‹ Histoire de la peinture hollandaiseChapitre 46 sur 47 · FI G. 89. GÉRARD DE LAIRESSE · texte numérisé non relu

FI G. 89. GÉRARD DE LAIRESSE

Achille reconnu par L'iysse. (MusJe lic Li Hnye.)

tûmes empruntés aux Romains et aux Grecs de Paris, ses architectures rappelant les portiques chers aux peintres de la Renaissance, certaines de ses figures inspirées par les profils antiques passèrent pour de savantes restitutions. On peut admirer en lui une certaine bravoure de pinceau, un certain goût dans Tarrangement, des draperies posées avec grâce, et une science réelle de composition; mais il manque à ses ouvrages ce feu, cette étin-

celle magique qui anime les compositions de la grande époque. La vie lui fait défaut. Son coloris est, en outre, froid, blafard même, et, dans certaines œuvres, devient lourd et opaque quand il vise à Téclat.

La renommée de Gérard de Lairesse ne rayonna pas seulement sur son pays, elle s'étendit aussi au dehors. Nous n^en voulons d'autre preuve que les quatre tableaux de lui que possède notre Louvre. Ces quatre ouvrages portent les titres suivants : V Institution de r Eucharistie, le Débarquement de Cléopdtre an port de Tarse, Danse d'enfants^ Hercule entre le vice et la vertu. Le musée d'Amsterdam est encore plus riche. Il possède six tableaux du maître. Le musée de La Haye n'en renferme qu'un.

A l'âge de cinquante ans, Gérard de Lairesse devint aveugle. Cette inhrmité toutefois ne ralentit pas son amour de Fart ni son goût de propagande. Les enseignements qu'il ne pouvait plus donner le pinceau à lai main, il les produisit dans une série de conférences quevenaient écouter, une fois par semaine, les peintres ses confrères et les élèves de TAcadémie. Il mourut en 171 1. laissant deux hls, Abraham et Jan, qui s'occupèrent, eux: aussi, de peinture et s'e'fforcèrent de marcher sur lestraces de leur père.

Le peintre qui, après Gérard de Lairesse, aida le plus,, par ses étonnants succès, à pousser la peinture dans une voie perverse, est Adriaen van der Werff. Né à Kralinger-Ambacht, près de Rotterdam, en lôSg, van der Werff reçut quelques leçons de dessin de Cornelis Picollet, puis entra dans l'atelier d'EoLON van der Neer, ou il ht de rapides progrès. Tout d'abord, il sembla

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vouloir se conformer aux conseils de son maître, mais bientôt les exemples et les préceptes de Gkrahd dk

IIO. 90. LE C H 1; V A L I i: U VAN D ER WF-UFF.

Le Portrait Ju peintre. (Musée d'Amstertlam.)

Lairesse le firent brusquement chani^^er de voie. Il déserta robscrvation de lu nature pour se lancer à la

recherche de Tldeal, et, en visant Tldeal, il tomba dans un sentiment i^lacial, dans un goût maniéré et fâcheux. Ses groupes devinrent prétentieux, ses têtes monotones, ses corps sans vigueur, et ses carnations acquirent le poli et la teinte de Tivoire. Ces défauts, toutefois, ne Tempèchèrent pas de séduire un grand nombre de gens qui se croyaient connaisseurs. Le duc de Wolfenbuttel et de hauts personnages de son temps se disputèrent ses tableaux, les couvrirent d*or et portèrent aux nues le mérite de leur artiste préféré. Mais nul toutefois ne l'aida plus dans sa carrière et dans sa réputation que rélecteur palatin Jean-Guillaume, qui, non content de l'accabler de commandes, lui conféra le titre de chevalier et anoblit sa famille.

C'est à Munich, où se trouvent actuellement les compositions qu'il peignit pour son haut protecteur, qu'on peut le mieux étudier son contestable talent et s'étonner de Tengouement qu'il provoc[ua.

Les autres musées sont assez bien pourvus de ses ouvrages. On en rencontre sept au Louvre, six au musée d'Amsterdam, deux à celui de La Haye. Pour un grand nombre d'entre eux, « le Chevalier » se fit aider par son frère Pieter van der Weref nbbS-ijiS), qui, après avoir été son élève, devint ainsi son collaborateur.

Livré à lui-même, Pieter exécuta, dans le goût de son aîné, des scènes mythologiques qui se signalent par un dessin encore plus froid et plus lourd, par une touche moins énergique et plus léchée, par une faiblesse et une pauvreté de sentiment bien regrettables.

