G. !i (■> — JAN VAN HUYSUM
Flciits et fruits. (Musée d'Amsterdam.)
pour ce maître fini, délicat, érudit et soigneux, mais dont le genre, somme toute, n'était que de second ordre.
Lu plupart des compositions de Jan van Huysum se résument, en effet, dans un vase de forme antique placé dans une niche et rempli de fleurs. Si Texécution en est précieuse, si la science qu'elle dénonce est supérieure et révèle un naturaliste de premier ordre, si le soin que le peintre apporte à modeler ses fruits est extrême, par contre, on trouve souvent moins d'harmonie dans ses ouvrages, et surtout moins de ragoût que dans ceux de Jan Ûavidsz de Heem.
L'abondance des tableaux de Jan van Huysum, et ce fait qu'on en rencontre dans les principaux musées, nous dispensent d'insister davantage sur la nature de ses ouvrages et sur les qualités de son talent.
Fait bizarre, ce peintre de fleurs, qui eut de son vivant un si prodigieux succès, était, par son tempérament et ses goûts, porté vers le paysage. Dès qu'il s'appartenait pendant quelques jours, il s'enfuyait à la campagne et s'amusait à peindre des bosquets avec des figures nues, dans le goût de Poelknburg. Ces curieux tableaux, très intéressants du reste, sont aujourd'hui fort recherchés.
Jacobus vav HrvsiM, le plus jeune des trois fils de JusTUS, passa sa vie à copier les tableaux de son aîné. De bonne heure il s'expatria, alla en Angleterre où il s'établit, et mourut en i/Sp, après s'être enrichi par une contrefaçon ingénieuse des œuvres fraternelles, contrefaçon que la communauté des initiales rendait fort difficile à reconnaître. Quant à Justus le cadet, qui~s'était voué à la peinture de batailles, il mourut en 1707, à l'âge de vingt-deux ans.
La grande vogue de Jan van Huysum ne manqua pas de
lui susciter des imitateurs, mais le côté précieux et soigné de son talent devait les décourager bien vite. Parmi ces copistes, on ne cite guère que Coenraad Roepel et Jan van Os qui se soient approchés de leur modèle. Coenraad Roepel, né en 1679 à la Haye, fut d'abord élève de Gaspard Netscher, mais il délaissa le portrait pour s'adonner aux vases antiques garnis de fleurs et chargés de fruits. Il acquit, dans ce nouveau genre, une certaine notoriété et quand il mourut, en 1748, ses ouvrages étaient fort recherchés. Jan van Os (1744-1808) se conforma encore plus étroitement à la tradition. Non seulement il copia les tableaux de Van HivsfM, mais il poussa l'imitation jusqu'à avoir quatre enfants et petitsentants qui, eux aussi, se consacrèrent à la peinture de nature mnrte.
Le seul peintre contemporain de Jan van Huyslm, qui partagea sa vogue et conquit à ses côtés une sérieuse et solide renommée, fut une femme. Elle se nommait Rachel Ruvsch. Elle était la fille d'un célèbre professeur de Leyde. Née en 1664 à Amsterdam, elle mourut dans cette même ville en 1700, n'ayant pour ainsi dire pas cessé de peindre malgré son grand .âge. En dépit de cette assiduité, le nombre de ses ouvrages est si restreint que, de son temps, on disait, par manière de plaisanterie, qu'elle faisait plus d'enfants que de tableaux. Rachel Rusvch, du reste, mérita sa haute réputation. Elle peignit les fleurs et les fruits dans la perfection. A un dessin d'une correction extrême elle joignait une étonnante précision d'exécution; si elle eût été plus heureuse dans l'arrangement de ses compositions, si son coloris avait eu moins de froideur, elle aurait assu-
LES PEINTRES DE NATURE MORTE. zr,<,
renient égalé son illustre rival, le grand Vax Huysum. Rachel Ruysch était Télève de Willem van Aelst. Comme ce maître peignit non seulement des fleurs et des fruits, mais encore des animaux morts, notamment des perdrix, — témoin les tableaux de lui qui figurent aux musées de Munich , de Dresde et de La Haye, — il nous servira de transition pour parler d'une nouvelle spécialité de peintres de nature morte.
Willem van Aelst naquit à Délit en 1620. Il eut pour maître son oncle Evert van Aelst, lui aussi né à Delft dix-huit ans plus tôt. Cet oncle était un assez bon peintre, qui affectionnait par-dessus tout les oiseaux morts et les engins de chasse. Né en 1602, reçu dans la gilde de Saint-Luc en i632, Evert mourut en 1648, laissant derrière lui un intéressant bagage, en grande partie disparu. — Son neveu, reçu dans la gilde en 1643, partit bientôt pour Tltalie, séjourna à Florence, revint par la France, revit Delft en i656 et s'établit à Amsterdam, où il mourut en 1679. Pendant son séjour en Italie il avait pris l'habitude d'italianiser son prénom, et la plupart de ses œuvres sont signées Guillelmo van Aelst. Ses tableaux sont du reste d'un rare mérite. L'arrangement en est toujours heureux, le coloris en est transparent, ils sont conçus dans une gamme sobre et d'une extrême vérité. Mais, malgré' ces qualités si remarquables, malgré l'accueil flatteur qu'il avait rencontré en France et à Rome, Willem van Aelst ne Jouit pas, de retour dans son pays, de toute la gloire qu'il était en droit d'espérer; car il était dans sa destinée de se voir, de son vivant même, dépasser par un Jeune artiste dont le talent incomparable devait, dans la spécialité
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qu'il s'était choisie, laisser bien loin derrière lui tous ceux qui Pavaient précédé et ceux aussi qui allaient le suivre.
