CHAPITRE DEUXIÈME
PopuI;ition (le l'Iran, son origine et sa marrlie. — Traditions. — Monuments. — Usages. — Harems anrien et moderne- — Luxe. — Coutumes. — Costume» et cérémonies. — Tribus nomades. — Tribas arabes.
Les vues que nous avons exposées dans le premier chapitre de cet ouvrage, conceruant les origines de la civilisation de l'Iran, ont déjà préparé le lecteur aux résultats que nous allons lui présenter, d'après les opinions les plus recommandables, sur l'origine et le développement de la population de cette vaste contrée.
11 est peu de pays où un tel sujet soit entouré d'aussi grandes difficultés : l'antique Asie fut si puissante, les grands empires (jui s'y formèrent, dès ses plus anciens temps, furent si étendus, et leur formation fut l'effet de la soumission et de l'agglomérai ion d'un si grand nombre de peuplades jusque-là isolées et indépendantes ; enfin l'action mutuelle de ces peuplades d'abord, de ces empires ensuite, dans les directions les plus opposées, produisirent un tel mélange de familles, d'idées et de langues, que, dans son état très-ancien, avant même que l'Europe ajoutât des nouveautés à ce vaste laboratoire de formation et de progrès, la connaissance intime de ce mélange, la distinction de ses éN'ments, aurait élé déjà d'une rare difliculté : les siècles qui se sont écoulés depuis n'ont pu que la compli(iuer d'avantage.
Il en est h peu près de même de toutes les contrées du globe considérées dans leur arrangement actuel : à mesure que les États avancent dans la vie et que les idées se répandent et se développent, les types caractéristiques se multiplient par de nouvelles inventions dans les plus importantes institutions; les systèmes de gouvernement diffèrent les uns des autres par des principes fondamentaux d'abord, et successivement par des modifications légèrement nuancées de ces mêmes principes; lès religions, par leurs dogmes, leurs cultes, et les formes infinies du même dogme, selon les lumières de l'esprit ou de la conscience; les langues enfin, en enfantant un nombre toujours trop grand de dialectes, qui sont analogues sans être semblables, et qui , se particularisant dans la province, le canton, le village, s'individualisent à leur tour comme une famille d'bommes, et présentent à l'observateur les mêmes difficultés pour rattacher avec certitude l'individu à sa race.
Malgré tant de confusion et les greffes aventureuses subies par les familles de la race humaine, quelques caractères évidents et tranchés subsistent néanmoins et guident sûrement l'observateur dans l'art des classifications, dans la géographie anthropologique, si l'on peut dire ainsi, laquelle est des plus féconde en traits lumineux propres à éclairer les obscurités des origines humaines. On apprend, en ouvrant les yeux, qu'un nègre ne peut être ni de la race jaune , ni de la race blanche; on apprend aussi dès la première réflexion, qu'un culte polythéiste, n'appartient pas au dogme de l'unité de Dieu; et enfin, par quelques mots, par quelques formes, qu'une langue n'est pas de la famille chinoise, de la famille indienne ou de la famille tartare : et par l'effet d'un raisonnement inverse, mais fondé sur ces mêmes caractères, et par ces mêmes observations, on réussit à rattacher et cet homme, et ce culte, et cette langue à leur véritable souche.
Si nous procédons ainsi à l'égard de la vaste contrée de l'Asie que nous nommons l'Iran, circonscrite entre le Tigre et l'Indus de l'ouest à l'est, entre l'Oxus et la mer des Indes du nord au sud, nous pouvons dire que sa langue la plus ancienne est d'oiigine
4f LA PERSE,
iiKlionne, que sa population, la plus ancienne aussi, cul le uiênic berceau que sa lanpue, que celle-ci s'est conservée clans ses dialectes successifs jusqu'à nos jours, mais qu'il n'en est pas de même de sa population : placée sur la grande route de l'humanité, se déroulant par torrents et par nations de l'Orient en Occident, l'Iran dut subir l'influence de tous les types; ceux-ci y laissèrent leur empreinte, et les plus persistants y furent nalurellement les plus effectifs. Par l'effet de ces mêmes accidents, les caractères physiques primitifs durent s'affaiblir, disparaître même par le laps des siècles, et ne laisser à la famille persane actuelle presque aucune marque de la nature indienne. Les caractères de la race actuelle, en effet, l'assimilent plutôt à la population des contrées voisines de l'Iran, vers l'Occident, occupées de tout temps par la race (jue nous nommerons arabe (ou sémitique si l'on aime mieux); et comme, par les plus anciens monuments connus de l'Iran, mèdes ou perses, et par les innombrables figures qui s'y voient, nous apprenons que la taille, la tournure, les traits du visage, les cheveux et la physionomie des hommes de ces monuments sont aussi les traits caractéristiques des Persans des temps postérieurs et même des temps modernes, on est autorisé à conclure que dci)uis longtemps les influences primitives indiennes sont effacées dans les populations de l'Iran ancien et moderne , et «pi'il n'a subsisté des traces de ces influences sociales, quoicjue s'affaiblissanl de siècle en siècle, mais sans s'effacer, (]ue dans la langue de l'Iran, l'idiome actuel n'étant encore qu'une troisième ou quatrième formation de l'idiome indien primitif qui fut en usage dans l'Iran.
Ajoutons (pie cette population iranienne, qui n'a rien aujouid'hui de celle de l'Inde son institutrice, se distingue par une taille avantageuse, une tenue aisée, les cheveux noirs et longs, le front haut, le nez aquilin, les joues pleines, et la figure ovale : le bonnet conique qui couvre sa tête est encore le même dans les rues d'Ispahan, et sur les antiques sculptures de P(M'sépolis.
Toutefois, on est embarrassé pour dénommer ethnographique-
ment une famille asiatique de la race blanche, qu'on dit n'être ni indienne, ni arabe, ni tartare*, et qui n'est certainement pas chinoise:. voudrait-on la nommer iranienne? nous adhérons à cette qualification purement géographique, toute réserve iiiite à l'égard des origines.
Deux savants allemands, i\lM. deHéeren etRhode, ont proposé de la qualifier de branche médo-perse ou de branche zend ; ce serait exprimer la même idée par d'autres mots , tirés l'un de l'histoire , et l'autre de l'idiome de cette même famille iranienne.
Mais l'Iran lui-même nous a laissé de précieuses traditions nationales, et elles sont conservées dans l'antique livre de sa constitution religieuse. Ce livre indique géographiquement les primitives stations de ces vieilles tribus s'avançant de l'est vers l'ouest, conduites par la prolection du Dieu qu'elles adoraient *'.
Ce Dieu les avait placées dans une contrée d'abondance et de délices, plus belle que le monde entier : c'était un paradis terrestre; il se nommait Éériené.Veedjoi'û était à l'orient de l'Iran"*. Mais le mauvais principe, Ahriman, vint troubler cette félicité des hommes; il fit dans le fleuve de l'Éériené la grande couleuvre de l'hiver, donnée par le Dev/ (malin esprit). Il y eut dès lors dans ce paradis un hiver de dix mois, et deux mois d'été; l'hiver fut extrêmement rude, au milieu d'Éériené, et les hommes qui l'habitaient le quittèrent pour aller chercher une demeure plus douce, que le bon principe, Ormuzd, leur indiqua, et ce fieu fut la Sogdiane, qui abondait en troupeaux et en hommes.
Dans cette antique tradition religieuse, il y a aussi de l'histoire, et l'un des savants écrivains allemands que nous venons de citer, en a ingénieusement extrait cette donnée : que les populations iraniennes furent d'abord établies à l'est de la Sogdiane actuelle, située sur la rive droite de l'Oxus; que ces régions étaient alors un délicieux séjour; que leur température fut subitement changée par un cataclysme qui , personnifié dans Ahriman , envelo[)pa ces riches et agréables co.itrées d'un hiver perpétuel
*Héeicn, tome 1", page 418 de la Irad française. — *' Zmd-Auesia, cliap. I cl 11. — "' Hôoicii, tome ï"', page 423.
et de glaces éternelles; que la partie de celte première population , qui put écliapper au lléau destructeur, se retira vers i'Oxus : et M. de Ilcercn, ratlachaiil aussitôt cette traditiou à l'ancien état naturel des contrées scplenirionales voisines, où vivaient jadis les clé[ihants, les mammouths, les rhinocéros, le palmier, et tant d'autres êtres des régions méridionales, n'hésite pas à reconnaître, dans ce passage du Zend-Àvesta, un écho d'un monde antérieur aux temps connus de tous les empires de l'Orient, et un souvenir d'une des dernières catastrophes qui changèrent la surface du globe *.
