Le siège de Vérone
Ces bas-reliefs mesurent 45 centimètres de haut sur 60 centimètres de large ; comme nous l’avons dit, ils représentent chacun leur sujet avec la fidélité d’un pinceau aussi savant dans l’art de la perspective que dans le talent de rappeler les moindres ornements et les plus petits détails. La perfection d’exécution de ces morceaux est si grande, qu’il nous paraît que devant elle doit tomber le reproche, adressé à Colyns, d’avoir peint au ciseau. L’artiste a atteint la dernière limite du possible ; il a exécuté en marbre ce que personne n’eut osé entreprendre, sinon sur toile : il a rendu les choses telles qu’il les voyait. Il serait donc injuste de lui faire un grief de cette immense puissance de sa main, et s’il a transporté le domaine de la peinture dans celui de la sculpture, c’est qu’il a pu donner à son marbre toute l’expression et toute la perfection que l’on observe dans la nature et qu’il a voulu reproduire fidèlement.
La statue de l’empereur défunt couronne dignement le sarcophage. Elle nous montre le prince agenouillé et levant les mains vers le ciel. Aux quatre coins du monument se tiennent la Prudence, la Tempérance, le Courage et la Justice. Ces cinq statues sont en bronze. Celle du souverain fut renouvelée plusieurs fois : en 1553, Grégor Loeffler la coula à raison de 300 florins; en 1570, Leadenstranct vint de Munich pour la fonte de la grande figure et pour celle des quatre Vertus; enfin en 1582, Louis Del Duca fut appelé d’Italie pour jeter en bronze l’image qui existe
encore, il toucha de ce chef 450 couronnes. Les cinq figures appartiennent néanmoins à Alexandre Colyns, qui en avait fourni les modèles b
Cette suite de chefs-d’œuvre valut au sculpteur malinois les plus insignes honneurs ; ayant acquis le titre de sculpteur de l’empereur, il fut encore attaché, avec la qualité de sculpteur particulier, à la maison de Ferdinand II, comte du Tyrol, second fils de Ferdinand, roi des Romains.
Ce prince chargea notre concitoyen du monument funéraire qu’il se réservait à lui -même, et de celui qui devait recouvrir les cendres de sa vertueuse épouse, Philippine Welser, fille d’un drapier d’Augsbourg, décédée en 1580. C’est aux restes de cette princesse, dont la vie avait été si digne d’inspirer un grand talent, que son époux voulut élever un monument, et c’est à Colyns qu’échut la mission d’éterniser cette pieuse mémoire.
Les tombes de Ferdinand et de Philip pine se trouvent dans la même église de Sainte-Croix à Inspruck, dans une chapelle connue sous le nom de Chapelle d’argent.
Le tombeau de l’archiduc a été décrit par M. De Ring dans l’article consacré à Colyns. Il est en marbre noir, jaune et blanc, adossé au mur dans une niche, dont le fond est occupé par l’écusson de Habsbourg et par celui d’Autriche ; des deux côtés de ces blasons se déroule l’épitaphe .
Plusieurs statues sont placées dans la niche qui
1 W. Lübke, Geschichte der plastik.
recouvre le mausolée. D’un côté l’on voit celle de saint Jacques , de l’autre celle du Sauveur entre sa Mère et saint Jean. Au-dessus des armoiries se dresse saint François ; aux côtés de cette dernière, mais un peu plus bas, se trouvent les images de saint Léopold et de saint Georges, terrassant le dragon. Ces œuvres, hautes de deux pieds, sont d’un excellent travail. Sur le sarcophage se trouve le défunt, levant les mains vers le ciel, en marbre blanc, grandeur nature, entouré de vingtsix écussons. Sous l’inscription et appuyés sur la tombe, sont posés quatre bas-reliefs d’autant de mérite que ceux du monument de Maximilien; les sujets qui se rapportent aux hauts faits de Ferdinand, sont : Ferdinand recevant la couronne de Bohême; la Bataille de Mühlberg ; la Prise de Szigeth; la Reddition de Gran. Des textes explicatifs en latin sont placés sous ces tableaux.
La statue de l’archiduc est vraie, calme, bien drapée dans son manteau. Le casque et l’épée à gauche, le sceptre à droite, sont déposés à côté de lui.
L’artiste a reproduit plus merveilleusement encore la gracieuse Philippine. Sa pose est négligée et facile; ses mains, admirablement belles, semblent rouler les grains du chapelet qu’elles retiennent. Rien dans ces deux figures ne porte la trace du froid de la mort; elles sommeillent paisiblement, rayonnantes d’espérance.
Deux bas-reliefs décorent la tombe de la princesse, tous deux se rapportent aux Œuvres de la Miséricorde, qu’elle pratiquait si bien; ils portent
la date de 1581. Les uns attribuent ces tableaux à Alexandre Colyns , mais d’autres soutiennent qu’ils sont les œuvres de son fils ou d’un de ses élèves.
Comme le tombeau de son mari, celui de Philippine est placé sous un cintre contre la muraille.
Dans l’église de Saint-Vit, cathédrale de Prague, se trouve le mausolée des rois de Bohême. Ce monument, en marbre de Carrare, a été exécuté en 1589 par Alexandre Colyns. On remarque sur le sarcophage les effigies de Ferdinand II et de sa femme, ainsi que celle de leur fils Maximilien II.
Outre ces œuvres capitales, suffisantes pour illustrer un artiste , nous connaissons encore d’Alexandre Colyns, le monument funéraire de l' évêque Jean Nas, ministre de Ferdinand, dans l’église des Jésuites à Inspruck ; le prélat est représenté de grandeur naturelle. Sa statue en marbre blanc a été exécutée aux frais de Ferdinand. La tombe d'une dame de la famille de Loxan; les bas-reliefs du monument des Ilohenhauser, et le tombeau du comte cl'Altan.
Colyns, qui excellait dans les sculptures religieuses de tout genre, disposait d’un talent non moins remarquable quand sa main fouillait la pierre d’un monument civil : vers 1577, il fit les décorations d’une fontaine octogone que l’empereur faisait élever sur une des places publiques de Vienne. Ici encore c’est le même génie, comprenant la destination de son œuvre et lui donnant le reflet de vie et la flexibilité de mouve-
ment, appropriée à l’agitation continuelle de la nature animée.
Dans le château de Wolkenstein à Trotzbourg, nous trouvons d’autres œuvres de notre compa triote, moins importantes, il est vrai, mais toutes empreintes de son profond talent.
Il semble aussi résulter de découvertes récemment faites dans les archives de Carlsrühe qu’une notable partie des décorations sculptées de la façade du château d’Heidelberg sont dues à notre éminent artiste.
Enfin la collection d’ Ambras , à Vienne , qui possède diverses productions de notre concitoyen 1 , renferme un morceau de bois cèdre , long seulement de quelques pouces, sur lequel Colyns a buriné avec la plus exquise précision ï 'enlèvement des Sabines. On admire dans le même musée la bataille des amazones et un combat de chevaliers.
Disons encore que le bas-relief en bois, figurant un épisode de la légende de saint Hubert chassant, de la crypte de l’église de Stans, est attribué à Alexandre Colyns. Ne connaissant pas cette production, nous ne pouvons trancher la question de savoir à qui revient la paternité de cette œuvre remarquable : mais en tout cas si elle appartient à un autre artiste, elle a été jugée digne du sculpteur malinois , et c’est là le plus bel éloge que l’on puisse adresser à l’auteur de cette pièce.
Après avoir produit tant de monuments remar-
1 Galerie. N° 5. Armoire. N°s 63, 64, 65.
quables qui rappellent le souvenir de ceux dont ils recouvrent les cendres , Colyns songea à luimême : il exécuta un groupe rappelant la résurrection de Lazare, et pria ses successeurs de le placer sur sa dernière demeure.
D’après l’auteur que j’ai cité, M. de Ring, l’inscription tumulaire de Colyns porte les noms d’Adam et d’Elisabeth. Au lieu d’Adam il faudrait lire, croyons-nous, Abraham, car Abraham est réellement le fils d’Alexandre . On assure qu’il succéda même à son père dans son art, mais n’atteignit jamais au même degré de perfection.
Le nom d’Elisabeth se rapporterait à la fille du statuaire; celle-ci suivit son père en Autriche, où elle épousa Jean-Jacques Schiessels , secrétaire de l’archiduc Ferdinand.
L’inscription funèbre que nous rapportons ci-après, est bien différente de celle dont M. de Ring a vu les traces sur la tombe de Colyns , car nous n’y trouvons point les noms des enfants du sculpteur.
Lorsque M. Joseph Tuerlinckx, l’auteur de la statue de Marguerite d’Autriche érigée à Malines en 1849, se rendit à Inspruck, il transcrivit les inscriptions tombales d’Alexandre Colyns et d'Elisabeth de Vleeschouwere ; il communiqua cette copie , ainsi qu’un portrait du statuaire , à la régence de Malines par une lettre datée du 26 septembre 1845 '. C’est ce texte que nous faisons suivre ici :
1 Ce portrait, qui se trouve au Musée, a été reproduit à l’eau-forte par M. Guillaume Geets.
Hie ligt begraben der ernrest und kunstreick Alexander Colin von Mechelen in Brabandt So in leben irer R. K. M.
Ferdinand und der Fs.
Ds. erzherzog Ferdinanden zü Ossterreich hoch lobseeligister gedechtnusen diener und bildhauer gewest, so anno 1612 den 17 tag Augusti in Gott entschlaffen der allmeclitig welle ime und seine 5 abgestorbne kinder [gnedig
und am grossen tag des Herrn mit allen auserwelten ain froliche urstend verleichen. Amen.
Cette épitaphe nous apprend que Colyns mourut à Inspruck le 17 août 1612; il avait donc 85 ou 87 ans, selon la date de sa naissance que l’on préfère ; sa femme l’avait précédé dans la tombe.
La pierre tumulaire des conjoints est surmontée de deux écussons sans émaux ; celui de Colyns est à trois pals , au chef portant un caducée entre deux cornes d’abondance. Ce blason n’est probablement point celui de sa famille , dans la supposition que celle-ci en ait porté ; il est à croire que les emblèmes mythologiques posés en chef y auront été introduits par l’artiste lui-même. Le second écu est parti : au premier, en chef à une fasce accompagnée de trois têtes de chien, en pointe à la bande lozangée, qui est probablement de Vleeschouwer ; au second , en chef à un poisson posé en bande , en
Mie ligt begraben die ehrntugentliaffte fraw Marie Colinin von Mechelen geborne Flieshauerin so den andern july anno 1594 in Gott seelighlich verschiden, der welle ier unnd allen Christglaubigen seelilen ein froliche auferstehung verleichen. Amen.
pointe à deux annelets , qui est Robyns. Nous avons vu que Marguerite Robyns était la mère d’Élisabeth de Vleeschouwer.
