SIS SCULPSIT. ANNO MDLXVI
Il était issu d’une famille où l’art était pratiqué depuis plus d’un siècle 3. A celle-ci appartenait le peintre Thierry Colyns, qui florissait à Malines en 1540. Ce dernier avait eu d’abord d’Anne Maerschalk six enfants, puis d’Elisabeth Hauwers, sa seconde femme, encore cinq enfants.
1 M. De Ring, Alexandre Colyn. Messager des Sciences historiques, 1844.
a Dans l’église d’Inspruck est également conservé le portrait de l’épouse de Colyns.
3 Voir : Les peintres malinois, pp. 303, 304.
Nous n’avons malheureusement pu retrouver les noms des divers enfants de Thierry I, mais voici ce que nous en savons : il eut deux fils du nom de Jean. L’un fut tuteur, le 8 mai 1571, des deux orphelins délaissés par un autre Jean Colyns, fils d’Edmond et de Catherine Machiels h L’autre était le 7 octobre 1577 artiste -apprenti, car à ce jour la chambre pupillaire malinoise autorisa la vente d’une rente pour subvenir aux frais d’apprentissage de ce jeune homme, fils d’Elisabeth Hauwers. Il avait aussi eu du premier lit un fils, nommé Thierry comme son père, et un autre appelé Crépin. Crépin Colyns, dont nous avons parlé lorsque nous traitâmes des peintres malinois 1 2, avait été jusqu’au 5 décembre 1585 tuteur des enfants de Thierry et d’Elisabeth Hauwers, et il fut alors remplacé dans cette charge par Jean Maerschalk 3. Au mois d’avril 1573 les frères Thierry II et Crépin Colyns adressèrent une requête au magistrat de Malines; ils y exposent “ qu’étant fidèles au roi et à la religion, mais pauvres et sans ressource, ils osent implorer la clémence de l’autorité communale, car ayant été cruellement éprouvés pendant le dernier pillage de Malines, ils ne peuvent solder les dettes de leur mère Anne Maerschalk alias Donsyck pour laquelle ils avaient répondu ; en conséquence ils demandent une prolongation de neuf années, comme le terme des paiements à faire. „
1 Chambre pupillaire .
2 Page 303.
3 Chambre pupillaire.
C’est probablement à un enfant de Thierry II que se rapporte un acte de baptême inscrit dans les registres de l’église de Saint-Jean à Malines : “ 20 augusti 1585. Baptisatus Alexander Co- „ lyns, filins M. Tlieodorici Colyns et Elisabeth „ Crumners, susceptores, Alexander van den Boss „ et M. Martinus van Gelcke. „
Cet enfant était donc l’homonyme du grand sculpteur.
Un autre parent des Colyns était Jacques Colyns, sculpteur [klynstekker) . Celui-ci quittant Malines en 1582, s’établit à Dantzik où il mourut célibataire en 1600. Il était fils de Jean et de Barbe van Steensel , dont étaient issus aussi Thierry, Gaspar, Catherine et Dorothée. La succession du défunt s’élevait à 600 florins; le magistrat de Malines, sur l'avis des deux oncles van Steensel des enfants, délivrèrent aux autorités de Dantzik, le 2 octobre 1600, un certificat constatant les parentés que nous venons de donner.
Jean Colyns-van Steensele ne serait-il point l’un des fils cités de Thierry I?
Après ces renseignements généraux sur la famille de notre statuaire, revenons à lui et tâchons d’élucider le plus possible sa biographie.
Alexandre Colyns était fils d’Edmond. Nous avons une double preuve de la filiation de notre artiste : d’abord l’acte constatant que le 7 janvier 1566, maître Alexandre Colyns, fils d’Edmond, déposa son testament et celui de sa conjointe; ensuite un acte des adhéritances de Malines établissant l’achat d’une rente par Jean Colyns au
nom de son frère Alexandre. Or, Jean était fils d’Edmond \
Il semble naturel d’admettre qu’Alexandre reçut les premières leçons de dessin et de sculpture dans le cercle de sa famille. A l’époque de l’adolescence de Colyns résidaient probablement encore à Malines certains grands artistes qui y avaient vécu sous la protection de Marguerite d’Autriche. A la cour de cette princesse avaient brillé deux noms célèbres, ceux de Guyot de Beaugrant et de Conrad Meyt, dont notre maître dut éprouver, au moins indirectement, l’influence2.