Mais ramenant ces hautes considérations et les faits conservés par le livre religieux de l'Iran aux limites de notre sujet, nous y apprenons qu'en sortant de leur première demeure les Iraniens s'établirent dans la Sogdiane; qu'ils occupèrent ensuite Mooré (Mérou dans le Khorassan), Bakhdi (Balkh), et reprenant leur route vers l'ouest, Nesae ou Nisa du Khorassan; vers le sud-ouest, Karôïon (Hérat); ensuite se dispersant dans plusieurs directions, ils vinrent à Vee-Keranté (Kaboul), à Oroûan (dans le Pendjab), à Khneanté (au voisinage de Candahar), à Hérékheeti, au sudest de Candahar; ils occupèrent également Heetomeanté, qu'on place dans le Sistan ; Raghan, non loin de Mahab; Tchakhré, non loin de Tchark du Khorassan; Verené, dans le Kirman; Hapte-Eando qui est l'Inde ; la grande Rengheïao , ou le Khorassan tout entier : et ce même livre q'jalifie chacune de ces villes ou de ces contrées, par des indications qui ne peuvent se rapporter qu'aux époques postérieures à ces pérégrinations primitives des Iraniens sous la conduite d'Ormuzd, le bon génie leur prolecteur. Dans ces lieux divers, en effet, le texte zend fait remanjuer l'abondance des hommes, leur puissance et leur sainteté, l'observation d'une saine doctrine religieuse, le nombre des villuges environnants , l'abondance des pâturages et des troupeaux, la grande quantité de loups, l'intelligence et le bonheur des habitants, la forme carrée des enceintes, enfin, les lieux qui
» Iléoroii, luiiic V", i>ago 422.
nourrissaient beaucoup de cavaliers ne reconnaissant pas de chefs : et ces indications ne peuvent être que de l'époque ou ce livre fut écrit, quoique les noms des lieux ne cessent pas d'appartenir à la tradition primitive, circonstance digne d'être prise
en considération. - ,
L'examen de ces faits naturels et historiques, semble néanmoins se résumer dans l'opinion qui fixe le séjour primitif de la famille médo-persique , ou iranienne, sur la chaîne de montagnes de Badakchan et de Casghar qui séparent la Bactriane de l'Inde . l 'état social de ces premiers temps n'a laissé aucune trace qui puisse nous en donner une idée précise, mais il dut ressembler à tout ce qui se passa ailleurs dans ces mêmes circonstances. Le livre sacré des Iraniens renferme cependant, sous des formules relioieuses, quelques notions sur la naissance successive de leurs institutions civiles. D'abord peuple de pasteurs, n'ayant pour toute possession que des chameaux, des chevaux, des bœufs et des brebis, cherchant à l'aventure de nouveaux pCiturages, jusqu'à ce qu'un homme juste devant Ormuzd, Djem-Schid, instruit par le ciel leur enseigna Tagriculture et l'éducation méthodique des trou'peaux. Les variétés du sol suggérèrent aux nouveaux venus des résolutions différentes : les uns, agriculteurs, se créèrent des demeures tixes; les autres, en plus grand nombre, continuèrent la vie nomade; les habitants des plaines devinrent riches et puissants; ceux des pays montagneux restèrent incultes, mais i)liis vigoureux. Les Bactriens et les Mèdes demeurèrent policés; les Perses, toujours montagnards et guerriers. On entrevoit dans quelques traditions qu'un bon système d'irrigation des plaines avait été établi de bonne heure pour la prospérité de l'agriculture. Les lieux habités étaient classés selon leur étendue : les grands villages avaient 1 ,000 habitants et neuf ponts pour le passage des canaux d'arrosage ; les villages de moyenne étendue , 600 habitants et six ponts, et les petits villages, 300 et trois ponts. Le palais du roi était élevé , entouré de murs, et divisé en plusieurs corps de logis.
> lléiTon, tumc 1", page 22() de la U'aduction française.
Il n'y avait pas de chef coiiiinaiidant avec diirck', ni de mendiants, ni d'imposteurs. Ainsi, celui qui jeta, par l,i pioleclion divine, un premier jïerme de civilisation,se nommait Djcm-Sdiid: il y eut ensuite un roi illustre du môme nom.
Les premiers temps de la civilisation iranienne sont trop incertains pour (pi'il en reste des notions nombreuses. Si une dynastie indienne y régna, les usages des Indiens durent dominer dans l'Iran : nous n'en savons rien. Quand le lourde la suprématie de la Bactriane sur l'Iran fut venu, les restes des habitudes des jieuplcs nomades y subsistaient encore; les soldats étaient braves, mais brutaux. On fait de leur ligiue une description effrayante : leur regard était terrible, leur barbe hérissée, leurs longs cheveux en désordre; leur taille était extraordinaire; et, parmi leurs usages, on a conservé celui de faire dévorer par des chiens les vieillards et les hommes épuisés par de longues maladies. Cette domination desBactriens fut contemporaine des règnes de Ninus et de Sémiramis en Assyrie.
Les iMèdes dominèrent aussi à leur tour; ils avaient pour leurs rois un respect qui allait jusqu'à l'adoration : cracher ou rire en leur présence était un crime. Leurs princes paraissaient rarement en public, mais toujours avec un grand appareil de force, et accompagnés d'un grand nombre de musiciens. Ils scellaient les alliances et les traités par le sang : les pouces des mains droites des deux parties contractantes étaient liés ensemble, piqués jusqu'au sang, et le sang (\m en sortait était sucé réciproquement par les deux personnages. Comme les Bactriens, ils livraient à des chiens voraces, dressés à cet nsage, les corps de leurs parents et de leurs amis près d'expirer, afin de leur é[)argner l'opprobre de mourir dans leur lit ou d'être déposés dans le sein de la terre. Ils domptaient des chevaux pour la guerre, s'exerçaient à manier l'arc; ils empoisonnaient les flèches avec le naphte; l'eau augmentait la force de ce poison , la poussière seule pouvait Talfaiblir. D'abord ennemis du luxe, les Mèdes en avaient déjà |)ris le goût lorstpi'ils fuient con(iuis par les Perses qui les imitèrent aussitôt.
Les Pnrthes, originaires de la Scythie, avaient conservé leur férocité originelle : un historien latin les peint comme superbes, séditieux, fourbes, impudents, considérant l'emportement comme digne de l'homme, laissant dédaigneusement la douceur aux femmes. Toujours occupés , ou de guerres étrangères ou de troubles intérieurs, taciturnes, hommes d'action plutôt que de propos, ils ne connaissaient aucun frein dans leurs débauches; ils mangeaient peu et ne se montraient pas jaloux de tenir leur parole. Les Parthes furent la nation la plus belliqueuse de tout l'Orient; ils tinrent tête aux Romains, quoique leurs troupes, presque toutes de cavalerie, fussent recrutées parmi les esclaves; ceuxci étaient en grand nombre, parce que l'affranchissement n'était point permis, d'où il résultait (jue l'éducation des esclaves était semblable à celle des enfants libres. Le chef d'une famille fournissait au roi un nombre de cavaliers proportionné à sa fortune. Leur tactique militaire était celle des troupes légères et des partisans : ils manœuvraient au bruit du tambour.
Chez les Parthes, la polygamie était en grande faveur, et la condition des femmes des plus dures. L'adultère était pour elles le plus grand des crimes. Les esclaves qui n'étaient pas enrôlés devaient marchera pied; les hommes libres, au contraire, n'allaient jamais qu'à cheval, même dans l'intérieur des villes : cet usage distinguait fondamentalement les deux conditions. Les nobles et les personnes de dignité se peignaient le visage d'une couleur de leur choix. Ils substituèrent à leur costume rigide les robes riches et flottantes, à l'imitation des Mèdes leurs voisins qu'ils avaient soumis. Les Parthes se nourrissaient de viande de cheval et de celle des animaux tués à la chasse. En voyage, ils se contentaient de la viande crue qui avait passé quelque temps sous la selle de leurs chevaux; cette cuisine économique est encore à l'usage des Cosaques, qui ont la môme origine. Enfin, comme les Bactriens, les Parthes donnaient aussi aux chiens et aux oiseaux de proie les corps de leurs parents décédés, mais ils enterraient leurs ossements ainsi dépouillés. Le Mazanderan actuel est l'ancienne Parthie, l'IIyrcanie en dépendaii : Slrabon assure (ju'on y
bù LA PERSE.
cultivait des vignes, dont chaque ocp fournissait viiigl-quatrc
pintes (le vin, cl des figuiers dont chaque arbre donnait jusqu'à
dix boisseaux de figues. Le blé qui tombait à terre pendant la
moisson suffisait à l'ensemencement des terres, tant elles étaient
fertiles.