On rapporte que Colyns travaillait avec une opiniâtreté et une patience rare pour produire les chefs-d’œuvre qu'il nous a laissés. Avant d’entreprendre un sujet, l’artiste commençait par le façonner en cire, puis il le travaillait en bois, de là il le reproduisait encore en peinture , puis enfin, maître de son sujet, il le taillait en marbre.
Colyns, ayant acquis la qualité de bourgeois d’Inspruck, établit son siège principal en cette ville , ce qui ne l’empêcha pas cependant d’accepter des commandes pour des endroits éloignés. 11 s’était entouré d’élèves et de praticiens flamands ; d’après M. de Ring nous connaissons , parmi ceux-ci, Dominique de Farent et François Pervou, auxquels le maître avait confié en 1577 le gros des travaux de la fontaine qu’il avait été chargé de placer à Vienne.
Nous n’avons pu recueillir de renseignements sur les enfants de Colyns. Nous savons par des pièces reposant à Pliôtel-de-ville de Malines que ceux-ci , après le décès de leur mère , gagnèrent un procès au sujet d'une rente le 7 novembre 1605, contre la douairière Carondeleî, dame de Champvant. Ces pièces n'indiquent malheureusement point les noms des intéressés.
Une sœur d’Elisabeth de Vleeschouwer, ou au moins une de ses très-proches parentes, Barbe de Vleeschouwer, avait épousé en premières noces Corneille de Poortere , et en secondes
noces Mathieu van Oultre , peintre 1 ; lorsque Colyns et son épouse résidaient à Inspruck, le 23 novembre 1575, ils achetèrent à Barbe et à ses enfants du premier lit une rente à Malines2.
François Mynsheeren et Jean Wischavens.
Le jubé de l’église de Saint-Gommaire à Lierre est un morceau trop connu et qui a été suffisamment décrit, pour que nous en reprenions ici la peinture détaillée. Cet édicule, de style ogival tertiaire, porte toute l’expression de l’architecture de son temps ; il est donc moins un travail de bon goût qu’un chef-d’œuvre de patience, de sculpture adroite et d’agencement bien compris, où les feuillages et les rinceaux s’enlacent et se contrarient d’une manière compliquée et surabondante. Ces décorations entourent des basreliefs se rapportant aux mystères de la vie du Sauveur; entre les bas-reliefs s’élancent des pinacles couronnant des statuettes de saints. Le côté opposé du jubé est fort simple , l’on n’y découvre que quelques tourteaux contenant des écussons vides ; cependant l’un de ces tourteaux porte les colonnes d’Hercules avec la devise de Charles-Quint : plus ovltbe3.
1 Voir : Les peintres malinois, p. 289.
5 Archives de Malines, inventaire des papiers. Beaux-Arts.
3 Voir : Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique. T. V, 1848. Épitaphes et objets remarquables de l’église de Lierre , par M. Redig.
Le jubé de Lierre subit, il y a quelques années, des restaurations et des modifications qui en ont altéré le caractère primitif, mais sur lesquelles l’on se propose de revenir.
Ce riche monument est l’œuvre de deux Malinois, François Mynsheeren, cleystekker, et Jean Wisscliavens. Ceux-ci construisirent dans le même laps de temps, de 1535 à 1540, un magnifique tabernacle en pierre, dont celui que l’on admire encore dans l’église de Saint-Pierre à Louvain , fut proposé comme modèle pour la forme générale. Ce tabernacle est tombé sous les coups du marteau des Iconoclastes à la fin du XVIe siècle. Le jubé n’a échappé à cette tourmente furieuse qu’extrêmement endommagé : les statues des évangélistes et les groupes représentant des sujets de la Passion , que les Gueux brisèrent en mille morceaux , ont été remplacées par des sculptures de la main de M. Geerts. La collégiale de Lierre conserve le compte détaillé de la construction du jubé et une quittance autographe de Frans Mynsheeren, pour le placement de deux autels sous les arcades latérales du monument1.
Le jubé de Lierre fut imité d’après un monu-
1 Nous devons à l’obligeance de M. E. Mast, membre correspondant de la commission des monuments de Lierre, la communication des extraits suivants tirés des comptes paroissiaux :
“ lerst sal Frans Mynsheeren schuldig syn te leveren Paesschen a0 XXXVI naest comende alsulcken twee altaren als de heeren van den capitele ende anderen van Lyer, te Mecbelen tsyns kuyse gesien hebben, ende tselve werck dat daer ane gevrocht te weten... «
ment du même genre qui faisait l’orgueil de l’église paroissiale de Neckerspoele à Malines, et qui avait été exécuté par les mêmes artistes. L’église de Neckerspoele fut démolie durant les troubles des Pays-Bas. Ainsi que le demandait la fabrique de Saint-Gommaire, Mynsheeren fournit à cette paroisse un jubé pareil à celui de Neckerspoel , mais dans lequel différaient quelques images de saints plus spécialement invoqués dans l’église de Lierre. Toutefois M. Mast nous a fait observer , qu’il résulte d’une sorte de rapport conservé dans les archives de l’église primaire de Lierre, que le jubé de Saint-Gommaire était supérieur à celui de Neckerspoel au point de vue de l’exécution ; d’après la même pièce , les voûtes du jubé étaient identiques à celles des portes du chœur de l’église des Récollets de Malines.
Toutes les parties sculptées du jubé et celles du tabernacle ont été ouvrées à Malines et transportées par bateau à Lierre.
Lorsque le jubé était achevé, la fabrique s’adressa à l’architecte Henri van Pee , de Bruxelles, afin qu’il inspectât les ouvrages. Différents défauts de construction furent signalés dans cet examen et certains parties durent être refaites , ainsi que le prouve l’extrait suivant fourni par M. Mast :
“ Item den voerscrevene meester Henricke ende Cornelise den Ve may a0 XXXVI , naer dat sy dwerck gevisiteert had en ende vele diverse gebreken by hemlieder ter selver tyd Jan ( Wisschavens) eenen van de meesters
bewesen hadden. Betaelt voer twee daghen elc sdaegs een ryns gulden.... »
François Mynsheeren décéda à Malines dans la paroisse de Saint-Rombaut , non loin du cimetière, le 18 août 1565. Le registre funèbre de cette église consigne le trépas du sculpteur en ces termes :
“ 18 Augusty. Fransen Mynsheeren aent kerchoff. (1565). »
François Mynsheeren testa à Malines le 7 décembre 1537. Alors déjà il avait fait un partage avec une fille d’un autre lit, probablement illégitime ( voorkint ). Par sa disposition testamentaire, il déclara vouloir laisser à sa petite-fille, Elisabeth van den Brande, qui habitait avec lui, à cause des bons soins dont elle l’avait entouré, deux maisonnettes contiguës dans la longue rue des Bâteaux à Malines ; au cas où celle-ci ne laisserait pas de descendants, ces biens feraient retour aux frères et sœurs de Mynsheeren. Il avait également un fils, car il stipula vouloir donner à chaque femme dont celui-ci avait eu des enfants, une somme de 20 florins Carolus. A sa femme, Barbe, il accorda, pour un terme de trois années, la jouissance de la maison qu’elle occupait.
Nous pouvons considérer François Mynsheeren, qualifié cleysteker dans les archives de l’église de Lierre, comme le sculpteur du jubé, tandis que Jean Wisscliavens, qui corrigea les vices de construction constatés par H. van Pee dans le monument en 1536, aura été le constructeur de la
maçonnerie. Nous trouvons fréquemment le maitre-maçon J. Wisschavens au service de la ville de Malines dans l’érection des travaux importants. Dans l’histoire des peintres malinois, nous avons aussi parlé de Sébastien Wisschavens (page 282). Cet artiste était fils d’Henri et d’Elisabeth Sanders 1 ; il fut tuteur des enfants d’un Jean Wisschavens, dont la femme, Anne de Yliegere, était décédée dès le 19 mai 1533 2.
Martin Ymbrechts.
Cet artiste, jusqu’ici complètement ignoré, construisit un magnifique jubé en pierre, orné de bas-reliefs, dans l’église paroissiale de Saint-Jean à Malines. D’après les comptes de la fabrique, ce fut vers la Saint-Jean 1507 que l’on jeta les fondements du jubé. En 1513 le monument fut entièrement achevé. Martin Ymbrechts reçut en paiement de son œuvre la somme de 650 florins. Cet édicule, notablement endommagé par les Iconoclastes, fut abattu, après les Pâques en 1644; les frais de démolition s’élevèrent à 70 florins. Nous possédons peu de détails concernant le jubé de Saint- Jean, mais nous trouvons dans un ancien manuscrit, dont nous avons déjà publié des passages 3, la mention de cette œuvre d’art en ces
1 Adhéritances, 21 avril 1516.
* Chambre pupillaire.
3 Bulletins des Commissions royales d'art et d’archéologie, 1874. Chronique artistique de l’église de Saint-Jean, à Malines.
termes : Ante chorum erat artiftciosum et altum oxale deaurotum etiam ex albo lapide sculptum et ornatum mysteriis Passionis Christi Domini.
Nous voyons dans les comptes du jubé de Diest, que certain Martin, aide ou compagnon ( knape ) d’Antoine Keldermans , de Matines , coopéra à l’érection de ce monument en 1484 '. Il serait possible que ce jeune apprenti soit le même que le maître dont nous nous occupons et qui était, comme nous le verrons, allié aux Keldermans.
La réputation d’Ymbrecbts comme sculpteur et architecte était établie, car jusqu’en Hollande on demandait ses œuvres. Par contrat du 5 avril 1524, maître Martin Ymbreclits, tailleur de pierre et bourgeois de Malines, s’engagea à exécuter pour l’église de Nieuwelant (Zuid-Bevelant) un jubé, conformément au plan qu’il avait soumis. Il reconnut avoir touché déjà 100 florins du Rhin et il promit d’achever soigneusement l’œuvre en question et de la placer pour la mi-août prochaine. Il s’engagea également à exécuter son travail lui-même. En garantie de ces conditions il donna tous ses biens '1 2.
Martin Ymbrechts était fils de Louis et de Marguerite Bellens, qui demeura veuve.
Il avait une sœur Marguerite, qui convola avec Mathieu Keldermans dit van Mansdale 3; maître Martin lui-même avait épousé Élisabeth de Yos,
1 Messager des Sciences historiques, 1856, p. 494. Notice sur l'église primaire de Diest.
5 Adliéritances de Malines, 5 avril 1524.
3 Idem, passim.
veuve dès le 2 juin 1528. De son union naquirent Martin, Jean, Gilles, François, Jacques, Pierre, Rombaut, André, Antoine et Madeleine, qui épousa plus tard Pierre Verschueren \
Nos recherches ne nous ont fait découvrir que deux œuvres de cet artiste, mais il est hors de doute qu’à celles-ci ne se bornèrent point ses productions ; nous espérons que des recherches postérieures éclairciront et compléteront la biographie de ce personnage, qui occupait de son temps un rang distingué parmi les sculpteurs.
