I .jUlJ 'J in'J./li l..''i.L: *'' l
* • Tib' Wvfè ké Hiinpiéi a*jà*ciiél rèhfcÀnc celte autre note : ' îoé4mifihi^)SU>fi^fli( tda^^''M«^^*02èst«'(K<|ilntor<! cfae aice>â
Toler fare un in9e(pia bella per la Fraternità. »
'Ces baupièr^ faisaient 'partie de rtetposftion en fiivcar des pao-
vrc» , qui a eu lieu à Gand cette année.
SOS HISTOIRE DB LA PEnmJKE
outre sur pennons des cheraliers, sur kis bannières des églises !
Celle d'Urbin renferme d'autres tableaut, qui prouvent que Ton suivait alors généralement la manière flamande; la présence de notre artiste contribua sans doute à la faire adopter. Mais sa peinture seule est à l'huile; en communiquant aux dessinateurs du lieu les formes septentrionales, il ne leur avait donc point commtmiqué ses ressources matérielles. Depuis qu'il a vu ce magnifique ouvrage, M. Passavant ne peut plus croire, dit-il, que V Invention de la Croix \ conservée dans le cabinet de feu H. d'Huyvetter à Gand, soit de la même main.
Trois tableaux, qui ornent le Musée du Louvre et remplissent un seul cadre, portent le nom de Josse; sur quelle autorité, d'après quels motifs et avec quelle justesse plus ou moins grande on les lui attribue , voilà ce que j'ignore. Celui du milieu représente r Annonciation. Marie à genoux sur un priedieu , vêtue d'une robe de brocart et d'un manteau noir, est si troublée par le divin message , qu'dle entoure de son bras droit une colonne, pour se soutenir, et qu'elle étend l'autre vers l'ange , comme pour l'éloigner d'elle ou se garantir de son approche. L'envoyé du Seigneur plane dans les airs, les
^ Elle est çraTée dans le Messager de» Seienees et des jérU, nntiét 182->, paijc I5*t>« Nous ne savons ce que le tableau eit devenu.
piedd plus haut que la tète: un oostome blanc révèle ses pudiques intentions. Les deux figures sont belles et sérieuses ; mais le tout manque de charme aussi bien que d'éclat; l'aspect général des couleurs est sombre et austère. A droite, on découvre St. Benoit et un saint érèque. Ils ont l'un et l'autre un yisage calme , plein de dignité , mais d'une pâleur funèbre. A gauche y on aperçoit encore deux martyrs, le saint diacre Etienne et St. Ange, moine carmélite. Ils sont blêmes, tranquilles , graves comme les pré* cédents et peints d'une manière aussi peu coquette. On les dirait éclairés par les dernières lueurs du jour, après le coucher du soleil , au moment où les nuances deviennent mates, froides et tristes, oà la nuit semble pénétrer dans les objets mêmes et non pas seulement les investir. Produits d'une âme se* vère; mélancolique, ne prêtant aucune séduction ni à l'homme , ni au monde extérieur, et ne les regardant qu'à travers un brouillard néfaste. Le dessin a un souplesse plus grande que che^ les Van Eyck ; il annonce une époque moins primitive.
Josse parait aussi avoir exécuté une décollation de St. Jean, poin* l'église du même nom à Giand '. Voilà tout ce que nous avons pu découvrir de lui dans ces entrailles profondes de l'histoire , où l'on marche au milieu des ténèbres, parmi les traces d-éboulements et d'insurmontables difficultés.
* Messager des Sciences et des Arts , année 18S4 , pa^ 133. T. II. 14
En fouillant ce sol ruineux , obscur, intraitable , M. Wauters , l'archiviste de Bruxelles, a déterré, il y a peu de temps , les restes d'un vieux peintre englouti sous les décombres des âges. Il s'appelait Rogier van der Wejde et fut sans doute le père du célèbre artiste que désigne le même nom. Dans une ordonnance de la commune bruxelloise, de l'an 1436, ordonnance qui a pour but de restreindre les dépenses de la cité, figure un matire Rogier, painin à gages de la ville. On y statue qu'après sa mort la bourgeoisie n'aura j^us d'artiste officiel '. Un acte postérieur de treize années nous révèle son nom de famille; il s'appelait Rogier van der Weyde et était qualifié de partraiieur de la commune. Il habitait alors près de la rue des Carrières '. U avait cessé de vitre en 1477, puisque Èlieabeth GoffaerU, veuvê de Rogier van der Weyde , donna eh cette année à Henri Gofiaerts , chanoine de l'église St. Jacques sur Caudenberg, à Bruxelles, une somme de quatre florins, dits overlanieche rhinssche guldenen, qu'il devait prélever annuellement sur une rente due par la ville, sous la condition de réciter toutes les semaines pour le défunt une messe à l'autel de la
f « item , dat men na meester Rogîers doet gheenen amkren scîlder aennemen en sal. » Met Roodt SÊaimetBoee^ cartnlaîre da 15* siècle, aux archives de la YÎUe de Bruxelles.
* « Achter i' Gantersieen, tusschen den f^oeden terlyd lodiehoo> rsiide meester Bogieren van der Wejde, portrateur der stadt Tan Bnissel. 1449. » Histoire de la ville de Bruxelles, par MX. Henné et Wauters, tome 5, page 157.
Vierge, daii9 l'église de Caudenberg '. Des indications fournies par les registres de Ste. Gudule nous apprennenjt qu'on y célébrait l'anniversaire du peintre le 16 du mois de juin \ Lui et sa femme y avaient reçu la' sépulture devant l'autel de Ste. Catherine , où ils dormaient sous une pierre* bleue '. D'un autre côté , le vieil historien Opmeer dit dans un passage qu'après les Van Eyck s'illustra Rogier van der Weyde, de Bruxelles, et qu'un de ses tableaux plut si fort à la reine Marie de Hongrie qu'elle n'épargna ni. l'argent ni les prières pour l'obtenir. Il décorait la chapelle de. la Vierge des Douleurs, à Louvain , et fut expédié en Espagne K Mais <x>mme Van Mander rapporte le même fait relativement au peintre du seizième siècle , on ne doit jm penser que le chroniqueur désigne ici Rogier le père, ni prendre son expression à la lettre : hos secuiug. Cy riaque d' Ancône parle de celui qui nous occupe, et son témoignage a d'autant plus de valeur qu'il était son contemporain. 11 le traite comme un homme célèbre. Rugeriu9 in Brussella poH prœclarum illum
* Gartolaire du courent de Caudenberg, aux archives do royaume.
* Rejristre des anniversaires, datant de Tannée 1S06.
' « Magister Rogerus van derWyden ,excellens pictor, cum uxore , liggen voor sinte Catelynen outaer onder ecncn blauwen steen. » Registre des sépultures, datant aussi de Tannée 1806.
^ o Secutushos Rogerus WeidanusRruxellensis, cujus tabulam sibi asque plaœntem Maria Hungariae Regina precibus ac prelio oomparavit Lovanii ab a^lituis saoelli Dolorum B. Mariae Yirginis et transmisît in Hispaniam. w Opmerii Chronographus ^ tome ]«■', page 406
Brugensem, picturœ decus, Joannem (Van Eyck), in^nis no^PiH temporis pictor habetur \ Vasari le mentionne parmi les peintres du quinzième siècle et Ton avait supposé jusqu'à présent que c'était une erreur, qu'il avait confondu le second Rogier van der Wejde avec Rogier de Bruges. On ne connaissait point alors le premier Yan der Wejde, l'hypothèse semblait donc légitime : on ne pourrait plus l'admettre actuellement , la phrase de l'auteur italien justifie notre opinion. L'anonyme de Horelli ' assure qu'il a vu, en 1531 , à Venise, chez un H. Zuanni Ram , Espagnol de naissance , un portrait signé Rugerio da Bmaeiles, pour plaire sans doute au maître du logis. C'était la figure de l'artiste peint par lui-même et portant la date de 1462. On a aussi cru que le nom ou la date avaient été mal copiés : on ne soutiendra plus cet avis : le tableau en question représentait sans le moindre doute Van der Weyde le père. Un autre ouvrage de la seconde moitié du quinzième siècle, offrant l'inscription : Sumu^ Itugerii manus, existe encore et se trouve au Musée de Berlin. U pourrait être de Rogier van der Weyde le père ou de Rogier de Bruges, mais Passavant afiirme que l'on y reconnaît la manière italienne ^. En 1446, un /{ojf ter peignit pour le cou-
I Cyriaque d^Aneône, dans Colacci, Antickita Siéent^ tome 25, pa(][e 143 ; cité par Lan» , tome 3 , pag« 41 . « Page 78.
3 Mestagtr des Sciences et des Arts, année 1841 , pa{re 316.
yent des Carmes , à Bruxelles , un panneau où l'on voyait Marie et l'enfant Jésus, sur la tète duquel deux anges tenaient une couronne formée d'étoiles: un des yanteaux offrait quelques cénobites du monastère, l'autre, un chevalier qu'entourait sa fa* mille. Cette belle pièce fut endommagée par les calvinistes, en 1581, et restaurée en 1593 '. Comme elle ornait la capitale du Brabant, on doit présumer que le peintre de la ville en était l'auteur : son homonyme parcourait peut-être déjà l'Italie. On ne saurait dire auquel des deux appartenait l'image de Charles le Téméraire, possédée par Marguerite d'Autriche et suspendue dans son cabinet '. L'église de SV Gudule renfermait probablement de ses ouvrages : il est fâcheux qu'elle les ait tous perdus et qu'il ne reste nulle trace de son tombeau ^.
Le roi René d'Anjou , qui vint au monde en 1408 et mourut en 1480 , figure parmi les artistes que l'exemple des Van Eyck inspira. Ces grands hom-
^ Sanderus Chorographia Sacra Brabantiœ, tom 3 , pag. 295.
* Le^lay, Maximilien !•' et Marguerite d^ Autriche, |>age 101.
