RÉSUMÉ
Ce genre n'était pas cependant tout à fait inconnu à Home. Du temps même de Raphaël, Van Orley, et bientôt après lui Van Oost, élève du Tintorcf, l'y avaient pratiqué. Tous deux le portèrent en Flandre, où il fit de rapides progrè.s. Parmi leurs élèves étaient Matthieu et Paul Bril, qui vinrent à Ron)e comme le faisaient presque tous les peintres en Europe. Matthieu, par ses ouvrages au Vatican et à Sainte-Marie-Majeure, donna au paysage une importance qu'il n'avait pas encore eue, et son frère cadet, Paul, le perfectionna par la fraîcheur de son coloris, le choix des sujets et son style.
G*est encore à l'école de Venise que les Carraclie, fondateurs de l'école bolonaise, empruntent la science du paysagiste. Annibal, celui d'entre eux qui a le plus fait en ce genre, se trouve à Rome en même temps que Paul Bril ; tout en indiquant à celuici une manière plus large, il réforme aussi la sienne ; il envisage sous un Jour plus vrai la peinture du paysage, et, tout en conservant le style élevé qui caractérise l'école bolonaise, il se rapproche de la nature, que Bril, à son tour, traduisait trop littéralement.
Parmi les artistes do l'école des Garrache, le Dominiquin, l'Âlbane et les deux Mola se distinguent comme paysagistes, le Dominiquin surtout, qui contribua puissamment aux progrès du paysage, en embellissant ses sujets de figures hi8toriques, et plus encore en se rapprochant beaucoup de l'imitation de la nature, sans jamais lui sacrifier l'élégance ni la noble simplicité de ses compositions.
Ainsi, au commencement du dix-septième siècle, en Italie, c'est l'école bolonaise qui, par le nombre de ses paysagistes et l'excellence de leurs œuvres, cultive avec le plus de succès ce nouveau genre en lui donnant le caractère élevé qui est désigné sous le nom de paysage historique. L'école flamande, nombreuse à Rome, suit la voie que Elzhcimer et les deux Bril lui avaient tracée. Pœlenburg et Brcughel dit Velours en sont les principaux maîtres; elle s'attache à l'imitation exacte de la nature ; eile cherche exclusivement la vérité.
C'est au moment où ces deux systèmes, fort opposés l'un à l'autre, se développent, que paraît Nicolas Poussin. Dès son début, il atteint la perfection dans le paysage historique en combi. nant les deux manières, et place ce genre au second rang dans la hiérarchie des diverses branches de Tart.
SS4 Dl fltSlOb.
Claude Lorrain yb beaucoup plua loin que Poussin dans le coJorii, el, sans se rapprotlier plu» ([ue tui de l'étole natui-aliite, il donne k la représentation de la nature un charme et une valeur qu'elle n'a Jamais dépassés.
Tandis que la France s'enorguelllîl de la répiilation d'ariisles, françaU II est vrai, mais dont le talent s'était formé et se développait en Italie, la Hollande devenait une pépinière de peintres, dont la renommée devait bientôt, tinon réllpser, du moins égaler celle de l'école romaine. Quelques eCTorta Infructueux avalent été tenté»! Florence, à Gènes et en Allemagne; le passage ne s'acclimatait pas dans ces pajs.
Pergëvërant dans cette double voie qu'il suivait en llalie et en Hollande, le paysage historique a pour maître Nicolas Poussin ; le paysage naluralinle prend pour modèle Winaatz, Ce second genre commence à se sulMlIviser en plusieurs brandies ; les pastorales de Stella, les fêles de village de l'éniers, les scènes d'intérieur, les animaui, les fruits et les (leurs.
Aulrefois on avait vu les grands maîtres embrasser non-seulement toutes les branches d'un art, mais plusieurs arts. Raphaël, Michel-Ange, Jules Domain et tant d'autres, étaient à la fois peintres, architectes, statuaires, sans parler des connaissances spéciales qu'ils possédaient dans les sciences ou dans les lettres. Léomird de Vinci, nous l'avons vu, était, selon l'eipresslon moderne, un homme encyclopédique.