Martin van Calster.
En recherchant la biographie et les œuvres de Martin van Calster, nous restituons à l’histoire de l’art malinois une de ses importantes personnalités.
Par un fait inexplicable, le nom de ce sculp teur, très-fécond et dont les œuvres subsistent, a été complètement négligé par les auteurs qui traitèrent des artistes de Malines. Notre étude est donc entièrement neuve.
Martin van Calster naquit à Malines au XVIe siècle de Jean van Calster et d’Élisabeth Kersavonts , qui épousa en secondes noces , avant le 12 février 1598, Jean van Duerne, membre du métier de Saint-Luc ‘1 2. Martin s’était marié avec
1 Adliéritances de Malines, 2 juin 1528 et 10 février 1529.
2 Chambre pupillaire.
Barbe Verloo, dès avant 1595 \ Le nom de Verloo prend dans les actes publics des formes variées, car nous avons trouvé Verloe, van Loye et van Loo. Le 8 avril 1600, Martin van Calster et Barbe Verloo ratifièrent devant le Magistrat de Malines leur testament , passé par le notaire Ad. van de Venue le 7 avril précédent; le 24 novembre 1628 fut présenté au Magistrat un second testament, dicté ce même jour par Martin, alors moribond, et par Barbe Van Loo \ Le 21 décembre 1602 fut baptisé dans l’église de Sainte-Catherine à Malines, Jean, fils de Martin van Calster et de Barbe van Loye. Enfin notre artiste trépassa dans cette paroisse le 27 novembre 1628 3 4.
Martin van Calster, sculpteur et peintre d’images, fut reçu dans le serment des arquebusiers de Malines en 1603. Il existe au Musée de Malines (n° 13) une grande peinture exécutée en 1629, représentant les compagnons de cette association militaire i * ; sur cette toile se retrouve le portrait de Martin van Calster, bien que le sculpteur fût décédé au moment de l’achèvement du tableau. Il y est dépeint portant au cou le collier de la royauté de la gilde, dignité que son tir adroit lui avait value en 1606. Tous les portraits figurant sur
1 Adhéritances .
s Registres aux testaments .
3 II habitait dans la rue de Sainte-Catherine, où sa veuve avait encore une maison le 13 mai 1632 ( Adhéritances ). Il possédait également une maison « het Wit Leeuvoken, » dans la rue de N.-D. ( Registres aux sections).
4 Catalogue du Musée de Malines, p. 12, 1869.
cette toile sont anonymes, à l’exception de deux seulement, dont l’un porte le nom de Martin van Calster, l’autre celui de François van Loo. Ce fait est étrange , car ces deux noms se rapportent précisément à deux artistes : est-ce à dire que ceux-ci contribuèrent à l’exécution de la toile ? mais alors, pourquoi le nom de l’artiste principal “ Jan Bollon „ (Jean de Bologne ou de Bouillon) ne s’y trouve-t-il point marqué? Ou bien faut-il croire que ces noms n’y sont inscrits que parce que ceux qui les avaient portés étaient morts pendant l’exécution du tableau et que l’on voulait ainsi conserver leur mémoire?
Maître.Martin étant en 1619 trésorier du métier de Saint-Luc, signa une supplique adressée à la ville, mais contrairement à l’usage de sa famille il orthographia son nom M. van Caestre. Il occupa dans la suite les fonctions décanales de sa corporation dans les années 1623, 1625 et 1627.
Van Calster fut un travailleur actif ; par les morceaux qui nous sont parvenus nous pourrons nous faire une idée de son savoir-faire. Avant de parler des pièces qu’il exécuta pour sa ville natale, nous citerons celles qu’il envoya au-dehors.
Dans les Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, 1869, p. 261, M. l’abbé Kuyl a publié une notice sur la paroisse d’Edegliem , où il est dit : “ Au XVIIe siècle , Orner „ van Ommen, sculpteur d’Anvers, fut chargé de „ l’exécution d’une chaire de vérité, et Martin „ van Calstere, artiste malinois, livra les statues „ de la Sainte-Vierge et de Sainte- Anne . „ L’au-
teur ajoute dans ses notes que celle de Sainte- Anne, qui coûta xv florins, vient d’être découverte dans les combles de l’église; elle est, dit -il, encore en partie couverte de sa peinture poly chromée. Nous ne pouvons émettre aucune opinion sur cette image que nous n’avons pas vue.
Les œuvres fournies à l’église d’Edeghem sortirent des mains de van Calstere vers 1608 , mais antérieurement à cette époque déjà il avait traité la sculpture religieuse , puisqu’il tailla pour l’église de Saint-Jean à Malines en 1605, outre quelques pièces décoratives en bois , destinées au tabernacle , telles qu’un calice et un pélican qu’il peignit lui-même, au prix de 40 florins , deux statues en bois , l’une de Sainte-Barbe et l’autre de Sainte- Anne , qui furent placées dans la chapelle du Vénérable.
La ville de Lierre fut enrichie en 1611, 1617, 1628, d’œuvres de première importance par le maître malinois , car c’est lui qui fut l’auteur de de la croix triomphale et des images secondaires, suspendues au-dessus du jubé de l’église de Saint- Gommaire (1611). Les comptes de cette paroisse désignent l’artiste “ meester Merten van Calster „ beeldsnyder in de dry rapen tôt Meclielen „
1 Cette croix fut vendue par les révolutionnaires français en même temps que quelques autres objets et meubles de l’église. M. Mast a eu l’obligeance de nous communiquer ce que les comptes paroissiaux rapportent à l’occasion de la croix triomphale :
« Den 6 july besteed aen meester Merten van Calster, in de dry Rapen tôt Mechelen, het groot kruys boven het oksael te stofferen, en Ons Heer aent Cruys elf voeten lank en S. Jan en O. L. Vrouw elk negen voeten lank ende volkomelyk voorts te maken gelyk tôt
Yan Calster jouissait d’une réputation spéciale pour l’exécution des images destinées , comme les croix triomphales , à être vues à distance ; les notes délaissées par Henri Fayd’herbe en fournissent la preuve ; on y voit , en effet , que quand F ayd’herbe régla ses comptes le 1 9 septembre 1620 avec maître Martin , ce dernier reçut d’Henri Fayd’herbe xiv florins pour une croix triomphale , ornée de fleurs de lys , haute de quatre pieds, qu’il peignit et qu’il sculpta pour le prieuré du Yal-des-lys à Malines. Le même compte mentionne le payement de iv florins pour une statue “ d’un évêque avec une ruche „ (* Saint- Ambroise ), et de ii florins viii sous pour deux anges et pour deux figurines de l'Enfant Jésus.
L’administration communale de Malines , recourant souvent au ciseau et au pinceau de van Calster, lui confia une foule de travaux.
Sa première besogne fut la décoration de la fontaine, au pont de la Fontaine à Malines. L’ancien monument d’un caractère religieux , ayant été détruit par les briseurs d’images *, la ville chargea en 1602-03 notre sculpteur d’y placer des figures nouvelles ; son crayon fit les frais du plan et son ciseau créa en bois le groupe,
Antwerpen is, ook vereft min oft meer, dies moeten wy liem leveren die groote houten tôt Mechelen die ghelegen hebben aen de Kraen op de Werft. Daervoor hem belooft 180 gulden ende sal tegen den omgank toecomende hier staen zoo Godt belieft, en daer op verteert het welk de kerk draegen moet met M. Merten en Nuyns van Bouchout en Raes. 2 gulden 6 stuivers. »
1 Voir la notice sur Jean de Vleeschouwer, plus loin (p. 120-121).
dont la fonte en cuivre fut confiée à Pierre de Clercq.
Ce groupe , qui disparut sous le régime français, représentait Neptune debout, ayant un trident à la main; entre les jambes du dieu se mouvait un cheval marin , qui lançait les gerbes de la source par ses naseaux. L’eau était recueillie dans un réceptable en pierre de forme oblongue, sur une face duquel était figurée en bas-relief la naissance de Vénus.
Les comptes communaux de 1602-03 disent au sujet de ces œuvres :
“ Item betaelt Merten van Calster, beltsnyder, voor bet snyden int bout eenen Neptunus en zeepeert, oin daer op te gieten diergelycken van coper dienende tôt die fonteyne aen fonteyne brugge »
Pierre de Clercq , fondeur de cloches et d’artillerie fort connu en son temps, toucha en 1604 la somme de 436 florins tant pour son travail que pour le cuivre qu’il avait employé dans cette circonstance. Il avait épousé Anne van den Gheyne, des fondeurs de ce nom. Les comptes de Malines de 1554-55 nous démontrent, qu’alors déjà un autre fondeur des mêmes nom et prénom que le précédent avait utilisé xxviii livres de cuivre pour la même fontaine.
En 1606 Martin van Calster plaça une statue de Notre-Dame ayant le divin Enfant sur le bras, à l’entrée du palais '. Le palais dont il s’agit
1 Comptes de Malines, 1606-07.
ici est le Musée actuel, édifice qui ne prit le nom de Vieux-Palais qu’en 1616, lorsque le Grand- Conseil vint occuper l’ancien liôtel de Marguerite d’Autriche, qui dès lors devint le Nouveau- Palais. La Vierge de van Calster occupe encore sa place primitive : elle est une œuvre dénotant une main habile dans le jet des draperies et dans l’expression des physionomies; cependant, à première vue cette image semblerait se rapporter à la fin du XVIe siècle , surtout si l’on observe le galbe du visage de Marie et la manière dont retombe la chevelure.
La même année (1606) il travailla aux décorations de la cavalcade, besogne qui lui échut encore dans la suite 1 .
Le Christ en croix que la ville dressa, en 1611, sur le pont de Beffer , sortit tout entier, la peinture comprise , de l’atelier de notre sculpteur, en même temps que trois lions affectés à une autre destination2. En 1613-14, il travailla artistement le montant central des battants de la porte au Nouveau-Palais, que l’on préparait pour le Grand-Conseil ; il exécuta un tigre et diverses autres pièces pour Yommegang, le tout à raison de lxxii livres3.
Les œuvres qui nous restent de Martin van Calster, sortirent de ses mains en 1615 et lui rapportèrent 150 livres, prix dans lequel était ce-
1 Comptes de Matines, 1608-09, 1609-10.
2 Idem, 1610-11.
3 Idem, 1613-14.
pendant aussi compris certains objets que nous ne possédons plus. Les pièces conservées sont les chefs et les mains du géant et de la géante; cependant la tête de cette dernière fut renouvelée par Valentin van der Lantscroon.