Parmi les élèves d'AoRiAEN vax der Werff on compte encore Hendrice vax Lemborch iôSo-ijjS , Jax Philips

a;8 HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.

VAN ScHLiCHTKN 1681-1745 ,01 paniii SCS imitateurs Phit-ippE YAN Dyck i68o-\y52 ,&uTnommé\e Petit van Dyck. Au Louvre, on peut voir deux tableaux d'HENDuiCK van LiMBOcH : le Repos de la Sainte Famille et les Plaisirs de l'âge d'or, qui montrent avec quelle tidclité il suivit les traces de son maître. Au musée de Munich, deux compositions de Van Schlichtex. un Saint André et un Paysan jouant du violon, attestent qu'il fut un disciple non moins convaincu. Quant à Philippe van Dvck, quoique élève d'AnNOLO van Boonen, on peut dire que par ses tableaux historiques il appartient aux imitateurs les plus désagréables de ^^\N derWerff. Il montre tous les défauts de ce peintre sans en produire les qualités. Ses compositions bibliques sont surtout fatigantes ; on en peut juger par sa Présentation d'Agar à Abraham et par le Renvoi d'Aga»', qui figurent au Louvre; dans ses tableaux de genre, il est un peu moins déplaisant.

Nous venons de dire que Philippe van Dyck fut Télève d'ARNOLDVAN Boonen(i66o-i 729 : celui-ci. bien qu'ayant fréquenté Tatelier de G. Schalken, appartient aussi au déclin de Part hollandais. Il imita, il est vrai, les effets de lumière si chers à son maître, mais son coloris plus faible et plus lourd est opaque et sa touche manque d'ampleur. Il fut cependant très goûté en Allemagne, et c'est là que se trouvent aujourd'hui ses principaux tableaux.

Si Arnold van Boonen fut le maître de Ph. van Dyck, Louis de Mons fut son élève. Né à Bréda en 1698, il étudia d'abord chez Van Kessel et Bizet, puis de là vint à La Haye et entra chez Van Dyck. qu'il accompagna dans la suite à Cassel. Plus tard, rentré en Hollande, il s'éta-

blit à Leyde, où il mourut en 1771. Ses œuvres, fines et serrées, se rapprochent du faire de son maître; parfois il côtoyé Gerad Dov, dont il cherche à s'inspirer.

Parmi ces peintres de la décadence nous devrions encore nommer Willem van Mieris et Frans van Mieris {le jeune), Nicolaas Verkolje, Robert Greffier, Constantin Netscher, Isaac Moucheron, Jan van Nickelle et Karel de Moor; mais nous avons déjà parlé d'eux à propos de leurs ascendants ou de leurs maîtres.

Il nous tarde, du reste, d'arriver au terme de notre course, en mentionnant rapidement les quelques artistes du siècle dernier qui ont redonné à TEcole hollandaise agonisante un peu de lustre et d'éclat, Langendyck, Quinkhardt, Liotard et Cornelis Troost.

Fils d'un marchand de vin, Troost naquit en 1697 et apprit la peinture chez Arnold van Boonen, dont nous tracions le nom à l'instant. Il se maria en 1720 à Zwolle, puis se tixa à Amsterdam où il commença à peindre. Toutefois, s'il conquit une rapide et durable réputation, c'est moins par ses peintures que par ses dessins et ses pastels. A cette époque , Rosalba Carriera était dans toute sa gloire et La Tour commençait à se faire connaître. Troost voulut marcher sur leurs traces et il réussit à s'illustrer, non pas par des portraits, mais par la façon toute humoristique dont il interpréta les scènes de la Comédie hollandaise, et par les fines epigrammes qu'il se permit sur la vie un peu licencieuse des Amsterdamois, ses contemporains. Ce sont ces petits tableaux, composés avec infinement d'entrain, d'esprit d'observation, dessinés dMne main très sûre, indiqués d'un coup de crayon très spirituel, relevés de rehauts de gouache et

•-:8o HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.

de pastel, qui ont \alu a noire peintre le surnom de Hogarth hollandais, qu'il mérite assurément. Le musée de La Hâve est particulièrement riche en ce genre. — C'est la qu'il faut voir Trojst pour connaître son esprit.

