‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 14 sur 51 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

DU DÉAL DU VÉNÉRABLE CHAPITRE DE QUiMPER

(Folio N2 inverso)

Du Mardi dix-neuf Octobre mil sept cent quatre-vingt-dix.

Le Chapilrc extraordinairement assemblé, à l'issue de Matines, au lieu et à la manière accoutumés, a^iquel étaient présents Messieurs Gilart de Larchantel , chantre et chanoine, Talhouet, Le Normand, Desnoes, Le Borgne, Roquancourt, Guesdon, Cossoul, Larchantel, Silguy et Audoyn, tous prêtres et chaiioines, plusieurs autres )nembrcs des Chapitres étant absents pour cause de maladie ou pour affaire :

Vw nufmbre^ de ta cimiptiQuie » dit que Mefitieuntftu Itirceftiim iln ttéjmi-îfmi-.nl iirairnl reni Icx ordre» U't plus préni fk l'.issrmliUe nationale pour dUmvâre te Ckupiire, pour cattfr (m grands vicaires par lui mmmés priidiinl la vacance du Siège, el povr y substituer de noureaux vicaires, mnformêmenl aux décrets de l'Assembler nationale sur la l'unslilulion ririle du Clergé, l.e Chapitre, délihéranl. ouï ci; rapport, a été d'avis unanime de faire à Messieurs du Directoire du MparlemenU lorsqu'ils viendront fui sigtiifîfr les ordres de l'Assemblée, sa réponse rommr il suit.

Messieubs.

Devions- nous nuus attendre à la ligueur des lois, que Toos venez nous intimer. de la part d'une Assemblée que le Roi n'avait convoquée que pour le conseiller et l'as- . sister dans toutes les choses qui seraient mises sous ta yeux, et pour faire connaître à Sa Majesté les souhaits et les doléances de tes peuples ? Où sont-ils donc les vœux des provinces qui aient demandé , sollicité notre suppression, comme un bien pour l'ordre religieux et civil de l'Étal? Ou'avions-nous fait qui pût mériter cet arriH de destruction qu'on prononce aujourd'hui contre nous? Notre auguste Monarque placerail-il donc sa gloire dans l'anéantissement de ces Corps antiques et vénérables dotés par ta piété des Rois, ses pères cl ses prédécesseurs, lui qui ne respire que pour le bonheur de tous ses sujets, et qui se montra toujours si attaché aux principes rfe la Religion, comme à l'unique mmolation qui nous soit donnée dans nos malheurs? La sévérité de vos ordres sullit pour justifier les réclamations que faisaient,il y a prés de deux ans.les Prélats et les Chapitres de la province de Bretagne, rassemblés

à Saint-Brieuc par ordre da Roi* ns semblaient prévoir, dés lors, les malheurs qu'allait entraîner une convocation faite d*aprés les principes républicains d*un ministre protestant, et précédée de cris populaires et tumultneux qui appelaient Tanarchie sous le nom séducteur de la liberté, et qui annonçaient le bouleversement général de la Monarchie sous le titre fastueux de la régénération de l'empire. Mais, quelque rigoureux que soient vos décrets, nous l'avons promis, Messieurs, et nous serons lidéles à notre parole, vous nous trouverez soumis et dociles en tout ce que nous pourrons accorder sans blesser les lois éternelles de la conscience et les lois saintes de l'Église catholique, apostolique et romaine, dont nous sommes les ministres. La sanction royale, dont vos décrets sont revêtus, ne nous permet pas la plus légère résistance. Prêtres et citoyens, (car on peut bien nous enlever ce dernier titre, mais on ne nous en arrachera jamnis le sentiment du fond de nos cœurs, où il est profondément gravé), nous avons renouvelé, il y a quelques mois, à notre bon Roi, notre serment de fidélité, par un acte authentique et solennel dont la France entière a été instruite. Nous ne pouvions pas prévoir alors que notre obéissance dût être mise à une épreuve aussi dure et aussi humiliante. Mais au nom du Roi, notre maître et le vôtre, nous ne savons qu'obéir; nous révérons en lui le dépositaire unique du pouvoir suprême qui n'appartient qu'à Dieu seul, ne peut émaner que de Dieu, et qui, dans toute Monarchie, réside essentiellement tout entier entre les mains du Monarque. Oh 1 si nos malheurs pouvaient effacer les siens I Mais nous sommes assurés qu'ils ajoutent encore à l'amertume de son cœur, et qu'ils déchirent cruellement son àme sensible et paternelle. Cette idée aggrave

