FIG. 47. — GABRIEL METZU
Le Déjeuner. (Musée d'Amsterdam.)
une jeune dame, également au Louvre, la. Jeune Fille écrivant et le Portrait du chasseur du musée de La Haye, la
Dame avec sa fille et un cavalier, du musée de PErmitage, le Déjeuner et le Vieux Buveur, du musée d'Amsterdam. Parmi ses scènes populaires, il nous faut citer le Roi de la fève, de Munich, et ses Marchandes de volaille, de Dresde. Metzu peignit en outre des portraits de grandeur naturelle et quelques représentations allégoriques ; mais dans ces deux derniers genres nous n'avons pas à signaler d'œuvre hors ligne.
Parmi les peintres des élégances hollandaises, Gaspard Netscher nous paraît tenir le troisième rang. Né à Heidelberg, en lôSg, Gaspard encore au berceau n'échappa que par miracle à une mort' terrible. Sa mère, pour éviter d'être massacrée par les soldats qui assiégeaient la ville, dut se réfugier dans un château, où elle vit les deux aînés de ses enfants mourir de faim sous ses yeux. Pour que les deux autres n'eussent pas à subir un sort pareil, cette courageuse femme franchit les lignes d'investissement, emportant sa progéniture dans ses bras et arriva exténuée et presque morte de misère et de faim à Arnhem. Là, elle fut recueillie par le D"" Tullekens, qui se chargea de l'éducation de ses enfants. Tout d'abord Gaspard fut destiné à la médecine; mais, ses goûts et ses aptitudes le portant vers la peinture, on le mit en apprentissage chez un peintre d'oiseaux et de gibier, nommé Koster, et plus tard on l'envoya à Deventer chez Terburg, où il se perfectionna. C'est à cette dernière école qu'il apprit l'arrangement délicat des figures et qu'il puisa ce sentiment de l'élégance qui le font, sur un point, l'égal de Terburg et de G. Metzu; mais ce qu'il ne put jamais acquérir, c'est le clair-obscur du premier, la correction de dessin ni la finesse de touche
du second, non plus que les empâtements, Tharmonie,
FIO. 48. — GASPARD NBTSCHEI Le Concert. (Musée de La Haye.)
le naturel exquis de l'un et de l'autre. Ses meilleures
œuvres, comparéesà celles de son maître, semblent sèches, dures, froides, maniérées.
1 Cette infériorité relative n'empêcha pas Netscher d'obtenir, de son vivant, une vogue très grande et de très vifs succès. On connaît de lui un nombre considérable de portraits, portraits de femmes surtout, vêtues de robes de satin blanc qu'il excellait à rendre. Parmi ces portraits, il s'en trouve d'historiques et qui nous intéressent à double titre, car Netscher ayant séjourné à Paris y peignit un certain nombre de personnages de la cour de Louis XIV. Tels sont le Portrait de M""* de Montespan et celui du Duc du Maine, qui se trouvent actuellement au musée de Dresde.
Gaspard Netscher eut deux fils, Théodore (1661- 1732) et Constantin {1670-1722), qui suivirent l'un et l'autre la carrière paternelle. Elèves et imitateurs de leur père, ils furent très goûtés de leurs contemporains ■ mais la postérité s'est montrée plus sévère et n'a pas ratifié le jugement trop bienveillant qu'on avait porté sur leur talent froid et affecté.
Comme Gaspard Netscher, Frans van Mieris (i635- 1681) se plut à être l'interprète des élégances néerlandaises; et, comme lui aussi, il fut le fondateur d'une dynastie de peintres; de là ce nom de Frans le Vieux qu'on lui donna pour le distinguer de son petit-fils. Élève de Gérard Dov, il fit voir de très-bonne heure des dispositions si heureuses que son maître n'hésita point à le qualifier du titre de « prince de ses élèves ». Mais s'il parvint à se montrer, pour l'élégance des poses et l'agencement de ses personnages, le disciple distingué de Gérard Dov, sous le rapport du clair-obscur, de
rempâtement, de la délicatesse d^exécution, il demeura,
FiC. 4.9. — WILLEM VAN Mlbala. La Boutique de l'épicier. (Musée de La Haye.)
lui aussi, très inférieur à son modèle; et s^il égala son maitre comme finesse, il resta bien loin en arrière de lui
comme moelleux et comme tondu. Ses œuvres se distinguent même par une sécheresse relative, qui chez son fils Willem (1662-1747), et surtout chez son petit-fils Frans le JEUNE (1689-1763), devient absolument fatigante et désagréable.