Mais plus nous avanQons, plus nous voyons au contraire se rétrécir le domaine que cultive chaque artiste. Claude Lorrain ne savait pas peindre la ligure, et, bientôt après lui, tel autre artiste ne favalt peindre ni la ligure ni les animaux { tel qui excellait à faire un ciel ne pouvait pas peindre un ai bre ou représenter un ruisseau. D'artistes, dans te sens le plus général du mot, les peintres devinrent des hommes spéciauv; de là ces associations de deux ou trois peintres pour faire un tableauj de là ces séparations de genre qui eussent bien étonné l'école romaine dans ses beaux Jours. Comme Raphaël aurait haussé l'épaule si on lui eût proposé de peindre pour lui ce lion que l'Amour conduit en laisse 1 ! Sneyders n'eût pas Tait mieux, et pourtant Raphaël ne se donnait pas pour peintre d'anltnami. Que Benvenuto Celllnl eût ri de bon c<£ur si on lui eût offert de faire dessiner par un
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aiitre les sujets qu'il devait ciseler ! La division du travail a fait des merveilles dans l'industrie ; dans les arts, il n'en est pas ainsi.
Vers le milieu du dix-septième siècle, le paysage continua à prendre plus d'importance. En Hollande et en Flandre, à côté de Wynantz et de Téniers, on voit paraître Cuyp, Ostade, Booth et Asselyn ; ces deux derniers, sans s'écarter de la vérité, profitent de leurs études à Rome pour ennoblir leur style.
Gaspard Poussin et Salvator Kosa soutiennent l'école romaine, non pas à la hauteur où Nicolas Poussin et Claude Lorrain l'ont portée, mais à un degré de mérite inconnu avant ces deux grands maîtres. Le Guaspre retrace des lieux dont l'aspect, tour à tour riant ou solitaire, touche le cœur et l'émeut agréablement ; moins savant que Nicolas, moins brillant que le Lorrain, il satisfait le goût et la raison. Salvator Rosa, génie audacieux et bizarre, n'ambitionne point de plaire ; il aspire à étonner, à subjuguer, à épouvanter.
La France commence à se former une école. Sébastien Bourdon, de retour de Rome, peint le paysage avec succès. Original dans ses compositions, il est trop étranger à l'étude de la nature; il peint de convention, mais avec talent.
Pierre Patel imite Claude Lorrain; ses paysages ont de l'élégance, de la fraîcheur ; mais ce ne sont h\ que des essais.
C'est la Hollande, c'est la Flandre, qui l'emportent sur tontes les écoles. La décadence de l'école romaine est complète ; l'Italie ne compte plus en ce genre qu'un seul artiste digne d'être cité, Canaletto. La France, dont le goût a été dépravé par la régence de Louis XV, ne voit plus que les bergeries de Vatteau, qui valent, au point de vue de l'art, ce que valent dans la littérature les bergeries de madame Deshoulières ou celles de Florian.
L'école hollandaise voit successivement les clairs de lune de Vander-Neer ; les chasses de Wouwermans, ses combats de cavalerie; les troupeaux de Berghem ; les animaux de PauUPotter ; les marines de Backuysen, de Van den Velde ; les places pu" bliques de Heyden ; les pâturages d'Adrien Van den Velde, de Karel du Jardin ; les forêts et les chutes d'eau d'Everdingen, «de Ruysdaël, d'Hobbéma. Et combien d'autres artistes, sans avoir, comme ces derniers, créé chacun un genre spécial dans les scènes familières de la nature, contribuent néanmoins à la célébrité de cette école : W^eenix, Becker, Moucheron, Van Hagen, Van Oost, Sneyders et beaucoup d'autres, tous compatriotes et contempo-
356 VU FirSlflE.
raltu. Ce gont, hprëi Nicolas Poussin et Claude Lorniin, les plus briUanta modèles ilu paysagiste. Le milieu do dii-aepllème siiVIc. est l'époque où le paysage a atteint Sun plus Ijaut degré de perfection, comme I5 commencement du goiilème l'a été pour la peinture de haut style.
Immédiatement après on entre dnns la période de dêcsdenee. Il y a bien encore des orti^teâ d'un ineonlestoble mérite, mais l'originalltë leur maniiuL'; ils ne coniinneut pas l'impulsion que leurs prédécesseurs ont donnée k l'ari, ils la reçoivent j ils imitent, et l'on sait k quoi alioullt l'imitation : t la médiocrité.
