‹ Histoire de la peinture et de la sculpture a MalinesChapitre 10 sur 11 · Item. H. 2 v. 8 d · texte numérisé non relu

Item. H. 2 v. 8 d

Nous possédons un calepin ayant appartenu à L. van der Meulen. Le sculpteur a réuni dans ce livret diverses esquisses et projets de sculptures; l'inspection de ces croquis nous confirme dans l'opinion que nous avions déjà et suivant laquelle nous pensions que l’artiste éprouvait souvent des difficultés pour agencer et mettre en

rapport les diverses ornementations dont ils se proposait d’user dans ses œuvres.

Toutes les pièces qui précèdent furent acquises par l’abbaye de Saint-Adrien à Grammont. Après la suppression des ordres religieux, elles furent éparpillées : quatre d’entre elles partirent pour l’Angleterre, c’étaient des cadres. Les autres demeurèrent la propriété de MM. de Rudder et Ducaju à Gand.

Pour la description de ces œuvres nous renvoyons encore à l’article du Messager des sciences historiques . Cette revue donne la reproduction de deux cadres , gravés par M Ch. Onghena. On retrouve les mêmes planches dans Y Album biographique. M. Pierets de Croonenburg avait également un cadre surmonté d’un aigle , d’une disposition pareille à celui que grava M. Ongliena. Lors de la vente de cet amateur, M. de Rudder se rendit encore , au prix de 700 francs, acquéreur de cet objet, qui fut alors lithographié par A J. van den Eynde, 1838, à Malines.

L’auteur de l’article du Messager semble croire qu’une partie des œuvres qu’acheta l’abbaye de Grammont avait été exécutée pour Philippe Y, et que ce furent les événements politiques qui mirent notre patrie sous la domination autrichienne en 1713, qui empêchèrent qu’elles pussent être livrées à leur royal destinataire.

François Langliemans

Le 18 mars 1661 fut baptisé à Saint-Rombaut François Langhemans, fils de François et de Sara Sloots Cet enfant, notre futur sculpteur, épousa plus tard, le 13 juin 1686 dans la paroisse métropolitaine, Marie Zegliers; celle-ci mourut le 6 décembre 1690, lui laissant deux enfants en bas âge, Jean-François et Marie-Suzanne, alors à peine âgée d’un an. Le 18 juillet 1691, Langhemans contracta une nouvelle union dans la même paroisse avec Marie-Cécile de Wille, née le 13 mars 1675 de Simon et de Jeanne Weyndrickx. Marie- Cécile de AVille était orpheline lorsque le sculpteur rechercha sa main ; mais comme elle était encore mineure, son tuteur jugea bon de refuser le consentement au mariage projeté. Les jeunes gens se voyant dans l’impossibilité de vaincre les résistances du tuteur, résolurent de se soustraire à son autorité ; Marie-Cécile pria donc son fiancé de la conduire à Anvers à la maison des lépreux, où elle descendit, tandis que François reçut l’hospitalité dans la même ville chez un de ses parents nommé Desprez. La disparition des amoureux ne resta pas longtemps secrète, on en connut les circonstances, le fait fut dénoncé et poursuivi du chef de rapt par le conseiller fiscal du Grand- Conseil ; de son côté , l’official de l’archevêché résolut également de poursuivre l’affaire. Bref,

Manuscrits de Smeyers, de Bruyne. etc.

après une instruction assez longue les deux futurs obtinrent l’autorisation de s’unir en mariage.

Les registres de la chambre pupillaire nous apprennent que la jeune épouse se livra aussitôt après son mariage au commerce de la dentelle de Malines. Ces sources nous disent que dans l’intérêt des mineurs issus du premier lit de Langhemans, il fut dressé un inventaire de ses biens; dans cet état figure la demeure de l’artiste, située aux Tuileries, à côté de la maison des Bateliers, et portant l’enseigne : Saint -Christophe . Les objets d’ateliers consistant en tableaux, marbres, pierres, modèles, dessins, plâtres, etc., furent évalués à 1579 florins par Jacques Smeyers et par Hubert de Kael 1 . Comme on le voit par cette énumération succinte et par le chiffre élevé de l’évaluation, la collection de Langhemans était déjà assez importante; dans la suite, elle le devint encore davantage, lorsqu’il y ajouta les nombreuses pièces qu’il acquit à la mortuaire de Luc Fay d’herbe, où il acheta le 26 avril 1698 pour 768 florins 19 sous d’objets. Langhemans ne connaissait pas la valeur de l’argent ; il achetait sans avoir égard à ses ressources et si bien qu’il finit par être criblé de dettes. Le nerf de la guerre , qui est aussi celui des ménages, faisant défaut , il en résulta des tiraillements domestiques, des querelles, de fréquentes difficultés entre mari et femme , enfin mille reproches qui aboutirent à un divorce. Nous avons rencontré

1 Chambre pupillaire, 10 janvier 1691; 12 janvier 1692.

diverses pièces, datées des années 1701, 1702 et 1703, relatives au partage des biens des époux séparés.

A la suite de ces désagréments , Langhemans s’expatria; il parcourut l’Allemagne, puis revint à Malines, où il fut inscrit parmi les membres du serment de l’arquebuse le 12 octobre 1713. Il mourut dans sa ville natale vers 1720.

François Langhemans commença sa carrière artistique sous la direction de Luc Fayd’herbe à Malines. Après avoir étudié pendant quelque temps sous cette direction habile, il alla travailler en Angleterre, où il se rendit en compagnie de Jean van der Steen. Ce dernier fut obligé de quitter Londres à cause de certaines difficultés qu'il y éprouva, mais Langhemans y prolongea encore son séjour. A son retour il fut revêtu de la franche-maîtrise de la gilde malinoise de Saint-Luc; dont il devint doyen en 1682. Sa signature apparaît sur deux requêtes du métier datées l'une du 4 mars 1702, l'autre de 1679.

Le 30 janvier 1698 l’autorité communale de Malines lui accorda, à raison de son art, la franchise des droits de bière forte, qu’il avait postulée par requête du 30 décembre 1697.

Nous avons vu qu’après son divorce le sculpteur partit pour l’Allemagne ; ce voyage lui réussit, car il fut honoré du titre de sculpteur ordinaire de rélecteur-palatin Jean -Guillaume. Il laissa plusieurs de ses productions à Dusseldorf et dans l’abbaye de Sybourg, diocèse de Cologne .

En Belgique ses œuvres sont assez nombreuses ;

outre celles dont il dota l’abbaye norbertine de Grimbergh, on en trouve de sa main à Bruxelles et à Malines.

A Bruxelles, Langhemans plaça dans l’église de Sainte-Gudule le mausolée en marbre noir et blanc de Pierre Roose , président du Conseil privé, décédé en 1673. Le portrait de ce seigneur est reproduit en haut relief sur la tombe, dans un médaillon soutenu par deux génies de marbre ; deux autres génies soutiennent également le blason du défunt. Ce monument est gravé dans le Théâtre sacré de Brabant, t. I, p. 203. Cette tombe présente un ensemble de figures agréables , bien que l’on puisse reprocher aux génies de marbre des formes un peu grêles et trop allongées.

L’église métropolitaine de Malines renferme de notre maître une médiocre statue de Sainte- Marie-Madeleine, en pierre de France; elle fut placée le 12 mai 1701, en commémoration des frères van den Zype; une statue de Saint- Liber t , également en pierre de France, don d’Aimé de Coriache. En 1699, Langhemans décora de figures l’autel de la Sainte- Vierge qui occupe le transept nord de l’église. Le plan de cet édicule est de Jean van der Steen, lequel plaça un autel à peu près semblable dans le transept opposé. Langhemans entreprit le 29 juillet 1698, à rai son de 4400 florins, l’exécution de l’autel, sans comprendre dans l’adjudication les piliers de marbre dont la fourniture était à charge de la fabrique. La frise du monument est ornée de

rinceaux et de six médaillons portant les bustes de saints personnages. Sur le sommet de l’autel se trouve la Sainte Vierge assise, ayant l'Enfant Jésus à ses côtés. Celui-ci tient en main l’instrument futur de sa passion. Deux anges, munis de trompettes, sont posés de part et d’autre du groupe principal; ces dernières ligures sont peutêtre les meilleurs ouvrages de notre sculpteur; elles dénotent une facilité que l’on 11e retrouve guère dans les autres productions qu’il a laissées dans cette église.

Il est l’auteur de la statue de Saint-Antoine de Padoue , qui décore l’autel de ce thaumaturge à l’église de Sainte-Catherine , et qui autrefois était vénérée dans l’église des Recollets à Malines. L’image de Saint- Laurent , placée près du chœur à Sainte-Catherine, avait été entreprise par le statuaire en 1718, mais il en confia l’exécution à un de ses élèves, nommé Piérard, de Lyon. Cette statue est sans mérite. Il contribua également à l’exécution de quelques parties sculpturales du maître-autel à Notre-Dame au-delà de la Dyle.

Le grand séminaire lui commanda une statue en pierre de Saint-Michel , patron de l’institution. Cette figure a été placée, dans le principe, audessus de la porte d’entrée du bâtiment.

La ville de Malines favorisa notre statuaire et lui confia maints travaux : en 1709-10, il reçut 145 florins pour avoir exécuté une tête de géant et quelques sceptres pour les maures qui figuraient dans l’ Ommegang . En 1714-15, il toucha une somme de 60 florins pour une statue du bon

larron, saint Disme, qui fut placée sur le pont de la Fontaine. Ce paiement couvrait le prix de l’œuvre d’art, de son placement, de la peinture et de la ferraille qui y fut employée. Dans le courant de la même année lui furent payés 808 florins 16 sous pour une cheminée de marbre, avec encadrement de glace et de trumeau, destinée à l’iiôtel-de-ville. L’année suivante (1715-16) il contribua à la sculpture des portes et des boiseries d’un des salons de l’hôtel-de-ville, et de ce chef il eut 107 florins. A cette époque, le sculpteur compta 21 florins à la ville pour deux voyages qu’il avait faits à Bruxelles, afin de s’y occuper du présent que la cité voulait offrir au nouvel archevêque, Thomas-Philippe d’Alsace; il demanda 23 florins 2 sous pour la sculpture de la corniche du dais sous lequel devait être placé le portrait de l’empereur Charles YI. Enfin, il exécuta en 1718, à raison de 240 florins, la statue assise de Neptune, qui surmonte actuellement la pompe monumentale dressée sur le marché au bétail. Cette œuvre, d’un aspect satisfaisant, est une des meilleures productions de Langhemans 1 .

Le sculpteur F. Langhemans s’occupait également d’architecture ; diverses constructions existantes encore à Malines peuvent donner une idée de son talent architectonique : les bâtiments qu’il éleva ne se distinguent par aucun trait caractéristique, mais ils sont gracieux et bien compris.

1 Voir Inventaire historique des tableaux et des sculptures se trouvant à Malines (1869), p. 303.

C’est lui qui, depuis le 24 mars 1714 jusqu’au 17 août 1715, fournit, à raison de 228 florins, les plans des maisons élevées à la Grand’Place, depuis la Coupe jusqu’à la demeure inclusivement Suyker-huys, au coin du marché aux Souliers; le modèle de la maison faisant l’angle de la G-rand’Place et de la rue des Taches, ainsi que le plan de modification et de modernisation de la façade de l’hôtel-de-ville. En 1716-17, il travailla avec ses ouvriers à la façade du palais du Grand- Conseil , ce qui lui valut 22 florins 18 sous h Le 23 octobre 1714, Langhemans conclut un accord avec le prévôt de Leliendael, Grégoire de la Bastita, agissant au nom de son monastère. En vertu de cette convention , le statuaire s’engageait à exécuter une statue de Saint- Norbert en pierre, pour être placée dans la façade de l’église claustrale ; l’image devait être taillée de trois morceaux, elle devait avoir une hauteur de neuf pieds et une plinte de sept pouces : le tout en conformité du modèle approuvé. L’ostensoir que le saint devait avoir en main serait en cuivre doré, ainsi que la branche d’olivier et la crosse. Le sculpteur était tenu de mettre l’image en place pour les Pâques en 1715. Le couvent se chargerait des frais d’échafaudage et paierait la somme de 100 ducatons, plus une gratification d’une pistole si l’ouvrage était conforme au projet déposé. La maquette dûment achevée de la statue deviendrait la propriété du prieuré .

Comptes de Malines. Voir aux années respectives,

Parmi les œuvres perdues de Langhemans, nous citerons l’autel principal de l’église des Pauvres-Claires à Malines et le tabernacle qu’il s’engagea par contrat du 15 juillet 1706 à placer dans l’ancienne église de Saint-Pierre. L’artiste donna à ce petit monument la forme d’un autel, haut de 20 à 21 pieds non compris le dais. Il promit d’y mettre une statue du Sauveur, haute de 5 l/2 pieds, en bois de tilleul ; le tout à raison de 600 florins, à solder en trois termes.

Jean van der Steen.

Le sculpteur et statuaire Jean van der Steen, ou aussi van den Steen , vint au monde à Malines vers 1635. Il se fit admettre en qualité d’élève dans la maison du sculpteur Antoine Bauens dit Bayens , le 29 décembre 1646 ; lorsqu’il était âgé de dix-neuf ans en 1653, il était apprenti à Malines chez Rombaut Pauli, puis il continua son éducation artistique à Anvers sous la direction d’Artus Quellyn le jeune. Bien que ses goûts le portassent à l’étude de l’art, son esprit de piété le poussa à embrasser l’état religieux. Il prit l’habit de novice au couvent des Jésuites à Malines ; après quelque temps d’épreuve il quitta cet établissement pour rentrer dans le monde ;

1 Bericht van Mechelen, 1783, p. 80. Notes de Smeyers, de Maeyere et de de Bruyne.

mais ensuite , de nouveau incertain de sa vocation , il pria le recteur des Jésuites de Malines de vouloir lui permettre de recommencer un second noviciat. Toutefois, ayant fait un court séjour au couvent, il le quitta enfin définitivement.