e. nuire itisgrace. Oui. Messieurs, permettak que. par l'impuUion d'un scuiime[il p;itnoUque .-lus^i ti{<)uu vrai, nou» voas le (léctarioiis ici : ce serait avec consoisliuu. uvec Joie même et transport, que nous cêdj^rîons nof- places et ma dignités, que nous verserions jii$<]a'â lii dernière goutte de notre san^;, si notre suppression ou notre mort pouvait devenir une source de pais pour le Koyaume. de gloire pour l'Kglise. et de prospérité pour notre Souverain. Mais, hélas I le coup terri lile. qui inius Irappc et nous dil^truil. ne laisse après nous que (le tristes mines sur lesquelles la Religion et l'État verseront un jour des larmes de regret justeineni méritées, et l'on cliercliera en vain sous nos débris les trésors du sanctuaire pour payer la dette de la nation : l'on u'y trouvera plus que des cendres.

Nous vous avons déjà exposé. Messieurs, les devoirs e&senljellement attachés à notre état, et dont l'Église nous a spécialement recommandé l'accomplissement Gilèle dans une iiihuité de canons. Nous vous avons «sguré. et nous vous répétons encore aujourd'hui, que m%% les aimions ces devoirs, et que nous y restons ioriolablement attachés ; nous vous avions prié de sulliciter pour nous, auprès de l'Assemblée nationale, la gr&ce de mourir dans l'exercice public des fonctions dd la \\e canoniale. Nous n'avons pas pu obtenir ce léger amendement aux décrets sévères qui nous suppriment, et notre supplique semble avoir irrité et provoqué l'exécution de lu loi de suppression. Vous nous urdoniK'z de quitter nos béuétices et de laisser ii (l'auirett ministres le soin du culte public qui nous était eoolié dans cette église cathédrale. Nous ne nous perinetlrous pas. Messieurs, de nous plaindre, aux yeux du peuple, de la dureté avec laquelle on nous dépouille.

- liM -

[bas ayuiis même été accusés. Non, DOib le soulèverons pas contre la main qui s'apiiesaotiL i nous; et si notre deâtmction venait à exciter ses i mureâ, nous prolestons (J'avance de noire îimocence.J nous osons défier nos ennemi:^ de citer une seule e constance où nous ayons seulement ouvert la bouol pour solliciter la commisération publique, que l'oi peine à refuser même à l'homme coupable.dés qu'il i malheureux. Mais en cédant à la force, à ce pouvoir ij brise tout et ne respecte rien, nous prolestons baud ment contre l'impossibilité absolue où vous nous mettj de satisfaire à nos obligations les plus indispensabll Nous déclarons que nous n'y renonçons pas.mais que nq ne faisons que les suspendre, jusqu'à ce que des letn plus lieureux. nous en permetieni le libre exercit^ Nous déclarons que ce n'est que par amour de Vori pablic et par la crainte de le troubler, que nous . retirons, le cœur plongé dans la plus profonde dotil Nous protestons, au nom des pieux lidéles qui oui d cette église, contre l'anéanlissemenl de leurs fondation et nou« demandons, au nom de la justice et de i religion , qu'elles soient toutes fidèlement acqoitid suivant leurs intentions, que nous respecterons jasqu^ dernier soupir, par les nouveaux ministres que vdl allez nous substituer. Nous protestons contre l'enVabisl ment des biens du clergé, et en particulier des biens d l'église de Quimper, biens sacrês,iiue nous devions l mettre à nos successeurs, tels que nous tes avions reçi^ biens, dont l'aduiinislralion nouâ était conférée toutes les lois de l'Église et de l'Étal, et dont les Sïba canons nous défendent, sous des peines griévcsi permettre un de tolérer l'usuqjalion par ua coapi siitfDce; biens, eulin. dout il n'est uicune poisï

la terre, qui- puisse s'emparei', sans encourir les anathémes fréqiieiiiineut prononcés contre c«s usurpa tenrit, dans un gcand nombre iIg Conciles. Noat renouvelons tontes les décUratlons que nous avons (UjJi faites et consignées dans les pièces déposées entre »«$ mains par MM. Bernetz et Maiitluil, Beclenrs lïe ce iliocèse, le 6 Octobre dernier ; pièces inliniment res- (wclables. et par les sentiments vr;iîs et orthodoxes qu'elles renfermi'nt, et par l'autorité du saint pontire, dont elles sont comme le testament ou l'expression des dernières volontés.

il est on dernier article, Messieurs, sur lequel les lais inflexibles de la religion et de la conscience ne uous permettent pas de nous rendre ii vos décrets. Nous osons vous le dire avec la sainte intrépidité <iui convient i la place honorable que nous occupons en ce moment: la mort du vénérable Prélat, que nous plenrons, ayant (ai&té le Siège de Qiiimper vacant, vous n'ignorez pas. Messieurs , que l'esercice de la juridiction épiscopale e&t d^oluc du droit an Cha|iitre de l'église cathédrale. •■'esl l'Église qui nous a coiillé ce glorieux privilège; elle seule aussi peut tious en dépouiller: uous ne pouvons nous en liépartir. Vous respectez sans doute la ligne de démarcation qui sépare la puissance temporelle et h puissance spirituelle ; et vous sentez que, si une fois vous outrepassez les bornes qui distinguent ces lieux pouvoirs.c'en est fait : la ruine de l'Église gallicane est inévitable.