Les Kirmaniens se servaient d'ânes, même à la guerre , n'ayant pas de chevaux. Nul homme ne pouvait se marier qu'après avoir coupé la tête à un ennemi, et l'avoir présentée au roi. Le roi en déposait le crâne dans le trésor royal, coupait la langue en petits morceaux qu'il donnait à manger à ses amis, et l'illustration du monarque s'accroissait avec le nombre des têtes qui lui étaient offertes.
Les habitants de laGédrosie, dans le Mékran, ne se nourrissaient que de poissons, et la contrée située sur les bords de l'océan Indien se nommait pour cela le pays des Iclitliijophaijes, ou mangeurs de poissons.
Ces diverses notions sur les mœurs et les usages de l'Iran n'ont point de date; elles sont éparses dans les livres grecs et latins; les annales des temps les plus anciens ne nous sont point parvenues, si ce n'est par des écrivains d'une autre époque , d'un autre esprit, et même d'une autre religion : il faut donc bien les accepter telles qu'elles sont.
Il nous reste cependant aussi un livre persan digne de toute vénération par son sujet et par son ancienneté : c'est celui que nous avons déjà cité, le Zend-Avesta, dont on reconnaît pour auteur un philosophe de la Perse, nommé Zoroastre (Zéréthoschirô, dans la langue de sa patrie). Le monde savant ne s'est pas encore accordé sur l'antiquité de ce livre, mais on ne la porte pas, dans son état actuel, au-dessous du sixième siècle avant l'ère chrétienne. Toutefois, son origine est vraiseniblablenient plus ancienne : nous avons déjà fait remarquer le mélange (jui s'y trouve de noms de lieux très-anciens et d'usages et d'institutions agricoles ou civiles dès l'époque de sa dernière rédaction, et cela se voit aussi dans d'autres codes religieux de l'aiicieu monde.
On peut extraire du Zend-Avesta (et il ne saurait exister pour son époque de plus authentique document) quelques traits de mœurs, quelques indices des usages adoptés dans l'Iran que l'auteur connaissait bien, étant né dans une province de l'ouest, et ayant publié son livre dans une antre province située dans la
région opposée. ' .
Une lecture attentive de ce livre nous fait connaître que 1 agriculture était en honneur dans l'Iran, ainsi que le soin des troupeaux; le laboureur est nommé la source du bien. C'est un mérite supérieur de cultiver la terre, de l'arroser, de la couvrir de bestiaux, de semences, d'arbres à fruits; et cela se fait au commencement d'une civilisation.
Parmi les opinions qui faisaient loi dansée temps-là, se trouve celle qui veut que la femme soit soumise à l'homme; néanmoins la femme est appelée aux sacrifices religieux comme l'homme.^
L'idée d'un grand respect pour la terre était propagée par l'opinion et par les préceptes religieux; on la souillait en y -enfermant des corps d'animaux morts. Les cimetières des hommes devaient être construits sur des hauteurs, éloignés de l'eau, du feu et des arbres, entièrement isolés du passage des hommes et des animaux. Il était défendu de manger des mets ou d'user de vêtements qui avaient été auprès d'un homme mort. Un homme ne devait pas emporter seul un mort au cimetière; les malins esprits l'auraient tourmenté et transporté sur une montagne où il aurait été dévoré par les oiseaux.
Les cas d'impureté résultant de communications avec un cadavre étaient nombreux; la puritication était difficile.
La femme qui faisait une fausse couche était impure : la retraite et une nourriture dans laquelle il n'entrait point d'eau lui étaient prescrites, et sa première nourriture se composait de quelques gouttes d'urine de bœuf mêlée de cendres, ensuite de lait de jument, et successivement de fruits, de viande et de vin : cela ressemble à une espèce de conseil d'hygiène plutôt qu'à une peine imposée à un péché.
Les médecins ne devaient exercer leur profession sur les fidèles
qu'après avoir fait l'essai de leur science sur les infidèles; et s'ils en laissaient mourir trois ou quatre de suite, ils ne pouvaient pratiquer leur art sur personne. S'ils transgressaient cet ordre , ils étaient coupés en morceaux.
Si le médecin réussit à guérir les infidèles , il est autorisé à traiter les fidèles, et il sera récompensé en conséquence, mais selon la qualité de la personne guérie. A cet effet, les personnes sont classées graduellement , hiérarchiquement on pourrait dire : les pauvres prieront pour lui; un chef de maison lui donnera un petit animal; un chef de rue, un animal de moyenne grosseur; un chef de ville, un animal gros et gras; un chef de contrée, quatre fois plus qu'un chef de maison. La femme d'un chef de maison donnera au médecin, pour ses honoraires, un ane; la femme d'un chef de rue , un taureau ; la femme d'un chef de ville, un cheval; celle d'un chef de contrée, un chameau; enfin, pour un fils chéri, un animal fort et gras. Le médecin fait aussi l'office de vétérinaire, et pour guérir un animal, on lui donne un animal plus petit que le malade.
Le texte ne dit pas ce qu'on doit donner au médecin qui ne guérit ni les hommes ni les animaux.
Les meubles et les ustensiles d'or, d'argent, d'acier, d'étain, de fer, de plomb, de cuivre rouge , de bois, de terre cuite ou de pierre sont mentionnés dans ces mêmes textes.
L'armement d'un soldat iranien comprenait la lance, le poignard, la massue, l'arc, une selle polie au marteau et dont le pommeau était orné en argent; l'arc à pierre, orné aux deux extrémités, la cotte de mailles, la cuirasse à nœuds, le pénom , le bonnet, la ceinture et le grand caleçon.
Les bœufs du laboureur portaient une sonnette au cou; elle était quelquefois d'argent, de la valeur d'un beau cheval, et même d'or, de la valeur d'un jeune et beau chameau.
Une jeune vierge de quinze sans ortant des boucles d'oreille était une récompense digne d'un saint homme.
C'était une action condamnable que d'arracher ses cheveux en les arrangeant, et de les couper tout à fait; de même, que de se
couper les ongles sans avoir accompli les cérémonies religieuses prescrites.
Sous le litre de pui'ification , la propreté est recommandée sous peine de péché : les prières sont ordonnées à chaque action principale de la vie : en se levant, en s'habillant, en se lavant les mains, avant et après le repas, et dans toutes les circonstances importantes où le dévot peut se trouver. De ces usages anciens de la Perse, de ces purifications de propreté, il en est quelquesuns dont nous ne comprenons pas l'efficacité; par exemple :
Le fidèle à Ormuzd doit, en se levant, se laver les mains et le visage avec de l'urine de bœuf, et les sécher avec de la terre;
Le ghozel est une purification qui consiste en une première ablution de tout le corps avec le même liquide; on fait ensuite une seconde ablution d'eau pure.
Dans la cérémonie du baraschnom, le purifié boit un mélange de ces deux liquides, auquel on a ajouté des cendres prises au feu conservé; le purifié, homme ou femme, en présence du mobed ou prêtre qui s'unit à sa prière, s'en lave aussi tout le corps et le sèche ensuite avec de la terre. L'urine de bœuf est l'abondant ingrédient de toutes les cérémonies de la religion de Zoroastre que les Parses actuels (ou Persans de la religion de Zoroastre) professent encore dans l'Inde et dans la Perse.
L'enfant de ces Parses, en venant au monde, est impur; il faut le purifier avec de l'urine de bœuf. L'astrologue vient ensuite lui prédire sa destinée, et lui donner un nom.
11 est défendu par la loi religieuse de frapper un enfant audessous de l'âge de liuil ans; l'enfant doit, à cet âge, réciter les prières; mais jusqu'à l'âge de dix ans, ses père et mère répondent de ses péchés. Dès qu'il a atteint sa quinzième année révolue, il entre dans la classe des Parses, et l'on compte dans ces quinze années les neuf mois qu'il a passés dans le sein de sa mère.
