‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 15 sur 51 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

de MM. les Grands Vicaires de Qtrimper, à M. l'abbé Expilly. (1)

Monsieur,

Elle est sans doute parvenue jusqu'à vous la lettre circulaire que nous avons écrite à MM. les électeurs du Finistère, pour les prier de surseoir à la nomination d'un Évoque. Nous ignorions alors que vous dussiez réunir la pluralité des suffrages : ainsi vous ne pourriez nous soupçonner d'avoir voulu vous éloigner de la place honorable qui vous attendait. Non, Monsieur, des vues plus pures nous animaient : la gloire de Dieu, l'amour de la religion, le zélé pour l'Église, l'attachement aux vrais principes, l'intérêt du troupeau dont nous sommes chargés ; voilà les seuls motifs de la conduite que nous avons tenue, depuis la mort de notre saint et vénérable Pontife. Les lois de l'Église nous ont confié l'administration spirituelle du Diocèse, sede vacante. Nous n'avons pas cru et nous ne croyons pas pouvoir, en conscience, nous en départir, malgré l'avis de votre comité ecclésiastique. L'Église seule, nous ayant revêtus de cette autorité, nous eslimons qu'elle seule peut nous en dépouiller. Aussi le Chapilre, au moment même de sa dissolution, nous a-t-il enjoint, de la manière la plus précise, de continuer l'exercice de la juridiction épiscopale, jusqu'à ce que le siège ne soit pourvu d'un pasteur légitime.

Nous manquerions essentiellement, Monsieur, à la

(t) Messieurs les Grands Vicaires ayant écrit à M. l'abbé Expilly» et n en ayant pas rt'çu de réponse, croient devoir à la place bonor»ble qu'Us occupent de rendre leur lettre publique par la voie à» l'Impression, afin que l'on n'ignore pas les démarches qu'Us ont &lte% pour éloigner du Diocèse les malbeurs du scbisme qui le menace.

SC& mallitiui's

<|ue )iiu& dier, à l'Église qui nous a revêtus d'une auloHté si glorieuse, et au diucése de Outmper, si nous n'osions pas des pouvoirs (|ui tie peuvent encore a|>parlenir qn'à nous seuls, jusqu'à ce que l'église n'en ail disposé autrement. Nous souimes l'onvaincus que i'Asàemlilée Nationale est absolument incompétente dans loQt ce qui peut concerner la iliscipUne ecclésiastique. C'éitail l'avis mille fois manifesté de notre saiot ÉvËque, doot la mort nous a plongés dans la douleur la plus profoode et dans les plus grands embarras ; c'est l'avis lie Nos Seigneurs les Évéques de l'Assemblée ; ils s'eu fOBl poldiqnement expliqués ; c'est l'avis des Évèques (Kspcrâés dans toute la France, dont les différents raandaueobi ont tous exprimé le mérae sentiment ; c'est l'iftà de votre respectable Evoque de Léon, dont vous rétérez, sans doate.les vertus et les lumières ; c'est l'avis dn clergé de ce diocèse : la partie la plus saine et la plus DOmbreosc s'est déclarée depuis longtemps.

Vons appelez sa déclaration une erreur : jamais vous ne réussirez à l'en convaincre, et nous pouvons vous assurer que voire entrée dans ce diocèse ne sera point accompagoée dn suffrage des pasteurs, suffrage pourtant dont vous devez être plus jaloux que de celui d'un peuple loapar^ Tacile à séduire. Vous le savez. Monsieur ; ils fOiu ont déclaré intrus ; ils vous rejettent d'avance et vous crient (jU'ils ne veulent point communiquer avec »oos m diiinis, si vous venez au milieu de nous contre les formes canoniques anciennes, avant qu'elles aient été changées par l'Église. Il nous est dur. Monsieur, de fous rappeler ces vérités humiliantes ; il serait bien plus cotunlanl pour nous et pour vous de n'avoir que des compliments de fèlicitalion à vous adresser. Les vertus

dont vous avez donné l'exemple, pendant que vous avez été attaché à votre paroisse de Saint-Martin à Moriaii, nous inspiraient une sincère vénération pour vous et nous auraient fait applaudir à votre nomination, si nous n'y voyions une violation manifeste des saintes régies de l'Église ; mais les principes que vous avez manifestés à l'Assemblée nous ont toujours alarmés, et nous' n'avons pu concilier votre attachement à la constitution nouvelle du clergé avec ce zélé et cette intégrité de doctrine que vous aviez montrés jusque-là.

Vous protestez. Monsieur, dans votre lettre au département, de votre amour pour la religion. C'est cette religion elle-même qui vous parle ici par notre ministère ; elle vous conjure de ne pas déchirer l'Église de J.-C. par un schisme déplorable. Ayez pitié d'un diocèse où vous avez pris autrefois les premiers éléments de la science et de la piété chrétiennes,et qui fut toujours distingué par la pureté de sa foi et par son attachement inviolable à l'unité des principes. La France entière a les yeux fixés sur vous ; elle attend de vous une démarche forte , vigoureuse et vraiment digne d'un apôtre. Vous avez du crédit à l'Assemblée nationale ; la Providence semble vous mettre à même d'en faire en ce moment l'usage le plus avantageux pour l'Église et le plus glorieux pour vous. Mettez, Monsieur, sous les yeux de l'Assemblée cette réclamation presqu'universelle du clergé du royaume contre l'exécution du nouveau décret sur la constitution ecclésiastique. Parlez-lui surtout des obstacles insurmontables que vous éprouvez de la part du clergé de Quimper à votre élévation sur le siège épiscopal. Cette représentation faite avec ce ton persuasif que vous preniez autrefois^ avec tant de succès dans la chaire de vérité, pourrait-elle déplaire aux représeo-

MOla-'d'liiae italion très-i^lirétienni.-, du la pari d'an minnbre dont le pairiotiâme est si coiinoT due de lit-ni:^ dicUou.s vous prùcédej'oiit dans ce dioci-se, si vous pouvez, par vos sages observations, obtenir que les lois de l'Église soient conservées, (|ue les droite du Saint-Siégc soiflDt respcclés, el tguc l'ordre ancien suit rétabli dans la disciptitu' ! Avec quelle joie pare vous serez reçu de ceux qui semblaient d'abord avoir redonlil- votre arrivée! Avec quelle douce confiance nous vous remettrons. Monsieur, le goaveriiement de ce diocèse t Vous nous trouverez d'autant plus soumis à votre autorité légitime que nons anrons montré plus de résistance à l'usurpation ; irt t'est ainsi que vous rétablirez vous-même cette paix qui fait t'oltjet de vos vœux et des nôtres, et qu'un corps Mlmiuistratil' n'est pas propre à faire renaître, lorsqu'elle est troublée par des contestations sur lesquelles il ne stuiratl prononcer.

Nous sommes avee un profond respect, Monsieur, vos Irés-lmmbles et Irés-obéissants serviteurs.

Siipté : H. S. Descognets ; L. J. de Larcbanlel ; Le Sonnant ; Guesdon : Cossoul ; de Larchantel : de Silguy ; Mauduit, vicaires généraux.

A ijuimpa'. ce i7 Novembre i790.

Expilly ne daigna pas répondre à cette lettre. Alors ces messieurs jugèrent à propos de la rendre publique. Ik la tirent donc imprimer et la répandiient dâus tout le diocèse, ulin qui; l'on ne crut point qu'ils acceptaient, sans protester, l'intrus qui s'intitulait leur Ëvéque.

Avant la réception de cet écrit, pour se conformer, «Mnaie il le dit lui-même, à l'aiiicte l'J du litre 11 de ta Oonslitutiou civile rlu clergé, (il n'est pas r/uestion de* prescriptions de l'Église), le recteur de Saiut-Mariiu

avait déjà adressé au Souverain Pontife la lettre en apparence la plus soumise et la plus respectueuse : c'était le baiser de Judas trahissant Jésus, en lui disant : Ave rabbi I Maître, je vous salue I Le lecteur va en juger luimême par le texte de la lettre :

Lettre de cammunian écrite au Pape par M. VÉvique du Finistère, mitant l'article 49 du litre II de la Constitution civile du clergé.

Très-Saint-!*ère,

La Constitution civile du clergé de France, décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi, a changé la forme des nominations aux sièges vacants, et ramené le droit de l'élection qui a existé avant le concordat de Léon X et de François I".

Ce changement dans la discipline et dans le régime extérieur de l'Église est bien diversement envisagé par les Évêques français, qui pensent que l'autorité spirituelle devait concourir à cette innovation intéressante.

Votre Sainteté, est sans doute, déjà instruite par le Gouvernement français des lois portées par les représentants de la nation, et dont l'exécution est vivement sollicitée par tous les corps administratifs du royaume.

Les électeurs du département du Finistère ont daigné s'occuper de moi, et la réunion de leurs suffrages m*a{ypelle au siège de Quimper.

Ce choix honorable me présente à la fois les plus éminentes fonctions du saint ministère, et de faibles moyens ; de grandes obligations à remplir, et peut-être ^ de très-grandes difficultés à vaincre. Je n'ai pour adoucir ces sollicitudes qu'un zèle pur et des intentions vraiment pastorales ; la confiance en la Miséricorde suprême sera mon appui.

.enlradu avec frayeur la voix qm r grands travaux, et je quitterai à regret la paroisse ou la wnflancc et la tlocilité encourageaient mes eiïorts : ces fniils précieux d'uu niiiiisl«re de paix deviendraient bien amers, si l'élection que le peuple a désirée jetait panni mes coopérateiirs dans le ministère des semences lie division et de trouble.

Il me serait inlîniment plus doux de rester attaché â mes paisibles fonctions, si je n'apercevais dans ma résistance encore plus de dangers que dans une soiunission prudente à la volonté des éiecleurs et aux principes lie h constitution française.

C'est dans votre sein paternel que je viens déposer mes sentiments les plus chers et les principes religieux auxquels je tiens plus qu'à mon existence. Le siège de Saint Pierre, centre de l'unité et de la foi. le Souverain Poolife qui l'occupe, sont à mes yeux l'arche sainte à iaquelle je veux être inviolablement attaché comme au Souverain Médiateur qui a fondé la religion divine que je professe et que je ne cesserai d'enseigner.

Je tiens fermemenl à la doctrine établie par les Apôtres, et do[it l'Église romaine est la principale dépositaire, comme à la seule qui puisse conduire au salut ; c'est de c^tte première Église du monde chrétien et de la bouche du premier pasteur que je recevrai les oracles de la vérité ; c'est avec elle que je veux conserver la ronununion la plus intime pour mon bonheur et celui des fidèles qui me seront confiés.