Sons vous le déclarons donc, Messieurs, les décrets de l'Assemblée nationale ne peuvent lien innover dans l'exercice de la juridiction ecclésiastique; elle ne peut al Ater ni donner ce pouvoir spirituel. Les nonveau.\ vicainti, que vous voulez instituer, ne pourraient, sans

crime, s'ingérer dans le gouvernement du diocèse,

n*ayant pas une institutioa canonique et spéciale pour cette importante administration. Ce seraient de véritables intrus, l'opprobre de TÉglise, le scandale des fidèles» sans mission» sans caractère suffisant, et par conséquent incapables d'exercer, avec validité, la nouvelle juridiction spirituelle dont il vous plairait de les revêtir, après avoir prétendu nous en dépouiller. Ces principes incontestables ne vous sont point étrangers ; nous vous le déclarons donc, Messieurs, de la manière la plus formelle, que nous ne pouvons consentir à la suppression des vicaires généraux que nous avons nommés pour exercer, en notre nom, pendant la vacance du Siège, la juridiction épiscopale dans ce diocèse. Nous déclarons continuer à ces Messieurs tous les pouvoirs que nous leur avons confiés, et nous leur enjoignons de les exercer, jusqu'à ce que le Siège de Quimper ne soit pourvu d'un pasteur légitime. Nous déclarons intrus, sans titres et sans pouvoirs, les ecclésiastiques que vous voudriez substituer à la place de nos vicaires généraux, et des autres officiers par nous nommés pour le gouvernement du diocèse. Nous déclarons nuls et de nul eiïet tous les actes de juridiction épiscopale qu'ils prétendraient exercer, en vertu des décrets de l'Assemblée nationale, absolument incompétente eu matière spirituelle.

Ce n'est pas. Messieurs, pour jeter de vaines terreurs dans les consciences, que nous vous faisons ces protestations et ces déclarations expresses ; c'est au contraire |)onr l'acquit de nos propres consciences et pour la tranquillité des âmes, dont la conduite nous appartient ('I diMit nous «levons prévenir les besoins par une vi^ilancr t't une sollicitude continuelles. Ce n'est pas, Ciimme «m a osé l'avancer, pour établir et fomenter le

iC; ahl t'ùH plulfll pour l'éloigûer qne nôtw tenoQS avec nno fermelé inébranlaliU' aux règli's el à la discipline de l'iîglise. Non, Mesâîeurit. nous n'abandoimeroin jias ce vaste diocèse, cette portion précieuse lia l'héritage de Jésus-Christ à des hommes sans caractère, qai ni' puniraient ni absoudre, ni délier. iMeins de cet esprit de Torce qui animait notre saint évëqae, dan» lies rircmstances que vous n'avez pas oubliées. ei qnî vous paraissaient moins importantes, nous serons ioQexibles. L'appareil de la mort ne nous ferait point pMir; trop heureux de pouvoir mêler notre sang avec celui de rHomme-hieu, pour la rausc de la n^ligion et IMur le ïialut des âmes.

F»l el arrêté en Chapitre, lesdits jour el an ; et onl signé, (iilart, Talhouel, Le Normand. Desnoes, Ijh Borgtte, Hoiiiimtcvurl, iivcsdon, Cosmul, de Larchtmtel, de Silgtiy el Aiidouyii; par adliésion, Descognett, Thiherge, l>ulaiirmts ; comme fondé de piocuralion pour l'abbé d» Portail, Dniuivn.

