‹ Histoire de la peinture hollandaiseChapitre 45 sur 47 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

m-çy^^ PRÈS avoir Jeté ce merveilleux éclat, après avoir

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'(pcL:-^^ crée tous ces genres nouveaux, après avoir pro-

gJ^pL^ duit cette incomparable série d'admirables chefsd'œuvre, la peinture hollandaise, à partir du xviii* siècle, entre en pleine décadence. Déjà dans notre énumération de maint petit maître, héritier de Thabileté paternelle, de sa technique, de ses procédés, nous avons constaté un affaiblissement progressif. Maintenant la nuit va succéder au Jour, Tobscurité à la lumière. L'École hollandaise, si brillante tout à Fheure, va décliner jusqu'à tomber dans le plus complet oubli.

L'invention, cette première faculté de l'art indépendant, s'évanouit presque complètement , et quand par hasard elle reparaît, c'est seulement pour se manifester sous la forme d'humour, c'est-à-dire sous un aspecr absolument secondaire. Dans toutes les branches de la peinture de genre, dans le paysage, dans l'histoire même, on s'adonne à l'imitation en quelque sorte machinale des maîtres qu'on prend pour modèles et qui, le plus sou-

■17^ HISTOIRE Dt: LA PEINTURE HOLLANDAISE.

vent, sont eux-mêmes manières, ampoulés, taux et conventionnels.

Fait bien dii^nede remarque : en même temps que Fobservation de la nature cesse, le sentiment de la couleur diminue, Temploi du clair-obscur est négligé, et la pratique, suivant deux voies différentes, tourne dans les grandes œuvres au décor et dans les petites à la minutie; mais, des deux parts, on perd la notion du relief, du modelé, de la vie.

On comprend qu'autant la période ascendante est digne d'intérêt, curieuse à étudier et pleine d'enseignements précieux, autant cette dégénérescence manque d'attrait et de charme. Aussi, après nous être longuement étendus sur les temps héroïques de la peinture hollandaise, allons-nous passer rapidement sur son déclin, en n'indiquant qu'un petit nombre de ses peintres dégénérés et en nous arrêtant seulement aux plus considérables.

C'est à Gérard de Lairesse qu'il faudrait faire remonter la responsabilité de ce mouvement désastreux, si Lairesse n'avait point été, avant tout et surtout, l'expression même des sentiments de son époque. Mais il ne fut pas l'auteur de ce désastre, il n'en fut que l'interprète. Il personnifia l'effet; quant à la cause, elle se trouva dans la tendance générale de ses contemporains à donner partout accès aux conventions et à l'enflure. C'est par la littérature que ce revirement commença tout d'abord, puis de là il se fit jour dans les mœurs. La perruque in-folio envahitles crânes bataves en même

temps que les beairv usages de la cour de Louis XIV penétraienl daus le monde palricien d'Amsterdam. Vainqueurs du grand roi en Allemagne et en Flandre, les Hollandais voulurent encore égaler son entourage sur le terrain du beau ton. Le '< goût français - s'introduisit donc sur les bords de FAmstel avec les modes de Paris, et, par un de ces revirements trop fréquents, on s'empressa de brûler les modèles de la veille pour aller bravement sacrifier aux faux dieux. C'est à ce moment que Lairesse parut.

Né à Liège en 1640, élève de son père Reixier de Lairesse, peintre liégeois de modeste renommée, ayant quelque peu voyagé et contracté dans ses voyages une grande admiration pour Bertholet Flemael, puis pour Poussin et enfin pour Lebrun, Gérard de Lairesse vint de bonne heure s'établir en Hollande. D'une figure disgracieuse, mais d'une éloquence persuasive et d'une érudition relativement grande pour sa profession et pour son temps, Lairesse ne se borna pas à étonner ses confrères par son habileté prodigieuse et par l'extrême rapidité de son exécution; il s'efforça encore de les convertir à ses préférences et à ses doctrines, et il y réussit en partie. Plusieurs ouvrages qu'il écrivit eurent un succès considérable, et l'un d'eux, le Grand livre du peintre Çt groot Schilderboek' , publié à Amsterdam en 17 12 et traduit en trois ou quatre langues, fut pendant cinquante ans le manuel qu'on donna aux Jeunes artistes pour les former et les instruire. Mais ce qui dut agir mieux encore sur l'esprit de ses contemporains, ce fut la faveur marquée avec laquelle les gens les plus haut placés accueillirent ses ouvrages.

Cette faveur s'explique par la nature des sujets qu'il aborda : sujets historiques et bibliques, qui portaient alors la qualitication de nobles. A Tinstar de Lkbrun, il mêla continuellement la mythologie à Thistoire. Ses cos-

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