Les vues de la politique pourront changer la forme et les lois des gouvernements ; mon attachement aux principes de la foi, mon respect et ma soumission au Cher miblo de l'Église catholique, apostolique et romaine, sertml aussi vrais et aussi constants que mon adoration

est profonde pour le Chef invisible dont j'implore la grâce et Tassistance dans le ministère sacré qae je dois exercer en son nom.

Je suis, avec le plus profond respect, Très-Saint Père, de Votre Sainteté le très-humble et très-obéissant serviteur, EXPILLY,

élu Évêque du Finistère.

Pm^is, le 18 Novembre 4790,

Le Pape ne jugea pas à propos d'honorer directement le traître Expilly d'une réponse; mais il lui fit dire qu'il s'opposait formellement à ce qu'il reçût la consécration épiscopale. Dans son bref du 13 avril 1791, Pie VI s'exprime ainsi sur la lettre de l'intrus de Quimper :

V Bien loin que la lettre qu'Expilly nous a écrite

^ puisse lui servir d'excuse, elle le rend au contraire

« plus coupable ; c'est évidemment la lettre d'un schis-

« matiqiie. Le désir qu'il atfecte de participer à notre

« communion n'est qu'un artifice grossier; car il ne dit

« pas un mot de l'institution qu'il devrait nous de-

« mander, et se contente de nous donner avis de son

« élection irréguliôre, comme les décrets de l'Assemblée

« nationale le lui recommandent. Voilà pourquoi, à

u l'exemple de nos prédécesseurs, nous n'avons pas jugé

ti à propos de lui répondre, mais nous l'avons fait

^ avertir sérieusenient de ne pas pousser plus avaul

H ses criminelles prétentions, et nous espérions qu'il

« aurait été docile à notre voix. L'évèque de Rennes,

« (le son côté, lui a donné aussi les mêmes avis, en lai

H refusant la conlirmation et l'institution qu'il sollicitait

« avec instance. Ainsi le peuple de son diocèse, au liea

« do le recevoir comme son pasteur, doit le rejeter avec

^ horreur comme un usurpateur. Oui , comme an

leur, puisqu'il a voloDtai rement U « à la vérité qu'on lui priiseittail, puisqu'il a abusif d'un « faux litre pour exercer un rninisière qui ne lui appar- < tenait pas, puisqu'tinfin il a pousse l'arrogance Jusqu'à « dtepenser les fiiléies d^ l'observation rigoureuse de la

• loi du carême. On peut donc lui appliquer ce quf K Saint Li-uii-Le-Grand. écrivant à quelques évoques

• d'Egyple, disait d'un semblable usurpateur : hnilatt^ur ■ de Salau. il s'est écarté de Ui vérilé. et il a abusé

• rffl l'apparence d'viie famne diijnité et d'un titre « imjifnleitr. »

Vous croyez.sans doute.que le prêtre qui parlait toutà-riitnre de son respect et de sa soumission au clief de l'Église, vous croyez que ce prêtre va obéir à la voix du vicaire do Jésus-Christ. Il n'en est rien. L'impie, arrivé au f(nnl de l'abîme du mal. méprise tout ce qui peut l'eu retirer (1). Le malheureux Expilly s'était, par ambition, enrôlé sous le drapeau de la Révolution ; son ambition nwessée, nattée par les honneurs de l'épiscopat le contlaira jusqu'au fond de l'abirae du schisme le plus rtnè»;lii et lu plus opiniâtre. Le Pape lui a défendu de se fsire sacrer : peu lui importe, il veut être évéque à tout prix, malgré l'Évéque des évériues, malgré Dieu luimfirae. Arrôte-toi, malheureux I il en est temps encore. Ta as etdeHdu, avec frayeur, dis-tu, la eoix qui t'appelle à de grande tracatu ; s'il en est ainsi, écoute nlle qui te défend de l'itigérer de toi-même dans ces IraTâUX : c'est la voix de celui-là seul qui a le droit (l'ap|»elcr ; c'est la voix du Pasteur suprême. S'il est iil dans la Sainte Écritui'e : L'n jugement très-névère attend cette qui cojnmandent, même de par Dieu, quel

(I) ImiituM. câm in iinirundum veneril, coniemiiil,

- Il» -

jugement est réservé à ceux qui usurpent, envers et contre Dieu, le pouvoir de commander ? à ceux qui, au mépris des saintes lois de TÉglise, s'emparent de l'épîscopat? — H me serait, dis-tu encore, plm doux de rester attaché à nies paisibles fonctions. . . — r Reste donc dans ces fonctions : rien ne te force à les quitter. Ta conscience et tes obligations te font même un devoir de les garder. — Mais, non ! impudent menteur I tu veux quitter ton humble poste de Saint-Martin, pour ceindre la mîlre et porter la crosse. Tu as, confesse-le, entendu avec joie, et non avec frayeur M voix illégitime qui t'appelle à cet honneur dont tu es indigne : marche donc, et consomme par le plus grand des crimes ton apostasie des principes et des devoirs de ton état. L'Église versera sur toi des larmes bien améres : la Révolution se réjouira et battra des mains 1 Cela te suffît : ton orgueil et ta vanité seront satisfaits 1

Pendant que ce prêtre apostat désolait ainsi les vrais amis de TÉglise et de son pays, un prélat breton les consolait par sa conduite vraiment épiscopale. C'était M«' de Girac, Évinpie de Rennes. Son siège ayant été érigô en niétropi>le par l'Assemblée nationale, il lui luconibait, aux termes de la Constitution civile du clergé, de donner la oonlinnation et l'institution canoniques aux n<)U\ean\ Kv«\|ues de sa circonscription. Ci*aignant d'être mis (Ml demeure, d'un moment à Tautre, de donner cette coiUirmation à irvèipie élu du Finistéiv, il voulut couper rourt à toute demande à cet égard, en déclarant publiquement que rien au monde ne pourrait le forcer à poser cet acte anticanonique. Tressé, à diverses reprises^

Tr&cttreur-général-syndic r]'Ille-et-Vilaine. de iDellre à exoculion dans son diocèse la nouvelle orgaiiïsaiion du clergé. M*' de Oirac s'y refusa neltement. tont «11 expriniiint son regrel de iih pouvoir tenir une autre ligne de conduite. A sa réponse, il joignit une copie de VBX'jHitUioii dex printipes sur la Cnnslitulinii civile du clergé par les évéqaes députés à l'Assemblée nalioaale(l). puis une déclaration qa'il publiait lai-ménie. Celle diVIaration fut regardéo comme une des plus solides réïatalions de la Conslitutinn impie élaborée par l'Assemblée. Voici ce qu'en pensait le judicieux abbé Barruel:

« La doctrine de M. l'Év^ijuc de Rennes est partout « égalemeul solide, également lumineuse ; partout on y « distingue également et cet esprit de logiijue saine, « exacte, précise, ijui déconcerte les raisonneurs du jour, « el ces connaissances, soit du dogme, soit de la disci- ■ pline. qui n'abandonnent rien à l'esprit de système. « Partout on y reconnaît cet esprit solide que tous les « sopbismes du jour ne sauraient élilouir, et cette fer- « mêle si digne d'un Évéque. qui ne cédera pas ans « puissances du siècle les vérités de l'Évangile. » (Joiirnat eccléMastûiuo de Barruel. — Année 4791.)

Il serait trop long de reproduire ici tout ce savant

écrit : nous en ettraierous seulement les lignes qai le

terminent et sont lomme le résumé et les conciusinns

de l'ouvrage.

(Ij i elle .■v|i(psi[iipn iliiiil M. (le Bohjçetfn, archevfqnp d'Ah. était l'aiii<-iir. lui ii'.|[-r.' .m iKitn deslreiiteprelHtsdëpulMâ lAsscmMtlc. Olir \nrv lui -.r-ni, jjar cux lous, Hdresst'e au Pape, le 10 oi-iahte I .:n>. '1 imijinT li' jo du w\èaui mois, O'e-st un examen approfondi (le ih^ii-uniieH nrlirlusde la rnueuiie ConstUnlionAonX l'auteur bit voir clain-meDl le venin, le faux et l'opposition aux lois de la dtaiplinc dtr lEgUse. Tous les é\éques de I''raoa' adbértimil A Mttc rjrpoihion. 1\ T^xr^plioii de <iualre uui aposlasi^rent blunCit. \.es «kain» r.apilulain>j dr Quimper, suivis par un grand nombre dt! prMre» lin diocèse, avaient joint leur uilhésion â celle des évêquett. Ui te ?8 novembre.

4( r Je me rendrais coupable d'usurpation, si je pre- « nais le titre de métropolitain, si j'en remplissais les « fonctions, et si j'exerçais l'autorité épiscopale dans les « paroisses du département d'Ille-et- Vilaine qui ne sont « pas de mon diocèse, jusqu'à ce que l'Église en ait « accordé le droit à mon siège. Tous les actes de juri- « diction que je ferais, soit comme métropolitain, soit « comme évoque d'un territoire étranger au diocèse « que l'Église m'a confié, seraient également nuls et de « nul effet.

« 3^ Tant que l'Église n'aura point prononcé sur les « élections prescrites pour remplir les évêchés et les « cures, je ne serai autorisé ni à les regarder comme « canoniques, ni à instituer les curés ainsi élus ; mais « j'aurai le plus grand soin de pourvoir à ce que les « fidèles des paroisses ne soient point privés des secours « spirituels.

« 3*" Il n'est pas en mon pouvoir de concourir à la «1 sup|)ression du fJiapitre de mon église cathédrale, ni « conséquemment de nommer des vicaires pour le rem- H placer, à moins (|ue l'Église n'ordonne cette suppres- ^ sion et l'établissement de ces vicaires.

* i" A l'égard des autres bénéfice^ qu'il serait utile « d'ériger ou de supprimer ilans mon diocèse, je donn nerai, si j'en suis requis, non un simple avis, mais « un déerel, a|)rès avoir rempli les formalités prescrites H par le Concile œcuménique de Constance.

n ;>** Je ferai toujours profession de croire et d'ensei- •< gner que le Souverain Pontife a, de droit divin, dans n toute rÉglise. une primauté de juridiction, laquelle '^ doit être exercée en la forme déterminée par les lois * canonifpies

n iV Je me réserve de manifester la doctrine de Vi^

sur ifnelques antres articles de la oonvel

• Ihution lin clergé

« Ces déterminations, que la loi dn devoir m'a senle 41 inspirées, sont toutes subordonnées à la décision df.

