Histoire de la Perse
(les lails liis(ori<jucs, des traces manifestes d'anciennes institutions communes à toute cette contrée, établissent aussi un accord réel , pour la plus ancienne époque connue de l'histoire de l'Iran, entre ses limites naturelles et ses limites politiques.
Guidé par l'autorité d'un semblable accord, il nous a paru qu'on pouvait, avec quelque fondement, reconnaître pour les antiques limites de l'Iran : à l'est, le fleuve Indus qui se prolonge vers le nord jusqu'à l'Oxus; au nord, l'Oxiis courant à l'ouest jusqu'à la rive orientale de la mer Caspienne, dont l'Aral n'était alors qu'une pointe à l'est; sur la rive occidentale de cette mer, l'Araxe et la branche du Taurus, nommée le mont Zagros, prolongée par les frontières de l'Assyrie jusqu'au golfe Persique ; enfin, au sud, ce même golfe de l'océan Indien jusqu'aux embouchures de rindus.
Le pays actuel des Afghans, enferme entre la rive droite de rindus et la chaîne de montagnes qui s'élèvent à l'ouest, a successivement appartenu à l'Inde et à l'Iran : mais cette circonstance temporaire ne constitue qu'un fait de peu d'importance relativement à la vaste contrée qui porta le nom d'Iran.
Cette contrée est située entre le 42* et le G9' degré de longitude oi'icntale, et entre le 26^ et le 39' degré de latitude; elle a aujourd'hui pour voisins : la Russie et le Turkestan au nord ; à l'est, rindus et le Kaboul qui est sous la domination des Anglais; à l'ouest, les Turcs d'Asie; au sud, elle est ouverte à toute espèce d'invasion par le golfe Persique et la mer de l'Inde.
Le nom de Perse était celui de l'une des provinces de l'Iran; la domination temporaire des Persans avait fait donner le nom de Perse à tous les pays dont leurs rois firent la conquête pendant les temps moyens de la longue durée de cet empire. Dans les plus anciens documents connus de son histoire, la vaste contrée asiatique que nous décrivons, est nommée Ecricné *, dont on a fait Iran^ que les Grecs métamorphosèrent en Ariane; les Iraniens furent nommés par eux Arianiens,
* Zend-Avcsta,
Ce nom d'Éénené ou iVIran a une origine incertaine. On a cependant voulu l'expliquer, en disant qu'un des plus anciens rois de celte contrée , nommé Féridoum , eut deux fils : Tour , qui l'ut l'aîné, et Ir ou Iratz, le second. A sa mort, Féridoum possédait, comme fruit de ses conquêtes, les pays au delà de l'Oxus qui forment aujourd'hui laTartarie occidentale, et qui furent h Scylliie des Grecs. Ce roi avait assigné à Tour ces régions septentrionales, sises sur la rive droite de l'Oxus, et donné à Ir ou Iratz, son autre fils, les possessions de la rivegauche. Des guerres sanglantes s'en suivirent, et, dès cette époque, les habitants des deux pays bclligéranis furent distingués en Iraniens et en Touraniens; les pays eux-mêmes prirent le nom d'Iran et de Touran. 11 est certain, malgré celte tradition et d'après les plus anciens documents, que les deux pays séparés par l'Oxus furent connus sous ces deux dénominations, et sous celles d'Iran et d'Aniran*. Ces notions générales sur la circonscription de l'Iran aux plus anciennes époques de son histoire, résultent à la fois de (piclques monuments publics, des traditions les plus vraisemblables conservées par les écrivains nationaux , et des relations parfois plus anciennes des écrivains grecs. > .
Mais , c'est en laissant pour quelques moments ces relations anciennes et l'opinion de quelques écrivains modernes, très-recommandables d'ailleurs, et en profilant des fruits les plus précieux de la philologie contemporaine, que nous proposerons quelques vues nouvelles sur l'état primitif de l'Iran, et sur quelques opinions scientifiques qui, pour être généralement adoptées, ne semblent pas très-fondées, et ne doivent pas être moins contraires aux faits unanimement admis par la plus sage tradition.
Sans nous écarter de la réserve qui nous est commandée , nous exposerons simplement quelques doutes sur la valeur des démarcations géographiques et ethnographiques assignées, il est vrai, par une tacite convention, à l'Asie orientale et à l'Asie occidentale : le fleuve Indus est la limite naturelle de leur séparation ;
* Inscriplions sassanides.
i LA PERSE.
siirl;i rive gauche est l'Asie de l'Orient, et sur la droite l'Asie de l'Occident.
Cette détermination, si précise, porte à penser que sur les bords opposés du grand fleuve il exista deux civilisations, différentes par leur origine, par leurs institutions, par leur langue surtout; et, par l'effet de celte supposition, on a séparé ces deux contrées l'une de l'autre dans les théories géographiques, ainsi que dans les recherches sur leur origine et sur leurs annales, les unes et les autres étant supposées dissemblables. Ces conjectures ne nous paraissent point fondées. Quelques faits avérés, d'importants témoignages révèlent, au contraire, d'incontestables analogies, des ressemblances évidentes entre les éléments essentiels et nombreux de ces deux civilisations. Ce serait donc trop résolument négliger ou dédaigner ces précieuses données, fondements certains de l'histoire de tous les temps, que de considérer ces deux civilisations séparées l'une de l'autre; d'en laisser une dans l'Orient, et de fixer l'autre dans l'Occident, celle-ci se trouvant par là violemment séparée de son berceau, et amalgamée confusément avec d'autres institutions d'une origine propre et différente, moins ancienne peut-être, mais qui, du moins, se manifesta par d'autres caractères. En n'admettant point ce raisonnement, ne se priverait-on pas de l'avantage de répandre, sur les temps incertains de l'histoire, quelques-unes de ces rares et vives clartés qui jaillissent de l'examen attentif et fructueux de^ éléments essentiels des antiques institutions humaines, contraintes, pour ainsi dire, parées pressantes obsessions de la science, à déclarer leurs véritables origines?
Nous osons dire qu'il en est ainsi de l'Iran par rapport à l'Inde : et, en effet, qu'on explique, si on le peut, l'origine de la civilisalion de l'Iran autrement que par celle de l'Inde, puisque, sans une seule contradiction, il est reconnu et partout professé que la langue de l'Iran , depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours, est une langue d'origine indieniic , un dialecte du sanscrit, et d'autant plus sanscrit que, sous les noms chronologiques de zcnd de parsi, de pehivi, et de persan moderne, ce dialecte est plus
ancien, plus près de son origine, plus pur d'influence étrangère.
Ce fait revèle à lui seul la source première de la société iranienne. Fille de l'Inde, elle ne cesSia de communiquer avec elle : au nord et à l'ouest de ses frontières, l'Iran touchait à deux peuples totalement différents, les Tartares elles Assyriens, dont les langues, également étrangères à l'Iran et à l'Inde, avaient, l'une et l'autre, d'autres origines.
Au sud, l'Iran touchait à la mer, à l'est, à son berceau. Pourquoi donc démembrer la famille indienne par une ligne arbitraire de démarcation, et allier, contrairement à la nature des choses, une portion de celte famille, bien caractérisée, avec des étrangers occidentaux qu'elle n'a connus que par la guerre et par de longues et mutuelles hostilités ?"L'Iran nous semble donc devoir demeurer uni à l'Inde, afin de n'être pas séparé de son origine réelle.
La plus ancienne écriture de l'Iran ne fut-elle pas tracée, comme celle de l'Inde, de gauche à droite, quand les nations voisines à l'occident, les Arabes, les Hébreux et autres peuples la dirigeaient dans un sens contraire, usage qu'ils pratiquent encore de nos jours?
Une autre tradition, conservée jusqu'à notre temps, nous semble acquérir une consistance plus historique parles considérations que nous venons d'exposer. Pourquoi ne serait-il pas vrai, en effet, lorsque tant de traits d'origine indienne subsistent encore dans les débris de la civilisation primitive de l'Iran, qu'une dynastie indienne eût régné sur l'Iran dans ces mêmes temps primitifs? Que JMahabad, capitale de la Médie, eût été sa résidence royale, et qu'elle eût pris ou reçu de là sa qualification de dynastie mahabadienne? Comprend-oo , sans l'influence puissante et durable d'une dynastie indienne, l'usage universel d'une langue indienne et de dialectes analogues, dans une contrée aussi vaste que l'était l'Iran?
Il faut donc reconnaître la fdiation indienne de l'Iran et la rattacher géograpliiquenient à l'Inde; la logique des faits l'autorise, l'intérêt de l'histoire paraît l'exiger : la véracité de cette tradition crA fondée particulièrement sur la distinction des races et des fa-
milles de peuples; elle individualise ainsi plus sûrennent les origines, les institutions civiles, les langues et les lieux.»
Si donc la démarcation conventionnelle entre l'Asie orientale et l'Asie occidenlale était appli(piée aux limites mêmes de l'Iran à l'ouest, ainsi (pic nous l'avons indiqué, la vérité en tirerait quelque profit, l'érudition ethnographique quelque secours, et l'opinion contraire ne serait plus admise.
Par exemple, et pour les personnes qui tiennent à l'incertaine démarcation actuellement adoptée, la (jualification de langues sémitiques donnée aux langues de l'Asie occidentale serait alors exacte : elle ne l'est pas, dans l'état actuel des limites assignées à cette partie ouest de l'Asie , car on y enferme l'Iran , et les langues de l'Iran ne sont pas et n'ont jamais pu être de la famille sémitique : c'est donc une anomalie ajoutée à une arbitraire attribution. Il y a des mots sémitiques dans les langues de l'Iran, disent (juclques érudits (le mélange des peuples l'a voulu ainsi); mais ces mêmes érudits conviennent en même temps que le fond et les formes grammaticales de ces langues ne sont pas sémitiques; ils démontrent même l'origine indienne des idiomes de l'Iran, en reconnaissant : 1° qu'il y a d'intimes rapports entre le zend ( la plus ancienne langue connue de l'Iran) et le sanscrit; 2° que tous les mots employés par le zend se trouvent dans le sanscrit, «t 3" que le zend pourrait bien être le père du sanscrit*. Nous ne remonterons pas si loin, quoirjue les antiques souvenirs de l'Iran s'élèvent aussi haut dans l'ordre des temps que ceux de l'Inde. Moïse rattache également les habitants de l'Iran à la souche de Noé. Il nomme la Perse, Paras, nom assez semblable à celui de Pliars, sous lequel cette contrée est connue. Ninus, disent d'autres traditions, fit le siège de Bactres, capitale de la Bac- Iriane.
Ici, comme ailleurs, les origines et les premiers temps sont inconnus; mais, sans contredire de telles autorités, il nous
Adrien Haibi, et les savants orienlalUUs qu'il cite, p. 112 de son Introduciion (j r Atlas rtlinographiqup du (jUiho. — Paris, 182»>.
semble qu'en rattachant l'Iran tout entier à la souche indienne, on trouverait dans la nouvelle ligne de démarcation de l'Asie orientale étendue jusqu'aux limites occidentales de l'Iran un avantage qui nous parait éminent pour les études historiques ; celui de ramener, par l'application des mêmes considérations ethnographiques, l'Asie centrale à ses groupes originaires, à ses familles primitives et fécondes : la famille chinoise, la famille indienne et la famille arabe.