S Presque tous les renseîgnementa sur Van der Wejde, le père, iKNis ont été fournis par M. Wauters, le patient et ingénieux auteur de V Histoire de Bruxelles^ et étaient inédits. Mais Tusage que nous en avons fait ne concorde point avec son opinion. Il ne croit point qu*il y ait eu deux Bogier Van der Weyde : le seul qu'il reconnaisse lui parait être le même individu que Eogier de Bruges. S'il n*adoptc point noire avis, nous rengageons à publier le mémoire qu*il a bien voulu nous renieltrc cl où il argumente d*une manière fort habile.
su HISTOIRE DE LA PEINTURE
mes semblaient destinés à répandre en tous lieux la lumière pénétrante de leur génie; elle édàira, elle enveloppa un monarque; elle l'attira vers la Bethléem de Fart régénéré; la peinture septentrionale eut aussi son roi mage. Ce prince d'aiHeurs paraissait plutôt né pour tenir le pinceau ou la guitare , que pour brandir le glaive et porter le sceptre, n avait cette disposition morale qui fait trouver les images, le spectacle de la vie plus intéressants qife la vie elle-même. Tout homme entraîné par ce penchant tombe peu à peu dans la contemplation ; il regarde, observe et médite; bientôt il cherche à revêtir ses pensées d'une forme durable. Il éTite l'action , qui le trouble et l'inquiète : sa sensibilité exubérante le gène dans le monde réel. Son vœu principal est de rester immobile et attentif, au milieu de l'univers agité. Il montre en conséquence dans les affaires une maladresse naïve, une gaucherie poétique : à voir ses distractions innocentes, la foule le juge puéril, parce qu'il est calme et doux; les aventures de René, ses malheurs, ses travaux en sont une preuve irrécusable. Le cardinal de Bar, prince qui possédait et gouvernait le duché de ce nom , l'avait [désigné pour recueilhr son fief, attendu qu'il était son petit neveu. D l'avait aussi marié, en 1418, à Isabelle, fille aînée de Charles, duc de Lorraine. Quelques années après, celui-d, n'ajant point d'enfant mâle , légua par testament son vaste domaine à son gendre et à sa fille. Les deux
seigneurs moururent l'un et Vautre en 1430, et René voulut aussitôt prendre possession de la Lorraine; c mais Antoine, comte de Vaudemont, fils de Frédéric de Lorraine , frère du feu duc , prétendit que le fief était masculin et ne pouvait passer à René par le droit des femmes '. > Une lutte s'ensuivit, dans laquelle Philippe-le-Bon et Louis XI s'intéressèrent. Les deux prétendants levèrent chacun' une armée : la rencontre eut lieu dans le pays de Bar, près de Bulgneville. René avait des troupes deux fois plus nombreuses que celles de son antagoniste; mais le dernier comptait parmi les siennes des an-' glais et des picards, fort habiles dans la stratégie. Le sire de Vaudemont disposa ses archers, ses hom-t mes d'armes selon la manière britannique. Le duc d'Anjou fut complètement battu et demeura prisonnier. Les vainqueurs l'emmenèrent à Dijon en triomphe. Dans la crainte qu'il ne parvint à s'é-. chapper , on le garda sévèrement. Mais son amour de la littérature et des arts lui rendit sa captirité plus légère. Il se récréa en peignant des scènes diverses, qui lui firent oublier sa chute imprévue. Au bout de six mois , fl reçut la vbite de Philippe-. le-Bon : or, il avait exécuté sur verre les portraits de Jean sans peur et de Philippe lui-même. Il les ofirit à son puissant geôlier, qui donna ordre de les placer dans les ritraux de la chapelle des Char-
t De Bannie, HUUnrt de$ ducs de Bourgogne.
Sl« HISTOIRE DE LA PEINTURE
treux. n peignit de la même manière en 1431, poor les fenêtres de la chapelle ducale sa propre figure avec les armes de Bar. On prétend que cette image eiiste encore '. H s'amusa aussi à tracer les armes des chevaliers de la Toison d'Or, qui avaient fait des prouesses contre lui à la journée de BulgneviUe. Tant son âme était douce et exempte de fiel!
Sa femme qui le chérissait, toute la noblesse de Bar et de Lorraine, qui avait pour lui la plus grande affection, s'occupèrent sans relâche de sa délivrante. Le 6 du mois d'avril 1432 , Philippe lui permit de quitter la Bourgogne, mais sans rien préjuger concernant la Lorraine. Il ne lui accordait guère qu'une simple vacance, afin de le distraire un peu, sous serment de venir se remettre le 1*' mai de l'année suivante à la disposition du duc de Bourgogne ; il donnait en otage ses deux fils et quatre de ses forteresses. Il devait de plus payer 200,000 écus d'or pour sa rançon, au maréchal de Toulongeon qui l'avait fait prisonnier. Comme le différend ne se termina point dans l'intervalle, le duc d'Anjou , fidèle à sa parole, se constitua de nouveau prisonnier, quand retentit l'heure suprême de sa transitoire indépendance. Sa viole et ses pinceaux lui furent encore nécessaires : fl chanta des virelais, fit de la musique et peignit de plus belle. Pen-
* RaUi(|^r,^iiiiai!eti(2n* niederUmdiscktn maUrti, page 36.
dant qu'il 6 occupait de la sorte, Jeanne, ràne de Napleft et de Sieile , le nomnxa son héritier. On l'amena du château de Bracon , près de Salins , où il narguait si hahilement la tristesse et l'ennui, au palais de Dijon, pour qu'il y reçut les ambassadeurs italiens. Philippe ordonna de le traiter arec le plus grand respect. Il n'obtint cependant sa liberté définitive que durant l'année 1437 : elle lui coûta la seigneurie de Cassel en Flandre , et une somme de 400,000 écus d'or, cautionnés par les ▼ingt principaux gentilshommes de Lorraine.
Il alla aussitôt poursuivre en Italie la guerre que sa femme Isabeile avait commeneée. L'intelligente princesse avait d'abord malmené ses antagonistes , puis la victoire , qui planait sur ses drapeaux, avait passé à l'ennemi. Le roi troubadour jeta au loin sa guitare , endossa la cuirasse et tira l'épée des chevaliers. Des succès rapides, que devait bientôt suivre la défaite, couronnèrent ses premiers efforts et lui permirent de rester cinq ans dans la péninsule. Dès qu'il eut un peu de tranquillité, il se remit à peindre, à faire des vers, à jouer de la musique. Il imitait le stjle flamand , copiait la nature et cherchait la vérité, mais sans pratiquer la méthode des Van Eyck '. Il ne l'apprit, selon toute apparence , que plus tard. Mais la guerre vint le
' Thomas Puccini , Mémoire hisiorico 'Critique tur Jntonello de Meuine.
troubler dans ses innocents travaux. Alphonse d' Arragon le pressait, le poussait devant lui, et le duc de Lorraine n'avait oublié qu'une chose, c'était de payer ses soldats. Ses troupes l'abandonnèrent, de sorte qu'il fut obligé de prendre la fuite. Il se sauva dans les états du pape, où eut lieu une plaisante cérémonie : le chef de l'église lui donna l'investiture solennelle du royaume qu'il venait de perdre '.
En 1442 , il était de retour dans son duché de Lorraine. Il y demeura quelques années ; il eut même l.'honneur de recevoir et de festoyer à Nancy le roi Charles VU, avec toute la cour. Mais plus tard le duc de Bourgogne ayant élevé des prétentions sur cette belle province , Louis XI s'en empara pour mettre obstacle à ses desseins. Il prit ensuite le duché de Bar, qui lui semblait aussi fort exposé. Le duc se retira dans l'Anjou : là il vivait doucement , s'occupait bien plus des arts que de la politique et soignait ses jardins. Mais, profitant de sa faiblesse, on l'entrainait à de périlleuses démarches , qui troublaient son repos : on l'excitait à entretenir des intelligences avec Charles le Téméraire. 11 était du reste plein de bonté pour ses sujets, c ne les précipitait dans nulle guerre , ne les grevait point de
* Htitoire du roi Kénc\ par le vicomte de Villcneurc Bargcroonl. — Reckerckes iur ht monnaies des ducs de Lorraine, par De Saulry.
FLAMA>DE ET HOLLANDAISE. SIO
trop lourds impôts , était charitable pour les pauvres , juste envers les grands et les petits , et surtout grand protecteur des dames et demoiselles '. > Mais Louis XI , qui convoitait T Anjou , résolut d'exploiter .ses imprudences. 11 se mit en marche , escorté d'une troupe nombreuse et se présenta devant les portes d'Angers; on n'eut garde de les clore, il entra librement dans la ville et la déclara saisie, aussi bien cpie tout le domaine. René ne se trouvait pas loin de là : il était à son château de Baujé , peignant une perdrix. On lui annonça d'abord simplement l'arrivée du monarque et il ordonna de seller son cheval, pour aller le recevoir et lui offrir ses hommages. Personne n'osait lui dire de quel nouveau malheur il était assaiUi : comme il allait partir néanmoins , un des gentilshommes qu'il aimait le mieux lui exposa l'afiaire, et le prince, un moment troublé, garda le silence; ayant ensuite repris courage, il dit avec calme : c Je n'offensai jamais le roi de France , et il ne me devait point faire un tel tour; mais que la volonté de Dieu soit faite ! D m'a tout donné et peut tout m'ôter à son plaisir. Le roi n'aura point guerre avec moi pour mon duché d'Anjou ; mon âge de soixante cinq ans ne convient plus aux armes, et je n'en pourrais plus porter le travail. Dieu , qui est vrai juge , jugera entre lui et moi. Dès longtemps j'ai fait le propos de vivre le reste de ma vie
1 Histoire des ducs de Bourgogne^ par M. de Baranle.
en paix et repos d'esprit , et je le ferai s'il est possible. » Puis le bon duc se remit stoïquement à achever la belle perdrix qu'il avait commencée.
Il lui fallut en conséquence abandonner TAnjou, qu'il préférait à ses autres possessions, et aller s'établir sous le ciel de la Provence. Il y passa gaiement le reste de ses jours. On célèbre encore une fête qu'il a instituée dans la ville d'Aix; deux immenses processions y défilent au milieu des rues, l'une pendant le jour, l'autre après la chute de la nuit ; la première se compose de tous les personnages de l'ancien et du nouveau testament : ils cheminent au soleil, attendu qu'ils représentent la vraie religion ; les dieux , les héros de la mythologie forment la seconde : ils circulent au milieu des ténèbres , puisqu'ils figurent l'empire du mensonge '. On voyait encore en 1806 , à Avignon , dans leglisc des Célestins, un tableau à l'huile oii se trouvait représenté un squelette de grandeur naturelle : il était fort bien dessiné ; près de lui on apercevait un cercueil ouvert; une toile d'araignée y était peinte si habilement quelle faisait illusion. Au bas du panneau , une pièce de vers, écrite en lettres gothiques, attestait que l'horrible charpente osseuse avait jadis soutenu les formes délicates, les suaves et attrayants contours d'une femme cé-
* Voyage littéraire de Provence^ Paris, 1780. — Dictiomnaire universel de la France, par Robert de ITes^cln, tome I"'. — Description kiUoriqnt dn midi de la France . par A. Dulaare, tome I*'.
lèbre par sa beauté. Elle semblait s'adresser au public et lui dire :
Une fois fus sur toute femme belle ,
Mais par la mort suis devenue telle :
Ma chair estoit très belle, fraiche, tendre ,
Or est-elle toute tournée en cendre ;
Mon corps estoit très plaisant et très gent;
Je me souloye souvent vestir de soye
Or en droit faut que toute nue soye etc.