• riîglisfs arbitre suprême de sa disciplint;, et juge in-

« billible de la doctrine qui en est le fondement

Si le démon de l'ambition n'avait possédé à un point ÎDeJprimable le cœur du traftre Expilly : si. par un juste rhâliniKiil de Dion, il n'avait été aveuglé par t'esprit de meoiODge el d'erreur, il aurait dû être toucbé et éclaire par la déclaration si lumineuse et si pressanle de M"' de fîirac. Mais non 1 comme Judas, possédé par le démon de l'avaricii, demeura insensible aux reproches de son (livii) Maîtn^ et le livra {)i>ur 30 pièces d'.irgent , ainsi le misérable resta insensible à la voix de la vérité et trahit tous ses devoirs, pour l'éclat d'une diguilé redoutable aux plus grands saints eus-niéraes. y«f«i facix, fiif àtiut t l.àche ambitieux, puisi|ue tn veux consommer bitt crime, fais le donc au plus vile !

tl y avait à peine un mois i|ne la déclaration de l'É- Téqne de Rennes avait paru, lorsqu'Expilty, toujours oib6is&3tH. just/u'au scrupule, aux décrets de l'Assemblée ifa'n avait juré d'observer, se présenta, le 1 1 Janvier 1791. â l'hôtel de ce prélat, alors malade à Paris. Il venait, accompagné de deux notaires, demaniler à celui qa'il appeLiit son métropoliUiin la contirmation, l'institHlion el la consécration épiscopales dont il avait besoin. pour remplir couxlilultonïteliemeul tous les devoirs de sa tiouvelle charge. M*" de Giracsans lui reruser posïlivemeot.ce qu'il sollicitait, lui adressa ces seules paroles :

« Je désire qu'il me soit laissé copie de votre réqnisi- « tion, afin que je puisse y répondre, après mûres ré- « flexions. » Prenant cette réponse pour un refus formel, l'intéressé se relira très-mécontent. Rentré chex lui, il crut cependant devoir faire dresser, par les deux témoins, le procès-verbal de sa démarche près de l'Évoque de Rennes auquel il en transmit copie.

Quatre jours après, toujours accompagné de ses deux notaires, il revint auprès de M»' de Girac, le priant de lui accorder l'objet de sa première demande. Voici, d'après le procès-verbal de cette seconde visite, ce que répondit le vénérable prélat :

« A quoi mon dit sieur Évéque, métropolitain, a ré- « pondu qu'après avoir examiné mûrement la réquisition « à lui faite par l'acte dont l'expédition est d'autre « part, par le dit sieur Expilly, il croit devoir, avant 4( tout, protester contre la qualité de métropolitain qui « lui est donnée par le requérant, et contre les àéno- « minations d'Évêques des départements d'ille-et- Vilaine « et du Finistère, en tant qu'on voudrait en induire « une extension de la juridiction spirituelle sur les ter- « ritoires des diocèses voisins, juridiction que les Évê- 4( ques de Quimper et de Rennes ne peuvent exercer, « sans y être autorisés par l'Église. y>

Après avoir développé (suivant le procès-verbal ) ces principes avec la |)lus grande lucidité ; après avoir exposé les raisons qu'avait eues l'Église d'abolir l'ancienne forme des élections et fait voir la nullité de celle d'Expilly, l'Évèque de Rennes s'attache à prouver qu'il loi est défendu, sous les peines spirituelles les plus graves, de prendre le titre de métropolitain et d'en exercer les fonctions.

« D'après ces motifs, continue le procès-verbal, mon

1 déclaré i[u'il l'ait i « na requérant l'institution canonique <le l'évâché de

• Ouimpor, cl l'a conjnré, au nom de toute l'Église

• caUiulii[uo, (Its considérer combien il répandrait d'a-

< larmes dans toutes les consciences des tidèles, s'il

• «xei'çail les Tonctions épiscopales, sans une misâioii te légitime et avouée par l'Église, et de méditer sérieu- « scment l'anathéme prononcé par Jésus-Christ contre « ItJ pasteur qui n'entre pas dans le bercail par la véri- *. table porte.

« Et a mon dit sieur Evëque signé sa présente ré- « ponse, eo pareil endroit de la minute des présentes. « El de sa part, « Le dit sieur Expilly a déclaré qu'attendu le refus

• porté par la réponse ci-dessus, il se réserve, même « proleste, en tant que besoin, de se pourvoir par les

< voies de droit et aux termes des décrets. » Repoussé avec perte par lo vaillant Évéque de Rennes,

le malhenreux recteur de Saint-Martiii se trouvait dans la nécessité, aux termes de la ComlUution. de recourir an plus ancien Évêqne de l'arrotidissemeni de la métropole. (C'était le nouveau stvie ecclésiastique inventé par Messieurs les patriotes 1)

Sur les entrefaites, parut le décret qui autorisait les districts à choisir l'Évéque instituteur. Avec l'agrément de sou districl, Expilly eut reconrs à un Évéque tristemenl célèbre dans l'iiialoire de notre pays, à un Évéque qui fui et sera, à tout jamais, la honte du sacerdoce et M répi>iopat. ('.e prélat élail Talleyrand-Périgur-d, Évoque d'Autun. (1) Fanatique partisan île la Révolution,

(I, \.f Jour de sa consécration. I'Arclievf<|up de Paris, son oncie, qui (p Kirra.lui 3(lrcs.<ta ces paroks : — i Ah ! mop ntvcu, j'uimenis mieux, pour le bien de votre âme et celui de l'Église, ^ous voir «einl de ri>|iee que coiffé de la mitre 1 •

ùs» homwm q«î; plu justonent que Paul de Gondi, cardiDal de ftetz, eat pu dire : « J'ai rame la moins ee- « clésiastique que possible » ; naturellement hostile à tout ce qui tenait à la discipline de l'Église» Talleyraod était digne de sacrer ,p6r fas et nefas, l'indigne Expilly.

Après avoir tout d'abord accepté, sans difficulté, ce qu'on lui demandait, Tailleyrand eut l'air d'hésiter un peu, sur les diverses représentations qui lui furent faites par plusieurs de ses collègues dans l'épiscopat et d'autres personnes attachées à l'Église. On lui représenta, entr'autres choses, que cette première institution el consécration d'un Évèque constitutionnel allait établir dans le royaume le schisme qui n'y existait pas encore. On crut, un instant, que TÉvêque d'Autun était touché et qu'il renoncerait à instituer et à consacrer Expilly. Il parut si ébranlé que, le 23 Février 1791, veille du jour fixé pour le sacre, il promettait de n'y point prendre part. Mais l'émotion de Talleyrand n'était pas plus vraie que sa promesse : habitué à fouler aux pieds les devoirs les plus sacrés, ce prélat prévaricateur ne reculait pas devant un sacrilège. Le lendemain, 24 Février, jour de Saint Mathias, il consacra Louis-Alexandre Expilly et Charles Marolles, nommés par l'Assemblée nationale, le premier Évèque du Finistère, le second Évèque de l'Aisne. La cérémonie eut lieu dans la chapelle des Oratoriens de la rue Saint-Honoré, à Paris. Le prélat consécrateur était assisté par deux Évoques dignes de lui et de ceux {{\x\ recevaient par son ministère le caractère épiscopal : c'étaient les Évèques de Babylone, Miroudot du Bourg, et de Lydda, Gobel, devenu peu après intrus de Paris. (I)

(1) Ce dernier prit part à toutes les orgies sacrilèges de 1793.

' de fêt6 tixé

pour

le sacre de cea*

^ôu

iloDTie lieu à un roulraâlc frappuiit. Saint Matliiiis est tmmt^iliMlemmit choisi par Dieu : Expilly et (iobel aoDt choisi:» |Kti' l'Assemblée nationale contre tout droit ilivin Bl ecclésiaiïtiquc. {in*;\ |iarall^lo encore à établir entre les trois pontife» coDâUiutionnels qui.ea consacrant ces ùeta ÉvOquos, consacraient le scbisnie, et saint Pierre ttt â«s collègues i{ai,en clioisiâsant Maltiias, perpétuaient l'apostolat de Jésus-i;hrisl.

Ainsi Tut consommé en France, par !<■ l'ait il'un êvéque sans conscience ()), le schisme <|ui a causé tant de mal parmi uoiis; ce schisme qui fut un des événements les plus désastreux de celte sinistre époque ; ce schisme dont les traces n'ont pas encoru. hélas ! disparu dn sol de notre piiys.

Immédiatement après la cérémonie de ce triste ;<>acre aoipiel on avait, à dessein, voulu donner le plus de pompe possible, Expilly, accompagné de son confrère Marolles. escorté de troupes nombreuses, fat conduit triomphalement à l'Assemblée nationale, au son joyeux du tambour et de la musiqui;. Là, il reçut l'accueil le pins enthousiaste de la part de ses collègues patriotes ; ils saluaient en la personne de ce pontife apostat, dont le front ruisselait encore de l'onction sacrilège faite par fftlleyrand, ils saluaient, en sa personne, le triomphe ite leur cause et de leurs principes subversifs de toute

^■1 QuHDtl on uKamina diins \e Concile de Rome, lenu sous le pape Ëainl Mi'lcliiade ou Milliade. t'afTaire des Donalisles. un ^vOi)ue d'AiiUin iiommi! Rêlicius, qui vou te premier, peut-éuv eomuit^ It;

(iIdi anrien Ue» évËijups présents. Tut aussi le premier à voler pour 1 condamnaiion du Dotialismr.

C'est une clrunsUnce digne de remarque {|u'un èvéque d'Aulun, aa iir si^xle. ail porté le [iremier coup au aciiisme des Dunalisles, et ija'un évMuc d'Aututi . au xvjii' sMe, ait donné naissance au wbiHiH! iiiii dOtula la France, l^ contraste n'esl-ii iws rra|q>aj)t?

autorité. Qaant aux Évéques fidèles à Dieu et à l'Église, qui siégeaieut au sein de T Assemblée, ils ne pureot ouvrir leurs bras au mercenaire qui, semblable à un loup ravissant, entrait par la fenêtre dans la bergerie. Au milieu des cris de joie et des félicitations qui retentissaient partout autour d'eux, ils gardaient un morne silence, en poussant de longs soupirs I

Trois jours après, Expilly, toujours suivi de MaroUes, alla se présenter devant Louis XVI, pour prêter entre les mains de ce souverain, alors sans autorité, un serment de fidélité auquel il ne devait pas tarder à manquer. Naturellement audacieux et impertinent, TÉvêque du Finistère prit la parole et osa manifester au Roi ses opinions politiques, avec une outrecuidance qui aurait mérité une répression immédiate de la part d'un prince moins faible : ce langage Ut la plus pénible impression sur tous les auditeurs et laissa du sujet la plus fâcheuse idée...

