FI G. 37. ADRIAEN VAN 03TADE
Les Musiciens ambulants. (Musée de La Ha^'e.)
Or les qualités d'OsTADE sont nombreuses. A un sentiment très vif de la nature et du pittoresque il joint une habileté technique incomparable et une rare perception
i4« HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
de riiarmonie des couleurs, qui transforment chacun de ses ouvrages en un régal pour les veux.
La limpidité admirable de son clair-obscur et le beau ton doré de sa couleur ont même fait dire à ceux qui voient la main de Rembrandt partout dans rÉcole hollandaise, que notre peintre avait été Télève du grand maître. Rien ne contirme cette supposition; il semble même que ce soient là, chez OsTADE,des qualités éminemment personnelles, natives en quelque sorte, car elles se montrent sous son pinceau dès le premier jour. Par contre, on remarque, vers le milieu de sa carrière, une curieuse transformation. Les carnations légèrement dorées et d'un éclat extraordinaire, qu'on admire dans sa première manière, deviennent un peu plus rouges et S'harmonisent davantage avec le violet chaud des costumes, dont remploi devient plus fréquent; puis, aux derniers temps de sa vie, les carnations deviennent tout à fait rougeàtres et les ombres perdent de leur transparence. Toutefois, ce n'est qu'aux extrêmes limites de son activité que ces défauts se remarquent. La Réunion villageoise du musée d'Amsterdam et le Ménétrier du musée de La Haye, qui sont datés, le premier, de 1671 et le second de 167?, conservent encore la sûreté de pratique, la fraîcheur de coloris, la franchise et la gaieté des oeuvres de sa jeunesse. On ne se douterait pas que le peintre avait alors dépassé soixante ans.
Les ouvrages les plus justement célèbresd'ADRiAEN vax OsTADE, qui figurent dans les grandes collections publiques,sont, parordrede date : \e Joueur cf orgue. du musée de Berlin (1640'; V Intérieur d'une chaumière, iwxhonxre 11642 -Jes Paysans au cabaret. À Munich 11)47 '^^^ Char-
LES PEINTRES DE GENRE, ETC. i-i9
latan, à Amsterdam (1648) ; Ménétriers et chanteurs, au palais de Buckingham(i656); Réunion devant une ferme, au musée de TErmitage (1661); les Paysans, du musée van der Hoop, qui sont de la même année; le MaUre tfécole^ au Louvre 11662); \qs Paysans dans une auberge. du musée de La Haye [1662); VArtiste àson chevalet, du musée de Dresde ( 1 665) , et probablement aussi de la même date, V Atelier du peintre, du musée d'Amsterdam, enfin les deux tableaux que nous avons déjà mentionnés.
Nous avons dit qu'IsAAK van Ostade était le dernier enfant de la nombreuse famille dans laquelle, par ordre de primogéniture, Adriaen occupait le troisième rang. Il fut en outre Télève de son frère. Tout d'aboid s'inspira de son maître, s'adonna aux sujets qui avaient si bien réussi à son aîné, et représenta des intérieurs villageois; mais bientôt il se manifesta sous sa forme personnelle dans des scènes champêtres qu'il anima d'hommes et d'animaux, d'un dessin correct, d'une vérité remarquable et d'un charme étonnant de coloris. Smith, qui a catalogué ses œuvres, lui attribue cent douze ouvrages, chiffre relativement important, si l'on tient compte de la brièveté de son existence ; car, né en 1621, il mourut en \65j à l'âge de trente-six ans. Ses tableaux, malgré leurs qualités éminentes, furent pendant longtemps beaucoup moins recherchés des amateurs que ceux de son frère. Ce fut en Angleterre qu'on commença à les payer des prix considérables; ce qui explique qu'ils soient assez rares dans les collections publiques du continent. Le Louvre possède quatre tableaux d'IsAAK van- Ostade et tous de belle qualité : la Halte de voyageurs à la porte d'une hôtellerie (376), œuvre brillante, 'fièrement touchée et d'un beau
coloris, la Halte [p'fi un Canal g'elc en Hollande (3yS), Sun clair-obscur supérieur et d'une extrême clarté, et un
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FI G. j8. CORN ELIS DUSART.
