‹ Histoire de la peinture et de la sculpture a MalinesChapitre 7 sur 11 · ANNO · texte numérisé non relu

ANNO

BEDT VOOR DE ZEELEN.

Les décorations qui entouraient cette épitaphe furent taillées par la main du fils des défunts, Luc Fay d’herbe.

Sous cette pierre s’en trouvait une plus petite avec ces mots :

HIER IS BEGRAVEN MAXIMILIAEN LABBE ,

BEELTHOUWER,

26 NOV. 1675 l.

§ 2. Antoine Fay d' herbe .

Antoine Fayd’herbe, frère puiné du précédent, épousa à Saint-Rombaut à Malines, le 6 mai 1606, Charlotte van Casteele , dont il eut six filles. Le 11 juillet 1605 il avait été admis en qualité de maître dans la jurande des artistes malinois ; son droit d'entrée s’éleva à 20 florins. Plus tard il

Mechelen opgeheldert in liaere kercken, etc., tome I, p. 156.

fut choisi doyen en 1621 et en 1628. Il mourut dans la rue de Sainte-Catherine, dans la maison “ de Corenbloem „ (le Bleuet), faisant le coin du pont sur la Mélane, le 8 octobre 1653.

Outre les œuvres de cet artiste dont nous avons déjà parlé dans l’article consacré à son frère Henri , nous citerons encore les suivantes : il avait livré au peintre Josse Stevaert une figure de la Sainte Vierge, taillée dans le bois provenant de l’arbre de Montaigu , au prix de trois florins Il exécuta une image du même genre et faite du même bois pour l’église de Saint-Jean à Malines ; cette statuette , qui lui fut payée sept florins le 28 octobre 1623 , est encore vénérée dans cette église ; elle est de proportions fort petites.

En 1626-27, il toucha septante florins pour avoir peint et sculpté une image de Notre-Dame des sept douleurs pour compte de la confrérie de ce nom , établie dans l’église de Notre-Dame audelà de la Dyle1 2. Nous croyons que cette image a disparu de l’église, lorsque celle du même sujet par Luc Fayd’herbe y a été placée.

Il exécuta, en 1626-27, cinq statues qui furent posées sur le buffet d’orgue de l’église d’Anderlecht, à raison de 90 florins.

Lors de l’entrée à Malines du prince-cardinal , la ville se mit en frais pour faire à ce personnage une brillante réception; une grande partie des

1 Chambre pupillaire, 12 mai 1628.

2 Comptes de la confrérie de Notre-Dame des Sept Douleurs.

décorations exigées par la circonstance furent exécutées par A. Fayd’herbe. L’artiste toucha 449 florins pour l’ensemble de son travail, qui comportait la sculpture d’images placées sur les arcs de triomphe ; des lions , des aigles et des blasons , ornant l’estrade dressée à la grand’ place; enfin la restauration de l’écusson et de ses supports, qui surmontait l’entrée du palais du Grand-Conseil. Ces dépenses sont consignées dans les comptes communaux des années 1634-35.

En 1635 , il dirigeait un élève du nom de François Verstraeten; celui-ci interrompit ses études et les acheva plus tard , le 16 mai 1651 , dans l’atelier de Luc Fayd’herbe.

L’une des six filles de ce sculpteur , Marie Fayd’herbe, s’occupait également de l’art qu’exerçait son père. Convaincue de la valeur de son talent, cette fille voulut partager les avantages de la corporation de Saint-Luc, et à cet effet elle adressa une requête aux autorités communales le 20 décembre 1632. Le ton de sa lettre étant empreint de jactance, et peu flatteur pour les artistes de Malines qu’elle traitait de “ fabricants à la douzaine , „ huit sculpteurs répondirent le 12 janvier 1633 à sa demande, et s’offrirent à entrer en lice avec la jeune fille ; nous ne savons quelle fut le résultat de la proposition, mais nous croyons utile et intéressant de donner copie de la dépêche que le métier fit parvenir au magistrat , copie dont l’original repose à l’hôtelde-ville de Malines.

