hui occupée par Ambroise Trudel (descendant du dit Jean Trudel) au sud de l'ancien chemin qui passait en bas du coteau, et qui n'a cessé d'être chemin public qu'en 1873, à 1^ suite d'un procès orageux dont il sera fait mention plus tard.

Afin de perpétuer le souvenir de cette première messcj nous dVons fait placer au centre des dites fondations une croix en fer, avec un écusson sur le croisillon, portant cette inscription :

«Première messe paroissiale 18 OCT. 1664. "

Lé document constate qu'il y avait déjà A^ingt-deux habitants ; et certes, c'est avec un légitime orgueil que les paroissiens de l'Ange- Gardien d'aujourd'hui remontent à cette époque pour retracer le mémorial de leur famille.

Ce même document nous fournit un autre renseignement et une considération importante qui vient naturellement se placer sous notre plume. Il est dit que l'illustrissime et révérendissime évêque de Pétrée est nommé par le roi, évêque de la Nouvelle-France. Comme on le voit, nous sommes en plein gallicanisme ; le roi est tout, rien ne se fait sans lui, ni dans l'Etat, ni même dans l'Eglise ; c'est le grand monarque, c'est le roi soleil, comme on l'appelle avec servilité, et son pouvoir atteint son apogée ; la France entière est tournée et inclinée vers lui. Il n'est plus seulement le protecteur, le bras droit de l'Eglise, comme autrefois saint Louis ; mais on l'a fait, et il est devenu pour la plupart de ses sujets, l'égal du Souverain Pontife dans la cSrection des affaires religieuses du royaume. Aussi, quand il s'agit de créer un diocèse dans la Nouvelle-France, cédant aux conseils des partisans des libertés gallicanes, le roi Louis XIV exige que le nouveau diocèse relève de celui de Rouen ; et malgré les protestations du Saint-Siège, il

s'écoulera encore dix ans de négociations avant que le pape Clément X puisse définitivement ériger le diocèse et émettre les Bulles qui nomment Mgr François de I^aval évêque de Québec.

En jetant nos regards sur cette phase de notre histoire ecclésiastique,puis les reportant ensuite sur la situation qui est faite à notre pays depuis la cession, n'avons-nous pas raison de rendre de grandes actions de grâces à la divine Providence? Voyons en effet ce qui se passe aujourd'hui, à propos de la question qui nous occupe. S'agit-il de créer un nouveau diocèse ou de nommer un nouvel évêque, Nos Seigneurs les évêques des différentes provinces, seuls, avec la véritable majesté et la noble indépendance que leur donne la sainte Eglise catholique en leur conférant la plénitude du sacerdoce, indiquent les limites du futur diocèse, et suggèrent trois noms au Souverain Pontife. Le Saint-Siège, heureux d'user de ïa pleine liberté que lui accorde le gouvernement britannique, en cette matière, fixe luimême les limites du nouveau diocèse, et choisit, parmi les trois personnages suggérés, celui qui ï^î paraît le plus digne. Et alors le nouvel ^ prend paisiblement et sans bruit possession ^ sou siège, après avoir reçu l'onction épisco-

pale des mains de celui de ses collègues qu'il a choisi ; souvent même on a vu le gouverneur, représentant de Sa .Majesté, venir relever par sa présence la solennité de sa consécration.

Bien plus, comptant sur la loyauté de nos évêques, le gouvernement n'exige même plus le serment d'allégeance qu'autrefois ils étaient tenus de prêter le jour de leur sacre !

La seule formalité à remplir est la notification faite au gouvernement de la création d'un nouveau diocèse, ou de la nomination d'un nouvel évêque.

Nous n'avons pas, certes, en cette matière»

grande raison de regretter le gouvernement du grand monarque.

Cette première élection de marguilliers, faite à l'Ange-Gardien, fut approuvée par une ordonnance de Mgr de Laval, que l'on trouve consignée dans la publication des mandements des évêques de Québec, faite par NN. SS. H. Têtu et C.-O. Gagnon :

« ORDONNANCE SUR I.'ÉI.ECTlON DES MARGUII.- I.IERS k L' ANGE-GARDIEN.