Je passe le reste du morceau, qui ne flatte ni Toreille ni Tesprit. Les yers et la peinture ont toujours été attribués au roi René. Cette personne jadis charmante lui avait , à ce que rapporte la tradition , inspiré un bmlant amour. Que d'heures il avait passées près d'elle, plein d'une poéticpie ivresse ! Que de songes elle avait fait naître dans son âme ! De quelle volupté sa grâce le remplissait ! De quels transports n'avaient-ils point frémis dans la solitude et le silence! puis elle était morte, son beau corps était devenu un spectacle d'horreur; il avait compris le néant des choses humaines et pour éterniser ses regrets, sa douleur, pour communiquer à autrui cette funèbre leçon , il avait voulu peindre le squelette décharné de sa maîtresse '.
Il expira lui-même tranquillement à Aix et fut surnommé le bon par ses vassaux. Son poème- le plus étendu est le Roman de très douce mercy au
* Ouvrages cités prt'cédemnient.
cœur danumr épris. Il avait épousé en secondes noces Jeanne de Laval : ce fui après ce mariage qu'il écrivit et orna de miniatures le livre d'heures, qui appartenait au duc de la Yallière , pendant le siècle dernier'. En 1455 , il avait rédigé et enluminé un autre inanuscrit, son Traité entre VAme décote et le cœur, lequel s'appelle le tnortifiement de vaine plaisance : il l'avait dédié et offert à l'archevêque de Tours, ^comme l'indique le titre même. Cet inquarto a jadis appartenu au baron de Hohendorf et se trouve actuellement dans la bibliothèque impériale de Vienne '.
Rarel Van Mander ne parle que fort brièvement d'un autre peintre nommé Lieven ou Liévin de Witte 9 qui demeurait à Gand et était un habile artiste , en fait d'architecture et de perspective surtout. Un de ses plus remarquables travaux représentait b femme adultère. B avait aussi exécuté les dessins de plusieurs vitraux pour l'église St. Bavon. L'anonyme de Morelli mentionne un Liévin d'Anvers, qui traça des miniatures dans le fameux brériaire de la bibliothèque St. Marc. M. Van Brée ne oonnais-
* Catalogue de la bibliothèque de fe» M, h duc de la Vaitièrt^ par G. De Bure ; Paris , 1783. Le livre d*liettres se trouve décrit dans le tome 1«% page 98.
* Le ubleau doat nous parlions tout k l'heure est [rravé dans 1» Monumenti de la France (Paris, 1840), par Alexandre Lenoir, |)age 44; et dans le Votfoge da midi de la France^ par Millin , planche 44, Le Kunsiblattàe 18â7, que je n^ai pu me procurer, confient une noiicc sur Rénr . paj^e 7 1 .
saht point ce détail et n'étant point guidé par des souvenirs, puisqu'on ne désignait alors nul ouvrage comme de cet artiste , ne lui attribue aucune des peintures. Mais l'anonyme en cite près de trente qu'il dit être ou de lui ou de Gérard de Gand. Nous donnerons plus loin sa liste, sans rien décider, n'ayant pas vu le célèbre manuscrit. Passavant, qui l'a examiné , tira de l'une des images une précieuse induction. Elle figure les trois monarques de l'O-* rient , conduits vers le berceau de Jésus par l'étoile errante. La composition, le style et le coloris lui semblèrent être absolument les mêmes que dans un tableau de M. Aders, à Londres, signé A. W. Il décrit ce tableau de la manière suivante '. c A gauche Marie est assise , portant une robe d'un bleu sombre et un manteau d'un bleu plus clair ; elle tient sur ses genoux son gracieux enfant : celui-ci étend les mains vers le plus âgé des rois , qui se pros* terne et l'adore. Le prince a un habillement de brocart violet, pardessus lequel se déroule un surtout de pourpre, garni d'une fourrure brune. Un bonnet de velours , également* orné de fourrure, couvre sa tête, n a placé son vase d'or sur le sol. Le deuxième roi s'agenouille derrière le premier, tenant dans sa main droite un coffre et dans sa gauche une coiffe chatoyante. Plus loin , le roi nègre s'incUne, après avoir ôté son turban. Le monogramme est
' Kungtreite durch England und BeIgSen , pag^c 91$.
224 HISTOIRE DE LA PEITn'URE
tracé sur une aumonière de velours. La suite des princes voyageurs se compose de cinq personnes , parmi lesquelles se trouvent deux noirs. Derrière Marie , on voit Joseph placé , dans Tombre, sur un escalier en spirale. A gauche se dresse un vieux château ; le milieu et la droite du second plan sont occupés par une ville. Des nimbes d'or environnent le front de la mère et celui du divin enfant ; mais le métal n'est appliqué nulle autre part. Cette peinture soigneusement finie, quoiqu'un peu molle, ressemble tout-à-fait à une production qui se trouve dans la galerie de Munich ' : elle a pour sujet le même événement et offre les mêmes caractères. > Le dernier tableau a été gravé sur cuivre par Charles Iless : on le jugeait alors de Van Ejck. Le musée de Berlin en possède une vieille copie fort belle ', L'exacte similitude de ces ouvrages donne lieu de croire qu'ils sont tous de Liévin de Witte ou Liévin d'Anvers. Il faut espérer que l'on découvrira par la suite de nouveaux renseignements , qui aj^èleront à la lumière cette victime enfouie dans les limbes de l'histoire.
Le premier endroit de la Hollande où pénétra la méthode brugeoise , où vint planer le génie inspirateur des Van Ejck , ce fut Harlem , ville autrefoii^ commerçante et bruyante, aujourd'hui morte et
FLAMANDE ET HOLLANDAISE. 2iK
silencieuse, qui voit l'eau verdir chaque été au milieu de ses canaux solitaires. Les environs sont très saUonneux : elle se distingue par là du reste de la province; ses alentours doivent même à cette circonstance un air de gaieté , de fermeté méridionales , que l'on^ne trouve point ailleurs sur les plaines marécageuses de la Néerlande. On y observe donc moins de prairies ; les bois y prospèrent, nombreux et touffus , semés de vastes cultures , de fermes pastorales , de charmantes retraites ; leur feuillage plus sec a des mélodies plus sonores c[ue la molle verdure des autres cantons. La terre y boit promptement Teau du ciel'; la tulipe , la rose et presque toutes les fleurs s'y plaisent. Les dunes qui bornent la mer ont une grande largeur. Du milieu des taillis, on aperçoit entre les rameaux leurs blanchâtres sommets, dont la nudité mélancolique porte à la rêverie. Egarez-vous parmi les hauteurs , une poésie sauvage exalte votre âme. Assis au fond des vallées , sur une touffe de romarin, on se croit pour jamais séparé de l'univers. Un buisson-ardent frissonne devant vous et murmure comme un lai plaintif, souslabisequitdurmente ces grèves orageuses. On ne découvre au loin que des pentes arides et , dans les profondeurs du ciel , les nues vagabondes chassées par la tempête. Escaladez les tertres mobiles, puis regardez vers le couchant : au-delà des cimes onduleuses que voyez vous, sinon l'immensité des flots, les plaines sans bornes de la mer stérile^ comme l'appelle le chantre
2i6 HISTOIRE DE LA PEINTURE
d'Ulysse. Un rayon de soleil y tombe à travers les nuages : il y dessine eomme une tle de lumière et plonge au sein de Vabyme. A lentour se déroulent des vagues funèbres , que Tœil attristé suit jusque daps la brume de l'horizon. Voilà le pays ou sont nés, ou devaient naître les Ruisdaël, les Berchem, les Wouwerman, les Hobbemaetles Wynants!
Le plus ancien aïeul de ces grands hommes fut Thierry ou Dick de Harlem. L'époque de sa naissance est inconnue et l'on ne sait pas davantage sous quel maître il étudia. Il demeurait à Harlon rue de la Croix ', près de l'hospice des orphelins, dans. une vieille mai^n à façade gothique, où ressortaient des figures sculptées* Mais tout prouve cpi'il habita aussi Louvain. Leyde possédait, au XVI* siècle, un triptyque de lui, au milieu duquel était peinte la tête du Sauveur et dont les battants offraient celles des apôtres Pierre et Paul; aurde»sous se trouvait une inscription latine, en lettres d'or, qui signifiait : Van du Seigneur quaiarze ceiU goûtante deux, Thierry, né à Harlem , m'a faU à Louvain. Puiese-t-^l obtenir le repos éiemeL Ce travail appartenait au nommé Jean Gerritz Bai* tenweg ^. Karel Van Mander n'en cite pas d'autre;
* lu de Kruistraat. Fan Monder,
^ On a pensé que le moi Bmienweg était Tindication de la nie oà demeurait Jean Gerriti. Il veut dire en efTet chemin extérienr; nui» il eât en italiques dans le texte et fait conséquemment partie dn nom propre.
FLAMANDE ET UOIXANDAISE. 227
mais il loi parait safiKsant pour montrer c(mibien le peintre était habile, quelle perfection, quelle harmonie et quelle douceur il avait acquises dans ces temps éloignés.
En 1826, on admirait encore à l'hôtel-de-ville du dernier endroit deux magnifiques tableaux, que Ton croyait de Hemling et dont nous allons indi* quer le sujet. H est pris dans une chronique du moyen âge , relative à un empereur d'Allemagne. U en existe plusieurs versions ; je traduis celle d'un légendaire hessois du xv* siècle ' :
c Ce troisième Othon avait épousé en légitime mariage la fille du roi d'Arragon, qui s'éprit d'un amour illicite pour un comte de la cour impériale; mais celui-ci était chaste et pieux, il refusa de la suivre , d'être félon à son seigneur, de trahir son serment conjugal. L'impératrice le prit donc en haine, l'accusa, et dit au prince que le comte avait voulu la forcer, lui dérober son honneur. Le monarque la crut sur-le^^hamp et , dans sa colère , fit aussitôt trancher la tète au comte. Loris*' qu'on allait l'exécuter, celui-ci dit à son épouse : — Je ne suis point coupable et te prie de montrer mon innocence après ma mort; ce que le tribunal exigera, fais-le sans balancer, confie-toi en Dieu , qui est un juge équitable. — Sa femme le lui promit et lui tint