“ Alsoo Marie Fay d'herbe, A nthonis dochter, by sekere

haere requeste van december 1632 aen myne heeren schepenen deser ghepresenteert , seer vermetelyk ende beroemelyk vanteert dat zy soo goeden meesterse in de conste der beeltsneyden zouden wesen , dat er geen meester int ambacht vant selve wesende, haer en zoude connen bescliamen, ververscbende ende versterkende dit beroemelyk spreken oock by baere gescbrifte van 20 december daer naer met deze woorden, dat zy de voorscrevene meesters int werken niet schuldich en is, maer en extimeert voor dozynwerkers , jae soo ist dat de ondergeschrevene meesters supposten van den schilders ambacht hun lieden rapport gedaen wesende vant geallegeerde van de voorscrevene Maria Fayd’herbe by de dekens van den selven schilders ambachte, sy lieden qualyck verdragen connende deze onwaerachtige ende vermetelyke positie die hun oock te zeer schandaleus is als strekkende tôt verminderinge van hunne eere ende reputatie, over een gedragen hebben haer daer in te confonderen en te dien volgende verclaren by desen dat zy te vreden zyn elck besonder ende sonder assistentie van iemant ter werelt te compareren en hun te laeten vinden in sulcken camer ende plaetse als de voorscr. heeren schepenen sullen ordineren, ende aldaer om het constichste tegen de voors. Maria te werken , ende dat int maken van alderhande figueren te weten groote ende cleyn zoo van hout als van steen, verre zy ook begeert te compareren, dies wy ondergeschreven ons submitteren ten seggen van meesteren van ander steden ompartydig wesende. In teeken van dien hebben wy ondergeschrevene die al te saemen onderteekent desen 12 january 1633.

“ François van Loy; Rombaut Verstappen; Peeter de Cael ; Rombout Rigouts ; Leeven van Eeghem; Baptiste van Loy; Franchois Del va; Maximiliaen Labe. »

Marie Fay d'herbe naquit à Malines le 22 janvier 1611. Nous ne possédons aucun détail ni sur sa vie , ni sur son talent , ni sur ses œuvres.

§ 3 . Luc Fay d'herbe 1 .

Luc Fayd’herbe est l’artiste le plus populairement connu à Malines , bien qu’il ait eu dans l’art de la statuaire des émules sérieux parmi ses concitoyens : Colyns, Pauli, Verhulst ne lui étaient à certains égards pas inférieurs , mais leur réputation locale ne s’étendit jamais autant que celle de Luc Fayd'lierbe. Les causes de la grande renommée qu’acquit notre statuaire dans sa ville natale sont triples ; d’abord l’époque du décès de Fayd’herbe n’est éloignée de notre temps que d'un siècle et demi ; ses œuvres sculpturales foisonnent à Malines , où non seulement peu d’églises , de monastères et d’édifices civils ne renferment de productions de sa main , mais où même bon nombre d’amateurs exhibent encore quelque morceau dû à son talent ; enfin, architecte , statuaire et sculpteur, il a laissé de chacun de ces genres dans sa ville des monuments importants, qui ont continué à y entre-

1 Biographies manuscrites par E. J. Smeyers , de Maeyere, de Bruyne. — Notice sur la vie et les ouvrages de Lucas Fayd’herbe, par A. Van der Poel. Malines, 1854. — Ch. du Trieu de Terdonck, Notice sur la vie et les ouvrages de Luc Fayd’herbe. Malines, 1858. — Mechelen opgelxeldert in liaere hercken, cloosters, etc. — De Bie, Gulden Cabinet van de vry edel schilderkunst. — F. Goethals , Histoire des lettres, des sciences et des arts, t. IV, p. 177. — Album biographique, publié par J. A. Chabannes, tome I. — Mechels berigt, 1783, etc. — J. -B. Schayes, Hist. de l’architecture en Belgique.

tenir le souvenir de sa mémoire. Cette dernière circonstance a puissament contribué à mettre Fayd’herbe en relief et au-dessus de certains collègues dans l’art , Malinois aussi , mais qui n’ont pas eu le bonheur ou l’occasion de laisser leurs productions en héritage à leur patrie.