A la suite de ces tergiversations, van der Steen sentit que sa position devenait embarrassante dans sa ville natale, et il se rendit en Angleterre en compagnie de François Langhemans , sculpteur comme lui.

Nos deux Malinois travaillèrent pendant quelque temps à Londres ; mais bientôt on apprit par des indiscrétions que van der Steen avait appartenu à l’ordre des Jésuites , alors trèssuspecté en Angleterre; de ce cfief, notre artiste allait être arrêté , mais averti en temps il regagna les rives de sa patrie. Son compagnon tomba entre les mains de la justice et ne fut relaxé par elle que lorsqu’il eut prouvé qu’il n’avait à sa charge aucun des griefs imputés à son ami.

Rentré à Malines , van der Steen y devint franc-maître sculpteur en 1670. J. van der Steen fut un des promoteurs, en 1684, du projet d’ériger à Malines une académie des beaux-arts1. Il mourut célibataire dans sa ville natale au commencement du XVIIIe siècle. Il y avait formé un élève nommé De la Haye.

La ville de Malines fournit plusieurs artistes

1 La peinture et la sculpture à Malines, t. I, pp. 52 et 53.

du nom de van der Steen ; parmi ceux-ci elle compta Gaspar van der Steen, lequel ayant étudié à Anvers , devint maître à Malines le 13 juillet 1666.

Philippe van der Steen, époux d’Élisabeth de Hondt1, signa la requête des associés de Saint-Luc en 1679; il figure dans les comptes communaux de 1633-34, comme ayant reçu, en juillet 1633, vi livres pour plusieurs têtes' démoniaques qu’il avait sculptées à l’occasion de VOmmegang .

Les œuvres de Jean van der Steen sont nombreuses à Malines. En 1672, il exécuta pour l’église métropolitaine de Saint-Rombaut la clôture du chœur, que Luc Fayd’herbe s’était refusé de placer pour ne pas compromettre l’effet de son maître-autel. Cette grande entreprise comprenait, en outre, l’exécution des deux autels placés sous le jubé. Les portiques qui se trouvent actuellement au bas des nefs latérales dans cette église, sont deux fragments de l’œuvre de van der Steen ; ils prirent leurs places actuelles en 1810. Leur ordonnance est simple et se compose de deux colonnes ioniques de marbre blanc, sur lesquelles s’étend une frise décorée d’instruments musicaux. Le rideau simulé, qui ferme une partie de la baie , n’est pas de notre artiste.

Le 21 juillet 1698, il entreprit pour la nation des maçons l’érection de l’autel dit aujourd’hui de Sainte- Anne , au prix de 4,400 florins; les piliers

Adhéritances , 5 décembre 1671.

de marbre blanc n’étaient compris dans cette somme. Sur la frise de cet autel qui présente la forme d’un portique, sont reproduits les outils de la profession des bâtisseurs. Un groupe de Sainte - Anne, ayant à sa droite la Sainte-Vierge debout et sur son genou l’Enfant Jésus, couronne le monument. Un petit chérubin apporte à Marie un sceptre, tandis que de part et d’autre du groupe un génie tient un cartouche et une trompette. Le Saint-Esprit entouré de rayons , couronne le tout. Deux anges , appuyés sur les extrémités du fronton , prennent leur essort ; l’un porte une branche d’olivier, l’antre une cassolette.

Si les statues de van der Steen ont un caractère de maigreur et de gêne très-prononcé, et si ses draperies n’ont aucune élégance; ses dessins architectoniques et ses plans sont pins heureux, comme on peut particulièrement le voir dans l’église du Grand-Béguinage à Malines. Il plaça dans ce temple le portail principal , construit en 1671 eii marbres noir et blanc. Deux colonnes en marbre blanc soutiennent un frontispice de marbre noir, sur lequel se détache le buste de Saint- Pierre en marbre blanc ; aux extrémités de l’entablement s’élèvent deux torchères. A la naissance du cintre formant le tympan de la porte , sont placées deux têtes angéliques. Les battants de la porte même portent des médaillons en bois de chêne.

Aux deux côtés de cette porte se trouvent un ange maintenant une coquille en forme de bénitier. Ces génies, grandeur nature, sont debouts

et exécutés d’un marbre blanc des plus purs. C’est surtout à cause de la beauté de la matière que ces deux pièces furent désignées, sous la république, pour être transportées au Louvre. Malgré les attributions diverses dont ces statues ont été les objets, il est aisé de voir qu’elles sont de la main de van der Steen.

Le maître-autel de cette église est également de l’ordonnance de notre artiste. Ce monument, érigé en 1671, est construit en marbre noir, relevé de décorations en pierre et en marbre blanc, mais les figures sculptées de la Sainte-Vierge et de l’Enfant Jésus sont de Luc F ay d’herbe. L’on ponrrrait cependant admettre que les deux statues de Saint- Alexis et de Sainte-Catherine , posées près des côtés latéraux de l’autel , sont de van der Steen.

Le sculpteur malinois travailla également pour le dehors, car il acheva en 1685 le tabernacle placé dans le chœur de l’église de Saint-Nicolas à Gand, édicule dont Jacques Pieters avait entrepris l’exécution en 1683 b

Les sculpteurs secondaires du XVII* siècle.

PiOmbaut Vekstappen, statuaire et sculpteur, franc-maître depuis 1626, eut pour gloire principale d’avoir été le maître de deux artistes

1 Kervyn de Volkaersbeke. Les Églises de Gand, t. II, pp. 178,

distingués, Rombaut Pauwels dit Pauli et Rombaut Verliulst. Il naquit à Matines de Jean Verstappen. Le 6 novembre 1618, il épousa dans l’église métropolitaine Jacqueline Waemers; devenu veuf, il se remaria dans le même temple, le 20 mai 1626, avec Marie de Gorttere. Il décéda dans sa ville natale le 18 juillet 1636, dans sa maison les Trois Fontaines, située sur la Grand’Place entre les enseignes le Porc et le Paon. Il laissa son épouse veuve avec trois filles, dont l’aînée avait dix ans en 1640.

Nous voyons par un état, dressé en chambre pupillaire à Malines le 15 mars 1640, que ce sculpteur avait fourni des statues aux églises de Linter (près Tirlemont), de Ramsdonck, de Berlaer et de Cappelen-au-Bois, et qu'il avait exécuté un crucifix pour S1' Jean de Hondt. Ne connaissant point ses œuvres, nous ne pouvons apprécier ni sa manière ni son talent.

Il avait un frère, Jean, qui fut tuteur de ses filles. Marie de Gorttere convola en secondes noces à Saint-Rombaut, le 14 mars 1637, avec le peintre François de Wilde.

En 1633-34, les comptes communaux mentionnent un payement de vi livres fait à R. Verstappen, qui avait exécuté la couronne en bois sculpté qui fut déposée sur le catafalque lors des obsèques de S. A. Isabelle, à Saint-Rombaut.

Nous rencontrons fréquemment le nom de De Dryver parmi les peintres et les sculpteurs malinois : outre les coloristes dont nous avons déjà

parlé et outre l’éminent sculpteur Rombaut de Dry ver, qui florissait au XVIe siècle, nous signalerons encore les personnages suivants, issus de la même souclie et travaillant au ciseau ; malheureusement leurs œuvres ne sont pas parvenues jusqu’à nous.

Jean de Dryver, sculpteur, fils du peintre Remi et de Pétronille Wabbels, naquit à Malines le 21 janvier 1628. Il était trésorier de la gilde de Saint-Luc en 1674 et 1681 ; il était doyen de cette jurande en 1675, 1679, 1681, 1683, 1685, 1687, 1689.

Jean de Dryver avait épousé Catherine Franckart; de son union provint un fils, Remi, qui devint peintre '.

Le peintre- sculpteur François de Dryver, dont nous avons déjà parlé, appartenait à une autre branche des de Dryver. Aux détails que nous avons donnés sur ce personnage ", il faut ajouter qu’il vit le jour à Malines le 23 février 1635 ; ses parents étaient Remi de Dryver et Marie Viemin ckx. Il épousa Marie Genits, dont il eut Remi de Dryver, baptisé à Saint-Rombaut le 26 octobre 1662. Ce dernier convola dans sa ville natale avec Marie Smets. Nous supposons avec raison que ce dernier Remi est le même que le sculpteur Remi de Dryver , qui était uni par les liens matrimoniaux avec Marie Pollet, avant le

1 Les peintres malinois, p. 446.

2 Idem, p. 447.

9 mars 1700 *. Notre artiste et Marie Pollet, son épouse, achetèrent le 9 mars 1700 une maison, appelée den Dry-Hoeck, dans la rue de Sainte - Catherine, à côté de la brasserie nommée le Cornet de poste 1 2 3 4.

Barthélemi van Elsen, enlumineur, que nous avons classé parmi nos peintres, mérite ici également une mention, car nous le trouvons qualifié dans les actes publics, tantôt de peintre, tantôt de sculpteur. Sa femme, Élisabeth Verhulst, approchait des quarante-sept ans en 1668. Il était possesseur d’une maison , rue Sainte- Catherine, près du pont, au coin du lieu dit stads heimelykheid .

Conrad van de Kerckhoven fut admis comme franc-maître sculpteur àMalines le 12 avril 1637, étant encore célibataire. Peu de temps après cependant il se maria avec Émerence van den Eynde, dont il était l’époux dès avant 1642 5; dans la suite il épousa Marie Meremans, veuve d’Antoine Cours. Cet artiste était propriétaire d’une maison dans la rue de Sainte- Catherine ; cette demeure portait l’enseigne la Pucelle de Malines et était sise à côté de celle nommée le Monde *.

Jean Verbeke ou Verbeeck, sculpteur mali-

1 Adliéritances de Malines.

5 Idem.

3 Idem.

4 Chambre pupillaire, 14 octobre 1653.

nois, probablement rattaché par des liens de famille aux peintres du même nom, exécuta en 1627, au prix de 38 livres, la première station placée à l’extérieur de l’église Notre-Dame au-delà de la Dyle. Cet édicule en marbre affecte la forme d’un portique ; le bas-relief, représentant la Présentation de Marie au temple, et les décorations sculptées , en pierre d’Avennes, sont dues à la main de cet artiste \ Jacques Boonen fit les frais de ce monument. En 1629, le même maître fit pour compte de Guillaume de Mérode, au prix de 42 florins, une autre station faisant suite à la série dont la précédente était la première; l’ordonnance générale de cette construction, sans être pareille à celle des autres stations, est conçue néanmoins dans le même caractère : ici le bas-reliefs figure le crucifiement du Sauveur. A première vue , l’on constate que ces œuvres sont les productions d’un artiste secondaire.

Encore dans le courant de cette année, Ver-beke apporta quelques changements à la tête du Christ au tombeau, qui gît sous l’autel de la Sainte-Croix dans la même collégiale de Notre- Dame.

La ville employa diverses fois notre sculpteur. En 1626-27, elle le chargea de lever le plan de certains terrains avoisinant l’auberge het Hollebloxken à Pasbrug ; elle l’envoya aussi à Bruxelles pour qu’il y copiât un dais orné d’étoffes, que

Comptes de V église de Notre-Dame au-delà de la Dyle, 1627.

la cité voulait faire imiter pour être porté audessus de l’image de Notre-Dame d’Hanswyck. Ces besognes lui valurent xxix liv. \ En 1627-28, il livra un socle en pierre argenté sur lequel devait être posée la statue de Saint-Libert à Saint-Rombaut ; cette pièce lui fut payée n livres x sous 1 2. Enfin, en 1628-29, il exécuta le dais processionnel pour Notre-Dame d’Hanswyck ; il avait entrepris ce morceau à raison de lxxxiv livres ; mais il employa le menuisier Antoine du Flos en sous-œuvre 3.

Fkançois Del vaux ou Del val, ordinairement nommé Delva et aussi Delvoe, pratiquait la sculpture à Malines en qualité de franc-maître dès 1619. Il travailla fréquemment sur commandes faites par l’administration communale de Malines. Les comptes de la ville de 1624-25 mentionnent une dépense de xv livres payée le 6 juillet 1625 pour frais de nourriture à maître F. Delvaux, qui avait pris en son atelier un enfant trouvé du prénom de Nicolas Anthoin ; en 1626-27, il toucha encore une somme pareille du même chef. Il est à supposer que Delvaux avait découvert dans cet orphelin des dispositions artistiques spéciales, car par ses fonctions de concierge de la Maison des enfants abandonnés , il avait la direction des enfants placés dans cet hospice, soin qu’il partageait

1 Comptes de Malines.

5 Idem.

3 Idem.

avec Jossine Vergalen, son épouse c Ce n’est qu’à partir de 1629-30 que nous rencontrons dans l’état des dépenses de la ville, la mention des œuvres de Delvaux ; sur cet exercice est porté un payement de 17 livres 10 sous dû au sculpteur qui avait taillé quelques figures indéterminées et qui avait apporté des restaurations au matériel de la cavalcade pour VOmmegang annuel.

En 1637, il eut la conduite et l’arrangement du cortège de la cavalcade de cette année; il exécuta dans le courant de la même année une paire de lions en bois pour être placés sur une des portes de la ville, cette dernière œuvre lui valut seize livres1 2. En 1638-39 , il répara la tête du cheval Bayard pour la sortie de Vommegang du mois de juillet 1638. Des besognes semblables lui incombèrent successivement à l’occasion de ces fêtes communales dans les années 1645-46 et 1653-54.