La proleslatioii si énergique du Chapitre de Quimper eat l'honneur d'attirer sur elle, à l'Assemblée, le 2(i NffTerabre 1790, les foudres du tribun Voidel. Après avilir parlé, en les déttalnrant, des événements i|ni suivireol la mort de Monseigneur de Saint-Luc, il s'écria dans le langage emphatique et menteur, qui était alors le propre des orateurs de sa couleur :

« Le Chapitre de Quimper ne s'est pas coritenlé, 4 Messieurs, d'être l'éditeur des ouvres posthumes di> « M. l'ÉTèque. il a voulu protester solennellement eu « ton nom. Vous allez le voir, dans ce second acte, par- «'ler te langage des esclaves, méconnidtre et mépriser « ouverlumenl les droits de la nation, appeler le dei-

« potisme en garantie de ses prétendues propriétés ; « vous y trouverez la bassesse et la cupidité invoquant « la tyrannie ; le secret, enfin, de celte coupable assoie ciation des prêtres avec les cours qui, depuis tant de 4( siècles, a fait le malheur des peuples et la honte de

^ la religion »

Dans ce discours, Yoidel loue le zèle et le patriotisme des corps administratifs du Finistère, des districts de Quimperlé, de Pont-Croix et de la municipalité de Qaimper « qui n'ont rien omis de tout ce qui pouvait procurer Texècution de la loi »

L'assemblée des électeurs pour la nomination d*an évoque constitutionnel avait été fixée au premier Novembre 1790. On comprend maintenant pourquoi le district se hàla de dissoudre le Chapitre et d'en séparer ainsi les membres. Il pensait qu'une fois éloignés les uns des autres les chanoines ne pourraient plus s'unir, pour fortifier leurs frères et les fidèles dans la foi. Ils voulaient éteindre la voix de la vérité ! Mais Dieu dirigea ses fidèles représentants dans les voies de la prudence.

Avant de se séparer, pour aller, chacun de son côté, souffrir et mourir, les vicaires capitulaires tentèrent un dernier effort, sinon pour prémunir le diocèse contre le schisme qui le menaçait, du moins pour retarder, le plus possible, cet horrible malheur. Ils firent donc imprimer une lettre qu'ils adressèrent, sous forme de lettre pastorale, aux électeurs, les conjurant, au nom de Dieu et de leurs plus chers intérêts, de ne pas permettre la nomination d'un évêque schismatique. Cette lettre, écrite dans le style le plus légitimement ému, était de natnire à éclairer la conscience des électeurs et à arrêter ceux

1 eux qui avaient encore ud peu le seotMëoT i'Église. Le lecteur en jugera par lui-même.

« N(>s irès-chers frères, ta voix des pasteurs Je ce t diucése s'est fait ualendre ; c'était le cri, le gémisse- I ment de leurs cœurs vivemeut affectés Je la mort de I DOtre saint pontife, et plus consternés encore des i dangers Ju schisme où elle va nous entraîner. Leur

> humble priôre a passé pour le cri de l'ignorance ou • de la sédition, et on les a traduits comme des enne- I mis de l'oniie public.

• Serons-nous plus heui-eux. N. T. C. F., dans la I tellrc que nous vous adressons? C'est an nom Ju » Dieu df paix ; au nom de Jésus-Christ, le l*asteiir et I tÉféque di; nos âmes; au non de la religion sainte t que vous professez ; au nom Je l'Église catholique, I apostolique et romaine dont vous vous glorifiez d'être I les enfants: au nom de la patrie dont l'amour nous

■ anime comma vous, que nous vous conjurons de ne I pas procéder à l'élection pour laquelle on vous a 1 apiielés. Ne donnez pas à cette église désolée ua i pasteur qu'elle rejette d'avance. Déjà le corps pastoral

> $>sl expliqué : la partie la plus nombreuse et la plus I sune de ce diocèse ne croit pas pouvoir, en conscience, I recevoir pour évèque celui que vous auriez élu. I Sériez-vous insensibles à la voi.x de vos guides, de i ceux que Dieu vous a donnés pour vous conduire dans I tes voies du salut: et ne nous feriez-vous pas la grâce I de uous croire aussi instruits et aussi jaloux de vos i vrais iuléréts que ceux qui voudraient nous taxer i d'ijnom/tcc ou tk maui:aise foi? Non, Pi. T. C. F..

■ DOU:} lie prétendons pas nous ingérer avec eux dans I la décision de vos affaires d'état et de politique, dans

■ lei inlérâLs de votre fortune ; mais nous devons vous

« instruire dans tout ce qui peut intéresser la religion, « dans tout ce qui peut porter atteinte à l'autorité et à « la discipline de TÉglise. Ne vous laissez donc pas « séduire par une doctrine nouvelle et étrangh*e, et « ne croyez pas que l'élection d'un évèque vous appar- « tienne comme celle des membres de vos corps admi- « nistratifs, ou de vos municipalités, pour lesquels, « seuls, vous avez reçu des pouvoirs électifs. »