Les enfants doivent à leurs parents une soumission absolue ; celui (|ni leur répond mal trois fois et ne leur obéit pas mérite la mort. L'état (jue reniant embrasse le fixe dans une des (piatre
classes OÙ tous les Parses sont casés, prêtre, militaire, laboureur ou artisan. Les prêtres, nommés aujourd'hui mobed ou destourmobed, sont les mages dont parlent les historiens grecs : on devient mubcd par la purilîcation, les études et les services hiérarchiques prescrits par la loi religieuse. Le mobed peut être militaire, mais il ne peut être laboureur ni artisan : en général, dans l'antiquité, la caste sacerdotale et la caste militaire se sont assez bien accordées pour s'emparer de la domination sur les autres classes.
Pour être citoyen, le Parse doit se marier; jusque-là il n'est que disciple de Zoroastre. Le mariage entre cousins germains est très-recommandé. Dans le Kirinan, les fiançailles peuvent se faire quand la fille est âgée de neuf ans, mais le mariage ne s'accomplit qu'à douze ans, à moins que la nature n'indique une époque plus prochaine. La fille qui a refusé de se marier restera dans l'enfer jusqu'à sa résurrection, quelques bonnes œuvres qu'elle ait faites durant sa vie. Les sucreries et les pâtisseries figurent largement dans les repas de mariage; le mobilier du nouveau ménage est transporté avec une grande pompe.
On remarque chez les Parses de l'Inde l'influence des coutumes indiennes et leur mélange avec les antiques prescriptions du Zend-Avesta ; on observe ce mélange dans les cinq espèces de mariages instituées chez ces Parses : Zoroasire ne les avait cependant point établies.
Mais Zoroastre avait dit : « Si une femme dit quatre fois à son mari : « Je ne veux pas de vous, je ne suis pas votre femme, » et (ju'elle persiste un jour et une nuit dans cette disposition , le mari jicut se séparer d'elle sans lui rendre son douaire, et la femme est digne de l'enfer. » La femme peut être répudiée aussi lorsqu'elle mène une vie scandaleuse, si elle s'adonne à la magie, si, dans son temps crititpie, elle soutire l'approche de son mari.
Pour la femme, le mari est à l'égal d'iin Dieu et doit être respecté de même : à son lever, après avoir ceint le kosli (élroile ceinture de trois mètres environ de longueur), la femme se pré-
LA PERSE. tjS
Rcnto à son mari, debout, les bras croisés sur sn poilrine, le salue en portant trois l'ois sa main de son front jusqu'à terre; elle lui dit neuf fois : « Que désirez-vous que je fasse? » Elle va ensuite exécuter ses ordres. La fille non mariée rend ces mêmes devoirs à son père , à son frère ou à son tuteur : c'est encore ici le système indien , lequel tient toujours la femme sous la dépendance d'un maître.
De son côté, et comme il est dit dans le Code civil français, le mari doit protection à sa femme; le code persan ajoutait : « et il doit tous les neuf jours au moins lui rappeler qu'il est son mari. » S'il se rend coupable d'adultère avec une femme mariée, la loi le punit sévèrement en ce monde, et dans l'autre son ame ne passera pas le pont des élus sans l'agrément du mari de la femme sa couiplice.
Les philosophes qui ont étudié et commenté les lois de l'Orient, ne nous ont pas appris pourquoi ces lois s'occupent si attentivement d'un sujet qui, dans nos sociétés occidentales, est laissé à la discrétion absolue de la science médicale : le temps critique des femmes. C'est le mauvais génie, Aln^man, selon les Parses, qui leur a rendu ce mauvais service. Pendant ce temps, elles doivent se séquestrer de toute relation humaine : il y avait autrefois des établissements publics pour les recevoir. Elles sont alors comme des pestiférées, devant vivre éloignées du feu, do l'eau, de tout ce qui sert à la vie, et le soleil ne doit point pénétrer dans leur habitation. Personne ne doit Jeur parler; les approcher serait le plus grand des crimes. On leur donne à manger de loin avec une longue cuiller en métal, et cette séquestration peut durer neuf jours.
Une femme grosse de quatre mois et dix jours est séparée de son mari, parce qu'alors l'enfant est formé et que l'ame s'est unie à son corps. Si elle accouche d'un enfant mort, elle est éloignée du monde pendant quarante et un jours, et soumise aux dégoûtantes purificalions qui sont indiquées plus haut. Au moment de son accouchement, on allume un grand feu dans sa chambre pour en chasser les dews, qui sont les nialius esprits.
se LA PKRSE.
Un prêtre récite les prières; et si les pnrents du nouveau-né peuvent payer quatre prêtres qui, pendant trois jours, prieront pour lui, il est certain (|ue le nouveau-né procurera honneur et bonheur à sa famille.
Parmi les hommes, la coutume est que les prêtres se lèvent à minuit, les militaires et les laboureurs au chant du coij. A tontes les heures de la journée, la religion leur prescrit des prières, des purifications (toujours avec l'urine de bœuf), et des cérémonies pieuses pour le soleil , la lune, le feu, l'eau, pour les bons génies et leurs compagnons.
Il y a, ce semble, un peu de bonne hygiène dans les dispositions de la loi qui défend aux Parses de manger du chien, des rats, des chats, des serpents , des loups, des grenouilles et autres émanations d'Ahriman. Durant les repas, les Parses gardent le pénom sur la figure, (c'est un linge de 20 à 25 centimètres carrés, placé pendant au-dessus du nez, et attaché derrière la tête avec un cordon.) Ils ne boivent qu'à la fin du repas, versant le liquide dans leur bouche sans toucher de leurs lèvres le vase qui le contient; ils ne touchent pas non plus leur bouche avec leurs mains, et ils la lavent après le repas : ils ne boivent (juc de l'eau.
Il y a des prières pour toutes les actions naturelles de la vie, pour les plus volontaires et les plus involontaires; même pour les plus obligatoires, y compris l'éternuement. Leur culte du feu ne leur permet pas de souffler une lumière pour l'éteindre, et dans un incendie, pour les mêmes motifs, l'eau n'est pas em[)loyée ; on étouffe le feu avec de la terre, des pierres, des tuiles, et toute sorte de matériaux incombustibles.
Les cérémonies funèbres ne sont pas moins compliquées de minutieuses et dévotes pratiques : aux derniers moments du malade l'assistance récite des prières. Aussitôt (ju'il a expiré, on le montre à un chien, et pour que l'animal regarde la figure du mort, <)i( place des morceaux de pain vers cette ligure : (\cà casuistes Parses prétendent même (pi'il faut attacher le cliicu aux jiieds du défunt. Tous les employés à ces coutumes funéiaires
doivent avoir leurs mains enveloppées dans des sacs, afin de ne pas se souiller par le contact du mort. S'il n'y a pas de chien, on permet pour cet office un oiseau de proie, et voici pourquoi : on déshabille un cadavre, on le lave, o.n lui met un vieil habit, le pénom sur la figure ; le corps est ensuite mis dans un cercueil ; et après plusieurs prières récitées, on le porte enfin, suivi des parents et des amis, dans le dakhmé, tour servant de cimetière, qui sera décrit page 60. Là, on le place de manière à ce qu'il ne touche pas les autres corps ; on remporte le cercueil, et on abandonne le mort aux chiens et aux oiseaux de proie. Les prières continuent pendant trois jours parmi les parents; elles sont accompagnées de sacrifices, de repas et de présents aux prêtres. La commémoration du défunt amène aussi le renouvellement de ces cérémonies, afin que son àme ne demeure pas sans protection jusqu'à la résurrection.
Une pensée domine tout cet apparat funéraire : c'est celle d'une autre vie, la vie actuelle n'étant qu'un temps d'épreuves pour le juste, un moyen d'expiation de ses fautes ; et, comme pour perpétuer après la mort les liens d'affection qui unissent les hommes pendant leur vie, le législateur persan reconnaît aux prières des vivants une efficace influence pour aider les morts à se racheter de leurs péchés, à diminuer la sévérité de leurs épreuves, à les ramener plutôt dans le séjour des bienheureux. C'était autant d'avantages enlevés au génie du mal, aucune action de l'homme n'étant indifférente, et chacune d'elles, par son mérite ou son démérite, appartenant à Ormuzd ou à Ahriman, au bon ou au mauvais génie.
Hérodote, postérieur à Zoroastre, a recueilli quelques traits des mœurs des anciens Perses. Ils célébraient leur jour natal par des repas somptueux; la plus grande magnificence consistait à y servir un bœuf, un cheval , un chameau ou un âne entier et roli à leur foyer : les pauvres mangeaient un mouton ou une chèvre. Cependant les Perses consommaient peu de vivres solides; gourmands ou gourmets, ils recherchtiient les mets délicats, présentés l'un après l'autre ; ils étaient très-adonnés au vin ; et c'cdt lors-
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qu'ils CI) éprouvaient sensiblement les effets, (juMIs aiuiaient à traiter les af(\iires les |)lus sérieuses. iMais ils remellaieut au lendemain, à jeun, la conclusion finale. Ils étaient (bris réservés et fort (lécenls pour la satisfaction des besoins naturels.