Quand le dernier paysagiste hollandais. Van Huysum — né en IG90, — ïinl au monde, Wynanlz, Wouwermana, Paul Poller, Van den Velde, Karel du Jardin, Ruyadaël, étaient toue descendus dans la tombe.
L'Italie avait égaiement à déplorer la perte de N. Poussin, du Guaspre, de Salvator Kosa ; Claude Lorrain les avait suivis de bien près, et avec lui le paysage histori([ue avait perdu son rter-
La culture des arts était beaucoup plus ancienne à Naples qu'à Rome; les beaux-arts dans Tantiquité avaient acquis un développement plus complet dans la Grande-Grèce et la Sicile que dans tout le reste de Tllalie ; ce qu'on y a retrouvé d'anciens monuments, de vases, de mosaïques, surpasse en nombre tout ce qui a été découvert ailleurs. L'origine de cette école remonte donc jusqu'aux Grecs ; on prétend même que le dessin s'était perfectionné à Naples et en Sicile longtemps avant de l'être à Athènes.
Mais, si dans l'antiquité, et même jusqu'au douzième siècle, Naples fut supérieure à tout le reste de l'Italie dans la culture des beaux-arts, elle perdit cette prééminence à dater de la Renaissance, et, une fois l'art arrivé à sa perfection au seizième siècle, le mérite de l'école napolitaine ne fut plus qu'un mérite d'emprunt; les artistes éminents que leur naissance classerait dans l'école napolitaine appartiennent de fait, par leurs ouvrages et par leur séjour hors de leur patrie, à d'autres écoles. D'un autre côté, les artistes qui ont le plus illustré Naples par leurs travaux, Giotto, le Caravaggio, Lanfranc, Guido Reni, Annibal Carrachc, TEspagnolet, le Dominiquin, sont tous étrangers à cette ville, où ils n'ont séjourné qu'accidentellement.
Ainsi l'éclat de Técole napolitaine est un éclat d'emprunt, ou, pour mieux dire, il n'y a pas d'école napolitaine, en ce sens qu'il n'y a pas eu une doctrine, un système sanctionné par un nom illustre, adopté par un certain nombre d'artistes et constituant ainsi un style original, comme cela est arrivé à Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Correggio et le Titien ; plus tard, à Nicolas Poussin, Claude Lorrain et les Carrache : l'histoire de Técole na-
m ÉCOLE IIB HAPLES.
politaioc ii'viit, k vrai dire, que la liiograjiliic do quelques peintres célèbres, souvent en opposUioD directe tes ans avec les autres sur les théories de l'art, romme l'ont été Annïbal Carrache et Mlchel-ADge Cnrnvaggjo.
Le premier monument àe l'art à l'époque de ta Renaissance, Naples le dut à un peintre étranger, A Ginlto. C'étaient les fresques de l'église de Sa In le Claire, qu'il peignit, en I3!â, dana toute la maturllé de son talent, il la demande de Robert II, troieiËms roi de la ligne d'Anjou, quand Jeanne I'° de N'aplea, la Marie Stuart de l'Italie, dont plus tard Giolto Qt le portrait, était une enfant de bnlt ou neuf ans. Ces fresques étalent une des œuvres capilalea de Glotto et l'un des monuments les plus intéressante de llûstoire de l'art i malheureusement, au commencement du siècle dernier, l'abbesse de Sainte-Claire s'imagina que l'église était trop sombre et que ses splendeurs gagneraient beaucoup A avoir an peu plus de lumière ; elle &t recouvrir de blatic les murailles, qu'assombrissaient les fresques de Giotio, et l'on vit beaucoup plus clair, du moment qu'il n'y eut plus rien à voir. Il n'est resté de ces peintures qu'une ligure de Madone. Tous les autres ouvrages que Glotto Ht i Naples ont également disparu, sauf k l'Incoroiiata.
Le Florentin Giotio avait Introduit à.Naples le style de la Henaissance, le Pérugin y fut le précurseur de l'art moderne. Il peignit dans la cathédrale une Assomption de la Vierge, qu'on y voit encore, et qui servit longtemps de modèle aux artistes napolitains.