1 Adhéritances , IG avril 1567. Jérôme Pieters de Cats , trésorier de Malines , agissant au nom de Messire Adrien de Borchgrave , vendit à Jean Colyns, agissant au nom de son frère Alexandre et de Marie Svleeschouwers, une rente de 18 florins Carolus.
2 Conrad de Malines , dont le vrai nom était Conrad Meyt, dut son surnom au séjour qu’il avait fait dans la ville de Malines lorsqu’il était attaché au service de Marguerite d’Autriche. Cette illustration artistique étant suisse d’origine , ne pourrait prendre place dans la série de nos maîtres malinois mais la célébrité et le talent de Meyt sont si considérables que nous dirons quelques mots du temps que le maître passa à Malines. Lorsqu’en 1520 Albert Durer entreprit son voyage dans les Pays-Bas , il vint à Malines où il visita maître Conrad “ le bon sculpteur de Madame Marguerite. » L’année suivante, le peintre Allemand, après la fête du Corpus Domini, revint voir l’éminent sculpteur à Malines; il descendit à la Tête d'or, chez Henri (Keldermans) , le peintre; deux fois il invita Conrad à dîner, et la femme de ce dernier fut conviée au second repas, l’amphitrion raconte lui-même que ce banquet lui coûta vingt-neuf sous. Pendant cette excursion, Durer peignit le portrait de Conrad Meyt 2.
Conrad de Malines travailla aux merveilles que possède encore l’église de Brou de 1526 à 1534; nous ne pensons pas qu’à son retour de France, Meyt soit revenu habiter Malines, car Marguerite d’Autriche étant décédée en 1530 , sa protectrice n’y était plus 3, et en
1 A. Pinchart, Archives des arts, lettres et des sciences, tome II, pp. 7 et 300.
2 F. Verachter, Albrecht Durer in de Nederlanden.
3 Jules Baux, Histoire de l'église de Brou.
Ce n’est que dans la seconde moitié du XVIe siècle que Colyns quitta sa patrie pour répondre à l’appel que lui fit l’archiduc Ferdinand d’Autriche.
Nulle pièce ne signale la présence du sculpteur malinois dans sa ville natale avant que Ferdinand l’eût attaché à sa personne ; ce n’est qu’après l’achèvement du monument de Maximilien que nos registres parlent de l’artiste et de sa femme. Il résulte de deux passages des actes reposant aux archives communales , que Colyns visita son lieu de naissance en 1566. Le 7 janvier 1566 il y passa son testament avec son épouse Marie de
1536 il fut inscrit dans la corporation de Saint-Luc à Anvers.
Nous n’avons retrouvé dans les archives de Malines que deux passages relatifs au séjour de Meyt en cette ville. Le premier acte , tiré des adhéritances, donne la situation de la maison où demeurait l’artiste. Cette habitation, proche de l’hôtel de la gouvernante, était sise au cimetière de Saint-Pierre et séparée par une demeure seulement de l’hermitage dépendant de l’église paroissiale; voici comment s’exprime le registre :
“ Henric Remi met Margriete de Vos syn wyve heeft vercocht ii Rommoude Borremans zeven Carolus guldenen van veertich groot » vlaems tstuck erfelyc chys te heffene... op de voerscrevene Henric h huysinghe.... staende op Sinte Peeters kerchoff tusschen Coenii raeds de beeldesnyder erve aen deen zyde en de cluys aldaer aen h dander zyde — Actum 27 july 1534. »
Un autre passage nous informe du nom de la femme du sculpteur :
“ Meester Conrad Myt beldesnyder van M. genadige Vrouwe en n Berthelenine le Paige zyne huysvrouwe. » 27 martii 1524. (Chronologisclie aenwyser, ad. ann., p. Ibis. Archives de Malines).