Les œuvres de Frans van Mieris, payées fort cher de son vivant, sont aujourd'hui beaucoup moins estimées. Néanmoins il en est qui méritent toute l'attention des connaisseurs. Le Portrait du peintre et de sa femme, au musée de La Haye, nnQ Dame faisant danser un épagneul, à l'Ermitage, la Consultation, du musée de Vienne, sont au nombre de ces ouvrages de choix. Quant à son fils Willem, la Boutique d'épicier, du musée de La Haye, prouve à quelle sécheresse on peut arriver en voulant trop achever une œuvre d'intérêt médiocre.
Parmi les élèves que forma Frans van Mieris, on cite Ary DE Vois, peintre non sans mérite, né à Leyde en 1641, et qui sut ajouter aux qualités de fini que lui enseigna son maître, une harmonie délicate, un modelé, une profondeur que celui-ci n'avait point retenus des enseignements et des exemples de Gérard Dov.
Mais avec l'éminent artiste dont nous venons de tracer le nom et auquel nous voici maintenant parvenus, nous allons quitter les demeures aristocratiques pour pénétrer dans des intérieurs plus modestes. Dov nous servira de transition pour pénétrer dans la quatrième classe des peintres de genre, classe qui n'est ni la moins nombreuse ni la moins brillante assurément.
Né à Leyde en 1610, fils d'un peintre sur vitraux, Frison d'origine, Gérard Dov, après avoir fait un premier apprentissage chez le graveur Bartholomeus Dolendo et chez le peintre sur verre Pieter Kouwenhoven, fut placé en 1628, chez Rembrandt, et ce fut là qu'en l'espace de trois ans il apprit les merveilleux secrets qui allaient faire de lui un artiste de premier ordre.
Dès qu'il se sentit capable de voler de ses propres ailes, Gérard Dov se consacra tout entier aux sujets de la vie domestique, 11 se fit l'interprète du ménage honnête et soigneux. Il fit comparaître devant lui les maîtresses économes, les ménagères industrieuses, et s'efforça d'initier le public aux joies modestes du home hollandais. Ce genre intime ne comportait pas de grandes dimensions, aussi tous ses tableaux sont-ils de petite taille. Les plus grands mesurent 60 centimètres de haut, et les autres sont le plus souvent beaucoup moindres. Ses compositions comptent de une à cinq figures. Rarement il aborde des sujets plus importants; les scènes animées semblent également sortir de sa sphère. Ce n'est que très exceptionnellement qu'il prend la peine de combiner une action, comme dans son Ecole du soir, du musée d'Amsterdam, ou dans la Femme hydropique du Louvre. Le plus souvent , ses personnages sont occupés chacun dans leur coin à une besogne silencieuse et discrète. Il est, avant tout, le peintre du recueillement. En revanche, il possède au plus haut point le sens du pittoresque, et, de tous les
élèves de Rembrandt, c'est lui qui manie le plus habile-
FIC. 50. GÉRARD DOV.
La Femme hydropique (Musée du Louvre.)
ment le clair-obscur. Souvent il suit de près le maître comme vigueur de touche et comme transparence de
coloris, et il complète ces qualités puisées dans le fécond enseignement du grand maître, par une justesse de coup d'œil merveilleuse et une précision de facture sans précédent. Ajoutez à cela que son fini prodigieux ne dégénère jamais en sécheresse. Sa touche reste douce, libre, moelleuse; ses ouvrages ont une telle transparence et une telle profondeur, que ses tableaux ressemblent à la nature elle-même, vue dans la chambre obscure.