L'étude chronologique des idiomes de toutes ces contrées justifierait peut-être cette vue, si l'on voulait, sans préoccupations étrangères, tenir compte des faits, et surtout de l'action incessante^du temps qui, pour les sociétés anciennes, pour leurs institutions, leurs idiomes, avait déjcà, à la naissance de l'ère chrétienne, renouvelé le miracle de la tour de Babel, et l'a reproduit encore pour les sociétés modernes par le plus inextricable mélange d'hommes, d'idées et d'opinions.
Dans le chapitre de cet ouvrage relatif aux langues et à la littérature de l'Iran , nous rappellerons les faits principaux qui servent de base à nos considérations sur cet important sujet; mais nous donnerons d'abord une description sommaire de la vaste et intéressante contrée qui nous occupe, afin de faire suffisamment connaître son état physique et ses principales productions naturelles.
La vaste contrée nommée Iran s'étend, de l'ouest à l'est, du bassin du Tigre à celui de l'indus. Ses hautes plaines font partie du plateau arméno-persique ou lauro-caucasicn , qui s'étend aussi dans l'Asie Mineure orientale. Ces plaines sont très-élevées, l'abondance des neiges l'indique. Toutefois, les montagnes de la Perse, selon le voyageur français Olivier, semblent ne former aucune chauie suivie, et n'avoir aucune direction déterminée : les anciens savaient, nous dit Quinte-Curce , que certaines montagnes de la Perse, après s'être soulevées brusquement au milieu de^'la plaine, s'aplanissaient tout à coup, formaient un véritable plateau, et paraissaient entassées au hasard les unes sur les autres. Celles des frontières septentrionales sont les plus élevées;
elles existent dans les provinces du Gliilan et du Mazanderan ; on les estime situées de 1,000 à 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer; le pic de Damawcnd , dans la chaîne des Alpons, s'élève de 2,400 à 2,600 mètres. Ces montagnes du Ghilan et du Mazanderan sont en partie calcaires et en partie granitiques; celles du Mckran, au sud, sont entièrement granitiques.
Le mont Zagros, désigné plus haut comme limite de l'Iran à l'ouest, se détache du Taurus; cette branche se dirige vers Isi)ahau; le Damawend en fait partie, et de son sommet l'œil embrasse une étendue de 288 kilomètres; le Bi-Siitoum, dans la même contrée, est célèbre par les sculptures et les inscriptions historiques, d'époques diverses, qui sont gravées sur ses flancs. Les monts Helzerdara (les mille montagnes) forment, à l'est et à l'ouest, le bassin où se trouvent Schiraz, célébrée par les poètes pour ses vins délicieux, et Persépolis, dont les ruines inexpliquées excitent la juste admiration des voyageurs et font le tourment des érudits. Dans le Damawend étaient les célèbres portes Caspiennes, où les monts Hetzerdara arrêtèrent un instant la fortune d'Alexandre le Grand, un corps de troupes persanes lui ayant disputé le passage difficile des portes de Suse ou de la Perside. Un autre passage, qui menait de la Perse à la Médie, était nommé le grand escalier ; il était en effet taillé dans le roc en forme d'escalier. Cette partie du Taurus, dans son ensemble, se rapproche du golfe Persique au sud, et paraît se prolonger dans la Carmanie, pendant qu'une de ses ramifications se perd dans le désert, et que la chaîne principale se joint à celle qui sépare le Sedgestan du Mékran, qui est l'ancienne Dragiane de la Gédrosie ancienne.
Ces notions modernes sur les montagnes de l'Iran s'accordent assez avec celles que les géographes grecs avaient réunies; mais ces contrées de l'Asie ne sont point encore suflisamment connues : le zèle de nouveaux observateurs peut seul nous fixer à cet égard.
On trouve dans l'Iran un nombre considérable de déserts salins, tous d'une étendue inimeiise. Le grand dcscrl salé, qui sépare
LA TERSE. fl
le Kliorassan de l'Irak-Adjcrni, a 520 kilomètres de longueur sur 280 de largeur : il y en a d'autres dans le Kirman et dans le Mékran. La couche salée du grand désert, qui est cristallisée, n'a pas moins de 4 centimètres d'épaisseur.
Il y a aussi, dans l'Iran, des lacs salés; ils sont plus étendus que ceux de l'Afrique, où existent également des déserts salins; ces lacs de l'Iran n'ont point d'écoulements et sont salés quoiqu'ils reçoivent plusieurs rivières d'eau douce. On donne 80 kilomètres de tour au lac Bend-Émir; il s'y trouve plusieurs îles servant au pâturage des troupeaux; on n'y voit pas de poissons. En général, ces lacs salés portent les bateaux, mais leur profondeur ne va pas au delà de 6 à 7 mètres. Le nombre de ces lacs salés est, dit-on, de trente pour l'Iran. D'après les relations de voyage, le plus septentrional est celui d'Érivan, qui n'a guère que 1 00 kilomètres de circonférence.
Plus au sud, est le lac d'Ourmia, dont les eaux sont plus fortement salées; il est situé entre les plus hautes montagnes de rAderbïdjan et de l'Arménie. La crue des rivières qu'il reçoit fait élever quelquefois ses eaux de 1 0 mètres ; au sud et au nord de ses bords, de vastes plages de coquilles annoncent qu'il eut autrefois une plus grande largeur.
C'est dans les montagnes voisines de ce lac qu'habitaient les Assassins, peuplade historique, nommée Haschischins dans la langue persane, et sur laquelle on a vraisemblablement réuni plus de merveilleux récits que de notions avérées : la profession supposée de cette peuplade, d'où aurait pris naissance le mot français assassm , ne pouvait mnnfjuer d'accréditer ces contes.
Le golfe Persique baigne une partie de l'Iran au sud, et le côté méridional de la longue mer Caspienne fait face à celte même contrée; la mer d'Aral est voisine de la Caspienne, à l'est : ce sont deux enfoncements dont les naturalisles et les physiciens ont expliqué la formation de diverses manières.
La mer Caspienne est la plus étendue de toutes les cavités observées sur le globe, comme la mer Morte, dans la Palestine, en est la plus profonde. Le sol de la mer Casi)ienne n'a [)as moins
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de 77,640 kilomètres carrés, et le niveau de ses eaux est à 24 mètres au-dessous de celui des eaux de la mer Noire.
C'est non loin de la mer Caspienne, vers l'est, que se trouve l'autre entbncemenl appelé le lae ou mer d'Aral, qui a 3,120 kilomètres de surCaee; le niveau de ses eaux est plus élevé que celui de la mer Caspienne, mais les voyageurs l'ont estimé avec des différences de chiffres telles, que nous n'osons choisir entre ces appréciations; nous rappellerons donc seulement ici, comme un des plus remarquables phénomènes physiques de ces contrées éloignées, que le lac d'Aral fut jadis une portion de la mer Caspienne ; que ses eaux sont également salées; que l'ancien lit d'union de ses eaux a été reconnu par les voyageurs russes; que les auteurs de l'antiquité indiquent, dans la mer Caspienne, l'embouchure de l'Oxus et celle de l'Iaxarles, qui se jettent aujourd'hui dans le lac d'Aral; enfin, que les collines de 40 à 50 mètres , qui s'élevaient sur le sol intermédiaire , n'auraient été que de petites îles de cette mer.
Les plus savants géologues et les physiciens ont observé, dans l'Asie entière, et dans le territoire de l'Iran particulièrement, des phénomènes variés dont ils ont cherché soigneusement, au flambeau de la science, à donner une explication satisfaisante. Ils ont vu dans ces lacs salés un témoignage de l'ancien séjour de la mer sur le sol de l'Asie occidentale; les Chinois conservent la tradition d'un lac amer entre le Tobol et l'Obi, et ce lac amer ainsi situé n'aurait formé, avec la Caspienne et l'Aral, qu'une seule mer.
Les pentes du sol sont aussi un élément de ces observations, et ces pliénomènes, dont l'explication fait partie des plus savantes théories de la physique générale du globe , rappellent à l'esprit •étonné les plus vastes œuvres de la nature ; c'est-à-dire le soulèvement des montagnes, millionième enfantement de la terre, dont quelques contrées, s'élevant tout à coup sous nos yeux, nous rendent encore les témoins; et les enfoncements du sol, (jui sont devenus des réservoirs salés et sans issue pour les eaux douces qui ne cessent de s'y perdre sans augmenter leur étendue, puisque
les Khirghis du voisinngc assurent même que le lit du lac d'Aral continue de diminuer.
« L'empire de mon père , » disait Cyrus le jeune , deuxième fils du roi de Perse Darius Nothus, « est si grand, qu'on y meurt « de froid à l'une de ses extrémités, taudis qu'on y étouffe de « chaleur à l'extrémité opposée. » Cet état physique de l'ancienue Perse n'est point changé. La constance des caractères topographiques a assuré celle de ces divers climats. Sur les bords de la mer Caspienne, qui occupe comme le fond d'un vaste entonnoir, les chaleurs sont aussi fortes que dans les Indes occidentales; l'hiver y est très-doux, mais l'air y est chargé toute l'année d'une grande humidité. Dans les provinces du plateau central, depuis Candahar jusqu'à Ispahan, le froid et la chaleur sont également excessifs. Les montagnes environnantes sont chargées de neiges perpétuelles ; les grands vents régnent du mois de mars à la fin de mai; mais du mois de juin à septembre, l'air est pur et rafraîchi par les brises des nuits, qui sont assez sereines pour pouvoir lire à la seule clarté des étoiles. L'air est généralement sec; le tennerre et les éclairs y sont rares, mais la grêle y est fréquente et fait de grands ravages pendant le printemps. Plus au sud-est, dans le Farsistan (la Perse proprement dite), les saisons sont plus tempérées; plus au nord-ouest, les montagnes et les forêts entretiennent une température plus humide et plus égale.
Dans les provinces du sud, sur le golfe Persique, les vents brûlants suffoquent le voyageur. Les anciens rapportent qu'à Suse, l'ancienne capitale de la Susiane ou Kousislan, les habitants périssaient dans les rues lorsqu'ils s'exposaient à la violence de la chaleur.
Le Farsistan produit de très-beaux fruits, des raisins délicieux et d'excellent tabac; il fournit les roses aux grandes fabriques d'essence établies à Schiraz; la position de celle province cxpliciue sa belle température, si favorable à toutes les productions.
Néanmoins, l'ensemble de l'Iran offre peu de terres propres à la culture des grains; dans les lieux où ne sont pas de stériles rocliers, on trouve une ai gile dure et sèche ; des canaux bien faits
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amélioreraient ce terrain, dont la vingtième partie est à peine en enlture, mais ceux qui existent sont mal construits et mal entretenus. Le blé y est très-bon; on le sème dans les provinces du nord qui sont les mieux exposées ; le riz y est fort estimé ; on y trouve peu de millet et d'orge, et très-peu d'avoine; mais tous les fruits sont abondants, beaux et excellents; ceux d'Europe n'en semblent que les rejetons. La figue, la grenade, la mure, l'amande, la pêche, sont de ce nombre.
