‹ Histoire de la peinture flamande et hollandaise. ComplémentChapitre 68 sur 91 · CHAPITRE ÏX · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏX

Description de rhdpital Su-Jean. — Gommeiit &ul>îl nommer Hemling? — Obieimté de sa biographie. ^ Traditions «pii k concernent. — Durée probable de ton existence* — Archives dé-

. laissées de Bruges.

Quand on approche de Bruges » on remanjae une haute tour d'un aspect guerrier, qui domine les toits de la ville et semble plutôt le donjon d'une forteresse que le clocher d une église. Cest pourtant celui de Notre-Dame. Ni statues, ni moulures, ni broderies de pierre n'enj'oliyent sa masse imposante. Il dresse fièrement ses lourdes murailles, grades comme la pensée d'iui autre monde , nues et tristes comme l'extérieur d'une prison. Des nuées de cor-

beaux volent alentour, jetant leur cri sonore et bref, ou se posant sur le faite ainsi qu'une rangée d'oiseaux mystiques. Le soleil du Nord blanchit l'édifice de sa pâle lumière , l'horizon brumeux des Pays- Bas en fait saillir les vives arêtes. Du hau^ de la tour on découvre au loin les flots de l'Océan qui moutonne , de rOcéan qu'elle parait braver. Ce tableau vous inspire malgré vous de poétiques sentiments et vous plonge dans dé sévères 'méditations.

Près de la pieuse retraite, à l'ombre même du clocher, s'élève un autre asyle que gouverne et protège aussi la parole de Dieu. Il porte le nom d'hôpital St. -Jean. On ignore en quel siècle il a été fondé, mais il existait d^à au douzième. Vers l'année 1397, les moines adoptèrent la règle de St.-Augiistin. Consacrés par leurs vœux au soulagement des douleurs humaines, l'acte de fondation leur prescrivait néanmoins de ne recevoir que les personnes de Bruges et de Maldeghem. Des religieuses ont depuis longtemps pris leur place au dievet de la souffrance et lui murmurent de consolantes réflexions; le bâtiment n'a point changé. C'est une demeure gothique, surmontée de pignons, pourvue de taras({ues , admettant la lumière par des fenêtres ogivales. Les malades y attendent la fin de leurs tourments sous des voûtes en arc pointu. Ur préau tranquille , de frais tilleuls , une pièce d'eau solitaire où naviguent les canards, remplissent l'espace entre les corps-de-logis. Un petit nombre de con-

valescents y prennent lair pendant les beaux jours, pleins de cette mélancolie douce et profonde que les angoisses passées laissent derrière elles , cpi'aliinente la faiblesse de tous les organes et que l'espérance égayé de ses visions magiques.

Lorsqu'on entre dans cette cour, on aperçoit sur la gauche une construction isolée , qui renferme une salle peu étendue. Là se trouve la fameuse châsse de Ste. Ursule, là rayonnent d'autres chefs-d'œuvre également produits par Hemling. Soigneusement gardés depuis quatre siècles, brillants de tout leur éclat primitif , leur grâce enchante soudain le voyageur et le transporte dans les temps qui ne sont plus, n remonte le cours du fleuve étemel, débarque loin de notre époque au milieu d'autres générations, d'autres monuments, sur une grève que l'humanité a fuie pour toujours. Les types, les mœurs, les costumes, les passions, les croyances, immobilisés sous le pinceau de l'artiste , semblent devenus éternels comme la nature. Une lumière douce et tendre éclaire les tableaux , un silence profond règne autour du spectateur ; les murmures qui viennent du dehors secondent sa poétique émotion : le vent soupire en effleurant les croisées, l'hirondelle babille en effleurant les toitures , la cité gronde au loin comme une rivière des montagnes; ces bruits se mêlent dans la pensée avec les formes qu'elle évoque et , sous l'empire de son illusion , il se figure entendre la voix des anciens jours.

Pourquoi ces tableaux appartiennent-ils à un hospice et quel est le peintre dont ils honorent le ^nie? Demande inévitable, importune, qui chagrine l'historien, car il ne peut j répondre d'une manière satisfaisante. La nue envieuse , qui nous a caché jusqu'ici tant de maîtres flamands , s'abaisse sur le front de Hemling et nous dérobe presque tous les souvenirs de son existence. Un impénétrable mystère l'environne : on connait , on admire son talent, mais on ne sait rien de ses aventures, ou l'on en sait peu de chose ; quelques traditions vagues forment son histoire. Son nom même est un sujet de dispute. Les uns 'veulent qu'il s'appelle Hemling, d'autres Memling, les derniers Memmelinck; les arguments pour et contre étant d'égale force , la question nous semble impossible à résoudre '. Nous choisissons le mot le plus doux, le plus

* Au bas du Martage mystique de Sie. Catherine, exposé k Thôpital St. Jean ,on lit cette inscription :

OPVS lOHANNlS HEMLING ANNO MCCGGLXXIX.

Gomme la troisième lettre du mot Johannit est absolument pareille à la première du mot Hemling , on ne peut douter que celle-ci soit une h. M. Louis de Bast aflirme que ces caractères ne datent point du temps de Tarliste, mais il n*appuie son hypothèse d*aucuii argument valable. Sur le cadre de V Adoration des Mages, on lit encoi*e :

OPVS lOHANNIS HEMLING.

Ici la première lettre de Hemling ne ressemble pas k la troisième de Jokannis, mais elle ne ressemble pas non plus à la troisième de

29S HISTOIRE DE LA reiNTURE

significatif : Hemling, dans les langues germaniques , désigne quelque chose de céleste ^ un habitant de rimmortel royaume; ce sens convient à l'artiste grave et pensif, noble et charmant, qui promène sur le monde un regard si poétique, l'enveloppe de nuances si fraicbes , anime ses personnages d'une piété si délicate et semble avoir peint en écoutant la luth harmonieux des anges.

ce dernier lùot, qni est évideninent une m ; dan» tout le reste de rinscriplion , les m ont la forme ordiimire. D^une autre part, Kard Van Mander et Sanderus le nomment Memmelink, les Italiens Memmelino ; on a trouvé dans léi archiva mêmes de Thospice, que renferme une petite tour earrée, un registre in-folio, dont la ocw- Terture en parchemin porte ce titre :

BOVC y AN HÂLDEGHEU I6I3.

