INDICATIONS ET RECHERCHES SUR LES TRAVAUX DE PLUMIER
Le Martyre de Ste-Catherine. — Au centre de la composition , la sainte , debout sur un échafaud , porte le regard vers le ciel, où apparaissent un grand nombre d!anges entre les nuages, tenant la croix, des palmes, etc.; l’un d’entre eux lance la foudre sur la roue, l’instrument du supplice préparé pour la vierge chrétienne, ainsi que sur la troupe nombreuse de bourreaux qui l’entoure. Au premier plan, plusieurs de ces derniers tombent, roulant sous l’échafaud et sur les roues de l’instrument de torture.
A gauche de la sainte, on remarque un philosophe tenant un livre , et qui a sans doute voulu présider au supplice ; il est saisi d’épouvante à la vue du prodige qui vient délivrer la victime. Dans le fond , on aperçoit des guerriers armés et la riche colonnade d’un temple, au milieu duquel se trouve l’idole à laquelle Ste-Catherine a refusé de sacrifier.
Cette vaste page, où les figures sont de grandeur naturelle, est l’œuvre la plus importante que nous connaissions du peintre. Elle est d’une couleur vigoureuse, chaude dans les lumières, transparente dans les ombres, peinte avec ampleur et sûreté. La tête de la sainte est très-jolie, mais d’une expression mondaine. La composition est pleine d’entrain et de mouvement, trop tapageuse cependant et comprise dans le goût décoratif des peintres vénitiens.
La peinture a souffert assez notablement, de sorte qu’il est assez difficile de juger de l’harmonie primitive, beaucoup de parties d’ombre ayant perdu de leur limpidité. Le tableau est signé et probablement daté; le tabernacle qui couvre la partie inférieure de la toile ne nous a pas permis de nous assurer de cette dernière particularité.
Toile: H., 6,30. L. , 3,40.
(Église Ste-Catherine, à Liège; tableau du maître-autel.)
La Descente de la Croix. — Au centre de la composition, le corps du Sauveur est descendu de l’instrument de la passion par plusieurs hommes robustes, dont les chairs jaunes et cuivrées contrastent vivement avec la blancheur du corps du Christ. A droite du tableau, la vierge Marie est couchée sur le sol , entourée des saintes femmes, suivant du regard le divin supplicié. Du côté opposé à ce groupe, sainte Madeleine, aux formes athlétiques et les cheveux épars, tient le vase à parfums.
Ce tableau est d’une couleur assez vigoureuse, plus brillante que vraie; les oppositions sont un peu heurtées, et, malgré la brosse large et facile de Plumier, que l’on y retrouve avec toutes ses qualités, l’ensemble est inférieur au tableau précédent. Les figures sont de grandeur naturelle.
Cette toile, qui a subi des retouches, est dans un état déplorable. Elle est signée Plumier invi et p. 1718.
Toile: H., 4,34. L., 2,33.
(Église St-Remacle, à Liège; tableau du maître-autel.)
Allégorie peinte sur une cheminée en mémoire de l’élection comme bourgmestre de la ville de Liège du seigneur Michel- Joseph de Grady de Groenendael.
Cette composition , disposée dans le goût recherché du temps , manque de clarté et n’est pas facile à déchiffrer. Au centre de la toile, un personnage masculin, vêtu à l’antique, d’un costume assez fantastique, représente, sans aucun doute, le seigneur de Grady lui-même. Il tient de chaque main une couronne de lauriers, dont il pose l’une sur la tête d’une figure de femme qui lui offre deux clefs , et qui représente la ville de Liège , et l’autre sur la tête d'une autre femme qui se trouve de l’autre côté de la composition, un peu à l’ombre, et qui, appuyée sur une urne, représente probablement la Meuse. Au-dessus du seigneur bourgmestre apparaît une sorte de divinité (peut-être l’artiste a-t-il voulu représenter Clio , la muse de l’histoire?), qui relie par une faveur rose la main du bourgmestre à celle de la figure qui personnifie la ville de Liège.
Au-dessus de la figure représentant la Meuse se voit le perron liégeois, sur le socle duquel on lit l’inscription commémorative de l’élection des deux bourgmestres élus en 1725 : Walthère de Liverloo et M. J. de Grady. Elle est terminée par la date de cette élection.
Cette toile est peinte avec assurance et ampleur ; le coloris , un peu rouge dans les carnations, n’est pas mauvais. Le dessin
dénote un artiste initié à la partie savante de son art. La toile est signée au bas : Plumier. Elle est dans un bon état de conservation.
(Orne la cheminée d’une maison rue Féronstrée, à Liège, appartenant àM. l’avoué Constant, et qui appartenait autrefois au bourgmestre de Grady.)