La vigne est très-belle et très-vivace; les vins de Schiraz sont réservés pour le roi et pour la cour; ceux de l'Yezd et d'Lspalian sont également recommandables.
Tous les végétaux utiles croissent dans l'Iran : on y trouve le lin, le chanvre, le tabac, le sésame, le coton, le safran, la térébenthine, l'olivier, le lentisque, qui produit le mastic; les gommes, la noix de galle, l'olivier sauvage et l'olivier cultivé; le mûrier, (jui nourrit le ver à soie; la manne, la rhubarbe, le pavot, qui domie l'opium.
Parmi les animaux employés et recherchés par l'industrie de l'homme, on trouve dans l'Iran le cheval, caractérisé» par une belle taille, par une tête petite, des jambes délicates, le corps bien fait; il est doux, laborieux, vif et léger à la course; l'âne d'Europe, l'âne d'Arabie, qu'on dit adroit et intelligent; le zèbre, le chameau, la chèvre, rivale de celle du Tibet; une espèce de mouton dont la queue pèse environ quinze kilogrammes, et dont le bas s'élargit en forme de cœur; de nombreux troupeaux de brebis, et quelques porcs. Le pigeon et les perdrix, fort abondants, servent à la nourriture des hommes.
Les montagnes, les forêts et les déserts sont habités par les aigles, les vautours et autres oiseaux de proie ; on y trouve divers genres de mammifères : le daim, l'antilope, le renard, le lièvre, le sanglier, l'ours, l'hyène, le chacal, le lion; une espèce de lion sans crinière vit dans le voisinage de l'Euphrate; le tigre, le léopard, la panthère et l'once. Le chat caspien (d'après Mallelîruii), plus grand fjue le daim, existe dans les environs de la mer Caspienne; une espèce d'écureuil porte le nom de laPei'se;
ronngre ou One sauvage, se tient dans les déserts du centre; l'hyène et le chacal habitent ai^ssi dans les provinces du centre. Ces notions générales sur le climat et les productions de l'ancienne Perse, en indiquent les caractères physiques dominants, mais elles ne suffisent point pour faire connaître, dans les détails les plus intéressants seulement, l'immense ensemble de faits naturels ou historiques d'un si vaste et si célèbre empire : nous devons donc conduire rapidement le lecteur curieux à travers ses nombreuses provinces, également riches en cités célèbres, en magnifiques monuments et en illustres souvenirs. ^ L'Iran, dans ses hmites précédemment indiquées, était divisé en quinze provinces, dont quelques-unes d'une grande étendue. Sous les rois de la race de Cyrus, ces limites furent portées par les conquêtes jusqu'aux extrémités occidentales de l'Asie, en Asie Mineure et dans les iles de la Méditerranée; mais, dans les temps postérieurs, surtout dans les temps modernes, les revers amenèrent de cruelles pertes. L'ancien Iran proprement dit a perdu, vers le nord et l'orient, les territoires qui forment aujourd'hui le royaume de Kaboul ou des Afghans, sur Tlndus; celui de Hérat ou Khorassan oriental, et celui de Béloutchistan ouMékran. Au nord-ouest, les traités de 1828, en donnant l'Arménie et la Géorgie aux Russes, ont créé pour l'Iran des voisins incommodes par kur omnipotence dans ces climats, et par leur recherche assidue, à travers la Perse, d'un chemin praticable du Caucase russe au Caucase indien.
Les faits rappelés par les annales anciennes de l'Iran se ])assèrent sur son territoire, dans les limites qui ont été plus haut indiquées : les plus anciens chapitres de ces mêmes annales sont consignés dans le livre sacré des peuples de cet empire, le Zend- Avesta, qui fut l'immortel ouvrage d'un Zoroastre. En décrivant successivement les provinces iraniennes, nous nous proposons d'ajouter encore à l'intérêt de cette description, en rapprochant les noms modernes de quelques contrées et de quelques villes de l'Iran des noms que portent ces mêmes localités dans les livres de Zoroastre, déclarant toutefois que ces précieuses indic^ations
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sont tirées des manuscrits de feu Cliampollion le jeune, notre frère *.
Le Zend-Avesta , à propos de l'Iran , désigne quelques territoires qui lui fureul limitrophes, telsque :l;i mer Caspienne, sous le nom de Tchéhoiier-Dacti ; le Kaboul, ou Vee-Keranté; l'indoustan, Hapte-Eando, et Lahore, nommé Orouan.
Au nord-ouest de l'Iran, l'Aderliidjan touchait aux limites de l'Arménie et de l'Assyrie. C'est une province montagneuse et froide, parsemée de vallées fertiles. On y trouve des mines de cuivre et de lapis-lazuli que les anciens Persans employèrent pour des bijoux de forme cylindrique et de dimensions trèsvariées, sur lesquels ils gravaient des sujets religieux et des inscriptions en caractères cunéiformes ; ces cylindres étaient attachés à leurs colliers et tombaient sur leur poitrine : la science moderne a recueilli avec soin ces curieux monuments, et les a classés parmi les curiosités les plus rares réunies dans les cabinets d'antiquité, c'est-à-dire à côté des pierres gravées grecques ou romaines. Le géographe arabe, Abdarraschid-Yakouti, connaissait ces gisements de lapis dans l'Aderbïdjan.
Cette province porte dans le Zend-Avesta le nom iVAlhrn- Palan, qui s'e>t conservé dans les relations grecques; en pchlvi, langue plus moderne de la Perse , ce nom était écrit Aloun-Padegaan. [,e nom perse d'Adeibïdjan lui a été conservé. Ces divers noms ont une signification analogue et veulent dire pays du feu : Strabon rattachait cette désignation aux éruptions volcaniques et aux tremblements de terre auxquels il croyait cette province fort sujette. On peut présumer, avec plus de vraisemblance, que cette dénomination était due au nombre considérable des Atesch-Gàli, ou temples du feu , existants dans cette contrée. Quelques-uns des plus célèbres de ces édifices religieux étaient situés, en effet, dans l'Adeibidjan.
On cite dans cette province plusieurs villes remarquables; Tauris en était et en est encore la capitale : elle est indi(juée
* CulK'clidii du Gouvernement.
comme la résidence de Kaïoumorlz, un des plus anciens monarques de l'Iran. Ourniva, l'Ariéna de l'Avesta, était la capitale du Éériené-Vedjo, VIran Pur, peut-être par ce qu'Ariéna fut une ville sainte ; Zoroastre y était né.
Les trois provinces qui portèrent les noms de Daghestan, Chirvan et Ghilan, et qui touchent, à l'ouest, à la mer Caspienne et à la frontière septentrionale de l'Iran, sont peu citées dans l'histoire. Dans le Daghestan se trouve la ville de Derhent, porte fermée : cette place forte était bâtie dans un étroit délllé vers cette frontière. Dans le Ghilan, le voisinage de la mer Caspienne donne de la vigueur aux forêts; le pays est fertile, riant, mais malsain ; les rizières y abondent : les hommes ont les cheveux blonds et les yeux bleus; ils prétendent, d'après une ancienne tradition, que les mauvaises influences du climat sont sans effet sur les femmes, sur les mulets, et sur la volaille du pays. Ce pays produit beaucoup de soie et une si grande quantité de buis cpj'on n'y mène jamais les chameaux, pour lesquels, au rapport des habitants, cet arbuste est un aliment dangereux. La ville de Reclit a un port sur la mer Caspienne. On y voit les restes d'un trèsbeau palais; ces restes sont abandonnés, le fds du seigneur qui avait fait bâtir ce château étant mort assassiné, et les Persans ayant la coutume de laisser tomber en ruines les habitations dont les possesseurs ont tlni leurs jours par une mort violente.
Les deux autres provinces, le Daghestan et le Chirvan, sont aujourd'hui sous la domination russe.
Le Mazanderan, à la suite du Chirvan, suit le contour méridional delà mer Caspienne; il est très-montagneux, et sa population fut longtemps indépendante. Conquise enfin, après de grands efforts renouvelés, l'expédition armée dont elle fut l'objet a été inscrite dans les fastes militaires de l'Iran par le plus célèbre de ses poètes : il semble qu'on lit une des actions de V Iliade. Ferdousi, dans sa grande épopée persane, nommée le Shah-Namèli, prétend savoir que le roi Manoudjehr chargea son fils Sam de la conquête du Mazanderan, et il décrit ainsi le retour du jeune héros victorieux en la présence du roi : « Lorsque le
« pniiïsaiit monarque se fit voir, Sam se prosterna devant lui. « Manoudjebr se leva de son trône d'ivoire, et sa couronne ctin- « cela du feu des rubis et des topazes. Tendant une main grâce cieuse, il le fit asseoir à ses côtés : bientôt il lui demanda ce « qu'étaient devenus ces loups dévorants, affamés de carnage, « les barbares du Maznnderan. » Sam répondit : « Ils ne sont « plus! » Il fait ensuite le récit de celte expédition, et la peinture très- animée de la bataille décisive qui assura la possession du Mazanderan. Celte province porte, dans VAvesta, le nom de Éhoum-Droueiùm, pays de montagnes ; il y a, en effet, beaucoup de montagnes dans cette contrée; elle produit aussi de l'huile, à l'exclusion de toutes les autres provinces de la Perse : ses orangers sont remarquables par leur grosseur; la canne à sucre y est cultivée; les habitants en recueillent le suc qui, faute de préparation, n'est qu'un sirop grossier ou une pâte épaisse. La principale ville, Balfrouch ou Balfroudi, a 80,000 habitants; c'est un grand bazar de commerce; il y a aussi plusieurs collèges. Le khan de la province réside à Sari. Aster-Abad est située dans un pays fort agréable, et possède 40,000 habitants. De longs et difficiles défilés du Mazanderan portent, dans les relations des Grecs, le nom de portes Caspiennes. Quand un voyageur de distinction entre dans un village, les habitants s'assemblent, plantent un arbre en son honneur, et lui donnent le spectacle d'une lutte. Un misérable village a remplacé la belle ville de Ferh- Abad, autrefois la résidence du schah Abbas le Grand, qui y mourut, en 1628 : les ruines de ses palais attestent encore toute son ancienne magnilicence.
L'Irak-Adjémi fut l'ancienne Grande-Médie, une des plus étendues et des plus riches provinces de l'Iran. Elle doit son nom à Djem-Schid, fils de Vivengham , ancien roi, nommé par les Grecs Achem-En. Ad-jem ii\Qu\i\e pays de Djcm, et n'est qu'un abrégé de Var-Djem~Guerd , pays peuplé par Djcm , nom donné à cette même provuice dans le livre de Zoroastre.
La Médic étendit i)endant lungtein[)S sa doiniiialion sur rir.ui tout entier. C'est dans celte province que se trouve la ville de
LA PERSE, n
TMahabad ' , antique séjour de la dynastie hindoue qui régna sur l'Iran dès les temps les plus anciens, et qui en prit la qualification de mahabadienne ; c'est à elle que succéda la dynastie des Pischdadiens, et plus tard celles des rois d'origine mède, nommés Âchœménides par les Grecs.