La Kermesse de villnge. (Musée d'Amsterdam.)
Autre Canal gelé 3 jq), d'une facture moins puissante. Le musée de l'Ermitage possède trois ouvrages du maître, le musée de Berlin en compte un pareil nombre, et le musée d'Amsterdam deux, dont un seul remarquable.
IsAAK ne fut ptis le seul peintre de mérite qui sortit de Tatelier J^Adriaen van Ostade. Celui-ci forma encore CoRNELis Bega, Cornelis Dusart, Michiel van Mus scHER, Richard Brackenburgh et Jan Steen.
Cornelis Bega, né à Haarlem en 1620, mort en 1664, affectionna les mêmes sujets que son maître et, comme lui, peignit des intérieurs de paysans. Dessinateur un peu plus châtié, cultivant davantage le respect de la forme, un peu plus soucieux de la beauté de ses personnages, Bega, pour tout le reste, est très inférieur à OsTADE. A voir son exécution sèche, sa facture épaisse, ses carnations rougeâtres et ses ombres opaques, on se demande comment il a pu négliger à ce point les préceptes et les exemples qui lui furent prodigués.
Cornelis'Dusart (1660- 1704), au contraire, fut le sectateur fidèle d'OsTADE. C'est lui de tous ses élèves qui s'en rapproche le plus, sinon comme procédé, du moins comme modèles, comme ensemble d'exécution et comme esprit. Son Marché aux poissons, du musée d'Amsterdam, est un tableau excellent et qui suffirait, à lui seul, pour révéler sa descendance. Toutefois, il n'y faudrait point chercher cette admirable couleur ambrée qui donne tant de charme aux ouvrages d'Ostade, non plus que sa touche moelleuse et fondue. Ici le faire est plus tapoté et le coloris argenté n'a ni la même douceur ni la même harmonie. Michiel de Musscher (1645- 1705), lui, ne fit guère que des petits portraits, où Tinfluence de Terburg et de van den Tempel, ses premiers professeurs, se fait bien plus sentir que celle d'OsTADE. Mais Jan Steen (1626-1679) et Richard Brackenburgh (i 650-1702) restèrent pieusement fidèles aux sujets dont
leur maiirc était le promoteur: celui-ci, interprétant des
Fie. 3 9.— JAN STEEN.
La Consultation. (Musée de La H.iyc.)
scènes identiques avec une transparence moindre, une
forme moins serrée, un modelé plus faible, une exécution plus sommaire ^; celui-là, en se créant par son talent et son esprit une place à part dans TEcole hollandaise.
On peut dire, en effet, que de tous les peintres de genre, Jax Steen est celui qui possède le plus d'invention, d'esprit caustique, d'humour et de verve. En outre, quand il veut s'en donner la peine, il ne le cède à aucun autre maître comme composition, comme subordination, comme clair-obscur, comme modelé, comme animation et comme finesse de touche. M. van Westhreen, qui s'est fait son historien, le compare à Raphaël. M. Waagen dit qu'après Rembrandt, il est le maître le plus original qui soit en Hollande ; c'est assurément aller trop loin. Steex, quand il le veut, est un artiste absolument supérieur; malheureusement il ne veut pas toujours, et alors sa couleur se fait pâteuse, sa facture triviale, son ordonnance commune, l'aspect général de ses tableaux est lourd et monotone; mais, pour peu qu'il se relève, il redevient et reste un maître exquis.
Ces inégalités si extraordinaires dans sa facture s'expliquent, paraît-il, par la vie irrégulière que mena le peintre. Né à Leyde, fils d'un brasseur, il contracta, dans la maison paternelle, l'amour de la bonne chère et de la boisson. Son père, qui l'envoya à Utrecht étudier chez NicoLAAS Knuffer, puis à Haarlem chez Adriaen van OsTADE et finalement à La Haye chez van Goyen, semble lui avoir inspiré, par ces déplacements successifs, le goût des voyages, mais sans beaucoup améliorer ses mœurs. On rapporte, en effet, que, chez son dernier maître,