1 Monumenta HaMsiacan publiés par Schmiiicko. h Gisscl . en 1747; tome l*», pafyes 77-80.
parole. Quelque temps après , un jour que TEmpereur siégeait au tribunal avec d'autres princes et seigneurs, cette Teuye se présenta dcTant la cour et dit : — Sire , qu'a mérité celui-ci qui a tué injustement mon époux? — D a mérité la mort , répliqua l'Empereur. — Sire, reprit alors la femme, c'est Tousl Le comte, mon mari , a été décapité injustement par TOtre ordre, comme je le montrerai en subissant l'épreuve que l'on voudra. — Le comte, répondit l'Empereur, a été exécuté avec raison , il le méritait. — J'invoque la loi, s'écria la femme, et je demande qu'on me dise comment je dois prouver son innocence. — La loi ordonne, continua le prince, que tu portes un fer brûlant. — C'était alors l'usage. La dame pria Dieu , implora sa justice devant tout le peuple , et porta saine et sauve le fer rouge. Le monarque s'effraya ainsi que tout le tribunal. Il dit à la fenune : — Dieu te donne raison , je me livre à ta merci. — La dame répliqua : — Si tu veux vivre et mourir comme un véritable empereur, si tu veux rendre et subir la justice, tu dois périr à ton tour ! — Et elle demanda au tribunal de lui faire couper la tète. Les seigneurs s'interposèrent et accordèrent au prince un délai de dix jours, pour que la dao^e tint conseil avec ses amis. Au bout de dix jours, ils reparurent dans le lieu de la justice : la dame ne changea rien à ses premières paroles. La cour ordonna un nouveau délai de huit jours , après lesquels la femme demeura impitoyable
et continua à Touloir la tête de VEmpereur. Les princes ordonnèrent un troisième délai de sept jours. Alors la dame dit : — Puisque vous voulez que l'Empereur reste vivant , faites mourir la catin : il peut ainsi se racheter. — Dans l'intervalle, le monarque s'était assuré que le comte avait été injustement puni, et que la princesse avait commis des impudicités avec d'autres. Alors le tribunal prononça un arrêt contre Tiropératrice ,qui fut brûlée et réduite en cendre. Voilà ce que rapporte Godfridus Panthéon. Prenez exemple de ceci : un seigneur ne doit pas juger trop promptement dans sa colère, mais chercher avec patience la vérité. »
Cette légende ne manque pas d'intérêt et la foi de la veuve aux promesses de la justice , qu'elle croit inflexible , même pour un empereur, a une élévation peu commune. Ni les assesseurs du prince, ni la foule ne s'en étonnent cependant; l'équité semble être l'atmosphère que respirent tous les personnages. On voudrait qu'une histoire semblable eut un fondement réel; mais une petite circonstance prouve qu'elle est apocryphe : Othon III ne se maria jamais et ne put conséquemment faire mourir son épouse.
Le récit qu'on vient de lire se trouve exposé sur deux tableaux : dans le premier on voit le patient conduit à la mort. Il a les mains attachées , les pieds nuds, et se tourne vers sa femme pour lui recommander
230 BISTOIllE DE L.i PEINTURE
sa mémoire. II occupe le second plan; derrière lui, s offrent au spectateur une tour, une église, une ville au milieu d'un paysage. Il est eihorté par un moine à subir chrétiennement cette dure épreuve. Le sacrifice a lieu sur le premier plan : le bourreau, qui a tranché la tète du comte, la remet à sa veuve; celle-ci présente un morceau d'étofle pour la recevoir. L'empereur et l'impératrice considèrent la scène dramatique àa haut d'une terrasse. Le second tableau nous montre le despote sur son trône. Devant lui la veuve s'agenouille : de la main droite elle porte dans sa robe la tète de son mari , de la gauche elle tient un fer rouge; près d'elle un brazier allumé témoigne de sa détermination héroïque. Six hommes de la cour h regardent avec une surprise bien naturelle. Au fond de la perspective, la reine expie sa faute; elle nous apparait dans les flammes d'un bûcher , qu'attisent les bourreaux.
L'exécution de ces deux ouvrages est très soignée. Les formes sont un peu trop longues et sans paraître absolument raides, n'ont pas toute la souplesse convenable. Une vive expression anime les tètes. On remarque assez de variété , de justesse dans la mimique. Les nuances des chairs sont vraies, les ombres d'une couleur brune et intense. Le dessin par trop ferme semble découper les figures. En 1827, le roi des Pays-Bas acquit ces deux tableaux, pouf les donner au prince d'Orange , qui allait souvent
les admirer. Ds ornent le château de la Haye , de-» puis que Guillaume II est monté sur le trâne.
Jusqu'en Tannée 1833, ils passèrent pour des œuvres de Hemling. Mais un manuscrit intéressant . que possédait M. Cannaert, auteur d'un livre sur le droit pénal de la Flandre, fut alors communiqué à M. Louis de Bast. Le manuscrit, dont voici le titre : AnnalM et antiquitéê de Louvain^ renfermait cette note : c £n 1468, deux images que Ion voit dans la chambre du conseil, ont été peintes par maître Die* rick Stuerbout, l'une représentant l'empereur qui fait exécuter un comte de sa oour^ faussement ac7 cusé d'avoir voulu séduire l'impératrice , l'autre , l'empereur qui fait brûler celle-ci, dont le men<r songe avait été reconnu ; ces tableaux ont étél esti^ mes 230 couronnes , de 72 philippus la pièce \ »
De longues phrases seraient inutiles pour montrer l'importance de ce document : il prouvait que les siècles n'avaient pas détruit tous les ouvrages de Thierry de Harlem, il en désignait deux d'une ma-
* « Anno 1468 wordden II stucken sehildereyen ^maeekt by M. Dierick Stuerbout, die in de raetcamere staen, d*eene daer de Kcyserejuslitiedoetdœn over eeiien grave van hove, voert betichtcn van de Keyserinne, yan dat fay haer oneerbaerheyt te voren (relecbt hadde; ende d'andere daer de Keysere over xyne Keyserinne justifie doet^ inetten brande, doert Toirseyde betichten, dat vaisck bevonden wirt; die geeistimeert waren op Il^XXX croonen te LXXII PU *t stuck. » Wvxsagerdes Sciences et des Jrt», année 1833, pafp 18. Le philippus était une petite pièce de monnaie frappée sotis le rèfpne d? Pliilippe-le-Bon, duc de Bour|rognc.
t» . HISTOIRE DE LÀ PEIKTURE
nière authentique et nous apprenait le nom de ia* mille du peintre. Mous sommes maintenant plus instruit que Karel van Mander, puisqu'il l'ignorait et ne connaissait pas non plus ces tableaux. En étudiant l'exécution de l'artiste, on pouvait dès-lors lui restituer des panneaux sans signature.
Après ces détails, on trouve dans le manuscrit un second article, signifiant que le 20 mai de la même année la commune de Lou vain a fait un autre pacte avec maître Dierick Stuerbout, pour une pdmUue de 26 pieds de long sur 12 de haut, et pour une seconde, haute de six pieds et large de quatre; celle-ci devait offrir aux regards le jugement dernier et être payée 500 couronnes. L'auteur ajoute que le tableau orne la salle des échevins, à l'hôtel-deville'.
La date quejportaitle tableau cité par Van Hander, et celle que désigne le manuscrit, prouvent que Stuerbout travailla au moins six années dans la grande commune brabançonne. Elle était alors dans toute sa gloire; on Tenait de terminer son splendide hâtel-de- ville, ce palais bourgeois plus riche, phis
* « Anno eodem SX May, heeft de stadt van Lotco vodiaglit « tegeo den voîneydeo M. Dierick SUierboai, sekere tafel où, schildereje van XXYI voeten lanck en XII voeten lioog;he, met nog een tafieréel van Ons Heeren Oordeele van YI voelen lioogbe en VI voeten breei, om ende vor Yc. croonen, bel weicke Oordeel hancht in de «chepene camere op stadthays te Loven. » Messmger ât9 Sckmtu cf ff dSrt ArU^ année 1893, page 19.
gracieux que les colonnades monotones de TEgyple et de la Grèce, ayant la forme d'une vaste châsse et fouillé, ciselé comme un morceau d'orfèvrerie. La science j jetait également son éclat : fondée depuis peu, l'université, comme l'astre nocturne qui s'élève, au milieu d'un beau ciel, répandait une lumière croissante. Aidé par de telles circonstances, il est probable que Stuerbout fonda une école à Louvain; chex un peuple artiste, un exemple sufiBt pour éveiller les talents. Ces gloires lointaines ont pâli d'abord, puis se sont à jamais éteintes sous la brume des siècles. Vasari compte parmi les disciples des Van Eyck un Lodavico da Luano : on a cru qu'il y avait ici erreur de nom, qu'il avait mal entendu le mot Diderico, forme italienne du vocable Thierry, Dirck, Dieirich, et lui avait substitué l'appelation de Lodavico; mais à la fin de son livre il cite Diric da Lovanio '; Louis ne serait-il pas en conséquence un élève jadis fameux de Stuerbout? un texte inconnu viendra peut-être quelque jour dissiper les ombres qui l'environnent. Un fait singulier , c'est que Guichardin mentionne , comme trois peintres différents^ Louis de Louvain, Dirick de Louvain et Dirick de Harlem. Tirez-vous de semblables difficultés !
S'appuyant sur l'analogie du style, M. Passavant attribue à Stuerbout un petit ouvrage que possède
* Tome XI, pa{^e 66, édition de Sienne.
M. SchoffBrentano, de Francfort, et dont le propriétaire a fait lacquisition à Paris. On y voit l'empereur Augaste, au moment où la Sibyle de Tibur lui prédit la naissance du Christ : les deux personnages se trouvent dans la salle d'un château gothique ; plusieurs individus les entourent, leurs respectables figures ont l'air de portraits '. Passavant juge du même auteur un beau volet, qui appartient à M. Zanoli, de Cologne. St. Jean-Baptiste j est représenté sur un fond d'or; la tête a des proportions un peu trop longues, les traits sont dessinés d'une manière ferme, un peu dure. Les ombres tirent sur le brun *. Hotho y ajoute une peinture, qui orne la maison de M. François Brentano, à Francfort, et un grand travail suspendu contre un pilier de l'église de- Dantzick : il est fractionné en plusieurs comparti* ments , dont chacun retrace un des péchés que défendent les commandements de Dieu. Les faces sont remarquablement longues, les tètes et la composition pleines de vie ; quelques paysages ont on charme peu ordinaire. On y lit toutefois des inscriptions allemandes '. M. Passavant retrouve aussi la manière de Stuerbout dans les deux volets du musée de Naples , qui figurent Robert de incile et le duc
* Mettagtr des Sctenees ttdet Artt, année 1841, page 327. ^ Kansfrtisê dturch Engîand und Betyteny page 387. ^ Grschtchtf der dettischen und ttierderlàndîseken maferei, p. III et 112.
Charles de Calabre Ml les croit d'un élère ou d'un imitateur de ce maître. Son portrait a été gravé par Théodore Galle : en haut de la planche, on lit cette phrase :
Floniit Harlemi, et Lovanii, an. 1462.
Et au bas, ces vers de Lampsonius, déjà imprimés par Karel Van Mander :
Hue et ades, Théodore, taam quoqae Be1[pca sempcr
Laude oibil ficta tollet ad astra manuiii ; Ipsa tuis, rerum genitrix, expressa (iguris
Te natura sibi duin timet arte pareiu.
«Te voilà présent, Théodore; la Belgique ne cessera d'élever jusqu'aux cieux, par des louanges sincères, l'adresse de ton pinceau; exprimée dans tes ouvrages, la nature, cette mère universelle, a craint que l'art ne te rendît son égal. »
Harlem a encore donné le jour à un ancien artiste, nommé Albert Van Ouwater. Sa mémoire était déjà presque éteinte , au xvi* siècle. Karel Van Mander apprit par hasard qu'il avait jadis occupé l'attention des hommes. Il rapporte lui-même sa découverte en des termes naïfs que nous allons traduire : on verra quelle nuit profonde entourait cette école, moins de cent ans après son déclin, c Tandis que je cherchais la piste des talents les
* Le Kunêibialt du 1^ mai 1883 en parle avec détail.