Guyot de Beattgkant, sculpteur, statuaire, florissait à Malines en 1525-30; en Espagne en 1533-44; il exécuta le mausolée de l’archiduc François d’Autriche à Saint-Jacques-sur-Caudenbergh, la cheminée du Franc de Bruges, etc. (Voir Biographie nationale , article par E. De Büsscheb).
Vleeschouwer, et le 16 avril de la même année un acte des adhéritances prouve qu’il était encore à Malines à ce jour; dans ce dernier acte sont mentionnés Jean de Vleeschouwer et sa sœur Marie, conjointe d’Alexandre Colyns.
Le 7 janvier 1566 les testateurs déposèrent entre les mains des échevins de Malines, l’acte de dernière volonté formulé par eux le même jour devant maître Adrien van Hildernisse. Les registres aux testaments de l’hôtel-de-ville qualifient notre compatriote de pensionnaire de l’archiduc d’Autriche.
“ Alexander Colyns , Mondius zoon en pensionnairus des hooch geboirne ertsliertoghe van Oistenryck, en juffr. Marie Svleeschouwers , syn wettighe lmysvrouw, hebben geratificeert ende geapprobeert alsulcke testament en ordonnancie van uuytersten wille, als zy verclaerden op lieden dat my van dezen gemaect en gepasseert te liebben voer M. Adriaen van Hildernisse, openbaer notarys, en zeker getuygen, willende en begherende de voersc. man en wyff dat tselve huerlieder testament en ordonnancie van uuytersten wille in aile zyne poincten en articulen volbraclit en volvuert sal worden , al of tselve van nieuws voor ons met consente en te bystaene van een der comoignemeesteren deser stede gemaect en gepasseert waere b »
Nous n’avons pu retrouver malheureusement le texte même de ce testament dans les protocoles de Hildernisse ; les actes de ce notaire , conservés en partie au greffe du tribunal , ne commençant qu’à l’année 1571.
Registres aux testaments de Malines, volume XIV, 1563-1569.
Bien qu’établi en Tyrol , l’éminent statuaire paraît ne pas avoir abandonné la pensée de revenir un jour habiter le lieu de sa naissance; car non seulement il conserva les propriétés qu’il avait à Malines, mais il en acquit de nouvelles l Pour l’administration des biens qu’il avait du chef de sa femme, il donna le 20 mars 1576 une procuration , avec l’autorisation de celle-ci et de la sœur de cette dernière , Jeanne de Vleeschouwer , à François Verstrepen2. Il semble résulter de cette source que nous consultons qu’ Alexandre Colyns, fondé de pouvoir de son épouse et de sa belle-sœur, vint personnellement à Malines en 1576 pour la gestion de leurs immeubles. Ce voyage en Belgique ne fut pas le seul qu’entreprit le statuaire; en 1599 il se trouvait dans sa ville natale et il y fit un séjour assez long , puisqu’il y reprit le ciseau , comme nous le verrons plus loin. Les registres aux adliéritances donnent au 16 février 1599 un acte intéressant pour la famille du maître malinois ; on y voit qu’ Alexandre Colyns , alors veuf de Marie de Vleeschouwer, habitant Inspruck en Tyrol, et
* Adliéritances, 20 septembre 1582; 7 février 1592. Le 7 février 1592, A. Colyns et Marie de Vleeschouwer achetèrent par l’intermédiaire de François Hemelrycx, leur beau-frère, époux de Barbe de Vleeschouwer, une maison sise dans la rue de Sainte- Catherine au coin de la rue du Poivre, et deux autres maisons attenantes, par derrière, à la première et situées dans la rue du Poivre.
Le 20 septembre 1582, les tuteurs des enfants d’Antoine Biesselinck alias van Doirne , vendirent à François Hemelryckx, pour compte d’Alexandre Colyns et de sa femme, une rente.