On trouve aussi dans la Médie la célèbre ville d'Hamadan, fondée par Djem-Sclud, et nommée Ecbatane par les Grecs. Les murs de cette ville formaient sept enceintes, dont la plus intérieure contenait le palais du roi et ses trésors. Les créneaux de ces murs étaient peints de nuances variées, afin de leur donner un aspect agréable par l'harmonie des couleurs. La magnificence et les richesses d'Ecbatane surpassaient celles de toutes les autres villes. Le palais du roi avait 700 stades de circuit; on n'avait employé à sa construction que du cèdre ou du bois de cyprès, partout revêtu de lames d'argent ou d'or : les tuiles du toit étaient des plaques d'argent; Alexandre le Grand emporta toutes ces richesses. On (lit que le prophète Daniel y bâtit une haute tour , qui servit plus tard de mausolée aux rois de Perse. C'est aussi à Ecbatane que Tobie, pendant sa captivité, épousa Sara. Alexandre passa deux fois dans cette ville , et y fit assassiner Parménion , un de ses généraux; son favori Éphestion y mourut, au retour de la campagne des Grecs dans l'Inde. Hamndan est encore une, des belles et agréables villes de la Perse moderne; sa situation attirait pendant l'été les anciens rois; son sol est encore rempli en grande partie de jardins, de terres à grain et de pâturages.
Le mont Bagistan, ou Bi-Siitoum, est au sud-ouest d'Hamadan; il est connu des voyageurs et des historiens, par les sculptures et les inscriptions qui sont gravées sur ses escarpements : on les nomme Talik-ti-Boustem, trône de Roustem. On a attribué ces sculptures à la célèbre reine Sémiramis. Elle fit unir et pohr l'escarpement du rocher jusqu'à une certaine hauteur, dit l'histoire, et y fit sculpter son portrait, ainsi que celui de cent gardes de sa suite. Mais des recherches modernes ont démontré
• Géographie arabe de Yakouti.
la faii:=;seté de celte tradition; il y a, en effet, de beaux monuments à Bi-Sutoum; nous ferons connaître leur époque, et nous donnerons leur explication dans l'histoire des rois, bien moins anciens que Sémiramis, qui furent graver ces sculptures sur le rocher de Bi-Sutoum.
Ispahan, capitale de la Perse moderne, appartenant à la Médie ancienne, se nommait Sipahan ou Aspahan, et ne fut d'abord, comme son nom l'indique, qu'un dépôt de cavalerie : les rois de Perse entretenaient dans la plaine de Nyse de nombreux haras, dont les chevaux portaient le nom du pays même qui les fournissait. La ville d'Ispahan est beaucoup déchue; Chardin, voyageur français qui la vit en l'année 1666, donnait 48 kilomètres de circuit à son enceinte, et lui supposait 6 à 700,000 habitants : aussi les Persans appellent-ils cette ville Noussfi-Djehân , (pii signille moitié de l'univers. Aujourd'hui la charrue laboure les anciens jardins de plaisance. On marche pendant trois heures dans de mauvais chemins qui ont été de très-belles rues; les marchés, couverts de voûtes éclairées, sont encore d'une grande magnificence. La place principale , la plus spacieuse de la terre , entourée d'un canal, bordée de belles maisons, est dominée par l'ancien palais des rois; les restes de cet édifice annoncent encore une somptueuse demeure. La mosquée royale est revêtue de marbre : son dôme et ses minarets sont couverts de porcelaines peintes; à l'intérieur, les bas-reliefs qui l'ornent sont rehaussés d'or. Il reste encore dans cette ville 20,000 maisons et 200,000 habitants; une grande avenue plantée d'arbres, bordée de jardins, ornée de canaux et de bassins, en est l'entrée principale : cette avenue a 3 kilomètres de longueur. La rivière de Zendeh roud la coupe en deux dans sa largeur. Des ponts i)ermetteiit de passer d'une partie à l'autre de cette magnifique route, nommée Tcliarbag , semblable à l'entrée de Versailles pour soji ensemble.
L'habitation royale, qui s'élève au-dessus de la grande place d'Ispahan, n'est, comme notre Fontainebleau, qu'une assemblage de plusieurs palais; la résidence des rois de Perse, se composait
(kl pillais (les quarante colonnes, (Jti palais de glaces, ûu pavillon de r(3curie et du séjour du bonheur, qui est destiné aux ambassadeurs étrangers. Mais le palais construit par l'ordre de Feth-Ali-Scbah, en 1816, passe pour être le plus bel édifice d'Ispahan. Le bazar d'Abbas, dont la longueur est de 2 kilomètres, est une galerie qui reçoit le jour par des dômes. Parmi les collèges de cette capitale, il y a une véritable université, tant par le nombre des élèves que par celui des professeurs. La plaine où la ville est bâtie n'a pas moins de 80 kilomètres de longueur sur 48 de largeur : elle est des plus fertiles.
Kaschan est une ville de 30 à 40,000 âmes; elle passe pour être infestée de scorpions. Elle fut fondée par Zobéide, femme de l'illustre Haroun-Al-Raschid ; ses édifices sont remarquables par l'élégance de leur architecture.
La coupole très-élevée de la mosquée d'une autre ville, celle de Koum, l'antique Choana, est entièrement dorée. On y voit un grand nombre de tombeaux de princes et de prétendus saints musulmans; ces tombeaux attirent chaque année plusieurs milliers de pèlerins; le plus vénéré est celui de Fatime, fille de l'iman Riza.
Téhéran fut la résidence des anciens souphis; elle est aussi celle des souverains actuels de la Perse. Elle a 130,000 habitants en hiver, et 40,000 seulement durant l'été, le reste allant s'établir pendant la même saison sous des tentes, dans la plaine de Sultanièh; le schah lui-même s'y fixe, sous une magnifique tente, et y passe la revue de ses troupes.
Les maisons de Téhéran sont en terre, comme celles de toute la Perse; le circuit des murs embrasse un grand espace vide. Selon les usages antiques de l'Orient, la ville est carrée, et une seconde enceinte, de même forme, renferme le palais du roi, édifi(3e trèsvaste et de la plus grande richesse : il occupe plus d'un quart de la superficie de la ville par ses constructions et ses jardins. On y entre par un pont-levis, et, dans la première cour, on voit une potence au haut de laquelle on expose les têtes des personnages de distinction qui sont pendus par ordre de l'autorité souveraine. La salle du trône est ouverte entièrement sur uu côté, comme le
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sont nos théâtres. Les murs sont peints en Manc, et ornés d'iirabesqucs et d'inscriptions en or; le jour pénètre par des vitraux de couleur : le parquet tout entier est couvert par un seul tapis de Kachemire, plus beau qu'aucun châle de cette célèbre manufacture. Le trône est soutenu par quatre colonnes de marbre blanc, de 2 mètres 33 centimètres de hauteur, et au-dessus d'elles, quatre autres colonnes revêtues de pla(|ues d'or et d'émail supportent le dais, étincelant de milliers de diamants, de rubis, de saphirs et d'émeraudes.
Le costume du roi est plus riche encore. Feu Amédée Jaubert , savant français, connu par ses honorables services dans la diplomatie orientale sous le règne de l'empereur Napoléon, et par son voyage au Thibet pour ramener en France les précieuses chèvres que le patriotisme delà famille Ternaux y a introduites, en fiueur de notre industrie nationale, Amédée Jaubert, disonsnous, fut admis à l'audience du schah de Perse, à Téhéran, et a doimé du costume de ce roi la description suivante :
« Un soleil, figuré par un grand nombre de gros diamants, brillait derrière le dos du schah (le roi), qui était assis, le dos appuyé sur un coussin de satin blanc, brodé en perles; il était vêtu d'une robe de même étoffe, sur laquelle retombait la longue barbe de ce prince (Felh-Ali-Schah). Des parements, formés par un tissu de perles, bordé de rubis et semé de roses ou de pierres de couleur, remontaient presque jusqu'aux coudes. Les épaules et la moitié du corps de la robe étaient couverts d'un tissu du même genre. Deux grands bracelets, de forme ronde, travaillés en pierres précieuses, ornaient la partie supérieure de chaque bras. Le diamant auquel les Persans donnent le nom de Koiihi-Nour , montagne de lumière, était enchâssé au milieu de l'un des bracelets, et celui qu'ils appellent Deryai-Isour , océan de lumière, enrichissait l'autre... »
a Au lien de turban, le schah portait une espèce de tiare , dont un tissu de perles, semé de rubis et d'émeraudes, formait le rebord. Une aigrette en pierreries était placée sur le devant de celle coiffure, et surmontée de trois plumes de héron. Un collier.
composé de perles grosses comme des noisetles, les plus égales et de la plus belle eau qu'il soit possible de voir, croisait par devant sur le corps, et en faisait deux fois le tour. Un poignard enrichi de pierreries était passé dans un ceinturon orné de belles émeraudes, auquel était suspendu un sabre entièrement couvert de perles et de rubis. »
Un autre voyageur français visita attentivement la Perse, 'en 1845, joignant à l'ardeur des recherches, la connaissance de l'antique géographie de cette contrée, le talent de l'observation, la pratique des beaux- arts, et l'avantage de rendre en style attrayant ses impressions et ses découvertes; c'est M. Lottin de Laval qui, depuis, a visité d'autres régions du Levant, et a rapporté des inscriptions du mont Sinaï, des copies qui ont la valeur des originaux, étant le fruit d'un merveilleux procédé de moulage, qui est encore le secret du spilltuel et courageux voyageur. — M. Lottin de Laval m'écrivait de Téhéran, au mois de juillet 1845, en ces termes :
« Le roi de Perse m'a fait faire de nombreux plans hydrographiques, et voudrait me charger de faire construire un barrage dans le mont Baktiaris; je me suis contenté de faire de grands plans, et un tableau de 2 mèlres 80 centimètres, qui est la vue de Kerbela la sainte, en Arabie. »
Au mois de septembre suivant, M. Lottin ajoutait dans une nouvelle lettre : « J'arrive du voyage (jue j'ai entrepris, par ordre du roi de Perse, dans les contrées du Damawend et du Mazanderan , à l'effet d'établir le barrage qui doit amener les eaux du Lar à Téhéran. Durant ce voyage, je n'ai pas oublié les questions d'histoire et de géographie ancienne que les localités que je visitais pouvaient aider à éclaircir : il en est ainsi des portes Caspiennes, où, selon l'exact narrateur grec Arrien, Alexandre le Grand parvint avec son armée, dans une seule journée, en partant de la ville de Rhagès. Je suis revenu par la route de Khorassan; j'ai reconnu Rhagès, dans la ville moderne de Schah-Ahdul- Hazin, qui occupe une faible partie delà ville antii|ue; et me diilgoant vers le Damawend, j'ai franchi, en neuf heures, les
Icrrihles défilés qui scrveiil, depuis un temps immémorial, de coimiumicaliuii aux Téhéraiili et aux Mazanderaiiiens. Celle distance n'était [las trop considérable pour une journée de marche d'une arrnée poursuivant l'eimemi (Alexandre poursuivait Darius) avec le plus furieux acharnement.