Il est peu de musées en Europe qui ne comptent un certain nombre de peintures de Gérard Dov ; et toutes, ou à peu près, sont fort remarquables. Bien qu^il n'ait vécu que soixante-deux ans (car il mourut en 1675) et malgré le fini de ses ouvrages, Dov a produit, en effet, un nombre considérable de tableaux. Nous nous bornerons à signaler ceux qui se trouvent dans les collections de Paris, de la Belgique et de la Hollande, c'est-à-dire les plus accessibles au visiteur français. Le Louvre ne possède pas moins de onze tableaux de Gérard Dov, auxquels il faut ajouter le Vieillard lisant de la galerie La Gaze, ce qui en porte le nombre à douze. Ce sont : la Femme hydropiqiie, qui passe avec raison pour le chef-d'œuvre du maître et qui a reçu les honneurs du Salon carré; l'Aiguière d'argent^ nature morte, genre assez rare dans l'œuvre de l'artiste ; l'Epicière de village, le Trompette , la Cuisinière hollandaise, œuvre pleine d'éclat et la meilleure représentation que Dov ait donnée de ce sujet; la Femme accrochant un coq à sa fenêtre ; le Peseur d'^or; V Arracheur de dents; la Lecture de la Bible, petite page pleine de sentiment, un Portrait de Vieille Femme et enfin le Portrait du peintre. Le musée de La Haye ne possède que deux ouvrages du maître : la
LES PEINTRES DE GENRE, ETC. m
Jeune Tailleuse et une Jeune Femme tenant une lampe à
FI G. <l. GÉRARD DOV,
La Jeune Tailleuse. (Musée de La Haye.)
la main. Plus heureux, celui d'Amsterdam nous montre un Ermite, la Curieuse, un Portrait du maître et l'Ecole
du soir, tableau singulier, véritable tour de force, éclairé par trois lumières différentes, et où le peintre a dépensé immensément de talent pour obtenir un effet de médiocre agrément. Enfin ce musée possède encore un tableau important haut de o'",75, large de o"',6i et dû à la collaboration de Dov et de Nicolaas Berchem. Il représente en pied Pieter van der Werf, bourgmestre de Leyde, et sa femme. Cest, dans ce petit genre, un ouvrage capital.
Ceux d^entre les élèves formés par Gérard Dov qui acquirent le plus de réputation sont : Frans van Mieris et Gabriel Metzu, dont nous avons déjà parlé, Godfried ScHALKEN, Van Slingeland , Van Tol, dont nous allons nous occuper maintenant, et Q. Brekelenkam.
Godfried Schalken naquit à Dordrecht en 1643, et mourut à La Haye en 1706. Il reçut ses premières leçons de dessin chez Samuel van Hoogstraten; de là il passa dans Patelier de Gérard Dov, fit des progrès rapides et quitta son maître, regardé par celui-ci comme un de ses meilleurs élèves. Il alla ensuite en Angleterre, y peignit quelques portraits, notamment celui de Guillaume III, puis revint dans sa patrie, où il s'adonna aux scènes d'intérieur et surtout aux effets de lumière. Smith a catalogué ses œuvres, qui se résument en cent vingtsept tableaux, la plupart considérés aujourd'hui comme peu intéressants, sans doute parce que les effets de lumière auxquels Schalken se plaisait ont, sous l'action du temps, considérablement changé de ton et sont devenus faux et crus, la flamme paraissant trop blanche et les chairs ayant pris une couleur de brique particulièrement désagréable.
PiETER VAN Slingeland (1640-1691), bien qu'il ait eu aussi rhonneurde voir cataloguer ses œuvres par Smith, qui en mentionne soixante, n'offre guère plus d'intérêt. Il ne sut qu'imiter servilement son maître en développant le côté mécanique de son travail. Il le surpassa même en fini et en précieux, mais sa facture trop poussée dégénère souvent en sécheresse. Le seul éloge qu'on puisse faire de lui, c'est de dire que les meilleurs de ses tableaux ont été parfois consitiérés comme de faibles ouvrages de Gérard Dov.
On peut en dire autant de Dominique van Tol, dont les ouvrages sont un véritable pastiche des œuvres du maître. C'est non seulement la même couleur, le même procédé technique, mais encore le même choix de sujets, la même expression de physionomies. Malheureusement, comme à tous les copistes , il manque à Van Tol ce feu sacré qui anime les œuvres originales. Sa couleur est plus froide, son sentiment moins vif, son modelé moins solide et sa touche plus creuse.
Parmi les petits maîtres appartenant au groupe que nous passons en revue, il nous faut encore citer Johannes Verkolje, Eglon van der Neer, a DE Pape et Johannes van Staveren.
Staveren, sur la vie duquel on ne sait presque rien, peignit beaucoup d'ermites en prières et des vieilles femmes dans le genre de Gérard Dov, Dans cette spécialité il se place à la suite de Van Tol. A de Pape, sur lequel on n'a guère plus de renseignements, peignit non sans talent des scènes d'intérieur et des cuisines.