Revêtu du caractère épiscopal, puisqu'il l'avait reçu ^illicitement, il est vrai, et contre toutes les règles de rÉglise) des mains d*un évêque vraiment pourvu luimême de ce caractère, Expilly, arrivé au but de ses désirs, a hâte de se rendre dans le pays qu'il appelle son diocèse, et qui ne lui appartient à aucun titre, l/èvêque d'Autun a bien pu lui donner le caractère épiscopal ; mais il n'a pu lui donner ni la confirmation, ni l'institution canonique, pas plus que lui conférer sur le département du Finistère une juridiction qu'il ne possédait pas lui-même, qu'il n'était pas légitimement autorisé à lui conférer. « L'ancienne discipline, invoquée par les défenseurs mêmes de la Constitution du clergé, attribuait le droit de confirmation aux métropolitains ou «lUx conciles provinciaux. Or, ni les uns ni les autres

lirenl les nouveaas évèques. Ils ti'earent donc point dB mission. VaiDemcut s'avisèrent-iU de dire, pour se tirer d'affaire, que leur ordination seule Im ioTcstissait de ions les pouvoirs. Ou réfuta cette prélfiRtiou inventée par le besoin (I). »

Celui qni se nomme évèque du Finistère ne l'est donc paj en réalité, [luisrju'il n'a aucune Juridiction sur ce lerriloire, puisqu'il n'y est pas envoyé par l'autorilé du dief de l'Église. Mais peu lui importe : le faux pasteur a soif d'honneurs ; il brrtle de recevoir les hommages el les acclamations de son troupeau. Il part donc de Paris el, lo 12 Mars 1791 , l'intrus fait son entrée à yuimper (3).

Le i«mps était calme et serein, comme aux plus beaux jonrs. Aussi les patriotes de ta ville s'étaient portés eu foule sur la route, pour rendre, les premiers. leurs devoirs an fils aine de la Constitution, dite civile, du clergé. Comme pour le passage des princes, la garde I nationale et les soldais de la garnison étaient allés an ' devant de lui ; on avait placé de distance en distance des boîtes et des canons qni devaient annoncer son arrivée. A peine le cortège se fut-il mis en marche, au premier coup de canon, le ciel se couvrit d'un brouillard si épais que l'on se trouva dans les ténèbres : à peine

tl) Mémoire |ii>ur senlr il l'histoire ecclésiastique —Année 1791, p. tli, tome 111.

Cnl.i'VDidU qu'Cxpillyse ivndU loutd'uhdrdâ llnistorilespairioled de a vtni! natal«> lui lirenl l'accueil \e (dus bnivanl r il fiiT reçu, au bruit dn canon, par toutes les autoriléH civIlK». mllilaire» et marinmes. Le citoyen iïvù((ue rayonnait ext^rieurcmeni de bnnlieur; mais la joie qui appuniiuaii sur son front élail-elle au fond de mid cœur coupablti / Il n'y a pis de paix, par e.i>nsfH{uenl pas de jnie rwile, puor l'Impie, dU le Seifinttur I... iHIsl, de Brest, tome III, p. ihit.)

pouvait-on se voir et se reconnaftre à quelques pas I La confusion la plus complète se mit dans la marche du cortège militaire qui regagna la ville dans un pêlemêle affreux.

Tout le monde fut frappé de cet événement : on le rapprocha de celui qui marqua Télection de Tintrus. C'était, on s'en souvient, le matin ou plutôt la nuit du jour des morts : une tempête horrible éclata. Et ce fut,à la lueur sinistre des éclairs, au bruit de la foudre et au milieu des cris d'une plèbe avinée qu'eut lieu la nomination de rÉvêque apostat. Le ciel semblait protester contre ce choix ignoble I

Le héros de cette néfaste journée, perdu dans la foule, arrive cependant au palais épiscopal.-Il y trouve préparé un splendide souper,servi en maigre et même en gras, bien que Ton fût en carême. Plus de cinquante convives, choisis parmi les meilleurs patriotes de toutes les classes de la société, s'assirent à ce banquet peu épiscopal (1). On but, à plusieurs reprises, à la santé du citoyen Évéqiie ; et tandis que la musique exécutait le fameux air : ÇA ira I l'amphytrion et ses dignes convives l'accompagnaient de leurs voix (2). Quelle harmonie pour charmer les oreilles d'un prêtre habitué aux chants pieux de l'Église I Quel chant pour celui dont les lèvres avaient été consacrées à l'Évangile, pour celui qui, comme l'Église dont il était le ministre, devait avoir horreur du

(1) Parmi les convives, on remarqua (pro/i pttdor !) un bomme, connu dans toute la ville, pour exercer l'infâme commerce appelé par les laUns lenocinium.

(2) Le canonnier qui avait fait jouer son artillerie pour l'entrée d'Expilly, après avoir brûlé beaucoup de poudre en son honneur, voulut encore le saluer, le verre à la main, et lui adressant la parole, lui dit en termes de l'art ; « Monsieur Viivéqu^, si vous n'avez pas c une institution canonique, au moins avez-vou^ une réception « canonique. » — (Note de M. Boissière).

sfing ! Crt homme était par état Ihomme de lapaix (iy, il (levait la porleï Pl la prêcher autour fie lui ; et il entoanait l'hymne de haine el du mort , cet air que duntaient les bourreaux de la Uévolution.en condatsaot il l'écbafaod les prêtres et les chrétien» fidètsâ à leurs ili»oir& MI

Voilà les Évoques que donnait la nation aux diocèses! ¥oilà les pasteurs qu'elle préposait à la conduite des KdélMl

Ad reste. Expilly était logique dans sa cooiluite : il tirait 'tfls coDséquencea des principes qu'il défendait ; il se 'moDlrail le digne serviteur de la cause qu'il avait embrassée.

« En passant à Quimperlé, dit M. Boissière, à 9 lieues JeQuimper. Expilly s'était informé s'il y avait un club établi dans cette ville : c'était sans doute une chose ialére&sante pour un Évéque constitutionnel; aussi, dés (c lendemain de son arrivée k Qulmpei'. sa transporta-t-il I club, au bruit du canon, et il y ouvrit sa carrière apCHtolique, eu applaudissant à cette hnabk institution dool il continua d'être le fauteur et l'àme.

• il est vrai qu'il tâchait de cacher ses menées secréles ; mais dans le fait c'était à son instigation que se preoaienl les délibérations, que se faisaient les motions «ontre les prêtres calholiques, les religieuses, etc.

i Cent été peu pour Expilly de borner sa mission à Qaimper et d'y concentrer son zèle constitutionnel ; ii Bmt, à Laiiderneau, à Douarnenez, au Faou, on eu vit des preuves éclatantes el son goùi décidé pour les fêtes paliioliqnes,

.« Il aSiâiâla à une cérémonie patriotique à Douarnene^,

(1) Homopacis mer.

Il était question de mettre le feu à un bûcher. On avait apporté la croix, etc. ; mais au lieu dil Te Dmm qu'on devait apparemment chanter, TÉvêque commença luimême Tair du Çà ira, qui fut continué par la musique. Les gens de la campagne et les marins de ce petit port de mer se retirèrent brusquement avec horreur et indignation.

« En se rendant à Brest, au Carême de 1791, Expilly passa au Faou et y arriva à dix heures du soir. On lui avait préparé un grand souper en gras et en maigre, et grand nombre de patriotes y étaient invités. Sans doute qu'en qualité de voyageur il avait fait sa collation, le matin, pour pouvoir dîner, le soir. A Tissue du souper il se rendit à Téglise et donna la bénédiction du Saint- Sacrement. »

Le lendemain de sa consécration épiscopale, il avait adressé aux lidèles du diocèse de Quimper, qu'il appelait ses ouailles, une lettre pastorale qui est la glorification de la Constitution civile du clergé et l'apologie de la Révolution. Il essaie d'y prouver qu'il est légitimement envoyé. 11 y proteste de son union et de son dévouement au Saint-Siège auquel il veut rester attaché jusqu'à son dernier soupir. Plein de perfidie, cet écrit était de nature à séduire les faibles et les personnes peu éclairées, bien qu'il ne soit qu'un amas de sophismes, d'ignorance et de mauvaise foi. Le faux pasteur se présente au troupeau sous les apparences du bon pasteur, pareil à ces prophètes que Notre Seigneur signalait au peuple juif en ces mots : Ils viennent à vom $ou$ les vêlements des brebis ; mais au fond ce sont des loups ravisseurs.

)rés, le 30 Septembre 1791, l'Assemblée nationale («rmiiiuil son Tunesle mandat, après avoir lioalt^vcr^ê toutes nos institutions civiles et catholiques. Les dépaléâ, qui n'avaient pas sacrifié ces institutions, eo votant avec la majorité, crurent, avant de cesser leurs fonctioas, devoir le déclarer publiquement. Ils rédigèrent, à cet effet, une déclaration qu'ils signèrent le 31 Août 1791, au nombre de deux c«nt dix. Pour répondre à cotte noble déclaration, les évoques intrus, œemlires de l'Assemblée, publièrent un écrit où ils s'efforçaient de justiiier leur apostasie ; il a pour titre : Accord det vrais principes de rÉgliie, de la morale et de Ut raison sur lit Conslilution civile du clergé de France. A la tète des dix-neuf apostats, qui signèrent cet écrit scliismatique et hérétique, figurait Expilly ; en Ba qaaiilé de fils aine de la Révolution, il tenait sans d(Mil« à se distinguer, entre tous ses fréros illégitimes dan& t'épiscopat, par son zélé pour la propagation des doctrines antisociales et anticatholiques. et sa haine contre les lois de l'Eglise, il eut l'impudence, di^ concert avec ses collègues, d'adresser ce faclum au Pape Pie V|, avec une lettre qui est un tissu de mensonges et un monument d'insolence. Entre autres choses, il y était dit que l'ûD avait prévenu le Souverain Pontife contre eux : que le fenalisme seul pouvait porter à repousser la Constitolion civile du clergé. ■■

L'Assemblée législative succéda à l'Assemblée nationale, le 1" Octobre 1791 ; elle hérita de sa haine contre les priiires fidèles ; cette haine attisée par le souffle rAvolulionnaire, qui allait toujours croissant, ne fil qn'angmenler, semblable à la flamme de l'incendie qui étend an loin ses ravages, sous l'action d'un vont Tioleot.