“ Item, betaelt Merten van Calster, beeltsnycler en » stoffeerder, voor de nieuwe wercken gemaeckt totten » voorscreven ommegang namentlyck den rese, resinne, n kameniere en andere by compositie. Ie L libri. »
Bien que les géants, figures monstrueuses, ne soient point les types par lesquels il faille juger un artiste, l’on peut néanmoins dans ces pièces colossales apprécier la connaissance qu’avait leur auteur des proportions de la tête humaine ; l’on peut y vérifier jusqu’à quel point l’artiste parvenait à rendre l’expression du visage et l’on apprécie sans peine la puissance de son modelage. Sous ces rapports, l’une de ces deux œuvres, la tête du géant, ne laisse rien à désirer et l’on peut affirmer que la tête du géant de Malines est un morceau parfaitement réussi. Du reste, l’opinion publique nous a devancé de deux siècles dans cette appréciation, car à peine les géants avaientils apparu au peuple, qu’ils s’attirèrent l’approbation générale, si bien qu’en 1617 le même artiste fut chargé de compléter la gigantesque famille et d’y adjoindre les trois enfants. Ces soidisants bambins sont peut-être dans leur genre plus expressifs que leurs parents; nous devons observer ici que le cadet des enfants-géants n’a plus sa tête primitive, qui a été aussi renouvelée par Valentin van den Lantscroon. — Les deux têtes
originales de la fille et du fils aîné du géant rendent chacun un sentiment de physionomie différente et naïvement caractéristique. Van Calster exécuta ces trois dernières figures, ainsi qu’une image du Sauveur en croix pour le pont de la Fontaine, au prix total de 125 livres; les comptes de Malines de 1616-17 donnent à ce sujet des indications assez complètes :
“ Item, betaelt Merten van Calstere, beeltsnyder, soo „ voor het maken, snyclen ende stofferen van Godt han- „ gende aen het cruys op de Fonteyne brugge, als voor het „ maken van hoofden, handen, en andere dinghen dienend „ tôt de cleyne reuskens, nieu gemaeckt tôt chieraet van „ ommeghanck. i° xxv libri. »
La dernière œuvre dont les comptes fassent mention, se rapportait encore à YOmmegang; Martin tailla et peignit en 1626-27 quatre figures humaines couronnant le char appelé le Festin de Baltazar.
La première manière de van Calster, celle qui distingue sa statue de la Sainte-Vierge (1606), diffère totalement de la manière qu’il adopta dans ses géants (1615).
Une charmante figurine en bois de la Fortune, représentée par une femme nue, couronne la roue de la Fortune, l’une des pièces les plus populaires du matériel de cavalcade que possède encore la ville. Nous croyons pouvoir attribuer à Martin van Calster cette petite image si gracieusement exécutée , car le caractère de la statuette se rapproche assez bien du temps et surtout de la seconde manière de van Calster; en outre, nous re-
marquons dans le passage cité des comptes de 1615, que le maître exécuta, en même temps que les deux grands géants, d’autres menues pièces, mais toutes payées par le prix global de 150 livres; or, dans l’article qui suit immédiatement celui cité des comptes , nous est indiqué le prix auquel s’élevèrent les frais de costume des deux géants et des personnages nouvellement placés sur la roue de la Fortune. Ces derniers, jugés peu importants relativement aux géants, puisque leurs têtes sont de grandeur nature, n’auront pas été détaillés dans les comptes. Ils sont d’une exécution large, peu étudiée et toute différente de celle des géants; à part la figurine principale, qui pour le modelé ne le cède guère aux immenses personnages en question. A cause de la différence de manière qui existe entre les œuvres connues de van Calster et les personnages secondaires de la roue de la Fortune, nous pensons que ces derniers ont été exécutés sous ses ordres par des apprentis, mais qu’il se réserva la jeune femme, si délicatement rendue. Ce qui nous confirme encore dans cette idée, c’est que nous ne rencontrons dans les comptes des fournisseurs de YOmmegang de 1615 aucun autre sculpteur si ce n’est Martin van Calster.
Les van Avont.
Nous avons parlé de la famille van Avont à la page 382 des Peintres malinois. Le tableau généa-
logique joint à ce premier article devra être consulté ici encore pour reconnaître entre eux les membres de cette famille, qui se sont appliqués à des arts différents. Ayant déjà jeté un coup-d’œil sur les peintres et les décorateurs du nom de van Avont, nous ne nous occuperons ici que de ceux des leurs qui se livrèrent à la sculpture. Les œuvres des artistes de cette famille étant perdues ou inconnues, nous devrons nous borner à un simple examen biographique.
Dès 1588, nous rencontrons un sculpteur malinois Josse van Avont, personnage sur lequel nous ne possédons pas de renseignements.
Les deux premiers van Avont, mentionnés dans le tableau généalogique , sont deux sculpteurs issus du même père, ce sont Georges et Jean.
Geoeges van Avont, connu comme sculpteur dès le 23 octobre 1570, était à ce moment tuteur des enfants de son frère Jean *. Il mourut dans la paroisse de Sainte-Catherine à Malines le 3 octobre 1608, ayant eu deux femmes : Barbe Ouwaert et Elisabeth Ketzeurs. Il déposa entre les mains du Magistrat de Malines le 2 novembre 1600, le testament qu’il avait passé le 13 octobre précédent, conjointement avec sa première femme; et le 21 novembre 1607, il remit à l’autorité un testament daté du 1 3 du même mois , dicté par lui et par sa seconde épouse.
Chambre pupillaire, 23 octobre 1570, 1575.
Jean yan Ayont I, mort à Malines le 15 novembre 1614, se maria trois fois; il épousa successivement Elisabeth van Glieele, décédée en 1570 ; Anne van Hooboscli, trépassée en 1571 1 et Catherine Vincboons, qui demeura veuve 2. Les comptes de l’église métropolitaine révèlent le genre de travaux dont s’occupait cet artiste : en 1593 il toucha trente sous pour avoir exécuté l’année précédente une croix servant aux enterrements ; en 1595 il fournit encore un crucifix, au prix de xij florins, destiné aux cérémonies du Vendredi- Saint. Il sculpta en 1594 un soleil qui fut placé derrière l’image de Notre-Dame dans l’église de ce nom à Malines 3 4.
J. van Avont eut des enfants de chacune de ses unions. Du premier lit naquit Rombaut, peintre et sculpteur, dont nous avons annoté les œuvres'1; aux morceaux cités de ce dernier, nous ajouterons une image de Notre-Dame, que Rombaut tailla, au prix de xij florins en 1616, pour la fabrique de l’église de Saint-Jean à Malines.
Du deuxième lit naquit Jean van Avont II, sculpteur et enlumineur , âgé de quatre ans le 15 septembre 1575 ü II épousa le 4 août 1602 dans sa ville natale Barbe van Glieele ; celle-ci devenue veuve, convola, en 1616, avec François
1 Chambre pupillaire, 15 septembre 1575.
2 Adhéritances, 23 avril 1618, et Chambre pupillaire.
3 Comptes de l’église de N.-D. au-delà de la Dyle.
4 Les peintres malinois, p. 382 et 383. s Chambre pupillaire.
de Borger u Notre artiste fut reçu maître dans la jurande malinoise des arts le 20 octobre 1599.
Nous croyons pouvoir lui attribuer, la sculpture et l’enluminure des statues de Saint-Jean et de Saint-Joseph, exécutées en 1608 par un Jean van Avont au prix de xl florins de Rhin pour l’autel de Notre-Dame dans l’église de Notre-Dame au-delà de la Dyle 1 2.
Les mêmes sources indiquent que ce sculpteur tenait le pinceau en même temps que le ciseau, car il fournit en 1608 cinquante plaques en fer blanc, sur lesquelles il avait représenté la Sainte- Vierge, à raison d’un bras-penning la pièce. Ces petites peintures furent appliquées sur autant de bâtons pour les membres de la confrérie , qui accompagnaient la procession ; la coloration des bâtons mêmes lui rapporta un sous les trois. Parmi les objets inventoriés dans le mobilier qu’il laissa à son décès la chambre pupillaire, consigne une statue de Saint-François , exécutée par le défunt.
Enfin du troisième lit était issu Abraham van Avont, sculpteur et peintre, baptisé dans l’église de Sainte-Catherine à Malines, le 30 octobre 1593. Il épousa dans cette ville à Saint-Rombaut, le 21 janvier 1615, Elisabeth Bernaerts. Ayant travaillé jusqu’en 1620 à Malines avec Gaspar Schillemans et avec Henri Fay d’herbe, il alla se fixer à Bruxelles , où il devint franc-maître sculpteur le 23 avril 1621 ; il y avait pour élèves en 1622 Pierre
1 Chambre pupillaire, 3 février 1616.
2 Comptes de la confrérie de Notre-Dame.
van Avont, de Malines, admis à l’atelier de son parent le 11 septembre; en 1625 Josse Denens, et en 1631 Mathieu Steps \ Pierre van Avont, dont le nom vient d’être cité, ne serait-il point un des neveux inconnus d’ Abraham? A son tour, Pierre acquit la franche-maîtrise à Bruxelles le 11 septembre 1622; il avait en 1631 deux apprentis, Charles Raes et Thomas de Liewit 1 2.
Les comptes communaux de Malines de 1607-08 disent que Jean van Avont, habitant Lierre, hérita une partie du mobilier de son frère Pierre, décédé. Voilà donc un nouveau Pierre , qui n’était pas frère de Jean que nous connaissons, ni d’Abraham; car ceux-ci avaient un frère de ce prénom, tuteur en 1626 de Guillaume van Avont.
Guillaume van Avont, fils de Rombaut et de Marie van Wechter, baptisé à Malines à Saint- Rombaut le 27 novembre 1605, quitta sa patrie et partit pour la Hollande ; il fit une absence de deux à trois ans, qu’il passa à Amsterdam et où il se maria en 1625. Fatigué de se trouver “ au milieu des rebelles à Sa Majesté „ loin de la terre natale, il revint à Malines en 1626 et obtint du consentement de ses tuteurs, Abraham et Pierre, l’autorisation d’y ouvrir un atelier 3. Guillaume , qualifié dans l’acte d’où sont tirés ces détails “ cleynstekker en belthouiver, „ n’est évidemment pas le même individu que Guil-
1 A. Pinchart, Arch. des arts, sciences et lettres, t. I, pp. 36, 37.
3 Chambre pupillaire, 17 avril 1626.
laume van Avont, qui alla se mettre sous la direction de Pierre van Avont à Bruxelles, au mois de mars 1647 \ Pierre van Avont, tuteur de Guillaume , était probablement frère de Rombaut , d’Abraham, de Jean, etc. ; ainsi il pourrait être le père de Pierre le franc-maître bruxellois.