Eglon van der Neer (i 643-1703) fut élève de son père, le célèbre paysagiste Aart van der Neer, dont nous
i8o HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
parlerons bientôt; mais il suivit Texemple de Dov, de MîERis, de Netscher et se fit Tinterprète des intérieurs élégants. On peut vanter en lui le bon goût de ses compositions , le soin qui préside aux moindres détails, le sentiment de Fharmonie et la délicatesse de Texécution. Dans ses chairs malheureusement domine un ton brun, qui |enlève à ses personnages une partie de leur charme. Il traita aussi quelques sujets bibliques et, vers la fin de sa vie, peignit le paysage. Mais ces essais ne furent point heureux et, dans ce dernier genre surtout, l'affectation de son talent communique à ses arbres et à ses verdures un aspect mesquin assez désagréable.
JoHANNES Verkolje (iôSo-iôçS) sMuspira des mêmes modèles, mais avec moins de servilité. On rapporte quêtant jeune, il se blessa à la jambe, et que pendant le repos forcé qu'il dut prendre à la suite de sa blessure, il dessina avec un tel entrain et montra de telles dispositions qu'une fois guéri, son père le plaça chez Lievens, oii il apprit la peinture. Il acquit assez rapidement une certaine notoriété, se maria et s'établit à Delft, où il demeura jusqu'à sa mort.
Bien qu'il appartienne à la catégorie des petits maîtres minutieux, on ne peut pas dire cependant de Verkolje qu'il soit un plagiaire. Il compose avec goût, et peint dans une gamme argentée qui lui est particulière. Les étoffes surtout sont admirablement traitées par lui. Son chef-d'œuvre, le Couj-rier, qui faisait autrefois partie de la galerie Van Loon, appartient aujourd'hui à MM. de Rothschild. Le Louvre possède de lui un tableau représentant une Scène d'intérieur.
LES PEINTRES DE GENRE, ETC. i8i
JoHANNEs Verkolje cut un fils nommé Nicolaas (1673- 1746) qui fit également de la peinture, et dont le Louvre possède aussi un tableau. Au point de vue du talent, Nicolaas demeura toujours un artiste secondaire.
A l'époque où Gérard Dov commençait à être célèbre, il prit comme apprenti un jeune garçon originaire de Swammerdam et nommé Quiryng Brekelenkam. On ignore Tannée de naissance de ce peintre, mais il est probable qu'il vit le jour entre 1620 et 1625. On sait qu'il se maria en 1648 et qu'il mourut vingt ans après. Brekelenkam apprit chez son maître la pratique du clairobscur, et s'imprégna de seconde main des préceptes rembranesques. On peut dire que, de tous les élèves de Dov, il est le seul qui ait continué les grandes traditions puisées par celui-ci dans l'atelier de l'illustre
VAN RlJN.
Brekelenkam fut, lui aussi, le peintre des intérieurs modestes, des occupations ménagères, des travaux culinaires. Sur cent soixante-quinze ta'bleaux de lui qu'on a catalogués, on n'en trouve qu'un seul au Louvre, la Consultation, mais il est excellent.
Héritier de cette belle lumière ambrée dont Rembrandt fut l'inspirateur, Brekelenkam fait mouvoir dans un clairobscur chaud et transparent des personnages dessinés avec art, point trop élégants ni trop distingués, mais bien vivants et singulièrement vrais. Les scènes qu'il affectionne sont toujours tranquilles, modestes, sobres de mouvement et d'expression ; mais son exécution n'en est pas moins intéressante. îja touche est large, souple, fondue, il empâte les clairs d'une façon admirable et ses personnages se modèlent avec une puissance remarquable
i82 HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE
sur ses fonds roux obtenus, le plus souvent, à Taide de simples frottis.
FI G. 52. Q^. BREKELENKAM.
La Consultation. (Musée du Louvre, galerie La Cazc.)
C'est aussi de seconde main, mais dans une autre ville et par un autre intermédiaire, que Pieter de Hooch reçut la tradition de Rembrandt. Toutefois, on la re-
trouve en lui si puissante et si vivace que beaucoup d'écrivains, mal renseignés sur ses antécédents, ont