Bouc Van JfoZcfryAcm, livre de Maldegbem , et non point de Haldegheh. Une monnaie de Maximilien , époux de Marie de Bourgogne, oiïre aussi son nom écrit avec deux m identiques à celles-U. J'ai moi-même remarqué et copié sur un tableau du musée d'Anvers, représentant TAssomption de la Vierge et attribué faussement à fîolbein, le mot yremimn ainsi tracé :

GREHIYH.

Mais il est également certain qu*on ne trouve de lettre m ainsi faite dans aucune inscription des tableaux de Jean Van Ejck. Notre peintre a toujours été appelé Hemling en Allemagne. Nous devons dire aussi qu*on figurait alors les signes alphabétiques avec une ex> tréme irrégularité. La question au surplus est peu importante: voilà sans doute pourquoi on la r<^rde comme fondamentale en Belgique, et pourquoi Ton s'y arrête , dès que vous parlei du grand homme.

Heinling doit être né vers 1430 , dans la yiUe de Bruges; son plus ancien tableiu portait la date de 1450 '. S'il ne travailla point près de Jean Van Eyck et eut pour maître unique le fameux Rogier, il dut voir bien des fois le créateur de la peinture néerlandaise , soijt au milieu des rues de la oité po* puleuse , soit dans la retraite où le visitait l'inspiration. Il assista , selon toute probabilité , et ses funérailles, sous les voûtes de Téglise St. Donat; des hommes pleins d'émotion entouraient Thumble cercueil de l'artiste , pendant que l'orgue éclatait en gémissements , faisait retentir les nefs de ses désolations sublimes » et que les prêtres , célébrant l'office des morts , chantaient ces belles paroles : c Que ce qui vient de la terre retourne à la terre ; qi|e ce qui vient de Dieu retourne à Dieu ! » L'ame sensible de Hemling ne fut pas la moins agitée durant cette lugubre cérémonie : les espérances chrétiennes mêlèrent heureusement quelque douceur à l'amertume de ses regrets. On présume qu'il suivit Rogier de Bruges en Italie : les chevaux antiques le frappèrent d'étonnement , et il les copia dans ses ouvrages. On y trouve une reproduction du Colisée , ainsi que d'autres monuments romains de sculpture et d'architecture. Ce fut alors vraisemblablement qu'il

* Descamps Va seul fait naître k Damnie, de sa propre autorité. ]I était de Brujrcs ou de Maldeglieni, puisqu'il fut rc(;u dans TIiôpital St. Jean ; Karel Van Mander lui assigne d*ai1lcurs le premier endroit pour patrie*

m HISTOIRE DE LA PEINTURE

exécuta le célèbre manuscrit de la bibliothèque St. Marc , dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. Dans la première moitié du xvi* siècle , il appartenait à un certain Cardinal Grimano, qui l'avait acheté d un sicilien nommé Antoine, pour la somme alors très-importante de cinq cents sequins. Il le légua en mourant à son neveu Marino , patriarche d'Aquilée, mais stipula qu'après lui cette noble succession reviendrait à TÊtat et serait placée dans le trésor. L'héritier de Harino , le patriarche Jean Grimaldi» obtint pourtant la permission de garder le volume pendant toute son existence et ne le délivra au grand conseil que peu de jours avant de quitter ce monde : il l'avait enfermé dans un cofire d'ébène richement orné de pierres précieuses. On le conserva longtemps à la bibliothèque St. Marc avec un soin extraordinaire; on le porta ensuite au trésor de Téglise du même nom , où il se trouve actuellement.

C'est un petit in-folio du meilleur parchemin. Toutes les grandes lettres sont plus ou moins revêtues d'or, embellies de figures; toutes les marges latérales contiennent de merveilleux arabesques, guirlandes de fleurs et de fruits, oiseaux, papillons et autres objets. Quelques feuilles , marquant les divisions de l'ouvrage, sont entièrement couvertes de miniatures , qui représentent des sujets tirés de la vie des saints : au commencement on voit les douze mois, parmi lesquels brille spécialement Fé-

Trier. Les tétcs, les édifices, les paysages ont un caractère évidemment néerlandais , et la composition, le dessin, Texpression des tableaux historiques font naître une surprise d'autant plus grande que Téchelle en est plus restreinte. D'après le voyageur anonyme ' , cent vingt-cinq de ces miniatures ont été faites par Gérard de Gand , ou pour mieux dire Gérard Van der Meire , un nombre égal par Liévin d'Anvers, nommé habituellement Liévin de Witte,

et par Hemling : les années ont rendu le chiffre

illisible dans le manuscrit.

Pour revenir à Bruges , comme pour aller en Italie , le grand dessinateur traversa la France ; il n'osa point se risquer au milieu dea Alpes , dont le passage était alors bien plus difficile , bien plus périlleux qu'à présent. Aussi , quand il les figura sur la châsse de Ste. Ursule , les peignit-il comme un homme qui ne les avait point vues.