Parmi ceux-ci, 11 y eut des hommes de talent ; mais aucun ne s'est élevé bien haut. Il y a dans le caraclère national une fougue, une verve, très-favorables sans doule au goût des beaux-arts, mais écuells dangereux dans la pratique, car rien n'est moins sympathique è celte ardeur que l'étude sérieuse et approfondie.
Le Zingaro est le seul peintre napolitain digne d'être nommé dans ce quinzième siècle si riche en lalenls, surtout en lalenls fruclueux, en véritable science, en esprit progressif. Sa vie trèsromantique a de singuliers rapports avec celle de Qulntln Metils, l'auteur du célèbre tableau des Avares (fhe Misers), qui est à Windsor ' : comme lui, il était forgeron et devint amoureux de la nile d'un peintre ; comme lui, Il se lit peintre pour obtenir ta
1 Qu'on ferdilmiem de nommer te» Usaritn.
main de sa belle ; et, pour que rien ne manquât au roman, on dit que la reine de Naples intervint, den ex machina^ pour couronner la fidélité du Zingaro revenu dans son pays, riche et célèbre, après dix années d'exil^ de travaux et d'épreuves. Le Zingaro a laissé un grand nombre de peintures, dont le style original a reçu d'après lui le nom de zingaresque.
Au moment où il mourut, Antonello de Messine, flls et petit-flls de peintres, rapportait en Italie le secret de la peinture à Thuile. C'est à Naples qu'il avait vu, en 1442 ou 1443 ^, à la cour de Robert, le tableau que Van Eyck venait d'envoyer au roi : Il était aussitôt parti pour la Flandre pour découvrir le secret de ce merveilleux procédé ; on se rappelle qu'à son passage à Venise, lors de son retour, il l'avait communiqué à son ami Domenico, lequel, à son tour, en fit part au Florentin Andréa del Castagne, et que celui-ci assassina Domenico pour rester seul possesseur du secret.
Vers le milieu du seizième siècle, après que la peinture eut pris son plus grand, son plus beau développement, non-seulement à Rome, mais à Florence, à Venise, à Mantoue, à Vérone, à Ferrare, à Milan, à Parme, partout où il y avait une école, celle de Naples offrit moins d'originalité que les autres, mais non moins d'éclat ; elle reproduisit les principales qualités des meilleures écoles, selon que ses artistes rapportaient dans leur patrie le style des maîtres étrangers sous lesquels ils avaient été se perfectionner, ou que le roi, les seigneurs et les corporations religieuses appelaient à Naples les meilleurs peintres de l'Italie.
A cette époque, comme aux temps de Giotto et du Pérugin, c'est encore l'influence étrangère qui domine dans l'école napolitaine. Grâce à quelques-uns des élèves de Raphaël, auxquels vinrent se joindre, vers le milieu du siècle, des imitateurs de Michel-Ange, Naples fut une des premières villes à profiter des progrès que les travaux au Vatican et à la chapelle Sixtine avaient fait faire à la peinture. Polydore et Penni (il Fattore), ces deux artistes si distingués parmi les nombreux collaborateurs de Raphaël, chassés de Rome par les désastres qui dispersèrent l'école dans toute l'Italie, se réfugièrent, le premier, en Sicile, à Messine, où il fonda une école ; le second, à Naples, où il mourut l'année
1 Évidemment Lanzi fait erreur en disant 1440, puisque le tableau pouj^ le roi de Naples ne fut fait qu'en 1442.
iCO ÉCOLE DE HIFLBS.
salTOnte {\hK). QucIqDe court qu'ait été son té\oar à >'aple!i, In peinture ea ressentit vivement l'innuenco.
Pennl avait apporté avec lui une copie de la Trnnsfiguraii'iti. un parfait fat-similfl de l'original; cet Immorte! chef-d'œuvre terril aliul d^ module aux peintres napolitains <.