Les Perses étaient distribués en classes d'inégales conditions : lorsque deux Perses de la même classe se rencontraient, ils se baisaient sur la bouche ; c'était sur les joues , si la condition était peu différente; mais si la distance était de la première classe à la quatrième, l'inférieur se prosternait à terre devant son supérieur.
Ils se considéraient comme les plus parfaits des hommes, et ils estimaient les autres peuples en raison de leur plus grande proximité de la Perse, parce qu'ils participaient ainsi de leurs mérites.
Les Perses adoptaient facilement les usages étrangers ; quand ils eurent soumis les Mèdes leurs voisins, ils en prirent l'habillement, bien plus beau que le leur; ils adoptèrent aussi le bouclier des Égyptiens, et cet amour de la nouveauté allait jusqu'à l'adoption des vices partout condamnés.
L'éducation des enfants était réglée par les lois et les coutumes; la famille était l'élément fondamental de l'Etat, il en était ainsi dans tous les pays de despotisme; et, comme la famille appartenait au souverain , ({u'elle était comme un cheptel de son domaine composé du royaimie tout entier, l'iiomme le plus estimé était r'elui qui avait le plus d'enfants. Le roi récompensait chaque année ceux qui se distinguaient par un si grand service. Jusqu'à l'âge de cin*! ans, un fils ne paraissait pas devant sou père; il restait dans la maison des femmes ; le père ne le- connaissait presque point, et si l'enfant mourait, il en éprouvait moins de chagrin. De cinq ans jusqu'à vingt, l'enfant devenait un soldat par son éducation, qui cousistait surtout à monter à cheval et à tirer de l'arc; pour toute morale ou lui enseignait, avant tout, à dire la vérité. Le mensonge, les dettes qui entraînent le mensonge, étaient un déshonneur.
Les lépreux vivaient éloignés des villes et retenus hors de toute
LA PERSE. • ■ !iO
frcquenlation de leurs Ijabit.v.ils; les étrangers altoqués t1e In Icucè, ou lèpre blanche, étaient chassés du pays : par l'cftet de cet usage, les Perses chassaient aussi les pigeons blancs, leur plumage ayant la même couleur que les écailles de la lèpre.
Les fleuves et les rivières étaient sacrés et respectés ; on n'y jetait aucune ordure, on ne s'y lavait même pas les mains.
Du temps d'Hérodote, la coutume de faire dévorer par un chien ou par des oiseaux de proie un cadavre avant de l'enterrer, existait encore. Nous avons vu que les Parses conservent encore cet usage.
L'historien grec parle assez exactement des mages, qui s'occupaient avec attention à tuer les fourmis, les serpents, et d'autres animaux.
A propos du parricide, les Perses ne le croyaient pas possible; et si ce crime était commis , ils pensaient qu'en cherchant avec ''^oin , on reconnaîtrait que le coupable était un enfant supposé ou adultérin.
On a accusé les anciens Perses d'immoler dans leurs sacrifices des êtres humains, en enterrant des hommes vivants. Les mages qui accompagnaient Xerxès dansla Thrace, sacrifièrent les chevaux blancs pour obtenir d'heureux auspices; parvenus dans le pays des Édoniens, et dans un heu nommé les Neuf-Chemins, ils y enterrèrent vivants neuf jeunes hommes et neuf jeunes filles : on disait qu'Amastris, femme de Xerxès, avait traité de même quatorze jeunes hommes des meilleures familles de la Perse, afin de se rendre quelque divinité favorable. De cette horrible superstition on ne trouve aucune trace dans le livre sacré de Zoroastre : elle a pu s'introduire dans des temps postérieurs, et à l'imitation de quelque peuplade étrangère.
L'estime et les avantages accordés aux familles nombreuses, font supposer que le mariage était recommandé ; en effet, dans l'opinion des Perses, il était un des premiers devoirs pour le fidèle sectateur d'Ormuzd, qui avait dit : « Celui qui n'est pas marié est au-dessous de tout. » L'union entre les parents était la plus lecounnandce, quoique prohibée entre des parents au premier
degré. On sait néanmoins qu'il s'en contractait entre frère et sœur, mère et fils, père et fille. Ces unions furent d'abord rares et tolérées, mais plus tard assez nombreuses; les écrivains chrétiens, notannnenl saint Jean Chrysostome, supposent cette coutume assez générale, et la frappent des foudres de leur éloquence : le christianisme affaiblit peu à peu cette monstrueuse tolérance ; mais on assure que, encore de notre temps, si les Guèbres, derniers débris des sectateurs de Zoroastre , n'autorisent les mariages entre parents qu'au deuxième degré , c'est moins par une loi de leur conscience, que par la crainte des reproches sévères que leur adresseraient les chrétiens, même les musulmans, au milieu desquels ils vivent *.
Les mêmes Guèbres ont conservé, dans la Perse, l'ancien rite des funérailles. Le voyageur français Chardin a vu les cérémonies et les lieux. A peu de distance d'Ispahau , s'élève une tour ronde ayant environ 8 mètres de hauteur sur 30 de diamètre ; il y a , de la base au sommet , et à l'intérieur, un escalier en spirale, d'une pratique dangereuse; sur le sol de l'enceinte est creusée une vaste fosse; le sommet de la tour est une terrasse ayant une ouverture à son centre. Quand on porte un mort dans ce cimetière, on rétend nu sur cette terrasse, couché sur le dos, les bras croisés sur la poitrine, les jambes croisées l'une sur l'autre. Les cadavres y sont placés côte à côte, sans distinction d'âge, ni de sexe, ni de caste, et abandonnés aux oiseaux carnassiers et aux effets de la putréfaction. Quand la place manque pour un mort survenant, on jette le plus ancien par l'ouverture dans la fosse, qui est ainsi encombrée d'ossements et de guenilles : la terrasse de la tour étant découverte, les oiseaux de proie font de ce charnier en plein air leur demeure habituelle.
Les ruis de Perse et les personnes de leur famille étaient déposés dans des tombeaux creusés dans les montagnes ; (piehpiesunes de ces sépultures royales existent encore : la religion de Zoroastre défendait de mettre les corps morts, d'hommes ou d'à-
' La Perse, par M. Louis Uubeux, pages 267 et 268.
LA PERSE. Gt
nîmaux, dans la terre, pour laquelle ce philosophe avait établi un culte, et il se proposait de la préserver ainsi de toute souillure.
On ne trouve point parmi lesGuèbres ou Parsis existant dans la Perse et dans l'Inde, fidèles et soumis aux prescriptions de la loi relative au culte du feu, un seul forgeron, cette profession les exposant à mêler, avec le feu, des matières qui pourraient le souiller, ou bien l'éteindre, ce qui constitue le plus grand des péchés : on peut présumer que lorsque la nation iranienne tout entière suivait les maximes de VAvesta de Zoroastre, la profession de forgeron était abandonnée aux infidèles, étrangers ou esclaves.
Il est vraisemblable que les superstitions actuelles des Persans ne sont point d'une origine moderne : le livre de Zoroastre est rempli de foi à la magie et à ses pratiques, à l'influence des esprits et des astres; on ne guérit pas facilement un peuple de cette maladie quand il en est profondément atteint.
Ces Persans croient donc à la fatalité et aux influences, nonseulement de chaque jour de l'année, mais encore de chaque heure; ils redoutent les charmes et les enchantements, et ils ont, pour leur échapper, imaginé des talismans aussi ridic\iles et aussi oiseux que les maux qu'ils sont destinés à prévenir : le texte du Koran et le jargon cabalistique en forment le fond. Les phylactères, écrits sur du papier, sont enfermés dans un sachet et placés, plus communément, au bras, entre le coude et l'épaule. Les plus crédules portent sept ou huit de ces sachets, ou bien enferment le talisman dans un étui d'or qu'ils ne quittent jamais. Ils n'emploient pas le parchemin, toute substance provenant d'une bête morte étant impure. Avec ces diverses espèces de talismans, on peut se garantir de toutes sortes de maux, et se procurer toutes sortes de biens : il ne faut pour cela que suivre le bon usage.
