‹ Histoire de la paroisse de Néhou: depuis les temps les plus reculés jusqu'aChapitre 53 sur 64 · LIVRE X. iSg · texte numérisé non relu

LIVRE X. iSg

Un décret du 3.*^ concile de Latran ^ tenu sous Alexandre III , en 1179 9 ayant défendu aux religieux de desservir les églises paroissiales (1) , Fabbé de Montebourg , devenu curé primitif des églises qui lui avaient été aumônées , y commit des séculiers sous le titre de vicaire ; maïs ce décret^ ne s'étendant pas à FEglise universelle , n'eut pas aussitôt son exécution pour la cure du vassal. Ces prêtres, soit séculiers , soit réguliers , qualifiés du titre de vicaire, furent d'abord amovibles et ensuite perpétuels , jusqu'au moment où enfin ils portèrent le titre de curé. Pour lors> l'abbé de Montebourg • n'était plus considéré que comme patronprésentateui*.

Le système d'indemnité adopté par PAbbaye pour le temporel des prêtres vicairesperpétuels de Néhou ne pouvait se soutenir long- temps. Aussi voyons -nous Robert , premier vicaire-perpétuel sécur

(i) Concil. Later. III , part. 27 , apd. P. Labbaeum^t. xo.

l60 HISTOIRE DE NBHOU.

lier, commis par l'Abba je eo f 180 à la desserte de Téglise de Néhou, pour le premier titre , obtenir peu d'années après sa nomination , un temporel plus conforme aux intentions des seigneurs fondateurs. Elle lui délaisse un presbytère , des terres d'aumône, la moitié des grosses di-^ mes et toutes les menues" dîmes de sa portion , les casuels du dedans et du dehors de réglise et une rente de six quarts de froment, mesure de 22 pois ou de Néhou 0).

Sous un des successeurs de cet ecclésiastique , en 121 3, Hugues de Morville^ ëvêque de Coutances , trouvant encore ce traitement trop modique , oblige l'Abbaye à lui payer annuellement , au lieu de six quarls de froment, la tierce partie des grosses dîmes que cette Maison percevait sur le fonds du fief de Ver non, ou ancienne baronnie de Néhou (2). Ce nouvel arrangement , du reste , ne dura pas long* temps ; car nous trouvons dans le twre noir

(i) Ëxtr. du Cart. de Bfontebourg.

UYRE X* 16 i

de Coutances , rédigé sous J«an d'Essey ^ en 1 260 , lequel contient les noms des patrons , rétat des revenus et des chargea des cures , que l'Ecclésiastique chargé de desservir la cure de la première portion ,^ lequel s'appelait alors curé y ne possédait plus que la moitié des grosses dîmes. Le tii^re ^/â/ze , rédigé un siècle plus tard , dit la même chose , et évalue ce bénéfice à la somme de soixante livres : Pabbé de Montebourg et son prieur de St-Jcan-des- Bois percevaient l'autre moitié : Abbaî et suus prier de Monterotundo percipiunt aliam medielaiem. Le Curé percevait en outre toutes les menues dîmes et le casuel «. de sa portion , et avait en aumône un manoir presby téral y situé à ^extrémité orientale de la paroisse y tout près de l'ancienne collégiale : hahet maneritan presby teratus in eleemosynâ in métis suœ parochiœ. Est qucedam capella ( la collégiale ) annexa portioni ejusdem y in burgo de NigellihumOy sita ubipercipit grosso s etminoresfructusÇï)^

(i) Ejl trait du liifre blane.

^ 62 HISTOIRE DE idHOU.

Dcpujs cette époque jusqu'à la révolution I il n'y a pas eu de chaugement notable pour le temporel de cette cure.

Voilà pourquoi on l'appelait dans la paroisse cure de la petite portion ^ quoique ce fût celle-là qui fût la première et qu'elle eût été fondée par le seigneur suzerain.

On a dû remarquer que nous venons de parler de St- Jean-des-Bois , sans que nous ayons donné de détails sur cet établissement. Cétait un prieuré qui fut fondé par les seigneurs de Reviers-la- Beurrière quelques années après la consécration de l'église de l'Abbaye de Montebourg et mis sous la dépendance de cette Abbaye. Il semble que ce fût comme un dédommagement que les seigneurs donnaient à la paroisse et en même temps à leur piété , de ce qu'ils avaient en quelque sorte anéanti la Collégiale; et^ de même que celle-ci fournit des Religieux à l'Abbaye en lui donnant des revenus , l'Abbaye , à son tour , fît en quelque sorte revivre la Collégiale de Néhou en ren-

IITRE X» i63

TOjant dans cette paroisse des Religieux qui desservissent le nouveau prieuré.