Les principes d'Expilly étant donnés, on comprendra que son gouvernement spirituel devait y être conforme ; imbu des doctrines perverses de la Révolution en général, et nourri tout spécialement des maximes empoisonnées de la Comtitntion, qu'il avait sucées comme le lait d'une mère, il se montra,dans Tadministration du diocèse qu'il avait usurpée, le digne fils de cette mère impie. Le pasteur, uni au souverain Pontife, édifie et plante : tit œdifices et platiles ; — le pasteur schismatique et intrus ne vient que pour détruire et déraciner : — ut destruus et evellas. Le premier édifie , parce qu'il gouverne, suivant les canons de la sainte Église romaine ; le second détruit, parce que, foulant aux pieds ces canons, il n'agit que suivant les principes de l'erreur ou les caprices de son esprit perverti.

Le premier devoir d'un Évèque, celui qui importe le plus au bien des âmes est sans contredit le choix des sujets qu'il destine au service des autels. Que deviendrait un vaisseau et ceux qui le montent, si on lui donnait pour capitaine un homme inexpérimenté, d'une conduite douteuse, et dépourvu de la science nautique nécessaire? Exposé à travers Tocéan à tous les périls de cet élément perfide, il ne tarderait pas à jeter son navire sur un écueil et à ensevelir dans les flots et lui-même et les passagers confiés à ses soins (I).

Que devient un peuple confié à la direction d'un prêtre incapable, ignorant, d'une conduite non éprouvée? Ce prêtre le perdra, en se perdant lui-même.

L'Évêque consciencieux se préoccupe donc par-dessus tout de la formation des jeunes clercs ; il veille avec une

(1) Quoniam, fratrcs charissimi, rcctori navis et navigio de* fnendis eadem est vel securilalis ratio, vel communis timoris,. IHinUflcale Romanum, de ordinatione presbyterij.

sollttntade loultt particulière siii leur noviciat au si aui|ud il n'aijinol ifUti l'cux qui par luur ]>iété,)eui'j>cience H (:i .suiiilt^té «le leur vie, lui (loniienl la conliance qa'ib feront île bons praires.

C'est ajusi 411'agissait par exemple le saint prélat.Monseigneur f\e Saint-Luc : mais bien dilTêrente était la coadojtR <l'Ali!xaiiUre Expilly. Ne tenant aucun compte dos lois de l'Église touchant l'iige.le temps et les inlerslices prescrits pour les ordinations, il ordonnail,oii peut le dire, tous ceuK ijui se présentaient, sans les éprouver 2H point de vue ni Je la science ni de l'intégrité de la vie. Voulanl, à toute furce. avoir des prêtres faits à &oq imai^e, il employait tnu& les moyens pour opérer ces tristes rucrues. On peut dire qu'il allait, en (juelqae sorte, à travers les rues et les chemins, requérant les aveojjltts, le» boiteux, les sourds ei les infirmes pour leur imposer les mains... On l'a vu conférer les saints ordres à dos sujets qui, ayant commencé à étudier le lïUu el ayant abandonné cette étude, venaient s'oUrir à lai. bien assurés que, sous la nouvelle constitution, on pouvait sans science parvenir au :;acerdoce. 11 conféra autamment cet ordre et confia immëdialemenl une paroisse â uu Jeune homme de i2 ou i3 ans, au plus, (pli avait quitté le collège depuis plusieurs années. Sans observer les interstices, il éleva également à la prêtrise •t plaça à la tête d'une paroisse un commis d'administration, âge de plus de cinquante ans, bien que cet homne n'eat subi aucune épreuve, et qu'il n'eut aucune Agence ecclésiastique.

tVimme un respectable ecclésiastique de Quimper lui reprochait, un jour, sa manière de recruter ses prêtres, m lui rappcllant que l'Église avait toujours écarté tes ignorants du sanctuaire, Expilly poussa l'absurdité jus-

qu'à lui dire : Quand on 7ie peut pas travailler la terre avec des chevaux, on la travaille arec des ânes I

Non content de labourer le champ de la sainte Église avec les instruments de l'ignorance la plus crasse et la plus effrontée, cet indigne Évoque attelait encore à son char de labour — ou plutôt de destruction — des hommes sans mœurs et sans considération, des libertins notoires, des repris de justice, des voleurs etc. Plusieurs d'entre eux étaient ce que les saints canons appellent infdines,so\i de fait, soit de droit, ou de fait et de droit en même temps ; mais peu importait : ils étaient patriotes, ou ils feignaient de Tètre : quel titre fallait-il de plus aux prêtres de la Révolution I

Deux séminaristes se disposant à recevoir les ordres sacrés avaient ourdi une infâme calomnie contre un avocat de Quimper, connu par sa probité et son attachement à rÉglise, et un jeune clerc : — nous donnerons plus loin le récit de ce fait. Les accusateurs sont convaincus de mensonge flagrant; on eût cru qu'Expilly les eût rejetés commeJndignes : il n'en fut rien, il leur imposa quand même les mains II! Trois jours après leur ordination au sacerdoce, le jugement définitif a lieu : cette fois, ils sont solennellement et de la manière la plus authentique convaincus de calomnie et de parjure ; tout le monde s'attend à les voir déclarés suspens et interdits do toute fonction ecclésiastique : mais non, peu de jours après, ils partent pour leur destination, revêtus de tous les pouvoirs que prétendait conférer l'Évêque intrus et schismatique.

Au reste, on ne s'étonnera pas de voir Expilly imposer les mains aux premiers venus, aux individus les plus indignes des saints ordres, quand on saura qu'il inaugura ses fonctions pontificales en donnant, contre tout

ilrriii, qaelques semaines après sa consécration sacrilège, l'inslitiilion canoDiiiie au sieur Lecoz. premier évoque mélropolilairi couslitulioiiiiel ilo ReDiies.dont nous parlerons bientôt. Suivant les décrels de la Constitution dtile <lu clergé, cet autre intrus devait demander celte prétendue inâlitutiou à l'Évèque le plus ancien de la métropole. Biun qu'il ne fût évoque que depuis environ deux mois. Expilly se trouvait être déjà le plus a/iden Évéqm de la jeune métropole; c'est donc h lui que s'adressa l'apostat du collège de Quimper : au reste, le soffragaot et le métropolitain étaient encore ici dignes l'un do l'autre, et Claude Le Coz méritait d'avoir pour patron et inttilukmr \lexandre Expilly.

Le fait de ce dernier d'être, à peine sacré, le doyen de tous les Évéqnes de la province, provoqua dans le temps la fine et piquante observation qui suit : « Enlisiint cette remarque, qui ne comparera pas Expilly « aux enfants illégitimes qui, dés leur naissance.sont les m premiers de leur famille, parce que . à proprement « parler, ils ne tiennent à aucune sorte de descendance t légale d'aucune f;imille reconnue! Spu/ritM, suivant un me du droit, non hahet geniem. nec familiam. » lendantcet Évéque illégitime voulait se faire passer htas. de tous pour un pontife légitime ; honteux de I pour les lidéles qu'un Sptirim, il mettait tout en i |KJUr leur donner le change sur sa déshonorante ^ise. Qu'on lise le mandement qu'il adressa, de \, aux lidéles du diocèse de Quimper, dés sa couséeraliou; r'esl un monument d'hypocrisie; il s'y attache Il d'abord à faire croire qu'il est canoniquemenl envoyé «1 qa'il est en communion avec le Saint-Siège.

« Ap|ielé par vos sulTrages, nos trés-chers frères, au c goavernement de l'Église du Finistére.nous avons fait,

« adssitôt que les circonstances nous Tont permis, les « démarches requises par les lois divines et humaines, « pour être revêtu des pouvoirs qui nous sont néces- « saires. )>

Le môme ton de fourberie et de mensonge règne dans tous ses autres mandements : il cherche à légitimer son origine épiscopale, en essayant de justifier la Constitution civile du clergé. Il sait que les fidèles le regardent comme un loup qui a envahi la bergerie, et, pour les tromper,il se couvre des vêtements du pasteur et emprunte son langage.

Telle était la préoccupation d'Expilly de se faire passer pour pasteur légitime qu'il ne se contentait pas de s'en donner les apparences dans ses écrits , il s'efforçait de le démontrer dans toutes ses conversations. En voici deux traits cités par M. l'abbé Boissière, comme indubitablement certains.

Quelque temps après son arrivée à Quimper, il se permit de dire qu'avant de recevoir la consécration épiscopale, il avait consulté sur ce point le Nonce du Pape à Paris, ainsi que le Supérieur d'un des séminaires de cette ville, qu'il nommait; il ajoutait que les deux l'avaient autorisé à se faire sacrer. On écrivit immédiatement à Paris pour s'informer de la vérité de cette afilrmation, et il fut répondu que c'était un impudent mensonge et une infâme calomnie. On fut même autorisé à le déclarer publiquement, pour démasquer le calomniateur. « Mous avons vu nous-même, dit M. Boissière, « la réponse de Monseigneur le Nonce, signée de lui. »

Une autre fois, il raconta qu'un pauvre lui avait prédit à Morlaix (ju'il deviendrait évêque, et que, cette prédiction s'étant réalisée, il fallait y voir la volonté de

Diflu. i'uur pieuvË de ce fait, — très insignifiant en luimême, — il iiii [iroduisail que s.i parole ; mais tout le monde sait que I'od ne doit tenir aucuu compte de l:i parole d'un fourbe el d'un lUËUteur... Mais supposons, un insianl, la vérité de ce fait, il ne pouvait pas prouver du moins qu'Espilly fiit évoque légitime ; c'était cependant le i)ut auquel tendait l'intrus, en le rapportant

Va vrai prophète, Ahias, avait prédit à Jéroboam qu'il serait roi d'Israël ; la prédiction se réalisa, mais Jéroboam n*e[i fui pas moins schismalique et auteur du schisme des Samaritains qui subsiste encore aujourd'hui, prés de trois mille ans depuis sa naissance. (Voii' le 3" Livre des Rois, Cliap. XIl.)