2S6 niSTOIRE PE LA PEINTURE
plus vigoureax dans notre art, pour les éToquèr sur ce théâtre, selon Tordre chronologique, des témoins dignes de foi me donnèrent connaissance , à mon grand étonnement, d'un certain Albert Van Ouwater, peintre de Harlem, qui sut de bonne heure manier habilement le coloris à l'huile. Plusieurs faits paraissent insinuer qu'il vivait du temps des Van Ejck ; car un vieillard honorable de l'endroit, peintre aussi, Albert Simonsz raconte, et l'on ne doit point douter de sa parole , qu'il était , il y a soixante ans (nous voici en 1604), élève de son compatriote Jean Hostert , homme alors âgé d'environ 70 ans ; d'où il résulte qu'entre l'époque où vint au monde le dit Mostert et l'époque actuelle, cent trente ans à peu près se sont écoulés. Or, le sieur Sîmonsi,doué d'une bonne mémoire, aflirmeavoir entendu dire à Mostert qu'il n'avait jamais connu ni Albert Van Ouwater, ni Grérard de St Jean. Albert florissait avant l'illustre peintre Gérard de St. Jean, son disciple; je laisse donc le lecteur juger combien la peinture à l'huile fut anciennement praticpée dans la viUe de Harlem. » Depuis la mort du chroniqueur, nul texte retrouvé n'a éclairci l'histoire d'Albert Van Ouwater; nous ne possédons que les renseignements imparfaits contenus dans le Livre des Peintres. Au côté sud du grand autel de l'église principale, à Harlem, on voyait jadis un triptyque de lui, appelé t autel romain^ parceque les fidèles qui avaient été à Rome en pèlerinage l'ament com-
mandé et payé. Sur le panneau du milieu étaient peints les apôtres Pierre et Paul , de grandeur naturelle. Le devant du massif, où le prêtre dit la messe, était occupé par un beau paysage , dans lequel les pèlerins marchaient , se reposaient , mangeaient et buTaient. Albert rendait avec une extrême délicatesse les figures, les mains, les pieds, les costumes et les sites champêtres. A ce propos, les artistes les plus âgés de Harlem soutenaient que la meilleure manière de retracer la campagne avait été découverte chez eux : ils parlaient ainsi du temps de Karel, avant la naissance des grands paysagistes qui ont illustré cette école. Si leur assertion était vraie, il faudrait joindre à Pateniers, à Henri de Blés, ou même placer avant eux les peintres hollandais qui méritèrent ce brillant éloge. Leurs noms , malheureusement , sont inconnus , celui de Van Ouwater excepté. On admirait autrefois dans sa ville natale une résurrection de Lazare, tableau de fortes dimensions, principalement en hauteur : après le siège et la conquête de la ville , les Espagnols lenlevèrent clandestinement, ainsi que beaucoup d'autres morceaux précieux , et l'expédièrent en Espagne. Les nuds étaient exécutés d'une manièite fort habile pour le temps. Le miracle s'opérait sous les voûtes d'un édifice , dont les piliers et les accessoires étaient relativement trop petits : d'un côté, on apercevait les disciples du Christ, et en face la tourbe juive; entre les colonnes se montraient de charmantes
jeunes filles» et derrière celles-là d'autres encore^ simples spectatrices du prodige. Cette composition était si belle que Ueemskerk l'allait souTent admirer, sans jamais en pouvoir rassasier sa vue, et comme le propriétaire était son élève, il lui disait : « Mon fils, de quoi se nourrissaient donc ces vieux maîtres? > voulant exprimer par là qu'ils ne ressem* blaient guère à la foule des artistes, qu'ils mettaient dans leurs travaux un soin et une patience incroyables. Ils existait au xvi* siècle une copie de cet ouvrage, qui est probablement détruite, aussi bien que l'original; c'était une simple esquisse, selon le témoignage de Karel Van Mander.
Ce peintre eut pour disciple, comme on l'a vu, Gérard de St. Jean. H prit fort jeune les leçons d'Air bert et devint plus tard son égal sous quelques rapports, mais ne le surpassa jamais en vigueur, ni pour l'ordonnance des plans, la beauté des figures, l'expression et les idées ingénieuses. H habitait le cloître des chevaliers de St. Jean, à Harlem, et c'est delà que lui vint son surnom, mais il n'entra point dans cet ordre militaire. H peignit seulement pour le maître autel de l'église un tableau d'une grande hauteur et d'un excellent travail, où l'on admirait le crucifiement de Jésus. U orna aussi les deux vantaux, qui n'étaient pas d'une moins forte dimension. Une aile et le morceau du milieu furent anéantis pendant le siège et la prise de la ville : l'autre aile échappa au désastre ; on l'avait depuis lors sciée en
deax parties dans le sens de l'épaisseur et avait ainsi formé deux tableaux, qui se trouvaient chez le commandeur. Sur Tun, constituant jadis la face externe, se déployait un miracle ; sur Vautre on voyait une descente de croix , où Jésus était couché de toute sa longueur. L'artiste avait prodigieusement bien rendu l'affliction des apâtres, de Marie-Madeleine et de Marie Salomé : la vierge, dans une posture languissante, paraissait de même éprouver une douleur immens|e, et presque tous les artistes s'étonnaient de la parfaite vérité, qui distinguait cette production. Hors de Harlem, chez les moines réguliers, on ad* mirait aussi une œuvre de Gérard; mais elle fut détruite pendant la guerre ou par les iconoclastes. Un tableau placé dans la grande église de cette ville et représentant l'église même, peinte avec beaucoup de force et de charme, a également cessé d'être. Gérard ne multipUa point ses créations : il mourut âgé de vingt-huit ans.
Le volet scié en deux existe encore : c'est un desmorce( ux les plus rares que possède la galerie de Vienne. Dans la descente de croix. St. Jean soutient la Vierge en pleurs; Marie-Madeleine, Marie-Salomé, deux autres femmes, Joseph d'Arimathie et Nicodème sont assis près du corps de Jésus. Dans le lointain, la croix du Dieu martyr se dresse sur le Golgotha : un des larrons est encore attaché à la sienne, tandis qu'on jette Vautre dans une fosse. Un homme couvert d'une chape noire , sans doute un portrait, se
%m histoire; de la fediture
tient derrière le groupe principal. Les attitudes scml faciles, les ombres des carnations un peu branes. L'autre fragment expose l'histoire des restes du Précurseur : an second plan, on ensei^lson corps, sous les yeux de Jésus; au premier, Jolieti rApostat les fait exhumer, br«âer,'pui8 otdonne que l'on en jette les cendres au Tcnt. Plds loin , dans le fond, des prêtres apportent à St. Jean d'Acre, demeure des chevaliers hospitaKers^ quelques reliques de leur patron, comme cela eut efiTeetiTement lieu duirant Tannée 1252. Les tableaux ont juste la* Même hau^ teur et la même largeur \ ainsi quHl devait 'être. Mais ils ne sont pas, à beaucoup près, ^de- grande dimension, nouveau fait qui prottVe FiiMlAètitlidb de Karel Van Mander. Untei hatttonie à* Itf 4bis vi^ goureuse et bien ménagée caractérise' b^'oottleiir) le paysage et les fabriques ont des teintes 'lîraties; Les dievaliers de St. Jean paraissent être dêspor* traits; les fossoyeurs sont peinte avec une réa^ sans noblesse. Lorsqu'il- vit»ces panneaux, Afteit Durer s'écria plein d'entà^usiasme' t c Etaf ^vérité, fl était déjà peintre dans le sein de sa mère^ !- »
Les deux portions du volet furent données, en 1635, au roi d'Angleterre, Charles I*', par l'ambassadeur de Hollande, comme le témoigne une inscription en vieille écriture , attachée au second ta-
* (S dcciiiictro^, 6 centimèlres de hauteur, 4 décimètres, 5 oentimèlrcs de largeur.
> Kuntiblatidc 1841, article de Passavant.
FLAMANDE ET II0LLANDÂIS8. Ml
bleau et tracée peuirètre par Van Doork '. On sait que le duc Léopold Guillaume, gouvemeur des Pays- Bas autrichiens, acquit plusieurs tableaux provenant de la galerie de Charles V\ et ceux-ci étaient appa-» remment du nombre. On les aura ensuite transportés de Belgique en Allemagne. On ne oonnait de Gérard que ces deux morceaux \
L'analogie de ces peintures avec une autre peinture de Vienne a fait supposer que celleci était due au talent d'Albert Van Ouwater. Elle nous met éga* lement sous les yeux la Descente de croix : on y trouve la même composition et les mémos personnages, sauf rhomme revêtu d'une cape noire et les deux larrons; tous trois sont absents du tableau d'Albert. Des formes plus allongées, des bouches plus grandes, un ton plus dair et plus doux dans les ombres de la carnation , distinguent ce tableau de ceux des Van £yck. L'expressitm, le fini du travail , la justesse du dessin égalent l'auteur à Jean de Bruges. La similitude et la supériorité de la manière, comparativement aux productions de Gérard, sont les motifs sur lesquels on s'appuie pour déda*
1 Voici celle iiiscrîplion : « ITarch y« 23 I631S. This h ihe 2** Picclc being one oF ihe 5 Picture» w^ v/as présentée] to ihc Kin^j ai St. James by the State their Imbassador. »
^ « 11 n'est |Mit probable que le Repos de la Sainte Famille, dans la collection Boisserée, et un autre tableau figurant le même sujet, dans la galerie du BeUédére, viennent de ce maître, quoiqu*ils lui soient attribués; la manière en est plus molle et toute différente.» Passavant, Kunstblatt,
2ii msToiRE m la peintore
rer que cet ouvrage a été peint par son maitre. On a cru Toir une ressemblance d'exécatioa plus fidèle encore entre cette image d le célèbre Jagement dfxnier de Dantzick. Passarant le regarde donc aussi comme d'Albert Van Ouwater. D'autres ooi pensé qu'il était de Hugo Van der Goes '^ mai^ il a touj ours porté le nom des Van ^jék. Il me faut emprunter une ¥oix étrangère pour parler de ce tableau que je n ai point vu; je donme la préférence à la charmante description de Johanaa Scboppenhauer*
c On le conservait depuis plusieurs siècles dans la ville de Dantzick , ma patrie, ayfc. un jsoûa veUgieux, lorsque les Français rqalevèrepte9a1807«i La bravoure allemande le recQnqijy^,.^Nm l'eqNMapttbliquement à Berlin, sfins désigner l'awteqr,. Def gens dent l'opinion ne saunait, être, dédaignées ont combattu y. à partir de .ce moment^ ia. tradition qui le représente comme* un o^vrage 'des- fvèies ¥an Eyck. Je ne suis point asse^ forte pour Uitler contie ces hommes robustes et cqpendaBt jf . vn^ veux pas leur sacrifier aveuglément mes idées. O, ne ^ma reste qu'à décrire le lableaUt puis à exprimer /d'uae mh nière simple et vraie oc que j'en pense et.fltiqii^ manière je l'envisa^» sans pvét^endrp fiiÛK b. dMcussion* ,'<.{.