Jean yan Avont III, fils de Jean II et de Barbe van Gheele, baptisé à Sainte-Catherine à Malines le 7 juin 1607, fut sculpteur. Ayant épousé Marie Stekeldoren, il décéda le 13 octobre 1629.
Le 8 février 1627 fut conclu un accord entre l’église de Notre-Dame au-delà de la Dyle et Jean van Avont, tailleur d’images, lequel s’engagea à exécuter, au prix de cent florins, une statue de Saint-Paul, en pierre blanche, ornée de peintures et de dorures, semblable à celle de Saint-Pierre, placée contre l’un des piliers. Il devait également exécuter le socle , l’inscription et l’écusson sur cette base. La statue en question fut enlevée en 1784, sans que nous sachions ce qu’elle est devenue.
M. Pinchart a découvert plusieurs sculpteurs du nom de van Avont à Bruxelles; ceux-ci pourraient descendre d’une branche fondée en cette ville par Pierre van Avont, cependant les prénoms de ces personnages pourraient aussi se rapporter à quelques-uns des enfants notés dans notre tableau généalogique.
LdS artistes cités par M. Pinchart sont :
1 Ouvrage cité, p. 33,
Jean van Avont, maître sculpteur à Bruxelles eu 1653.
Jean van Avont, bourgeois de Bruxelles, apprenti à Bruxelles chez Jean van Denis en 1653.
Jean van Avont , franc-maître à Bruxelles en 1710 h
lies sculpteurs secondaires du XVIe siècle.
Michel Ysewyns reçut, en 1507-08, de la caisse communale le payement de diverses pièces qu'il avait exécutées pour le palais où Charles- Quint, à Malines , passa les premières années de sa jeunesse. Ces morceaux consistaient en huit lions et en quatre griffons, placés sur les balustrades de la résidence du prince.
En 1532 il contribua à la construction de la maison de la nation des poissoniers à Malines, dont il mesura la maçonnerie1 2. C’est entre les années 1532 et 1535 que nous devons placer le décès de cet artiste, car nous trouvons qu’à cette dernière époque Corneille Yemans et Thomas Samble , visitèrent les travaux de maçonnerie entrepris au nouveau Parlement de Malines par la veuve Ysewyns et par Antoine de Vleeschouwere3.
Antoine de Vleeschouwere , qui avait fourni des pierres taillées pour le nouveau local destiné
1 Ouvrage cité, p. 40.
2 F. S., Ambachtshuis der visclwercoopers te Mechelen.
3 Comptes de Malines, 1535-36.
au Grand-Conseil , est probablement le personnage quasi anonyme que les comptes de la maison des Poissoniers de Malines désignent sous le simple prénom d’Antoine, et qui a été le fournisseur de la façade et des pierres de taille de cet édifice en 1532-33. C’est encore lui qui avec Guillaume Smeeckaert , de Malines , livra les pierres pour la construction de l’hôtel-de-ville projeté à Anvers en 1542 b
Maître Antoine et son épouse , Marguerite Robbyns , testèrent devant l’écbevinage de Malines le 12 avril 1554. Il mourut peu de temps après , car sa veuve était remariée avec Gilles van Battel dit van der Wyct, dès avant le
10 mars 15601 2.
Antoine de Vleescliouwere eut l’honneur d’être le beau-père de l’éminent sculpteur Alexandre Colyns , qui avait épousé sa fille Marie. Nous avons déjà parlé antérieurement du peintre Rombaut de Vleescliouwere , fils de maître Antoine 3 ;
11 nous reste encore à citer un autre sculpteur de cette famille , un prédécesseur d’Antoine dont il était peut-être le père.
Le sculpteur en question est Jean de Vleeschouwere , lequel en 1507-08 reçut de la ville xii livres pour avoir décoré l’antique fontaine, jaillissant au pied du pont de la Fontaine. A cet effet il tailla
1 Gén AED, Notice sur les architectes de Waghemahere. Bulletin des Commissions d’art et d'archéologie, T. IX.
2 Chambre pupillaire.
3 Les peintres malinois, pp. 325, 329.
en pierre des images et des niches et il exécuta en bois les modèles nécessaires à la fonte. Sa besogne en sculpture de pierre comportait l’exécution d’une statue de la sainte Vierge accompagnée de l'ange Gabriel (probablement une Annonciation) ; une statue de Saint -Romb aut ; une autre de la Pucelle de Malines accompagnée de deux lévriers , emblèmes de la fidélité ; enfin les niches dans lesquelles ces figures devaient prendre place , et un bac en granit pour recevoir les eaux. Ses ouvrages en bois consistaient en une représentation de la Pucelle de Malines tenant une licorne dans son giron , cette dernière pièce fut livrée au fondeur Jean Fieeens, qui la jeta en cuivre et qui utilisa à cet effet cent et cinq livres.
“ Item betaelt Janne de Vleeschouwere , steenliouwere , van diverse beelden, tabernaculen ende andere reparacien gemaect van steenwercke met diverse houten vormen gesneden om de metallen werck op te gieten / al glielevert ende glieset aen de Fonteyne by de Nieuw brngghe te wetene een Maria beelt van steen gkemaect, metten inghel Gabriel / een beelt van Sinte-Rommout oick steynen / de Maecht van Mechelen oie steene gemaect met ii haeswinte en diverse tabernaculen toten selven werck gemaect met i blauwe back gemaeckt coste ii libri v en van aile den werck te settene met lysten daertoe dienende comt tsamen op xii libri. »
Nous avons vu précédemment que Jean Scliooff enlumina ces sculptures h
Nous ne reprendrons pas la notice biograplii-
1 Les peintres malinois, p. 258.
que sur le peintre -sculpteur Gérard Schooefs, dont nous nous sommes occupé dans le volume traitant de nos peintres, p. 260 et suivantes.
Nicolas du Poys, du Poix ou de Poeys est qualifié dans les registres aux adhéritances “ belderaaker en poirter „ en 1533. Il fut introduit dans la jurande des arts le 10 juillet 1507 à Malines et il y mourut en 1556; en 1540 il était juré du métier de Saint-Luc; enfin, le 23 décembre 1535 il exerçait la tutelle sur les enfants délaissés par Jean Yerstappen et par Marie Verreycken *. J’ignore si cet artiste était parent d’ÀMBROisE de Poix, prêtre et calligraplie, qui transcrivit, en 1534, un processional pour l’église de Saint-Jean à Malines et en 1535 quatre autres processionaux, chacun de dix-sept cahiers, à raison de 19 florins 1 2.
Jean van Tongerloo, étant déjà maître sculpteur, fit le 27 août 1504 l’acquisition d’une demeure avec jardinet, à proximité de la maison des Keldermans, dans la rue dite les Tuileries; en 1512 il restaura la statue de Saint-Georges dans la chapelle des arbalétriers; en 1514-15 il sculpta trois anges pour les jeux de Notre-Dame à l’occasion de VOmmegang annuel, travail qui lui valut xv escalins 3. Il vivait encore en 1533. Son fils
1 Chambre pupillaire.
2 E. Neeffs, Chronique artistique de l’église de Saint-Jean, 1874, pp. 16 et 17.
3 Comptes de Malines.
Jean yanTongeeloo le jeune, sculpteur, fut admis au métier malinois de Saint-Luc en 1523. Au XVIIe siècle nous retrouvons un Jean van Tongerloo, exerçant la profession de maître maçon b
Pieere Cornelis le vieux, sculpteur, reçu dans la corporation de Malines en 1527 fut proposé en 1574 aux fonctions décanales du métier de Saint -Luc; il avait un fils nommé comme lui Pierre Cornelis et également sculpteur. Ce dernier était mort avant le 3 juin 1573, car à ce jour Vincent Cornelis fut désigné comme tuteur des quatre enfants que le défunt avait eus de Catherine van de Venne 2. Cette veuve se remaria avant le 14 avril 1587 3.
Vincent Cornelis était également sculpteur ; il avait été proposé en 1574 comme candidat à la trésorerie de la jurande artistique. Il mourut en 1580 laissant une veuve, Elisabeth Bols, nommée aussi Bercx, avec cinq enfants h
Augustin Vercammen, sculpteur admis dans la corporation le 11 décembre 1524, approuva le 19 décembre 1561 le testament qu’il avait passé avec son épouse Elisabeth van der Lodderyen alias van Brabant, devant le notaire P. de la Derrière, le 9 octobre 1561, à Malines.
Nous trouvons dans les comptes de Malines
* Clianibre pupillaire, 10 et 26 janvier 1617. 4 Chambre pupillaire.
3 Idem.
4 Idem, 27 février et 5 mars 1587.
1508-09 qu’un sculpteur, Corneille de Neye, vendit à Marguerite de Savoye une maisonnette, touchant au palais du côté de la rue Yooght. Ce personnage était allié matrimonialement, dès le 27 juillet 1504, à Anne Rodiers *. Il devint francmaître à Malines en 1511. Nous avons cité le nom de de Neve parmi nos peintres.
Christophe van Hoobosch semble avoir été un sculpteur malinois, bien qu’il habitât Gand. Pendant qu’il résidait en cette dernière ville, il fut appelé, le 27 septembre 1504, à prendre la tutelle de l’enfant de Jean van A vont et d’Anne van Hoobosch, sa sœur. Il exerçait ces fonctions de concert avec le sculpteur, Georges van Avontb
Jean van Cappenberch, sculpteur, était le 15 janvier 1528 tuteur de Madeleine Tuback, fille de Paul, peintre, et de Catherine N... 3. Le 22 décembre 1545, notre artiste, ayant perdu sa femme Anne van Eechoute, dont il avait un enfant, reparut devant la chambre pupillaire à l’occasion de la nomination d’un tuteur pour le mineur ‘. Georges van Cappenberch, également sculpteur, fut alors appelé à cette charge. Ce second artiste était marié, mais sans avoir d’enfants, à Elisabeth Machiels en 1563 5.
Gauthier van den Berghe, cité comme sculp-
1 Adhéritances de Malines.
2 Chambre pupillaire de Malines.
3 Idem.
4 Idem.
5 Adhéritances.
teur dans les adhéritances de Malines en 1516 et en 1563, habitait le 22 juin 1527 au Ruisseau, entre le Nouveau et le Vieux Brui >.
Une des pièces les plus remarquables qu’ait produit la sculpture flamande , semble avoir été le fameux tabernacle de l’église abbatiale de Tongerloo. La réputation de cet édicule, dont l’histoire nous a conservé un si pompeux souvenir, se justifie pleinement, si l’on considère que Conrad Meyt contibua à le décorer de ses œuvres.