Nous pourrions ajouter à ces deux faits historiques d'autres traits non moins certains, qui achèveraient de peindre le caractère de l'hypocrite Évoque constitutionnel, l'ar exemple, quand les (jens de la campagne l'alliient trouver pour lui demander des dispenses matrimoniales, il les accueillait avec un* familiaritc pleine d'affectation, leur accordant sur-le-champ ce qu'ils désiraient. En leur octroyant ces dispenses, il avait soin de leur faire remarquer l'avantage qu'il y avait à vivre sous le régime de la Constitution : les Évéques pouvaient concéder eux-m^mes toutes les grâces que Rome se réservait auparavant ; il n'en coûtait désonnais rien aux impétrants, tandis que les faveurs ponliticales ne s'obtenaient qu'après beaucoup de démarches el de grands frais, etc. etc..

r.'est en dénigrant ainsi la Conr romaîne,qu'il accusait (le lenteur et de vénalité, et en exaltant le désintéresseowat de son église schistnatiqne ; c'est eu caressant ainsi le peuple ignorant que le faux prélat espérait établir aoprés de lui les fondements d'une autorité, mécon-

nue par les fidèles instruits, et d'une popularité dont il était très-avide...

Mais ce n'est pas tout ; on le voyait, les jours de foire et de marché, se mêler aux paysans dans les rues. Il les abordait en leur serrant la main, s'entretenant avec eux de leurs affaires dans leur langue bretonne, qu'il connaissait en sa qualité d'ancien recteur de Saint- Martin-des-Champs. « Avez-vous, leur disait-il doucereusement quelque grâce à me demander : je suis tout à vous... » — Souvent il les accostait dans l'église, leur disant que, s'ils voulaient se confesser, il était prêt à les entendre.

Expilly voulait, par ces manières pleines d'affabilité et de serviabilité exagérée, capter les pauvres villageois, au détriment de leur attachement à l'Église, au profit du schisme. Ne rappelle-t-il pas Absalon révolté contre David ; ce fils ingrat court au-devant des sujets de son père dans les rues et places publiques ; il les salue, les embrasse avec effusion, les flatte, leur propose ses services, leur fait des promesses, etc., espérant de la sorte les gagner à sa cause impie, en les détachant de celle de leur souverain légitime î (1)

Non content d'employer vis-à-vis du peuple tous ces moyens de séduction, il mettait tont en œuvre pour entraîner les prêtres fidèles dans la prestation du serment à la nouvelle Constitution. Pour arriver à ses fins, il tâchait par les sophismes les plus spécieux de leur prouver l'innocuité de ce serment ; il les caressait, leur offrait les plus beaux bénéfices... Quand on résistait à ses arguments et à ses offres, il changeait de tactique ; en

(I) Et manè consurgens Absalon etc... ^ ^ Liv. des Rois, Chtp. XV. V. 1 à 6.

^r*î mweeDïire qa'il 6taii, il meiiait ces prêtres eonragiMix en face de la misère, de la persécution, des cachots, de l'exil et de la mort sur 1 «cliafaad.

On raconte qu'étant allé à Morlaix, après son sacre, il voulut entraîner dans le schisme son ancien vicaire, M. Guericsqiiio. Après avoir (enté en vain de le gagner par le sèdnisant mirage des honneurs ecclésiastiques et lia postf lucratif qu'il lui promettait, il cnit sans doute élwanler cette volonté énergique, en lui faisant entrevoir l'iodigetire h laquelle le condamnait son opiniâtreté, et en lui jetant vivement ces dernières paroles : « Eh I que ferez-vous donc, monsieur, pour vivre 1 * — A ces mots, lo vicaire se levant avec dignité et regardant fixement son interlocuteur lui fit cette réponse sublime : « Et TOUS, monsieur le recteur, comment ferez-vous donc pour mourir ? *

On sait comment mourut le malheureux Espillv.

En sa qualité d'administrateur du Finistère et de fédéraliste, il fut arrêté, ainsi que ses collègues. (1) V\af.è d'abonl dans la prison de Morlaix, où il se trouvait au moment de son arrestation, il supplia en vain les admioistrateurs de ce district de l'y laisser ; oti le réuoil bientôt à ses co-accusés sons les sombre* voûtes des cachots du château de Brest. Juste châtiment de Dieu : cet évèque inhumain avait fait jeter dans celle prison ses anciens confrères, et c'est là même qu'il va ltii-aDs;i. eu attendant l'écliafaud, porter ta f^iue de ses iniquités, heureux encore s'il avait voulu y rentrer en lui-même et revenir au giron de cette Église romaine qu'il avait abandooné, pour se jeter dans le^ bras de la RèTolutioo. Mais non : il mourut comme il avait vécu,

(I) Pour avoir bit appel aui dtparUtnenU dr l'Ouest contre ta CoBTenttoo.

depuis quelques années, dans le schisme, sans donner aucun signe de repentir, le 3 Prairial an II (le 22 Mai 1794).

On dit qu'avant de monter à Téchafaud, il voulut exhorter ses compagnons à mourir courageusement. « Cou- « rage, mes amis, leur dit-il, nous allons ce soir souper « avec les anges. » Un certain Prédour, père de cinq à six enfants, lui répondit : « sans tête, citoyen. »

D'autres ont écrit qu'il s'écria, lorsqu'il entendit prononcer la sentence qui le condamnait, le matin, à mourir le soir : « C'est terrible de paraître, le même jour, de- <r vaut le tribunal des hommes et celui de Dieu 1 » Puissent ces dernières paroles avoir exprimé quelques sentiments de repentir I Mais, n'y a-t-il pas lieu de croire que ce ne fut qu'une exclamation de terreur inefficace , puisque l'Évêque schismatique est mort , en criant : Vive la République I cette République hostile à l'Église, cette République altérée de sang et de brigandage, dont les crimes seront , à tout jamais, la honte et l'épouvantail de l'humanité I C'est, on l'avouera, un acte de contrition peu rassurant, en ce moment suprême, pour un prêtre, pour un Évêque qui se fit le partisan et le serviteur de cette République.

Le lecteur n'a pas oublié la déclaration de Monseigneur de Saint-Luc, signée par les prêtres du diocèse, contre la Constitution civile du clergé... Tandis que ces prêtres affirmaient publiquement leur foi, à Quimper, au mépris de tous les périls, il se trouva dans la même ville un ecclésiastique, qui reniant tous les principes de l'Église, osa défendre ce que ses confrères avaient con-

premici's. craignant IHeu, ri'espérajit (|q« la ri';coni|»ense éteriiellf. iiréfèraioiil mourir plulot que de souiller leur kmc. I.e second, rempli d'orgaeil. [ioussé par le d^ii' ù'aminccr.aa vit.dauâ la cii-co(istance,i{iie son iDlérélperâouiiL'l et l'occasion de se sigualer.d'utie manière éclaUute, aux yeux de la Révolution. A quoi ne pousse pas l'amliitionï Déjà connu par son patriniisnn-, il avait mérité, â raiise de son zèle pour les nouvelles doctrines, d'être nomme procureur-syndic du District de Quimpor. Ce préUf transfuge, nommé Claude Le i'.oz, était principal du collège. Né à Plonévez-l'orzay, paroisse rurale (In diocèse de OuiiQP'^i', il appartenait h nue famille Irès-obscure et peu aisée. Sou père était un simple tisserand t|ui gagnait péniblement sa vie, en Taisant de U.;jrt>sst' toile de campagne. Quoiqu'il en soit. Claude Le Coz |jut faire des études; el comme il ne manquait ni d'intelligence ni de mérite, il obtint d'abord nne cfaaire de professeur de grammaire à Quimper, puis une chaire de littérature au collège Touis-le-Grand à Paris. Plus tard, il revint à Quimper et fut mis k la l^te du collège, comme princi[>al. 11 était humaniste ; il cultivait tes lettres avec un certain succès ; il réussissait même dans la poésie. A l'arrivée dans son diocèse de Mgr lie Flammurens. évéi[ae de Quimper, il lui présenta une odi- qui fut très goûtée et très louée. Le Coz était dune un homme lettré ; mais il avait plus de forme que Je fuud : son style est creux et ampoulé. De mœurs irréprocliables. il jouissait, dans le pays, d'une certaine ciinsidéialion. D'un cœur compatissant et vraiment généreux, il avait plusieurs amis. C'était peut-être te plus honnête dos constitulionnols I Mais avec ces vertus httmainex. il avait des défauts essentiels. D'un esprit Itger ul volage, il ne su tixait k rien ; il eOleuraît tout

sans rieo approfondir. Amatear de noayeautés, il se jetait» tôte baissée, dans tout ce qui était noaveaa et étrange : c'est ainsi qu'il se lança aveuglément dans Tétude des aérostats et qu'il embrassa le mesmérisme.

D'une vanité très-grande, il ne doutait de rien : il s'imaginait tout savoir, sciences naturelles, exactes, physique, chimie, médecine, histoire, poésie, théologie, droit canonique, — et cependant il ne savait rien à fond, parce qu'il avait plus lu qu'étudié. Hélas I que d'hommes lui ressemblent sur ce point! On se croit savant, parce qu'on lit beaucoup, sans réfléchir, sans méditer. On se croit savant, parceque l'on a dans la mémoire une foule de connaissances confuses et mal digérées. Alors l'esprit s'enfle comme le ballon gonflé par l'air. Mais de môme que ce ballon, lorsqu'il n'est pas suffisamment lesté, devient le jouet du vent et finit par tomber à terre et se briser ; ainsi l'esprit de l'homme superficiel n'ayant pas, dans une science réelle, un lest, un contrepoids suffisant, devient le jouet de toutes les illusions ; il flotte à tout vent de doctrine, puis il tombe au fond de l'abîme de toutes les erreurs.

Tel était le principal du collège de Quimper ; tel était le prêtre qui mit sa science ecclésiastique au service de la Révolution, en écrivant l'apologie de la Constitution civile du clergé. Au reste, ce prêtre ira plus loin : le premier pas franchi, il ne s'arrêtera point au milieu de la carrière . . .

Quand parurent les observations apologétiques de Claude Le Coz, des gens très-compétents lui en contestèrent la paternité. On prétendit qu'elles étaient l'œuvre de l'ingrat Camus, avocat du clergé. Quoiqu'il en soit de cette question, qu'il nous importe peu d'examiner l'écrit schismatique fut imprimé aux frais du départe-

iwol (ta Kaisiére. ailrassé dans toute la France, et réimprinié aax frais d'un grand nombre de déparleinents. Il esi assez pit|nani de mfinttonoei' ici l'approbattoQ dooaèe par le directoire du dêparlement du Finistère au maauâcrît de Le Coz : utie comuiissioa de tliéalogïcus ou de canonistes, la congrégiilion d« Vlnilex elle-même n'eassenl pas donné aussi solennelleraeut l'imprimatur i un ouvrage de premier mérite :

« Considérant combien il est essentiel de ne pas égarer « le peuple sur la pureté des principes consignés dans « les décrets de l'Assemblée natiouale, relatifs à la Cons- 1 titutioa civile du clergé, de faire voir la conformité « de ces principes avec la doctrine des apôtres et des « conciles, avec les maximes des plus saints et des plus

< savants docteurs, avec les usages de la primitive Église, * arec les pratiques de ces temps de ferveur et de zèle « réritablemeiit évangélique, où le christianisme ublint

< ses plus beaux triomphes, etc.. »

Le directoire arrêta d'approuver toutes les observations contenues dans le manuscrit qui lui était présenté, de leur donner la plus grande publicité...; d'en adresser à tous les districts et municipalités du ressort, avec recomlOandalion expresse d'en donner prompte connaissance, principalement aux citoyens des campagnes ; d'en adresser an exemplaire à chacun des quatre-vingt-deux autres départements ; d'en envoyer également k l'Assemblée nationale et au Roi (1).