« On ignore la date de son arrivée è DmUtkk; mais une croyance populaire des plus, aficiennes
* Le conneiller Hirl , par exemple.
prétend qu'tm pécheur le trouva dans une caisse soigneusement fermée, qui errait sur lés vagues de la mer Baltique : il en fit don à l'église Notre-Dame. Celle-ci; quipor^e maititénant le nom de cathédrale» est un de# plu^ vastes, des^ plus majestueux édifices de raréhitecttirc^ chrétienne i elle frappe d'àdmira-^ tion et de' respect tous ceux qui la contemplent. Ta mètùe f ràdltion rapportaît que deux' frères appelés Van E^k en' étaient leè auteuirs et ai^îent précédismittétit iiiVenté fci peinture à ï"fcuilè. Cet illustre nom se'<îànsérva donc sur lesl eltrémes frontières de la langtiè' allemande, hième parmi le peuple, et je' le coiiùils dèè ' m'on enfance, tandis que le reste du ' moiUd^, "sAttf un "ptètit ïlombre d^aniàteurs, Ta vait presque 'eMièrème^t oublié.
' t Quand le dbgmle catholique i^égnâlt dans la ville, ce tableaîi ornait 'peritiÔlte Un' îaùtel latéral, mais il ne décoraf jamais kl g^and' autel :Tëglise étant consacrée à kl Vier^; le fait qtiHl'ëxpoÉc ne permettait point de Iwi dtonmetcfette' place'. On la réservait d'ordSnailre pour un ouvrage relatif au patron du monmneilt.'Aus^ est-élle occupée à'Dantzick par un colossal - retable eu bbis , tèulpté' et doré : la pièce du cèAti^ fi^t*é Ia Vierge &u lùilieu des' trois personnes divines; c'est probablement le même que cite Curickien dans iôn histoire ', comme un travail de maître Michel, livré en 1517. D'estimables critiques,
* Ce n*est pas une histoire, mais une description deDantxick.
dii RISTOIRB DE U PEINTURE
n'ayant jamais vu Védifice et lisnnft ce piassage, citH rent qu'il désignait le tableau et attribuèrent celuici à Michel Wohlgemuth '. Mais BSttieher, qui fut marguillier de Notre-Dame jusqu'en 16 15, rapporte dans son catalogue manuscrit àc» richesses de Téglise que le triptyque fut câcécuté par un prêtre nommé Michaël , et ajoute que l'enluminure et la dorure coûtèrent trois mille trois cent quatre-vtng^ six marcs, qu'un accord fut conclu pour cet objet avec un certain maître Michel. Praetorius, dans un autre ouvrage, appelle le dernier Ifichel' Schwartz. Deux énormes volets, également couverts des sculptures, ferment ce retable. Ce fut, selon toute appa^ rence, à colorier les statues et les mdulured qtie Ton employa le peintre , comme l'usage^ le prescrirtit alors : elles sont blanchies et dorées maintenant. €é travail du reste n'a qu'un faible mérite.
« Lorsque la cmyance luthérienne eut oblttin te victoire à Dantxick, on enleva les a^telsi secondaires, et le tableau demeura dans un coffre; pendii à une des puissantes colonnes , qui soutiennent les -hautes voûtes de la cathéArale. La héke restait ff^'Uiée d'ordinaire, mais la peinture n^tnit ni oobliée , ni méconnue ; jamais œuvre d'ait nt fut au euatraife
« U s'a^il.ici du iMron d« Scha^ow, qui s'j^pi^aiticn oatreiTuBt
gravure* sur f>ois, faite par Wohlgemuth et repré^eutapt le Jugcnieut dernier: elle se trouve dans la chronique de Ma^ehourij, publiée en 1495 par Schcdel. La composition a une jurande ressemblance avecDclle de Dantzick.
mieux appréciée 9 plw admirée ^ justement parce* qu'elle était unique dans 1m ville. Durant le# Cèles aoleom^lles, loraqu'on parait Téglisc de tôus ses ot'* nements» on découvrait aussi le taldeam et un cha« cun s empressait pour, le voir. La foule ne diminuait pas^ le monument ne restait point désert, tant qu'on pouvait ViexamiAer : il édifiait le peuple et lui in<spirait la crainte .des châtiments célestes;, il su^ifgéra plus d'une. Jbonne résoluAion que ju'eût point - fait naitre wi .prédicateur. On. le mpntrait aussi «ua personnes qui io désiraient^ Les étrangers étaient conduits, tout d'abprd par leurs hôtes devant crtto grande oumsité. Lps amis, les voisins> le» passants pro&taient.de l'occasion. J'ai vu hîen 4es Xoîs le célè^ brelriptyquc^ende pareillas.circonstmcesi et4îe fut alorS) je puis I9 , dire» que^ s'éveilla dans mon âme le goût des beaux aits* Il occupe. maint^ant «me dfia«pelle .latérale» et .peu de .jours se ter rainent sans qu'un Yoyageur, ou un habitant de l'endroit, ait&ût ouvrir les ailes. Le morceau du milieu fi^m l'acte pnmci|ial. Jésus tréoe sur un vaste et bvillant- acc4 en^ûel) qui ferm^ait un eercft^ entier » si Vhoriaon ne l'échimerait Ic^étement Le. Rédempteur a la sé^ vère expression du juge; à gauche, près de sa tÊte, flotte une épée ardente, la pointe tournée vers lui; un lys vajonne à sa droite. Une boule d'or snspen* due en l'ail-, où se réfléchissent les objets voisins, lui sert de marche-pied. 11 est vêtu d'un manteau rouge, qu'une somptueuse agraffc maintient sur le
JM6 HISTOIRE Dfi LA PEINTURE
derant» m«îa qiiis Quyre pluaho^, laisse mr s<m faasle nu , puia entoure ses genoux de plis .barmaaieux. Quatre anges, habillés de» longue» mbes, planent au-deiAU3 de lui et portent le» emblème» deses souf* fraaces» Derrière Larc-'eo^el, lesdEMiiq apôtnea» sii de diaque côtéi forment un eerole cpii vient j aboutir : à l'extrémité de la sectiou dnaîte|,llafie.aa(;^ nouille dans l'attitude de la priète; un nimbe eom-
ronue son front etunlargeinanteaud'un.vert sombre deseeaadde ses. épaules* Son beau.irîsage-^ei^rime l'amour maternel et la idoiicwr d'une ohariteble intercession» A re&trémité gauebe «s'ageoMiUe St^ Jean : un mmbeenvir/onnedemême sabeUe.tète; ilporte un étroit oostump formé de tmsooa dei>robil, par-dessus lequel, se dépnnile un mantfian rwt^ ^u- Ué de pourpre* Ses mai*s finiefi jusque dm» fies plus petâla détaila p^raissfsU unpeumaigms : la couleur etu est cbaudeetidvante^Au-de^miadeMgRoupe Milent trois anges, aycwAupour oestume.deien^ae» robes qui cachent leurs,pî^.: û», font feten.tir l«s trompettes dont le son formidable iévetUe lee morts.
« Telle» sont les£gures qui, occu^ntlebaiM date* bleau. JDans le haa^ las.générations défuntes, sortent delatonibe*
c Au miUeu d'elles et complètement .tourné ¥en le spectateur y se dresse le gigantesque tSU^Hichel, qui a pour le moine deux fois la taiUe des ressusci* tés. Une brillante armure d'or oouTre ses membres, et les objets Toisins s j réfléchissent , comme dans
FLAMANDB ET HOLLAmMSE, 217
lacère qae presBeiil^Ies [iieds du Messie. Défaites de paon ^magnifiques raycmnent sur ses épaules : liti'ifaflte tnàtiieau éearUle , semé der fleurs dor et doublé de* pourpre, aveë mie bcMfdure dé perles et de pieh*e$> préeveueses y reMnu à' la hauteur de la pMlfiiie par im SfllesidMe médaillon » s'écarte plus bas et traîne "derrière le iiéros immortel , laissant toir tonus' m^pauopliei C^'haubergeon de maiflelr, ei% OTy abrite son^cou. Des cheveux Moud» oriMit ta«<é|6'sértettse c^sotit a^ujettift par tin étroit bandeau, sur le ' devant 'ddquel briâe une croix de diaMiair(9/ De la maki droite, il tient levé un bAlon d^él>ène,*dola-gauchie"il' porte la balanée terfibk. L^tin^dot plaiMiit, daklslëqiielun bienheureux prie à'^ftiîbui,^i*epose'Sur'la'«erre; l'aulro s'élèrre, ren* fërmMt tin "iA>upabl^ lÉ^nt^les méHtds spnt trop légei« rie mouvement ^tsi rapide qofû t^ébuehe^ u»|i diablerie saisit dé)à par lés cheveux t)t fenfor alMMl'sa'pMte;'Qn Mf^euf tien hnàghier de plas beau V 'de pliis^ fier ; de ' plUs ' teipdsattt que ; les^ noblea* formée; la taille* élégante de St. Michel ^ que son austère eou^^^'œil et aft sérieuse figure, légè-^ remenVinelioée^Gelle^ offre des traees d*hésfta-« tion; la couleur en est si peu épaisse que l'on dÎBcerae au «travers i|afdlques changements du con« tour , dessinés' à la mine de plomba comme si; iar** tiste n'avait pas d'abord ^réalisé' son idéal. On re* marque sur le» autres tétes-de-eemblables lignes, des espèees dé ratures presque effaeées. Les groupes
848 nSTOlRB DE L\ PEINTURE
des morts tfoà renaissent sont trop nuiubretiz « trop diters poar que nous puissmns les décrire. Os Mr«tent du sépulcre, et on lit sur lenr visagie le près*, sentiment de leur destinée bienhearent 0m «Mndite. Un toaibeau porte les chiftts» €GCLX¥li, mais cette date tronquée me semble ÊLytnt évé ptiMe plus tard ; h tète du juste, qui est 4ans la balance, et les traits d'un ange qui sonne de h trompette, celui du mSieu , offrent aussi des relOQchès.