Il fit une autre excursion et visita les bords du Rhin. Les paysages de cette éclatante vallée séduisirent son imagination; il erra plein d'enthousiasme au bord des flots limpides, où se joue la fée de Lurley , où deux chaines de collines projettent leur ombre et mirent leur tètes couronnées de vignobles. Il refléta aussi leur image dans ses tableaux. Cologne,

^ Dotizia ^ opère di dise ff no délia prima meta del Secolo XFi esittenti in Padova , Cremona , Jiilano , Pavia , Bergamo , Crema e Veuezia, scrilta da un anonimo di quel icmpo, publicata vd illus irala da Jacopo Morelli; Venise 1800.

la ville sainte, la ville des arts , primitif berceau de l'idéal chrétien dans la peinture , forêt de clochers romans, de tours gothiques, nid de légendes merveilleuses , qui planent au-dessus comme des troupes de colombes, la ville des rois mages et de Ste. Ursule en un mot, ne l'étonna, ne le charma pas moins; il Tintronisa au fond de ses perspectives , avec son diadème de flèches et de créneaux. Il y étudia les nobles ouvrages de Guillaume et d'Etienne; lui que la grâce paraissait avoir doué à sa naissance de dons merveilleux, lui qu'un génie rAveur accompagnait sur tous les chemins, ne put manquer de tomber dans l'extase devant ces douces figures. C'était bien le genre de beauté qu'il aimait, c'était bien le sentiment profond qui agitait son cœur. On eut dit qu'une rosée céleste, une rosée de printemps vivifiait son intelligence, et en épanouissait les plus mystérieuses facultés. Il n'oublia jamais cette impression; les liens des écoles flamande et germanique, brisés par le jeune Van Eyck, se renouèrent en lui.

Un manuscrit semble témoigner de son passage au bord du grand fleuve. C'est un livre de prières en latin , de format in-quarto et entièrement analogue à celui que nous avons déjà cité. Il se trouve chez le pasteur Fochem, à Cologne. On pense qu'il était autrefois la propriété de Marie de Médicis, qui mourut dans cette ville. Non-seulement toutes les initiales des chapitres sont couvertes d or et de

FLAMANDE ET UOLULNDAISE. 2)^7

peintures, mais on a décoré d'une manière aussi élégante Vintenralle des alinéas. Sur les bords latéraux se déploient des arabesques, formant des bandes aussi longues que lies colonnes d'écriture et larges à peu près d'un tiers Le fond en est d'or mat : sur ce champ brillent des fleurs , des fruits , des oiseaux de tout genre et de capricieux dessins. Au commencement des chapitres et des prières , on admire de grandes scènes historiques, dont la Bible et la vie des saints ont fourni les sujets. La richesse de rinyention , la grâce et la vérité de l'ordonnance, des tètes, des costumes et des paysages donnent à ces miniatures , qui portent le cachet du style de Hemling, une haute yaleur. On ignore le nom des maîtres qui l'ont aidé dans ce travail et l'on ne peut dire quels épisodes sont exclusivement de sa main. Le plus beau de tous figure la descente du St. Esprit : la colombe mystique a répandu sur le tableau la lumière et la grâce divines '.

Les blondes filles de l'Allemagne ne le trouvèrent pas insensible et ne lui témoignèrent point de haine; il emporta leur souvenir dans, son cœur , il les préféra même à ses compatriotes et réproduisit leur type avec amour '.

Son plus ancien tableau connu représentait Isa-

^ Johaiina Schopanliauer.

^ Ursula y princesse britannique, par le baron de Kc\erberg; Waagen ^ Ceber Hubert und Johann Van Eyck; Johanna Scbopenhauer; Schnaasc, Diedcrldndische Briefe, elc.

belle de Portugal; il avait donc, selon toute apparence, été introduit à la cour de Philippe-le-Bon et chargé de ce travail; la princesse avait perdu la fraîcheur de ses beaux jours : vingt-deux ans s'étaient écoulés depuis que le chef de l'école brugcoisc avait peint ses traits , alors dans toute leur splendeur. Elle laissa pourtant l'habile néophyte copier une seconde fois son visage, dont le déclin rapide attestait la misère de l'homme. Qu'est-ce que vingt-deux ans, si l'on y réfléchit? Une vague dans Tabyme sans limite de l'éternité. Ce court espace suffit néanmoins pour épuiser l'âme et pour flétrir le corps : il embrasse toutes les années fécondes de la vie, toute notre existence morale ; et cependant combien de foi», voulant encore l'abréger, ne répétons nous pas avec amertume : c Seigneur, seigneur, éloignez de moi ce calice! »

La maison de Bourgogne allait aussi bientàt pencher vers sa ruine. Au prudent et sage Philippe-le- Bon succéda l'aveugle et intrépide Charles-le^Témérairc. Ce prince malheureux s'ofire à moi comme un poète détourné de sa route. Les nobles instincts, signes de la grandeur humaine, que l'on ne trouve pas chez Louis XI , le cauteleux et perfide monarque, on les trouve dans son antagonbte. Jeune, il aimait la vue de l'océan; il se promenait avec délices sur les plages abandonnées , rêvant au murmure des flots et de la brise : la divine image de l'infini exaltait son ame héroïque. Les pécheurs le

FLAMA:<CD£ et hollandaise 299

voyaient fréquemment suivre les digues, plein de secrètes pensées. Pour se livrer sans trouble à sesr lectures favorites, il s'était fait construire une haute tour à Gorcum. Là , en présence du Wahal , qui est large vers cet endroit comme un bras de mer, il dévorait les histoires des preux, les anciens romans de chevalerie. Dans ses études il avait montré une grande facilité ; il était alors doux et courtois, parceque son intelligence n'avait pas encore une force exubérante ; maintenant il s'enivrait d'idéal et de contemplation; des abjmes de l'esprit son regard se portait sur les abymes de Timmerisité. A ses révcs, il mêlait de pieux sentiments, une dévotion particulière pour la Vierge. On remarquait, dit un de ses historiens, qu'il avait les yeux angéliquementclairs. Plus tard, lorsqu'il vit les montagnes , il s'éprit d'elles. C'était un autre infini. Son imagination se plaisait à suivre dans les nuages et dans l'azur illi- * mité du ciel leurs blancs pitons, leurs coupoles étincelantes. La taille colossale, les formes majestueuses qu'elles déploient s'accordaient bien avec son enthousiasme et l'élan de son cœur. La musique devait aussi le charmer : la vague et douce magie des sons calme et endort les âmes trop fortes. Quand Luther ne pouvait plus maitriser son agitation, il prenait sa flûte; il en tirait une harmonie suave et tranquille, dont les notes apaisaient l'orage de sa pensée. Charles-le-Téméraire avait besoin de cette placide influence. 11 se laissait naïvement bercer

500 HISTOIEE DE LA PELNTURE

par de mélodieux accords et la tempèle 9e taîsail dans sa poitrine.

