M. FRANÇOIS FILLON, PREMIER CURÉ
M. Thomas Morel.-:-M. Dudoujrt— M. François Fillon, premier curé.— Cures unies au séminaire.— Dîmes.— Recensement.— I^ première chapelle.— Les regristres.— Une ordonnance de Mfifr de Laval.— Construction de l'église actuelle.— Mort de M. Fillon.— Détails sur sa mort et sa sépulture.— Réflexions.
Le premier missionnaire envoyé par Mgr de Laval sur la côte de Beaupré, en 1661, fut M. Thomas Morel. Il était arrivé à Québec le 22 avril de la même année. Cet infatigable missionnaire, tout en demeurant attaché au Séminaire dès son établissement en 1663, ne cessa de parcourir cette côte dans toutes les saisons de l'année, jusqu'en 1667. Il ouvrit le premier registre à Ste-Anne-de-Beaupré.
La première église de Sainte-Anne avait été placée trop près du fleuve et M. Morel, en 1661, la fit transporter plus haut sur le bord du grand coteau. « Ce fut alors, dit le révérend Père Lamontagne, que Dieu commença d'y
opérer des guérisons par l'image miraculeuse de sainte Anne qui y fut mise vers l'an 1661 ou 1662. ■
M. Morel avait à desservir non seulement toute la côte de Beaupré, mais de plus l'Ile d'Orléans.
En 1667, à la suite de difficultés qui survinrent dans la côte de Beaupré, M. Morel fut obligé d'abandonner cette desserte, et fut envoyé dans les missions de la rive sud du fleuve St-Laurent, depuis la Pointe-de-Lévis jusqu'à la Rivière-Ouelle. Il y déploya le même zèle infatigable ; mais sa santé ne put y tenir longtemps. En 1687, après une mission qu'il fit à Champlain, il descendit à Québec, dangereusement malade, et mourut le 23 novembre de la même année, âgé seulement de 51 ans. Son corps, dit l'abbé Tanguay, repose dans la cathédrale de Québec, dont il était l'un des chanoines.
Comme il n'y avait pas encore de chapelle à l'Ange-Gardien, nous sommes portés à croire que M. Morel n'y célébra pas les saints mystères, mais qu'il se contenta de réunir tous les habitants de l'Ange-Gardien au Château- Richer, où il y avait une église en pierre, mentionnée dans le rapport que Mgr de Laval adressa au Saint-Siège en 1660.
A ce propos, voici ce que dit l'abbé Auguste Gosselin : « De Québec à Tadoussac, il n'y avait à cette époque que deux églises : une en pierre, bâtie sur le bord du fleuve, au Château-Richer, et la petite église en bois que M. de Queylus avait fait commencer à la Bonne-Sainte-Anne.
«A Tadoussac, il y avait une jolie petite église en pierre, que les Jésuites avaient fait construire pour leurs néophytes montagnais, qui s'y rendaient en foule dans la belle saison, au retour de leurs chasses, pour y recevoir les sacrements et y entendre la parole de Dieu.
«Aucune église sur l'Ile d'Orléans ni sur la côte sud.
« A Montréal, il n'y avait encore que la pauvre église en bois attenante à l'Hôtel-Dieu, qui se trouvait à peu de distance du fleuve.
ff A Trois-Rivières, une église paroissiale, en bois, bâtie par les Jésuites, sous le vocable de l'Immaculée-Conception.
« Il fallait ensuite venir jusqu'à Sillery pour trouver une église, celle des Pères Jésuites près de leur résidence Saint- Joseph ; puis il y avait, à l'endroit occupé aujourd'hui par la paroisse St-Jean-Baptiste de Québec, sur le coteau Ste- Geneviève, une petite chapelle en bois que desservit longtemps M. de Saint-Sauveur. »
Avec les quatre églises de Québec, en pierre.
celles de la paroisse, des Jésuites, des Ùrsulines et de PHôtel-Dieu, il n'y avait donc à cette époque (1660) que onze églises dans toute la colonie française du Canada.
Mais revenons à nos missionnaires. Après le départ de M. Thomas Morel, en 1667, Mgr de Laval confia la desserte de la côte de Beaupré à M. Jean Dudouyt, prêtre du Séminaire de Québec. Nous n'avons aucun document* dans nos registres concernant l'administration de ce missionnaire pendant son court séjour sur la côte de Beaupré. Mgr Tanguay fait erreur quand il dit que « pendant plusieurs années il desservit la côte de Beaupré » ; il ne fit qu'y passer. M. Fillon, arrivé à Québec en juin 1667, le remplaça presqu'aussitôt.
Voici la notice que nous trouvons dans le répertoire de Mgr Tanguay sur ce prêtre si distingué ; nous y avons ajouté quelques détails trouvés dans les archives du Séminaire et de l'archevêché de Québec :
«Jean Dudouyt arriva à Québec pendant l'automne de 1662.. Mgr de Laval l'attacha au Séminaire de Québec, et pendant plusieurs années, il desservit la côte de Beaupré. C'est lui qui fit un des premiers baptêmes inscrits dans les registres de la paroisse de l'Ange-Gardien. On voit qu'en 1671J il était procureur
du Séminaire de Québec, et c'est à lui que Mgr ae Laval confia la somme provenant de la vente du terrain acquis par les marguilliers en 1664, ^n qu'elle fut employée à la bâtisse d'une nouvelle église devant remplacer la chapelle en colombage construite en 1666.— En 1672, il était supérieur des religieuses de l'Hôtel- Dieu de Québec ; il avait été grand-vicaire • l'année précédente. Jugé un des plus savants prêtres du Canada, il fut envoyé en France par Mgr de Laval pour y obtenir le renouvellement des défenses de la vente de l'eau-de-vie. Il mourut à Paris le 15 janvier 1688. •
Le successeur de M. Jean Dudouyt fut M. François Fillon. Il était né çn France, dans le diocèse d'Autun, en Bourgogne, en 1629.
