‹ Histoire de la peinture et de la sculpture a MalinesChapitre 6 sur 11 · I.es Fayd’lierbe · texte numérisé non relu

I.es Fayd’lierbe

L’avénement des archiducs Albert et Isabelle ouvrit une nouvelle période à l’histoire politique de notre patrie ; il commença un règne de paix, dont les bienfaits influèrent nécessairement sur le développement artistique et sur le progrès matériel. Le XVIe siècle avait assisté au lever de la Renaissance, mouvement qui fut arrêté malheureusement, dans sa marche, par des guerres et par des dissensions civiles et religieuses. Mais lorsque ces tristes temps, dont les dévastations des iconoclastes signalèrent les plus mauvais jours pour l’art, furent passés, le calme fit renaître l’espérance et l’on songea à relever les ruines qui couvraient notre sol.

A la suite de la destruction des images, une ère de réparation commença ; les peintres et les sculpteurs affluèrent et tentèrent de rétablir dans les temples les œuvres d’art qui y manquaient. Nos sculpteurs se mirent à l’œuvre et peuplèrent les églises de pièces nouvelles. Ces productions toutefois apparurent avec un caractère inconnu jusqu’alors, car elles avaient perdu, sauf de rares exceptions, le type de l’ancienne école gothique; toutes étaient marquées au coin de la Renaissance; elles visaient à s’affranchir du vieux style et à imiter, avec plus ou moins de succès, les chefs-d’œuvre de l’antiquité. Les relations avec l’Italie, devenues plus nombreuses et plus faciles, réagirent puissamment sur notre statuaire nationale, qui commença dès lors à subir les effets de l’influence étrangère de Michel- Ange. Sous cette inspiration se produisirent un grand nombre d’œuvres sans caractère propre, mais dans lesquelles on reconnaît un singulier mélange de la manière italienne jointe à la manière flamande.

Cette époque d’indécision et de tâtonnement était transitoire et ne pouvait durer, car notre sculpture devait nécessairement finir par tomber dans l’un ou l’autre type spécial ; ce moment devait arriver lorsqu’une main puissante parviendrait à imprimer à l’art un mouvement général et décisif. C’est dans la première moitié du XVIIe siècle que Rubens créa le type spécial qui depuis caractérisa la Belgique; son vaste génie subjuguant toutes les branches de l’art, leur commu-

niqua la manière large et hardie qui le plaça à la tête de l’Ecole flamande. Les sculpteurs malinois éprouvèrent cette impulsion rubénique à divers degrés, mais elle se manifesta d’une manière non équivoque dans les œuvres de Luc Fayd’herbe. Ce personnage comptait dans sa famille plusieurs sculpteurs; avant donc de nous occuper de lui, nous dirons un mot de ses parents qui le précédèrent dans la carrière artistique.

§ 1. Henri Fay d'herbe \

Henri Fayd’herbe, fils du brasseur Antoine et de Livine Gramvels, sa première femme, naquit à Malines en 1574 1 2 . Il était enlumineur, doreur et adroit sculpteur de petites figurines en albâtre. Au mois de septembre 1588, il entra dans la gilde- de Saint-Luc de sa ville natale, et il commença son apprentissage chez Melchior d’Assonville, étoffeur, natif de Bruges. Le 17 juillet 1599 il fut reçu franc-maître. Après cette époque, il alla séjourner à Anvers où il demeurait, d’après une déclaration faite par le notaire Fabri, le 30 juillet 1608. L’acte officiel, dont il s’agit, fut dressé sur la demande des enlumineurs Rombaut van Avont et Philippe Wellens; il y est dit que Fay d'herbe, décorateur d’images, approchait de

1 Notes de Smeyers, de Maeyere, du Trieu, etc., etc.

* Antoine Fayd’lierbe acheta le 8 juin 1584 une maison, servant autrefois de brasserie, nommée V Éléphant, à côté du pont dit Hondsbrugghe, dans la rue Sainte-Catherine ( Vierschaer ).

sa trente-troisième année ; qu’autrefois il avait eu un atelier à Malines, mais qu’à la suite de revers il avait dû fermer sa maison, et qu’il vint alors à Anvers se mettre à la disposition d’autres maîtres en qualité de simple ouvrier. Une autre déclaration de 1610, nous apprend que maître Henri à cette époque encore résidait à Anvers dans la rue des Peignes et qu’il y travaillait aux gages de son ancien maître Melcliior d’Assonville, également établi à Anvers. Cette seconde pièce rapporte que du temps où Fayd’herbe était encore à Malines, il y avait eu pour élèves Rombaut van Avont et Philippe Rael, et qu’il quitta sa ville natale à défaut d’ouvrage, la plupart des statuaires polychromant eux-mêmes leurs œuvres; or, notre artiste s’occupait surtout à mettre des statues en couleurs, car comme sculpteur d’albâtre il n’avait guère, faute de demandes, de nombreuses occasions d’exercer son talent.