Les vicaires généraux font voir ensuite que Jésus a choisi, seul, ses apôtres, et que ceux-ci, seuls, placent à leur tour saint Jacques à la tète de TÉglise de Jérusalem* Ils prouvent, par divers exemples, que dans les temps apostoliques, le peuple ne fut pas regardé comme essentiel dans le choix des premiers pasteurs. Ils parlent des anciennes élections, et montrent que la passion y était quelquefois si manifeste que TÉglise ne put plus consulter les fidèles sur le choix des premiers pasteurs. Ils ajoutent que ces choix, confiés pour la France à ses monarques, ont produit d'excellents pontifes, et que le le diocèse de Quimper a eu de cette manière plusieurs évèques Irès-recommandables par lenrs vertus. Ils exhortent les électeurs à imiter l'exemple du roi, qui a consulté le Saint-Siège, et à attendre respectueusement que le Souverain-Pontife ait prononcé ; qu'ils craignent ile s'arroger un pouvoir tout spirituel, que Jésus-Christ n'a confié qu'aux évoques, seuls juges de la discipline comme do la foi. — (Tresvaux, histoire de la persécution on Bretagne, p. VM).

« On voudra peut-être, disent-ils, en finissant, iucul- « per nos intentions dans l'avertissement que nous ^< avons cru devoir vous adresser, mais Dieu, qui voit « le fond de nos cœurs, est témoin de la pureté de nos * motifs. Nous n'élevons la voix que pour vous conjurer

s onailles confiées un « soins, el i|ui s'élèveraient un jour contre nous, si

• Tuas veoitiz, par une éleclion illégale, à jeler des se-

• metitxs de sclusme et de division dans an iliocûsc f i|iii Tut toujours iuviolablement atlachû aux principes < de l'unité, u

Olie letlnr était signé* : R. Descognets. L.-J. de Laichanlel, Thihergo, DahiureuLs, Ciuesdon. Cnssoul, R. de Urchanlel. de Silgny, cicairei géuh-avx.

i'.e lAiig;igB, diclé par la sollicitude pastorale la plus fi%e tit In plus dévouée, aurait dû produire l'olTet que M proposait l'autorité diocésaine, dans un pays aosâl cbrélien ei aussi soumis que le wHre à la voix de la ntigion. Mais i'Iiomme enmmi avait semé l'ivraie dans k champ ilu père de famille, de manière à étouffer le tinu grain sur ce sol heureux où la bonne semence croit ilVIle-inéme. Les partisans de la révolutioa y avaient iléjà prêché l'insubordination vis-à-vis de l'autorité spiri- (ualle ; ils avaient dit à ce peuple de l'Armorique dont Ciioie, naturellement catholique, est aussi naturellement «uimise à ses vrais pasteurs : '< 11 est temps de secouer

• 1b joug de celU) Église qui gène la liberté. M'es-tu pas

• an peupli^ libre 1 iV'es-tu pas un peuple souverain ? t Allons, n'écoute plus la voix des ces prêtres qui t'op- < priment et s'opposent à l'émancipation de ta raison... « Viens avec nous à la conquête des droits de l'homme ■ «te. »

Hélas I pourquoi l'aut-il rjue le peuple se laisse toujours IroBiper par les théories des apùtres du mensonge ? INiuniitoi Taut-il qu'il n'écoulo pas les enseignements de «es vrais amis, de ceux qui lui parlent, au nom de Dieu, ilins l'Intérêt de son bonheur temporel et éternel ?

Captivés, les uns par la crainte do la Convention ou

Tenthoasiasme du moment, les antres gnidés par Tarnbition ou enchaînés par des engagements secrets, la plupart des électeurs restèrent sourds à Tappel de leurs chefs spirituels ; ils préférèrent suivre l'exemple du département : celui-ci avait rejeté, au mois d'octobre, la prière du chapitre et du clergé qui lui avaient demandé de surseoir à la convocation de l'assemblée électorale.

L'assemblée se réunit donc, le jour de la Toussaint 1790, dans Téglise cathédrale, au milieu de la nuit, ou plutôt, le jour des morts, à deux heures après minuit, au bruit de la foudre qui grondait avec force, à la lueur sinistre des éclaiis. Cette nuit, rendue déjà si terrible par la tempête et Torage, le fut encore davantage par les scènes scandaleuses qui s'y produisirent. On peut se figurer le tumulte aiïreux, occasionné dans une telle réunion, par les intrigues et les cabales des amis de la constitution. Craignant que Télection n'eut pas lieu, il n*est sorte de machinations qu*ils ne tirent pour la mener à leur lin. Se rappelant la lettre de MM. les vicaires capitulaires qui les engageaient à suspendre l'élection» un grand nombre d'électeurs se retirèrent sans vouloir voter. IVautros, montant dans la chaire qui sentit de tribune, essayèrent irélever la voix, pour empêcher l'élection. Mais plus nombreux, les patriotes et leurs adhérents s'agitèrent tumultueusement, en poussant des cris terribles. Us couvrirent la voix de ceux qui s'efforçaient de se faire entendre, et les chassèrent violemment de la chaire où ils étaient montés. Pendant la séance, an des électeurs remit au |)rêsident de l'assemblée aue lettre cachetée écrite par Monseigneur de la Marche,