Ses organes matériels étaient aussi robustes que son esprit. Il avait les bras forts, les mains longues les jambes solides, les reins vigoureux : il terrassait les jouteurs les plus rudes et semblait infatigable. Il parlait a ?ec faconde, pouvait discourir très-longtemps et luttait en ferme champion dans les combats de la logique.

Un homme ainsi constitué devait être naturellement brave. D où la crainte lui serait-elle venue ? Il était plus propre à défier le péril qu'à l'éviter. Aussi ne donna-t-il jamais aucun indice de peur ; il méprisait la mort et se serait écrié, oomme César dans Shakespeare : c Le danger me connaît bien et sait que je suis plus dangereux que lui ; nous sommes deux lions nés le même jour, mais je suis le plus vieux et le plus terrible. »

L'amour de l'ordre, de la justice, devait également faire partie d'un semblable caractère. Aussitôt que le vieux duc fut mort, il changea le train de sa joyeuse maison c Plus de grande table commune, dit H. Michelet, où les officier^ et les seigneurs mangeaient avec le maître. Il les divisa et parqua eu tables différentes, d'où, le repas fini, on les faisait défiler devant le prince, qui notait les ab'^nts; l'absent perdait les gages d'tm jour. Nul homme plus exact, plus laborieux etc. b 11 était grand légiste : ces règles de la conduite humaine que la pensée dé-

couvre, approfondit et montre comme nécesdaires, il Toulait qu'on les suivit strictement; il n'admettait ni déviations , ni modifications. Les tel'mes moyens oonvienta^t aui faibles : la multitude pour lui plaire devait subir entièrement et rigoureusement le joug du droit. Ici, de même qu'en toute chose, il tombait dans Teicès. Son intelligence roide et inflexible était ausâi téméraire que sa bravoure. De là son extrême irritabilité : la résistance, les délais, rincertitude, le manque de réussite le choquaient personnellement ; ils blessaient le fond même de sa nature audacieuse, vaillante et despotique. Pourquoi les événements ne lui eussent-ils point obéi comme des vassaux ? n ordonne et tout lui semble possible, tout, excepté le naufrage de ses plans. Si donc il rencontre une velléité d'opposition et que la lutte se prolonge, il entrera dans des colères formidables ; il châtiera ses adversaires plutât en impies qu'en rebelles. L'impatience et l'orgueil le pousseront à la cruauté.

Voyei^le après ses défaites, vous le jugerez par sa contenance. Durant le siège de Neuss , de cette petite ville, le courage obstiné des habitants le met hors de lui. Dans sa fureur, il ne veut plus prendre aucun repos; il dort tout armé sur sa chaise, augmentant ainsi son exaspération. Il n'oublie qu'une seule chose , l'emploi des moyens habiles , qui amènent le succès et doublent les forces. Sa volonté est si ferme, si impérieuse, qu'elle ne calcule pas : il

iX» HISTOIRE DE LA PBUf TUU

semble que tout doive fléchir devant une puiaMme de ce gçnre. Mais, par âon excès même, elle devient dangereuse; une fougue tellement hjperbolicpie aveugle et désarme le malheureux prince : il fond sur les obstacles, non pas comme la mer qui ébranle et entraine les rochers, mais comme le matebt poussé par la vague qui se brise contre les falaises. Après la bataille de Granson^ retiré à Lausanne, il éprouve d'incroyables tortures. Son inaction forcée, la honte, la soif de la vengeance le percent de mille dards. Il né se tenait pas « dans la viUe, mais dans son camp , sur la hauteur qui regarde le lac et les Alpes. Seul et farouche, il laissait sa barbe longue; il avait dit qu'il ne la couperait pas , jusqu'à ce qu'il eût revu le visage des Suisses. A peine s'il laissait approcher son médecin, Angelo Catto. La bonne dudiesse de Savoie vint pour le ooosoler; elle fit venir de la soie de chex elle pour le rhabiller; il était resté déchiré, en désordre et tel que Granson l'avait fait, b A la suite de Morat , ce fut un désespoir sans bornes. Comment supporter une déroute si complète? Lui, le brave des braves, le maître impérieux, l'ame chevaleresque et poétique, il avait fui , couru ventre à terre ! Tout lui avait échappé, l'honneur, la puissance, la victoire! Le monde riait, ses ennemis triomphaient. Pour ces esprits hautains, fléchir c'est mourir. Une cécité morale le frappe, le vertige le saisit : encore un peu de temps, et il expire d'une façon lamentable, victime

de soii exagération enthousiaste et de sa maladresse héroïque.

Les goûts élevés de Charles-le-Téméraire , son éducation brillante, son amour du faste l'eicitaient à encourager les arts. II fit faire un grand nombre de manuscrits somptueusement ornés, que possède la bibliothèque de Bourgogne. Après Granson et Horat, les Suisses en trouvèrent de magnifiques dans sa tente : les personnes qui visitent Berne les admirent encore. Sa véhémence préparait le malheur des Pays-Bas et la chute de Técole brugeoise, qui dépérit avec la Néerlande, mais pendant son règne il ne la laissa point sans protection. Il est à croire que Hemling fut un de ses peintres officiels; il l'emmena dans ses guerres, où le suivait presque toute sa maison*. L'artiste pieux assista, le 5 janvier 1477» à la bataille de Nancy, et fut obligé comme les autres de prendre la fuite, sur les champs couverts de neige.

