LE COUVENT
Cette institution, dirigée par les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, est à quelques pas seulement de l’église. Le cours d'études comprend les langues française et anglaise, la musique (piano), les ouvrages de goût, et tout particulièrement les ouvrages utiles, comme tricots, couture, etc, et los Sœurs
omine; tout a verdure et du Créateur.
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tiennent avec beaucoup de raison à ce que leurs élèves excellent dans ce genre d’études. Nous avons déjà trop de ces maisons d'éducation où l’on sacrifie l’utile à l’agréable, pour ne pas recommander aux parents de la campagne un couvent dont les maîtresses mettent l'aiguille à côté du piano, et ne dévoient pas l'esprit de nos jeunos filles en leur donnant une éducation toute d'agrément. On enseigne aussi le dessin linéaire avec beaucoup de succès.
Cette maison d'éducation, qui n’aspire à rien de plus qu'au titre de Couvent de paroisse, n'a que deux années d'existence sous la direstion des filles de la Sœur Bourgeoys, quoiqu'elle ait été érigée en 187%. On pourra avoir une idée approximative de l’appréciation qu'ont faite Saint-Augustin et les paroisses environnantes de ectte institution naissante, en disant que, l’année dornière, c’est-à-dire à la deuxième anhéo d’enseignement, elle a été fréquentée par 63 élèves.
L'examen de cette année a été fait par M. le euré et plusieurs amis de l'éducation. Les résultats n’ont purs fait mentir la bonne réputation que possèdent
es Religieuses de Notre-Dame de la Congrégation
artout où elles sont établies. Une preuve à l'appui o cette assertion se trouve dans le fait que M, le Surintendant Ouimet a accordé, cette année, par l'entremise de M. le curé, la médaille d’or, symbole du mérite et du succès Mlle Virginie Cantin, de la paroisse, a remporté cette grande marque de distinction.
Le système d'éducation est doux et ferme à la fois ; c’est-à-dire que les Dames du couvent ne négligent rien pour obtenir des élèves une NU auras soutenue et pour assurer leurs progrès dans la science et la vertu.
Un autre point qui recommande ce couvent à l’attention ‘des parents, c'est la condition hygiénique dans laquelle il se trouve. Les agréments et la salubrité du site sont remarquables, En face, jardin bien cultivé, avec promenades au milieu des fleurs. Au bout du
jardin, un espace pavé où les élèves peuvent prendre leurs ébats loin de tout regard indiscret. Un filet d’eau, qui va se jeter dans l'étang du presbytère, coule à quelques pas et fait entendre son gai murmure sur les cailloux de son lit, Dans un des coins de ce petit Eden, il y a une grotte de Notre-Dame de Lourdes adossée à celle du cimetière dont j'ai parlé déjà et en tout semblable à celle-ci. C’est dans ce coin vénéré que se trouve, après l'hygiène du corps, la prière, qui est l'hygiène de l'âme. :
Je erains de dire une chose inutile en ajoutant que cetto maison est tenue avec la plus rigoureuse propreté, depuis lé rez-de-chaussée jusqu'au 4me étage renfermant les dortoirs, hauts et bien aérés.
La rentrée, cette année, se fera le premier de septembre.
Le prix de l'éducation dans les deux langues et de la pension est à La portée de toutes les bourses: il n’est que de $5 par mois, ou $50 pour les 10 mois scolaires,
Je manquerais à un des devoirs du chroniqueur fidèle si je ne disais pas ici que ie couvent de Saint-Augustin est encore une œuvre de M. le curé Pilote, qui n’a pas craint de se mettre sur les épaules, pour cette construction, une dette de plusiours milliers de piastres, qu’il achève d'éteindre. “ Aux grands cœurs les mains vides,” est un axiome encore plus vrai que celui qui dit: ‘“ Aux Innocents les mains pleines.” Il n’y a pas d'apparence, du moins, que M, Pilote reçoive, parmi ses paroïssiens actuels, l’ingratitude en récompense de ses sacrifices. L’ingratitude, cette monnaie si fréquente parmi les, hommes, est la fille de l'intérêt et de la vanité et le vice d’un petit esprit, a dit un auteur ; mais des hommes de la trempe de M. Pilote se consolent facilement d’avoir fait des ingrats, parce qu'ils n’ont travaillé que pour la gloire de Dieu et l'avantage de leur pays.
Lors de la construction du souvent de Saint-Angustin, les paroissiens se sont unis à leur curé et lui ont aidé largement, généreusement, au moyen de corvées velontaires. Cette démarche leur fait honneur.
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MONSIEUR LE QURÉ.
Un mot de ce prêtre qui arrive à ses 50 ans de sacerdoce, ne sera pas de trop, certainement, dans cette correspondance.
À chacun son goût, et, pour moi, M. Pilote est le beau type de nos curés de campagne. Il a pour lui l'humilité de son état, l'esprit fin et observateur de l’homme lettré.
Au cœur de ce prêtre, on trouve l’amour du pays et du prochain, porté jusqu'à l’abnégation ct le désintéressement complet, Il est l’ami du bien, du beau et des œuvres utiles, et l'ennemi déclaré de tout ce qui pourrait corrompre les âmes que Dieu lui a confiées. En retour, il à le cœur de ses paroissiens qui l’aiment et le respectent comme on aime et respecte un bon père ; et il est aimé parce qu’il aime lui-même avec toute sa grande âme ; de sorte que l’on peut dire qu'il est encore plus grand par leeœur que par l'intelligence, toute grande et belle que soit celle-ci.