iitiqae de Uoa. Le prélat demaDdait qu'on diJTér&t l'éler.liun jiisqu'ii ce <|m> le Souverain-Pontire eut donné s;i décision (1). Plusieurs personnes réclaméi-enl ia iectiiri; immédiate de cette lettre, mais ce fut en vain, on la refnsa ob^tioéoiept ; et l'on n'ouvrit le pnquel que.lorsqu'on n'eut plus rien à craindre de l'impression qu'eue Mof sxDS doute produite sur la foule les justes réclamalions du vénérable Évéq ne. — c'est à dire quand les Opérations du scrutin furent closes.

Ouo dire de l'iadécence de cette assemblée nocturne où l'on ne sut respecter ni le lieu saint, ni même la iiMtrale publique T On y voyait mêlés ensemble, dans le pins grand désordre, les jeunes gens et les femmes I C'était i navrer le cœur des personnes honnêtes!

On raconte que le premier qui fut admis à voter fut on prolestant, le seul peut-élre qu'il y eut alors dans tOQ( le pays! Enlin on dépouilla te scrutin : le nom de l'abbé Etpilly sortit de l'urne sacrilège. C'était prévu 12) : h» lalrioles avaient, on peut le dire, remué ciel et terre pour arriver à cetie élection. Il n'est pas de moyens ([«'ils n'employèrent pour y aboutir, per fus et nefas. On m de larges et copieuses distributions d'eau-de-vie. sorloal aux habitants de campagnes, dont on craignait le bon sens et la soumission à leurs légitimes pasteurs. On Irtiubla leur raison par cette pernicieuse liqueur, de manière à les faire voter, comme on voulail. Celle

rii L'évalue de Léon ft Monseigneur de SaliiNLuc avaienl. par preeaiiliou. écrit au l'apr Vie VI. \e premier, le \S juin, le second, Ir 11 JBillei IT'JO. pour lui demander ses eonsells, prévoyant les gniidcs (lillicums gui dtnaient naltru de l:i constltutinn civile du deri!*.

(?l Bxpilly Hillendiii si triea i Ure nommé ëvAque de Quimper fu'll avili, H l'avairr^, acheté Uiute na cbapelk épiscopale. Il eul mAne la stitle vanlié de la montrer a un de ses («ligues, préire breton et ili^pulé, comme lui, à l'Assemblée Datioiiule.

odieuse manœuvre fut portée à un tel point qu'elle donna lieu au mauvais jeu de mots qui suit : « Kom « avons un évéque qui durera longtemps, car il est « fait à Veau-de-ine I >>

Au reste, plusieurs des électeurs regardèrent l'élection de révèque constitutionnel comme une vraie plaisanterie. Quand on fit le dépouillement du scrutin, on trouva, dans l'urne, des suffrages pour le maire et le greffier du tribunal, tous les deux mariés et ayant femme et enfants; pour deux religieuses, et (qui le croirait?) pour le chien du collège 1 1 !

Est-ce ainsi que l'Église procédait jadis à rélexliou des évê(]ues? Et c'est pourtant ainsi que, pendant plusieurs années, l'autorité civile choisit en France les premiers pasteurs des diocèses ! Aussi, Dieu sait quels furent les élus de ce choix populaire I

Louis- Alexandre Expilly, nommé évéïpie constitutionnel du Finistère (I), était né à Brest, au diocèse de Léon. Il était recteur de Saint-Martin de Morlaix et député à TAssemblée nationale, au moment de sa nomination. Il s'était fait députer à l'Assemblée, malgré son évéque. Prossentant tout ce (|ui s'y ferait contre l'Eglise, Monseigneur de La Marche ne voulait pas que

(1) D'après la nouveHe Constitution, les évè(|ues ne portaient plus le titre de la ville où ils siégeaient, mais celui du département qui formait leur diocèSi\ c On avait trouvé, dit M. Ticot, en ses mémoires N pour servir à l'histoire ecclésiastique, on avait trouvé cette déno-