François van Loo ou van Loy et même Verloy, sculpteur malinois, qui fut trésorier du métier de Saint-Luc en 1645 et doyen de cette compagnie en 1635, 1637, 1640, 1643, 1647, 1652 et 1654. Il était également en 1654 proviseur de la confrérie du Saint-Sacrement dans l’église de Sainte-Catherine. Le portrait de cet artiste, membre de l’Association des arquebusiers de Malines , est reproduit sur la grande toile re-

1 Comptes de Malines, 1634-35.

a Idem, 1637-38.

présentant les confrères de ce serment en 1630 et conservée au musée de Malines. Nous avons déjà fait observer plus haut que les deux seuls noms marqués sur cette peinture sont ceux de deux artistes : François van Loo et Martin van Calster.

Je suppose même, avec quelque raison, que ces deux personnages étaient beaux-frères et que F. van Loo avait pour sœur Barbe van Loo, épouse de Martin van Calster.

Van Loo épousa en premières noces Marguerite Daneels , dont il eut deux enfants ; l’un , Jean-Baptiste, est inscrit sur le registre aux baptêmes de Sainte-Catherine à Malines en ces termes : “ Reconciliatus est Joannes-Baptista „ Verloy films Franciser et Margueritæ Daneels; „ susceperunt Martinus van Calster et Elisabeth „ van Doorne , 14 juny 1601. „ Plus tard un second enfant figure dans la liste des baptisés : “ Reconciliatus Francisons priùs Nicolaus, filius „ Francisci van Loo et Margarite Daneels; etc. „ En secondes noces il épousa Catherine Mattheussens, veuve de Jean van Doorne, sculpteur. Nos époux dictèrent leurs dernières volontés au notaire Louis van den Bosselle , acte qu'ils ratifièrent devant le magistrat le 22 août 1626; ils procréèrent plusieurs enfants , parmi lesquels nous connaissons Martin, Jacques et François.

Franç. van Loo devint franc-maître le 25 septembre 1607. Dans le Messager des sciences historiques (1874), p. 499, se trouve rapportée une note intéressante relative à notre artiste. M. Willequet possède un exemplaire du Schilderboeck de

van Mander, volume qui fut jadis la propriété de notre artiste , et sur lequel celui-ci consigna des annotations qui nous guiderons dans la rédaction de cette notice.

D’abord on lit sur le livre :

“ Desen boeck hoort toe Franssoes van Loi , „ beeltsneider , 1612. „

Plus bas le sculpteur indique quelles sont les œuvres qu’il mit au jour en 1632; à savoir :

A Laeken, près Bruxelles : La Sainte-Vierge ayant le corps inanimé de son Fils sur les genoux ; le Saint-Sépulcre avec les figures des trois Marie , de Saint- Jean, de la Sainte-Vierge , de Nicodème et de Joseph d'Arimatliie , tous grandeur nature ; une Résurection.

Vilvorde , à Notre-Dame de la Consolation : Un Saint-Sépulcre .

A Malines , dans l’église métropolitaine : Six Anges à mi-corps, en albâtre, placés dans la balustrade entourant les marches de l’autel de Notre-Dame de la Concorde. Dans la chapelle paroissiale, sur l’autel du Vénérable : un Bon- Pasteur et deux Anges placés au frontispice de l’autel. Le Bon-Pasteur, dont il est parlé ici, occupe encore son ancienne place ; c’est une statue de moyenne grandeur , d’une draperie surabondante et lourde, le jet de l’étoffe est empreint de recherche et de maniérisme, tellement que le Sauveur disparaît pour ainsi dire dans les plis et replis de son vêtement. Le caractère de la tête est satisfaisant.

A Malines, aux Récollets : Un Christ, une

Sainte-Vierge et un Saint-Jean ; au réfectoire : Saint-François embrassant le pied du crucifix.

A Malines , aux Carmes chaussés : Le Sauveur en croix; clans le portail de l’église du côté du marché au bétail : un Ecce Homo.

A Lierre , dans l'église de Saint-Gommaire : Deux images de la Sainte- Vier ge , entourées de rayons, pendues à la voûte de l’église ; un Saint- Christophe.

A Hombeeck (Malines) : Saint-Martin à cheval.

A Dufîel : Saint-Georges à cheval.

A Vorselaer : Saint-Georges à cheval.

A Malines, à l’extérieur de l’église métropolitaine, dans la niche de gauche, au pied de la tour : Un groupe en pierre, la Sainte-Vierge ayant son Fils mort sur les genoux.

Outre ces morceaux indiqués par l’artiste luimême, nous savons encore qu’il était l’auteur de la statuette de Saint-Jean, qui ornait l’un des trophées de procession de la gilde de Saint-Luc ; l’autre trophée portait l’image de Saint-Luc luimême, par Maximilien Labbé.

Les comptes communaux rapportent divers travaux exécutés par ce personnage; en 1638-39, il fit les modèles des armoiries et des figures qui devaient être coulées sur la cloche nommée Salvator ; de ce chef il reçut onze livres dix sous ; en 1650-51, il restaura, au prix de dix-sept livres quatorze sous , diverses figures de la roue de la fortune , la tête et les mains du grand géant dit grand-père; en 1653, il travailla aux autres

géants , au lion , au navire et aux petits chevaux qui figuraient dans Y Ommegang .

Jean-Baptiste van Loo , maître sculpteur à Malines, apposa son nom à la requête que le métier de Saint-Luc adressa en 1619 à l’autorité communale de Malines; le 12 janvier 1633 il signa, avec François van Loo et d’autres , le défit que les sculpteurs malinois proposèrent à Marie Fayd’herbe.

Pierre Caülier ou Cauderlier, l’un des signataires de la requête de la corporation de Saint- Luc le 6 novembre 1679, avait été admis à la franche-maîtrise de la sculpture le 12 juillet 1638; à ce moment il était marié mais sans avoir d’enfants.

Guillaume de Hageleere , fils de Jean et de Catherine Herregouts, sculpteur en 1615 1 , naquit en 1589.

Henri Carels, fils de Henri et de Madeleine G ils , encore mineur le 7 mars 1619 2, devint sculpteur; il mourut le 25 novembre 1640 dans la maison de Jean de Booster, au Bas-pré; il était alors veuf de Cornélie Gheens, qui lui avait donné une fille âgée de neuf ans et huit mois le 26 juin 1641 3.

1 Adhéritances de Malines.

2 Chambre pupillaire .

Jean y an de Velde , sculpteur à Malines , qui épousa entre les années 1630 et 1631 Marie van Avont, née vers 1611 ', fille de Rombaut et de Marie van Wechter.

Jean Laueeys tailla le cadre pour le portrait du roi d’Espagne, peint en 1672 par Egide Smeyers 1 2 3 *; il apposa son nom sur la requête du métier des artistes en 1679. Nous ignorons s'il faut reconnaître dans ce personnage le Jean Laureyssens, reçu franc-maître dans la gilde anver soise en 1661-62 5 .

En 1683, un autre sculpteur, Paul Laueeys, exécuta, au prix de 26 florins 8 sous, un Christ en croix sur un Calvaire, destiné à l’autel de la chapelle de la maison -de-ville de Malines h

Valentin van dee Lantsceoon, sculpteur à Malines et bourgeois de cette ville «, avait acquis la qualité de franc-maître à Anvers en 1674-75. Il épousa dans l’église de Sainte-Catherine à Malines, le 25 février 1651, Marie Pels, laquelle mourut en cette paroisse le 27 mai 1666. De leur union provinrent six enfants, tous baptisés dans l’église de Sainte-Catherine entre les années 1651 et 1664 6. Lorsque la chambre pupillaire fit dres-

1 Chambre pupillaire, 81 janvier 1630 et 8 avril 1631.

5 Comptes de Malines, 1671-72.

3 Rombauts et Van Lerius, Le Liggere d’Anvers.

* Comptes de Malines, 1682-83.

5 Adhéritances de Malines, 9 août 1675.

6 Voir Registre baptistaire de Sainte-Catherine à Malines.

ser par les doyens du métier l’état de la valeur que représentait l’atelier de notre artiste, ceux-ci fixèrent leur évaluation à 235 florins et 4 sous le 31 janvier 1668. L’actif du sculpteur comportait également la propriété de deux maisons, sises dans la rue de Sainte-Catherine et dont l’une portait le nom la Clochette. Maître Valentin décéda avant le 1 octobre 1677

La ville lui commanda en 1653-54, une nouvelle tête pour la géante. Il fit le modèle de cette pièce en terre glaise avant de l’exécuter en bois. Ce travail et quelques réparations qu’il apporta au char des dix-sept provinces, lui valurent xxvn livres2. En 1669, il fit une autre tête pour le petit géant dit “ Claesken ; „ il restaura le lion, il exécuta un Cupidon, travailla au navire, au cheval Bayard et au vieux géant de A. Colyns, le tout à raison de 33 livres, à l’occasion de VOmmegang annuel 5.

L’année suivante, il eut encore à apporter ses soins à la tête du géant et à celles des petits chevaux; ce qui lui valut 6 livres h

La tête de la géante prouve que Lantscroon avait un certain talent de modelage. Nous avons vu qu’il eut des fils qui embrassèrent l’état de la peinture h

Quant à la tête du petit géant “ Claesken , „

1 Vierschaer de Matines.

’ Comptes de Malines, 1653-54.

1 Idem, 1669-70.

< Idem, 1670-71.

5 Les peintres malinois, p. 449.

elle a perdu son caractère primitif; car un sculpteur, Guillaume Rouckaert, reçut en 1679-80 4 livres 10 sous de la ville pour avoir modifié et amélioré ce travail (een frayer fatsoen te geven, disent les comptes). Nous n’avons recueilli d’autres renseignements sur ce dernier artiste.

Du nom de De Kael nous rencontrons deux artistes : Pierre de Kael, qui, en 1640-41, restaura les mains de la géante, ainsi que la figure placée sur le char des dix-sept provinces, et qui exécuta plusieurs faces de dénions pour la cavalcade, au prix total de 10 livres 16 sous L’artiste Jean de Kael, dont la signature se trouve sur la requête du métier de Saint-Luc de l’année 1676, pourrait être le fils du précédent; bien que ce dernier n’eût pas encore d’enfants au moment de sa réception dans la gilde en 1626.

Antoine Bayens, sculpteur, signa la pétition que le corps artistique de Malines présenta en 1619 à l’autorité communale. 11 donna ses leçons en 1646 à Jean van der Steen. Bayens sculpta en 1616 quatre satyres pour être placés sur la cible du serment de la Vieille- Arbalète.

Gauthier van 'Vincelhoven, maître sculpteur et doreur depuis 1675, tailla, au prix de 18 florins, un cadre pour le portrait du roi Charles II, que J. Antoine de Coxie peignit en 1691 aux frais de la ville 1 2. Il contribua à l’achèvement du buffet

1 Comptes de Malines, 1640-41.

4 Idem, 1690-91.

is

d’orgue à l’église de Notre-Dame au-delà de la Dyle, pour lequel il exécuta deux grands enroulements en bois sculpté au prix de 38 florins, dont il signa la quittance le 25 décembre 1689. Il toucha, en 1698, 22 florins pour un cadre qu’il avait taillé pour le tableau de l’autel de Sainte- Anne à Saint-Kombaut. En 1701, il peignit en couleur blanche les statues de Saint-Joseph et de Saint-Charles-Borromée dans la même église ’.Wincelhoven était l’époux de Marie van cler Steen, qui décéda le 22 novembre 1690. Il eut six enfants de son mariage. Jean-Baptiste, âgé de vingthuit ans le 19 avril 1703; Arnold, âgé de vingt-six ans ; Jacques , âgé de vingt-quatre ans ; Anne- Marie, âgée de vingt ans; Bombaut, âgé de dixsept ans, et Isabelle-Thérèse, âgée de quinze ans 2. Il semble probable qne ce fût l’un de ces fils qui était l’élève de C. Huysmans dont nous avons parlé 3.

Pieeee Wincelhoven, sculpteur, fut reçu francmaître dans la jurande des arts en 1651. Il est peut-être le fils Pierre, qui naquit le 21 décembre 1601 du peintre Jean et d’Elisabeth Craenen 1 .

Feançois van Hasselt fut accueilli le 15 janvier 1629 comme apprenti sculpteur dans l’association de Saint-Luc. Il est sans doute le fils du

* Comptes de l’église de Saint-Rombaut.

2 Chambre pupillaire, 19 avril 1703.

3 Les peintres malinois, p. 305.

* Idem, p. 304.

personnage homonyme qni signa la requête du métier en 1619. Notre sculpteur décéda le 6 novembre 1647, laissant à sa veuve Anne van den Broeck six enfants, dont l’aîné avait treize ans

Gaspar Schillemans 1 2, sculpteur et peintre décorateur, fils de Jean et d’Elisabeth van Leyen, fit son entrée dans la jurande des artistes le jour de la fête patronale de saint Luc 1608; il était alors fort jeune. En 1619, il apposa sa signature à la requête que la gilde des peintres adressa à l’autorité communale. En 1620, nous rencontrons son nom dans le livre aux comptes de Henri Fayd'herbe, lequel s’était associé dans l’exécution de certaines œuvres le concours de G. Schillemans et d’ Abraham van Avont.

