LA FAMILLE DES COCKLERS
Il a existé plusieurs générations de peintres dans cette famille. Le plus connu des artistes de ce nom est Jean- Baptiste Coclers, fils de Philippe Coclers et de Madeleine Loos, né à Liège en 1692.
Il apprit le dessin de son père, et, à l’âge de dix-sept ans, il partit pour Rome, où, pendant seize ans, il étudia sous Sébastien Conca, peintre très-célèbre alors, qui jouissait de la protection particulière du pape Clément XI , et ensuite sous le chevalier Marc Benefial , non moins renommé que ne l’était Conca.
Pendant un séjour aussi prolongé à Rome, Coclers était presque devenu romain. Il vivait et travaillait en commun avec le paysagiste et architecte Jean-Gérôme Servandoni, qui s’est acquis plus tard une grande notoriété en France par l’ordonnance de fêtes et par la construction de la façade
de l’église SLSulpice, à Paris. Plus tard, notre peintre épousa une romaine qui lui donna un grand nombre d’enfants.
Quelque nombreux que fussent les liens qui l’attachaient à Rome , il voulut cependant retourner dans sa patrie, et , en 1732, il s’embarqua avec toute sa famille. A Marseille , sa compagne tomba malade et elle y mourut. Sans doute il régnait alors une épidémie dans cette ville , car tous les enfants suivirent leur mère au tombeau. Après avoir éprouvé ces malheurs , Coclers partit pour son pays natal ; mais , ayant rencontré à Beaune des marchands de vin du pays de Liège , ceux-ci l’engagèrent à se joindre à eux pour faire le voyage. L’artiste cependant ne put les accompagner, étant à bout de ressources. Ayant fait part à ses compatriotes de la position dans laquelle il se trouvait, ceux-ci le recommandèrent à un aubergiste du nom de Bertrand , qui consentit à l’héberger, en attendant une situation plus favorable. Cet aubergiste avait une fille dont les sentiments compatissants étaient à la hauteur de ceux de son père, et qui , en outre , était douée d’une beauté dont l’éclat donnait un charme particulier à l’hospitalité dont le peintre était l’objet. Coclers fut captivé, se décida à renouer les liens du mariage, et revint à Liège avec sa seconde femme.
Bevenu au pays natal , ses amis lui procurèrent du travail et surtout des portraits , cette ressource providentielle du peintre en détresse. Coclers fit donc des portraits, et, entre autres, celui du prince Georges-Louis de Berghe , qu’il eut le bonheur de réussir et par lequel il établit sa réputation. Dès ce moment, les commandes vinrent en grand nombre : portraits, tableaux d’église, décorations d’appartement dites tapisseries, il traita avec succès ces genres divers. En 1744, ses talents lui procurèrent les titres de conseiller honoraire des États du pays de Liège et de peintre particulier du prince Jean-Théodore de Bavière.
Il eut de sa seconde femme encore une famille nombreuse ; cinq de ses fils s’adonnèrent à la carrière des arts et devinrent ses élèves. Coclers fit école , et la plupart des peintres qui , dans la seconde moitié du XVIIIe siècle , ont exercé leur art à Liège , en ont reçu de lui les premières
notions. Le chevalier de Fassin, Martin Aubée, François Dubois, Léonard Defrance , Jean Latour et beaucoup d’autres furent élèves de Goclers.
Il a beaucoup produit ; brossant avec facilité de grandes toiles, peignant des portraits, Coclers travaillait énergiquement encore à un âge fort avancé, et jusqu’au jour même de sa mort, pour entretenir honorablement une famille nombreuse; il mourut aimé d’un cercle étendu d’amis, et très-regretté des amateurs, le 23 mai 1772, à l’âge1 de quatre-vingts ans.