c mination beaucoup plus conforme aux principes de l'égalité et à la

toute prééminence. Ainsi, on disait l'évéque du dé-

« destruction de

« partemenl de la Maiîcbe, des Landes, des Boucbes-du-Rhôue, du

" ruy-dc-Dôme, du Jura, de l'Allier et ces prélats semblaient

« n'avoir à gouverner que des rivières ou des montagnes. •

Tde son diocèse fût représenté dans ceïï

l'eu cie temps après son arrivée à Paris, le nouveau «t^putv fui ^lu président du comité ecclésiastique. « Il y parut, dit M. i'iibbé Boissière dans ses notes, ciimme Uiosrorc k la lête du faux concile d'Ephése, connu sous le uoni df brigatuluije d'Ephhe. j» La. il jeta le masque, SB déiîouvraiit tel (|u'il était, et non tel qu'il apparaissait auparavant. Il tie garda désormais plus aucune mesure : il le prouva, en donnant un projet de constitution pour le cliTitw. rédigé dans le sens des idées révolutionnaires. Eu ful-il réellement l'auteur , ou seulement ^opla-1-it eet écrit ! Nous ne saurions le dire : toujours esi-il qu'il l« publia en son nom.

Expilly avait Hiil à Paris des études médiocres. D'un (jsprit léger et snperticiel. il n'était pas capable, suivant ses contemporains, d'études profondes. Devenu prêtre, ii fat appelé à la cure de Saint-Martin de Morlais. Il se CDni[»urta, pendant quelques années, de manière a ne mmter aucun reproche sérieux. Mais il devint bientôt sili(>ecl à ses cmifréres par ses liaisons trop intimes •?ec des philosophes incrédules du Paiis. Dés lors, les rapports qu'il avait avec le clergé de son diocèse cessèrent d'élni aussi fréipienls et aussi affectueux. .Monseigneur do La Marche, son évèqtie, n'ayant plus en lui qu'une confiance trés-restreinte, s'en déliait égaleuieiil et ne pouvait plus lui témoigner la même alTection.

Tel était le prétie (lui uiérilu le triste honneur irètre le pmnicr évèque constitutionnel dans notre pays; tel était celui qu'une foule, ivre de vin ou de fanatisme râiolulionnaire, acheva de déshonorer p;ii- ses suffrages hQple» : il était digne d'être, encore une fois, l'élu de kls htimiDe«, celui qui s'était fait remarquer à l'Assem-

blée par son profond mépris pour les lois de l'Église et sa haine contre Tépiscopat; celui qui, étant rapporteur dans la question sur le traitement des évèques et autres membres du clergé, ne rougit pas, lâche déserteur de son drapeau, d'écrire ces lignes :

« Le travail que votre comité ecclésiastique va mettre ^ aujourd'hui sous vos yeux, est le complément du dé- « cret que vous avez rendu sur les biens du clergé, et m notamment de ceux (jue vous avait proposés votre « comité des dîmes. Il est temps de faire cesser ce con- « traste scandaleux entre Tesprit d'une religion fondée t( sur l'humilité et le détachement des richesses, et l'opu- « lenco orgueilleuse dans laquelle vit une partie de ses « ministres, à l'ombre du respect qu'inspire leur carao- « tére ; abus révoltant dont les ennemis de l'Église, « n'ont su que trop profiter, et qui l'a plus affaiblie <i peut-être que les attaques de l'hérésie. La religion et « ses ministres gagneront beaucoup à ce changement « que commandait l'intérêt de l'État. >'ous ne devons « pas nous arrêter à cette objection si souvent répétée : a les titulaires sont des usufruitiers, l'usufruit est une <( propriété ; ils ne peuvent en être privés, sans recevoir « une indemnité complète, comme tous les autres pro- « priétaires. (^est une erreur de comparer à une propriété « privée la propriété d'un citoyen, qui ne la doit qu'à « lui-même, l'attribution d'un usufruit faite au ministre « du culte par la puissance chargée de fournir aux frais i^ de ce culte. Le clergé n'a jamais été (|u'usufruitier de a ses biens ; vous l'avez décrété en justice. Il tenait « cet usufruit de la nation, à qui appartenait la dispo- « sition de ces biens. La nation peut donc les lui retirer, « de même qu'on retire un salaire à celui qui cesse de « le mériter. L'attribution d'un traitement excessif est

I n abus , que des milliers de siècles ne sauraient t légitimer. Appelés à réformer des abns, voas oe l'êtes i poarlaol pas à imposer à des ecclésiastiques un genre I de rie qui leur serait insupportable ; nVitor qu'à ceux ■ qni ont beaucoup trop, et donner aux ministres utiles, I voilà la régie que votre comité s'est efTorcé de suivre ; I ainsi, ce n>st qu'à la répartition des biens de l'Église I que vous allez procéder.