Il remplit les fonctions décanales de son métier en 1626; 1630; 1633; 1638; 1642; 1644; 1646; 1647; 1651; 1655. Schillemans résidait dans la rue de Sainte-Catherine; sa maison, nommé de Minne , formait le coin de la rue des Beggards et aboutissait à une seconde maison lui appartenant, sise dans cette dernière rue3. Il épousa dans l’église de Sainte-Catherine , le 9 juin 1613, Marie Tisson, qui lui donna dix enfants, tous baptisés dans la même église de Sainte-Catherine. Il avait fait partie du serment des couleuvriniers on arquebusieurs de Malines, et il remplissait les fonctions de marguillier de

1 Chambre pupillaire, 19 mai 1648.

2 Voir Notices par Smeyers et par de Maeyere. MSS.

3 Livres aux sections. Archives de Malines.

son église paroissiale au moment de son décès, survenu vers le 20 avril 1670. Cet événement est ainsi rapporté dans l’obituaire de Sainte- Catlierine :

“ Gaspar Scliillemans viduus et ædituus liujus „ ecclesiæ. 20 aprilis 1670. „

Nous ne connaissons point les œuvres de ce personnage ; nous savons seulement qu’il sculpta deux trophées de procession pour la corporation de Saint-Luc; sur l’un figurait l’image de Saint- Jean l’évangéliste, sur l’autre celle de Saint-Luc; comme nous l’avons vu à la page 245.

Gaspar Scliillemans eut un fils Corneille Schillemans, qui fut baptisé dans la paroisse de son père le 9 septembre 1618, et qui y décéda le 6 novembre 1689. Il embrassa également la carrière artistique, mais bien tardivement, car il ne fut admis dans la corporation que le 28 juillet 1670; en 1673 il fut élu doyen de cette compagnie et en 1679 il signa avec ses collègues la protestation du métier.

Une pierre tumulaire rappelait dans l’église de Sainte-Catherine la mémoire de quelques-uns des enfants de Gaspar Schillemans h

Rombaut Hallets. M. E. van Even révèle le nom de ce sculpteur malinois dans l’ouvrage Brabantsch Muséum , 1860. C’est là, la seule et la première mention que nous trouvions de cet artiste, dont nulle trace n’est restée dans sa ville

Meclielen opgelieldert in herken, cloosters, etc., t. I, p. 379.

natale Le 5 novembre 1624, le magistrat de Louvain délivra un octroi de franchise à Hallets , qui était venu pratiquer la sculpture en cette ville. Le maître y est qualifié “ meester in de cleynstekerye , in allebastere encle aude materiaelen. „ Il semble d’après ce passage que Rombaut Hallets appartenait à la catégorie si nombreuse des sculpteurs en albâtre , que Malines renfermait au XVIe et même au XVIIe siècle. Dans sa requête à l’autorité louvaniste , Hallets demanda l’autorisation de pouvoir se fixer avec sa famille à Louvain, d’y ouvrir un atelier sans être assujetti aux réglements de la corporation de Saint-Luc , et d’obtenir l’exemption de certains impôts communaux.

Philippe Baert, dans son Mémoire sur les sculpteurs et architectes des Pays-Bas* , fait mention d'un sculpteur “ van Oost de Malines, „ élève de Grinlin Gibbons. Nous n’avons jamais rencontré ce nom ailleurs que dans le mémoire cité.

Nous relevons dans les comptes de l’église de N.-D. au-delà de la I)yle les noms de deux menuisiers, qui ajoutèrent quelques sculptures ornementales à leurs ouvrages ; ce sont Antoine de Flo, lequel entreprit, le 4 janvier 1618, la construction des clôtures pour l’autel de Saint- Biaise et pour l’autel de la Sainte-Croix ; et Baethelemi van Roye, qui exécuta, en 1627,

1 Compte-rendu des séances de la Commission royale d'histoire, 1848, p. 92.

la clôture de l’autel de Notre-Dame. C’est par erreur et par suite d’une mauvaise interprétation du mot “ tafereel , „ que dans nos peintres malinois nous avons traité ce sculpteur de peintre : Barthelemi van Roye entreprit, par contrat du 11 septembre 1618, pour l’autel des poissoniers à Notre-Dame au-delà de la Dyle , l’exécution d’un panneau , “ tafereel , „ sur lequel il s’engage à représenter des sirènes et des tritons , et ce avant la mi-août prochaine et au prix de 625 florins1.

Comptes du métier des poissoniers.

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Les sculpteurs «lu X.TIII0 siècle.

Sommaire : J. -F. Boeckstuyns. — Th. Verliaegen. — P. Valckx. — J. -F. van Turnhout. — Les sculpteurs secondaires.

La sculpture malinoise, représentée au commencement du XVIIIe siècle par J. -F. Boeckstuyns, avait encore dans son caractère des réminiscences de Luc Fayd’lierbe, mais l’influence du style grandiose de ce dernier ne fut pas longue et lit bientôt place à la manière qu'adopta Théodore Verliaegen. Cet artiste mitigea l'ampleur sévère et large des œuvres de ses devanciers par l’introduction de plus de grâce; il transmit le type qui distinguait ses œuvres , jusqu’à deux générations après lui : Valckx fut son premier et son principal continuateur ; celui-ci à son tour forma des élèves auxquels il inspira les traditions de son maître. Parmi ces apprentis, F. Laurant fut le plus longtemps fidèle aux principes de l’école de Verliaegen, mais malheureusement, après lui, cette bonne impression disparut quand elle vint, dans les premières années du siècle actuel, se heurter contre le goût du classique et le retour vers l’antique, qui se manifestèrent sous l’empire de Napoléon I.

Jean-François Boeckstuyns.

Ce statuaire naquit à Malines vers 1650. Les registres baptismaux de Saint-Rombaut renferment la mention d’un baptême administré le 3 juillet 1651 à un enfant nommé Gilles-François Boekstuyns , fils de Salomon et d’Émerence Willems; cet acte a été relevé par quelques biographes malinois, qui le prirent pour le certificat de naissance de notre statuaire ; nous ne partageons pas cet avis et nous croyons devoir rapporter plutôt cette pièce à un autre sculpteur , Gilles Boeckstuyns, qui devint l’élève de F. Langhemans le 20 juillet 1662, mais sur lequel nous ne possédons pas de renseignements.

J. -F. Boeckstuyns ou Boeckxstuyns, aussi bien que Gilles, dont nous venons de parler, descendaient vraisemblablement d’un Boeckstuyns, potier malinois, lequel eut en 1607 une contestation avec Jean van Laer, également potier, au sujet du payement des tuyaux que Boeckstuyns avait placés à la fontaine de l’ancienne cour à Bruxelles h Jean-François fit ses études d’art sous la direction de Luc Fayd’herbe, dont il adopta le style aisé et la manière large : l’on peut observer particulièrement ce fait en voyant les deux bustes placés dans la coupole d’Hanswyck. Il fut agrégé à la jurande de Saint-Luc de sa ville natale en qualité de franc-maître, le 3 juillet 1680.

1 Archives de Malines. Inventaire des papiers, art. Beaux-Arts .

Les biographes, Smeyers, de Mayere et de Bruyne, s’accordent unanimement à dépeindre notre artiste comme un homme extrêmement vertueux, fort religieux et profondément dévoué aux arts. Dans le but d’inculquer à la jeunesse de bons principes d’art et de moralité, il réunissait dans sa demeure située dans la rue des Bâteaux, du côté de la rivière, après la grand’messe de chaque dimanche et de chaque fête, un certain nombre d’enfants indigents auxquels il enseignait gratuitement le modelage et la sculpture.

11 mourut le 27 juin 1734, à la suite d’une attaque d’apoplexie qui le frappa dans l'église métropolitaine de Saint-Rombaut, pendant qu’il y assistait à l’office divin. Il reçut la sépulture dans ce temple. Une pierre sépulcrale dans la même église rappelle la mémoire de Gilles-François Boeckstuyns et de son épouse Marie Davin, dite aussi Dau vin, qu’il avait épousée dans cette paroisse le 18 juillet 1680; Gilles-François, qui décéda le 29 septembre 1713, pourrait être l’artiste dont nous avons parlé qui se forma sous la direction de J. -F. Langhemans.

J. -F. Boeckstuyns laissa bon nombre d’œuvres dans sa ville natale ; le caractère général de celles-ci se distingue par un faire sans apprêts, qui place le statuaire parmi les meilleurs artistes de son temps.

Voici les œuvres que nous pouvons attribuer d’une manière certaine à notre compatriote.

Église métropolitaine de Saint-Rombaut :

La chaire de vérité en bois de chêne, repro-

chiite par le burin dans le Voyage pittoresque de Descamps, a été exécutée pour le prieuré de Leliendael à Malines. Boeckstuyns en est l’auteur principal, mais son plan subit quelques modifications de la part de Michel Yervoort, d’Anvers, qui en fit ensuite l’esquisse en terre cuite, conservée encore au musée de Malines. Le sculpteur fut aidé dans l’achèvement de cette pièce par divers élèves; parmi ceux-ci, il employa Théodore Yerhaegen, âgé alors de dix-neuf ans. La chaire fut placée en 1723.

La partie inférieure de la composition simule un rocher, dans le creux duquel se trouve le sujet principal : saint Norbert, frappé de la foudre et renversé de son cheval, abattu à ses côtés. Audessus du roc se déroulent deux scènes, la Rédemption et la Chute de l’homme. Du côté droit du prédicateur se trouve le Sauveur en croix entre la sainte Yierge et saint Jean ; l’humanité en pleurs est assise aux pieds de la croix et élève ses regards suppliants vers le crucifix. A gauche du côté de l’escalier est représenté en bas-relief l’épisode du paradis terrestre. Eve, séduite par le serpent, qui rampe sur les degrés pierreux de l’escalier, présente la pomme à Adam. L’abatvoix figure uu vaste pommier entre les branches duquel flotte une nuée.

Autrefois cette chaire était appliquée contre le mur uni de l’église de Leliendael, mais lorsque le conseil de fabrique de Saint-Rombaut en avait fait l’acquisition en 1809, elle chargea J. F. van Cfeel de l’adapter à l’un des piliers arrondis de la cathédrale .

La conception générale de cette chaire est ingénieuse et originale, bien que trop détaillée; les figures qui la décorent sont de bonne exécution et devaient produire un excellent effet dans l’église claustrale à laquelle elles étaient destinées; mais pour un temple d’aussi grandes proportions que celui de Saint-Rombaut, il eut fallu plus d’ampleur dans l'ensemble et plus de largeur dans les personnages. Cette remarque, du reste, n’atteint en aucune façon l’auteur de l’œuvre.

Eglise cle Notre-Dame d'Hanswyck. — Les bustes de Saint-Jérome et de Saint-Grégoire ; ces œuvres en pierre blanche, d’une facture hardie, décorent la dôme de l’église où elles font dignement pendants à deux bustes par L. Fayd’herbe. Nous considérons ces deux images comme les chefs-d’œuvre du statuaire. On lui doit les confessionaux aussi artistement combinés que sculptés, qui occupent la nef septentrionale de l'église; les plans des confessionaux de la nef opposée sont également de lui mais exécutés par ses élèves.

Eglise du Grand-Béguinage. — Le portail latéral dans la nef septentrionale est de l’ordonnance de Boeckstuyns, qui est en même temps l’auteur des sculptures décoratives. Cet édicule en marbre nom et blanc est percé de trois portes. Les deux issues latérales sont surmontées de frontons triangulaires , renfermant chacun un médaillon taillé en bas-relief , représentant l’un Sainte-Catherine, l’autre Sainte-Begge ; la porte centrale est couronnée par deux génies et par un buste de Sainte -Ursule. Dans ces morceaux la grâce et

la douceur de l’expression rivalisent avec la sage draperie des vêtements. C’est encore J. -F. Boeckstuyns qui remit une nouvelle tête sur la statue de Dieu le Père, haut-relief placé dans la façade de l’église; c’est également lui qui exécuta le banc de communion, long de cent pieds, qui se trouve dans cette église.

Il fournit les plans de la façade du local de la gilde des archers aux bails de fer, en 1728, et il exécuta une statue de Saint- Sébastien , destinée à l’extérieur de cet édifice. Au point de vue architectonique nous ne citerons pas la chambre de la gilde des archers comme un modèle à imiter. L’aspect général de ce monument est conservé , bien qu’il soit dépouillé aujourd’hui des statues et des ornements qui le relevaient autrefois. La construction coûta à la compagnie 9000 florins.

L’autel de la Sainte-Croix à Notre-Dame audelà de la Dyle est de l’ordonnance et de l’exécution de Boeckstuyns. Ce gracieux édicule affecte la forme d’un portique en bois marbré ; dans une niche centrale un ange , de grandeur naturelle , porte la croix du Sauveur et prend son essort vers le ciel. Ses pieds reposent sur une nuée , qu’une dizaine de petits chérubins entourent de toutes parts. Au sommet du monument se montre le Père éternel accompagné de deux séraphins ; deux autres anges, munis de trompettes, proclament la gloire de Dieu le Père. La table de l’autel simule une grotte sépulcrale dans laquelle repose le corps inanimé de Jésus ; cette dernière œuvre n’est pas de l’auteur de l’autel.

Il plaça au maître-autel de cette collégiale deux figures, dont il reçut le payement en 1689 et en 1690. La confrérie de Notre-Dame des Sept-Douleurs établie dans cette église, lui confia le trône ou le dais, destinée à l’image de la Mère de Dieu; cette œuvre lui valut 75 florins, soldés le 10 mai 1684. La statue de Saint- Jacques-le-Mineur , se trouvant dans la grande nef, est aussi de son ciseau.

Enfin il restaura quelques-unes des stations, élevées à l’extérieur de ce temple. Une note de sa main nous apprend qu’il y fit les travaux suivants, tous en pierre : une jambe à l’âne, dans le bas-relief de la, fuite en Egypte ; deux bras à la croix, le titre de la croix et les mains de Saint- Jean dans une autre station. Le sculpteur compta pour son travail, pour le plâtre employé, pour feraille et couleur à l’huile, deux pataeons.

Les comptes communaux de Malines rapportent qu’il toucha, en 1692, la somme de huit florins pour restaurations à la station représentant le Sauveur mort sur les genoux de sa Mère ; cette station faisait partie de la série des petits monuments établis au cimetière de Notre-Dame.