« Comme je devais trouver un accès pour l'écoulement des ealix deslinées au canal projeté, j'ai fouillé les ravins et les pics de cette vaste chaîne; j'en ai fait la carte à vol d'oiseau, pris la direction des routes au compas et à la boussole : je n'ai donc rien fait à la légère.
« Dès que j'aurai la permission de partir, je me dirigerai vers la mer Caspienne, et je chercherai, en passant dans l'Alamonlh- Dagh, les ruines des châteaux du prince des Assassins {suprà, p:ige 9). Je gagnerai ensuite Taiiris, je remonterai le cours de l'Araxe pour chercher les reste^le la ville d'Arlaxala et de quelques auti'cs; j'irai relever les nombreuses inscriptions du célèbre monastère d'Elchmialzin, visiter Érivan, Tiflis, le nord-est du Caucase, et je reprendrai la route de la mer Noire, à travers rimérélie et la Mingrélie. »
Selon d'autres écrivains, la ville de Rhagès serait aujourd'hui Ueï ; un magnifique palais du roi se nomme Takhl-Katchar. Rhagès fut une des villes les plus considérables de l'Asie : elle est nommée dans l'histoire de Tobie; c'est là que demeurait Gabilus, à (pji le bon maître (Tobie) avait préîé son argent. Elle donna le jour au célèbre calife Haroun-Al-Raschid , contemporain de Cbarleinagne, ainsi qu'à Al-Rh;izès, médecin arabe fort renommé; clic l'ut détruite par Djengis-Khan.
Kaschan, Goumm et Quasbin (ou Kaswin) sont trois villes considérables de TAdjcrn. Sultanièh n'offre (jue d'immenses ruines; m;iis sa citadelle, bâtie par Fetli-Ali-Scliah, est pour le roi la plus belle maison de plaisance : le souverain y passe une grande partie de l'été. Au quinzième siècle de notre ère, cette ville, aujourd'hui couverte d'herbes, était le vaste et riche entrepôt du commerce de l'Europe avec l'Inde.
Le Kousislan est séparé de l'Adjcrn cl du l'ursistan par les
monfs Paraclio-Atra, les moningiios de Feu ou El-Ahvas. La capitale se nommait Scliouster, que les Grecs appelèrent Susc et les Hcljreux Scliouschao ; d'où est venu le nom de Susiane, donné à ia province dont Suse était la ville principale. Cette province reçut aussi le nom de Louristan et de Kousislan , renfermant les pays des anciens Uxii , des anciens Cossœi , célèbres par leurs brigandages, la Susiane proprement dite, et l'Élymaïde, vers les bouches de l'Eiiphrale.
Le Kousistan comprend toutes ces contrées ; ses montagnes sont peu élevées, la plus haute ne dépasse pas 3,000 mètres audessus du niveau de la mer. Ces lieux , privés d'irrigation , ne sont pas fertiles. Ailleurs, les roseaux et les joncs abondent; ils remplacent le bois pour la construction et le chauffage. Les habitants sont un mélange de Persans, de chrétiens orientaux et d'Arabes.
D'après l'opinion des Grecs, le Kousistan ou Susiane appartenait naturellement à l'Assyrie ; mais les Iraniens s'en em[)arèrent, et ils l'ont conservé par le droit de la force. Scliouster ou Suse fut la résidence des anciens rois d'Iran.
La province est traversée par le fleuve Eulœus, qui sort des montagnes, au sud de la Médie, se perd dans la terre, reparaît ensuite , se dirige obliquement vers le Tigre , mais se replie bientôt et se jette dans le golfe Persique par plusieurs embouchures. On suppose que ce fleuve est l'ancien Clwaspes, dont l'eau était considérée comme délicieuse ; les rois de Perse n'en buvaient point d'autre, et Cyrus, marchant contre Babylone, faisait porter sur des chars un approvisionnement de cette eau enfermée dans des vases d'argent.
Suse, la capitale de la Susiane, fut une des villes les plus célèbres de ranti(iuité. Le géographe grec Strabon assure qu'elle dut sa fondation à Tithon, mari de l'Aurore et père de Memnon, tué au siège de Troie. Il ne faut voir dans cette fable qu'une tradition qui donne à la ville de Suse une très-grande antiquité. Ses murs, comme ceux de lîabylone et d'autres cités assyriennes, étaient construits de briques et de bitume; ils avaient près de 40 kilo-
mèlresde parcours; la ville avait la forme d'un carré long, et sa citodelle portait le nom de Memiionium.
Depuis la fondation de l'empire persan par Gyrus, les rois de Perse passaient l'hiver à Suse; la chaleur de l'élé y était si grande, que les serpents et les lézards qui s'échappaient dans les rues y étaient brûlés et tués par l'ardeur du climat. Le palais royal avait une grande magnificence; le trésor du monarque y était déposé, et lorsque Alexandre s'empara de cette ville, il y trouva 9,000 talents d'or monnayés avec 1 1 0 autres talents d'or et d'argent en lingots (en tout près d'un milliard de francs).
Il est fréquemment parlé de Suse dans la Bible, qui nomme cette ville Schomchan , mot qui signifie lis; il croissait, diton, beaucoup de ces plantes dans les environs. C'est à Suse que Daniel eut ses visions prophétiques, et que Néhémie, dans le siècle suivant, obtint d'Artaxercès Longue-Main, dont il était réchanson, de reconstruire le temple de Jérusalem. Enfin, l'histoire si touchante de la belle Esther et de son oncle Mardochée se i)assa aussi dans le palais de Stize, vraisemblablement pendant le règne du même excellent roi Artaxercès Longue-Main , dont le nom persnn Ardcherchoua est devenu VAhschuerosch du Icxte hébreu, et V Assuerus du texte latin.
La Bible raconte donc que sous le règne d'Assuérus, dont l'empire s'étendait de l'Inde à l'Ethiopie et qui comprenait 127 provinces, ce roi puissant, voulant montrer ses richesses et sa gloire, réunit autour de lui, à Suse, dans un festin qui dura cent quatrevingt jours, tous les princes et les puissants de la Médie et de la Perse, ainsi que les gouverneurs de ses provinces. Quand ce festin fut terminé, le roi voulut aussi que le peuple entier de Suse, grands et petits, fût réuni A un autre festin <pn durerait sept jours, et qui serait donné, avec une magnificence royale, à l'entrée de son jardin et du bois qui avait été planté de la main des rois. On y avait élevé des tentes de couleur bleu céleste, blanche et hyacinthe, soutenues par des cordons de byssus écarlate, passés dans des anneaux d'ivoire et attachés à des colonnes de marbre. Des lits (sièges) d'or et d'argent étaient rangés sur un
pavé de porphyre et de marbre blanc, couvert de figures d'une admirable variété.
Les invités buvaient dans des vases d'or; les viandes étaient servies dans des plais tous différents de forme; les vins étaient abondants et délicieux. On ne forçait personne à boire, mais un officier du roi présidait à chaque table pour que chacun eût ce qu'il préférait.
La reine, nommée Vasthi, donna en même temps un grand festin aux femmes de Suse, dans le palais du roi.
A la iin de la fête populaire, c'est-à-dire au septième jour, le roi, éeliauffc par le vin qu'il avait bu avec excès, se trouva plus gai qu'à l'ordinaire. Il ordonna alors aux sept eunuques, ses officiers, d'aller chercher la reine; elle était très-belle, et le roi voulait la montrer, la tête ceinte du diadème, à tous ses peuples et aux grands de sa cour.
La reine refusa d'obéir; le roi fut transporté de fureur; il consulta ses sept principaux conseillers mèdes et perses, ceux qui voyaient toujours le visage du roi et qui s'asseyaient les premiers après lui : ils dirent que le refus de la reine avait offensé en même temps le roi, tous ses peuples et la cour; qu'elle avait donné un mauvais exemple à toutes les femmes des grands de la Médie et de la Perse, exemple qui pourrait porter les femmes à méconnaître les commandements de leurs maris. Le roi envoya un édit dans toutes les provinces, écrit en leurs diverses langues, afin que les maris eussent l'autorité dans leurs maisons, et il répudia la reine.
Les serviteurs et les officiers du roi cherchèrent dans le royaume toutes les filles belles et vierges, et les amenèrent à Suse, dans le palais des femmes, sous la garde de l'eunuque Egée. Celle qui plairait le plus au roi serait reine.
Ces filles devaient être présentées au roi chacune à son tour, selon leur rang. Elles se préparaient pendant une année à cette présentation : pendant six mois' par une onction d'huile de myrrhej, et pendant les six autres mois par l'usage de parfums et d'aromates; on leur donnait toutes les parures qu'elles désirrucnt. Elles passaient de la chambre des femmes dan.s colle du rui; elles
se LA PERSE
eniraicnt le soir, en sortaient le matin, et étaient ensuite conduites dans l'appartement des concubines du roi. Aucune d'elles ne pouvait se présenter de nouveau devant le roi, à moins que le monarque ne la demandât en la désignant par son nom.
Il y avait alors à Suse des Juifs en captivité, et parmi eux se trouvaient Mardochée et sa nièce Esthcr, fdle de son frère qui était mort. Esther étant belle, fut emmenée au palais et gardée parmi les femmes destinées pour le roi. Elle lui jilut, fut recommandée aux soins des fdles et des eunuques, et lorsque le jour de sa présentation fut venu, elle ne demanda aucune parure, car elle était parfaitement bien faite, et son étonnante beauté la rendait aimable et agréable à tous. Elle fut donc introduite dans la chambre du roi, et le roi l'aima plus que toutes les autres femmes, lui mit le diadème royal sur la tête et la fit reine à la place de Vastbi. A l'occasion de son mariage avec Esther, le roi donna à tous les grands de sa cour un magnifique festin.
Mardochée n'avait pas quitté le voisinage du palais dcpnis qu'Esther, sa nièce, y était entrée. Il eut l'occasion de connaître des projets funestes au roi, et le moyen d'en faire parvenir l'avis à la reine sa nièce; les coupables furent pendus : cet événement fut écrit dans les annales publiques sous les yeux mêmes du roi.
C'est alors qu'Aman fut élevé, par l'effet de la protection du souverain, au-dossus de tous les autres princes; tous les serviteurs fléchissaient le genou devant le nouveau favori et l'adoraient. Marducliée refusa de se prosterner, et déclara qu'il ne le pouvait pas, étant Juif de nation. Aman jura la perte de ce peuple répandu dans les États d'Assuérus, la proposa comme une mesure nécessaire, et le roi lui remit, à cet effet, son anneau royal en témoignage de son adhésion : le sort fut consulté, e( il désigna le mois d'adar, et le treizième jour, pour celui de l'extermination de tous les Juifs de l'empire.
Aman réunit les secrétaires du roi , et fit écrire à tous les satrapes et aux juges des différentes provinces et des diverses nations, en autant de langues qu'il fut nécessaire, un ordre pour faire exterminer le même jour, le 13 d'adar, tous les Juifs, honnnes,
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femmes, enfants et vieillards, cl pour dévaster tous leurs biens. Des courriers portèrent sur tous les points les ordres du roi ; ces ' ordres furent affichés dans la ville de Susc. Le roi et Aman passaient leurs jours dans les festins, et les Juifs dans la consternation et l'effroi.