Cette pompeuse et solennelle approbation dut llatter ^nguliêrement et gonfler d'orgueil l'esprit si vaniteux ii l'anteur : il en fut aveuglé ! On verra que ces éloges lai venant de laïques incompétents le touchaient plus

|l) Tresvaux, T. I, p. 108.

que la critique et le blâme de ses supérieurs iMxlésia^ tiques : ces derniers seuls avaient cependant qualité et science pour juger son livre.

Dans cet écrit, sous le titre : Observations sur le décret de l'Assemblée nutionale pour la constitution civile du clergé et la fixation de son traitement... adressées aux citoyens du département du Finistère, il essaie, au mo* yen d*une science de mauvais aloi, de tromper les fidèles et les prêtres peu instruits, en leur montrant l'orthodoxie et la légitimité du décret inique de l'Assemblée. Qu'y a-t-il de plus hypocrite que le début de cette œuvre de mensonge ? L'écrivain annonce ce qu'il a entrepris de prouver, — le lecteur en jugera :

« Nous osons assurer que, des divers articles que « contient le décret de l'Assemblée, il n'en est aucun 4( qui ne tende à ramener l'ancienne discipline et les Mi plus beaux jours du christianisme. Pour vous en con- H vaincre, pour écarter de votre foi les moindres alar- « mes, les moindres inquiétudes, nous allons ici analyser <i ces articles : ils peuvent se réduire à cinq chefs : ^ {"* l'élection des évêques et des autres pasteurs remise 4( au peuple ; 2'' la défense de recourir à Rome, pour « l'institution canonique et les fonctions administratives H des diocèses et des paroissses ; S"" la forme actuelle « des chapitres abolis ; 4** le nombre des évèchés ré- ^ duit ; o"" les biens des ecclésiastiques et des religieux « déclarés à la disposition de la nation. Or, de tous ces ^ articles, il n'en est aucun qui contredise l'esprit de la « religion ou la discipline primitive de l'Église. »

Justement émus de la publication de ce livre dangereux, les vicaires capitulaires commencèrent tout d*abord par avertir charitablement l'auteur, en lui signalant les erreurs qu'il y enseignait et le suppliant de les rétracter.

'Gomneil ne tint aticmi compte ûti Iftir aTertissemiïnt, e«s M«$sieurâ se lirenl nn devoir <)e le réruter. Ils publièreiil, dan? ce biii, eii réponse aux Obseroatiom de Claude I.e Ooz. uit uurrage qai ne Uis^aJt rien à iJi^sirer, Umt sous le rapport Je^ arguments que sous celui da slyle : cet écrit était dil à ta plume d'uu savant ni reiptciahk ecclésùislique dont te nom est resté inconnu. Afin de lui donner plus de poids et de force, ils y ajout^rtnil uno approbation par la<juelle ii:^ déclaraient l'adopter en entier. Usant du droit que leur conférait leur litre d'admitiistraieurs du diocèse ; se rappelant te devoir qui leur iui^ombail, comme gardiens de la foi et deâ vrais principes, ils rédigèrent cet acte du manière à uosurer les doctrines du livre attaqué, en termes si nets M si précis que Itss plus simples fidèles pussent en apercsToir [OQle la fausseté et le venin.

La réponse de MM. les vicaires capilulaii-es eut un grand retentissement el fit sensation. Le principal du collège en fut trés-ému : on dit même qu'il en fut outré, au point de sommer ces Messieurs de nommer l'auteur de leur publication. (^Ux-ci répondirent qu'ils avaient adopté et approuvé cet écrit ; qu'ils en étaient par con- Sàqoeot responsables ; qu'au reste M. Le i^z pouvait, s'il le voulait, les attaquer et leur répliquer.

Avec un air plus guerrier que jamais, mais au fond trés-déconcerté, le procureur-syndic sortit de nouveau da Tmirreau sa plume, celte plume vendue à la Révolulion I 11 entreprit de réduire en poudre les arguments lie ses adversaires, par une réfutation complète de leur oorrage. Tris à cbftque page de son livre, en llagrunt dtiit d'ignorance, de plagiat, d'Iiypocrisie, de mensonge. de mauvaise foi, do contradictions..., il ru^it comme un Uon, percé à mort par une lléche lancée par une main

puissante. Mais comme cet animal ainsi blessé tente an suprême effort, en se ruant sur son ennemi, de môme M. Le Coz riposte à ses adversaires, en livrant à l'impression un écrit où il essaie de se laver de toutes les accusations portées contre lui. Mais que peut-on faire, quand on défend une mauvaise cause ? La réponse fat faible et impuissante : c'était le trait dont parle Virgile, que Tauteur avait sans doute plus étudié que les écrivains sacrés : Telum imbelle, sine iclu I

Afin de déverser le mépris et Todieux sur MM. les vicaires généraux, l'auteur avait joint à son livre ane feuille v(»lante, dans laquelle, oubliant tout ce qui était dû à leur caractère, à leur dignité et à leur autorité, il les insultait grossièrement. Ce trait, tout perfide qu'il était, (il pouvait égarer les ignorants) avait encore moins de force que le premier : il ne pouvait atteindre ceux contre lesquels il était dirigé. Tout le monde connaissait, estimait et vénérait MM. les vicaires capitulaires» tant à cause de leurs vertus sacerdotales que de leur science ecclésiastique.

Le Coz terminait cette invective, en disant que, s'il avait pu découvrir Tauteur de la brochure qui l'attaquait, il Veut sommé de se rendre dans nne salle publique, pour discuter, devant une commission d'hommes honnêtes et capables, les fausses assertions avancées contre lui ; qu'en tout cas, ceux qui s'obstinaient à ne pas le nommer pouvaient prendre sa place. . . Sûrs de la vérité de lout ce que contenait leur réponse, désireux d'en finir avec cet audacieux imposteur, les vicaires capitulaires acceptèrent immédiatement le défi. Us lui proposèrent donc une conférence publique, s'engageant à soutenir et à prouver, d'après les auteurs et les aatorités mêmes cités par lui, tout ce qu'ils avaient avancé de sa mauvaise

té. de iÉS plagiats, eu crite principal lit il'aburd semblant d'accepler la proposition, crojaril sans doute, à force d'effronterie, en imposer au public et à ses adversaires. Mais quand il fallut s'avancer sur le terrain, sentant te défini de sa cuirasse, le Taleureux défenseur des idées révolutionnaires employa toute âortti di! moyens et de rnsus pour rester en arriére. Au jour fixé pour la conférence, M.M. les vicaires géncranx s'y présentèrent; c'est en vain qu'ils altendirunt le pédantesquu uanoniste (1) : il ne parut pas. . . En uo venant point au combat qu'il avait proposé et accepté. Claude l.e Coz s'avouait, il est vrai, battu et raiocu; mais celle défaite de leur ennemi ne pouvait snfiire aux champions de la bonne cause. Ils avaient tneD censuré, dans diverses réunions particulières, le nouveau pampblei de l'erreur , mais le vent emporte trop soQvent les meilleurs discours . Ils crurent donc devoir écrire une réfutation et la livrer k l'impression. Celte dernière entreprise était, ou peut le dire, une Œuvre pleine de périls, opus opimum casibus. Outre les obstacles et les difficultés qu'on opposait à la diffuâion des bonnes doctrines, quel i-nprimeur du pays eut osé. daos ces jours mauvais où chacun tremblait déjà pour soi, prêter son concours à la publication d'un tel ouvrage ? Xftis l'amour de la vérité et du devoir fait braver tous les obstacles. Ne voulant compromettre personne autour d'eax, .MH. tes vicaires capilulaires firent appel au dévoaemeui d'un des chanoines de la cathédrale ; celui-ci partit pour mi pays assez éloigné, et il fut assez heureux pour trouver un fiomme qui coQsentit à imprimer l'écrit

nltns prrlentieuaes : on pouvaii, dit M. Boissi la fe*nme docteur et aux Précieitses ridicules de Muljèrc.

m iMklùiilestiue i^I ae»

•issière. le comparer j)

rédigé et signé par les administrateurs da diocèse de Qaimper.

Intitulé : Examen raisonné du premier mémoire de M. Le Coz, cet écrit eut un très-grand succès. Toutes les erreurs, les hérésies, les inconséquences répandues dans la Comtitulion civile du clergé et dans son apologie par le procureur- syndic y étaient relevées d'une manière triomphante et sans réplique. Aussi, confondu et couvert de honte, Tinsolent rhéteur garda-t-il désormais le silence d'où il n'aurait jamais dû sortir. Malgré cette cruelle défaite qui laissa voir à nu le peu de loyauté de son caractère, le vide de sa science et la pauvreté de sa logique, il ne tarda pas à recevoir la récompense de son zèle à défendre les principes hostiles à TÉglise : il fat nommé métropolitain de Rennes.

Outre les réfutations des écrits de Claude Le Coz par. les vicaires généraux de la vacance du siège, il en parat plusieurs autres à Quimper. Nous citerons notamment les réponses de xM. Coroller, recteur de Saint-Mathieu dans la ville épiscopale, et docteur en théologie de la faculté de Taris.

La première a pour titre : Réponse à l'apologie de cinq articles de la Constitution civile du clergé, par M, t\ . ., procureur-syndic du District de Quimper. — La seconde est intitulée : Réponse au S^ mémoire de }[. Le Coz sur la Constitution civile du clergé, composé par l'auteur (I), alors errant et fugitif, caché au milieu des forêts, sans bibliothèque. Ce dernier écrit est suivi d'une lettre adressée à ses paroissiens : c'est son refus

(1) M. Coroller, pour échapper à la persécution, a>'aU été obligé (le quitter Saint-Mathieu. Tl s'était réfugié à Saint-Caradec, paroisse (lu diocèse de Quimper. dans le département des COte»-du*Nord. Celait un vieillard d'une taille imposante et d'une figure vénémble : toute sa personne respirait une grande piété.