3 Registres Procuratoria, vol. VI, 1572-1577.
son fils Abraham , tant pour lui-même que pour Madeleine Colyns , sa sœur , veuve de messire Jean-Jacques Schiessels, en son vivant secrétaire de l’archiduc Ferdinand, transportèrent une rente, hypothéquée sur une maison den Borreput (la citerne), rue de Beffer1.
C’est pendant ce séjour à Malines que Colyns exécuta , à la demande de l’autorité communale , le géant dit le Grand-père , la seule pièce connue que la Belgique possède encore de ce grand artiste. Ce morceau ne rentre point malheureusement dans le genre fin où excellait le maître , car c’est une œuvre , quasi décorative , de grandes proportions et destinée à produire un effet éloigné ; — par un rare bonheur, c’est la ville de
1 « Her Alexander Colin, hoffbeeltsnydere der roomsche keyserlyke Majesteyt ende huyse van Oostenryck, woonende tôt Insburck ( Inspruck ) in den lande vanThirol, weduwner van jouffrouwe Maria de Vleeschouwere, zoo voor hem selven als oick oni tgene naerber screven staet te doen onwederroepelyk gemachticlit van Abraham Colyn syne zone, oick voor hem selven ende in plaetse van jouffrouw Magdelena Colin zyn sustere, weduwe jonckheer Hans Jacob Schiessels te Lichtendor, in syne leven secretaris van hooghe ende saliger memorie Ferdinandus ertshertoge van Oistenryck, oick in den naeme van jonckeer Jacop Partels, muntmeester des voornoemde keyserlyke Majesteyt tôt Hal, in dat de voorscrevene joufî'v. Magdelena momboirs haer gegeven van der overicheyt ons gebleken by letteren van procuratie in date de 20 november leste gepasseert voor burgemeestere der stadt Insburch... heeft in dier qualiteyt opgedragen aen Antonie de Reude tôt zyne ende Anna Schooff synder huysvrouwe behoeff de 25 Carolus guldenen erff-rente met de jaer verloope , verschene de vyfde november leste op de huyse metter plaetse, gronde, achterkuyse et pertinentibus, de borreput geheeten comende achter ten watere gestaen in de Ëefferstraete, volgens de constitutie brieff daer aff synde in date van v november 1566. » Actum 16 février 1566.
Malines qui conserve le legs unique que le plus éminent de ses enfants ait laissé dans sa patrie. Cette œuvre colossale , bien que fréquemment restaurée , décèle encore le talent de son auteur principal , particulièrement dans les bras , les mains et les jambes du géant; ces parties, modelées avec hardiesse et vigueur, reproduisent toutes les formes anatomiques de ces membres du corps humain.
Colyns exécuta en 1599, au prix de 311 livres 14 sous, cette figure, dont les comptes communaux de 1599 1600 parlent en ces termes :
“ Betaelt meester Alexander Colyn , vant gene hy verleet lieeft tôt liet maecken van reuse, xxxvi libr. xiiii st,
« Betaelt meester Alexander Colyn voor het maecken van den nieuwen reuse ende synen neve die bem geadsisteert lieeft, volgens syne quitantie, ii° lxxv libri. »
Les détails qui se rapportent à ce travail sont complétés par un extrait de l’un des registres dits Roodboeck, commencé le 9 septembre 1585 et terminé le 3 octobre 1646 '.
“ Den Mollem (le moule ) oft vormen van den rese die meester Alexander Colyn in den jaere 1599 gemaeckt heeft syn eenen dertich stucken, liggen opt kamerken in de Halle, met nocb eene groote schere met den prieur en nalien en twee plaets eysers daer werck mede gemaeck es. Aldus geanoteert by verclaer van Baptista Bornon. v Septembris XVIe dry. «
Pour bien comprendre ce passage , il convient de dire que le géant en question a les parties
1 Archives de 'Malines.
principales faites en carton coulé; Colyns exécuta donc les modèles et les moules, destinées à recevoir cette matière. Les têtes des géants d’Anvers, conservées actuellement au musée du Steen , ont été faites dans les mêmes conditions par Pierre Coeck.
