CHAPITRE DOUZIEME
r.iiKinii'iiie (lynaftie : les rois grofs Sèlciicides
LaBabyloiiie passa successivement sous l'autorité d'Arclion et de Séleucus, Pyllion gouverna la Médic, Peuccsle la Perse, Euniène envahit la Susiane, d'autres cliels régnèrent dans les diverses provinces de la haute Asie dépendantes de l'ancien Iran. Ces gouverneurs s'entre-détruisaient; c'était une guerre d'extermination mutuelle : les rives du Tigre furent le théâtre de ces sanglantes dissensions; Eumène arriva jusqu'à Persépolis, il soutenait contre Antigone les droits de la famille d'Alexandre. Il périt dans raccom[»lisscment de ce devoir.
La guerre était partout; chaque bataille enlevait (pic^pies-uns des and)ilicnx successeurs d'Alexandre; de nouveaux gouvcrnanls se succédaient dans les satrapies; Démoj)hon était à Babylone, Nicanor en IMédic, Evagre commandait les Persans; Séleucus avait perdu et recouvré Babylone, et il la perdit encore en allant envahir la Médie et la Susiane.
Le nombre des prétendants diminuait dans chaque bataille; l'ambition croissait en proportion parmi ceux qui échappaient au péril sans cesse renaissant : mais les enfants d'Alexandre étaient pour tous un invincible obstacle à leurs projets d'usni'[)ation; ces enlanls péiircnl ainsi que leur mère par un double meurli'e.
Séleiicus s'était rendu iiiaîlre de loutc la Perse; son autorilé était j-econnue de rbjipliralc à l'Indns; il réiinait en Assyrie, et Babylone élait la eapKale de ses vasies Klals. Il soutint avee ses alliés la guerre eontre Aniigonc, maître de la .Macédoine, (\m était pour tous un redoutable rival. Les compétiteurs se rencontrèrent à Ipsus en Phrygie; Antigone trouva la mort dans cette mémorable journée : elle décida du sort de la grande monarchie d'Alexandre , l'an 302 avant J.-C. Elle fut partagée en quatre royaumes : le royaume de Syrie, comprenant la Babylonie et l'Iran tout entier, fut laissé à Séleucus. Ce prince, surnommé Nicator, fut le chef de la famille royale des Séleucides; il data le commencement de son règne de l'année 312 avant J.-C, cette même année étant celle où un prcnu'er traité de partage avait réglé les prétentions des plus heureux alors parmi les successeurs d'Alexandre, et où Séleucus avait reconquis la Médie, la Susiane et Babylone.
L'assentiment public inaugura le règne de Séleucus; il s'était fait aimer comme gouverneur par son équité et sa clémence.
Sa politique consista dans des alliances vers l'orient de l'.Asie. Un chef indien s'était fait roi : c'était Sandracottus, ennemi d'Alexandre, et qui avait chassé de l'Inde les lieutenants que le conquérant y avait laissés. Séleucus s'allia avec Sandracottus, (jui lui fut un très-utile partisan. Vers le nord et l'occident, Séleucus avait acquis la Syrie, l'Arménie et la Cappadoce. Tout occupé de la défense et de la bonne administration de ses vastes États, Séleucus y fonda un grand nombre de villes auxquelles il donna des noms tirés de ceux d'Antiochus, son père, Laodice sa mère, Aiiauiée, sa première femme, Stratonice, sa dernière, et de son propre nom de Séleucus. A d'autres villes, il donna les noms des cités de la iMacédoine qu'il affectionnait.
C'est de ce Séleucus (pi'un des fils fut si habilement guéri d'un mal mortel parle médecin Érasistrate, digne petit-fils du philosophe Aristote; le jeune prince, nommé Antiochus, se mourait de langueur; ce médecin en devina la cause; il était éperdumeut amoureux de Stratonice, sa belle-mère, et cette passion, coudauuK'e par sa vertu, minait son existence et le conduisait au tombeau.
Séleiiciis céda Slralonioc à son fils, les unit, et lui donna, du consentement de l'armée, le gouvernement de la haute Asie. D'autres historiens disent que ce fut le nialhématicien Lepline qui devina la passion d'Antiochus.
Séleucus survivait à tous les lieutenants d'Alexandre. Il se montra généreux envers leurs partisans malheureux qui se remirent à sa foi. Sa sollicitude paternelle i)Our ses sujets, sa sagesse dans les conseils, son habileté à la guerre avaient fondé sa puissance; il régna pendant trente-deux ans, et mourut, quarante-quatre ans après Alexandre, assassine par Ptolémée, surnommé Céraunus (la foudre), frère de Ptolémée Philadelphe, autrefois chassé d'Egypte, et sauvé par la protection de Séleucus. Le roi de Syrie emporta les regrets de ses peuples, et les mérita : ils lui avaient décerné le titre de Nicator ou triomphateur; aucun de ses successeurs ne le lit oublier.
RÈGNE d'aNTIOCHCS 1®', SOTER.
Antiochus, son fds, lui succéda en l'année 280 avant J.-C. , et conserva le titre de roi de Syrie, quoiqu'il eut sous son autorité l'ancien empire persan et toute l'Asie occidentale, à l'exception de la Cœlésyrie, de l'Arabie et de la Palestine. Antiochus porta le surnom de Sôter, sauveur, qui lui fut donné par les Athéniens dcLesbos, surnom qui, conservé par l'histoire, peut ressembler à une épigramme : cet Antiochus, en effet, ne sauva pas le royaimie que son père lui avait transmis, et le laissa démembrer. Il ne fut heureux ni contre la Bithynie, ni contre Pcrgame, ni contre l'Egypte : dans la vie publique de ce roi, on n'a remarqué que l'accroissement immodéré du luxe de sa cour.
RÈGNE d'aNTIOCIILS II, THÉOS.
Après dix-neuf ans de règne, il eut pour successeur (année 201) son fils Antiochus, surnommé Dieu: la langue de ses panégyristes de cour n'avait point de mots capables d'exprimer l'idée de l'excellence de ses mérites comme liomme. Cependant
ce fut un prince d'un caractère faible, sujet à l'influence des femmes, adonné à l'ostentation et à la vanité; il chargeait ses convives de riches présents, et leur faisait emporter des provisions à pleins chariots ; mais en même temps il perdait des provinces : la Bactrianc, la Parthic, rpii formaient une portion de l'Hyrcanie, se déclaraient indépendantes. Toujours mal inspiré, le Dieu Antiochus répudiait sa femme Laodice pour épouser Bérénice, fille du roi d'Egypte : Laodice se vengea de son mari en l'empoisonnant! Il avait régné treize ans, et mourut l'an 248 avant J.-G.