La ville lai compta au mois de février 1702 dix-huit florins pour le cadre du portrait de Philippe Y, peint par van Orley; elle lui paya au mois d'août 1705 soixante-neuf florins pour les décorations dont il avait orné la porte de la salle du collège à l'hôtel-de-ville ; elle lui commanda en 1717 une cheminée de marbre, au prix de cinq cents florins, pour être établie dans la de-

meure du président du grand-conseil, Christophe de Baillet; en 1718, il exécuta aux frais de la commune les ornements de l’estrade dressée à l’occasion de la joyeuse-entrée de Sa Majesté, ce qui lui valut dix florins neuf sous; enfin en 1720 il plaça dans le palais du grand-conseil une cheminée de marbre rouge au prix de soixante-quinze florins dix sous.

J. -F. Boeckstuyns donna le plan de la coupole qui surmonte l’église collégiale de Louvain ; cette coupole, de forme circulaire, est en bois, ornée de pilastres ioniques et percée de huit grandes fenêtres cintrées 1 .

La ville de Malines possède de cet artiste une bonne statue en terre cuite, représentant un Amour endormi ayant une rose à la main, œuvre, grandeur nature, conservée à l’hôtel-de- ville.

Boeckstuyns était , comme nous venons de le voir, non seulement sculpteur, mais aussi architecte, quoiqu’en cette dernière qualité il n’ait pas brillé d’une façon spéciale. Esprit actif, il ne s’occupait pas moins à perfectionner l’art industriel ; une requête de sa part adressée au Magistrat de Malines nous en fournit la preuve. La pièce dont nous allons parler se rapporte à la fabrication des cuirs dorés, industrie fort en vogue à Malines au dernier siècle. Jean-François Boeckstuyns, célibataire, maître sculpteur, expose dans sa requête qu’il vient d’inventer un moyen ingénieux pour graver des planches de cuivre , propres à l’impression des cuirs dorés. Son procédé est neuf,

1 E. van Even. Louvain monumental, p. 191.

dit-il, car jusqu'ici ces planches ont été ou coulées en métal ou taillées en bois. L’un et l’autre de ces moyens sont inférieurs en perfection à celui que le requérant possède; ce qui est établi, du reste, par une attestation émanant des fabricants de cuirs dorés de Bruxelles; ces industriels, appréciant les avantages de son secret, l’engagent à venir s’établir dans leur ville, où il jouira de diverses exemptions des charges communales. Mais, dévoué à sa ville natale, l’exposant, suivant l’exemple de son père et de ses aïeux, sait ce qu’il doit à la patrie, et en conséquence il divulguera son invention à Malines, à la condition que la commune veuille bien lui accorder la franchise des logements militaires , d’accises et celle de bière, en proportion de sa mince consommation. La chambre de police, en date du 29 décembre 1713, octroya au sculpteur l’objet de sa demande

Théodore Yerltaegen.

Le 3 juin 1701 naquit à Malines Théodore Verhaegen ou Yerhaghen, fils de Rombaut Verhaegen, ouvrier menuisier. Ce dernier, bien qu’étant resté pendant toute sa vie simple ouvrier et n’ayant voulu, par suite d’une idée étrange , se soumettre aux règlements exigés pour obtenir la franche-maitrise de son métier, surpassait de loin en talent et en génie tous les maîtres ouvriers de la

1 Archives de Malines. Policey-Boeck, t. X, 1714-1720. p. 231.

ville. Il dressa un plan ingénieux pour établir un pont tournant sur la Dyle, non loin de la grue; il engagea les moines de Grimberghen à maintenir la tour de leur abbaye et leur fournit les moyens d’atteindre à ce but; en ce point il était en désaccord complet avec les ingénieurs les plus estimés du pays, qui tous avaient décidé la démolition de l’édifice, mais la mise en pratique des conseils de B. Verhaegen lui donna gain de cause.

Le jeune Théodore se livra à l’étude de la sculpture sous différents maîtres : il débuta chez J. -F. Boeckstuyns, passa de là à Anvers dans les ateliers de M. Yervoort, de Claude de Cock et de G. -J. Kerrickx, puis dans celui de D. Plumier à Bruxelles. A dix-neuf ans il abandonna ce dernier professeur et il revint à Malines où il travailla sous J. -F. Boeckstuyns à l’achèvement de la chaire à prêcher de Leliendael.

Verhaegen était de taille moyenne et chétif, mais il avait une imagination vive, un esprit inventif, original et peu façonné au monde; aussi son langage, souvent grossier, se ressentait de cette tournure de son intelligence. L’on cite de lui plusieurs facéties qui peignent le personnage sans faire honneur toutefois à son bon goût ou à sa délicatesse : ayant placé un confessionnal dans l’église des frères Cellites à Malines, le supérieur du couvent reprocha à l’artiste le peu de décence qu'il avait mise à une figure tenant un cartel ; Verhaegen prit l’observation de mauvaise part et il écrivit à la craie sur le cartouche :

Ileer bevrydt de se natie T 7 an dronckenscliap en tentatie.

Un jour le président du séminaire lui fit également observer que la nudité de la statue d’Ève, à la cliaire d’Hans wy ch, était peu convenable dans une église. Le sculpteur répliqua qu’il comptait habiller la figure d’une soutane à petits boutons ; or, il s’adressait au président qui avait introduit cette forme de costume dans le séminaire. Il n’épargnait personne, du reste, quand il s’agissait pour lui de placer un prétendu bon mot; ainsi, parlant de son fils devenu prêtre, homme trèsvertueux, mais théologien médiocre, il disait qu’il avait la grande consolation que son fils n’aurait jamais semé de schisme dans l’Église. Ces quelques traits dépeindront suffisamment le personnage, qui s’occupait aussi de poésie légère flamande. Sa plume mit au jour une pièce satirique, oraison funèbre du canal de Louvain, et d’autres compositions du même genre. Smeyers raconte que Verhaegen faisait ses délices d’un livre de Meerman, Guide annotatien.

Ses goûts de poésie sarcastique se développèrent surtout durant son séjour à Anvers chez C. de Cock, qui cultiva lui-même les muses et qui publia des vers sur la destruction par la foudre de l’église des Jésuites à Anvers. Cette singularité de Verliaegen se traduisait dans tous ses actes, dans son dîner, dans son lever et dans son coucher; il ne faisait, disait-on, rien comme un autre. C’est dans ses œuvres seulement que l'on ne découvre point la trace de cette excentricité naturelle; peut-être sa grande ambition parvenait-elle ici à dompter ses instincts naturels?

Cependant, même dans l’exercice de l’art qu’il comprenait si bien, il procédait d’une manière à part : il ne voulait ni modèles, ni livres, ni gravures, et il ne souffrait ni correction ni observation. Quelqu’un lui ayant dit vers la fin de sa vie que, ne possédant aucune gravure, il devait ignorer complètement l’état de la sculpture antique, cette remarque le piqua au vif et le poussa à acheter une farde de planches relatives à la statuaire; mais il ne la regarda jamais.

Si Verhaegen n’avait pas eu ce malheureux travers d’esprit, il serait parvenu bien plus loin encore qu’il est venu, car la nature l’avait merveilleusement doué ; elle lui avait donné une main si sûre, qu’il exécutait d’un jet un bas-relief en bois , il le taillait sans avoir devant lui de projet et sans ébauche, entreprenant directement sa besogne et l’achevant à mesure qu’il avançait. Il avait conservé une partie du style large de L. Fayd’herbe, mais en voulant le mitiger par plus de grâce, il tombait dans plus de maigreur et parfois dans le maniérisme.

Aussi bon mécanicien qu’artiste, il inventa un pont flottant qui pouvait être établi par peu de monde, en moins de cinq minutes et qui pouvait supporter les plus fortes charges et le roulage des canons, tout en ne pesant lui-même que 1600 livres. Le même pont pouvait servir, au moyen d’une légère modification, à passer un torrent ou bien encore à franchir un ravin. Cette invention, que E.-J. Smeyers explique dans son manuscrit, fut appréciée et achetée à son auteur par le général

des alliés, Burmannia; le maréchal de Saxe, à son tour, la jugea digne d’attention et l’ayant examinée, il s’écria : « C’est un grand coup pour

un f flamand! » ' Enfin le modèle du pont de

Yerhaegen fut envoyé au musée militaire du roi de France. Il avait imaginé aussi un moyen simple et rapide pour enfoncer les plus fortes pilotis en terre; mais il refusa de communiquer son procédé à qui que ce fût; même lorsqu’il mourut, il refusa de faire connaître à son fils diverses inventions utiles qu’il avait conçues.

Th. Yerhaegen mourut des suites d’une attaque d’apoplexie le 25 juillet 1759, dans la paroisse de Saint-Jean1. Sa femme, Emerence van Hoogvorst, lui donna une fille et un fils, Jean-Théodore, qui devint prêtre et chapelain de l’église de Saint- Rombaut.

Il décéda dans la rue du Cimetière (rue de Stassart), dans une maison qu’il avait acquise le 14 septembre 1751. Cette demeure était située à côté de celle faisant le coin nord de la rue Saint- Jean et de la rue du Cimetière.

Les biographes contemporains de notre artiste, reconnaissent qu’il avait une puissance extraordinaire de talent sculptural, mais ils déplorent qu’il n’ait pas voulu soumettre son esprit original à l’étude régulière et raisonnée du dessin et du modèle humain : il aurait échappé ainsi, disent-ils, à cet excès de fougue et de sauvagerie qui l’a entraîné parfois dans des exagérations de propor-

1 Obituaire de Saint-Jean : « 27 july 1759. Tlieodorus Verliaghen, beeldhouwer, rnan van Emerentiana van Hoyvorst.

tions. Ils lui reprochent encore d’être trop chargé dans ses dessins d’architecture ' .

Mais nous ne partagerons pas ce dernier reproche avec nos devanciers, et nous invoquerons à l’appui de notre opinion, le maître-autel de Saint-Jean et la chaire de Sainte-Catherine, tous deux élevés d’après les croquis de Yerhaegen.

Si la carrière de Yerhaegen ne fut pas lougue, elle fut bien remplie, car la liste de ses œuvres est étendue et chacune des pièces sorties de ses mains est de première importance.

Il exécuta pour la ville de Malines les morceaux suivants :

Eglise de Saint-Rombaut . — Dans les deux transepts, les statues en pierre des quatre Pères de l'Eglise. Ces figures, placées eu 1743, coûtèrent chacune 325 florins courant. Elles sont les meilleurs types caractérisant la puissance du ciseau de Yerhaegen; la conception de ces images est large et imposante ; la draperie ample et riche et la pose facile mais pleine d’une aisance majestueuse. Il est à regretter que l’artiste n’ait pas toujours suivi la manière qu'il avait adoptée ici; dans la suite il s’est laissé séduire par une tendance vers la grâce, qui a enlevé souvent la grandeur à ses productions.

Aujourd’hui a disparu une autre œuvre de Yerhaegen, un ostensoir maintenu par deux anges, (1729), qui se trouvait à l’extérieur de l’église, derrière le tabernacle ; l’inscription seule taillée

1 Bericht van Mechelen, 1773, p. 83.

2 Idem, 1785, p. 91 .

sous cette représentation, continue à subsister.

Eglise de Saint-Jean. — Dans l’église précédente nous avons eu l'occasion d’apprécier le statuaire , dans l’église de Saint-Jean nous examinerons le faire du sculpteur en bois. Le 3 juillet 1736, Th. Verhaegen s’engagea par contrat à placer dans le terme de trois ans, la chaire de vérité actuelle et ce à raison de 2600 florins. La chaire fut placée en 1741, mais elle coûta 2856 florins 6 sous, à cause de quelques suppléments, tels qu’une balustrade non comprise dans le devis primitif. Le sujet inférieur de la chaire est un groupe naturellement arrangé; il représente le Bon Pasteur parlant au peuple. Jésus, muni d’une houlette, est assis au centre de la composition ; des agneaux circulent autour de lui p à sa droite deux vieillards tendent l’oreille à ses discours. Ces physionomies sont pleines de vie et d’expression; elles contrastent avec l’air calme du Sauveur. A la gauche du Christ, un autre disciple se présente, animé du même désir d’entendre la parole sainte ; devant le divin Pasteur, une jeune mère présente son petit enfant. Sur la cuve de la chaire sont reproduits, entourés d’arabesques, trois médaillons portant chacun une personnification d’une vertu théologale. L'abat-voix, prodige de menuiserie hardie, se maintient, sans aucun autre lien, en équilibre sur le portique d’entrée de la chaire. Le dais est surmonté de grands enroulements, se rejoignant vers le haut sous une sorte de vase. Autour de l’abatvoix sont groupés six petits génies d’une heureuse exécution.

Du même auteur nous admirons les deux bancs d’œuvre adossés au colonnes du transept. Ces stalles offrent des détails remarquables dans l’exécution des bas-reliefs de bois, dont elles sont décorées.

La tribune du côté sud fut mise en place en 1730 par Verhaegen, qui en avait entrepris l’exécution au prix de 100 florins, mais à charge pour l’église de fournir le bois, le fer, etc. Les comptes de l’église rapportent les noms des praticiens, qui contribuèrent sons la direction du maître à l’achèvement de ce meuble : ce sont F. Verhaegen, Théodore et François Coppens, D. Boeckstuyns, F. van Elewyt, F. van Basel et Théodore Fosté ; tous artistes dont nous n’avons pu retrouver les traces.

Trois bas-reliefs ornent la tribune, qui contourne les trois quarts du pilier. Le sujet du centre est saint Jean prêchant dans le désert; celui de droite est le martyre de saint Jean, et celui de gauche est saint Jean écrivant son évangile dans l’île de Pathmos. Ces diverses scènes sont reproduites avec la fidélité, la finesse et le détail qu’y mettrait un pinceau; dans les deux premiers épisodes on découvre une foule de personnages, des constructions, des végétaux, des effets de perspective, en un mot, tout un tableau de la nature.