Le passage du Roodboeck prouve que déjà en 1603 la ville attachait grand prix aux moules du géant et aux instruments qui avaient servi à l’illustre maître pour créer son œuvre. Nous émettons le souhait que des recherches soient faites aux halles de Malines afin de retrouver ces précieux souvenirs.
Le neveu (neve) qui aida Colyns dans sa besogne tient ou bien aux de Vleeschouwer ou aux» Colyns ; parmi les Vleeschouwer nous n’avons découvert aucun artiste descendant des frères et sœurs de Marie de Vleeschouwer1, mais parmi les Colyns si nombreux on pourrait chercher le neveu qui contribua à l’œuvre de notre artiste. Nous savons , du reste , que Jean Colyns , époux de Catherine Machiels, délaissa des enfants.
L’épouse d’Alexandre Colyns était issue d’une famille d’artistes ; nous avons parlé des de Vleeschouwer qui s’étaient appliqués à la peinture 2 ; d’autres personnages de ce nom se livrèrent également à la sculpture , comme nous le verrons plus loin, mais ces derniers avaient chronologiquement précédé Colyns dans la carrière.
1 Voir : Les peintres malinois, pp. 325 et 326.
s Idem, idem.
Marie de Yleeschouwer était fille d’Antoine , tailleur de pierre et sculpteur à Malines , et de Marguerite Robbyns ou Robyns. Il est fort possible que Marguerite ait été la fille du peintre Thierry Robyns 1 . Après le décès d’Antoine de Yleeschouwer , sa veuve convola en secondes noces avec Gilles van Battel dit van der AYyct ou Yerwyck, qui , lui aussi , appartenait à une race de peintres connus2. Marguerite, belle-mère d’Alexandre Colyns, vendit à son gendre, “ cleynstekere en artist van der keyserlyke majesteyt , „ et à Marie de Yleeschouwer, une rente de 18 florins Carolus. Cette vente eut lieu le 16 janvier 1566 3 4; l’absence d’intermédiaire dans la transaction prouve que les contractants se trouvèrent personnellement présents à la passation de l’acte, il en résulte que Colyns vint faire une excursion dans sa patrie , immédiatement après qu'il eut terminé le tombeau de Maximilien , qui porte aussi la date de 1566.
Lorsque Colyns quitta Malines , il jouissait déjà d’une renommée justifiée par des travaux importants , puisque l’archiduc F erdinand d’Autriche , frère de Charles-Quint , le manda à Inspruck pour lui confier l’exécution du monument funèbre de l’empereur Maximilien , son aieul, mort depuis 1519 \
1 Les peintres malinois, p. 311.
2 Idem, p. 103 et suiv.
3 Adhéritances de Malines.
4 Voir : Baron de Pollnitz, Lettres et mémoires, tome II, p. 62. — Michaud, Biographie universelle . Supplément.
Le défunt empereur d’Allemagne avait conçu le projet d’ériger à Inspruck une nouvelle église et de s’y réserver un lieu de sépulture ; mais la mort avait entravé la pieuse pensée du prince, qui en légua l’exécution à ses successeurs. Ferdinand fit commencer en 1553 les travaux ordonnés par son aieul, et il entreprit la construction de l’église ; les bâtiments s’achevèrent si rapidement qu’en 1558 l’on clôtura la voûte du nouveau temple. Il fit en même temps reprendre l’exécution du cénotaphe de Maximilien; ce monument fut, à ce qu’il paraît, commencé du vivant même du monarque et fait en partie d’après ses indications.