Si ce petit monument, commencé le 25 juillet 1536 et achevé en 1548, eut été conservé, il eut été un document des plus précieux pour servir à l’étude de l’école de sculpture qui florissait à Malines au XVIe siècle. Nous remarquons, en effet , que les artistes qui contribuèrent à son érection étaient la plupart Malinois , et qu’ils dirigèrent leurs ciseaux sous l’influence du célèbre Conrad.
Nous devons malheureusement borner nos notes à l’indication des personnages qui concoururent à l'achèvement du tabernacle , et nous conservons le regret de ne pouvoir émettre aucune opinion d’esthétique à ce sujet.
Le tabernacle de l’abbaye norbertine de Tongerloo fut élevé d’après les plans de Philippe Lammekexs, d’Anvers. Conrad Meyt tailla quelques moutons couchés au pied de l’édifice et les
1 Adhéritances .
trois sibylles placées sur ceux-ci ; il toucha 200 florins du Rhin.
Josse van Santvoort , de Malines , plaça cinq figures , cinq agneaux , trois lions sous le premier étage du tabernacle. Il exécuta une image de Saint-Augustin et une autre de Sainte-Catherine pour la bibliothèque du rez-de-chaussée de l’abbaye , ainsi qu’une statue, du Sauveur ( Salvator ) , qui prit place au-dessus de la porte de l’église , et un autre Salvator dressé dans le nouveau préau.
Le pied du tabernacle fut l’œuvre de N. Clandessens , de même que les figures mises au-dessus du premier étage du monument; Rombaut de Dryver exécuta les bordures et les ornements de cette dernière partie1.
Le tabernacle était orné de cinq cents figures en albâtre ; il était en pierre d’Avesnes avec colonnettes de marbre noir et blanc. “ Le tabernacle de Tongerloo, qui est à côté de l’autel, est la plus belle chose que l’on puisse voir en ce genre2. „ Dans ces derniers temps, l’abbaye de Tongerloo est parvenue à recouvrer quelques débris du monument qui avait fait l’objet de son orgueil ; ces fragments consistent en deux statuettes bien conservées , l’une de Saint-Grégoire le Grand, l’autre de Saint-Jérôme , et en un groupe mutilé de Caïn et Abel; il est à regretter qu’il soit
1 Heylen, Historiesche... verhandelinge... vertoonende op welhe wysen de kloosterlinge naementlyk die uyt den Kempen zyn met nut en voordeelig geweest zyn aen Kerh en Staet, 1791.
2 Voyage littéraire de deux bénédictins , p. 197. Paris, 1717.
impossible de rapporter ces images à leur véritable auteur.
Nous n’avons guère pu réunir de renseignements sur les artistes malinois , qui coopérèrent au tabernacle de Tongerloo. Bien que nous trouvions dans les temps postérieurs plusieurs sculpteurs du nom de De Dryver , nous ne pouvons donner de détails sur la personne de maître Rombaut1. Le biographe Pli. Baert n’a point passé Rombaut de Dryver sous silence; il dit que ce sculpteur florissait à Malines en 1540 et qu’il a fait le tabernacle de l’abbaye de Tongerloo. “ Ce monument a la forme d’une „ pyramide et a 50 pieds de hauteur ; sa déco- „ ration consiste en colonnes , en figures de dif- „ férentes grandeurs , en bas-reliefs d’albâtre „ délicatement travaillés , qui représentent des „ sujets du Vieux et du Nouveau Testament. „ Arnoud Streyers , treizième abbé de cette mai- „ son, a fait exécuter ce tabernacle, qui fut „ achevé en 1547 après huit années de travail. „ Voici ce qu’en dit Sanderus : opus vere heroi- „ cum et quod inter miracula Belgii merito „ possit numerari, toto enfin Belgio simile haud „ reperias. Il est placé à droite du maître-autel, „ selon l’usage du XVIe siècle , où communément „ le saint Sacrement n’était pas conservé au „ maître-autel dans les Pays-Bas2. „
1 Voir pour les de Dryver, Les peintres malinois, pp. 446-447.
5 Ph. Baeet, Mémoires sur les sculpteurs et architectes des Pays- Bas, publiés par le Baron de Reiefenbero. — Compte-rendu des séances de la Commission royale d'histoire , 1848, p. 528,
Antoine van Duerne, nommé aussi vanDoorne, fut juré de Saint-Luc en 1563, en même temps qu’un Charles van Duerne, lequel était peintre ou sculpteur. En 1566, Antoine fut doyen de son métier, et en 1574 il fut candidat pour la même charge. Il passa son testament avec sa femme, Catherine Hoffs, devant le notaire Coels à Malines le 13 octobre 1559; son épouse, sur le point de mourir, appela Laurent van der Vekene à la tutelle de ses enfants 4. Un acte du notaire Hildernisse du 22 décembre 1574, mentionne que maître Antoine, alors veuf, avait eu de Catherine Hoffs, fille de Michel, quatre enfants mineurs : Marie, âgée de seize ans; Claire, âgée de treize ans; Antoine, âgé de onze ans, et Guillaume, âgé de dix ans. Ce dernier Antoine est probablement le sculpteur mentionné dans les adhéritances avec un collègue dans l’art, Pierre Cornelis, en 1588.
Enfin, la chambre pupillaire nous apprend que le 13 décembre 1586, Antoine van Duerne était trépassé lui-même, mais qu’il s’était remarié après le décès de Catherine Hoffs; sa fille Claire était alors l’épouse de Itombaut van Tissenack, étoffeur h Jean van Doorne était tuteur du mineur Guillaume.
Les comptes de Malines disent qu’en 1560-61, Antoine van Duerne exécuta avec Gilles van Muysen et avec Gilles van den Blocke, des figures d’homme et de femme, des chapiteaux, des car-
1 Les peintres malinois, p. 314.
s Idem, p. 332.
touches et des blasons, le tout en bois. Antoine van Doorne ou van Doirne portait aussi le nom de Biesselinck, ainsi le prouve un acte des adliéritances du 20 septembre 1582. D’après cette pièce, Antoine van Doirne alias Biesselinck eut de Catherine Hoffs deux enfants, dont Jean van Doirne alias Biesselinck fut le tuteur; ensuite il procréa encore deux enfants de Marie van der Bekene. Il résulte de l’ensemble de ces notes que le sculpteur Antoine Biesselinck, dont nous avons parlé au chapitre précédent, se confond avec le personnage en question ici.
Jean van Duekne ou van Doorne, sculpteur, appartenait à la même famille que l’artiste dont il vient d’être parlé. Il exerçait son art dès le 6 avril 1570 h En 1600, il occupait avec Corneille Feermans la charge de trésorier du métier de Saint-Luc, le 7 octobre de la même année nos deux trésoriers furent appelés aux fonctions décanales. Dès 1568, il fournit des morceaux de sculpture à la collégiale de Lierre. En 1591, il fournit deux statues d’apôtres à l’église métropolitaine de Malines 2 .
Jean van Duerne I, âgé de cinquante-neuf ans le 20 juillet 1591, était marié avec Elisabeth Kersavonts avant le 12 février 1598 1 2 3 ; celle-ci avait épousé en premières noces Jean van Calster, dont elle eut Martin van Calster, le sculpteur.
1 Procuratoria. Archive « de Malines.
2 Comptes de l'église métropolitaine.
3 Adhéritances de Malines.
Elisabeth et son second mari étaient décédés avant le 27 décembre 1619 l. Elle eut de son deuxième époux un fils, Jean van Dooene II, également sculpteur, inscrit dans la gilde artistique avant 1619; Jean II, d’après un état du 21 janvier 1621, laissa Catherine Mattheussens veuve avec quatre enfants : Adrien, âgé de cinq ans; François, âgé de deux ans; Catherine, âgée de cinq mois, et Jean, âgé de cinq ans 2. Ce dernier fut le troisième sculpteur de son prénom et occupa la charge de doyen de la jurande des peintres en 1657; son oncle, Martin van Calster, fut son tuteur et probablement aussi son maître. Il toucha en 1659-60, cxviii livres et v sous de la ville pour avoir restauré les sculptures du cheval Bayard, du géant, du grand-géant et du navire, pour la cavalcade. Il avait épousé Barbe van Aken, veuve, d’après les adhéri tances, dès le 81 janvier 1671 ; ces époux eurent un fils, Jean- Baptiste, qui se maria avec Catherine van den Nieuwenhuy sen .
Jean van Doorne ou Duerne I eut une vie active et laborieuse; la quantité et l’importance des œuvres qu’il entreprit le mettent au rang de nos premiers sculpteurs du XVIe siècle, malheureusement il ne nous reste plus rien de ces productions. En 1590, il tailla en pierre le cheval de la statue de Saint-Georges, pour la chapelle des arbalétiers, ce groupe fut poly chromé par Jean van de Venne;
1 Chambre pupillaire.
2 Chambre pupillaire. Cette veuve épousa ensuite le sculpteur François van Loo. (Voir plus loin).
en 159B il exécuta une image du même saint pour la même compagnie, qui lui commanda encore en 1599 un pape g ai en bois pour la perche \ En 1589 maître Jean van Doorne plaça un Calvaire dans l’église de Saint-Jean à Malines : le Christ en croix lui valut 30 florins , les images de Saint- Jean et de la Sainte-Vierge lui furent payées 30 florins les deux, enfin celle de Sainte-Marie Madeleine 14 florins s.
La ville lui confia divers travaux importants, dont voici les principaux :
En 1589-90 une statue de la Sainte-Vierge , qui fut placée à l’extérieur de la porte supérieure ; elle coûta xx livres 1 2 3 4. En 1593-94, il exécuta et il peignit trois figures, Justicia, Pax et Veritas, qui furent posées devant la cheminée dans la salle de réunion des échevins à l’hôtel-de-ville h II fournit une statue, en bois, de Saint- Jean, pour l’autel des tisserands dans l’église de Sainte-Catherine à Malines. Cette figure , poly chromée d’une manière peu satisfaisante par Jacques van den Broecke, fut repeinte par Rombaut van Avont.
En 1594-95, son ciseau produisit une image en bois du Sauveur crucifié, modèle d’après lequel Jean Cauthals, fondeur de l’artillerie de Philippe IV, coula le Christ en cuivre, qui domina le Grancl-Pont jusqu’à l’invasion révolutionnaire fran-
1 Van Melckebeke, De kruis- of voetboog-gilde te Mechelen, pp. 82, 83, 88.
2 Comptes de l’église de Saint-Jean.
3 Comptes de Malines.
4 Idem.
çaise. Le sculpteur toucha pour son œuvre xxxi florins; celle-ci, après avoir servi au fondeur, fut érigée en 1595 par ordre du Magistrat sur le pont de la Fontaine1. En 1595-96, notre artiste s’occupa pour la ville de travaux de moindre importance : il restaura le cheval des fils d’Aymon, le Tigre et le Lion qui figuraient dans les cavalcades communales 2.