Or, peu de temps après cette cruelle déroute, un homme d-un certain âge entrait à Bruges par la porte qui mène vers Damme'. Il était pâle et che-

< « Sa tente était entourée de quatre cents autres, où lo^ient tous les seigneurs de sa cour et les serviteurs de sa maison. Au dehors brillait récusson de ses armes, orné de perles et de pierreries; le dedans était tendu de velours roug^e brodé en feuillages d*or et de perles; des fenêtres dont les vitraux étaient enchâssés dans des baguettes d'or, y avaient été ménagées. Le fauteuil où il recevait les ambassa-* deurs et donnait ses solennelles audiences était dW massif etc. » I/istoire des dtics de Bourgognes , par M. De Baranle.

50i HISTOIRE DE LA PBIXTURR

minait ayec. leateur ; uneDiBkdie sfsmMait épinBer ses forces, son costume déchiré annonçait la misère. Un blanc tapis cachait Je sol des unes et *les toits des maisons ; un ciel obscur se déroulÉit sav^TÎfc^ et ia bise gémissait tristement dans kacarrefoon.ï&B'anrétait de loin en loin, comme pri'^ dedéfaiBàDcrtf^uis continuait sa marche» Sea andsnelordâonniiisMiCfent plus, ou, le voyant malheuwuX , se ^tounnitatde lui* Que faire ? quel gite choillr? quel cfaaitlaUe cœur implorer? De tous les sentîili^ta,*taicempaasion et Tamour de la justii)&aont les .pliiatlAilos»: malheur à celui qui n'a {BS d'autresjaovftiens; ni d'autre espéarauoe! L'iafiMctuoé ,se ittôgea done^nan rhôpital^ cet asile du génie etdeh.'vorki. Hftenaoi la clochette du monasl^e Su JeiMa»'pmsilonifaa presque évanoui sur une bocM. l£S rdîgienc *le transportèrent dam une de leurs saUe^ Lessimin^ rent , virent qu'il souffrait d'une . blessnw qt èni prodiguèrent leurs soins. • . < i *

Il lutta bien des jours contre la 4o«dfeur; mais les mois embaumés revinrent, le printemps «haasaldevant lui les troupeaux de nuages, qui bfamchissasont les plaines du firmament. Le voyageur recouvra peu à peu la santé, il parla de son art, de ses laUeaaa et Ton reconnut le grand Hemling. Sa figure n'était pas belle : des pommettes saillantes, des lèvres épaisses , une large bouche , un net trop fort , des sourcils trop relevés, des yeux dont l'axe n'était point tout-à-fait parallèle constituaient une physio-

noinie lourde et agreste, qui permettait de le prendre pour un manœuTre. Des cheyeux sans souplesse encadraient cette tète sans grâce. Un homme très^fin eût seul reconnu dans ses yeux légèrement hagards , dans son air préoccupé , l'abstraction de la rèyerie et la profondeur de la pensée'.

Dès que Hemling fut assez bien portant pour trarailler « il demanda des pinceaux. Le frère Jean Floreins Van der Riist, grand amateur de peinture, se hâta de lui procurer tous les instruments nécessaires. D'une main encore mal asurée, le pauyre artiste exécuta la sibylle Zambeth , le plus (aible des panneaux conservés dans l'hospice. La tèle offire peu d'expreasicmy elle est pleine de mol* le^se et de langueur, comme il devait l'Atre luimême; point de sentiment profond, coloris assez pâle. La pythonisse porte un voile d'une délicate transparence; on dirait ces légères vapeurs que le printemps et l'automne déploient sur les campagnes néerlandaises , et qui prennent des formes si diverses, tantAt enveloppant la terre , où elles dorment immobiles, tantôt soulevées comme une large toile à plusieurs mètres du sol, tantôt obliquement poussées, comme des nuages en miniature , au flanc des bois qu'elles rayent de blanches zones. Hemling sentait son génie et ses forces rc-

^ Cest ainsi que Hemling s^est peint lui-m^mc dans le portniil qui appartient à M. Aders.

naître , pendant que le tableau s'animait sous ses doigts '.

En causant avec Jean Floreins , l'idée leur Tint de faire une châsse éclatante, pour y déposer les restes de Ste. Ursule et de ses compagnes, gardés jusqu'alors dans un yieux reliquaire. On ordonna de la construire et de lui imprimer la forme d'une maison gothique. Le peintre y déroula toute l'histoire des nobles filles, leurs voyages, leur martyre et leur glorification. Accueilli, soigné par les frères, quand il se trouvait malade et sans ressources, il ne voulut point qu'on lui payât ton labeur. Les comptes de Thépital ne mentionnent que les dépenses de menuiserie et les frais pour la translation des reliques. On n'y parle point d'argent donné à l'artiste. Cette grande entreprise lui demanda, selon toute vraisemblance , dix-huit mois d'as»daité. Les plus anciens parmi les autres tableaux conservés dans l'édifice portent la date de 1479. L'un représente le mariage mystique de Ste. Catherine, l'histoire de St. Jean-Baptiste et celle de St. Jean l'évangélisie : le second nous offre l'adoration des mages. Ces deux travaux furent commandés par Jean Flo^ reins et on doit croire qu'il rétribua Hemling. Sur

t Dans le haut de la peinture, k droite, on lit rinscripUon saivante : Stfbilla Sambethoy quœ etpersica^ a», ante CkrùL nut. 9040; et au bas ces paroles : Ecee beitia concuicaberù ^ gi^netmr damimut inorbem fcrroniifi, etgremium Firginù erii ta!us gtntitumy imvisAik vtrhmm palpabitur.

FLAMANDE ET HOIXANDAISE. 307

lepremier, l'artiste le plaça derrière Ste. Catherine; il a pour yêtemcnt le costume ordinaire des moines de l'hôpital et semble tout joyeux de figurer dans une si belle œuvre : au fond du tableau, il rqmrait habillé d'une robe noire, exerçant les fonctions de jaugeur public : des tonneaux TenTironnent) une grue s'aUonge sur sa tète, celle qu'on employait pour charger et décharger les pièces de yin et de liqueurs; les bâtiments et une tour éloignée indiquent le lieu où s'accomplissait jadis la vérification. Le signe dont le religieux marquait les futailles se trouve en bas du panneau central, près de l'inscription latine. Le cénobite ne fut point oublié dans l'adoration des mages, on l'y voit à genoux , priant avec ferveur, n était alors âgé de trente six ans; sa figure annonce un caractère plein de franchise, de bonté, de vivacité. Le grand peiiitre et cet homme loyal devaient bien s'entendre '.