Mais 9 comme son histoire y de même que celle du prieuré du Belarbre , entraverait ici notre marche et nous ôterait de Im clarté , nous la renvoyons à la fin de TOu-' Trage , oii nous dirons un mot sur les chapelles de la paroisse.

L'Abbaye de Montebourg commettant des Religieux à la desserte de la cure fondée par le premier vassal noble de la baronnie ancienne de ^éhou, usa envers ces ecclésiastiques réguliers de plus de générosité. Aussitôt après la tenue du 3^ concile de Latraii , le Religieux Vicaireperpétuel de Néhou posséda dans leur intégrité les dîmes et autres revenus atta* chés à cette portion. Le livre noir de 12 5a et le livre blanc de vers 1 34o , qui le qualifient du titre de curé.^ disent la même chose ; et ce dernier ajoute que , outre les dîmes qu'il percevait sur la terre de Re\iers-Ia-Beurrière, le curé à cette époque possédait trois vergées de terre d'aumône^ une demi-vergée sur laquelle était

i66 filSTÛIRE DE NEHOtr»

gneur-patron n'en était pas moins $eèt aux seigneurs concesseurS) ainsi qu*à leiirt hoirs f avec, toutes les franchises et les droits honorifiques > Gomme cela était conforme à Tarticle li^ de la Coutume de Normandie , àce qu'enseigne Blondeau en ses additions sur Bouchel (i) , et comme Ta jugé le Parlement de Rouen , par arrêt du lo juillet 1609, rapporté par Bouchel et par Forget. Ces droits hono* , rifîqucs des patrons consistaient à avoir la préséance et la première place dans Téglise, comme Ta jugé le Parlement de Normandie le 6 mai 1610 (a), et à marcher le premier aux processions ; à rece* voir le premier la distribution de Feau bénite et du pain bénit, les encenscmens avant tous les autres laïques, à être recommandé aux prières publiques au prône de la messe paroissiale , et enfin à être inhumé dans Tégiise.

Aprèslepaitagede Tanciei^ne baronuie

de

(1) V.o Patronage, N. 2i5.

(2) Basnage, sur Tart. i4^ de la Coût, de ITof- | tnandie.

de Nëhou €n 1383, ce fiit le baron de TAngle qui posséda ce titre et ces honp neurs , pour la première portion , comme étant propriétaire de la glèbe ^ c'est-à-dire de la baronnie de PAngle, sur laquelle Téglise est bâtie. Le droit honoraire de patronage de la seconde portion , qui ap* partenait au seigneur de Keviers^la-Beur*~ rière,fut réuni au premier entre les mains des barons de TAngle lors de l'acquisition de la pi^évôté de Reviers par ces barons»

Nous voyons qu'ils en ont joui paisible-ment et sans trouble jusqu'en i65i , que Messire de La Guiche«*St-Géran , enga«- |iste de la baronnie du Château , voulut sWroger ce titre au droit du Roi. Mais le seigneur d^Harcourt y qui était alors baron de l'Angle I lui prouva que lui seul était patron de l'église , pour les deux titres ^ comme possesseur de la glèbe , à laquelle ils avaient été attachés dans leur Origir ne (i).

(i) Factum pour le seigneur â'JIarcoiirt> 9m Aichâyes de TEf^.

i 68 HISTOIRE BB NÉHOU.

Trois cents quarante ans auparavant ^ une contestation de ce genre avait eu lieu entre Guillaume de Bruoourt et Robert de La Haye, beaux-fi^ères, et barons de Nëhou 9 comme ayant épousé l'un Jeanne et i*autre Mathilde de Yernon , fiMBS du dernier seigneur de cette illustre famille.

Ce ne fut pas au sujet des droits honorifiques de réglise de Néhou , mais nous en parlons parce qu'il s'agit de droits prétendus à cause de Fancienne seigneurie de cette paroisse et des libéralités de ses seigneurs. Il s'agissait, dans ce procès, de savoir auquel des deux seigneurs appartenaient le droit de garder la poi'te de Tabbaye de Montebonrg, lorsqu'il n'y avait plus d'abbé , et les prérogatives attachées à ce droit, dont la principale était d'être regardé comme descendant et représentant du fondateur de Tabbaye. La Contestation fut portée aux assises de Valognes^ devant le bailli du Cotentin , It samedi coniinu ^bi jeudi après la fite Ste Luce , Fierge , Van i3i i • On appela pour arbitres Goûllaume Bertrand , seigneur

Page 1