« Tous les limita panenus à votre comité nous an- I noncent que les plus Tories attaques auront pour objet r le tnaxiinwH des Évoques. On vous proposera de 1 rejeter celte fixation comme trop modique ; on com- I battra pour eus avec cliateur. tandis qu'une foule i d'ecclésiastiques , auxquels il ne nous a pas été permis I d'accorder un traitement suffisant, ne trouveront pas i de ilérenseurs. Trente mille livres pour un célibataire, I dout les fonctions sont incompatibles avec le luxe. t DttQs ont cependant paru suffisantes pour un Évéque. I On vous parlera de leurs dettes, qui exigent nécessai- 1 rement de l'indulgence, des dépenses auxquelles ils I élaieiit nécessités. Les curés sont aussi obligés à des t dépenses plus considérables que celles des Ëvèques, ( eu proportion do leurs revenus. Ils sont toujours à ( r/Hé (lu pauvre et du malheureux ; ils sont obligés de i rendre mille soins qui ne peuvent atteindre le faste I de l'épiscopat. Qu'on mette à part l'intérêt personnel, ( et je, sais persuadé qu'il ne se trouvera pas d'homme t impartial qui n'avoue que l'ordre de clioses que nous I proposons est beaucoup plus juste et plus capable de 1 faire respecter les ministres de la religion. Le comité I a donc fait imprimer un rapport qui vous a été distrit tmé, daus lequel il a développé toutes les hases de ( son plnn. tl est inutile, je crois, de vous les rappeler;

« je vais lire les articles du projet de décret.

« Article 1". — A compter du premier Janvier 1790, « le traitement des Archevêques et Évèques en fonctions, « est fixé ainsi qu'il suit ; savoir :

« Les Archevêques et Évéques, dont tous les revenus <i n'excèdent pas 12,000 livres, n éprouveront aucune « réduction.

« Ceux dont les revenus excèdent cette somme, auront 4( 13,000 livres, plus la moitié de l'excédant, sans que « le tout puisse aller au-delà de 30,000 li>Tes, et, par 4( exception TArchevèque de Paris aura 75,000 livres.

« Les dits Archevêcjues et Évèques continueront à jouir, « dans leurs villes épiscopales, des bâtiments à leur « usage et des jardins y attenants. »

Mais revenons ii la nomination d'Expilly. A peine son nom fut-il sorti de Turne sacrilège que Ton s'empressa de lui adresser l'acte de sa prétendue élection. « A'enez, <i lui écrivaient les membres de l'administration du dé- ^ partement,venez résider au milieu d'un peuple fidèle, « attaché à la religion établie par Jésus-Christ et à la K Constitution décrétée par l'Assemblée nationale . >>

Relevons,cn passant,le mensonge grossier que renferment les derniers mots de cette phrase sonore. Le peuple breton est sans doute très-attaché à la religion de Notre Seigneur Jésus-Christ ; mais il n'a jamais eu d'attachement à la Constitution civile du clergé qui ne compta pas dans son pays de nombreux partisans.

L'Évèciue nommé répondit, sans retard, au déparlement. Sa lettre est datée du 7 Novembre ; la voici :

« J'accepte avec le respect qu'on doit à la voix du « peuple, avec cette humble reconnaissance qu'inspire

- IW -

» hk eonfîftnre île ses concitoyens, la dignité dont ils

« m'hoiiurcat. Jai mesuré toute l'clenduc des obligations

• qa'tiHe in'inipuse : ruuclioiis Émitiunles cl saintes,

• circonstances difficiles, esemple d'an pieux et respeo- « tabfe |)ri'lat... J'ai vu au^si (tans tout leur jnnr les ■ ppines ultacbées aux places élevées dans des conjonc- « inrcs où Tavaiitage général ne peut étouiïer entiére- « muai It; méc>iiiieiil«ment privé...

• Je ne difTércrai pas à m'y rendre. »

Ouel langage hypocrite 1 N'était l'expression si vive lie .son respect et de sa gratitude pour le peuple i]ui l'a Doomié. ne croirait-on pas entendre le prêtre le plus tmoUltf! et lo plus saint (pie le redoutable fardeau de V6pîscopal eiïraie ?

Les ennemis de l'Église agissaient, on te voit : ses amis ne dormaient pas non plus. Ils Taisaient ce qu'ils pouvaient pour arrêter le mal ; ils protestaient contre les actes contraires à sa discipline et à ses doctrines. C'est ce que tirent dans ta circonstance les vicaires capiluiaires de Quiuiper. Sentinelles vigilantes et toujours prèles à remplir leur devoir, dés la nomination d'Expilly, ik loi :■ Iressèrenl une lettre du ton le plus ferme et le pins noble, pour lui signilier qu'il n'était rieo à leurs yeox qu'un intrus, qu'un loup dans la bergerie ; qu'eux seuls étaient les pasteurs légitimes du troupeau etc.. Citons fiicore celte lettre : elle montrera, une fois de plus, à quelles solides mains on avait conlié l'adminisiralion du diocèse.

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