Si la célébrité de Luc Fayd’herbe a été un peu surfaite au détriment de quelques-uns de ses concitoyens, il est incontestable cependant qu’il possédait un grand et beau talent. Enfant de l’école de Rubens, il traduisit par le ciseau les principes de grandeur et de largesse, qui distinguaient le pinceau du maître : il comprenait l’idée Rubénique et il la rendit souvent avec succès dans les images qu’il exécuta. Comme architecte son savoir-faire était également remarquable ; il avait une conception grandiose et hardie, dont la coupole de Notre-Dame d’Hanswyck et le maîtreautel de la basilique métropolitaine de Saint- Rombaut , fournissent chacun dans leurs genres de frappants exemples.

Comme plusieurs disciples de l’école de Rubens, Fayd’herbe n’hésitait pas à compromettre parfois la vérité d’une ligne de dessin , ni à exagérér une partie anatomique lorsqu’il lui semblait que l’aspect éloigné ou général exigeait ces infractions dans ces statues. Cependant, malgré l’étonnante facilité dont il était doué , il était prudent , car chaque fois qu’il devait exécuter une œuvre importante , il priait quelque peintre , le plus sousouvent Jacques de Horne, de la lui esquisser sur toile , en grisaille , afin qu'il put ainsi juger de l’effet que son morceau devait produire.

Luc Fayd’herbe fut baptisé à Saint-Rombaut le 19 janvier 1617; il naquit dans une maison appelé “ le Saint-Esprit , „ rue Sainte-Catlierine, où habitait son père, Henri Fayd’herbe. Sa mère, Cornélie Franchoys, était la sœur de Luc Franchoys le Vieux et la tante des excellents peintres Luc Franchoys le Jeune et Pierre Franchoys. Celle-ci ayant perdu son mari lorsque son fils Luc avait à peine douze ans, ne tarda pas à contracter une nouvelle union avec un sculpteur médiocre, Maximilien Labbé, lequel continua dès lors à diriger le talent naissant de son beau-fils, mais dont Henri Fayd’herbe avait déjà commencé l’instruction artistique. Après avoir étudié sous cette direction insuffisante, Luc quitta Malines lorsqu’il était âgé de dix-neuf ans; il se rendit à Anvers, où Rubens l'accueillit parmi ses élèves en 1636. J'ignore à quelle faveur il dut de recevoir l’hospitalité sous le toit même du célèbre artiste ; le disciple passait la plupart de ses journées en compagnie du grand peintre et il fut honoré par lui d’une amitié et d’une bienveillance toutes spéciales. Cet ensemble de circonstances eut une forte influence sur le développement intellectuel du jeune Malinois, et le sens artistique de Rubens pénétra peu à peu dans le Cœur de son apprenti. Trois années de cette précieuse direction suffirent pour former le goût et la main de notre compatriote, qui avait en même temps puisé de grands enseignements dans l’illustre entourage , qu’il rencontrait journellement dans l’atelier du prince de l’École.

En 1640, Fay d’herbe fut reçu en qualité de franc-maître dans la jurande des artistes de Malines. Ce n’est pas sans regrets qu’avait eu lieu la séparation entre le maître et l’élève, car au moment du départ de son protégé , Rubens éprouva le besoin de conserver quelqu’objet façonné par cette main qu’il avait conduite et qu’il aimait; les deux artistes s’échangèrent donc des souvenirs, produits de leurs talents réciproques , le grand peintre pria le jeune sculpteur de lui exécuter plusieurs petites figurines en ivoire, d’après des modèles qu’il ne dédaigna pas de dessiner luimême. Ces objets ornèrent l’atelier d’Anvers tant que vécut Rubens; après le décès de celui-ci, ces pièces sculpturales furent vendues et achetées pour enrichir les collections de l’électeur palatin b Non content d’exprimer à Fayd’herbe en personne le prix qu'il attachait à son talent, Rubens voulut lui donner une attestation publique de son estime; à cet effet il lui délivra le 5 avril 1640 un brillant certificat, rédigé en langue flamande et signé de son nom. Cette pièce rapporte que Fayd’herbe avait travaillé pendant plus de