Le sujet relatif à saint Jean dans l’île de Pathmos ne comporte d’autre figure que celle de l’évangéliste accompagné de son aigle ; il contraste avec l’animation des deux autres panneaux; ici nous voyons un paysage calme et grandiose, que l’on pourrait dire être peint à la pointe du ciseau.

Des cariatides à bustes d’anges, figurant des vertus, séparent les bas-reliefs les uns des autres. Au-dessus de la corniche saillante s’élève un groupe de proportion moyenne : un bourreau présentant à Hérodiade la tête du Précurseur, dont le tronc gît par terre.

La tribune du côté nord a été placée le 3 juillet 1744; elle valut à Th. Yerhaegen 1676 florins 11 sous, mais l’artiste avait pris sur lui tous frais résultant de l'achat du bois, de la feraille et du placement. Après avoir entrepris cette stalle, Yerhaegen fut saisi d’une maladie des nerfs, qui l’empêcha de se consacrer entièrement à son travail; il se vit obliger d’en confier plusieurs parties aux mains de ses apprentis. L’ordonnance architectonique ici est pareille à celle que nous avons observée dans le transept opposé. Au milieu du dossier on découvre la résurrection de Lazare ; à gauche, l’adoration des bergers ; à droite, le Sauveur prêchant au peuple. Dans ces trois tableaux la composition est aussi riche et aussi compliquée que dans la première tribune. Le groupe, qui couronne l’édicule, est le Sauveur en croix soutenu par deux anges.

Autrefois on trouvait en cette église la pierre tumulaire de Henri Joseph de Kerrenbroeck, entourée de feuillages et d’enroulements dessinés par le même artiste. L’on y admirait de notre sculpteur un fort beau cadre en bois, abondamment orné, servant à renfermer les noms des membres de la confrérie de la très-sainte Trinité.

Cette dernière oeuvre, perdue aujourd’hui, était

fixée contre une colonne de la grande nef. Elle fut payée 187 florins 7 sous 4 deniers à son auteur, par quittance du 7 avril 1730.

Eglise cle Notre-Dame d'Hanswyck. — La chaire à prêcher de ce temple compte parmi les plus riches et les plus grandioses conceptions connues en ce genre. Th. Yerhaegen s’y montre statuaire de talent dans les statues d’Adam et d’Ève, habile sculpteur dans l’exécution des détails et homme d’imagination dans l’ordonnance.

Le 14 mai 1743 , le maître s’engage par un contrat, dans lequel la chaire est minutieusement décrite, à exécuter cette pièce à raison de 4000 florins, dans le délai de trois années. Il commença le placement de son oeuvre le 15 octobre 1746 et il l’avait entièrement terminé le 24 décembre suivant. Il fut intégralement payé le 18 mars 1747. La majeure partie des frais que nécessita cette chaire fut supportée par Alexandre-Joseph Rubens, trésorier de S. M. à Malines et l’un des descendants du grand peintre de ce nom.

L’abat-voix du monument simule un nuage , flottant entre les branches d’un arbre touffu. U Assomption de Marie est représentée au-dessus de la nue. La Sainte Vierge, levant les mains vers les cieux, est entourée de toutes parts de nombreux chérubins. Des ramifications de l’arbre s’échappe une riche et ample draperie, dont les plis abondants et majestueux retombent derrière la tribune et vont se dérouler ensuite, agréablement drapés, sur l’escalier. La cuve ou la place destinée à l’orateur, est décorée de sculptures :

sur la face principale un ange tient un médaillon avec le buste de la Sainte- Vierge portant son divin Fils; un pan de rideau enveloppe l’extérieur de ce cadre. Dans ce bas-relief, il y a une certaine lourdeur, que l'on ne retrouve pas dans les autres parties de la cliaire. Sur le sol se passe la grande scène du paradis terrestre. Adam, errant après sa chute, se trouve non loin d’Ève, qui, désespérée de son crime, se couvre le visage et cherche à échapper à la présence de Dieu. Jéliova, sous les apparences d’un vieillard , s’adresse à Adam; d’une main il lui montre le serpent rampant par terre, et de l’autre il lui promet miséricorde en lui indiquant la douce- image de Marie, taillée sur la tribune. Les grandes figures sont admirablement comprises ; elles sont larges d’exécution et elles ont un caractère de grandeur qu’il est étonnant de retrouver encore au XVIIIe siècle.

La reproduction de la chaire d’Hanswyck se trouve dans le Voyage pittoresque de Descamps.

Dans le jardin du grand séminaire se trouve une statue en pierre, la Sainte-Vierge et l'Enfant Jésus. Marie, debout sur le monde, écrase le serpent sous les pieds ; elle dépose un baiser sur le front de son Enfant, assis sur son bras. L’ordonnance de ce groupe rappelle entièrement la manière de Verhaegen; mais l’exécution peut faire croire que le statuaire confia cette partie aux élèves qui fréquentaient son atelier.

Dans la rue de l'Empereur, contre le mur de l’hôpital, est placée une grande statue en pierre, la Sainte-Vierge et ï Enfant Jésus. Marie retient

son Enfant par les bras ; il appuie un pied sur une tête de chérubin, l’autre sur la nue, qui soutient également la divine Mère. Marie, debout sur le croissant traditionnel, écrase le serpent biblique. Le groupement de ces images décèle de la facilité, les draperies flottent naturellement, mais le caractère général de la statue n’a pas l’aspect large qui distingue les figures posées sous la chaire d’Hanswyck. Ici, la personne de la Sainte Vierge, au contraire, trahit dans la pose et dans le mouvement du cou cette tendance d’apprêt et de maigreur, qui fut l’écueil du talent de Verhaegen dans ses vieux jours. Ce groupe a été érigé en ce lieu par les habitants de la rue. L’auteur toucha en rémunération de son travail , le 6 mai 1753, la somme de 350 florins.

Une autre statue de Th. Verhaegen est fixée contre la façade de la maison formant le coin de la rue des Augustins et de la place Saint-Pierre. Cette œuvre, également en pierre et de dimension supérieure à la grandeur nature, représente aussi la Sainte-Vierge et l'Enfant Jésus. Ici, Marie se tient sur un nuage et laisse retomber avec amour ses regards sur son Fils, dont le petit corps contourné penche en avant et s’agite dans les bras maternels .

Église métropolitaine de Saint-Rombaut. Nous avons vu que Th. Verhaegen, lorsqu’il était âgé de dix-neuf ans, contribua, sous la conduite de son maître J. -F. Boeckstuyns, à l’exécution de la chaire à prêcher du prieuré de Leliendael, placée aujourd’hui dans la cathédrale. Le 13 janvier

1722, le jeune artiste toucha 7 florins 14 sous, pour avoir travaillé pendant cinq jours et demi à ce meuble. Sa part dans l’achèvement de cette oeuvre est donc de peu d’importance.

Nous indiquerons sommairement les autres œuvres auxquelles Yerhaegen travailla dans sa ville natale :

L’église de Saint-Pierre et de Saint-Paul à Malines, édifice abattu à la fin du dernier siècle, renfermait dans la chapelle du Saint-Nom un remarquable autel en bois, exécuté par notre statuaire ; on y voyait l’Enfant Jésus entouré d’attributs variés et surmonté du monogramme divin.

Le couvent des Carmes déchaussés possédait une chaire de vérité de notre artiste; au pied de cet édicule était représenté saint Jean de la Croix, accompagné d’un aigle ; au-dessus de la figure on lisait : Joannes docuit, quod alii non docuerunt.

Les mêmes religieux avaient une excellente statue de Sainte-Barbe , et deux petits autels devant le chœur, l’une surmonté d’une image de la Sainte- Vierge, l’autre de celle de Saint-François , par le même auteur.

Au couvent de Béthanie, il exécuta le maîtreautel ; il entreprit un travail semblable pour la chapelle claustrale des Frères Cellites; il fournit enfin le plan de l’autel des âmes du purgatoire pour le monastère des Dominicains.

L’administration communale de Malines semble avoir moins encouragé le talent de Yerhaegen que ne le firent les églises et les corporations religieuses. Nous ne relevons son nom que deux fois dans les comptes de la ville :

En 1736-37, il restaura, aux frais de la commune, une station placée près de la fonderie, au rempart de la vieille porte de Bruxelles. Ce travail lui fut payé, en 1737, 44 florins.

En 1737-38, il toucha 300 florins pour avoir surveillé et dirigé pendant 49 jours les travaux exécutés au grand arc de triomphe, travaux consistant en placement de l’échaffaudage et restauration des peintures ; ainsi que pour avoir rétabli quelques sculptures et avoir revu la menuiserie des chars de Y Ommegang .

Yerhaegen, s’étant acquis une grande célébrité, répandit ses œuvres au loin. Il exécuta pour l’église de Saint-Laurent, à Lokeren, une chaire à prêcher, dont la disposition générale n’est pas sans offrir quelqu’analogie avec celle qui orne l’église de Saint-Jean, à Malines. La chaire de Lokeren, faite en 1736, valut à son auteur 3500 florins; c’est une composition heureuse, finie dans ses ornements ; le groupe principal , le Christ au milieu des docteurs, comporte huit figures de grandeur humaine. Sur la cuve se détachent trois médaillons avec scènes de la vie de Jésus; une vingtaine d’anges sont repartis dans la partie supérieure de l’édicule. Le Messager des Sciences historiques (1854) a donné un aperçu sur cette œuvre , sous le titre : Sculgttures en bois de l'église de Saint-Laurent à Lokeren ; cette notice est accompagnée d’une planche de M. F. De Vigne, où se trouve représentée la chaire du sculpteur malinois.

L’église de Leeuw-Saint-Pierre renferme le

monument funèbre de Cyprien- Ambroise-Pierre Roose , baron de Leeuw, décédé en 1720. Ce cénotaphe par Th. Yerhaegen est une production de sa jeunesse ; une médiocre statue du Temps tient le médaillon avec le buste du défunt.

M. Kervyn de Volkaersbeke, dans son ouvrage les Eglises de Gand, rapporte que Théodore Yerhaegen, Yerbruggen, d’Anvers, et l’orfèvre Jaspar Lanoy, de Bruxelles , produisirent des modèles pour la chaire de Saint-Bavon, mais qu’aucun de ceux-ci ne fournit un plan aussi digne de l’admiration que Laurent Delvaux, de Gand, qui fut chargé de l’oeuvre (1739)

Notre artiste travailla également pour la ville de Louvain. Il exécuta sur la demande des corporations de celle-ci des trophées en bois , destinés à être portés par les métiers dans les solennités religieuses et civiles1 2.

L’abbaye de Saint-Corneille et de Saint-Cyprien, à Ninove, confia bon nombre d’œuvres de première importance à Th. Verhaegen. Le comte Th. de Limburg-Stirum, dans un article publié dans le Messager des Sciences historiques (1874), fournit au sujet de ces productions d’intéressantes données ; nous ne ferons que les indiquer d’après cet auteur, qui en parle avec détail 3. Le comte de Limburg-Stirum nous apprend, qu’au-dessus de chaque autel dans le fond du transept de l’église

1 Tome I, p, 102.

2 Van Even. Ommegcing de Louvain, p. 44.

3 Notice sur V église de V ancienne abbaye des Prémontrés , à Ninove.

abbatiale, on a élevé nn grand portique dessiné et sculpté par Th. Yerhaegen ; l’un représente le Triompe de la Sainte-Vierge ; l’autre, Saint-Norbert triomphant de Tanchelin; que les murs des nefs latérales sont lambrissés d’une belle boiserie exécutée par Yerhaegen ; elle contient alternativement un bas-relief et un tableau. Il y a ainsi de part et d’autre trois bas-reliefs complets et deux demis bas-reliefs , à chaque extrémité à moitié engagés dans le mur. Ces œuvres sculpturales se rapportent à des épisodes de la vie de Saint- Corneille et de celle de Saint-Cyprien ; M. de Limbourg-Stirum relate les sujets de ces diverses compositions. Enfin de chaque côté de l’entrée de l’église est placé un confessional d’un dessin monumental; celui de gauche est du sculpteur malinois.

Le texte taillé sur le confessional dû à Verliaegen portait ces mots : Vende ad me qui onerati estis et ego reficiam vos. Or, il arriva que le lendemain du placement de ce confessional , l’on y trouva un enfant abandonné; l’artiste, se trouvant en ce moment à Ninove, dit au prélat, que cet événement venait parfaitement confirmer la vérité du texte en question.

Il ne semble pas que Théodore Verhaegen se soit occupé de petites sculptures , car jamais on n’en rencontre dans les catalogues de ventes. Une note contemporaine de son époque nous apprend qu’il exécuta son propre portrait et celui de son épouse ; ensuite que sa veuve conservait chez elle plusieurs esquisses, quelques projets, peu

d’œuvres achevées, mais beaucoup de dessins et de plans, parmi lesquels celui qui servit à Yalckx pour l’exécution de la chaire de vérité de l’église de Sainte- Catherine, à Malines.