On range Liotard (Jean Etienne, 1702-1788) parmi les peintres hollandais, quoiqu'il soit né à Genève et qu'avant de s'établir détinitivement à La Haye, il ait singulièrement voyagé, en France d'abord, ou il étudia chez Lemoyne, en Italie, en Turquie, en Allemagne et en Angleterre ensuite. Comme Troost, il peignit au pastel, avec moins de succès toutefois, avec moins de talent et surtout avec moins d'esprit. Le musée d'Amsterdam est abondamment pourvu de ses œuvres.

Jan Mauritsz Quinkhardt 1 1 688-1 772W-int de bonne heure s'établira Amsterdam. Il reçut les premières leçons de son père, artiste honnête, mais de modeste talent, puis entra chez A. van Boonen et fréquenta dans la suite l'atelier de Lubinietzki (i 659-1739'', peintre d^origine allemande, élève de Gérard de Lairesse, et qui s'était fixe sur le sol hollandais. Quixkhardt peignit avec assez de bonheur le portrait. Il jouit de son vivant d'une grande notoriété, que la postérité n'a pas confirmée, et travailla jusqu'à quatre-vingts ans. Son fils Jules, qu''il destinait à la peinture, préféra le commerce et s'en trouva bien.

Enfin DiRK Langendvck 1748-1805;, par lequel nous allons clore cette histoire sommaire de la peinture hollandaise, fut un peintre non sans valeur, mais surtout un des plus habiles et des plus charmants dessinateurs qu'on puisse trouver. Élève d'un peintre d'ornements et de voitures nommé D. BrsscHOi', il peignit plus spécia-

LA DECADKNCE.

Icmcni des scènes militaires. Il fut en quelque sorte Tillustrateur attitré des épisodes si émouvants, qui marquèrent Tavènement de la république batave et la présence des Français dans les Pays-Bas. Ses petites compositions, animées d'une quantité extraordinaire de personnages microscopiques, offrent le double intérêt de dessins charmants et de documents ci\tne vérité précieuse et d'une exactitude indiscutable.

Avec Langkn'dyck, nous arrivons à la tin du xviii" siècle, c''est-à-dire au terme de notre étude. Ce n'est pas que TEcole hollandaise soit morte, mais elle appartient au présent, et ses productions, trop rapprochées, ne prêtent pas à des vues d^ensemble et ne permettent point qu'on porte sur elles un jugement définitif.

Toutefois, si elle vit, si elle s'affirme par des œuvres nombreuses et dont beaucoup sont pleines de talent, il s'en faut qu'elle ait repris son ancien lustre et qu'elle projette autour d'elle des rayons comparables à ceux qui donnent un si vif éclat à son éblouissant « Siècle d'or. »

a8j IlISTOllU: ni. LA P l". I N T U R K HOLLANDAISE.

La raison de celle infériorilé relative peut s'expliquer, du reste.

Nous avons vu qu'à sa grande époque Part hollandais s'était alimenté à deux sources principales : une science magnitique et même un peu pédante à force d'être siîre d'elle-même, science que les précurseurs avaient été chercher en Italie, et une forte dose de naturalisme^ c'est-à-dire d'observation et d'étude, qualité en quelq[ue sorte autochtone, qui est le propre du tempérament et l'un des caractères de la race néerlandaise.

En dédaignant cette qualité, qu'on pourrait appeler nationale, pour se livrer à la pure imitation de leurs devanciers, en méprisant l'observation et l'étude constante de la nature pour n'obéir qu'aux règles classiques et au goût ciépravé de leurs contemporains, les artistes du xvin'' siècle amenèrent rapidement la décadence de Part.

C'est peut-être par Pexcès contraire que leurs descendants pèchent aujourd'hui.

La Hollande, régénérée parles grands événements qui ont marqué l'aurore de ce siècle, a repris les traditions de son passé. Ses artistes se sont retournés vers cette nature si chère à leur race, qui a fourni à leurs iincétres tant de pages admirables, et c^est à elle qu^ils demandent désormais leurs inspirations. Mais peut-être, dans cet heureux retour vers leur source de fécondes études, ont-ils trop négligé cette science magnifique que leurs ancêtres possédaient à un si haut point, et de leur manque fâcheux d'éducation technique, de leur insuHisanie préparation, résulte un défaut d'équilibre funeste pour leur production artistique.

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Eux-mêmes, du reste, le reconnaissent. Tout fait donc espérer que la génération qui vient saura remédier à ce défaut de solidité dans les connaissances, de précision dans le savoir; et ces deux qualités maîtresses, une science impeccable et une préoccupation incessante de la nature se trouvant de nouveau réunies, pourront amener une renaissance et préparer un nouveau « Siècle d'or » de l'art hollandais.

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