1 Une lettre écrite par Rubens à Fayd’herbe, datée du château de Steen sous Elewyt, le 17 août 1638, et dont l’original m’appartient, prouve la grande confiance que le maître avait en son élève. Il résulte de cette missive que Luc avait la garde de l’hôtel de son maître pendant que celui-ci se trouvait à son château et qu’il avait la direction de l’atelier; à ce sujet Rubens lui fait dans son épître diverses recommandations relatives à l’envoi de tableaux, aux soins à donner à son cabinet de travail, à la récolte des fruits de son jardin, etc.; enfin il l’engage à fermer la maison et à venir le réjoindre à Steen.

trois années sous l'inspiration de Rubens; que ce maître conservait de lui plusieurs ivoires d’un travail bien compris ; que la statue de Notre- Dame, œuvre d’une grande beauté et qu’il avait exécutée pour l’église du Grand Béguinage à Malines, était son œuvre personnelle pour laquelle il n'avait usé du concours de personne et à laquelle nul artiste ne pourrait apporter d’améliorations. En conséquence de ces rares dispositions , Rubens prie toutes les villes de vouloir accorder à Fayd’herbe les franchises et privilèges que celui-ci pourrait réclamer dans la suite.

C. De Bie, l’historiographe des peintres, contemporain de Fayd’herbe, a mentionné cette pièce honorable dans son ouvrage; depuis M. Gachet, dans ses Lettres inédites de P. P. Rubens, en a traduit le texte. La recommandation qu’avait faite Rubens relativement aux franchises à accorder à son élève, reçut bientôt sa confirmation à Malines; car le 23 juillet 1640, l’autorité communale de cette ville octroya à L. Fayd’herbe l’exemption des droits sur la bière et sur le vin, des contributions personnelles, du logement militaire et de l’obligation de monter la garde, lui permettant de remplacer ce dernier devoir par la fourniture d’un lit garni et une certaine indemnité pour l’entretien du guet 1 .

A peine rentré dans la commune natale, le jeune statuaire y fixa son établissement définitif et s’y mit en ménage; le 1 mai 1640, il épousa dans

1 Archives de Malines. Rood-hoeck, tome I, p. 274.

l’église métropolitaine, Marie Snyers, fille d’André et de Marguerite Peeters. Leur union fut si longue et heureuse que le 15 mai 1690, les époux célébrèrent le cinquantième anniversaire de leur mariage. A cette occasion leur gendre Louis van Goorlaecken , époux de Catherine Fayd’herbe, leur dédia une pièce de vers flamands étendue, qui a été imprimée à Malines chez Jean Jaye.

De leur mariage provinrent douze enfants ; parmi ceux-ci quelques-uns, conservant les traditions artistiques de la famille, cultivèrent l’art, mais sans atteindre jamais à un haut degré de perfection. Nous reviendrons sur ces artistes à la fin de cette notice.

Fayd’herbe mourut d’une maladie de langueur, épuisé, sans doute, par le travail. E. J. Smeyers rapporte que vers la fin de son existence la maladie prit le caractère de la phthisie et qu’elle altéra autant le moral que le physique du grand artiste : son esprit était devenu si faible que peu avant sa mort il exigea que l’on plaçât un bâton à côté de son lit, il s’imaginait alors avoir sous les yeux la verge d’Aaron. Il s’éteignit , sans souffrances, le 31 décembre 1697. Bien qu’il se fût réservé un caveau sépulcral dans l’église d’Hanswyck pour lui et pour ses héritiers, ainsi que le droit de placer des inscriptions funéraires sur les arcades qui soutiennent le dôme 1 , sa dépouille fut déposée dans l’église de Saint-Rombaut, non loin de la chaire, sous la tombe d’André Snyers et de

1 Protocoles du notaire Croon. Acte du 24 juillet 1676.

son épouse Marguerite Peeters \ Les obsèques furent célébrées le 3 janvier 1698 dans l’église métropolitaine.

Nous ignorons à quelle cause il faut attribuer que ni Fayd’herbe, ni ses enfants n’ont été enterrés dans l’église d’Hanswyck, où ils avaient acheté leur droit d’inhumation. Les pierres de marbre noir encastrées dans les cintres des petites nefs sous la coupole ne reçurent leurs destinations que dans le courant de ces dernières années ; l’une d’elles porte la mention funèbre du dernier Fay d’herbe, prêtre, mort en 1840; sur une autre l’on rappela la mémoire de l’auteur même du temple, en ces termes :

ET

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