On préserve les enfants de toutes les maladies, au moyen d'un talisman composé de quatre soies de porcs, de quelques crins d'un jeune lion, et d'autres ingrédients non moins efficaces sans doute.
Neuf heures du soir et du matin, midi et miiiuil, sout des
heures propices : si le coq ciiaïUe alors, on rciissira; s'il chante à une autre heure, mauvais augure, et l'on met à mort ri!n[)ortun prophète.
L'esprit de secte invente aussi ses niaiseries : selon les musulmans schiites, le lion est doue d'un tel discernement, qu'il ne fait jamais de mal à un homme de leur secte; mais il dévore surle-champ un Sunnite. 11 suffit de se faire reconnaître en s'écriant: Va Ali, et le lion passe respectueusement devant leSchiite, sectateur d'Ali; au seul mot : Va Omar, le Sunnite, sectateur d'Omar, est dévoré par le lion.
A force de jeûnes et de prières, un homme peut acquérir le don de se garantir du venin des animaux, même communiquer ce don à d'autres personnes. Ce don se nomme le dem ou le souffle.
A répo(iue des moissons, les paysans accourent chez le saint personnage pour se faire préserver, au moyen d'un morceau de sucre, ou de toute autre chose sur laquelle le dévot inspiré souffle, et que le postulant avale aussitôt. Un voyageur européen assure avoir vu son propre domestique persan, investi de ce don précieux, être mordu par des serpents et piqué par un scorpion, sans qu'il en éprouvât le moindre mal.
Le mauvais œil, laGiettatiira, le Cafiii'o-Occ/wo des Italiens, est une croyance commune dans la Perse; aussi les préservatifs y sont-ils nombreux, et les plus simples sont la purification [)ar l'eau et les parfums.
Les Persans évitent soigneusement dans la conversation, nonseulement les sujets, mais encore les mots tristes ou funestes. Si l'on perd un ami, on vous annonce qu'il vous a fait don des années qu'il avait encore à vivre. On raconte qu'un général d'Abbas II annonça dans ces mêmes termes à ce prince la mort d'un ours blanc moscovite auquel Abbas II s'intéressait ".
Le mot mirza est un terme de politesse dans la conversation et dans l'étiquette; on le place après le nom propre, lorsqu'il s'agit d'un [triucc du sang; lorsqu'il est employé avant le nom, c'est
• La l'erse, par M. Louis Dubeux, page 4(51.
une simple politesse en usage lorsqu'on parle d'une personne audessus du dernier rang, qui a reçu quelque éducation, qui sait lire et écrire, calculer et faire une correspondance. C'est dans les villes que la classe des mirzas réside d'ordinaire. Ils ont des mœurs polies, affectent une grande simplicité, et une grande aménité dans les relations; ils s'attachent aux magistrats, aux officiers de l'armée; ils portent à leur ceinture, pour signe caractéristique, un petit étui contenant de l'encre et des roseaux ou calams taillés, et cet étui est, pour cela, désigné par le nom de calamdan. Les militaires traitent les mirzas avec dédain; cependant le roi les élève quelquefois à la dignité du khan , mais la noblesse de cette origine jouit de peu de considération.
Il y a en Perse deux professions assez lucratives, et qui le sont peu en Occident : celles de poëte et d'astrologue; mais, comme de raison, en Orient et en Occident, la seconde est plus avantageuse que la première. Les oisifs prennent le titre de poètes; il est aussi celui de plus misérables versificateurs. Les collèges sont nombreux dans la Perse, et il en sort des poètes en grand nombre : ils chantent le roi et les grands, les hommes illustres des temps anciens, ou les hommes généreux qui les nourrissent. Ils récitent aussi les ouvrages les plus renommés de la poésie persane. Ces mendiants littéraires abondent surtout dans la grande ville d'ispahan ; ils sortent de ses collèges et de ceux de Schiraz.
On a envoyé dans la première de ces deux villes une imprimerie lithographique; il s'y publiait un journal : le premier ministre a décidé qu'un tel journal n'intéressait personne, et la lithographie a été supi)riuiéc. On a cependant publié à Tauris et à Ispahan quelques poésies par la typographie.
Cet art y est assez peu cultivé pour que la profession de copiste n'en soit pas compromise. Un calligraphc, celui qui possède réellement une belle écriture persane, est, parmi les copistes, un homme recherché et estimé. Le commerce sait écrire, mais chaque négociant se fait en quelque sorte une écriture secrète : dans uu pays où il n'y a pas de postes publiqiies, on se garantit ai[isidc la curiosité ci de riudiscréliou des messagers. A sou
nom, olmqiio personne ajoute son sceau; aussi la profession de graveur de sceaux est-elle une mission de confiance; il est assujetti à tenir un registre régulier et authentique de tous les sceaux qu'il grave. Si un particulier vient à perdre son sceau, il le fait constater par rautorité publique, en informe tousses correspondants, en fait faire un autre avec la même authentici-té, et il en constate la date, tous les documents scellés de l'ancien sceau après cette date devant être nuls.
Les écoles publiques sont ouvertes aux pauvres dans toutes les villes; ils y apprennent les éléments des langues persane et arabe, et à écrire nettement.
L'abondance et le bas prix des productions naturelles assurent à toutes les classes une bonne nourriture. L'usage du porc est défendu depuis le règne du Koran ; les Persans s'abstenaient aussi du lièvre et d'autres viandes : c'est une tradition des anciens temps. Ils ne doivent pas boire de vin non plus, Mahomet l'a défendu; mais ce précepte est fort ordinairement transgressé; et, comme, selon les meilleurs raisonneurs parmi les Persans modernes, c'est également commettre un péché que de boire un ou plusieurs verres de vin, ils en boivent donc plusieurs. Ils félicitent les chrétiens de pouvoir s'enivrer sans pécher.
La pipe et le café complètent le repas. Ce café est un potage véritable. Les Orientaux pilent la fève très-fm, la font bouillir dans l'eau, et servent le tout, qui ressemble assez à un é[)ais chocolat : le mélange du sucre est inconnu. On sert bouillant ce soi-disant café dans de petites tasses en porcelaine de Chine placées dans d'autres tasses d'argent. La plus grande gravité préside à cette suite du repas : cette manière d'être est d'ailleurs fort ordinaire chez les Orientaux, leur mépris pour les chrétiens leur inspirant ces grands airs, cpii ne sont qu'un grand ridicule. Une sorte de hiérarchie s'y mêle aussi ; l'assistance se règle sur les actions de la personne la plus notable, et nul ne se permet d'achever de vider sa tasse ni de la rendre avant que cette personne notable en ail doiuié l'exemple : l'clitpicltc le veut ainsi plutôt que le sculiiMcut.
Le café est, en Perse, d'un usage général; c'est une production fort abondante et à bas prix; en voyage, les amateurs l'emportent enfermé dans une boîte, mêlé avec du miel ; c'est une espèce de confiture qui, dit-on, n'est pas désagréable; les suprêmes gourmands y ajoutent de l'opium, et, dans cet état, ils consomment moins de ce mélange narcotique.
Le calioum est une pipe d'une construction très-compliquée ; on pourrait le nommer un fourneau portatif à fumer du tabac. On y combine plusieurs récipients dont l'un contient de l'eau, quelquefois parfumée, l'autre du feu, et le troisième le tabac. Il faut un homme exprès pour le service de ce meuble ; il est l'objet d'un grand luxe, étant en or massif enrichi de ciselures et d'émail. Le calioum du roi est seul couvert de perles et de diamants; on l'estime plus de deux millions de francs. En voyage, le calioum exige un cheval pour le serviteur et les pièces de l'instrument, le réchaud , l'eau et le bois dont il faut emporter une provision. Le tabac qu'on y emploie est celui de Schiraz; quoique fort doux, on le lave plusieurs fois avant d'en faire usage. La personne qui vous reçoit vous fait une politesse en vous offrant à fumer son calioum avant elle, et cette politesse ne doit pas être refusée.
Les femmes, en Perse, usent aussi du calioum, et, après le café, elles se l'offrent lorsqu'elles se rendent visite.
Les Persans ne portent pas de linge sur le corps; ils prennent fréquemment des bains chauds; il y en a dans les villes, même dans les villages, et à bas prix.