t Derrière St. Midiél^ un esprit célMeet un esprit de ténèbres se di&putent l'âme d^nn tiépaïaé, Vne douleur , une angoisse inexprimables, un-Ateapmr qui touche à la folie, agitent les groupes irariéè, pressés, des malheureuiK de IMt âge et de toutsete que metiacent les flanmies éternelies. Des diabies ftmtastiques , d6nt qul^ques uns Tolent lur dea aHes de papffioti , se mêlent au^i damnés et les pons* sent de mainte manière, a'^rec une joie rédement satanique , Tcrs le gbuffro sans espérance. La fisrie imagination du Dante n'eut pas mieux inventé. A droite au contraire tout est repos, tout trahit dans la foule un avant-goût de la béatitude céleste t quel* ques visages, quelques tètes de femmes spéciale* ment, expriment ce bonheur anticipé par un sourire doux et presque enfantin, kn milieu 4'Mi groupe serré, qui se tourne vers les portes bénies, on remarque un nègre : dans une autre pHalaifge, située vis-à-vis , phalange où abondent les moines tonsurés , on distingue un vieillard calme et sérieux
FLAMANDE ET HOLLANDAISE. i^
dont les traks porteat Veoipmnte de la mâancolie, mais qai semble exempt de douleur et d'inquiétude : il finrme eontrast» aveo le nègre élu et doit être un YorlMeux païen , qui ne mérite pas les supplices de Tcnfer, mais ne peut^ selon le dogme eatholique, oliftenir la SéUoîté des justes.
c Entre de hauts rochers « sombres et anguleux , qu'assiègent les flammes de l'abyme, dont on voit seulement lentrée sur le premier plan ^ l'^il^ gau* die aojits montre toutes les formes imaginables de rhofcreur» du désespcàr^ de 1 angoisse et de la souffiranee, panrenues aus dernières limites. Des démons pins sawiFag^ft i plus aJSreux , mais qui n'înspîrmit que la terreur et non le dégoût, précipitent les proscarits le long d'un étroit sentier qui mène au licw des supf^ces* Ils. courent, tombent Tun sur l'autie, se mêlent» s^étouffent , se dégagent, et sont toujours poussés avec une effroyable violence. Les poses diverses de ces corps entièrement nus échappent à la parole, ausrâ bien que Texpression variée d uite même terreur , qui enlaidit les figures. Les raceourcb les plus étranges sont dessinés avec un rare bonheur et une adresse merveilleuse.
L'aîXe droite du retable nous offre un portail go^ tUque , orné de colonnes et très-somptueux ; les élus franchissent le seuil pour entrer dans le séjour de rinaltérable félicité. Des sculptures en demirelief parent la façade et les hautes voûtes de l'atrium. Sur une des clefs pendantes est retracée la
création de la première femme; sar les arceaux mêmes, on voit des ehérubîns et des séraphins ; sar un pilier, Jésus trânant comme roi do monde , aToc l'agneau à ses pieds et autour de lui les emblèmes des quatre érangèlistes. Deux autres pnliers d'une grosseur énorme , occupant la droite et la gaudie ^ portent dix statues de rois ou de saints qui ont fondé un ordre quelconque ; ils sont assis ou à genoux; au-<iessus d'eux s'élèvent de ehattaants dais sculptés. Tout cela fait illusion et send)Ie rét^ement taillé dans la pierre; le peintre a poussé la défiea*» tesse de travail jusqu'à rendre les veines du lx>is, les ferrures des portes et les moindres dous. Iletr* rière la balustrade qui couronne ce pompeux édifice , on voit des anges pchrtant de ridbe^ costumes sacerdotaux; ils chantent, jouent de la musique, poussent des cris d'allégresse et jetteutdes fleurs. Un peu moins haut, sur des balcons environnant les piliers, se tiennent six anges pleins d'une gt-ftee merveilleuse , trois sur chacun ; ils ont * aussi des vêtements d'église, qui ruissèlent d^or et de pierre^ ries ; un groupe chante devant un pseautier, l'autre joue de la harpe , de la cithare et de la viole. Des nuages entourent le monument et paraissent même le porter, cpioique la première des marches de eristal ait le sol pour appui; les herbes et les cailloùs sont parsemés de perles et de diaihants. Huit eéi^ésiasti* ques ont déjà franchi les degrés et se pressent tellement à la porte que le crâne tonsuré de plusieurs
FLAMANra ET HOLLANDAISE. 291
reste seul visible : ua pape suivi d'un oardiiial marche entête* Trois angos, pourvus d'ailçs magmfiquçs , revêtent cçux qui entrent d'habits cléricaux ; ils coiffent même un élu d'un bonxiet d'évéque. Plus ba^, mx la deuxième marche» d'un air doux et paternel I so tient jbe chef des apôtres ; il a dans une nmin, I4 gifa^de def d'or du paradis et tend Vautre main à un vieillard , qui monte le premier degré. Plusieurs bienheureux s'approchent et un messager divin,. po^ pnè^ de St* Pierreries aide, les encourage à g^v;ir. l'e^acaliercéleste.
< 1^ ppi^Térité qi/n^ Xofï ^rewwque da^s l'exprèsritfn de.^ douleur f sur V^ile gauche, on la trouve dans unç. iQ;^pressû>n contraire, sur l'aile, droite ; la paii: djx 3eigneur, l'étonnement humble, et jçjeux de lOtpremi^re éuoiptiQn c^bellissiefit les yisagçs* Chaque tiéte sçmjble wf portrail.; iQutes sont peintes qopunela nfiniat^ure M p^us d^Ucate» sont vivantes cpnune la ré^té..
c, Le. dessin et la covdeur de$ nus n^éritent de gira^dp» Ipuangqs i ils déplaisent seulement par leur muigiieur,, AurtQUt les bras et les. jambes^ On voit que l'arti^fe n'i^ pu faire ici les mémea étude» que pour les figiures y.les mi|ins,.les vêtements et les autres objets.
c La. sainte demeure se détache sur un fond d'or, eçonme les angiBs musiciens du tableau de Gand : le peintre a san3 doute voulu. rq[>résenter ainsi la splendeur céleste; notre atmosphère ne convient plus aux bienheureux. L'or, dans le reste du tryptique, sur
2à^ HISTOIRE DE LA PELVTURE
les ornements et les étoffes, comme en général tous les métaux, sont imités à laide de b couleur, au point de produire une complète iUiAsion ; de eelle manière sont traitées larmure de St. Michel et la sphère qui porte les pieds du Sauveur. Les relels qui s'y projettent font souvenir du miroir dont parle Facius, en décrivant la saUe de bain exAcudée par Jean Van Ejck.
c La porte du ciel dans toutes ses divisionSi dans tous ses ornements, ressemble d'une manière éion* liante aux édifices, piliers, décorations et moulures des tableaux de Van Eyck jadis en U'posso^ioQ des frères Boisserée. Les broderies, les ariimre&i«'lfl9 joyaux donnent lieu à la même v<»aarq«ie« Le^ diamants, les pierres précieuses, disséminé^ ddvaalla porte du ciel, soAt les mêmes q^e ceux, rèpapdiia sous les pieds des adorateurs de l'Agneau mystique.
c Les anges vêtus de magoiliques iialnts ont aort égale similitude avec ceux de l Agneau^ ju$quei4aiia les moindres détaib des traits i des co^tume^'^ des ailes, des bijoux, des étoffes : bien plus, les chiumsiMtft petits musiciens postés sur les balcons rappeltenl lofi anges de Gand d'une manière si exacte, qu'on peut les regarder comme lesportraits en miniatui^ desaiê^ mes modèles, beaux enfants de ciBUr probablement.
« Les tètes merveilleuses (fes apôtres, de Marier de St. Pierre et de St* Jean -Baptiste, sont traitées pour la forme , l'expression , la couleur et la toadio des cheveux comme dans les tableaux des Van Evck delà
collection Boisserée: elles font surtout penser à riinagc de St. Luc. L'agencement des draperies, l'elécution des diverses étoffes et du brocard suggèrent les mêmes remarques. • Parmi les figures des bienheureux , il en plusieurs que je crois avoir vues sur les panneaux , xyîi cheminent les Saldatê du Chrisi et les Ermite». Le coloris n'a pas une splendeur moins vive que chei les célèbres frères.
« Lorsqu'après une longue absence je revis, au printemps de Vannée 1820, la cité de mes aïeux, je me transportai, aussitôt que je le pus, devant cette image autour de laqucUe erraient mes souvenirs. Je quittoiîs Berlin, où je venais d'étudier scrupuleusement leâ vùlits' de \ Agneau myêtiqué; durant Tautonlne de l^amnèe précédente, j'avais considéré d'une manifefe aussi attentive les peintures de la collection Boisserée, qui portent le nom de Jean; ces cber8-d*œatre brillaient de tout leur éclat dans ma mtoioin;; Leur similitude avec le tableau de Oantzick me frappa sut le champ et ne me laissa pas le moindre doute. La persuasion qu'il était dû à la main créatrice des Van Eyck s'affermissait d'autant plus en moi , que je l'examinais plus souvent et plus longuement; je suis même convaincue que tout le monde partagerait mon avis, si l'on plaçait en face les morceaux de Berlin , pour établir une comparaison sure et fidèle. Ce tryptique au reste date certainement de la première époque des Van Eyck et fut peint de longues années avant le cycle
2U riIStOIRE DE LA PEINTURE
relatif à la Vierge, que posnède la galerie Boisserée; il précéda immédiatement , selon toute apparence, le fameux retable de St. Bavon. Les connaisseurs jugeront sî je me trompe , en croyant distinguer cà et là le travail de Hubert dans mainte figure, spécialement dans celles des morts et dans les formes des diables. Supposons que mon opinion se confirme, ce tableau serait alors un chef-d'œuvre inappréciable, mis au jour par les deux frères, et aurait conséquemment la plus grande importance pour l'histoire de l'art. »
L'extérieur des ailes, que JohannaSchoppenhauer oublié de mentionner, représente à droite la "Vierge sur un piédouche, debout dans une niche et portant le Sauveur : un homme habillé d'une robe noire garnie de fourrure s'agenouille * aù-déssous et doit être le donateur : son écussoh pend derrière lui. Le dehors du volet gauche nous ofiïe l'archange St. Michel terrassant deux démons; pluis bas se trouve une femme agenouillée, derrière lacjuelle on voit également des annoiries, où est inscrite cette devise : Pour non falir. Là' plus grande partie du retable n'a aucunement souffert.' tlii lit sur la première marche de l'escalier céleste : 2îc#tauré en 1718, le '29 juillet, Chrûtoplie Kray.Ce barbouilleur peut bien être celui qui a si mal' repeint quelques têtes *.