Jean Cauthals , dont il vient d’être parlé , a été l’un des premiers fondeurs de son temps. Il naquit à Malines d’une ancienne et honorable famille, dont les armoiries étaient d’azur à trois étoiles d’or; de cette souche sortirent des échevins, des juristes, un prieur d’Hanswyck et un protonotaire apostolique; une fille de cette race, Élisabeth Cauthals, convola avec Raphaël de Coxie.
Le Christ en cuivre , qui figurait autrefois sur la Place de Meir à Anvers, sortait de ses ateliers 3 4. Celui qu’il coula pour la ville de Malines, d’après le modèle de Jean van Doorne, lui fut payé, besogne , matière et gratification extraordinaire , 806 livres et 4 sous fi mais plus tard il reçut encore 3 livres 2 sous de gratification supplémen-
1 Comptes de Malines.
3 Cette image se trouve aujourd’hui au-dessus de la porte d’entré principale de l’église de Notre-Dame. Elle fut coulée au moyen du bronze provenant de la statue que le duc d’Albe s’était fait ériger par le sculpdeur Jongelinckx, d’Anvers. Cette figure ayant été brisée, les restes en furent confiés, en 1635, par le Magistrat à Jean Cauthals, pour qu’il en confectionnât le crucifix qui se dressait sur la Place de Meir jusqu’au 28 décembre 1797; en ce jour la croix fut vendue et l’acheteur en fit don à la cathédrale.
4 Comptes de Malines, 1594-95.
taire *. L’archidiacre Foppens consacre le passage suivant à Jean Cantlials 1 2 : “ Die 17 novembris „ 1640 moritur famosus Hans Cauthals tormen- „ torum bellicorum, campanarum ac tintinabu- „ lorum fusor sno œvo celeberrimus, qui e con- „ juge Catharina Herregouts, plures posteros „ inter quos descendentes Marcus Cauthals , fa- „ mosus prior Hanswicanus, et alter fusor. „
Il était fils de Jean, fondeur, et de Catherine Feermans; ce dernier, en vie en avril 1599, était décédé avant le 10 avril 1611 3 4. Son fils, dont nous nous sommes occupés, habitait en 1578-79 avec son épouse Catherine Herregouts, fille de Barthélemy, dans la rue Notre-Dame; ils gisent avec épitaphe dans l’église de ce nom devant la la chapelle de la Sainte-Croix \
Ils procréèrent un fils également nommé Jean, fondeur de l’artillerie de Sa Majesté, qui épousa à Saint-Pierre à Malines, le 25 mai 1657, Catherine Estrix, fille de Melcliior et de Barbe Neeffs.
Un petit-fils des Cauthals -Herregouts, nommé Barthélemy, embrassa la carrière ecclésiastique. Il résolut en conséquence de renoncer à la profession de ses ancêtres, mais les instances du gouvernement le firent changer d’avis, car il avait, disait-on, le secret de fondre des canons, qui ne s’échauffaient jamais. Il coula bon nombre de pièces d’artillerie tant pour son pays que pour la
1 Comptes de Malines, 1595-96.
5 Mechlinia Christo nascens et crescens. MSS.
3 Adliéritances de Malines.
4 Provincie , stad ende district van Meclielen opgeheldert, etc., tome I, p. 219.
République de Hollande. Il mourut en 1707, emportant dans la tombe le secret de son art 1 .
Nous ferons observer que par leurs alliances avec les Coxie , les Feermans et les Herregouts, les Cauthals avaient des relations étroites avec la jurande artistique.
En 1562-63, les adhéritances mentionnent encore un autre Jean Cauthals, fondeur, allié à Anne de Neve 2.
Un doyen de la gilde de Saint-Luc, en 1659, est inscrit sous le nom de Jacques Doorne ; nous ignorons si ce personnage tient aux van Doorne; il nous semble toutefois plus probable qu’il n’est autre que le peintre de Jacques de Hornes 3.
Antoine Pauwels, de Malines, exécuta pour l’église de Diest les modèles en bois des ornements des contreforts , selon les plans de Keldermans , en novembre 1531. En 1533, il construisit les voussures de la grande nef près de la tour. En 1530, il avait été nommé chef-ouvrier de la ville et de l’église de Diest pour un terme de six années; il est qualifié dans les comptes de ce temple tantôt steenliouioer , tantôt cleynstekker i. Cet artiste apparaît dans les archives de Malines le 10 novembre 1525 avec la dénomination steenhouwer.
Godefroid de Roose, de Malines, dirigea les
' Historiesche samenspraeche over Mechelen, p. 106.
’ Actes du notaire de Muntere, 23 mars 1590.
3 Les peintres malinois, p. 424 et suiv.
4 Raymaekers, Notice sur l’église primaire de Diest. Messager des Sciences historiques, 1857, pp. 53, 56.
travaux de l’église de Diest en 1526. Le 28 mai 1526, un accord fut conclu entre lui et la fabrique paroissiale pour la construction d’un tabernacle : l’artiste devait recevoir, sans le prix des matériaux provenant de l’ancien tabernacle , 110 florins du Rhin. L’édicule devait avoir trentedeux pieds de haut, à compter depuis le degré supérieur de l’escalier qui supporterait la construction. Son plan lui coûta un an de travail. On commença les maçonneries vers la fin de mars 1527 et tout était placé le 30 mai 1527. Le prévôt de l’église, n’étant pas satisfait du travail, prétendit que Roose n’avait pas suivi fidèlement le plan qu’il avait présenté , en conséquence il ne fut alloué à l’artiste que 171 grypers 2 sous
Jean van der Vekene, de Matines, était sculpteur à Anvers le 3 février 1574. A ce jour il comparut devant la chambre pupillaire de sa ville natale, où il déclara consentir à ce que Mathieu Ileyns le jeune remplaçât Mathieu Heyns le vieux , son père, dans la charge de tuteur. Il revint à Malines et y acquit la franche maîtrise du double art qu’il exerçait , la peinture et la sculpture, le 17 octobre 1581. Ayant abandonné son lieu de naissance à cause des événements politiques, il y rentra le 19 juillet 15851 2. Le XVIIe et le XVIIIe siècle produisirent encore des sculpteurs de ce nom, mais nous en parlerons plus loin.
1 Ouvrage cité, p. 123.
2 Les peintres malinois, pp. 20 et 314,
Le sculpteur Jean Heyns , franc-maître depuis 1511, quitta Malines pour se rendre à Utrecht, où il mourut en 1536 après quelques années de séjour. A ce moment les maîtres des pupilles déclarèrent que la succession de l’artiste décédé était nulle, et que les tuteurs Henri Gommaers et Jean de Laet, administreraient le produit d’un petit héritage que ses orphelins avaient recueilli en Campine.
Heyns appartenait à la famille Heyns alias Smets, qui donna le jour aux artistes qui suivent. La table généalogique de cette lignée à été publiée par Azevedo, mais elle ne remonte pas jusqu’à nos sculpteurs.
Rombaut Smet ou Smets testa à Malines le 19 août 1549 avec sa femme Barbe van Eycke alias Skemmers l. Sculpteur dès le 16 juin 1518, il est ainsi qualifié dans un acte de la chambre pupillaire.
Plus tard, un autre Rombaut Heyns , habitant “ à la Rose „ sous la tour de Saint-Rombaut, y perdit son épouse, Claire van Nispelghem, le 19 octobre 1606. Elle fut enterrée avec le concours du métier de Saint-Luc '2, auquel , en conséquence , son mari appartenait. Le nom de van Nispelghem nous paraît être une corruption de celui des peintres van Espleghem alias Crabbe. Rombaut lui-même décéda le 16 novembre 1615,
1 Registres aux testaments .
a Obituaire de Saint-Rombaut .
et fut également enterré par les soins de la nation des artistes
Mathieu Heyns alias Smets , sculpteur, apparait dans la vie civile comme caution des enfants de Henri Kersavonts et de Marguerite van den Branden , le 12 avril 1537. On le proposa comme candidat à la trésorerie du métier de Saint-Luc en 1574; il était entré dans ce corps en 1519. Enfin il devint maître ouvrier de la ville. Voici les travaux de ce personnage que nous avons découverts :
Mathieu Heyns fournit en 1545-46 des pierres taillées pour la porte du chœur de Saint-Rombaut, porte par laquelle l’on portait la châsse du patron communal :
“ Betaelt meestere Matheus Hejais voer stein werck aen de deure voor den choor daer Sinte Romouts doer gedragen wordt1 2 3 4. »
La même année cet artiste exécuta un char re présentant l’enfer, pour V Ommegang annuel 5.
En 1552-53, maître Heyns dit Smets, alors maître-ouvrier de la ville , travailla avec ses compagnons, sculpteurs et tailleurs de pierre, au nouveau Palais.
Il plaça à la même époque une statue de Saint- Christophe dans l’église de Saint-Rombautu
Heyns eût une carrière bien remplie ; il était
1 Obituaire de Saint-Rombaut .
2 Comptes de Malines, 1545-46.
3 Idem, idem.
4 Idem, 1552-53.
to
architecte, sculpteur et ingénieur dans le sens que cette qualité avait de son temps. Nous rencontrons la mention de ses ouvrages dans les comptes communaux aux dates suivantes :
En 1554-55 il travailla à la fontaine près du pont de ce nom.
En 1556-57 il sculpta un chandelier ou luminaire , qui fut placé devant la fierte de Saint- Rombaut; ce qui lui valut ii livres.
Il dressa en 1558-59 , au prix de xx sous, le plan d’un nouveau beffroi à construire dans la tour de Saint-Rombaut.
En 1561-62 il donna des plans pour un pont de bois, et pour ouvrages hydrauliques destinés à faciliter la navigation sur laDyle; l’année suivante deux autres modèles sortirent de ses mains , l’un relatif à des changements à apporter au grandpont, l’autre se rapportant à un pont de bois.
Maître Heyns reçut, en 1572-73, une somme de iv livres et x escalins en payement d’une image du Sauveur en pierre d’Avesnes, qu’il plaça au pont sur le chemin de Sempst. La statue reposait sur une colonne ornée du blason de la ville.
Comme directeur des travaux de Malines , maître Mathieu avait nécessairement la conduite de la construction et de l’entretien de la tour de Saint-Rombaut; à cet effet il dessina les plans de rigueur , comme l’indique ce passage des comptes communaux de 1574-75 :
“ Item betaelt Mathees Heyns voor sekere beworpe van figure van Sinte Romouts thoren tôt behoeff van der stad. iiii libri x s. »
Ce fut là le dernier travail par lequel notre artiste se signala dans les comptes communaux ; ce fut là peut-être l’époque de son décès. Nous trouvons dans les actes de la chambre pupillaire au 15 mai 1576, que certain Mathieu Heyns et son épouse Barbe van Nitsem , tous deux décédés , laissèrent quatre enfants mineurs , dont un fils Guillaume et trois filles.