Les fêtes publiques réunissent toutes les classes; comme en Europe, elles consistent en illuminations, feux d'artifice, luttes, exercices de bouffons, baladins, musiciens et danseurs; les marionnettes y figurent aussi. Les danseuses jouaient autrefois un grand rôle dans ces fêtes; depuis l'avènement de la dynastie régnante, elles en ont été exclues. Dans les temps ordinaires, la bonne compagnie emploie ses loisirs à monter à cheval, à fau^c des visites; au repos dans l'appartement ou dans les jardins, à se faire lire des contes ou des pièces de vers; la promenade n'est pas (le son goût.
LA PtRS£.
En Perse, In eondition des fomnies fut toujours déploraljle : l;i nouvelle religion n'a rien amélioré sous ce rajiport. Partout où la polygamie existe, la femme ne peut être, on peut dire, «ju'iuie niarchandise qui a quelques moments de vogue , et (jui passe bientôt au rang des marchandises de rebut. L'histoire d'Ksther, déjà citée, prouve qu'alors le roi était de droit le maître et le mari de toutes les fdles (ju'il lui plaisait de choisir. La loi de Mahomet a imposé, en s'rlablissant dans la Perse, quelques restrictions à ce principe, engendré du plus odieux despotisme : la loi musulmane ne permet d'épouser que quatre femmes, mais elle n'a rien changé à l'entière dépendance et à la clôture de toutes. Les femmes n'obtiennent un peu de liberté ou quelques égards que par l'elfet de leurs charmes; une favorite est une femme heureuse et qui a l'autorité d'une reine; privée de cet avantage accidentel, elle n'est plus (ju'uue esclave.
Avec sa femme légitime, le Persan peut avoir des femmes esclaves autant qu'il peut en nourrir ; il i)eut en avoir aussi d'autres qu'il achète, d'autres qu'il loue : ces marchés se passent devant le juge; le louage est temporaire, il peut être renouvelé si lés personnes intéressées y consentent. Si l'homme renvoie la femme avant l'expiration du marché concîlu, il lui paie l'indcumité convenue ; mais cel'e-ci ne peut contracter un nouvel engagement que quarante jours après la rupture ou l'expiration du traité précédent. Ces contrats n'existent (|ue dans la classe moyenne, la classe inférieure n'en pouvant supporter la dépense; et il serait de fort mauvais goût, dans la classe supérieure, de renvoyer la femme une fois admise dans la maison.
Une veuve ne peut se remarier qu'après cent trente jours de veuvage.
Les enfants nés de la femme mariée, de la femme achetée, ou de l'esclave, sont également légitimes. Si l'esclave met au monde un fds avant l'épouse légitime, ce lils jouit du droit d'aînesse à l'égard de tous ceux (jui vieiment au monde apiès lui. L'esclave occupe alors un bel appartement, reçoit de riches parures, est
servie et traitée comme la maîtresse de la maison : c'est là une belle prime pour la fécondité.
En Perse, les mariages se font à peu près comme partout ailleurs. Il y a des intermédiaires empressés, un contrat, un douaire, des cérémonies, avec cette différence sensible, que l'époux ne voit sa femme, pour la première fois, que lorsqu'il est déjà son mari, le lendemain matin de leur première nuit. La veille, l'épouse a été conduite, voilée, dans sa maison, dans son lit, par les servantes ou les matrones; Tépouxy est conduit à son tour par les eunuques ou par de vieilles femmes, mais il n'y a pas de lumière dans la chambre nuptiale. On peut toutefois présumer que les intermédiaires, qui sont ordinairement des femmes, informent exactement le futur des mérites de sa future. Ce n'est d'ailleurs que dès l'âge de sept ou huit ans que la jeune lîlle cesse de paraître en public, même dans sa maison. Au dehors, les femmes de condition sont tellement couvertes et enveloppées, qu'on ne saurait rien connaître de leur tournure ni de leurs formes. Une ample robe, un large pantalon, et un long voile posé sur le sommet de la tête, composent le costume universel des Persanes; il n'y a de différence pour les classes que dans le prix de ces objets.
Les femmes des tribus nomades, en Perse, ne sont ni voilées ni recluses; elles servent même les étrangers.
Les voyageurs européens dans le Levant rapportent beaucoup de particularités sur les dames persanes. L'un d'eux assure qu'il en a vu à Schiraz un grand nombre de très-jolies : ses voisines étaient Irès-curieuses de savoir ce qui se passait chez lui; il les voyait ainsi sans que leurs maris s'en offensassent; il [larlait avec elles, ce qui lui a permis de s'assurer que la conversation de ces jolies femmes est habituellement d'une rare licence.
Dans leur appartement , les femmes sont habillées du large pantalon de velours épais, d'une chemise de mousseline, ou de soie, ou de gaze; en hiver, elles y ajoutent les châles, les vêtements ouatés et les fourrures. Elles sont d'une grande exigence à ce sujet; les plus riches étoffes, les plus beaux bijoux , les plus exquis
parfums sont impérieusement demandés et en abondance : dans le temps de son triomphe, une femme ne connaît du monde entier qu'ell-emcme et son maître, (jui est alors son esclave. El!e ressent fortement deux plaisirs à la fois et au môme degré : l'empire qu'elle exerce sur ce maître, et la jalousie qu'elle excite parmi ses rivales. La moitié de sa journée se passe au bain et à la toilette, l'autre moitié à étaler les cadeaux qu'elle a su se faire donner.
Si une de ces femmes a parfois le goût ou la fantaisie de s'occuper à quelque ouvrage, elle coud, brode, ou bien fait ses vêtements et soigne ceux de son maître. Les plus raisonnables remplissent tous les devoirs des maîtresses de maison, et en dirigent les intérêts.
Le roi de Perse avait plus de mille femmes dans son harem ; c'est sa mère qui en avait le gouvernement. Des nazirs , et il y en a un dans chaque maison, s'occupent de ce qui concerne le service des hommes.
Selon les usages de la Perse, la fdle de la dernière condition peut parvenir à gouverner, à titre de favorite, la maison du |)lus grand seigneur; toutes les fdles vont donc, jusqu'à l'âge de sept ou huit ans, apprendre à lire et à écrire dans les écoles publiques, que les garçons fréquentent en même temps; après cet âge, elles complètent cette instruction chez leur père, s'il peut en faire la dépense, mais on ne leur enseigne ni la musique, ni la danse; les esclaves seules les apprennent pour l'amusement de leurs maîtres.
Toutes les femmes de la Perse peuvent paraître devant le roi sans être voilées : c'est une de leurs prérogatives ; c'est plutôt aussi un privilège pour le monarque.
L'accès du harem du roi , et celui de l'appartement des femmes chez les [tarticuliers(le zènanah ^), est interdit aux hommes, et plus formellement encore aux infidèles (les chrétiens) qui voyagent en Orient. Deux dames européennes de haute condition obtinrent cependant la permission d'entrer dans les harems des
' La l'erse, par M. Louis Dubcux, p. 470. ' '
sonvernins : lady Montagne à Coiistantinople, et lady Oiiseley à Ispahan. La première a publié la Relation de cette curieuse particularité de ses courses en Orient avec son nnari, ambassadeur d'Angleterre; elle fut même reçue au bain en compagnie des dames du harem, et elle y fut l'objet d'une constante et active curiosité, certains usages parmi les femmes de l'Orient n'étant point pratiqués en Europe. Lady Ouseley fut admise auprès de la reine de Perse : la reine était assise dans un angle de sou salon, vêtue avec toute la splendeur persane ; de grosses houpes dorées brillaient sur sa coiffure très-volumineuse, et ses vêtements étaient surchargés d'une telle quantité de pierreries, que la reine pouvait à peine se remuer. Dans un autre angle se trouvait un des enfants du roi, accablé aussi sous le poids des brocards, des velours, des fourrures et des pierreries. D'autres femmes, non moins richement parées, occupaient les pièces voisines du salon. Les deux femmes de chambre anglaises furent emmenées pour prendre des rafraîchissements, et les femmes de la reine les assaillirent aussitôt de leurs curieuses recherches et de l'examen du costume européen poussés jusqu'à la plus complète indiscrétion; ces femmes persanes donnèrent, d'un avis unanime, la préférence au costume féminin d'Europe sur celui de la Perse.