« François, par la grâce de Dieu et du Siège apostolique, évêque de Pétrée, vicaire apostolique en la Nouvelle-France, nommé par le roi premier Evêque dudit pays.

« A tous ceux qui ces présentes verront, salut.

«Nous avons approuvé la première élection -des marguilliers faite en la paroisse formée de nouveau par nous, laquelle nous avons bien voulu être vouée en l'honneur des saints Anges Gardiens, et ordonnons que l'élection du marguiller qui sera mis de nouveau tous les ans {s'il est jugé à propos de confirmer l'ancien par les personnes qui visiteront ladite paroisse par l'ordre et autorité de l'Evêque) sera choisi par les trois derniers marguilliers qui seront pour lors en charge, conjointement avec les trois derniers marguilliers sortis de charge, ou quatre s'il se peut, et au moins deux. Le tout en présence et du consentement de celui qui administrera la dite cure.

« Lesdits marguilliers demeurant obligés de présenter leurs comptes tous les ans, avant que de sortir de charge, dans le cours de la visite qui sera faite tous les ans, soit par l'évêque ou personnes qui seront envoyées de sa part, pour y régler en l'administration de leur charge sur tout ce qui y aura été ordonné.

« Donné à Québec, en notre demeure ordinaire, le cinq novembre mil six cent soixantequatre.

« François de Pétrée, Evêque. »

Sans attendre l'approbation de leur évêque, mais devançant ses désirs, nos trois marguilliers, ainsi élus,modèles véritables des membres de cet illustre corps, ne perdirent pas de temps : ils mirent aussitôt hache en bois, et décidèrent de construire une chapelle.

« La chose allait à bien par leurs soins diligents, I comme disait le bon Lafontaine ; et dix jours après leur élection, le mardi, 28 octobre 1664, ils s'assemblèrent de nouveau dans la maison du même Jean Trudel nommé plus haut, afin d'acquérir un terrain pour y bâtir leur église. Ils étaient accompagnés d'un personnage impor^tant, le notaire royal : sieur Claude Auber.

Séance tenante, on dressa l'acte d'acquisition de la terre de sieur Pasquier de Nonis dit Larose, consistant, suivant la teneur de l'acte, en deux arpents de front sur le grand fleuve Saint Laurent, avec une maison « manable »

(habitable), grange et étable ; et en outre « deux mères vaches entrant à dix ans. » deux chaudières, deux haches, deux pioches, quatre vieilles chaises, un gail, une pelle de fer, une cuiller à pot, une crémaillère. La vente fut faite à la condition de payer à dame Couillard quarante-deux sols de rente foncière, chaque année, avec deux chapons, le tout payable au jour de

la fête de la Saint-Martin d'hiver ; en outre la vente est faite pour la somme de huit cents livres, plus dix livres pour le vin du marché, que les marguilliers s'engagèrent de payer à l'arrivée du premier navire venant de France le printemps suivant . . .

C'est grâce aux soins de Messire Joseph Asselin, qui fut curé de l'Ange-Gardien depuis 1844 jusqu'à 1854, que nous avons pu citer ici le premier acte notarié de la Fabrique de l'Ange-Gardien. Il en fit faire une copie datée du 5 juillet 1845, V^^ 1'^^ conserve dans les archives de la paroisse. Nous aurons occasion de faire plus tard l'éloge de ce prêtre zélé qui a mis en ordre parfait toutes les affaires de la cure. On voit par cet acte notarié que l'ameublement de M. de Nonis était plus que modeste ; et la clause de la fin obligeant MM. les marguilliers à payer le pot de vin ne laisse pas d'être intéressante, et cadre bien avec celle qui les oblige de porter deux chapons à la dame Couillard, le jour de la Saint-Martin d'hiver-

Rien dans les archives n'indique la date précise de la construction de la première église. Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle existait en 1670; car, sur la première page du registre des baptêmes, commencé par M. Fillon, il est dit : • L'an de Notre-Seigneur mil six cent

soixante-dix^ le septième jour d'avril, nous avons baptisé dans la chapelle de TAnge-Gardien. »... En sorte qu'on peut conclure qu'elle fut bâtie du 28 octobre 1664 aux mois d'été

