‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 23 sur 51 · I IV · texte numérisé non relu

I IV

1 des

s septuagénaires AU (te ceux dont les inlîrmîti^s aunietit été constatées par 1.1 visite des méducins, tous seraient immédiatement déportés en Espagne. »

Les commissaires avaient prévenu les prisonniers qa'il leur serait défendu de porter sur eux aucune espèce d'or ou d'argent monnayù. C'était sans doute pour les consoler de celte privation qu'ils annoncèrent aussi que le Département accordait, par son dernier arrêté, nno somme de trois cents livres en assignats à chacun des déportés, en forme d'indemnité. Poussant la plaisanterie jusqu'à la moquerie la plus amére, un de ces commissaires alla jusqu'à dire que ce papîcrnatioital m-ail cours m Espagne cl s'y cliangeait même à un taux avantageux.

Ce jour-là même, neuf Août, la liste de ceux qui (levaient être déportés fut formée et fixée à soixantedouze : le nombre des septuagénaires et des infirmes reconnus et jui;és tels ne monta i)u'à dix-liuit. On délivra à eliacuH des premiers IJOO francs en assignats, et on leur annonga qu'ils partiraient, le douze.

Le dix Août, à dix heures du soir, les prêtres convalescente qui étaient à l'hôpital furent conduits au Château, sous lionne escorte. C'est par eux que leurs confrères apprirent que les inlirmes et les septuagénaires devaient être transportes par mer à la petite ville d'Audicrno (1), pour y être mis en éial de détention permaoenle dans le couvent des capucins. En elTet, le lendenuùn, onze, ou emijarqua pour celle destination ipiinze

(I) l'i'lit iwrl de mvr silut' ilaiis le fami^ux m de Seins, rtunl II' psKuifu est si itéiilkux,

des infirmes : trois autres, étant assez dangereusement malades, restèrent à Thôpital.

Le même jôur,les soixante-douze prisonniers, condamnés à la déportation, voulurent , en prévision de leur prochain départ, se tracer un régime de vie. lis savaient par expérience que la règle est la sauvegarde et l'entretien de la vie pieuse, — qui rcgulœ vivit, vivil Deo, Se trouvant seuls, après la prière du soir, ils commencèrent par se choisir un chef parmi eux. Bien qu'ils fussent de différents diocèses, ils se soumirent tous librement et volontairement à reconnaître pour leur chef, pendant le voyage, M. l'abbé de Silguy, l'un des vicaires capitulaires de Quimper. Puis, ils réglèrent entre eux Tordre et la conduite à tenir, depuis la sortie du Château jusqu'au lieu de l'embarquement et durant la traversée.

Le lendemain , douze Août 1 792 , jour fixé pour leur départ, était un dimanche. Comme ils ne pouvaient avoir tous le bonheur de monter à l'autel , ce jour-là, ils entendirent, de très-grand matin, la messe qui fut célébrée par l'un d'eux dans une des salles. Le saint sacrifice achevé, ils récitèrent l'itinéraire des clercs : au moment où ils terminaient cette touchante prière, vers cinq heures, arrivent les deux commissaires du Département, avec plusieurs membres du district et de la municipalité, suivis d'un détachement de douze ou quinze hommes de la troupe de ligne. Les portes du Château étaient fermées, et le pont-lcvis dressé, afin que l'on ne put pas entrer du côté de la ville. L'ordre du départ est donné. Au lieu de conduire les prisonniers par la rue du Château où ils auraient, peut-être, été exposés aux insultes do la plèbe , on les lit passer par les cours, puis par l'esplanade de la batterie neuve, qui garde l'entrée du

por!. Icar maintien annonçait le calme el la tranqtiîiniiS de leur ;'inie, el Oîeu, qui leur avait donné la force de loul aliamlonncr pour son amour cl pour sa gloire, leur accorda la grâce do n'être nallemeni elfrayés , à la vue de l'Océan sur leijuel on allait les jetor, à la vue de cet élément, si Técond en périls, et qui, pour cela même, en impose ordinairement à ccuic qui n'y sont pas habitués.

Rendus au port, vis-i-vis du bâtiment sur lequel ils devaient s'embarquer, on leur ordonna de s'arrêter quelques instanis. Alors, on procéda à l'appel nominal, et, lorsque chacun était appelé, il passait sur le navire, puis il descendait dans l'entrepont. Cette opération faite, et tout étant d'ailleurs disposé pour le départ, les administrateurs recommandèrent aux exilés de no point parafue sur le pont jusqu'à la sortie du port, alio d'éviler les clameurs et les liuées du peuple rassemblé sur le quai de Recouvrance. Mais, chose étonnante I à peine entendit-on , pendant l'embarquement , quelques voi\ proférer faiblement, contre les prêtres déportés, les injures ordinaires. Parmi tes soldats de ligne qui les Bscortèrenl jusqu'au port, coume parmi les personnes qui se rencontrèrent $ur leur passage, on en remarqua plusieurs qui versaient des larmes. (',e silence, gardé d'un c6té par cette populace qui s'était fait une habitude el une joie barbares d'insulter les prisonniers; — ces larmes versées, de l'autre, par des cœurs compatissants, ne disaient-ils pas clairement Finiriuilé de la mesure qui punissait, sans jugement, par la déportation des prêtres auxquels ou ne pouvait reprocher d'autre crime que leur fidélité à la sainte Éijiise ?

Le capitaine du navire, le Jcan-Jadjucs du Uàvrc-dc- Gràce, avait dit la veille aux prisonniers que son bâtimeut jaugeait quatre-vingt-dix tonneaux : il eu jaugeait

r^Ml^mont à peine quarante. Aussi, les déportés y funvut-ils trùs-resserrés et très-gènés pendant le voyage. Iji plupart furent atteints du mal de mer et en souffriront d'autant plus qu'ils pouvaient difficilement se mouvoir dans Tétroit espace où ils étaient littéralement pi^ossés les uns contre les autres. Au bout de six jours ilo traversée, ils entrèrent dans le port de Ribadeo, après avoir couru les plus grands dangers dans une tempête i|ui s'éleva le 16, et fut si violente, le 17 et surtout le 18 au matin, que le capitaine et son équipage furent eux-mêmes effrayés.

Un des confesseurs de la foi, détenus au Château de Drest, composa, suivant l'usage du pays, une complainte où il fait le tableau des vexations et des privations auxquelles les prêtres fidèles furent en butte pendant leur captivité. Cette complainte , colportée par le mendiant dos campagnes qui venait, le soir, frapper, au nom de son frère, Jésus-Christ , à la porte toujours ouverte du fermier bas-breton, était chantée par cet hôte du bon Dieu, ar paour kez , au milieu des soupirs et des larmes de l'auditoire catholique. On ne lira pas, sans émotion, ces couplets écrits sous les sombres voûtes d'un cachot, dans la vieille langue de l'Armorique, si propre à reproduire les accents de la tristesse et de l'affliction (I).

Page 1