^ « Ce Jean Floreins figure sur le grand comme sar le petit tableau, apparemment parcequ'il en avait payé la dépense, qae je n*ai pu trouver renseignée dans les comptes de Thôpital, quoique j*y aie bieo vu le nom de ce frère. — LVmploi de jaugeur public appartenait de temps immémorial à un des frères de Tbôpital, et j*en ai vu un nombre considérable de mentions dans les compt-es de la maison, depuis le un* siècle jusque bien après Tépoque de Jean Floreins. Le produit de cet emploi est renseigné babituellement dans les comptes, mais sans indication de celui qui Teierçait. On voit encore aux archives de cet établissement, outre quelques traités manuscrits de jaugeage, du XV* siècle, une très-ancienne jauge, appelée vtrgitr-roeét dans les comptes. » Scourion , Ménager dex Sciences et des Arts^ année 1826, page 302.

906 mSTOIilB M LA niRTITllB

Pendant Tannée 1480, il fil pour k chapelle 4» Ckffrcyeurs, à Notr^Dame, une répétition du même sujet t Pierre BuhyndL, écAierin de Aniges, ellla» therine Van Rjebdie, sa femme, les dmiataires, y briUaie&t dans leurs plus magnifiques lâtoura, enchantés de recevoir un si grand lifonneur.

Cependant la renommée publiait partout leè merveilles'dè son pinceau» Les moin^ du couvcait de Sithiu, près de St» Orner, ToulUrent en posséder quelques unes, fiemling îoX appelé dans la riche abbaye, doni la construction première datais de Vannée 648. Anéantie plusieurs fois, brûlée par les hordes septentrionales en 861 et 88 1, ren^neriPèe par un tremblement de terre en 894, deteftme'la proie des flammes en 1020, elle était toti|oiïrd^sortie plus brillante de ses ruines, grâce à la p^pserrértince et an zèle des cénobites. Maintenant ih Voulaient orner l'autel principal de leur église, atec un kmt digne du monument et de leur opulence. Hemlisg fut chargé d'y peindre Tbistoire de St. Bertin, fondateur de la maison. Il la déroula tout entière en dix compartiments^ dont chacun forma un tableia d'une grande beauté. Jsnftiak sa couleur n^avuh été plus chaude, son expression plus smvé, ni sa main plus adroite. La majesté, le silence de cette mMp demeure l'inspirèrent «ans doute; iferrait datfs ses moments de loisir* sous letf ogives du cloître, promenant ses regards sur le Tcrt préau, sur bs baies lumineuses qui échaucraient l'ombre des aif^nues; sur

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la«daii«edes noortaqui oocaput toutes les morailleH. Se» émotions loi furent propices , car il a représenté cette partie du monument aree une puissance, un attrait, une poésie extraordinaires.

Une autre communauté cunbitionna la gloire d'employer son talent» Il termina en 1484, pour l'hospice St. Julien l'admirable peinture du musée de Bffuges , qui nous met sous ks yenxr ^. Christophe*. 11 coloria , Irois ans plus tard , pour le ^niéme iMpice , un petit tableau à deux volets, où figurent d'un câté la Vserge, de Tautre Jean Van Nieur nreahc^eoL, qui en paja les firais. La roue du temps, cette machine formidable et impitoyable , ne Ta pas atteîiit ni • broyé comme tant d'autres. Je présume que ce Van Nieuwenhdyen fut un second ami, que l'enthousiasme et la respect attadièrent à Hesmling. ; Que devin t'il ensuite? Bans queU lieux la for* tmafels poussa-t^elle? Demeura-t-il dans sa patrie, OUfiiiae. brise étrangère souleya»t-dQe ses chereux blancs, sur des grèves jusqu'alors inconnues pour lui?iD€» Alo0M Pona, secrétaire du roi d'E^Migae et de .l'Académie .St. Ferdinand, arriva un jour, tandis qu il visitait la pémnsule ibéncpie, à la char* treuse ^< Miraflores» près de Burgos» C'était un pompeux monastère , dont un architecte du nord avait, eob 1454^ desainé le plan; celui-oi se nommait Jean de Cologue et avait franchi les Pyrénées à la wite de Dbn Alonsm, évéque de CarQiagène, qui revenait du concile do Bàle. 11 dirigea la construc-

lion , pendant toute sa yie , et eut pour successeur Garcias Femandez de Hartienzo , que remplaça son propre fils appelé Simon.

Dans le chœur de l'église. Don Alonzo Pons remarqua sur un autel de très^nciennes peintures , dont la beauté le remplit d'étonnement. L'histoire de St. Jean Baptiste en avait fourni les divers épisodes. La noblesse des formes et de Texpression, la splendeur du coloris , le soin prodigieux du travail et le bon état des panneaux Tenchantèrent. H voulut savoir le nom du peintre ; il questionna , fit des recherches , et eut bientôt la joie de trouver ce qu'il désirait dans les archives de la maison.

Le peintre Juan Flamenco (Jean le Flamaml), y était-il dit^ avait commencé ces tableaux en 1496 et les avait terminés en 1499. On lui avait donné le bois et en outre 26,735 maravédis de récompense.