Pierre Valckx

Pierre Yalckx, excellent sculpteur, mais malheureusement trop peu connu , donnait à ses statues un air d’aisance et de grâce, qui contraste avec le type maniéré propre aux productions de son siècle. Il comprenait parfaitement le jet des draperies , auxquelles il donnait un pli facile et naturel; l’expression des visages dans ses œuvres respire une animation calme et sans prétention. Cet artiste fut baptisé dans l’église métropolitaine de Malines le 1 mars 1734. Il était fils de Jean- Baptiste Yalckx, peintre marbreur, et de Marguerite Daems. Il reçut les premiers enseignements de la sculpture dans l’atelier de Théodore Verhaegen; lorsque son temps d’apprentissage était écoulé, il quitta Malines pour se perfectionner à l'académie d’Anvers. Dans cette dernière ville, J. -B. Mooriaen lui apprit l’art de tailler les ornements et les feuillages; mais non content de la direction d’un seul maître, il alla travailler dans les ateliers de Mannen et d’Alexandre Schobbens. Lorsqu'il se crut suffisamment instruit pour pra-

1 Bericht van Mechelen, 1786, p. 575. — Notes de Grégoire de Maeyere et de De Bruyne.

tiquer à son compte, il abandonna Anvers et revint se fixer à Malines; mais une idée fixe ne cessait de poursuivre le jeune artiste : la pensée de se vouer à la vie religieuse et de quitter le monde le poursuivait. Les luttes intérieures que ce projet lui suscitait nuisirent à ses progrès ; il travaillait sans courage, ne sachant quelle carrière il embrasserait.

Cette période d’indécision ne cessa que lorsqu’il se décida à prendre le froc dans le couvent des Carmes déchaussés, monastère dont il connaissait particulièrement les moines et où son père avait exécuté maint ouvrage décoratif de peinture. Les Carmes reçurent le jeune sculpteur avec d’autant plus de plaisir, qu’ils étaient sur le point d’orner à neuf leur église claustrale ; ils espéraient mettre son talent à profit. Valckx entra au couvent en qualité de frère-lai au mois d’avril; mais après un séjour de treize mois, il se retira de la maison religieuse et rentra dans le monde où il vécut d’une vie tranquille, mais occupée.

Le 21 avril 1761, les doyens de la gilde de Saint-Luc, Leva et Parant, l’admirent dans la compagnie, dont il devint plus tard doyen luimême; dès lors notre artiste songea à se mettre en ménage, projet qu’il réalisa l’année suivante : le 21 février 1762, il épousa à Saint-Rombaut Anne-Marie Coeckelbergh, qui lui donna trois fils et deux filles. De ces cinq enfants, quatre moururent entre les années 1763 et 1768; Valckx lui même ne fournit pas une longue carrière et il mourut dans la paroisse de Saint-Jean le 3 mai 1785, à huit heures et demie du soir.

Yoici le texte de la carte mortuaire que la veuve fit . distribuer à ses amis.

“ Maria Cokelbergh laet weten de dood van Petrus » Valckx, liaeren man, overleden den 3 mey 1785 orn half » negen ueren des avonds, viens begraevenisse zal gen scbieden den 5 om acht linren des avonds ende den » lyk-dienst den 9 der selve maend, om elf ueren des morv gens, in de parochiale kerke van St. Jan.

» De dertigste znllen gedaen worden in de kerke der » Eerw. PP. ongescboende Carmeliten de volgende daegen » om seven ueren des morgens. »

Uyt de drukkerye van J.-F. van der Elst.

La veuve de Pierre Valckx convola en secondes noces, le 21 février 1786, avec le sculpteur Jean Turner, un élève de son premier mari.

Pierre Valckx s’étant fait inscrire à Malines dans la chambre de Rhétorique « la Pivoine » le 14 septembre 1766, nous supposons donc qu’il s’occupait de littérature; en 1780 il fut élu, en même temps que Bernard de la Montagne, facteur ou doyen de cette association.

Les œuvres que laissa l’artiste sont fort nombreuses; nous avons dit plus haut quel est le caractère général de ses statues; les ouvrages de décorations qu’il exécuta participent à la manière agréable qui distingue ses grandes productions : il avait un tact spécial pour traiter les bas-reliefs , les feuillages et surtout les petites têtes de chérubins; de nombreux spécimens de sa puissance, dans ce dernier genre, sont conservés dans les éghses de Malines.

Le Musée communal possède deux têtes ailées en bois, représentant le Temps, hauteur 0,90 centimètres. Ces œuvres sont des fragments du char impérial, qui figura dans la cavalcade en 1775. Deux terres cuites, Actron et Melchisedech, hauteur 0,68 centimètres, maquettes des statues ornant l’autel du Vénérable à Saint-Jean, reposent également au Musée.

Les œuvres sculpturales de Pierre Valckx sont abondantes ; nous connaissons les suivantes :

Les décorations et les figures du maître-autel de l’église de Saint-Jean, à Malines ; le 1er février 1765, le sculpteur s’engagea à fournir, au prix de 625 florins, la partie artistique de cet autel, élevé d’après un plan de Th. Verhaegen et qui coûta en tout 1650 florins. Les statues que Valckx plaça sur ce monument sont de chaque côté du fronton un ange, accompagné d’un chérubin plus petit. Dans la partie centrale sont groupées les trois personnes de la Sainte-Trinité, entourées de génies et assises sur un nuage. Ces figures sont de grandes proportions et offrent un heureux aspect.

Il est également l’auteur des décorations de l’autel du Saint-Sacrement dans cette église, autel construit dans un croquis de Guillaume Herrey ns . Les deux statues d 'Aaron et de Melchisedech qui figurent sur l’autel, ont été commencées par notre artiste, mais achevées après sa mort par son élève Jean Turner.

Il exécuta le buffet d’orgue, ainsi que les stalles des proviseurs de la confrérie de la Sainte-Trinité

et celle des maîtres des pauvres, placées sous les orgues (1784).

Th. Verhaegen avait fourni le plan général de ces ouvrages de bois, qui furent placés dans le fond du temple.

Les ornementations les plus saillantes du buffet d’orgue sont, outre des enroulements et des faisceaux d'instruments musicaux, un médaillon avec le buste du roi David. La stalle des maîtres du Saint-Esprit ou des pauvres , porte au dossier un charmant tableau en haut-relief, dont le sujet est la multiplication des pains. Une douzaine de personnages concourent à cette scène, adossée à des silhouettes de constructions grecques et ombragée à gauche par un grand arbre.

Le banc de la confrérie de la Sainte-Trinité présente un épisode relatif au rachat des esclaves chrétiens, œuvre placée sous le patronage spécial de la Sainte-Trinité. Celle-ci entourée de chérubins , occupe la partie supérieure de la sculpture, plus bas un ange debout présente à Dieu deux esclaves enchaînés, à genoux. Ces deux morceaux se distinguent par les plus précieuses qualités de composition, d’exécution, d’achèvement et d’expression. Le bas-relief du banc de la table du Saint-Esprit présente quelque supériorité sur le second. Dans le genre de travail, dont nous nous occupons ici, le talent de Yalckx se révèle d'une manière remarquable et plus profondément que dans la statuaire proprement dite.

A l’église de Sainte-Catherine à Malines, Pierre Yalckx plaça en 1774 une chaire de vérité, qu’il

exécuta d’après un dessin de son maître Verhaegen. Notre sculpteur entreprit cette œuvre par contrat passé avec Charles van Pyperseel , donateur, le 15 juin 1771 à raison de 1200 florins; après l’achèvement de l’ouvrage, l’artiste devait encore toucher une somme supplémentaire de 227 florins 11 sous. Au pied de la chaire, sous un toit de chaume, fixé aux murs ruinés d’un temple, s’abrite la sainte Famille. La sainte Vierge debout montre son Fils, appuyant les pieds sur le globe terrestre. Saint Joseph s’incline avec amour et respect devant l’Enfant-Dieu. Sur l’un des côtés de la chaire, un génie, assis sur un pan de mur, maintient un écusson portant les initiales ou le chiffre du donateur. Un cintre délabré forme l’entrée de la place réservée à l’orateur sacré , au-dessus de l’arcade flotte une épaisse nuée, traversée par des branches d’arbre. Ça et là des anges percent le nuage et déroulent sur la partie antérieure de l’abat-voix une banderole. Valckx a donné aux figures, qui entourent cette chaire, toute la grâce et toute l’aisance possible ; elles ont un caractère simple et religieux , dénué de toute prétention.

Pierre Valckx fournit également les deux génies et les décorations de l’autel de Saint-Laurent dans la même église. Ces travaux de peu d’importance lui valurent 127 florins.

C’est lui, enfin, qni exécuta la partie artistique des stalles et des boiseries du chœur en 1776. Ces boiseries, dont Charles van Pyperseel supporta les frais, enchâssent de chaque côté du chœur un grand haut-relief. Du côté sud, l’un

figure sainte Catherine discutant avec les philosophes, l’autre la décollation de sainte Catherine; entre ces deux sujets se trouve un médaillon avec le buste de Marie. Dans les stalles du côté nord l’on voit le baptême de sainte Catherine , et sainte Catherine recevant l’enfant Jésus des mains de la sainte Vierge ; ces deux tableaux sont séparés entr’eux par un médaillon portant l’image du Sauveur. Ces quatre œuvres principales rivalisent dignement avec les bancs de la confrérie de Saint- Jean; nous retrouvons ici la même simplicité et le même fini d’exécution que dans les morceaux précédents.

L’église de Notre-Dame au-delà de la Dyle possède de P. Valckx une statue, de mérite secondaire et d’un air théâtral, celle de l’apôtre Saint- Philippe , don offert par la famille van Kiel en 1778; l’autel de Saint-Biaise devant le chœur. Saint-Biaise en costume épiscopal et de grandeur nature, occupe le milieu de l’autel; des têtes enfantines ailées et des rayons entourent son chef. Aux extrémités de l’autel se tiennent deux anges, de proportion humaine; l’un tient les insignes de l’épiscopat, l’autre les instruments du martyre de saint Biaise. Ces trois figures comptent parmi les meilleures productions du maître ; l’on peut y voir sa facilité à jeter la draperie, et son talent à traiter le torse et le nu.

A l’église métropolitaine de Saint-Rombaut , l’artiste laissa diverses productions : il donna le plan du buffet d’orgue et en tailla en partie les ornements (1781); il plaça en 1773 dans ce temple

line statue de Saint-Luc, et en 1774 une statue de Saint-Marc ; ces derniers morceaux , monuments funéraires, ne sont point ceux que l’on doit choisir pour apprécier la manière et le talent de Valckx, dont les qualités se révèlent d’une façon bien plus avantageuse dans quatre médaillons de marbre blanc, pendus dans la chapelle de Zellaer, dans le pourtour. Ces pièces, provenant de l’ancien prieuré de Leliendael, portent en bas-reliefs les bustes des saints : Augustin, Norbert, Antoine de Padoue et Louis de Gonzague. Il exécuta pour le même monastère les encadrements des portes , qui aujourd’hui décorent la même chapelle de Zellaer. Le sculpteur Valckx avait achevé pour le couvent de Leliendael une suite de six médaillons, d’une ordonnance symétrique; nous venons d’en retrouver quatre dans l’église métropolitaine, les deux autres , sur lesquels se détachent les effigies de deux saintes de la règle Norbertine , sont conservés dans la chapelle de l’hospice d’Oliveten, à Malines.

Parmi les objets disparus de nos églises, mais dus à notre artiste, nous connaissons :

Une statue de Saint-Hyacinthe, dans l’église des Dominicains; l’ancienne chaire à prêcher à Saint- Rombaut. Ce meuble ne comportait aucune figure, mais était simplement relevé de festons, de feuillages et d’enroulements. Ce fut Pierre Valckx qui donna le plan pour la transformation de l’église métropolitaine lors du jubilé de 1775. En cette circonstance, des frais furent faits pour enlever à la vieille basilique ogivale son antique et vénéra-

ble aspect ; la mode du jour exigeait, la renovation des styles et la disparition des ogives. Valckx, dans le plan qu’il fournit, réussit assez adroitement dans l’acte de vandalisme dont il se rendit solidaire; il caclia l’intersection des arcs des ogives sous des coquilles; il revêtit les nervures du triforium de festons ; il fit justice des anciens chapiteaux des colonnes , enfin , il exécuta une série de figures représentant les vertus, sous forme de thermes colossaux , qui furent placés entre les belles fenêtres rayonnantes de la grande nef. La gravure sur cuivre, représentant l’intérieur de l’église de Saint-Rombaut par J. Hunin , donne une idée exacte des métamorphoses inintelligentes que subit l’ancienne cathédrale de Malines ; l'on y découvre dans la grande nef les ornementations dont Pierre Valckx l’avait, affublée.

Autrefois l’église de Notre-Dame au-delà de la Dyle possédait de notre artiste un cadre artistement travaillé, réservé à exposer les noms des membres de la confrérie de Notre-Dame des Sept- Douleurs.

En dehors de Malines les productions de Valckx sont moins nombreuses ; l’église d’Assche renferme un confessional de sa main; nous croyons pouvoir lui attribuer les sculptures de la boiserie du chœur et la chaire de l’église de Bonheyden, exécutées vers 1760.

Les comptes communaux de Malines mentionnent à divers endroits le nom du sculpteur, mais relativement à des travaux d’importance secondaire. Il toucha en 1766-67 la somme de 18 flo-

rins , pour s’être chargé de la peinture d’une embarcation, dont nous pouvons supposer qu’il avait exécuté les sculptures. En 1773-74, la ville lui confia le soin d’examiner l’état dans lequel se trouvait le grand arc de triomphe, peint en 1680 par Daniel Janssens, et que l’on se proposait de dresser à l’occasion des fêtes jubilaires de 1775. En 1779, il reçut 53 florins po.ur ouvrages de sculpture faits à quelques chars et à d’autres pièces devant figurer dans la cavalcade organisée pour l’entrée du cardinal de Franckenbergh; en 1779-80, il restaura, au prix de 9 florins 5 sous, les armoiries de l’empire placées au-dessus de la porte d’entrée du palais du Grand-Conseil. Il avait fourni les maquettes en terre cuite de différents chars de Y Ommegang de 1775.