Au commence ment du dli-aeptième siéde, co n'était plus do Uichel-Ange, de Raphaël et du Tillen que s'inspiraient tes beaui-arls k f\\ip\es, mais du Tinloret et du Caravaggio; commencement de déeadenee, si l'un compare le Tinloret et le CaraTa'gglo il leurs préd^eesseura, mais époque brillante encore par rapport à lu génération ipii suivit.
Le Ciravaggio avait fait il Naplea un séjour dont je dirai tout i l'heure quelques mots. Son iol!uence y fut toute-puissante. L'école napolitaine était ricbe d'invention, mais trop Ignorante du dessin et trop peu versée dans les hautes connaissances de l'art, pour s'élever i la hauteur do l'école de Rome ou de Florence. La plupart de ses peintres s'adonnèrent eiclusivement à l'imitation de la nature; ï l'e^mple du Caravaggio,iU prirent leurs modèles chet le peuple, cherchant le pittoresque plulût que le beau, s'atlacliant h rendre avec vérité l'expression des physionomies, mais sans choi>: et jamais avec celle pureté de goût, cette élévation de pensée si admirables chez Raphaël, qui, lui aussi, ne faisait cependant rien que d'après nature.
L'école napolitaine a varié dans ses principes quant au coloris ; sous ce rapport, le Carava^io était un des plusgrands maîtres, non-seulement parmi ses contemporains, mais aussi entre tous ses prédécesseurs. ,
Presque en même temps que le Caravaggio, Annilal Carrache était venu à Naples; de sorte que les trois grandes écoles qui florissaient alors, celle de Venise, celle de Bologne, et le naluralUme du Carataggio qui s'introduisait partout, curent à la fois des représentants à Naples. Ces trois styles furent adoptés par les trois peintres les plus accrédités : Corenilo, Rlbera et Caracciolo.
Ribera seul, plus connu sous le nom de V E.'paynolet , mérite d'être mentionné comme artiste ; mais la ligue que formèrent ces trois peintres, les violences inouïes qu'ils commirent sur leurs
ï^ < Celle copie avait élé tiile pour Fnnçïisl»'-; mais PenBi la vïoiljl à
rivaux, ne permettent pas de passer les deux autres sous silence. Pendant qu'ils florissaient, le Guide, le Dominiquin et Lanfranc, vinrent à Naples et y formèrent quelques élèves.
Le temps qui s'écoula de Gorenzio à Giordano est l'époque la plus brillante dans Thistoire de l'école napolitaine, et aussi la plus funeste, si l'on considère d'un côté le nombre des artistes distingués et leurs productions, de l'autre, les intrigues méprisables, les actions abominables qui la signalèrent. J'emprunte sur ce sujet quelques détails à lady Morgan; les faits qu'elle raconte sont exacts, et elle les a groupés d'une manière intéressante.
Dans la première moitié du dix-septième siècle, le style de Pécole napolitaine était purement celui du Garavaggio ; l'influence de cet homme brutal et colérique, comme l'appelle l'historien Bellori (ttômo intrattabile ebrutale), provenait de l'affaiblissement de l'école qui l'avait précédé; il fallait, pour relever l'art, un style nouveau, énergique, un coloris puissant, capable de fasciner les regards, en un mot, ce contraste vif entre ce qui est et ce qui va être qui éveille l'imagination. La peinture du Garavaggio offrait tout cela; elle devait d'autant plus séduire les peintres napolitains, qu'ils étaient plus enclins à la vulgarité inhérente à ce système, dont le fond est l'imitation exacte, mais sans choix, du sujet : la vérité et Texpression aux dépens de la beauté.
Le Garavaggio était venu à Naples — 1605 ou 1606 —, fuyant de Rome pour se soustraire aux conséquences d'un homicide ; il ne se défit pas en route de ses violentes passions, et ses succès à Naples, la haute position que lui donnèrent ses talents, enflammèrent encore l'orgueil et l'irascibilité de cet homme, d'autant plus ombrageux, qu'il était parti déplus bas et n'avait reçu aucune éducation.
G'était un duelliste de profession, ou plutôt un spadassin ; mais, loin de lui faire du tort auprès des artistes napolitains, ce lui fut un élément de succès de plus.