Ce Jean le Flamand ne peut être que Hemling. Nul artiste fameux, excepté lui, ne portait alors dans les Pays-Bas le nom de Jean , nul autre n'était capable de faire naitre une admiration aussi vive, n aimait beaucoup à traiter l'histoire de son patron, et cela par un motif bien naturel. Les éloges de Don Alonzo correspondent à ses qualités. Voilà des raisons suffisantes pour lui attribuer cet ouvrage; mais on a eu tort d'en induire qu'il l'avait exécuté en Espagne , qu'il y avait fini ses jours loin de son pays et donnait ignoré dans le cimetière de la Chartreuse

FUIMANDË ET HOLLANDAISE. 3i1

OU de quelque autre édifice. La gloire de lecolç néerlandaise avait alors pénétré fort loin : du temps même des Van Eyck, elle était déjà connue de toute l'Europe. Les artistes commençaient à faire des pèlerinages dans les Pajs-Bas et même de longs séjours, afin dj apprendre les secrets de la peinture. 11 y a tout lieu de croire que Martin Schœn y étudia '; il est indubitable que Frederick Herlin et Lucas Cranach s y formèrent, le premier avant 1462, le second vers 1492. Jean Van Ëyck était d'ailleurs allé lui-ipép^e en Espagne : on ne peut donc vraiment doDuter que les mérites des peintres néerlandais y fussent connus. Philippe-le-Beau venait d ailleurs d'épouser Jeanne la folle * et de nouvelles relations s'établissaient entre les deux pays. Le commerce de Bruges les ^vait précédées; depuis longtemps maints navires allaient de l'une à l'autre plage. Des artistes de Cologne dirigeaient la construction de la Oiartreuse : il était impossible qu'ils vécussent dai|s une entière ignorance du génie de Hemling : les rayons de sa gloire devaient les atteindre plus facilement. Pourquoi les solitaires de Miraflores u'eussent-ils point chargé un négociant espagnol de demander au grand Brugeois les peintures qu'ils désiraient placer dans leur église? Il y avait déjà un demi-siècle et plus qu'on transportait les œuvres

' Il mourut cil 1488.

"2 Eu 1496.

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FLAMAmilB ET DOLLANDAISE. 513

tive 6tt est 3Î iitfea^firile, il y a lanl de justessetbins Im praportiofi», la lumière pénètre si: bien paries iMUtHB creûées; l'édâBôe'a un air si ralme,' sr no- Ue 4 m relîgiemL ; qu'à vcus semble j entrer pendatit <p»Dii r«ftaiBine et qu'evi éprouve une pieuse émolioii , naàbm de reeueilléinent, une paix profonde, «muneBoto ksvonlles sQencieuses d'une' catUédrale. ija OMirt nf'en point lemiles eouleurs de son haleine ^bsée, elle n'arait pas afihibli le^ talent 'du peintre. 11 possédait enioowlDuta ta ^erm, toule-sa précision «ft toute n jeunesse intelleetaolle) cbr les Ames fortes iaMUfont pfatt longtempa que les hommes rulgaircs l'înflsxifateiiiiBnlié des«ns«

ûn;iia saitidono^ quand il iaissh «hoir sa pa*lette^ ni dans .quel lieu il termina ses jours, ni quel sdl afanle sa dépéuiUe. Fant-fl le regretter , faut-il s^duplaiodreS Je ne le-crois pas. Qu'il dorme tntn- (faille fdans sa t«mfae ineoimue i sans les heimeurs lofdtfis cpie les nations prodiguent aux mort» , non pcînt par ^atitudci non point parcéqu'elles aiment et vénèfent le génie , mais poor eonleiiter leor sot orgeuttiet donner prise- à lesira fsnferronnades. Tous las kidivîdms qui les oomposent soM ehssrmés de pouvoir dire ^ t CMi! oh! nouê atons produit beauooitp 'de grands hommes, nous formons- un beau peuple, nous avons du talent, personne -n'en a plus quemm#; voyea na# architectes, nw sculpteurs, nos peintres ,• no# poêles! i^ Et chacun d'^eirt se rengorge , atissi fier de ces gloires jadis méconnues ou

insultées « cpie s'il avait droit iui*méoie à leur oouronne d'épines. Et souyeut leurs, aïeux n'ont pas daigné suivre au champ du repos ces illustres oodh patriotes , ni marquer d'une pierre la fosse qui les engloutissait pour toujours! L'ont-ils iait, après une longue suite d'injustices, quel en est le résulr tat? Des troupes de badauds vienneat d'un air maussade ou inattentif regarder cette tombe fameuse, prononcent quelques paroles burlesques, pendant que le gardien leur psalmodie l'histoire du trépassé, irritant son ombre et ^iploitanl ses malheurs , puis vont admirer quelque niaise production ou écouter les balivernes d'un empirique* Mieux vaut loublt 9 la solitude et la majesté de l'étemeUe paix.

Cette modestie des nations a récemment inspiré à rAllemagne le désir de placer Hemling dans son Walhala historique. Les preuves alléguées pour soutenir une pareille opinion me semblent des plus frivoles ; la seule chose évidente , c'est l'amour propre qui l'a fait concevoir. En 1822, H. Von Lass* berg, demeurant à Eppishausen, près de Constance, acheta dans la dernière ville un manuscrit du quatorzième siècle. U renfermait, la chronique alsacienne de Konigshoven, rédigée en 138''^. La généalogie d'un Hans Hemling occupe la fin du livre , et les caractères annoncent une époque assex rapprochée de la date quon vient de lire. On avait alors liiabilude déconsigner des nolices de ce geure

dans les Bibles et autres ourrages précieux , qui se léguaient comme un bien patrimonial. La liste ne remonte pas plus haut que le grand-père, Radin Hemling, né en 1342, mort en 1414; Tiennent ensuite : le père, Conrad, né en 1394, mort en 1448; la mère, Marguerite Bruschin, décédée en 1447, et leurs six enfants, dont l'aTanlMiernier , Hans HemKng, avait vu le jour en 1439. Quelques détails sur l'histoire de la famille sont joints à cette nomenclature; ils vont jusqu'à l'année 1490, où une de^ sœurs- fut mise au tombeau. On trouve de plus dans le manuscrit certains faits intéressants , qui eurent la ville de Constance pour théâtre , et rénumération des évéques qui régirent le diocèse : elle ne cesse qu'après Henri van Hoewen, lequel porta le rocfaet entre les années 1439 et 1475. Ce supplément est écrit de la même main que la généalogie et n'a pas encore été imprimé. Une autre addition allonge l'article sur Frédéric de Blankenheim, qui termine la série des évéques de Strasbourg; il occupa plus tard, depuis 1393 jusqu'en 1423, le siège épiscopal d^Utrecht. Ces nouveaux renseignements sont exprimés en hollandais, ce qui montre que l'exemplaire a longtemps séjourné dans la capitale de la Gueldre. La dernière circonstance indique à son tour comment l'ouvrage est tombé entre les mains du peintre. Hemling serait en conséquence un artiste allemand, qui, venu à Bruges pour se former, aurait trouvé