M. Pilote arrivait à Saint-Augustin en 1870, dans l'année même où il quittait à regret le coliége de Sainte-Anne de la Pocatière, institution par lui tant aimée. A son arrivée ici, il y à 14 ans, les habitants négligeaient la culture de leurs terres ; les préjugés contre les innovations avaient fait prévaloir la routine. À force de persévérance, M. Pilote put faire comprendre à ses paroissions que l'assainissement de leurs terres bassos était une amélioration indispensable. Le curé, dans ses travaux agricoles, était généreusement soutenu 1 alter ego, M. Amable Blanchet, dont j'ai déjà parlé.
On se mit donc à assainir, à cultiver en dehors le lornière de la routine, et quel a été le résultat ?,.. Aujourd’hui, dans cette grande paroisse de Saiat- Augustin, où l’on vit en entier de l’agriculture, # n'y a pas une seule personne que l’on puisse appeler pauvre, et tous vivent dans une aisance relative.
Un autre fait digne de re marque c'est que pas un : seul enfant de ceite paroisse n’a été mettre au bénéfice
360 SOUVENIRS, LÉGENDES, ETO.
des Américains sa santé, son énergie, ses talents, Ces braves habitants travaillent, mais leur travail estpour oux et leurs enfants : ils ne connaissent point ce que c’est que d'être valets ou ‘“ valtreux ”’ dans les filatures empestées des Yankées ; ils ont conservé lour langue intacte ; leur croyance est demeurée inébranlable loin de la souillure des villes et du souffle impur de lirréligion ; ils sont indépendants sur leurs terres arrosées des sueurs de leurs ancêtres ; ils sont plus heureux que des rois, et que voulez-vous de plus sous le ciel de notro beau pays ?
. Il est de rigueur que nous jugions de l’arbre par son fruit, Partant de ce principe, je dirai au lecteur : Allez dans la paroisse de Saint-Augustin ; examine, voyez commu y sont bien cultivées les terres ; admirezy ces résiderces qui ont toute une apparence de propreté et d'aisance ; voyez encore la ferveur de ces gens aux offices religieux, leur courtoisie, leur urbanité sans raideur les uns envers les autres ; renseignez-vous surtout sur les mœurs de ces compatriotes qui ne connaissent ni les dangers de l’'émigration ni le ridicule de la ‘ singerie anglaise ; ” voyez tout cela, dis-je, et vous aurez une idée de la valeur de l'artisan, de l'arbre
rincipal de cette paroisse, de son père spirituel, M.
rançois Pilote.
Un ouvrier habile possède de bons outils. Cetto vérité s'applique au moral comme aux choses matérielles. Pour travailler comme il l'entendait dans la vigne du seigneur, il fallait au curé, déjècourbé sous le poids de l’âge, un ouvrier suivant le cœur de Dieu, M. Pilote’ l’a trouvé, cet homme précieux, dans la personne de M. l'abbé Thiboutot. Jeune, dévoué, aimé déjà des paroissieas, plein d’égards pour son aîné, gai, bon causeur : telles sont les qualités du vicaire de M. Pilote.
M. Thiboutot est le fils d’un camarade au collége de Sainte-Anne, devenu cultivateur dans cette paroisse où il a vu le jour, ;
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Je ne puis clore ces remarques sn là paroïsse de Saint-Augüstin sans dire quelques mots du député do Portneuf, M. J.-D. Brousseau, lo frère de M. Léger Brotssean, l'éditeur du jeurnal “ Le Courrier du Canada.”
M. le député Brousseau passe deux mois de l'été à Saint-Augustin avec sa famille. Sa résidence, à 20 arpents en haut de l’église, est un véritable nid de verdure, à cette saison de l’année, Comme on se sent bien dans ce coin de campagne canadienne, loin du bruit de la ville et de son atmosphère si corrompue ! La simplicité de la vio champêtre a quelque chose qui touche, a dit Jean-Jacques Rousseau, et c’est bien vrai.
Du balcon du châlet, un bijou du genre, le regard peut orrer sur le fleuve et sur les campagnes qu'il arroso et fertilise, Cet endroit invite 4 la méditation et porte le cœur vers Dieu, l’auteur de ces beautés naturelles.
Dans le bocage avoisinant la demeure, on a pratiqué des promenades abritées par un dôme de rameaux sur lesquels les oiseaux font entendre leurs chants d'amour. FI y a là une Lalançoire, différentes espèces de jeux et
. un demi-jo"- -""#" 46 impénétrable aux rayons du soleil.
À quoi . : as plus loin, se trouve une ‘ érablière ” avec sa Cabune à sucre de rigueur, Ily a là 300 érables qui rapportent fidèlement chacune sa livre de sucre, sans compter ce qui va aux ‘“ croquettes, ” à la ‘‘ trempette ” et au sirop.
* En un mot, c’est un site enchanteur qui devrait porter à son frontispice ces deux vers de Villemain : Tous les soins sont bannis des demeures champêtres, On y vit sans sujets, mais on y vit sans maîtres.
À l'extrémité du bocage, au nord et à une trentaine de pieds du chemin public, l'enfant de Mario aime à aller s'agenouil'er au pied d’une statue, grandeur naturelle, de la Reine du Ciel tenant dans ses bras l'Enfant Jésus.
L'idée de l'érection do cette statue ost venue à M.