- ISS -

t la nonstituttiiii civile du clergé, [ilos l'nerRiqiie et rie plus Iniichanl riui' ret acte riu vieux prêtre tiiléle k sun ilevoirl

Les ileait réponses <)e M. Coraller, la première surtout fiite à loisir, sont fcrites avec beaucoup de verve : elles (lècèlenl un hnmme instruit des matières ecclésiasliqueâ, un fœor flnuriement dévoué à l'Église et à son pays.

Nous sommes heurens d'nvoir pu retrouver ces documents précieux : on se seul encouragé et édifié, en lisant de tels écrits.

M. Liàcoat, supérieur du séminaire de Ouimper, homme d'an grand talent, écrivit aussi une réfutation de l'apologie de la Constitution civile du clergé par X. Le Coz. Nous avons entre les mains cette réfulalion qui ae laisse rien à désirer...

Nous devons rendre ici hommage au courage que aonlra M. Louis-Jean Prud'homme, imprimeur à Saint- Brieuc. en coDsenUni à imprimef k's écrits dont nous irons parlé. Ce chrétien des anciens jours ne craignit pas de publier toutes les productions Tavorables à la Ciuse de la sainte Église, à une époque où, en agissant aitisi. c'était se vouer à toutes les persécutions des rérolulionnaires et s'exposer à mourir sur l'échafaud. Aussi, pendant tout le temps que dura la Terreur, fut-il l'objet do la haine des patriotes qui ne lui épargnèrent mcune vexation. Honneur à ce Breton de forte race ! honneur à l'honorable famille qui compte parmi ses ancùU'es un homme de si noble caractère 1 honneur à elle, or elle porte dignement, à l'heure qu'il est, la succession el le nom glorieux de ce vaillant serviteui' de la Religion.

Le principal du i-ollége ne fut pas le seul prêtre à défendre, à Quimper, la fameuse Constitution : il trouva nn imitateur dans un des professeurs de sa maison,

dans un certain OUitraut. Mais les écrits de ce misérable étaient si faibles que les hommes sérieax s'en moquèrent, au point que Tauteur resta écrasé sous le poids du ridicule. OUitraut^ après avoir prêté le serment, devint intrus de Téglise cathédrale.

Outre les brochures où les doctrines de Le Coz étaient réfutées, de point en point, avec une grande érudition, il parut, à cette époque, en vers bretons, des réfutations plus simples des écrits de ce docteur de Terreur. Composés par des prêtres instruits sur Tair de cantiques connus, ces vers étaient lus et même chantés dans les campagnes, avec un grand fruit pour les bons villageois qu'ils mettaient en garde contre les prédications empoisonnées des prêtres assermentés et de leurs tenants.

Nous avons sous les yeux un cahier contenant un grand nombre de compositions de ce genre qui durent, dans le temps, éclairer et soutenir bien des âmes. Les auteurs rappellent, sous toutes les formes, les principes de rÉglise romaine sur raulorilé du Souverain Pontife; l'institution canonique et la juridiction des évêques; le devoir qu'ont les fidèles de s'éloigner des intrus et l'obligation où ils sont de rester attachés à leurs évêques et k leurs pasteurs légitimes... Tantôt ils reprochent, avec force, aux électeurs le choix qu'ils ont fait Soil de députés anti-catholi(}ues, soit, chose horrible! d'évêques schismatiques ; tantôt ils versent des larmes sur les maux qu'ont attirés sur leur pays les principes nouveaux; ici, ils dépeignent, sous les couleurs les plus émouvantes, les persécutions exercées contre les prêtres fermes dans la foi ; là, ils gémissent sur l'absence de leur évêque émigré et rem|)lacé par un mercenaire. . . ; quelquefois, ils montrent les éj^lises désertes, leurs clochers à jour muets, veufs, hélas I pour la plupart,de ces cloches bar-

i dont les sons faisaient vibrer pieua^SûT corar du laboureur ; d'autres fois, comme les Israélite;^ fiaptifs à Babvione ijui s'asseyaient sur les rives de l'Eaphrale, pleurant au souvenir de Sion, ils s'asseoient IristecnL-nt snr les ruines de leurs croix de pierre brisées, au milieu des chemins, regrettant amèrement le calme et lu liberté des temps passés, soujùrant après des jours meilleurs.,.

Presque tous ces écrits en vers, que nous mentionnons, sont l'œuvre de prêtres du diocèse de Léon, comme l'indique le dialecte dans lequel ils sont composés. Nous lisons en lùu^ de plusieurs d'entre eux des noms de paroisses de ce diocèse : Plougoulm, l'Iouvorn, Commaoua, Sainte-SiWe ; un seul, le testament de Louis \Vi est daté rie Minihi, — c'est-à-dire Saint-Pol même, la Tille des moines : aucun ne porte de signature.

(Claude Le Coz avait donc regu, comme Expilly, la récompense de sa lîèvreuse ardeur à décbirer par ses écrits hétérodoxes ta robe sans couture de sa mère, la sainte Église romaine : les électeurs du déparlement tl'UIe-et- Vilaine l'avaient choisi, i la lin de lévrier 1791, pour évèque intrus. A peine informé de sa nomination, Û écrivit à l'évêciue légitime de Rennes. M«' de Girac. qui se trouvait encore à Paris, l'hypocrite lettre suivante :

« Monseigneur.

« Messienrs les électeurs du déparlement de l'Ille-el- \1laine viennent de m'annoucer qu'ils m'ont élu évêque de celte métropole. Vons sentez quel étonncment oi dus nuelle perjilexité me jette celte nouvelle. D'un root, N. l'évécjue, vous pouvez faire cesser l'un et l'autre, et

j'ose vous en prier. L'exemple de M. l'évéqae d'Angers (I) et de quelques autres prélats respectables m'y autorise. Je me jette donc à vos pieds. Je vous conjure de revenir à un troupeau qui ne peut manquer de vous être cher, et sur qui le retour de votre amitié ferait les plus salutaires impressions. Un mot, M. l'évèque, et ma joie, comme celle de beaucoup d'autres amis de la religion et de la patrie, sera à son comble.

« J'ai l'honneur d'être avec le plus grand respect, etc. ^ Monseigneur de Girac répondit, le 7 mars 1791, à cette lettre pleine d'astucieuses équivoques, avec une netteté et une franchise qui ne permettaient plus la dissimulation; Tévèque de Hennés met son rusé correspondant en demeure de s'expliquer. Le Coz lui avait dit : « Nous sentez dans quel étonnement et dans quelle « perplexité me jette c^lte nouvelle. D'un, mot, vous « pouvez faire cesser l'un et l'autre. . . »

Monseigneur de Girac l'interpelle ainsi sur cette phrase :

« Quel est donc, Monsieur, ce mot que vous m'invitez « à prononcer? Ce n'est pas ma démission; elle serait. « vous le savoz, insuffisante pour faire vaquer mon * siège. In évèque légitimement institué contracte avec ^ son église une alliance qui ne peut être dissoute que « par le supérieur ecclésiastique qui l'a formée.

^ Ce mot que vous demandez, Monsieur, ne peut être ^ que la prestation du serment qui nous a été prescrit. « Je n'entrerai ici dans la discussion ni de ce serment, « ni de la destitution prétendue qu'on veut faire résulter

(1) Il supposait que M. de Lom*, évéque d'Angers, avail fait \e fltfinent : ce qui était eotièrement faux.

r de le prêter... J'ai traité ces im(H I questions ilans la déclaratioD ([lie j'ai adre-ssée â M.M. I les aUmini^lra leurs da itÀpailemeat Je l'Ille-el- I Vilaiue... Je vous en envoie des exemplaires. Je 1 u'ijjnore pas que. dans des écrits répandus en Bre- : lagne. vous avej; essayé d'établir dos maximes con- I traires: mais j'espère qu'eu lisaat ma déclaration 1 vous reconnaîtrez que j'ai parcouru tous vos raisonne- 1 nients i>t que je leur ai opposé les décisions les plus I formelles de l'Église.

« II me serait trop amer, Monsieur, d'après les dis- ¥ positions que vons m'annoncez, de lancer sur vous «1 les anathèmes de l'Église. J'ai la c-onHance de croire « qnfi vous ne me réduirez point à retle cruelle néces- « site, en montant sur un siège qui n'est point vacant;

• que vous n'entreprendrez jamais de gouverner des « pasteurs et des fidèles aux veux desquels vous ne « seriez qu'un loup ravissant, et que votre nom ne « grossira point la liste de ces prêtres sohismatiques, « de ces usurpateurs qui accumulent sur leurs tètes 1 coupables le mépris d(?s hommes et les trésors de la

• colère de Dieu. »

l'oe pareille réponse, qui mérita les éloges de Pie VI, éfail de nature h. arrêter un prêtre moins orgueilleux qtie Le i^oz et moins possédé par le démon de l'ambition. Nftis, comme son frère aine, Expilly, il voulait, â tout prix, être évoque ; il resta donc insensible aux observatious de Monseigneur de (^Irac, et. le 10 avril, il alla reeeroir k Paris la consécration épiscopale, en même temps que Minée. On est eirrayé à la pensée qu'un piVitre puisse arriver à ce degré d'audace ; mais à quoi

ne pousse pas la soif des honneurs, comme celle de ror?

Il n'entre pas dans notre plan de suivre Claude Le Coz dans son intrusion à Rennes, pas plus que sur le siège de Besançon, après le concordat. L'évèque intrus de Rennes se montra le serviteur très-humble de la Révolution ; l'archevêque légitime de Besançon eut de la peine à se soumettre purement et simplement au Souverain Pontife ; le défenseur de la Constitution civile du clergé voulait toujours ergoter et subtiliser : il est si difficile de se purger complètement d'un mauvais vaccin et de dépouiller totalement le vieil homme I Cela n'est-il pas vrai, surtout quand l'esprit a été gâté par de fausses doctrines ? Sur la demande formelle du Pape, Pie VII, il vint cependant se jeter à ses pieds à Fontainbleau et souscrivit à toutes les conditions que Sa Sainteté exigea. Il mourut, pendant les cent jours, le 3 mai 1815, d'une fluxion de poitrine qu'il avait contractée, en visitant son diocèse.

Cette visite fut plutôt politique que pastorale, puisqu'elle avait pour but de rallier ses diocésains à la cause de l'empereur Napoléon, revenu de l'ile d'Elbe à Paris.

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