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CHAPITRE XVII

Les peintres secondaires du XVIIe siècle.

ENGLEBERT FISEN.

Ce peintre est né à Liège , en 1655. Il était fils de Jean Fisen et de Jeanne Herck.

Lorsqu’il eut terminé ses humanités , ses parents, ayant reconnu chez leur fils de grandes dispositions au dessin, le mirent en apprentissage auprès de Bertholet Flémalle. Après avoir vaincu chez ce maître les premières difficultés de fart, il partit pour l’Italie en 1671. Arrivé à Rome, le jeune Fisen fréquenta l’atelier de Cari Maratte, étudia avec assiduité et se pénétra de la manière et du style de ce maître.

Il revint à Liège au mois de mai 1679 ; bientôt il eut à faire de nombreux portraits et quelques tableaux pour les amateurs. Le premier tableau de quelque importance par lequel il se fit connaître dans sa ville natale fut un Cruci-

fiement , qu’il peignit en 1680 pour la chapelle de l’Hôtel-de- Ville.

A partir de ce moment, ses succès allèrent croissant. On lui demanda des tableaux pour un grand nombre d’églises de la ville de Liège , pour les chapelles des couvents et des châteaux de la principauté. Son application au travail et l’extrême facilité de son pinceau lui permirent de répondre rapidement aux commandes qu’il recevait de toutes parts.

Quoique les travaux de Fisen aient subi le sort de ceux de ses confrères, c’est-à-dire que beaucoup d’entre eux ont été détruits ou sont dispersés loin du pays de l’artiste, il a cependant laissé un moyen de constater son activité. Après son retour à Liège, Englebert Fisen a tenu un registre contenant la date des naissances , des décès et des événements relatifs à l’état-civil de sa famille; dans ce registre, il a aussi inscrit, année par année, la liste des peintures exécutées par lui, et l’on comprendra combien était grande sa facilité en constatant que, de l’année 1679 à l’année 1729, Fisen n’a pas peint moins de 653 tableaux et portraits. Dans le nombre de ses tableaux il en est de très-considérables.

Voici sur les travaux de Fisen quelques indications copiées de ce registre : ( î )

« Le dernier jour de iulet 1687 , j’ay faict marché avec S. A. S. cardinal de Furstemberg d’une tapisserie pour le château de Modave pour six cens escus. »

1684 « pour la Madeleine le tableau du Mre Autelle. »

1692 « le portrait de la comtesse Tilly. »

1694 « mon portrait avec celui de ma femme et de mon fils. »

1696 « S1 Benoît brise l’idolle pour S1 Jacques. »

1700 « la copie du S‘ Jacques de Douffet. »

1701 « 2 petites copies du même tableau. »

(î) Le manuscrit original de ce registre appartient à M. le docteur Ilurault, qui a bien voulu nous permettre d’en extraire les renseignements dont nous avions besoin pour la biographie de Fisen. Il est à regretter qu’une main inconnue ait biffé l’indication du prix que l’artiste a reçu de chacune de ses peintures.

1705 « Notre Seigneur descendu de la croix pour les malades incurables avec le portrait de Mons. Surlet. »

On voit, par ces indications, que Fisen a fait plusieurs copies du seul tableau important de Douffet resté à Liège , et que l’une de ses premières compositions originales est le tableau du maître-autel de l’église Ste-Madeleine , représentant le Christ en Croix, la Sle- Vierge , S^-Madeleine et S^-Jean. Si l’église a été démolie, le tableau a été conservé, un peu détérioré à la vérité et recoupé sur les côtés ; il est placé au-dessus de l’autel de la basse nef ( côté de l’évangile ) , à l’église Sl-Barthélemy, à Liège. Le tableau du maître-autel de cette église est également dû au pinceau de Fisen ; c’est une toile de très-grande dimension, représentant le Martyre du Saint-Apôtre auquel l’église est dédiée. (Y. nos recherches sur l’œuvre du peintre. ) Le tableau du maître-autel de l’église collégiale d’Amay , représentant la Descente de la Croix , est également l’une des bonnes productions du maître.

Il se trouve encore des peintures de Fisen dans les églises de S'-Martin , où il a exécuté une série de sujets dans la chapelle du Sl-Sacrement; à Ste-Veronique ; il y en avait d’importantes à SuJacques , et qui ont été emportées par les commissaires de la république française. La chapelle de l’hospice des Femmes Incurables, à Liège, a conservé audessus de son autel le tableau exécuté en 1705. Comme nous venons de le voir, c’est une Descente de la Croix. Le fondateur de l’hospice, de Surlet, y est représenté en armure au pied de la croix. Cette composition, où les figures sont en dessous de la grandeur naturelle , est d’une couleur harmonieuse , d’un dessin correct et d’un pinceau plus achevé que ne le sont généralement les œuvres du même artiste. Il est à regretter que les dimensions exagérées du tabernacle , qui cache cette toile dans sa partie inférieure, et le mauvais jour de la chapelle , ne permettent guère d’en apprécier le mérite.

Fisen était dessinateur habile ; il peignait largement , mais malheureusement il était pénétré du style des maîtres italiens de la décadence au milieu desquels il avait passé sa jeunesse.

Il habitait une maison près de l’église Stc-Croix, au tournant SuHubert. Englebert Fisen était fort honnête homme , et sa conduite exemplaire lui concilia l’estime de ses contemporains. Il était lié d’amitié avec le sculpteur Delcour , et sa récréation favorite était une promenade avec cet artiste , avec lequel il prenait plaisir à s’entretenir de l’art. Fisen, d’ailleurs , était charitable , bon et obligeant pour ses confrères. En 1692 , le 15 janvier , il épousa Catherine Campo , sa cousine ; après son mariage , il vécut entièrement de la vie de famille , et presque tous ses enfants entrèrent en religion. L’un de ses fils, Herman-Joseph, bénéficiaire de la collégiale Ste-Croix, étudia plusieurs années à Rome et devint général des Croisiers ; un autre de ses fils entra également dans les ordres , fit de la peinture en amateur , et hérita de la collection d’études de son père ; plus tard , il laissa à son tour tout ce qu’il possédait à l’hôpital des Incurables; à son décès , les tableaux et dessins de son père furent vendus publiquement.

Englebert Fisen mourut, accablé d’infirmités, à Liège, dans la paroisse SuHubert, le 15 avril 1733 (î). Il a formé plusieurs élèves , parmi lesquels Edmond Plumier est celui qui s’est acquis le plus de réputation.

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