‹ Histoire de la peinture flamande et hollandaise. ComplémentChapitre 19 sur 91 · CATON · texte numérisé non relu

CATON

Sire, jai bien vu clairement dans le livre d'Isa'ie ce que vous me prêchez : mais , comment est-il possible qu'une vierge conçoive et enfante, tout en restant pucelie ? C'est un point qui excite des doutes trop forts.

Valentinlui explique le fait d'une manière persuasive, et Caton renie à la fois Mahomet et Apollon, qu'il adorait en même temps comme deux divinités. Ayant reçu le baptême, il instruit ses élèves dans les dogmes catholiques. Bientôt l'empereur désire voir son fils, et n'est pas médiocrement surpris de Tentendre corriger le salut qu'une tierce personne vient de lui faire, en invoquant les Dieux.

l'^ewpereur.

Beau fiU, en quor a-t-il mal parlé? Il a très bien dit, à mon ayis. Je Toudraîs savoir de toi quelle méprise il a faite.

LE FILS DE l'empereur.

Sire, il a dit tios Dieux : c'est une falourde, un mensonge et une bourde'. Il n'y a qu'un Dieu.

Nous suspendrons ici l'analyse de cette pièce, où Trajan meurt d'une feçon burlesque et est emporté par les diables, selon le titre \ Il y aurait aussi de curieux rapprochements à faire entre les miniatures, les drames du moyen-âge et Fart de la mise en scène, pendant la même époque.- Les théâtres n'étaient pas fixes, ni les décorations mobiles. Aux jours solennels, on dressait d'immenses échafaudages autour d'une grande place, et on leur donnait une forme semi-circulaire, pour que la multitude assemblée pût les parcourir entièrement des yeux. On y Toyait deux étages fractionnés au moyen de cloisons : c'étaient deux séries (le chambres ouvertes du côté des spectateurs, ou, si l'on aime mieux , une double suite de petits

' Ce sont les mots employés dans le vieux texte.

' Les noëlê dn moyen -âge présentent les mêmes défauts qne ces pièces : il y règne un comique involontaire ; on a donc pu très facilement les changer en satires.

37i HISTOIRE DE LA PEINTCKE

théâtres, composant par leur réunion un théâtre colossal. Ils représentaient les lieux différents où l'action devait s'accomplir et étaient ornés dans ce but : les décors ne changeaient donc point, mais l'acteur changeait de scène; une petite porte le conduisait d'un endroit à l'autre. Cet hémicycle avait l'air d'un manuscrit démesuré, offrant au lecteur un ensemble de miniatures que les personnages complétaient et animaient successivement. Il rappelait aussi la collection de bas-reliefs placés autour du chœur, dans presque toutes les cathédrales gothiques; seulement^ les tableaux occupaient ici l'intérieur de la courbe, au lieu d'en parer le dehors. Le ciel était figuré, comme sur les monuments chrétiens : des anges, des patriarches, des bienheureux superposés décrivaient deux fragments de cercle : à l'extrémité , Dieu le père se tenait en équilibre. La mise en scène et l'art du moyen-âge avaient bien d'autres similitudes, mais nous ne pouvons faire le parallèle et nous nous bornons à l'indiquer '.

Le chapitre qu'on vient de lire a fait voir comment les lois générales de l'esprit humain s'appliquent aux arts, comment elles en dirigent la for-

' Un Jivre qui n a point obtenu de succès, malgré son uiërite, en contient tous les éléments : Essai sur la mtse en scène depuis les mystères jusqn* au Cid, par Éniilc Morice, tel en est le titre.

mation : le beau est, pour ainsi dii^, uo palais construit sur une montagne, où ils n'arrivent que par de nombreux détours. Chacun de leurs progrès nécessite une réflexion et tire sa source d'une idée : ils n'avancent qu'à l'aide d'une théorie lentement apprise, qui leur dévoile les secrets de la nature et leur enseigne les moyens de la reproduire. Tant que ces observations fertiles, que ces maximes délicates n'ont pas été rassemblées, le génie se débat contre i'inexpérience ; il prodigue se$ efforts pour obtenir de minces résultats. Dans le sujet que nous traitons, les diverses phases de la lutte nous apparaissent, car le moyen-âge semble n'avoir eu aucune idée esthétique sur la peinture ; l'essai du moine Théo« phile : Divei^sarum artium schedula ' , ne renferme pas le plus léger principe de cette espèce ; il ne donne que des recettes pour l'exécution tech* nique : on ne songeait pas encore à la beauté. Nous retrouvons donc, dans les miniatures posté* rieures, les inévitables pensées de l'artiste qui l'ambitionne confusément , nous suivons des yeux la marche qu'il a prise, afin de l'atteindre. L'importance de cette exploration augmente, lorsqu'on réfléchit que le peintre novice a dû subir les mêmes épreuves chez tous les peuples.

' M. le comte de L'Escalopier vient de faire jiuprinier ù Paris ane très belle édition de ce livre, qui, selon toutes les vraisemblances, fut rédigé au XÏII* siècle.

La nature de l'âme engendre, au sein de la poésie et de l'art, un dernier phénomène que nous ne pouvons taire. Nous avons tu que la littérature n'exprime pas seule la société, les beaux-arts l'expriment comme elle; outre la société, ils réfléchissent dans leur double miroir le ciel, les étoiles, le climat, le paysage, les fleurs, les bois, la mer et les animaux ; ils expriment encore le génie, les idées, les passions des grands hommes ; là ne se termine point leur carrière: ils prêtent une forme aux rêves du cœur et de l'intelligence, aux désirs les plus profonds, les plus vagues, les plus mystérieux. Or, ces douces chimères s'éloignent toujours de la Idéalité; elles la blâment, la dédaignent, la repoussent et la contredisent. Quand on est las de l'existence commune , on s'élance vers un autre monde, où brillent les perfections absentes du monde actuel : chacun y entasse les joies qu'il i*egi*ette. Le dandy, le marin , le colon , l'aventurier, le ministre, fatigués des plaisirs, des tribulations de la vie active cherchent en esprit le calme des saintes retraites, la paisible indépendance du savant : Ténergique Sylla foule aux pieds le manteau des dictateui*s, un puissaut monarque plante des laitues à Salone, Charles-Quint goûte par anticipation les loisirs du monastère, Christine vient errer sous les ombrages de Fontainebleau, Richelieu murmure de fades idylles. Presque tous les auteurs qui donnèrent une si grande vogue a la pastorale, chez les

Castillau8, maniaient l'épée du soldat comme la plume du poëte'. Le littérateur ennuyé de son repos convoite les périls , les hasards de l'action ; il multiplie les événements, les scènes tragiques et se figure courir le monde avec ses héros : les drames, les récits violents de notre époque attestent la tranquillité dont elle jouit. Lorsque les mœurs françaises n'avaient plus rien de naturel , Buffon, Jean-Jacques, Diderot, Florian, Delille, Rernardin-de-St-Pierre tournaient constamment les yeux vers la nature. L'afféterie des salons les dégoûtait de la mode et les ramenait à la simplicité. L'art et la poésie renversent donc par instants, comme une eau limpide, les images des formes réelles. Loin de peindre alors la société, ils peignent des tableaux tout-à-fait contraires.

' OouTKR^iCK, Histoire de la UUéraiure espagnole.

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