Mardocliée, après avoir déchiré ses vêtements, se revêtit d'un sac, couvrit sa tête de cendres, jeta de grands cris au milieu de la place de la ville, et vint en se lamentant jusqu'à la porte du palais, où il n'était point permis d'entrer revêtu d'un sac. Esther fut informée par ses femmes de ce que faisait Mardochée, et lui envoya une robe qu'il refusa. Il lui fit savoir le projet d'Aman, la décision du roi, lui fit remettre une copie de l'édit, et lui demanda de préserver par sa protection la nation juive d'un anéantissement prochain,
Esther fit répondre à Mardochée que depuis trente jours elle n'avait pas été appelée auprès du roi, et qu'elle ne pouvait se présenter devant lui sans courir le risque de perdre la vie, tout le monde sachant bien que quiconque entrait dans la salle intérieure du roi, sans y être appelé par son ordre, était infailliblement mis à mort sur l'heure même , à moins que le roi n'éteiidît vers lui son sceptre d'or pour marque de sa clémence. Mais Mardochée insistant, Esther demanda aux Juifs un jeûne et des prières, promettant d'obéir à son oncle.
Trois jours après, revêtue des habits royaux, Esther se rendit dans la salle intérieure de l'appartement du roi, et s'arrêta en face de la chambre où il était sur son trône. Assuérus, en la voyant s'approcher, fut agréablement ému, étendit son sceptre d'or vers la reine et lui dit : « Que voulez-vous, reine Esther? que demandez-vous? Quand vous me demanderiez la moitié de mon royaume, je vous la donnerais. » La reine l'invita à un festin auquel elle convia aussi Aman. Après le festin où le roi but beaucoup de vin, il renouvela ses questions, et Esther lui demanda, co^^nne une nouvelle grâce, d'assister, avec Aman, à un nouveau festin indicpié pour le lendemain. L'invitation fut gracieusement accueillie.
Aman , enorgueilli des invitations de la reine, rencontra Mardocliée qui lui refusa toute marque de respect : indigné, le ministre tout-puissant fit dresser une potence haute de 50 coudées, résolu d'y faire attacher le Juif rebelle à son autorité.
Mais pendant la nuit, le roi ne pouvant dormir, se fit lire les annales des dernières années ; le. souvenir du dévouement de Mardochée s'y trouvait consigné, et le roi apprit qu'il ne l'avait nullement récompensé. Aman fut appelé, et le roi lui demanda ce qu'il devait faire pour récompenser un homme qu'il désirait combler d'honneurs. Aman, se croyant l'objet de la question du roi, répondit que l'homme qu'on veut honorer ainsi doit être revêtu des habits royaux et monté sur un des chevaux dont le roi se sert ordinairement; que sa tête doit être ceinte du diadème royal; enfin, que le premier des princes et des grands de la cour doit tenir le cheval par les rênes, en marchant devant lui dans les rues de la ville, et criant : € C'est ainsi que sera honoré celui qu'il plaira au roi d'honorer. » Et le roi ordonna de faire pour Mardochée tout ce qui venait d'être indiqué : et Aman l'accomplit exactement, conduisant lui-même, sur la place de Suse, le cheval sur lequel était monté Mardochée en costume royal.
L'heure du nouveau festin étant venue, le roi, et Aman avec lui, vint pour boire et manger avec la reine. Dans la chaleur du vin , Assuérus renouvela encore ses questions à la reine. Esther répondit : <t 0 roi! si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, je vous conjure de m'accorder ma propre vie et celle de mon peuple pour lequel j'implore votre clémence; car nous avons été livrés, moi et mon peuple, pour être égorgés et exterminés; plijt à Dieu qu'on nous vendît du moins comme esclaves, ce mal serait supportable; mais nous avons un ennemi dont la cruauté retombe sur le roi même! i> Ml le roi demanda le nom de cet ennemi des Juifs; Esther désigna Aman : le roi furieux l'accusa de vouloir faire violence à la reine en sa présence et dans sa maison. Sur ces par^^es redoutables, le sort d'Aman fut décidé : on couvrit sou visage; un eunuque empressé dit au roi (ju'il y avait dans la maison même
d'Aman une potence de 50 coudées préparée pour Mardochée, et le roi ordonna d'y pendre Aman sur l'heure.
Lorsqu'Esther était entrée dans le palais d'Assuérus, Mardochée lui avait recommandé de cacher son origine juive ; les menaces d'Aman l'avaient obligée de la déclarer, et quand elle eut triomphé de son ennemi, la reine avoua que Mardochée était son oncle. Le roi reçut Mardochée, et lui remit l'anneau royal, marque de la toute-puissance. Esther lui donna l'intendance de sa maison; elle obtint successivement du roi la révocation de l'édit contre* les Juifs, promulgué par Aman, et la permission d'écrire anx Juifs sous le sceau royal , afin de les rassurer. Tous les secrétaires et écrivains du roi furent appelés; il fut adressé aux Juifs, aux grands seigneurs, et aux juges des 127 provinces de l'empire, depuis les Indes jusqu'en Ethiopie, en diverses langues et en différentes écritures, des ordres nouveaux pour révoquer les ordres précédents, et les courriers durent faire grande diligence. Les mêmes ordres engageaient les Juifs à s'assembler en chaque ville, à se tenir prêts à tuer et à exterminer leurs ennemis, ainsi que leurs femmes et leurs enfants, à détruire toutes leurs maisons et à piller leurs dépouilles. L'édit fut aussi afiiché dans Suse.
Mardochée sortit du palais du roi, et parut dans un grand éclat, portant une robe royale de couleur hyacinthe et blanche, une couronne d'or sur la tête, un manteau de soie et de pourpre.
Dans toutes les provinces le nouvel édit combla les Juifs d'une joie extraordinaire; ce n'étaient que festins et réjouissances. Le jour de leur destruction avait été fixé par le sort au 1 3 du mois d'adar; ils choisiraient ce même jour pour se venger de leurs ennemis. Les gouverneurs des provinces, les intendants, tous les hommes revêtus de quelque dignité, exaltaient la gloire des Juifs, par la crainte qu'ils avaient de Mardochée favori du roi, grand maître du palais, et qui avait beaucoup de pouvoir. Quand le jour désigné pour la vengeance fut venu, les Juifs, dans toutes les villes, les bourgs et les villages, voulant rendre à leurs ennemis b» mal (pi'ils s'étaient proposés de leur faire, en firent un grandeur-
no LA PERSE.
nage. Le premier jour ils en tuèrent 500 dans Snse : et le roi demandant à Estlier ce qu'elle desirait encore, la reine obtint du roi que le massacre t'ùt eontinné le lendemain ; le roi , par un cdit afliché dans Suse, ordonna (pie cela lut. En conséquence, les Juifs tuèrent encore 300 hommes, et pendirent les dix fils d'Aman. Le nombre total. des ennemis égorgés s'éleva à 75,000 dans toutes les provinces; et comme on avait exercé la vengeance le 13 et le 14 d'adar, et qu'on s'était reposé le 15, ces deux jours, le 13 et le 14 , furent déclarés jours de fête et de feslin , jours de Pburim {des sorts) , et une lettre de la reine Eslher ordonna qu'ils fussent partout solennellement célébrés par des festins et des réjouissances, et ces jours ne doivent jamais s'effacer de la mémoire des hommes.
Dans cet abrégé du livre d'Esther, tel qu'il se trouve dans la Bible, traduction de la Vulgate, que saint Jérôme dit avoir tiré du texte hébreu, nous n'avons omis aucune des particularités du récit qui pouvaient répondre à l'intention qui nous a fait recueillir ici ces souvenirs : celle de mettre sous les yeux du lecteur le tableau le plus authentique et le plus détaillé sur l'état et les usages de la cour de Perse sous les Achaeménides, car ce drame en action nous en enseigne plus sur ce sujet d'un si haut inlcrct, que de très-longs récils historiques. L'autorité despotique orientale s'y montre dans toute sa nudité : l'étiquette du palais, le costume des grands personnages, l'influence des femmes, les coutumes publiques, s'il en peut exister avec un despotisme glouton, haineux et sensuel, se retrouvent dans celte lamentable histoire dont la ville de Suse fut le principal théâtre.
Deux autres villes furent des cités remarquables du Kousislan, ou ancienne Susiane : Charax était au fond du golfe Persique, bâtie sur un tertre factice entre les embouchures du Tigre et de riiulée; plusieurs fois cette position fut minée par les eaux, et la reconstruction de cette ville devint indispensable. On dit qu'Alexandre la fonda et la nomma Alexandrie; qu'Antiochus Eupator, un de ses successciH's sur le tronc de Syrie, la n'-para et lui donna son nom. On attribue une reslauialion semblable à un roi
Î.A PKRStî. :i{
arabe, nommé Spasinès. Denys le Péiiégète et Isidore, deux écrivains grecs, naquirent dans cette ville.
Elymaïs avait un temple célèbre, dédié à la déesse Nannée : Antiocbus Épiphane, inibrmé que ce temple renfermait un riche trésor, tenta de l'enlever; la population locale s'y opposa. C'est mal à propos qu'on a donné quelquefois à cette ville le nom de Persépolis, qui n'appartenait qu'à la capitale de l'ancienne Perside.
Cette dernière province portait le nom de Parsistan ou Farsistan ; elle fut la plus riche et la plus belle de toutes celles de l'Iran. La température y est des plus agréables ; la chaleur et le froid y sont modérés. Des fruits délicieux, des paysages agréables, un air doux et salubre distinguent le Parsistan de toutes les autres contrées situées entre TEuphrate et l'indus. Les plus aimables poètes de ces pays aj)partiennent au Parsistan; Hafiz, Saady, Djami , passèrent leurs plus beaux jours au milieu des bosquets de roses qui couvrent la vallée de Schiraz et d'Istakhar, charmés par le chant non interrompu des rossignols : c'est là qu'ils composèrent leurs tendres et élégantes poésies. Hafiz disait dans son harmonieux langage :
« Déjà s'épanouit la rose : échanson, portez du vin, il faut encore une* fois le verser au milieu des fleurs.
« Sous les ombrages frais de Schiraz, amis, videz vos coupes; la joie naît avec les roses.
« Pleins d'allégresse et d'une douce gaieté, volons comme le rossignol sous les bosquets de roses.
« Les fleurs brillent de tout leur éclat; ne pensez pas à l'avenir, amis, sous cet épais feuillage. »
Tous les voyageurs modernes dans l'ancienne Perse ont unanimement loué la beauté des sites et les agréments de son attrayant climat.
Une des plus grandes villes du monde, Istakhar, nommée Persépolis par quelques Grecs, fut la capitale de la Perse et de l'Iran entier réuni sous le sceptre des descendants de Cyrus; mais la fondation d'Istakhar fut antérieure à l'élévation de celte race; on en attribue l'origine à iKaïoumorlz, le chef des Pischdadiens , (jui
précédcpcnt de 1 ,000 ans les Achœiuénides, de la famille de C\ rns.