Nous ne connaissons pas exactement l’année du départ de Fayd’herbe pour Anvers. En 1608 il était encore à Malines , car par une dépêche adressée le 4 novembre 1603, au Magistrat de Malines, le duc d’Havré appela notre artiste à Bruxelles, afin qu’il vînt dorer un tableau appartenant à l’infante d’Espagne b

Dans les notes délaissées par H. Fayd’herbe nous trouvons la mention de quelques-uns de ses travaux. D’après cette source, il conste qu’il travailla avec les sculpteurs-enlumineurs, Gaspar

1 Les peintres malinois, p. 298.

Schillemans, Abraham van Avont et Martin van Calster. Il poly chroma pour compte de son frère Antoine Fay d’herbe, à raison de 40 florins, une image de la Sainte-Vierge et deux anges taillés par ce dernier, ainsi que deux statues, Sainte- Elisabeth et Saint- Augustin, qu’ Antoine fut obligé de vendre à l’hôpital d’Hulst, à raison de 6 florins, au lieu de 26 florins, à cause de la mauvaise qualité du bois.

Il reçut également 4 florins de son frère, pour avoir peint un blason en pierre, sculpté par celui-ci.

Il décora de couleurs, au prix de 24 florins, la croix triomphale et les figures accessoires , hautes de quatre pieds , que Martin van Calstere avait exécutées pour le couvent de Leliendael à Malines.

Les capucins de Bruxelles lui confièrent la peinture de quatre statuettes. Pour les jésuites de Malines, il bronza deux figures à raison de 180 florins, et il argenta pour les mêmes cinq bustes et quatre bras, ce qui lui valut 192 florins. Il couvrit enfin de feuilles métalliques une branche de laurier , destinée à la châsse de Saint- Rombaut.

En 1629, sa veuve reçut le paiement de la peinture de deux stations, placées au cimetière de Notre-Dame au-delà de la Dyle.

Fayd’herbe forma à Malines divers élèves dans l'art de polychromer ; parmi ceux-ci nous connaissons Antoine Vermeulen en 1599, Jean Ceulemans en 1619, Jacques Lauwers en 1620, Gérard

vauder Meulen en 1622, et Antoine de Helt en 1623 ; nous avons mentionné déjà ces personnages dans notre étude sur les peintres. C’est lui aussi qui dirigea les premiers essais de sculpture que fit son fils Luc Fayd’herbe.

Henri Fayd’herbe était meilleur poète flamand qu’artiste, mais nous n’avons pas à l’apprécier sous ce rapport ; il était l’un des membres les plus actifs de la chambre rhétoricienne “ de Peoene, „ où ses sonnets et ses compositions poétiques eurent le plus grand succès. Notre artiste avait choisi pour devise un adage assez piquant : Groote last , selden rust. Plusieurs de ses œuvres littéraires sont insérées dans le recueil poétique intitulé : Scliatkist der philosophen. Mechelen, by J an Ja.ye.

Il épousa dans l’église métropolitaine de Malines, le 9 mai 1599, Digne Ponsaert; après le décès de celle-ci il convola en secondes noces, à Saint-Jean à Malines, avec Cornélie Franchoys, fille de Corneille et de N. Raps , née en 1582; elle était sœur du peintre Luc Franchoys le vieux. Étant veuve à son tour, Cornélie Franchoys contracta une nouvelle union avec Maximilien Labbé, enlumineur et sculpteur.

Henri Fayd’herbe décéda à Malines le 30 avril 1629 ; ses obsèques eurent lieu à Saint-Rombaut avec service de troisième classe ; il fut enterré au cimetière paroissial, où une inscription tumulaire , qu’il avait composée lui-même , fut placée contre le mur de la petite chapelle de Saint- Rombaut. Cette épitaphe était ainsi conçue :

HIER LICHTER TWEE BY-EEN, s’HEEREN ROEPEN VERWACHTEN

t’welck wy door syn krachten geloofden openbaer

MAER METS WY ZYN YOORWAER HEEL YDEL VAN GHEDACHTEN SAL DEN LESER ACHTEN VOOR ONS BIDDEN TE GAER WANT SOO GHY VOORWEET CLAER SOO CHRYDY LOON HIER SELDEN RUST [NAER.

HENDRICK FAYD'HERBE STERF OP DEN 30 APRIL ANNO 1629, ENDE CORNELL^. FRAN CHOIS ZYN WETTIGHE HUYSYROUWE , STERFF DEN 26 AUG.

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