Jean van Aeeen, sculpteur, reçut en 1594 dix florins pour avoir placé un soleil derrière la statue de Notre-Dame du Soleil, dans l’église de Notre-Dame au-delà de la Dyle \
Nicolas Cael apparaît dans la chambre pupillaire le 4 novembre 1574. Ce sculpteur fut nommé tuteur des quatre orphelins qu’avaient laissés Pierre Mannaerts et Madeleine Machiels, époux morts de la peste.
Le Liggere d’Anvers, publié par MM. Rombauts et Van Lerius, fait mention des sculpteurs malinois qui suivent :
Jean Ghenoots, franc-maître sculpteur en 1512. En 1517 il avait pour élève Henei Bouwens et en 1520 Jean van Hom.
Jacques Genoots, élève à Anvers du peintre Pieeee de Vos en 1523, devint à son tour francmaître en 1535.
Augustin Gommaees, fils de Henri de Malines,
1 Comptes de la confrérie de Notre-Dame du Soleil.
sculpteur, franc-maître à Anvers en 1541, bourgeois de cette ville le 1 juin 1565. Le 25 octobre 1557, la chambre pupillaire de Malines l’appela aux fonctions de tuteur des enfants mineurs d’Henri Gommaers et de Cornélie Snels.
Jean van Rykenroyen, fils de Jean, sculpteur à Malines et franc-maître en 1 546 , bourgeois d’Anvers le 24 avril 1562. Il était le fils de Jean van Rickenroyen et d’Elisabeth Storms , décédés dès le 2 décembre 1535. Il fut appelé à la tutelle de ses frères à Malines le 2 décembre 1545 ‘. Nous rencontrons dans les registres de la chambre pupillaire, au 29 octobre 1580, un Jean van Ryckenrode ou Ryckenroyen alias Bollaert, veuf de Catherine de Pape; au 3 novembre de la même année , ce personnage était décédé luimême, mais laissant une veuve, Marie van Hove.
Philippe Raes, sculpteur, tailla, pour compte de la ville de Malines en 1598-99, les objets suivants destinés à YOmmegang : un casque, un lion enfermé dans un château-fort, une couronne et quatre blasons h Quelques années auparavant, en 1592-93, il avait exécuté pour la commune une image du Sauveur en croix , œuvre qui fut placée dans la salle des trésoriers h II étudiait en 1543 à Anvers la peinture sous la direction de Hubert Weymans
1 Chambre pupillaire.
2 Comptes de Malines.
3 Comptes de Malines.
4 Rombauts et Van Leeius, Le Liggere d’Anvers.
Thomas Haesaeut, menuisier et sculpteur en bois, se signala diverses fois dans sa ville natale. Dans l’église métropolitaine, il entreprit la menuiserie de l’autel des IV Couronnés en 1587.
Il construisit dans le même temple en 1590 la clôture en bois ouvragé à l’entrée de la chapelle des Arbalétriers; en 1588, il exécuta pour l’église paroissiale de Saint- Jean une chaire de vérité, qui lui fut payée 186 florins 9 sous; en 1596-97, la ville lui commanda le châssis sur lequel devait être tendu le tableau, la Prise de Lierre , peint par Jean Ghuens En 1605, Hasaert toucha de la fabrique de l’église de Saint- Jean àMalines, 146 florins pour les ouvrages de bois qu’il avait exécutés à un nouveau tabernacle et pour le cadre du tableau de l’autel >.
Vers la fin du XVIe siècle naquit à Malines Rombaut Roguyts, sculpteur, qui convola à Sainte- Catherine à Malines, le 28 février 1612, avec Catherine Claes; ils testèrent le 31 avril 1629. Le nom de cet artiste figure sur la supplique que son métier adressa à la ville en 1619; il acheta en 1628 la maison, nommée “ la Table à coulisse, „ de uytrekkende Taefel, qu’avait occupée le peintre Josse Stevaert, à la Mélane 1 2 3.
Simon Rogouts ou Roguyts , qui exerçait la sculpture à Malines depuis le 28 décembre 1539,
1 Comptes de Malines.
2 Chronique artistique de l’église de Saint-Jean, à Malines, p. 28.
3 Chairibre pupillaire, 11 février 1628.
jour de son admission dans la gilde de Saint- Luc, vivait encore en 1574; il était le 7 septembre 1573 veuf, ayant un enfant d’un an et demi , né d’Anne Uyterhoeven *. Certain Pierre Rogouts , sculpteur , fut proposé , en même temps que Simon, en 1574, comme candidat pour les fonctions de waerder-meester , sorte de priseur estimant les œuvres produites par les membres de la corporation des artistes. La même année et aux mêmes fonctions , un autre sculpteur, Pierre van den Blocke , fut proposé pour partager les devoirs que l’on voulait imposer à P. Rogouts. De ce nom nous rencontrons encore deux sculpteurs, François et Gilles van den Blocke. François toucha en 1556-57 la somme de douze livres et autant d’escalins , en acquit des sculptures dont il avait orné une chambre à l’hôtel de ville de Malines1 2 3. Quant à Gilles, il exécuta en 1560-61 , en compagnie d’Antoine van Duerne et de Gilles van Muysen, une grande quantité de morceaux pour la cavalcade de l’année courante; ces pièces consistaient en figures humaines, chapiteaux, mains, tourterelles, cartouches, blasons etc. ® G. van den Blocke se décida à aller tenter la fortune ailleurs et se rendit à Dantzig, payant avant son départ trente livres de droits d’issue 4. Touchant Gilles van Muysen nous
1 Chambre pupillaire.
2 Comptes de Malines.
3 Idem.
4 Idem, 1565-66.
n’avons recueilli d’autre renseignement que celui que nous venons de mentionner. Dans la série de nos peintres nous avons cité des artistes portant également les noms de Gilles van Muysen et de François van den Blocke, mais nous croyons devoir distinguer ces peintres des sculpteurs *.
Dans le Liggere d’Anvers sont inscrits deux sculpteurs malinois du XVIe siècle : Rombaut Zeleer (van Zellaer) , franc-maître à Anvers en 1550, et Pierre de Sellaer (Zellaer), maître dans la même ville en 1551, où il donnait l’instruction artistique à deux élèves , Jean van Campen en 1557, et Jean Brebos en 1567.
Guillaume van Tielborch sculpta en 1586, pour l’église de Saint-Jean à Malines , une statue de la Sainte Vierge; qui fut placée sur l’autel de Notre-Dame dit Boems-autaer 2 . Le 10 septembre 1598 vivait Anne van Loock, veuve de cet artiste 1 2 3.
Simon Cools, sculpteur mentionné dans un acte des adliéritances de Malines le 27 mars 1527. Un autre acte des mêmes sources révèle l’existence, au 8 mars 1536, d’un Jean Boeyenans , dit aussi Boyenhals , qualifié kleystekker .
Dans l’obituaire de Saint-Rombaut nous avons relevé deux inscriptions funèbres d’une rédaction
1 Les peintres malinois, pp. 297, 307, 308.
2 Chronique artistique de l'église de Saint-Jean, 1874, p. 20.
3 Chambre pupillaire.
bien obscure , mais se rapportant néanmoins à des imagiers. Les voici :
“ 1507. Penultima januarii. ( Obiit ) Aert de Beldsnydere in de Molestrate by Papegaeys.
v 1520. 6 januarii. (Obiit) De huysvrou van Wouter de Beeltsnydere opt Ylietken l. »
Philippe de Save ne nous est connu que par une œuvre unique , une statue en bois représentant Saint-Rombaut . Les comptes de l’église métropolitaine de Malines consignent en 1595 une somme de v florins payée à l’occasion de cette image placée “ contre le pilier sous la tour. „ Cette figure est perdue.
Nicolas Rael , sculpteur malinois, habitant dans la rue des Beggards, travailla en 1573 pour l’église collégiale de Lierre. Nous trouvons au XVIIe siècle un sculpteur, dont le nom se rapproche du dernier, c’est Conrad de Rael, qualifié beldesnycler , fils de Philippe et de Claire Verbrugghen, tous deux décédés, d’après un acte de 1642 2.
Guillaume van den Broecke, dit Paludanus, tailleur d’images , de Malines , fils d’Henri , fut reçu maître de la gilde de Saint-Luc à Anvers, en 1557; il devint bourgeois de cette ville le 15 décembre 1559. Le Liggere d’Anvers complète les renseignements qui précèdent en signalant quelques unes des œuvres de cet artiste :
1 Vlietkeii, il s’agit ici du Coolvliet, près du Marché au Beurre.
2 Adhéritances de Malines,
En 1566-67, il exécuta pour l’église de Notre- Dame de Noël “ trois statues placées, au-dessous de la poutre du crucifix ; „ il se construisit une maison en 1567 dans la rue du Canal, aujourd’hui rue Rubens. Cet artiste, décédé à Anvers, fut enterré dans l’église de Saint-Jacques ; sa pierre sépulcrale portait qu’il trépassa le 2 mars 1579, à l’âge de cinquante ans * . Voici cette inscription funèbre :
Merct.
Wie rust hier door de doot subiect?
T’is Guilliam Paludanus beldsnyder ghepresen.
Int leven ouwt outrent L jaeren perfect.
Sterff den n meert soo elc mag lesen.
Godt wil door Christian syn salicheit wesen.
MDLXXIX.
Le peintre en bâtiments , Guillaume Polodaen (Paludanus), de Malines, qui obtint la franchemaîtrise dans le serment anversois de Saint-Luc en 1607, est, sans doute, un parent de notre sculpteur, à la famille duquel appartenaient également les van den Broeck, que nous avons rencontrés parmi les coloristes du XVIe siècle.
Jacques Tissenack , sculpteur malinois , issu d’une famille de peintres , devint franc-maître dans son art à Anvers en 1 600 1 2.
Nous clôturerons la série des sculpteurs du XVIe siècle en mentionnant le nom d’AxNE de
1 Inscriptions funéraires de la province d’Anvers, II, 197.
1 Rombauts et Van Lerius, Le Liggere d’Anvers.
Coxie. Cette fille du célèbre Michel et d’Ide van Hasselt, sa première épouse, s’occupait de sculpture à en croire la tradition et l’assertion de E. J. Smeyers; rien cependant n’est venu confirmer authentiquement ce fait ; tout ce que nous savons relativement à Anne de Coxie, c’est qu’elle naquit vers 1547 et qu’elle embrassa l’état religieux au béguinage de Malines \
1 Registres aux testaments, 11 avril 1587. — Adhéritances, 1573. — Voir article Coxie, dans Les peintres malinois.