Le Garavaggio se rendit à Malte ; il y fut créé chevalier, et, à la suite d'une nouvelle querelle dans laquelle il blessa grièvement son adversaire, il fut jeté en prison. Après s'être échappé de son cachot, il revint à Naples. Ce second séjour fut très-court. A peine arrivé, le Garavaggio se prit de querelle avec des militaires dans un cabaret; le sang coula, lui-même fut blessé
ÎBÎ ÉCIU.F DK MriRS.
et obligé de 9e sauvrr ilana une felooqae, qui mit aussUAt II la
voile, et le ili'lmrqun ù Purio Kreole, sur ks fronllèrea de b
Se$ ÉlèTCÂ nupDllIains prirent, arec son style, ses msnières et aa nceun, et iiomme lui se eervirent du poignard aussi facllemeotquedu pinceau.
D bllut, bon %ré, mat gré, applaudir â leurs ouvrages; malheur k qui iti trillqualt, et surtout meilleur i l'artlsle étranger qui accotait des commandes i Naples] Les artistes napolilains formèrent une troupe de vériieldes bandits, donl les Irais peintres qne je viens de nommer, (Loreniio, Ribera et Caracclolo, furent les chefs: Corenïîo était Grec; Caracciolo, Piapolituiiii Uibern, Espagnol, d'où lui est veuu le surnom à'Eipugnolet.
Ribera (ou Rlbeira) est un des plus grands artistes du dix-septième siècle 1 on voit de lui, dans la chapelle royale i Naples, le Uarlyre de saint Janvier; c'est une uiagniaque peinture; mais, comme ai les mauvaises passiona el les mœurs brutales de ses asaocléa, anssl bien que les siennes, avalent indue jusque sur le choii de ses sujets, il se complut à représenter tout ce que l'imaglnatloD peut suggérer de plus hideux et de plus eruel.
La partialité nationale du vice-rnl espagnol qui gouvernail le royaume de Naples distingua bientiït l'Espagnolet entre tous les autres artistes, auxquels, Il faut le dire, il était grandement supérieur ; Ribera fut nommé peintre de la cour, comblé d'honneurs, richement rétribué, et II se trouva ainsi placé à la télé de sa profession, exerçant une sorte de suprématie sur tous les peintres, pins encore par son crédit que par ses talents.
Une si brillante position, due surtout à la faveur, eicitait l'inquiétude de Ribera, qui voyait dans tout artiste délaient un rival aspirant i le supplanter.
Son esprit jaloux se communiquant à tous ceux qui s'étaient attachés à son sort, il en résulta que bientât ces artistes formèrent une sorte de ligue otTensIve contre quiconque n'élait pas des leurs. Tous les moyens. Jusqu'à l'assassinat, leur furent bons. Corenzio fut le membre le plus actif de celle association.
C'était un artiste de quelque habileté, astucieux, fin, ne reculant pas plus devant le crime que devant la honte, et pas asseï supérieur dans son art pour ne point redouter la concurrence. Il fut l'exécuteur des sinistres complots de Ribera. Ce que le peintre de la COUT, devenu un grand personnage, n'aurait pu faire lui-
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même, Ck>renzio le faisait pour lui. 11 fut son alter ego, ou, pour me servir d'une locution populaire et singulièrement à propos ici, Il fut son âme damnée,
Ribera voulait chasser de Naples tous les hommes à talent qui ne sortaient pas de son école ou ne le reconnaissaient pas pour chef. Soutenu par son crédit auprès du vice-roi et par ses élèves, spadassins prêts à tout entreprendre pour la cause commune, il donna pleine carrière à ses mauvaises passions.
L'exécution des ouvrages publics, les tableaux d'autel et la décoration des églises, étaient Tobjet de la plus haute aq^ition des peintres; outre le profit, c'était le plus sûr moyen de s'illustrer; or, à l'époque dont nous parlons, il y avait à Naples de très- grands travaux en ce genre, commencés ou prêts à l'être. Les grandes églises du Spirito Santo et du Gesù Nuovo et le chœur de la Chartreuse devaient être décorés de peintures ; mais l'entreprise la plus vivement convoitée, et qui échappait à l'influence de la cabale, c'était la chapelle royale du Diwmo, Saint-Janvier, l'église populaire, l'objet de la vénération nationale.