La naissance d'un enfant est un sujet de fête pour la famille; pour le palais, c'est une obligation de grandes dépenses, nécessitées par le grand nombre de femmes que le roi y entretient; on y ajoute en effet et on meuble de nouveaux bâtiments pour chaque nouveau -né et pour la favorite sa mère. Quand l'enfant est au monde, la sage-femme lui dit à l'oreille : « Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu; Mahomet est le prophète de Dieu , et Ali le vicaire de Dieu, » et l'enfant est dès lors admis au nombre des vrais croyants, et des croyants de la bonne secte, celled'Ali (lesschiites). On tire son nom au sort, au moyen de cinq noms écrits sur des morceaux de papier et placés dans un Koran ou sous un tapis; celui (juc le hasard fait sortir le premier devient le nom de l'enfant; un mollah le lui dit dans l'oreille et place le papier dans ses langes. Si la mère ou l'enfant est malade, on se dispense de lui
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raser la tôle, cet usnjDje ne tlcv;uit èlre accompli que lorsque le malade esl mvr\ : celte coutume est l'objet d'iin vieu (jui dure quelquetuis pendant la vie entière del'enfanl.
L'allaitement des enfants se prolonge, en Perse, jusqu'à l'âge de trois ans pour les garçons, de deux ans pour les lil'.es; et les nourrices sont, comme tout le peuple persan, tellement superstitieuses, (pi'un enlaut chrétien risquerait de mourir de faim, si sa mère ne pouvait le nourrir : l'ambassadrice d'Angleterre fut exposée à ce malheur; la nourrice persane, qu'elle avait eu la plus grande jieine à séduire à Ibrie d'argent, s'enfuit après la première nuit de ses fondions.
C'est le devoir de la nourrice de garantir l'enfant du mauvais regard, très-reduuté en Perse. Mais il existe des préservatifs clTicaces contre celle influence malencontreuse : une tunjuoise d'une certaine valeur, ou bien des passages du Koran enfermés dans un sachet attaclié au bonnet de l'enfant. Un morceau du linge de l'enfant, brûlé avec des graines de cresson, est non moins eflicace. Une mère tient toujours son enfant très-éloigné du regard des personnes dont les yeux lui sont suspects.
Le divorce est permis par le Koran, et pour les plus futiles motifs : l'incompatibilité d'humeur est une des causes les plus graves; la séparation, prononcée par un juge ou un gradué de la religion, rend les anciens époux entièrement libres. Le douaire esl restitué à la femme si le mari a demandé ledivorce ; le mari garde le douaire si la demande a été faite par la femme. Les époux d'abord divorcés peuvent se remarier deux fois encore; mais pour passer à un (pialrième mariage, la femme doit épouser inlerniédiairemcnt un célibataire entre le troisième divorce et le ciufjuième mariage. Un ancien voyageur français, Chardin, assure que les Persans n'usent (pic modérément de la facultc^ de divorcer; c'est de mauvais ton junini les gens bien élevés, cl l'obligation de rendre le douaire retient la classe inférieure : mais, ajoute le même écrivain, le sort des femmes n'en est pas plus supj)()rlable; les hommes de la basse classe, à force de mauvais traitements, obligent les fenmics à demander la séparation et ils s'cxo-
nèrent ainsi de la restitution de la dot; dans la classe plus élevée, des motifs dont la cause ne peut être reclierchée, couvrent bien des crimes dans la solitude du harem.
Il existe peu d'esprit de confraternité entre les diverses provinces de l'empire persan. Les anciennes tribus nomades n'ont pas encore pris l'habitude d'une entière soumission, et lorsqu'elles sont mécontentes du gouvernement, elles lui déclarent la guerre, et leurs magistrats se mettent à leur tête.
11 y a peu de naturels persans à l'état d'esclaves; les individus de cette classe sont tirés de la Géorgie ou de l'Afrique. Les femmes sont favorites ou servantes dans le harem. Les hommes sont employés à différents services. Les esclaves se marient entre eux, et leurs enfants appartiennent à leur maître. On trouve parmi les esclaves des deux sexes de fidèles^ serviteurs.
Les tribus encore errantes campent toute l'année en changeant de résidence selon la variation des saisons. Les lentes sont dressées, les chevaux, les mulets et les moutons paissent autour. La tribu est sous l'autorité des anciens, pendant que son chef réside ou à la cour, ou dans une capitale de province. Les jeunes chassent, fument ou dorment, les femmes font le ménage et gardent les enfants et les troupeaux. On trouve aussi en Perse des bohémiens vagabonds, fort ressemblants à ceux qui parcourent l'Eupope; ils sont tous également originaires de l'Inde'. La pratique des préceptes religieux est fort relâchée parmi ces tribus; elles se nourrissent sans hésitation de porc et de lièvre; leur ignorance les dirige plutôt que le mépris des principes.
Le pillage est la profession des hommes de ces tribus errantes; et les plus hardis se font beaucoup d'honneur, parmi leurs pareils, des crimes qu'ils ont commis, de même qu'on s'honore dans les pays policés des actes de vertu. Selon eux, tout homme qui a du cœur, un cheval et un cimeterre, possède tous les éléments du bonheur et de la fortune : ils n'ont qu'une seule cause de chagrin, c'est quand l'ordre règne dans le pays. Us montrent
* La Perse, par M. Louis Dubcux, p. 47S.
avec orgueil les mines des villages qu'ils ont pillés et détruits; et dans leur conversation ils ne déguisent pas leur espoir, que Dieu permettra bien que la tranquillité ne dure pas toujours. Ils racontent avec joie leurs succès contre les caravanes, et sur ces coquins de marchands et de muletiers qui les conduisent. Du reste, l'idée d'un gouvernement régulier, parfaitement et hiérarchiquement organisé, n'est pas encore entrée même dans la tète des chefs de ces tribus; ils n'étudient pas des systèmes qui ne leur sont pas utiles; ce despotisme complet leur est instinctif, plus facile à apprendre et surtout à pratiquer : ils disposent de leurs sujets corps et biens, selon leur caprice, et le plus monstrueux abus de ce pouvoir est une recommandation au respect des masses brutales de ces contrées. Pour elles, frapper fort c'est fr;ipper juste, et la terreur est le seul sentiment qu'il soit utile au pouvoir de faire pénétrer dans l'âme d'un essaim d'hommes livrés aux seuls instincts de l'animaHté, et qui ne comprennent point (pielle peut être l'occupation des populations de l'Occident, puisqu'elles ne peuvent pas se livrer au pillage.
Il est digne de remarque, néanmoins, que l'hospitalité est une des vertus des Persans en général , et surtout des chefs des tribus nomades. Un de ces khans qui demeurait à Hamadan , invita à sa maison de campagne un ambassadeur anglais, sa suite, et bon nombre de Persans. Us y furent largement traités; et comme une gelée était survenue pendant qu'ils étaient à table , ils s'aperçurent, au moment de partir, que tous leurs chevaux, et il y en avait plus de deux cents, avaient été ferrés à glace par le soin de leur hôte. Les guides choisis dans ces tribus sont très- fidèles; il y a cependant quelques exemples contraires à cette coutume générale.
La circoncision, le mariage et les funérailles de ces peuplades se font à peu près avec le même cérémonial dans les villes et dans les tribus. Il y a moins de divorces dans celles-ci , les femmes y sont plus utiles; c'est un che|»tcl auquel les hommes renoncent rarement; ils craignent (raillein\s les vengeances de la famille. On trouve, dans les tribus, des lecteurs, des chanteurs et des
oonicurs; les fragincnts des ouvrages des plus fameux poètes, déclames ou récites, captivent l'attention générale et obtiennent un succès constant; les femmes, qui ne sont point voilées dans les tribus, trouvent beaucoup de plaisir à les entendre. Elles sont fort prévenantes, belles, et de très-bonnes mœurs. Elles conduisent admirablement un cheval , et ont horreur des mariages temporaires pratiqués dans les villes. Leur condition néanmoins est le servage relativement aux hommes, le travail est leur lot; mais elles conservent de l'autorité sur leurs fils, qui cessent rarement d'être respectueux et soumis.
Les coutumes singulières que nous venons d'indiquer sont particulières aux tribus d'origine persane ou d'origine turque. On trouve sur les côtes du golfe Persique des tribus arabes ; elles se coiffent du turban, mais elles parlent leur langue maternelle, et ont conservé les usages de l'Arabie.
Nous avons dit plus haut que les Persans sont coiffés d'un bonnet conique, dont le sommet est enfoncé sur le devant. Ce bonnet est en peau d'agneau, noir au dehors : c'est l'antique coiffure nationale des Perses : elle est conservée telle sur les plus anciens monuments. L'introduction du Koran et de l'islamisme n'a changé dans la Perse que les idées et les préjugés, en en substituant de nouveaux à ceux que les mauvais gouvernements et l'ignorance y avaient engendrés, conservés, protégés, et l'avenir ne promet à ce piteux état intellectuel aucun amendement!