L'étendue de cette ville fut très-considérable; elle occupait une vaste plaine arrosée par l'Araxe, et ses édifices publics, magnifiques monuments, atteignaient jusqu'à la chaîne de montagnes qui en est voisine. Ces riches édifices ont disparu pour la plupart; leurs ruines témoignent encore de leur existence. Un seul palais s'y est en partie conservé , et ses magnifiques débris suffisent pour donner une haute idée de la puissance et du luxe des rois qui rélevèrent.
Ce palais a environ 1 ,400 mètres de tour; la terrasse ou terreplein artificiel sur lequel il est assis a plus de 145,000 mètres de superficie. Le mur d'enceinte est construit de granit bien poli; les pierres sont de dimensions surprenantes; celles de 12 à 16 mètres de longueur y sont communes.
On parvient au palais, à l'ouest, par deux magnificjues escaliers de cinquante-cinq marches chacun, larges de 7 mètres environ et de 13 centimètres de hauteur. Leur pente est si douce que les rois les montaient à cheval; les voyageurs modernes le font encore. Le palais s'ouvre par deux portiques de 16 mètres environ de hauteur; deux taureaux à tête humaine, de grandeur colossale, ornent rentrée. On parvient par là au bas d'un second escalier semblable au premier, et qui se termine à un nouveau portique soutenu par soixante-dix colonnes de 26 mètres environ de hauteur, considérées comme des chefs-d'œuvre de maçonnerie. Le pavé du palais est formé de grandes dalles de granit, les appartements sont distribués sur les deux côtés de ce portique, quelquesuns précédés de nouveaux portiques, un entre antres composé de trente-six colonnes rangées en f|uinconce. La sculptui'c recouvre toutes les surfaces de tableaux historiques ou religieux, et l'on assure qu'on n'y compte pas moins de trois mille figures humaines de grandeur naturelle; tous ces tableaux sont accompagnés d'inscriptions en caractères cunéiformes (ayant la forme d'un coin), sur lesquelles nous reviendrons cfi doimanf , dans un autre chapitre, la description de ces jn'éciciix tableaux hist()ri(|ucs.
La fondation de ce palais est attribuée aux plus anciens temps
(le la prosiidrité de Persépolis : on désigne son emplnccnicnt par ]o nom de Chézar-Sout-oun , les mille colonnes, et de Tclœliel- Miner, les quarante colonnes.
Sur le flanc de la montagne voisine de ce palais, on voit d'antres sculptures non moins intéressantes : ce sont de grandes l^içades d'édifices à colonnes très-élevées, dont le fronton est orné de bas-reliefs, exécutés à môme sur l'épaisseur du rocher. Au milieu de ce frontispice est figurée une porte qui donne entrée dans des chambres creusées également dans le roc et rpi'on croit avoir servi de lieu de sépulture aux anciens rois de l'Iran. Plusieurs de ces façades se voient sur la même ligne; elles avaient sans doute la môme destination. Des inscriptions en caractères cunéiformes annoncent leur antiquité.
Non loin de là , se trouvent d'autres inscriptions d'épocjues postérieures, en écriture sassanide ou en écriture arabe, même en grec, et celles-ci ont le grand mérite d'être bilingues, c'est-à-dire que le texte grec n'est que la traduction d'un texte oriental qui l'accompagne; nous verrons bientôt tout le parti que l'illustre Silvesire de Sacy tira de ces lignes grecques, pour découvrir l'alphabet des inscriptions et des médailles sassanides, et pour donner une explication histori(iue de cette partie des antiquités d'Istakhar ou Perscpolis. Il y a des inscriptions qui accompagnent aussi des tableaux historiques où les monarques persans du Bas-Empire ont célébré leurs victoires sur les Romains.
La population de Persépolis était en rapport avec l'étendue considérable de la ville. Le célèbre poëte et historien Ferdoucy, déjà cité, dit, dans son langage poétique, que Darius ayant appris l'approche d'Alexandre, sortit de Persépolis avec un si grand nombre de guerriers, que la poussière de leurs pas obscurcissait la lumière (lu soleil. II est certain que le Conquérant macédonien eut beaucoup à souffrir des nombreux corps de gardes persans placés sur les hauteurs des montagnes qui forment une gorge de 10 kilomètres de long, sur 2,000 mètres de large, conduisant à Persépolis; et afin de venger huit cents Grecs prisonniers de guerre, horriblement mutilés par les Persans, Alexandre, après avoir
enlevé In ville d'nssoiit, In livrn nu {ullnge, non sans en fnire massacrer tous les hnbitanls mâles. Les soldais firent un riclie butin; Alexandre ne se réserva que le trésor royal, où il trouva pour 360 millions d'or. Alexandre ajouta par sa démence à toutes ces calamités : ivre de vin et de débauches, il donna à une courtisane, à la suite d'une orgie, l'horrible plaisir d'incendier le palais de Persépolis! Les ruines qui subsistent encore seront des témoins éternellement accusateurs de la fureur insensée du conquérant. Heureusement pour sa renommée, d'autres relations attribuent aux Arabes du huitième siècle de notre ère une partie de ces destructions. Les ruines de Persépolis occupent encore une étendue de plus de 32 kilomètres. Dans le voisinage se trouve un édifice qu'on dit cire le tombeau de la mère de Salomon; d'autres disent, mais avec non moins d'incertitude, que ce monument en marbre blanc est le tombeau de Cyrus : nous donnerons bientôt de plus sûres indications.
Le tombeau de Cyrus était en effet à Pasargada, autre ville ancienne de la Perse; Alexandre le fit ouvrir par respect pour le grand roi, d'autres disent par cupidité. Un satrape fut accusé d'avoir devancé Alexandre, et le conquérant déçu fit mettre le satrape à mort. 11 ne restait dans le tombeau de Cyrus qu'un bouclier, deux arcs et un cimeterre; ces objets désignent la sépulture d'un guerrier : le chef d'une dynastie puissante comme le fut celle de Cyrus, qui régna dans tout l'Orient, devait avoir reçu d'au 1res honneurs et de plus éclatantes funérailles, si l'on en juge parles monuments funèbres de ses successeurs.
On voit près des ruines de Pasargada celles d'un tombeau de style grec ; on le nomme aussi le tombeau de Cyrus : celte dénomination ne saurait être justifiée.
C'est dans une autre ville du Farsislan , à Yezd, qu'habitent les Guèbres, ou adorateurs du feu. Les murs des jardins forment l'enceinte de la ville; une vingtaine de portes conduisent à des ruelles (pii en sont les entrées. Cependant, cette ville est riche, et peuplée de 00,0U0 habitants; elle a (pialre collèges, vingt mosquées, vingt-quatre caravansérails, 50,000 chameaux, et fait
lin grand commerce de soie, de coton et de tapis : le canton est oussi très-peuplé, mais les sables mobiles ont détruit quelques quartiers de celte grande cité. La vallée de Bast, à peu de distance de ce lieu , est une des plus ravissantes de la Perse.
La ville de Schiraz, où réside un prince du sang, a 30,000 habitants, des manufactures d'armes, de parfumerie et des tanneries.
Les ruines de la ville de Ghapour sont remarquables par les sculptures dont elles sont encore décorées : nous en donnerons plus loin la description et l'époque.
L'eau de rose la plus renommée de la Perse est fabriquée à Firouz-Abad, qu'on dit être l'ancienne Cyropolis. Le palais des rois sassanides est dans le voisinage; on y voit aussi les restes d'un temple des Guèbres.
Une autre ville de Yezd-Khâst a donné lieu à ce proverbe : « Manger du pain de Yezd-Khâst, boire du vin de Schiraz, auprès « d'une fille de Yezd, c'est la suprême félicité. »
Darab, autre ville de 9 à 10.000 âmes, passe pour occuper l'emplacement de l'antique Pasargada, où était le tombeau de
Cyrus.
Les forêts du Farsistan sont magnifiques. Les chênes, les bouleaux, les cyprès, les lentisques, ornent les montagnes. Le grenadier , le platane , l'oranger , la vigne , enrichissent les plaines. Il y a aussi des déserts et des rochers stériles. Une grotte donne par ses fissures des gouttes de pétrole liquide, nommé moiim dans le pays, et qu'on dit bonnes pour guérir toute sorte de blessures.
Bender-Bouchehr, à l'extrémité d'une presqu'île, qui a 15,000 habitants, est le port le plus fréquenté du golfe Persiquc : les Anglais y entretiennent une factorerie. Dans un moment funeste, la population de cette ville fut réduite par la peste à 1 ,500 individus.
Des trois îles du Farsistan, celle de Djésiré-Diraz a 15,000 habitants, gouvernés par un seheik dépendant de l'iman de Mascate, mais tributaire de la Perse. L'île d'Ormuz a 100 habitants et une garnison de 200 soldats de Mascate, pour la défendre
conlre les pirates. C'est un rocher rouvert de pierres salines, sans eau potable et sans végétation. Les Portugais, pendant leur domination dans l'Inde, entassaient sur ce rocher tous les trésors du commerce de l'Orient.
Dans les localités où la chaleur est très-élevée , les Persans se donnent de la fraîcheur en faisant construire sur leurs habitations des cheminées hautes et étroites, où le vent s'engouffre et se répand dans l'intérieur des appartements; ils les mettent aussi en connnunicalioii avec des caves souterraines.
Beaucoup d'Arabes indépendants habitent la côte du golfe Persique ; mais comme ils sont d'une secte musulmane différente de ce. le des Persans, il y a inimitié et guerre entre les deux populations. Il est diflicile de contenir ces Arabes, armés de mousquets à mèches, de sabres et de boucliers. Ils font aussi la piraterie avec de frêles embarcations.
Le district de Kouré-i-Kobad est situé dans la partie occidentale du Farsistan; ce pays est resté longtemps inconnu; c'est là que se trouve la tribu Memeh-Sunni, qu'on croit être celle que Quintc-Curce nomme Memaceni, mot qui signifie tribu de voleurs; elle arrêta la marche d'Alexandre; aujourd'hui elle dévalise encore les caravanes et emmène les hommes et les mulets. C'est celte tribu qui enleva, dans la caravane du général Malcohn, les riches présents que le roi d'Angleterre envoyait au roi de Perse. Cette tribu de voleurs peut mettre sur pied dix à douze mille hommes.
Nébengan est une ville considérable , située près de la vallée de Chaab-Bévan, qui est un des quatre paradis terrestres des Persans. Baiza, autre ville, produit du raisin et des pommes d'im volume extraordinaire. Le pont de Evdjam, sur la frontière du Farsistan et du Kousistan , passe pour un chef-d'œuvre de l'architecture persane moderne.
Lar est la ville capitale du Laristan, district du Farsistan : son bazar est un des plus beaux de la Perse ; sa population est de 15,000 habitants. Il y a des manufactures d'armes, et son territoire est des plus fertiles; les dattes y abondent. On n'y boit que
LA PERSE. n7
de l'eau de citerne dans laquelle vil un ver de la grosseur d'un ehiron, insecte fort dangereux lorsqu'il se loge entre cuir et chair; pour se préserver de ce ver, on n'emploie cette eau qu'après l'avoir fait bouillir.