Mais avant d'aller plus loin et de retracer l'histoire de la paroisse, en suivant les registres page par page, il nous semble qu'il est nécessaire de donner un aperçu de la population qui la composait à cette époque. Outre les vingtdeux habitants dont les noms se trouvent dans le procès-verbal de la première assemblée des marguilliers cités plus haut, il y avait plusieurs autres familles, telles que les Vézina, les Marois, les Gandin, les Têtu, les Huot, les Julien, les Crisson, les Mathieu, les Richard, les Cantin. Tous ces noms se rencontrent dans les actes de baptême, signés par M. Fi lion et par quelques autres prêtres qui tour à tour vinrent desservir la paroisse.

Les bons Pères Récollets venaient de temps en temps visiter la côte de Beaupré. On rencontre dans les registres les noms des RR. PP. Léonard, Exupère et Martial. Ils faisaient ainsi les fonctions curiales à la place des prêtres du Séminaire qui, quelquefois, en étaient empêchés.

D'après ces actes, il y aurait eu dans la

paroisse, en 1570, environ une trentaine de familles, vivant de la vie des colons, avec son cortège de privations, de misère et de travail.

Ces familles étaient dans des transes continuelles, car les sauvages rôdaient sans cesse dans les forêts qui couvraient encore la côte de Beaupré, tâchant de s'emparer des blancs pour les torturer et les mettre à mort.

Lorsque aujourd'hui, pendant la belle saison, les habitants de l'Ange-Gardien sont paisiblement occupés aux travaux des champs, aucun d'entre eux, probablement, ne songe aux dangers que couraient leurs ancêtres en se livrant aux mêmes travaux. En 1660, les Iroquois, en particulier les terribles Agniers, répandaient l'épouvante dans toute la colonie ; et n'étant plus en sûreté sur leurs terres, les habitants s'étaient retirés à Québec pour se mettre à l'abri. On était au printemps. Les craintes ayant diminué après quinze jours d'anxiété, et comme on ne voyait paraître aucun parti de sauvages, les familles réfugiées à Québec se dispersèrent pour aller reprendre leurs travaux et ensemencer leurs terres, vu que la saison des semailles était déjà avancée.

M Vers le commencement de juin, dit l'abbé Ferland, huit Hurons apostats, qui, avant de passer aux Iroquois et de renier leur foi, avaient

résidé au fort de l'Ile d'Orléans, s'approchèrent de la côte de Beaupré dans l'intention de surprendre quelqu'un des habitants. A Sainte- Anne, une veuve, femme du nom de Marie Caron, épouse de Jean Picard, était restée seule à la maison, avec ses quatre enfants, pendant que les autres membres de la famille étaient aux champs. Les Hurons n'apercevant personne autour de la maison, débarquèrent en ce lieu, pillèrent la demeure et jetèrent dans leur canot la malheureuse mère et ses enfants. La nouvelle de ce malheur fut aussitôt portée à Québec et M. le gouverneur d'Argenson envoya une troupe de Français et d'Algonquins pour arrêter les maraudeurs à leur passage devant Québec. Les Algonquins se mirent en embuscade à la Pointe-Lévis, endroit près duquel ils savaient que le canot ennemi devait passer en remontant. Dans la crainte d'être poursuivis, les voleurs hurons s'étaient tenus cachés pendant une journée. Il est facile de comprendre quelles devaient être les angoisses de la pauvre prisonnière, à la vue des souffrances et des larmes de ses petits enfants.

Cette femme, d'une piété remarquable, ne pleurait pas pour elle-même, bien qu'elle sût qu'on la destinait au feu ; mais elle voyait avec horreur le sort qui attendait ses enfants, exposés

à périr dans les supplices, ou à devenir des barbares et des infidèles parmi les Iroquois. Elle avait cependant un pressentiment que par la protection de la sainte Vierge, pour laquelle elle avait une dévotion particulière, elle serait sauvée en passant à Québec. Elle ne se trompait pas. En effet, le second jour de sa captivité, vers le soir, le canot huron remontait dans l'obscurité, serrant de près les' rochers de la Pointe-Lévis. Les Algonquins placés en vedette l'avaient aperçu, et le laissèrent s'approcher. Lorsqu'il fut à portée de fusil, ils firent une décharge générale de leurs arquebuses ; puis s'élançant à Teau, ils se rendirent maîtres de l'embarcation en peu de temps.