Valckx entreprit, par convention passée devant le notaire Fr. Walr avens le 29 septembre 1773, l’exécution du char, représentant les premiers évêques-missionnaires de la Belgique envoyés par le pape. Ce char, destiné à Y Ommegang de 1775, paraît en gravure dans l’album édité en cette circonstance par les soins de la ville, sous la direction de Guill. Herreyns. Ce dernier artiste était l’auteur du plan que Yalckx s’était engagé à reproduire. Le 22 novembre 1773, notre sculpteur toucha 250 florins, argent courant. Cette somme répondait à la moitié du premier payement à faire par la corporation des Brasseurs; le métier des Bouchers avait pris sur lui l’autre partie de la dépense b Le 13 mai 1773, Pierre Yalckx recon-

1 Archives de Malines .

nut par quittance avoir reçu 498 florins 34 sous, pour les décorations sculptées qu’il avait placées dans la chambre de réunion des poissonniers. Le compte du sculpteur est ainsi établi :

420 jours de travail. . 420-00 flor.

Pour 113 jours 39-11 »

Pour 21 jours 17-17 »

Pour bois livré 22-06 »

Le statuaire, dans le but de se créer des ressources plus abondantes, ne dédaignait pas des ouvrages moins artistiques que ceux qui l’occupaient ordinairement , mais qui néanmoins exigeaient de l’adresse et surtout du goût. La fabrication de cuirs dorés, dont on sait que Malines a eu pendant longtemps quasi le monopole, avait à son service certains artistes qui dessinaient les modèles et qui taillaient les matrices servant à l'impression des dessins. Ce genre de travail était cultivé à la fin du XVIIIe siècle par Lambert Parant, lequel, à cause de sa profession, jouissait d’une franchise en vertu de laquelle la ville lui accordait l’exemption des droits sur quatre aimes de bière forte et sim huit aunes de petite bière. Après le départ de Parant, Valckx, qui lui aussi fournissait des planches pour la fabrication des cuirs dorés, demanda au Magistrat de pouvoir à son tour jouir du privilège dont avait profité jusqu’en 1774 son collègue. La ville fit droit à sa demande et lui accorda la faveur qu’il réclamait.

Le fait suivant, rapporté dans le journal Bericlit

van Meclielen, 1780, p. 575, mettra en lumière le talent du statuaire malinois, car il prouve la supériorité que celui-ci avait sur ses contemporains. En 1775, la ville de Bruxelles, voulant rétablir sur la fontaine au marché aux Poulets le groupe connu sous le nom des Trois déesses, ouvrit pour le 15 octobre un concours, auquel elle convia tous les artistes des Pays-Bas Autrichiens. Les statuaires avaient à fournir une statue en plâtre, haute de sept pieds. Les trois maîtres qui auraient exécuté les trois meilleurs modèles, seraient appelés à reproduire chacun leur œuvre en pierre et recevraient pour la statue définitive la somme de 600 florins, argent de change. Il était convenu cependant qne si un même maître remportait la palme pour les trois images sur ses concurrents, la ville lui confierait le groupe entier au prix de 1800 florins. Les quatre figures jugées les meilleures après celles qui auraient été couronnées, resteraient à leurs auteurs, mais ceux-ci recevraient une gratification de 5 pistoles. P. Valckx prit part à la lutte; il acheva une statue de Vénus, qui fut reconnue par le jury comme réunissant les plus éminentes qualités. Malheureusement pour le statuaire, la ville ne donna plus suite à son projet et il ne put affecter son œuvre à la destination qu’elle devait avoir. Il la rapporta donc à Matines, où elle ne tarda pas à être achetée par M. Husmans de Merbois.

Pierre Valckx forma d’excellents élèves qui se distinguèrent au XIXe siècle : François Laurant et Jean-François van Geel.

Jeau-François vau Turnliout.

Nous ne possédons aucun renseignement biographique sur la personne de ce statuaire malinois, mais nous savons qu’il était le contemporain et l’ami d’Egide-Joseph Smeyers. Les oeuvres de van Turnliout lui ont survécu et dénotent du talent. Dans le pourtour de l'église métropolitaine s’élève un groupe en pierre , le Sauveur bénissant un enfant conduit par un ange; ces figures, de grandeur naturelle , ont été exécutées par notre statuaire d’après les dessins du peintre E.-J. Smeyers ; elles étaient placées autrefois dans les jardins de l’ancien archevêché, où elles décoraient une pompe. L’expression, le mouvement et la draperie sont bien compris dans cette œuvre , à laquelle on peut cependant adresser le reproche de pesanteur.

L’ancienne église des Jésuites, actuellement dédiée à Saint-Pierre et à Saint-Paul, renferme dans la chapelle de Notre-Dame deux statues en pierre du même maître ; ces images, placées de part et d’autre de l’autel, représentent l’une Sainte-Barbe, l’autre Sainte-Marie-Madeleine , elles sont de grandeur humaine et elles échappent davantage au reproche que nous avons adressé au groupe précédent.

De chaque côté de l’autel de Sainte-Appoline, dans le nef nord de ce temple, sont encore posées deux statues, également en pierre, de notre sculpteur ; elles rappellent Saint- Stanislas Kostka et Saint-Louis de Gonzague. Ce fut Egide-Joseph

Smeyers qui fournit l’idée et le dessin de ces pièces.

Divers passages des comptes communaux nous mettent sur la trace des travaux entrepris par J. -F. van Turnhout; ils nous indiquent, en outre, qu’il fournit une carrière assez longue, car nous trouvons la mention de son nom depuis 1714 jusqu’en 1757. En 1714, il apporta des restaurations aux têtes des petits chevaux de VOmmegcmg; ce qui lui valut six florins. En 1717-18, la ville lui compta onze florins pour un cadre sculpté, dont il entoura le portrait de l’empereur Charles YI. Enfin en 1756-57, il toucha 4 florins

10 sous pour avoir exécuté en cire les* armoiries communales et quelques lettrines , qui devaient être coulées sur la nouvelle cloche destinée à l’église de saint-Rombaut ; le sculpteur Pierre Verliulst partagea une partie de la besogne consistant dans les décorations de cette cloche.

La chaire de vérité de l’ancienne église de Saint-Pierre, à Malines, était une production de J. -F. van Turnhout. Sous la cuve de la chaire se tiennent les apôtres Pierre et Paul -, un escalier un peu guindé, taillé dans le roc et couvert de feuillages et de lianes , mène à la tribune ; celle-ci est surplombée par un nuage compact , qui forme l’abat-voix ; la nue est percée de rayons d’or. L’aspect général de cet édicule est peu agréable;

11 est étriqué dans ses proportions ; les figures des deux apôtres participent à la mesquine lourdeur de l’ensemble. Cette chaire, dont le plan émane du crayon de E.-J. Smeyers, et dont le

baron Roose supporta les frais, est placée aujourd’hui dans l’église de Tirlemont.

Yan Turnhout faisait partie de la corporation de Saint-Luc à Malines, dès avant le 4 mars 1702, car il signa alors la requête que cette compagnie adressa au Magistrat.

tes sculpteurs secondaires du XlrIII> siècle.

Jean van Elewyt, sculpteur, signa le 4 mars 1702 la requête que le métier de Saint-Luc présenta à l’autorité communale. Il était l’auteur des plans du maître-autel et des deux autels latéraux, qu'il exécuta lui-même pour l’église claustrale de Bethléem. Ces édicules étaient ornés de figures.

Jean van Elewyt mourut dans le courant du mois de septembre 1744; il avait épousé successivement Anne Moons et Jeanne van der Yrekene; de cette dernière naquit une fille Jeanne- Catherine , qui épousa Jean-Baptiste Mooriaen , sculpteur à Anvers A

Nous ignorons si quelque relation de parenté existe entre ce sculpteur et F. van Elewyt, qui collabora avec Théodore Yerhaegen , à l’exécution de l'un des bancs d’œuvre à Saint-Jean , en 1730.

Au XYIIL siècle vivait à Malines un sculpteur La3ibert- Joseph Parant. Nous ignorons si ce

1 Chambre pupillaire de Malines. État du 1er décembre 1744.

personnage était Malinois ou étranger. Agrégé à la gilde de Saint-Luc, il en devint doyen en 1761. Il résulte d’une requête présentée par Pierre Yalckx à l’autorité communale de Malines, afin de jouir de certaines franchises , dont avait joui L.-J. Parant, que ce sculpteur avec sa famille abandonna Malines le 10 août 1774, à cause des poursuites judiciaires intentées contre lui par le comte Cuypers ; qu’il profitait de certaines exemptions, consistant en exhonération des droits sur quatre aimes de bière forte et sur huit aimes de petite bière ( patacons hier) par an; que ce privilège lui était accordé à cause de son art, et parce qu’il taillait ou gravait les planches servant à la fabrication de cuirs dorés 1 . Parant était un sculpteur d’ordre secondaire, comme l’on peut le voir par des œuvres qui existent encore.

Il entreprit, à raison de 1000 florins, la chaire à prêcher de l’église de Waerloos (1766).

L’autel de Notre-Dame, dans le transept nord de l’église de Sainte-Catherine, à Malines, est de lui. Cet autel fort simple ne porte que deux figures de génies sculptés; il donna le plan du monument funèbre placé, à côté de cet autel, à la mémoire de Charles van Pyperseel. Ce cénotaphe se compose d’un portrait en médaillon, par Herreyns, se détachant sur un rideau drapé contre le mur et exécuté en bois par L.-J. Parant.

L’autel de la chapelle de Saint-Disme, à l’église de Notre-Dame au-delà de la Dyle, sortait égale-

Archives de Malines. Resolutie Boeck, 1773-1778, p. 65 verso.

ment cle ses mains, ainsi qu’un autel placé dans le chœur de l’église des Dominicains. Ce dernier, d’une ordonnance peu compliquée, supportait le grand tableau de E.-J. Smeyers, qui est conservé à Saint-Rombaut.

Il exécuta pour les mêmes religieux une chaire de vérité, d’après un dessin de E.-J. Smeyers. Le sujet principal de cette chaire représentait Saint- Dominique prêchant la dévotion du rosaire.

Enfin, il acheva une statue en pierre, qui fut érigée en 1728 sur la façade du local du serment de l’arc à Malines.

Jean-Baptiste Tuener vit le jour à Malines le 31 juillet 1743. Son grand-père, également appelé Jean-Baptiste, était peintre-décorateur; c’est lui qui marbra le maître-autel de l’église abbatiale de Saint- Corneille et de Saint-Cyprien à Ninove. Son père, Alexandre Turner, avait épousé Marie Kempenaer. Ayant été l’élève de Pierre Valckx, il épousa la veuve de son ancien maître, mort le 3 mai 1785.

Turner étant marié, habita avec sa femme la maison formant l’angle du marché aux Chevaux et de la rue Biest (côté est). Son épouse Anne- Marie Koeckelberglis mourut avant lui. Il décéda à Malines le 25 décembre 1818. Le Musée de Malines possède de Turner son portrait par luimême; buste, terre cuite. H. 0,59.

L’église de Notre-Dame au-delà de la Dyle renferme dans la grande nef une statue médiocre de ce sculpteur; elle représente l’apôtre Saint- Paul (1784).

A l’exposition d’antiquités malinoises, organisée en 1863, a paru un petit crucifix avec Christ en bois , que l’on prétend avoir été exécuté par J. -B. Turner lorsque celui-ci était âgé de 14 ans.

On lui attribue parfois les deux statues qui décorent l’autel du Vénérable à Saint- Jean ; ces figures sont de Pierre Valckx, mais comme elles n’étaient pas complètement achevées à la mort de ce statuaire, Turner j donna quelques derniers coups de ciseau.

Guillaume van Buscom, maître-maçon, tailleur de pierre et sculpteur, exécuta, au prix de 268 florins 18 sous, la pompe monumentale qui se trouve sur le marché au Bétail à Malines h Cette fontaine, en pierre bleue, est d’une ordonnance très-élégante. La base carrée du monument offre des côtés du levant et du couchant les bouches de la pompe; les faces latérales de ce soubassement sont taillées de rugosités ondulées, simulant le ruissellement de l’eau. Au-dessus du socle se dresse un bloc de moindre dimension, orné sur les deux versants principaux de deux dauphins enlacés et artistement traités; au-dessus des poissons se détache l’inscription S. P. Q. M. Les pans latéraux de cette seconde partie sont occupés de part et d’autre par un vase, d’où l’eau déborde de toutes parts. Un fût cannelé, affectant la forme d’un vase aplati vers le haut, supporte la statue de Neptune, exécutée en 1718 par Langliemans.

1 Comptes de Malines, 1789-90.

Le Musée de Malines possède une réduction de cette fontaine ; cette terre cuite est également de y an Buscum.

G. van Buscom comprenait parfaitement le style de son temps ; il fournit divers plans élégamment conçus dans ce genre. C’est lui qui construisit pour la ville, d’après les dessins de Th. Verhuyck, la façade de la maison « het Haentjen » (le petit Coq), à côté de l’hôtel-de-ville 1 .

Nous clôturerons nos recherches sur les sculpteurs du XVIIIe siècle; nous pourrions, il est vrai, comprendre en partie dans ce dernier chapitre J. -F. van Geel (1756-1830); R. Grootaers (1762- 1807) ; F. Laurant (1762-1821) ; J.-C. De Ley (1778); J. -J. De Bay (1779-1863), mais il nous a paru qu’il valait mieux réserver ces artistes, dont la carrière artistique s’écoula surtout pendant le XIXe siècle, pour une étude spéciale sur les sculpteurs malinois contemporains. Nous étudierons alors ces personnages de près, nous suivrons leurs influences et l’histoire de leurs familles, dont quelques-unes brillèrent en France et en Hollande. Une étude particulière sur ce sujet nous permettra en même temps de nous étendre sur ceux des De Bay, des van Geel, des Grootaers et sur Boyer, qui appartiennent d’une manière absolue à notre époque.

Comptes de Malines, 1772-73.

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