le pays agréable et y aarait fité «tt demâuve'. Tels sont les reiraanements sur lesquels s'a^ IHUienl M* Boîsserée et M*^ Schepenbauer. Leur jpatrîotisme Y<Hidmt faire des oonqiiètM darBs l'histoiro et emmener captif aa*délà du Rhin n'a des grands. boDiiaeë de la Belgique. Maïs leur fwee et leur-adresse neoant petiit au'niireatt de'leufrs bonnes iatenCions. Qtun) parce qu'il 'a existé sur les fren^ tières de la Suisse, durant le zt* siàcAe, une fit* mille qui portait le nom de Hemling , porœ qiï'un de ses. membres s'est «fisè de mettre qœiquesr notes à la fin d'un livre , fl (but que Tarliste Béerlbhdats ohange de- pays! Ce nom essentiellement germanique ne. de¥ait«il point se retroufer dans tous les endroits oà Ton parie un dialecte 'teutiMir? Eneoie &i . 1 on insnticmnait les goAls , la «arrière de Jean ! Mais il ji'est pea 4}uestion de peintare, et T'en ne peuA'^iève 'Supposer que le rédacteur de ces iné^ moires ' eut ^oublié un fait d^une'teHe* impoi*tance. Qtt'un 6véque/ allant réaider à UtMehl^; ait gHi^ le manuscrit et ne l>att point rendu, il n'y autint là rien d'eatraordinaire* Après sa mort; sa' biblié^ tbèqiie fut sans doute transportée dans sa* tille na^ taie; la chronique y revint de cette façon; un acheteur la prit pour album et elle y demeura plusieurs siècles* Le dignitaire de l'église ne l'aliéna

* Article de Boîsserée, dans le Kunstblatl de 18!2â; Messager tkt Sciences et des .^ris, mince 18i6, pajje 50îl; Johaiiua Schopcohafier,iome 1*', page 119.

donc point en Belgique , de aorte que Hemlrog*, ne l'ayant poî»tipe8sédéev n'a pu y écrire la généalof^^. S'il iétait ¥enH ara mande à Comtfelneev le« Alpes . lui auraient été familières y et nous sarons d^à qui'il liQs a peiittes fort ineKacteincnt sur 'la abâ««e de.Ste. Ursule. Ûte le force doue bien vaine* memt^e 'Wmitixaître ici: won origine ne ae troafvè pwit en eouse i îL peut rester lfan<|oille au fend de son tombesM- /

..Sijk Von veut éetoirer*' le»^ parties ténéfartuass dd'Mi d^tîn^, k3 archivea de Bruges sont le point* par oj^idail jaUtir Ja Itimière de Vhittoire. On les dit d'uniQ gcaiid^ ridiesse. Depuis six cents-ans, les pà- (Hprs, ^'en^assent.daas cette nécropole. Là donnent tAus les souvenirs de la coonniune; là Sont inscrites lQs.âpitaph9s4e ses gloires déf«nteflL< Qu/utt «homme y.p^iiiMre, armé de la baguette magique du patrie^ tiwie; qu'il en frappe ces poudreur monuments des,g^T)érfition3 éteintes; une. voix douce et faible oomiue celle d'un spectaeluî vépondra bientôt, des formes bmliantes se^ dresseront devant* ses yeux , il macc)iera escorté des fantômes de ses pères. Nulle eiJ^tnapris^n^veilleraÀt plusisûrement:ratlttlitiop:<ie l'Europe;^ on* éeoullerait an loin ces bruits m jsiériaux, du sépulcre', où résonneraient 'des noras'eé-< lèbi^s t ils port^aîent pacUmt joelui du «téoroman, dont la hardiesse aurait évoqué les morts du sein de leur oubli. Mais pourquoi former des souhait3 inutiles ? Les Belges de notre temps ne sont plus les

Belges d'autrefois: l'art est leur moindre souci. Ëui qui ne peuvent intéresser le monde que par leurs^ talents, par l'histoire et les productions de leurs grands hommes , dédaignent ce qui les touche et se préoccupent d'une politique sans influence sur les contrées voisines. S'ils fouillent les vieux documents, ils n'v cherchent pas d'illustres vestiges; que leur importe ! ils ont bien autre chose en tète ! Us veulent savoir quelles armoiries tel seigneur obscur étalait sur son pennon, comment s'appelait le majordome de tel prince et combien ses palefreniers recevaient pour étriller ses chevaux! Ils impriment à grands frais ces belles découvertes. Tant les hommes sont naturellement absurdes, tant le peuple belge sort avec pcme de la profonde décadence où il était tombé ou dix-hmtîèiT sîèele M

1 II est bon de rappeler ici y comme des preuves irréfragables , que la Belgique dépense chaque année trente millions pour ses soldats et quarante-quatre mille francs pour ses artistes. Les anciennes collections privées disparaissent Fane après Taulre , tandis que la Hollande garde religieusement les siennes. Il y a peu d'années, un marchand de tableaux offrit au gouvernement quinze ouvrages magnifiques de Hemling, de Bernard Tan Orley et d'autres peintres ; il eii demandait ces! einqaante mille francs : ce n'était pas la valeor de ces joyaux inappréciables ; on ne voulat pas in^me 1 écouter. Il les montra au roi de Hollande, qui en donna sans balancer dix raille francs de plus et qui fit bien. Il est honorable pour lui de posséder de pareils chefs^*œuvre méconnus ailleurs.

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