Deux Hurons avaient été tués, et deux ou trois autres mortellement blessés. La prisonnière, ayant levé la tête au moment où elle entendit des voix amies, fut elle-même frappée d'une balle qui tua en même temps un de ses enfants. Elle mourut quelques jours après à l'Hôtel- Dieu, remerciant Dieu avec une grande joie de ce qu'il avait délivré sa jeune famille des mains de ces barbares.

« L'année suivante, un parti de guerriers de la tribu des Agniers, les plus courageux, mais en même temps les plus féroces de tous les Iroquois, étaient descendus jusqu'à Tadoussac,

à la poursuite des sauvages amis des Français. En remontant vers Québec, ils tuèrent huit personnes de la côte de Beaupré, et sept dans l'Ile d'Orléans. »

Telles étaient les difficultés et les dangers que nos pères eurent à surmonter en s'établissant dans les campagnes. Ajoutons à cela des privations de tout genre : être réduits quelquefois à vivre de pêche et de chasse, comme les sauvages qui les entouraient ; obligés de pratiquer tous les métiers à la fois, pour se fabriquer les instruments aratoires, les ustensiles et les meubles nécessaires à la ferme et à la maison ; ne dépendre absolument que d'eux-mêmes pour tout ce qui concernait la nourriture et les vêtements ; travailler aux champs, le fusil au bras, pour récolter bien souvent un blé de qualité inférieure que le moulin du Petit-Pré, d'un outillage des plus primitifs, convertissait en une farine grossière ; se contenter de ce pain noir, sans avoir, sans même connaître la savoureuse pomme de terre, cette ressource si précieuse pour le colon d'aujourd'hui ; puis partout dans le pays, surtout dans toute la côte de Beaupré, n'avoir à parcourir que des chemins affreux dans toutes les saisons de l'année ; enfin, voir dans chacune des familles un ou deux jeunes garçons partir pour la guerre, laquelle

reprenait au printemps de chaque année. Voilà le tableau du commencement de toutes nos paroisses canadiennes, et celle de l'Ange-Gardien n'eut pas un meilleur sort que les autres. A ce sombre tableau, terne comme l'une de nos brumeuses journées de novembre, on peut opposer la vive et brillante photographie que nous montre toute la côte de Beaupré transformée aujourd'hui en une contrée pleine d'espérance et de vie. Sur la crête du coteau, une superbe route macadamisée à remplacé les chemins boueux d'antan ; tandis qu'au bas de la colline, d'énormes trains à vapeur croisent à chaque instant les chars électriques, les uns et les autres bondés de touristes, sillonnant sans cesse la plaine jadis si déserte. Le sifi&et des locomotives et des manufactures a remplacé le bruit du canon. La nature inculte a cédé devant les arts de l'industrie et du commerce ; et même la fameuse chute de Montmorency, l'orgueil de Beaupré, a dû perdre quelque chose de sa beauté sauvage. Elle est devenue, elle aussi, la victime et l'esclave du travail et de l'industrie : sous la main hardie des ingénieurs américains qui l'ont endiguée, elle s'est détournée, s'est infléchie pour s'engouffrer en partie dans de gigantesques cylindres d'acier qui conduisent l'écumante prisonnière jusqu'à

de vastes et prosaïques usines dont elle secoue violemment les énormes dynamos pour en faire jaillir de forts courants électriques, qui transportent, jusqu'au vieux rocher de Québec, la lumière, la chaleur et le mouvement. En retour du sacrifice d'une partie de sa beauté, la majestueuse chute fournit maintenant, à des centaines d'ouvriers de la côte de Beaupré et d'ailleurs, un travail rémunérateur ; et si les yeux de l'artiste et de l'esthèteont quelque peu perdu à l'échange, en revanche, de nombreuses familles y ont trouvé le pain de chaque jour. C'est, sous un bienfaisant aspect, la loi des compensations !

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