SOIXANTE-DIX-NEUF
L'an seize cent soixante et dix-neuf, le treizième jour de juillet, a esté inhumé dans l'église de Sainte- Anne, du Costé de l'Evangile, M. François Fillon, prestre missionnaire du diocèse d'Authun en Bourgogne, lequel s'était noyé, le quatorze de juin passé en allant à la Baye Saint-Paul ; ont assisté à son service (outre MM. François Lamy, prestre, Guillaume Gaultier aussy prestre,) Robert Lefebvre, Claude Bouchard avec moy Louis Soumande p.
Signé, Robert Lefebvre, Claude Bouchard et Louis Soumande p. curé de la paroisse de Ste- Anne du petit Cap.
Et au bas de la page, on lit :
M. Fillon était âgé de 20 ans de sacerdoce et de 50 ans d'âge, inhumé auprès du maître-autel.
Au 155* feuillet du VII® registre de la {wiroisse de Sâinte-Anne-de-Beaupré) on lit Vaiete suivant :
Le douze août, mil huit cent soixante-et-dix-huit, nous prêtre soussigné, curé de cette paroisse, avons exhumé du caveau de Tancienne église et inhumé dans celui de la nouvelle, les corps suivants : Celtii du révérend F. Fillon, prêtre du Séminaire des missions étrangères, faisant les fonctions curialed en cette paroisse de 1669 à 1679 ; il s*est noyé dans les Caps, en revenant de la Baie St-Paul, à l'âge de 50 ans, après 20 ans de sacerdoce, le 14 juin 1679. Il sauva successivement toute la canotée, mais en conduisant à terre la dernière personne, une vague lui cassa la tête sut un rocher ; une nouvelle vague le rejeta sur le rivage, mais mort. Une fille de ce» endroits du nom de Bouchard, garda son corps ense* veli dans un cercueil d'écorce de bouleau, planta une croix auprès, et enfin le transporta des Caps à Ste- Anne en le laissant flotter â la suite de son canot ; le 13 juillet suivant elle arriva à Ste*Anne avec sa précieuse dépouille, où il fut (sic) enterré le même jour. On ajoute qu 'on laissa sur lui une magnifique croix d'or; mais cette croix n'a pas été retrouvée, malgré de minutieuses recherches. La fille Bouchard obtint son entrée chez les Sœurs de la Congrégation de Montréal et devint Sœur St-Paul. C'est M. Fillon qui a présidé à la construction de l 'ancienne église ouverte au culte jusqu'en octobre 1876.
AnT. GaUvreaU tHre\
Ainsi le premier ctiré de rArige-Gardien mourut victime de son zèle et, comme il le méritait, fut inhumé dans le sanctuaire qu41 avait érigé quatre ans auparavant en l'honneur de sainte Anne. Ses ossements y reposèrent jusqu'à la démolition de l'église qui eut lieu en 1878.
- Qu'il nous soit permis, en notre qualité de curé de l'Ange-Gardien, d'exprimer ici notre regret d'avoir vu tomber ce modeste temple sous le marteau des démolisseurs. A part les souvenirs pieux dont il était rempli, à part les merveilles dont il avait été le témoin, ce temple était pour nous le plus beau monument destiné à perpétuer la mémoire du premier curé de l'Ange-Gardien. Tout ce qui rappelle le souvenir de ce prêtre modèle doit nous être cher, à nous surtout ses successeurs dans cette bonne paroisse.
Une pensée consolante se mêle cependant à ûos regrets. Elle nous est venue en parcourant l'ouvrage de Gîlmary Shea intitulé tThe Catholic\ Church in colonial days. » X'auteur donne la nomenclature des saints personnages que Dieu a fait surgir pour établir l'Eglise catholique dans l'Amérique, et il cite parmi les évêques, les Laval, les Flaget, les Brûté, les Fenwick, les Neuraann ; parmi les religieux,
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pour bâtir Mï^'^' >eaupré,
qui, par les n^ u'ont cessé
de s'y produire u .e Pégale des
sanctuaires les plus x *e la chrétienté.
Secondement, les circonstances qui ont accompagné la fin de sa vie, ne sont pas moins remarquables. Ce n'était ni l'attrait du plaisir, ni l'amour des richesses, ni l'appât des honneurs qui animaient cet humble prêtre du Séminaire de Québec, quand il rencontra la mort sur les grèves désertes des Caps. Non : il y était conduit par l'obéissance et il y mourut -victime de sa charité et de son zèle pour le -salut des âmes.
Enfin, par un concours de circonstances, peu
ordinaires, Dieu a permis que le corps de cet infatigable missionnaire reposât dans cette modeste église de Beaupré, pour y être le témoin des merveilles qui, dans les âges suivants, devaient continuellement s'y opérer par la puissante intercession de la bonne sainte Anne.
Nous terminons cette notice en disant qu'il est glorieux pour le Séminaire de Québec de compter Messire François Pillon parmi ses^ membres et que les paroisses de la côte de Beaupré ont droit d'être fières de l'avoir ea pour leur premier curé.