Jax Weenix, car c'est de lui qu'il s'agit ici, naquit à Amsterdam en i(')44 et fut de bonne heure initié aux secrets de la peinture par son père Gio-Baptista Weknix, dont nous avons déjà parlé. A l'imitation de son père, il commença par peindre des ports de mer; mais bientôt, à la vue de quelques œuvres de Vax Aelst, sa vocation se révéla et il se mit à peindre avec une précision incrovable des animaux morts de grandeur naturelle. Ces animaux, perdrix, faisans, cygnes, paons, sont d''une fidélité et d'une exactitude magistrales. Mais c'est surtout à peindre des lièvres qu'il excella. Nul dans ce genre ne s'est approché de la perfection merveilleuse, étonnante, inouïe avec laquelle il représentâmes animaux. Ajoutez à cela que ses tableaux sont bien composés. Les cadavres de ses timides victimes sont généralement groupés avec beaucoup d'art au pied d'un vase magnifique et mêlés cà des engins de diasse ; un paysage, noyé dans la demi-obscurité d'un ciel brumeux et lourd, une balustrade, un bosquet, forment un fond sombre sur lequel les animaux de ses premiers plans se détachent avec une vériti extraordinaire. Ses tableaux, en outre, sont remarquables par l'harmonie de la couleur, toujours conduite dans une gamme sobre, par la fidélité des accessoires, le fini des détails et la largeur de la touche. Jan Weenix mourut en 1709, laissant une partie de ses secrets à son élève Théodore Walkenburg (1675-1721), qui comme lui excella à peindre des lièvres morts.
Si Jax Weenix se consacra exclusivement au gibier mort, Melchior d'Hoxdekoeter voua son talent à la
basse-cour et peignit avec une maestria incomparable les cygnes, paons, coqs, poules et canards. Qu'ils fus-
FIC. 87. MELCHIOR DHOXDEKOKTER
(Musée dA:r.sterdam.)
sent morts ou vivants, peu lui importail du reste : il sut, dans Tun comme dans Tautre cas, les représenter avec
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une vérité étonnante. Ses compositions, toujours très pittoresques, dénotent, en effet, une connaissance surprenante et une incessante étude du sujet qu'il traite. Né à Utrecht en i636, élève de son père Gvsbert d'Honde- KOETER (i6i3 ;?; 1653, peintre à peu près inconnu, et plus tard de Gio-Baptista Weenix, dont il était le neveu par alliance, Melchior, lui aussi, peignit d'abord les marines; il s'adonna ensuite aux animaux, vint en lôSg s'établir à La Haye, y demeura jusqu'en i663, puis se tixa à Amsterdam, ou, en 1688, il obtint le droit de bourgeoisie, et où il mourut en ibqS. C'est surtout dans cette dernière ville qu'il faut étudier ses œuvres. Le musée d'Amsterdam possède huit tableaux de sa main, et dans le nombre la Plwne Jlottante, c^ui passe pour son chefd'œuvre. Le musée de La Haye en possède quatre également fort remarquables. Tous représentent des animaux de grandeur naturelle, exécutés d'une touche franche, large, puissante, d'un coloris vigoureux et chaud, quoique parfois un peu lourd.
Après avoir mentionné Abraham van Brykren (i656), qui peignit avec un talent réel des poissons de mer ou d'eau douce, et N. 'Van Gelder lôbol, qui s'adonna avec moins de bonheur à des sujets du même ordre, — peintres négligés par les biographes, qui ne nous ont rien révélé sur leur existence, — nous allons passer à la cuisine et à la salle à manger, c'est-à-dire nous occuper des peintres qui consacrèrent leur pinceau aux instruments de cuivre ou d'argent, aux faïences et aux porcelaines, aux modestes casseroles, comme aussi aux coupes de cristal, aux hanaps de vermeil et aux gobelets d'argent ciselé.
Le plus ancien des maîtres qui cultivèrent ce nouveau genre de nature morte est Willkm Klaasz Heda. Né à Haarlem en 1594, il mourut fort âgé, puisqu^en 1678 Jacques de Bray fit son portrait; il avait alors quatrevingt-quatre ans. Peintre soigneux et habile, il dut laisser après lui un- nombre assez considérable d'ouvrages, et cependant ses œuvres sont de la plus excessive rareté. Les musées du Louvre et de Gand sont les deux seules galeries qui possèdent de ses tableaux, et on ne les voit qu''exceptionnellement figurer dans les ventes. On doit le regretter, car le peu qu'on connaît de Heda est excellent. Généralement, ses natures mortes se composent d'une coupe en argent ciselé , d'une assiette et d'un citron entamé, trois objets que le peintre rendait à miracle, le tout mêlé à quelques accessoires et s'enlevant sur un fond brun.
Willem Kalf (ibSo-ibgSl, avec une touche plus robuste, des empâtements plus solides, mais avec moins de distinction et d'élégance, exploita les mêmes sujets que Héda, et, dans ce genre brillant, son plus vaste et son plus bel ouvrage appartient à la France; il est au musée du Mans. Sans que son talent faiblît, Kalf passa parfois de la salle à manger à la cuisine, et, dans ce second genre, mieux approprié à la, nature de son talent, il occupe le premier rang. Kalf était -élève de HendrickPot; il naquit et vécut à Amsterdam. Parmi ses imitateurs on cite Pieter Roestraaten (1627-1698) et G. Pierson (i63i- 1714), qui demeurent bien loin derrière lui.
Pour en finir avec la classe des peintres de nature V70rte, il ne nous reste plus à parler que de Jacob de WiTT, artiste d'un mérite peu ordinaire, qui rendit d'une