Le Kirman est une province autrefois célèbre par ses raisins , SCS blés et ses mines. Sa capitale fut la ville de Sirdian, appelée aussi Kirman, comme la province entière. On y fabrique aujom^d'hui de beaux châles en poil de chameau, et des tissus de poil de chèvres. Plusieurs pierres et des métaux y sont exploités. La tuthie ou oxyde de zinc est employée par les dames persanes pour teindre leurs sourcils , et donner ainsi plus de douceur et de langueur à leurs beaux yeux. L'essence de rose blanche de Kirman a de la réputation; l'abeille, le ver à soie y sont élevés avec succès. La population de Sirdjan est estimée à 30,000 habitants. A Khemda , ou Hemedan , les Juifs honorent le tombeau de la belle Esther et du sageMardochée.
La partie maritime du Kirman est la Carmanic déserte des anciens; on la nomme aussi leMoghislan, le pays des dalles.
Le Kousistan fut toujours un pays peu fertile, à cause de ses montagnes et de ses déserts. Scheheristan en est le chef-hcu : on lui donne 12,000 habitants.
Le Khorassan, ou Pays du Soleil, produit en abondance toutes les choses nécessaires à la vie de l'homme. Les mines de pierreries y sont abondantes; ses chevaux sont les meilleurs de l'Iran entier. Des haras étaient établis dans les environs de la ville de Nisa, la Nesae de l'Avesta; c'est le haras de Ray (la Raglian du même livre) qui fournissait la remonte de la cavalerie. Deux villes principales existaient dans le Khorassan, Mérou etHarat; Mérou est situé dans une oasis du désert du Kharism; Nishabour a 15,000 habitants. Le Djioum (l'Oxus) sépare le Khorassan de la Tartarie. Les plus beaux tapis de Perse viennent du Khorassan. Quelques auteurs donnent à cette province 800 kilomètres dans un sens et 400 dans l'autre , correspondant à l'ancienne Parthie, à la Margiaue et à une portion de l'Arie des anciens; sa population est évaluée à 1 million, cl de plus o00,000 autres individus forment les tribus nomades.
Le nom de Bnctriane sigiiilie la contrée de l'Est : telle est en effet la pusilion de cette province de l'empire de l'Iran. Sa ville principale porta le nom de Balkli [Bakhdi en zend), dont les Grecs ont tiré le nom de Bactrcs, qu'ils donnent à ce lieu célèbre. Il fut la résidence des rois, notamment de ceux de la race de Cyius. Ils pensaient, par le choix de cette ville, être plus à portée de s'opposer aux projets et aux invasions des rois du Touran (la Tartarie) , qui avaient des droits héréditaires sur le trône de l'Iran et étaient incessamment disposés à les faire valoir par les armes.
Depuis les plus anciens temps jusqu'à nos jours, la Bactriane n'a point cessé de perdre de son importance politique et commerciale. Depuis 1820 seulement, sa population a diminué de moitié, elle n'est plus que de 500,000 âmes. Cette province fait partie du Turkestan moderne; la soie qu'elle produit est fort belle.
Sa capitale, Balkh ou Bactres, est une des villes les plus célèbres du monde : elle rivalisa par sa splendeur avec Babylone et Ninive. On raconte que Ninus vint l'assiéger, accompagné du gouverneur de la Syrie. Ce siège traînant en longueur, le gouverneur appela auprès de lui sa femme, la célèbre Sémiramis, dont les conseils, le courage et la beauté séduisirent Ninus, qui forma dès ce moment le projet de l'épouser : le gouverneur se pendit de désespoir, et sa veuve, devenue libre, épousa le roi et lui succéda sur le trône d'Assyrie, qu'elle occupa avec un grand éclat. Cambyse, fils deCyrus, embellit la ville de Balkh et l'habita longtemps. C'est à Bactres, que fut inaugurée la nouvelle religion de l'Iran, fondée par Zoroastre, sous le règne de Darius Hystaspe, qui fit élever plusieurs atesch-gah, ou temples de feu. Le principal reçut le nom de Névroiize, nouveau printemps, à cause de l'élégance de ses décorations.
Les Orientaux considèrent Bactres comme la plus ancienne ville du monde. Située sur une éminence, au milieu d'une plaine fertile, grande, fortifiée, défendue par un château, elle ne conserve que de faibles restes de son ancien état. Sa population est portée de 8 à 10,000 habitants.
LA PEKSE. 39
Après Bactrcs les villes principales de la Bactriane furent Vaseh-Kerd, vers les limites nord-est, et BadakcJian, aujourd'hui capitale d'un khanat; les torrents de son voisinage roulent de l'or, de l'argent et même des rubis. Selon le géographe arabe Ibn-Haùkal, ce canton possédait l'espèce de chevrotain {moschusmoscliiferus) qui donne le musc; il touche aux sources de l'Oxus, qui sépare la Bakhlriane de la Sogdiane, voisine du pays des Scythes nomades.
Au sud de la Bactriane était le Sedjestan, dont la ville principale fut Zarend, dans le pays de Dranges. C'est du Sedjestan qu'était originaire une famille de héros qui rendit aux rois de Perse les plus signalés services, et le plus célèbre de ces héros fut Roustouin ou Roustem, dont le nom se retrouve encore dans tous les contes persans anciens et modernes. Roustam fut un des ancêtres de Cyrus, qui assigna pour partage à cette famille de Roustam la partie orientale du Sedjestan, appelée Sistan, les royaumes de Klmeanlé et Yee-Keranté, nommés aujourd'hui Candahar et Kaboul.
Le Mékran se confond avec l'ancienne Gédrosie des Grecs; la capitale du Mékran, sur l'océan Indien, fut Tiiz, nommée aussi Tisu et Tiza. Cn voit dans la montagne voisine des grottes qu'on dit avoir été creusées par les Hindous, selon la coutume de leur pays. Cette contrée sablonneuse fut toujours funeste aux armées envahissantes; celles de Sémiramis, de Cyrus et d'Alexandre y souffrirent beaucoup du défaut de vivres et d'eau. On donne au Mékran plus de 400 kilomètres de largeur du nord au sud et 800 de longueur. Les villages ne sont que des réunions de cabanes couvertes de paille. Un hakcin, à la tête de quatre à cin(] cents Arabes, réside à Kedgé, l'ancienne Chodda; un géographe turc donne à cette ville l'étendue d'Alep. Dans une autre ville, à Kellégan , les maisons sont de deux à trois étages ; mais les habitants n'y parviennent qu'au moyen d'échelles qu'ils retirent à l'intérieur, afin de n'être pas surpris par les voleurs ou les pillards.
Les habitants du Mékran sont de petite taille, grêles, et fort adonnés à l'usage du jus fermenté de dattes. Les femmes y vivent
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sans aucun frein : aucun elToil n'a pu leui' inspirer le respect d'elles-niènies.
En résumant le tableau tiescriptif (juc nous venons d'esquisser, on voit, par les données géographiques et historiques, combien le sol et les souvenirs de la Perse fournissent de notions diverses, et celles qui concernent son histoire ne sont pas moins variées que les aspects divers de son climat. Il ne peut en être autrement lorsqu'il s'agit d'une vaste contrée dont la civilisation remonte aux premiers temps, et qui, tour à tour libre, conquérante ou soumise, a subi toutes les conditions de ces états successifs. A la réunion de l'Iran toiit entier sous le sceptre de Cyrus, on donnait à ce premier empire 128 myriamètres de surface; après toutes les conquêtes de ses descendants, quand Darius Hystaspe régna, ce nombre fut quadruplé; mais ce vaste empire était déjà réduit de moitié à l'avènement des Sassanides. Les Sofis la relevèrent et rétendirent jusqu'à 320 myriamètres; le royaume de Perse actuel est réduit à moins de la moitié du dernier nombre (126 myriamètres).
La population actuelle est estimée à 9,037,000 habitants, différents d'origine, de religion, de langage, et ainsi divisée: 7,225,000 Persans proprement dits, parlant la langue persane moderne; 550,000 Turcs, nation dominante dont les tribus sont partout répandues et parlent leur langue maternelle; 320,000 Arabes fixes ou nomades; 300,000 Kurdes; 250,000 Ghilakis, habitant la province de Ghilan; 200,000 Arméniens, habitant surtout dans les villes marchandes et usant de la langue arménienne; 25,000 Guèbres ou Parsis, suivant la religion de Zoroastre; 25,000 Juifs, répandus dans les villes de commerce; 12,000 Syriens ou Sabéens; 130,000 Béloutches. La langue persane est celle du gouvernement; celle-ci et l'arabe sont les seules langues employées dans la littérature moderne de la Perse, l'arabe étant d'ailleurs la langue liturgique de tous les Musulmans; les Guèbres y emploient le parsi, les Juifs l'hébreu.
L'islamisme, on religion de Mahomet, domine sur tous les autres cultes. Le christianisme est professé par les Arméniens et les Nés-
toriens; le mngisine par les Guèbres; le sabéisme est un informe mélange de ces trois autres croyances.
Le royaume actuel de Perso, démembrement de trois grands empires successifs, est divisé en douze provinces, dont les limites sont variables, et qui se subdivisent en districts. Leurs dénominations sont tirées des lieux où résident les fonctionnaires supérieurs. Les noms des anciennes divisions sont presque tous conservés dans les nouvelles.
En 1747, à la mort du célèbre Nadir, ses vastes possessions formèrent deux royaumes indépendants : celui de l'Iran ou Perse occidentale, et celui de Kaboul ou Perse orientale. Mais en 1797 et en 1812, le royaume de l'Iran fut démembré et réduit par la Russie à ce qu'il est aujourd'hui. La Perse orientale fut égalenient dissoute par les guerres intestines et produisit, sous des conditions variables, les royaumes de Candahar, de Kaboul, et ces populations guerrières qui, sous les noms d'Afghans, de Sciks, de Béloutches, se disputent le sol et le défendent quelquefois contre les invasions de l'Europe.
Surveillées sur leurs extrémités opposées avec une mutuelle défiance et une égale activité par les Russes et par les Anglais, ces vastes et riches contrées ne perdront point encore de longtemps leur importance historique, politique, commerciale et maritime; elles seront le théâtre de nouvelles guerres, qui décideront des plus grands intérêts du monde : l'Angleterre et la Russie s'y rencontreront en armes infailliblement; une inextinguible rivalité les y entraînera , et la Perse succombera sous le poids de ces luttes colossales. On a vu dans notre précis histori(iue sur l'Inde comment la France de Napoléon avait deux fois résolu de prendrepart à cette merveilleuse mêlée : un jour, c'était l'armée d'ÉgypIe qui voulait traverser la Perse pour aller camper au delà de l'Indus; ini autre jour, c'était Napoléon et le tzar abordant ensemble dans la Perse par la mer Caspienne. Les Russes seuls passeront entre la Caspieime et l'Aral : déjà ils ont jalonné la roule par leurs cunquètis armées et par leurs habiles voyageurs.