Annibal Garrache avait été appelé à Naples pour faire les fresques des églises de Spirito Santo et de Gesù Nuovo. Annibal Garrache était alors la plus grande illustration parmi ses contemporains; la voix publique Tavait désigné pour une oeuvre qui touchait à l'honneur national; tout le peuple napolitain se passionnait pour ses travaux; mais la cabale était puissante; les intrigues, les persécutions, les violences de Ribera et de ses acolytes l'emportèrent: Annibal Garrache fut abreuvé de dégoûts; le dédain et l'injustice que lui témoignèrent les artistes et les membres de la fabrique le décidèrent à quitter Naples ; il y était arrivé malade de chagrin du traitement qu'il avait reçu du cardinal Farnèse, celui qu'il éprouva à Naples l'acheva : à peine de retour à Rome, il y mourut, en 1609.
Le chevalier d'Arpino fut chargé des travaux de la chapelle royale ; mais il était encore bien loin d'avoir terminé les premières fresques lorsqu'il fut forcé de prendre la fuite pour échapper aux violences dont il était journellement menacé.
Guido Reni, élève d'Annibal Garrache, fut nommé pour remplacer d'Arpino. Peu de jours après son arrivée, deux inconnus rouèrent de coups son valet et lui firent dire par cet infortuné que, s'il ne repartait sur-le-champ, il n'avait qu'à se préparer à mourir. Guido partit.
Sgi ÉCOLi; DE NAPLES.
Son élève Gesal eut le courage d'écrire de Kome puur dcmaDder ûe contlDuer les travaux qui avaient été conûés à son maili'ei on acrepta son offre, el il arriva à N^plea, aceompagné de deux «rtistcs qui devaient lui servir d'aides. Un jour, ceui-ci, se promenant sur le port avec des gens dont iU avalent fait la coDuatssance ta veille d'une uianlère fort agréaltle, furent Invités par eux B visiter une galère qui venait de Jeter l'ancre à l'entrée de la rade. Cet te, politesse fut aeceptëeavec plaisir; on se rendit abord, et aus9ilâL la galère do nietire à la vnile; jamais on ne l'a revue; jamais on n'est parvenu â découvrir ce que devinrent les deux maUieureuK arlialea. Gessl comprit ie sort qu'on lui préparait: il retourna à Rome.
hei eavalici-iilepulafi.e'èlaH le titre de^ administrateurs delà fabrique, se tinrent pour vaincus ; ta cabale l'enipoi lait de baule main ; ils donnèrent l'entreprise au formidable triumvirat. Corenzïo etCaracclolo eurent les fresques, Ribera les grands tableaux d'autel. Hais bientôt la [alblesse des deux premiers fut si évidente, par la comparaison de leur travail avec celui des grands artistes qui avalent commencé l'iBuvre, que la voix publique, trop unanime pour être comprimée par la cabale, exigea le renvoi de Coi-enjtlo et de Caracciolo. Les administrateurs firent effacer les fresques, et appelèrent i Nuples le Dominiquin, le plus grand peintre vivant, 0 comme le seul capable — ce sont les termes de leur lettre — d'accomplir une œuvre qui devait répondre à la piété d'un peuple dévot et lionorer la muniQcence et le bon goût d'un ordre religieux opulent, c En effet, les administrateurs fixèrent un prix extrêmement généreux pour le travail du Dominiquin : cent ducats pour une Hgure entière, cinquante pour une demi-flgure, vingtcinq pour chaque tête, prix inouïs à cette époque.
Malgré des olfres si brillantes, le Dominiquin accepta avec répugnance — IG39. Il se rendltà Naptee avec la résIgnaUon d'un martyr ; le triste pressentiment qui accablait son esprit ne le préparait que trop aux épreuves qu'il allait subir. Placé sousla protection spéciale des membres de la [aliriquc, logé dans le palaia archiépiscopal, adjacentà l'église, le premier Jour après son arrivée à Naples, Il trouva, en rentrant chez lui, dans la serrure de sa porte, unbllletison adresse dans lequel on lui déclarait que, s'il ne reparlait à l'Instant pour Rome, jamais 11 n'y retournerait vivant.
Al'instanl leDomlniquinse rend au palais du vice-roli demande