‹ Histoire de la peinture flamande et hollandaise. ComplémentChapitre 17 sur 91 · LA MER · texte numérisé non relu

LA MER

Lembert, veuillez, je vous prie, venir ici à votre retour ; je veux vous donner quoi que ce soit. Et prenez garde que personne ne sache que TOUS êtes venu ici, je vous en prie.

LBHBERT.

Madame, je tous l'accorde : on ne le saura point par moi ; adieu ! — jusqu'à ce que je sois à Senlis et que j'aie \u le roi , je ne cesserai de marcher; au contraire, je veux m'y appliquer soigneusement. — Je crois que je le yois là-bas, au milieu de cette plaine ; oui , vraiment , je vais à lui. Plus j'approche, mieux je le reconnais. — Monseigneur, que Dieu par sa bonté vous donne joie, honneur, santé et bonne fin * !

Cette dernière strophe est on ne peut plus remarquable. 11 fait ses adieux au commencement, s'exhorte ensuite à bien cheminer, arrive en France sans avoir passé la mer, aperçoit le monarque dans les plaines de Senlis, puis Taborde et le salue. Notre homme marche rapi* dément, comme on voit. Ce n'est pas tout. Le prince, ayant ouvert la lettre qu'il lui apporte, écrit sur->le-champ une réponse. Lembert part de nouveau et retourne dans la Calédonie avec la même promptitude. En cinq ou six minutes, il a donc fait le double voyage d Ecosse en France et de France en Ecosse. Surpassez-le, si vous pouvez. Les reines de ces drames barbares conçoivent et enfiantent d'une manière tout aussi agile : entre

* Tkééin frtmçmt «m mv^fen-ég; publié par Francisque Michel.

les noces et les couches^ il n'y a souTeni qu'un dialogue peu étendu. Nous citerons, pour terminer, une pièce, où l'histoire et les yraisemblances roulent de précipice en précipice. Elle a pour titre : « Cy commence un Miracle de Saint- Valenliu, que un empereur fist decoler devant sa table, et tantost s'estrangla l'empereur d'un os qui lui traversa la gorge, et dyables l'emportèrent. » L'autocrate dont parle cette rubrique est le fameux Trajan. Or, dès la première scène , il envoie un héraut d'armes chercher le sage Calon ' : celui-ci, en vertu de sa sagesse, est maître d'école, et le prince veut lui donner son fils à instruire. 11 promet de le faire bientôt devenir clerc, puis, adresse ces paroles au monarque : « Veuillez maintenant me donner la permission de me retirer, très cher suzerain : j'ai peur de tarder ti*op long-temps à aller lire. » Cependant le propre fils de Caton est malade et Saint-Valenlin le guérit. Le père lui en témoigne sa joie par de vives actions de grâce, car le digue homme n'a pas voulu de ses florins : il aime mieux le convertir et le somme d'adorer Jésus.

Page 1