< Waagen, Vebtr Hubert und Jokann Van Eyck»
Waegen a la même opinion que Johanna Schop* penhauer sur lorigine de ce tableau ; il le croit seulement fait à une autre époque. « La preuve la plus forte , dit-il ^ que Ton puisse opposer au baron de Schadow , qui le regarde comme de Michel Wohlgemuth, ce sont lesœuyres authentiques de ce peintre , conservées à Nuremberg , Schleissheim et Schwabach : 1 exécution en difi^re totalement et a une bien moindre valeur. Dès le premier coup<l'œilf tout vrai juge affirmera qu'il est sorti de Técole des Yan Eydc ' ; il ne s agit plus que de décider quel maître a eséouté cette œuvre immortelle. A Paris , certainesi personnes la regardaient comme un tableau . d'Albert van Ouwater * : dans le catalogue on l'attribuait, néanmoins à Jean Van Eyok. — Le professeur Bûsching a découvert près de Tinscription imparfaite un b très- visible, de cette. forme et dcf cetjtç grandeur b : Topinion commune et la tradition populaire peuvent s'en^autoriaer» La manière de concevpir et de peindre , que Von observe dans le retable, s'accorde d'ailleurs avec l'esprit et la touche de Van JByck dans sa production la plus au- Xh^n\kqixefX Adoration de l'Agnecm, ainsi que j'ai puie voir moi-même à Paris, en 1814, à l'aide d une «HQ^paraison immédiate. Il me semble donc manifeste qu'il est de Jean Van Ejck. » Aucun.de
* La devise française prouve jusqu^à un certain point quUl a du être exécuté dans les Pays-Bas.
* Voyeas le catalog;ue de 1814, ii» 305.
«es tableaux , selon Waagen , n o&e d'ailleurs une aussi grande Yarîélé d'expressions : la mafestueuse rigueur du fils de Thomme , les sentiments diTers que ce speetacle terrible inspire à Marie, à St. Jean Baptiste et aux Apôtres ; la céleste joie des bienbeureux, leffrojrable angoisse et le désespoir des damaés, l'attente inquiète de ceux <{ni ressusciteot , enfin la rage et la haineuse penrersîté des démons prennent à nos yeux les formes les pkn vivantes. U croit que cet ouvrage aura été peint pour une famille de Dantxick, qui habitait la ville de Bruges afin de s'y livrer au commerce ; après leur retour dans leur patrie , les marchands pieux en auraioit fait don à l'église qui le possède.
L'opinion maigre et nue de Paasavuat ne peut guère tenir contre des opinions aussi fortes, aussi bien armées; Albert Yan Ouwater doit céder la place à Jean Van Eyck.
Hotho regarde comme pouvant être du premier une peinture qui orne le musée de Berlin : on l'attribuait jadis (aussement à Hemling eton l'a dâssée depuis y avec aussi peu de justesse , parmi les plus anciennes créations de Mabuse. Elle est tellement supérieure aux ouvrages de ce dernier pour le sentiment et la profonde invention , qu'après avoir imaiginé, après avoir exécuté d'une manière si complète, dans le style des Van Eyck , un tableau où se révèle d'ailleurs une extrême patience et une longue habitude de leurs procédés, l'aut^ir n'aurait pu suivre
les traces de Michel-Ange et de LeenaYdo. Il faut dire en outre qu'il ne ressemble nullement aux peintures connues de Jean Gossart.
Au milieu de l'image, sur le premier plan, s'é- 1ère la haute croix de Jésus , un peu inclinée. Le Sanreur a un corps long et itmfppe\ ou i^essortent les ois et les muscks , et où l'on pourrait nombrer les côtes : le dessin est juste et yrai^ la tète penchée d'une belle forme, le nez long et minoe , la bouche eiptime la douleur et les arcades surcrliaires sont très«gracieuses; Le Christ regarde d'un air doux et aiBigé les sietia qui se- lamentent. Au pied même de ritistrument fatal on voit Madeleine , à genoux et se tordant les mains : Marie et St. Jean se tiennent sur la droite. Tous les trois contemplent Jésus à Iraver» leurs lames ; ils ouvrent la bouche , sans que leurs lèvres tremblantes puissent articteder une parole. Auprès de ce groupe, deux saintes femmes sont également plongées dans une muette désolation ; l'une est en prière et l'autre essuie ses pleurs. A gaudie , le chef converti s'entretient avec des soldats. Sur le devant, on aperçoit des crânes et des .ossements que ronge un chien avide. Sur le second plan, Jérusalem s'étale au milieu de vertes coQines , fourmillante d'églises, de monastères, de maisons, de tourdles ; une multitude ditersement agitée sort des portes, d'autres citadins reviennent du Golgoiha. Derrière les collines se dressent dé hautes montagnes bleues. De sombn^ nuages enveloppent la
958 HISTOIRE DE LA niNTURE
partie la plua élevée du ciel; des rajons les traverseot et sont délicatement répandus çà et là, sur le paysage.
La disposition des groupes est on ne pmit plus simple; l'artiste a juxta-posé tranquillement les personnages , mais non point sans adresse , ni sans établir de corrélation entr'eux. Les gestes et les postures ne manquent pas de facilité : les mains se distinguent par leurs formes yraies et leur air ti* Tant. Le caractère des physionomies est complètement individuel, plutôt doux que vigoureux, plutdl animé que tragique. On ne remarque point dans les vêtements ces pUs durs, anguleux, brisés, qui déparent les costumes de l'époque et ceux du xvi* siècle; ils ne présentent néanmoins aucune iraoe d'imitation italienne. Le peintre a varié toutes ses carnations : des nuances différentes sont employées pour chaque tète. La couleur n'a pas en général l'édat et la force des Van Eyck ; elle n'a pas non plus l'harmonieuse vivacité que l'on admire chez leurs disciples. Un trait particulier signale le paysage : c'est un effort évident pour reproduire la perspective aérienne, une fusion et une dégradati<m dea couleurs si parfaites, qu'on ne trouve rien de mieux dans les tableaux de Rogier de Bruges. On ne croirait plus voir une peinture du xv* siècle; et cependant la profondeur intime de la conception , la fermeté du travail, le soin merveilleux de l'exécution, la manière en même temps précise et douce avec
FLAMANDE £T HOLLANDAISE. fS9
laqaelle tous 1^ détails sont rendus , prouTc que l'auteur appartenait à Técole de Bruges; la tendance qu'il révèle a dû lui être spéciale ; il ouvrit le chemin où Paul Bril et d'autres grands hommes marchèrent plus tard derrière lui^Voilà le motif qui détermine le critique de Berlin à lui attribuer ce morceau.
On présume aussi qu'il a fait une descente de croix, jacUs en la possession du chanoine Walliiif, maintenant placée à Cologne dans Igmaoée de la ville. Elle offre tous les caractères du style des Van Eyck, seulement le coloris est très-dair ; il l'est même à un tel point que les carnations paraissent privées d'ombres. Les nus maigres et raides ne charment point les yeux. Sur le fût de la croix , brillent ces lettres OWÂ ; le reste de l'inscription est caché. Le tableau n'a pas, à beaucoup près, la même valeur que celui de Dantxick ' .
Ces peintres dont le temps a submergé la gloire, et dont nous aurions voulu arracher les débris aux mers profondes, qui les roulent dans les ténèbres, engendrèrent de leur rivant une foule d'imitateurs. On trouve encore de nombreux ouvrages, datant de cette époque; travaux accessoires, productions médiocres, {iEÛbles restes d'une splendeur évanouie, mais attestant que le goût des arts s'était alors répandu par toute la Belgique. On voit dans le musée de
^ Passavant, Eumireite dmrck En^ltmi und Belgitn, page 398.
Bruxelles une quantité de ces ébauches mal réussies. Elle donnent un nouveau lustre au talent des hommes supérieurs et mcmtrent quelle distance les séparait de la tourbe commune. Les types en sont mal choisis, les expressions mal rendues , les poses forcées, les couleurs mauvaises , l'ensemble dépourvu de charme ; des tons criards s'y heurtent et blessent la vue. La puissance harmonieuse du génie ne les a pas fécondées. Une centaine de peintres furent employés par Charles le Téméraire, en 1 468, pour les décorations de ses noces , faites à Bruges. On les appela de Toumay, de Bruxelles, d'Anvers, du Hainaut, de Cambray, d'Arras, de Valencienues, de Douay, de Louvain et d'Ypres. Comme Hugo Van der Goes se trouva dans le nombre, mêlé, confondu avec les autres, comme d'ailleurs il s'agissait du prince souverain des Pays-Bas, comme on les faisait venir exprès , on doit croire que ce n'était pas de simples barbouilleurs. On possède maintenant leurs noms ', mais qui sait s'il existe encore de leurs ouvrages? Nulle recherche n'a été entreprise à cet égard. Peut-être cependant produirait-dle des résultats. Si je ne me trompe, j'ai moi-même découvert un tableau signé par l'un d'eux. Il embellit le musée d'Anvers et forme trois compartiments. Sur celui
' On les trouvera tous dans les notes, k la fin du volume. Nous y donnons en entier le compte de Fastré Hollel; une pièce pareille ne peut être omise dans une histoire de la peinture flamande.
du milieu, on yoit Jésus qui porte sa croix; celle'<îi n'a que trois branches. La figure du Christ est laide, mal peinte et mal dessinée. Ste. Véronique se tient debout devant lui, prête à lui essuyer la face; elle ne vaut pas mieux sous le rapport de l'exécution. Les persécuteurs ont des têtes bizarres, qui ne laissent pas d'être expressives : un d'entr eux surtout fixe l'attention; armé d'une lourde trique et d'un marteau, coiffé d'un bonnet jaune , ayant une barbe rousse , portant une culotte déchirée au genou gauche, il étonne par son air fantasque. Derrière Jésus un hérault sonne de la trompette. Le terrain est presque nu, presqu'entièrement dépouillé d'herbe et de fleurs. Au milieu des roches qui dominent la procession douloureuse, végètent des buissons où deux merles s'agacent. Le deuxième plan nous montre la fuite en Egypte : une idole tombe de son piédestal ou plutôt de sa colonne, à l'approche des saints personnages. Le compartiment de droite figure la Présentation au temple ou la Purification de la Vierge. Les têtes sont l'œuvre d'un honune médiocre; l'église est assez belle et la lumière s'y introduit bien par les hautes fenêtres. Sur le compartiment de gauche,' Jésus enseigne les docteurs, abrité sous un dais en forme de tente. Le monument révèle aussi plus d'adresse que les personnages.
L'étiquette de ce tableau porte le nom de Jan van der Heire. Il est pourtant signé, mais on ne s'en est point aperçu. Au bas du premier panneau
set filSTOIRB DE LA PEINTURE
se trouve une L; en haut du second un Y; en bas du même un D; sur le troisième, on remaïque une lettre dont la forme n'est pas très-précise, mais qui doit être un R. L'écriture gothique jette souvent le lecteur dans rembarras. D'un autre côté, la lisle des peintres , qui ont travaillé pour Charles-le-Téméraire, mentionne un Liévin de Raem ou Van der Raem. Ces quatre signes alphabétiques formant les quatre initiales de son nom , il est prdiable qu'il a exécuté le tableau.
Nous avons fini notre voyage au milieu des catacombes ; un rayon du jour s'y glisse , Hemling nous appelle au dehors; il est temps de quitter la poussière des victimes, les funèbres demeures de l'oubli, pour revoir le soleil et admirer les monuments des triomphateurs.