Il arriva à Québec en 1667, demeura quelque temps au Séminaire et fut chargé par Mgr de Laval de la desserte de la côte de Beaupré. Avant d'aller plus loin, il est bon de rappeler ici que Mgr de Laval, afin d'assurer l'existence du Séminaire de Québec qu'il regardait comme la première et la principale de ses œuvres, avait obtenu du roi que toutes les cures fussent unies à cette maison et qu'on y apportât la dîme de toutes les paroisses. Il avait de plus réussi à faire fixer cette dîme au treizième minot En retour l'évêque obligeait le sémi-
iiaire de fournir à toutes les cures des prêtres -desservants, et de pourvoir à leur entretien.
Par cet arrangement, tous les habitants de la côte de Beaupré devenaient les paroissiens du Séminaire de Québec, de même que plus tard ils en devinrent les censitaires, quand Mgr de Laval lui céda tous ses biens. Il est bon de retenir ce fait, afin de comprendre les explications qui seront données dans la suite, au sujet des difficultés survenues à propos de la dîme.
C'est dans ces circonstances exceptionnelles que, vers 1667, M. François Fillon fut nommé missionnaire de la côte de Beaupré et vint prendre possession de la cure de PAnge-Gardien. Nous regardons M. Fillon comme le premier curé de cette paroisse, car c'est lui qui y bâtit l'église actuelle et commença à y tenir les registres, dans lesquels il prend le nom de curé. Cette cure si petite et si pauvre, avec son humble chapelle en colombage, méritait à peine le nom de paroisse.
Il ne faut pas oublier qu'en 1664 toute la côte de Beaupré ne comptait que 678 habitants, tandis qu'à l'Ange-Gardien il y avait à peu près 120 à 130 âmes.
M. Rameau assure que d'après les recensements de 1666 et 1667 déposés aux archives
de la marine à Paris, lesquels sont nominaux et très détaillés, il y avait à Québec 555 habitants ; sur la côte de Beaupré, 678 ; à Beauport 172 et dans Tlle d'Orléans 471.
Quant à la population de PAnge-Gardien, il est facile de s'en rendre compte à partir de cette époque. Les registres, qui commencent avec l'année 1670, sont parfaitement tenu?^ absolument complets et pas un feuillet n'y manque. C'est le plus bel éloge que l'on puisse faire de l'esprit d'ordre et de régularité de tous les curés qui l'ont desservie depuis deux cent trente ans. Aussi notre travail nous estil devenu véritablement facile ; il nous a suf& de consulter ces registres avec les cahiers des délibérations, et les autres documents concernant la paroisse, soigneusement conservés à l'archevêché de Québec, pour retracer toute l'histoire de l'Ange-Gardien. C'est pourquoi on nous permettra de répéter ici une remarque qui nous a été faite par feu Son Eminence le cardinal Taschereau : • Il est bien important, disait-il, de ne rien détruire des papiers d'une fabrique. Un compte, un simple reçu pouvent devenir plus tard le moyen de découvrir un nom, une date ou un fait qui intéressent la vérité de l'histoire. » C'est ainsi que sur le revers d'un compte, nous avons trouvé
la date de l'érection de la seconde église de l'Ange-Gardien:
Grâce aux soins de feu Messire Joseph Asselin, ancien curé, nous pouvons citer ici un document important, qu'il s'est procuré aux archives du séminaire de Québec par l'entremise de M. Léon Gingras.
Ce document est une ordonnance de Mgr de Laval, touchant la première chapelle et qui fixe en même temps la date de l'une des visites pastorales de cet évêque. Un mot d'abord sur cette chapelle.
Si les paroissiens de l'Ange-Gardien avaient fait preuve de bonne volonté en la construisant, ils avaient été malheureux dans le choix du terrain. Ne consultant que leur commodité immédiate, ils avaient voulu la bâtir sur le bord du chemin, qui longeait alors le bas du coteau, dans un endroit humide, baigné par les nombreux ruisseaux qui descendent de la colline. Comme nous l'avons dit, cette chapelle était en colombage et pouvait avoir environ trente pieds de longueur sur vingt pieds de largeur ; le portail était tourné vers le sudouest, et elle était terminée par un rond-point. Il n'en reste que les lignes indécises des fondations. Un peu plus loin, au nord, sur une petite éminence, on distingue parfaitement les restes
du solage de la maison de M.Pasquier de Nonis^ qui servit de presbytère pendant une dizaine d'années. Plus bas, dans la prairie, on trouve le premier cimetière, fermé depuis longtemps. Il a été vendu en 1879, et le terrain appartient aujourd'hui à M. Cléophas Leclerc, cultivateur^ de cette paroisse.
Tel était l'état de délabrement de la chapelle de l'Ange-Gardien en 1669, que M. Fillon crut de son devoir de demander à Mgr de Laval de la remplacer par une église en pierre. D'ailleurs, elle était trop petite et on ne pouvait songer à l'agrandir.
Au printemps de l'année 1671, Mgr de Laval fit une visite spéciale à l'Ange-Gardien dans le cours de laquelle il publia l'ordonnance suivante :