Selon une tradition conservée en Tyrol, Ferdinand avait remis le travail à deux artistes de Cologne , les frères Abel ; ceux-ci entamèrent l’ouvrage des bas-reliefs en 1553 , et ils en avaient produit quatre, quand la mort les surprit en 1563. Nous constatons cependant qu’avant cette date déjà, l’empereur Ferdinand avait appelé l’artiste malinois pour qu’il travaillât au tombeau, dont le marbre avait été choisi dans les carrières de Carrare jDar les frères Abel en question. Il est établi que dès 1558 Colyns sculptait l’un des basreliefs du mausolée \
1 M. de Ring, dans le Messager des Sciences historiques, 1844, p. 93, a publié un intéressant article sur A. Colyns et sur le monument d’Inspruck; nous renvoyons à ce travail qui donne une description fidèle et étendue du tombeau de Maximilien. L’auteur, au sujet des frères Abel, observe très-judicieusement que le nom de ces artistes ne se trouve gravé sur aucun des quatre bas-reliefs qui
Alexandre Colyns se rendit digne de la faveur impériale, et il acheva en 1566, dans l’espace de huit ans, les vingt-quatre bas-reliefs de marbre qui entourent le monument; ces superbes tableaux représentent les faits les plus glorieux de la vie de l’empereur, et nous osons le dire , jamais épopée ne fut célébrée avec autant de détails, de verve, d'éloquence et d’expression que le fît le ciseau du sculpteur de Malines.
Le monument de l’empereur occupe le centre de l’église de Sainte-Croix ; il se compose d’un sarcophage de marbre, reposant sur trois degrés de la même pierre ; sur la tombe se dresse la statue en bronze de Maximilien, en costume impérial. Aux quatre coins du monument sont placées quatre figures allégoriques représentant des vertus, également en bronze.
Les parois du sarcophage sont revêtues des superbes bas-reliefs, qui nous reportent successivement à tous les âges du héros.
Aussi étonnant, dit M. De Ring, par l’immense
lem’ sont attribués, tandis que Colyns a apposé son nom sur la partie postérieure du monument : certes le grand artiste n’eut point mis sa signature sur des pièces dont il n’était pas l’auteur. Du reste, la différence de manière entre les bas-reliefs n’est pas assez tranchée pour que l’on y trouve positivement la trace des sculpteurs différents. Peut-être, dit M. de Ring, les frères Abel n’étaient-ils que les praticiens qui ébauchèrent l’œuvre du maître; car il est établi que Colyns avait à sa disposition plusieurs sculpteurs des Pays-Bas , auxquels il confia la partie primitive de son travail; cette circonstance nous est attestée par une lettre que Colyns adressa au gouvernement autrichien pour le prier de vouloir accélérer l’envoi de Prague des dessins , qui devaient le guider dans son travail , afin qu’il pût tenir ses élèves réunis et à l’ouvrage.
quantité d’objets qu’on y remarque, que par la manière fine et délicate avec laquelle l’artiste les a faits ressortir, ce sont ces bas-reliefs magnifiques qui ont à juste titre fait la plus grande réputation d’Alexandre Colyns.
Il n’est qu’une voix sur le mérite de ces compositions, dont les figures ont le sentiment qui convient à leur situation et font toujours ressortir les passions qui les dominent.
Dans chaque bas-relief la figure de l’empereur surtout se distingue par son extrême ressemblance et principalement par l’art avec lequel le sculpteur a su marquer les révolutions de l’âge sur les traits du souverain. Le seul reproche que l’on ait fait à Colyns, c’est d’avoir outre-passé les bornes prescrites à l’art plastique et d’avoir voulu peindre en même temps que sculpter. Ce sont souvent, en effet, des tableaux de marbre où les plus petits détails de la nature et de la perspective sont observés, et dont on ne sait ce qu’on doit admirer le plus, ou la patience de l’artiste à les tailler, ou l’art avec lequel il a su les faire ressortir de la pierre.
Nous ne décrirons point les vingt-quatre chefsd’œuvre dont l’artiste malinois dota la tombe de Maximilien. Pour cet objet nous renverrons à la scrupuleuse description que M. De King a publiée et aux planches gravées qui accompagnent ce texte; mais nous indiquerons, d’après cet auteur, le sujet de chacun de ces panneaux :