LITRE IX
au moment où Néel en reçut Tinvestiture.
Il ne fallait donc pas une gi^ande église puisqu'elle n^avait à contenir qu'une population que formaient uniquement la maison du fondateur et celle de ses vassaux qui étaient alors beaucoup moins nombreux qu^ils ne le devinrent dans la suite. Aussi y cette église primitive ne eon tenait-elle que l'emplacement du chœur actuel (1).
On ignore complètement combien de temps ce premier édifice a duré. Mais il pourrait se faire que Téglise qui existait à Pïéhou avant celle que nous voyons eût depuis long-tomps remplacé celle qui fut bâtie par Néel le Vicomte , car celle que nous voyons n*est pas ancienne ^ et ta première eût été trop petite pour contenir ce qu'il j avait d'habitans dans la paroisse au moment oii se sont faites lea constructions actuelles^ à moins qu^on ne suppos&t que l'édifice bâti par Néel n'e4t été précédemment augmenté.
La partie la plus ancienne de l'église
(i) Arch de réglisc de Ncbou.
128 HISTOIRE DE NEHOU.
actuelle est la chapelle méridionale de la croisée , dédiée à Si Sulpice. Sa large et courte ogive (i) , divisée par deux meneaux surmontés de nombreux compartimens de gothique flamboyant très-bien carjactérisé , ses arceaux saillans et prismatiques , tout se réunit pour faire remonter cette chapelle au XV« siècle, pendant toute la durée duquel ce genre 4'architecture fut généralement employé dans les édifices religieux , et même peut* être au commencement du XVP.
Les arceaux qui soutiennent la voûte se terniinaiexit par des figures grotesques qui étaient une conséquence naturelle des travestissemeas ridicules et des jeux auxquels on se livrait à certaines fêtes à cette époque y et dont Tusage se perpétua jusqu'au siècle suivant, malgré les efforts de
(ij On entend par ogwe un arceau qui passe sous la Toute directement ou transversalcmeut; mais ici les archéologues modernes entendent par t^ipe une fenétve dont la partie qui 8^«lèye audessus des impestes s'obtient parle moy^ de Vvbl" tersecttoQ de deux cintres*
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rÉlglise pour les empêcher. Telles étaient les fêtes des fous, de l'âne, du petit ëvéque, des cornards, et autres semblables(i).
On y voyait encore ces figures il y a quelques années; mais aujourd'hui elles n'existent plus. Fidèle observateur des rëglemens et des lois canoniques (a), M. Tabbé Quettier,curëdeNéhou, lesfîtdisparattre en 1829, au moment où il faisait à tout cet édifice les nombreuses réparations qui en ont fait Féglise la plus brillante delà contrée et qui rendront pendant long-temps témoignage de son zèle. L'amateur ne peut ks regretter, puisque ce qu'elles avaient de ridicule et d'indécent était loin d'être oompensé par ce qu'elles pouvaient offrir sous le i^apport archéologique.
Au-dessous de la grande ogive, on voit
(i) MéiD. analysé de M. Boscher , dalis les Mém: des Antiq, de Normandie. Voir là-dessus des détaikdansMoréri et dans le Bict. de Trévoux, V.w Féu , Cornard^ etc.
(^) Si qiiœ in templift imagines , me pictse,
sive sculptas minus décentes reperiantur , eas auferri omnind volmnus (Stai^ Senr, de GondiacOf Par, epiêc., ap, Synod, Paris, ann. i6id3^.
i30 HISTOIRE DE NEHOU.
dans le mur, une vaaie niche, dont le 'sommet s'élève à cinq pieds, au-dessus du pavé. Cest évidemment un lieu qui fut jadis destiné à la sépulture des fondateurs.
Outre la forme adoptée pour les tombeaux àcetteépoque(i) Pinscription qui se trouve gravée sur une espèce dWchivolte, au haut de cette niche , ne laisse aucun lieu d^en douter. On y lit, en caractères du XV^ siècle, supérieurs en dimension aux anciennes lettres onciales , les mots suivans : A Dieus les amené JfyS inchy (»)• c*est-à-dire Jésus les amène à Dieu ici. Et en effet , pour être en possession de Dieu, il faut mourir, par conséquent être mis dans le tombeau ; et c'est Jésus-Christ qui nous conduit à Dieu par la rédemption.
Au milieu de cette inscription de deux lignes se trouve un blason qui la divise
en
(i) Voy. le Mém. de M. de Caumont, sur Tarchitect. relig. du moyen âge.
(a) Les deux dernières lettres du mot amène j manquent dans l'inscription ; mais elles sont rem* placées par une abréviation qui se trouve sur k i 3.C lettre du mot. I