U PRISON DU CHATEAU DE BREST
\ IVntrèe du port de Brest, en face de cette rade que ToQ dil une des plus belles du monde, se dresse un cmteatt f^rt, auK vieux murs crénelés, flanqués de quatrv tours ou donjons. Battue des flots, cette fjrlenw^ est exposée à toute la violence des vents d'ouest qui» soufllant du large, viennent par Iq goulet s*en- ^HitTivr avec véhémence dans la vaste baie qui sert de mouillage aux vaisseaux de l'État.
ilVsl dans ce château que Ton conduisit et que Ton tint captifs, les prêtres fiJéles qui préférèrent la détention |H»nnanenle à Texil ou à la déportation. C'est là qu'entftssés, romine des prisonniers vulgaires, comme des criminels, on contlamna ces dignes prêtres à une cruelle détention, sans aucun égard pour leur caractère .^cre. sans aucune consiilération pour l'honorabilité et U puivté de leur vie antérieure : on n'eut p<is agi aulr«»iueid à l'égard de voleurs ou d'assassins. Que dis-je T Oii aurait eu plus de compassion pour ces m ilfaiteurs, Mr. eu ces temps mallieureux, le vol et l'assassinat 4l;iionl de moindres crimes que la fldélité à Dieu et &
Nous allons dire, un peu en détail, de quelle manière
on Iraila dans cette forleresîe les prisonniers fpie l'on y renferma.
Il serait dillicile de iloniier une idée juste des senlimenls révolutionnât rcs qui se sont manireâtcs à Brest, dés le commencement dus agitations et des troul)le$ poHliques. La. /ïcejtcc, sous le nom de liberté ; l'irréligion, soBs les apparences de rattacliemeut à la religion con$titiitioiniellc ; \o. répnbUcaniitmr., mi pour mienx dire, Vanarchie la plus outrée, substituée non-seulement aux lots anciennes, mais encore souvent à celles de l'Assem- Idée et aux ordres et arrêtés du déparlement du Finistiiro, y avaient exalté les tôtes à un point incroyable. I^ haine contre les prêtres non assermentés y était i son comble: rautorité départementale le savait et comptait avec cette haine fanatique jusqu'à plier souvent devant la volonté des Brestois qui, dans toutes les assemblées électorales, parlaient et commandaient en maîtres. Elle ne devait pas avoir oublié tous les mauvais traitements, les violences et les brutalités qu'avaient subis, au couvent des Carmes de Brest, les pauvres prêtres qu'elle y avait fait renfermer, par un arrêté du 2 Juillet (191. Elle ne l'avait pas oublié; et c'est cependant dans celle même ville qu'elle envoya ceux dont elle onlonna l'omprisonncment, par son arrêté du 29 Novembre do la même année.
Iiidépendammenl des injures auxquelles les proscrits ibiteut en bulle, chemin faisant, dans les dilTérents lieux Oà ils passaient, pendant qu'on les conduisait à Brest, on no peut se figurer tout ce qu'ds avaient à souffrir, & leur arrivée dans cette ville : pour cela, il faut en avoir été témoin, ou se représenter ce qui se passait dans \{» ampliitliéÂtres où les païens exposaient les chrétiens à la dent des bétes féroces. Mêmes acclamations de la
part du peuple, mêmes hurlements, mômes cris de mort, et toujours le refrain national : à la lanterne ce$ f... aristocrates, ces b.. . de prêtres, etc. . . (1)
C'était au milieu de ces huées et vociférations, à travers une foule immense de gens furieux qui les auraient volontiers mis en pièces, si la troupe, Tépée nue à la main, ne les avait protégés ; c'était au milieu des propos les plus obscènes, vomis par des filles de mauvaise vie, que les prisonniers étaient obligés de passer, avant de parvenir au Château , où ils arrivaient rassasiés d'opprobres et souvent les vêtements en lambeaux. . .
C'est ainsi que l'on traitait les prisonniers qui étaient conduits à Brest par la voie de terre ; mais ceux, que l'on y menait par la roule de Lanvéoc (2), avaient d'autres périls à essuyer, d'autres insultes, d'autres menaces à souffrir. Après avoir fait la traversée des trois lieues qui séparent ce petit port de celui de Brest, il eût été facile et tout simple de les faire débarquer tout prés du Château : mais non, on leur eut, par ce moyen, épargné les cris et les insultes de la canaille, avide du spectacle des prêtres traînés en prison, et il fallait la contenter, en les livrant à ses injures. . .
On les débarquait donc sur le quai de Recouvrance, c'est-à-dire, sur la rive opposée à la forteresse ; on les laissait sur ce quai ou sur le pont du paquebot même, pendant plusieurs heures, exposés à toute la fureur des gens de la lie du peuple. Quand, après avoir subi le supplice de cette longue exposition, on se décidait à les faire passer en bateau du cùté de Brest, ils étaient sou-
(1) Nous citons textuellement ces vilaines et indécentes appellations qui expriment la note de la fureur de ce malheureux peuple.
(2) Paroisse du canton de Crozon, où il y a un peUt port d'embarqttement pour Brest.
niis h mille avanies, dans ce petil passage que l'on prolongeait à dessein. Les uns rornsaient aux vieillards la jaitin poar les aiiler, soit à embaniuer dans les canots de passage, soit pour eu diibar(]ucr ; les autres fei" ■gtwienl de vonloir chavirer les embarcations ; d'autres criaient qu'il fallait leur nlUchor des pierres au cou et les pa^cipiter dans la mur ; d'autres qu'il Fullait les pendra au haut de la mâture, c'ei^t-à-dire de la^macliine idesliaée à mller les vaisseaux, etc., etc.
Depuis les premiers jours de Décembre ITftI j'usqn'i la fin do Mai \19i, tous les prisonniers Turent entassés dans une seule et même salle ; au-dessous d'eux et dans salie voisine, séparée seulement par des cloisons de "ptaocties, était un grand nombre de malades^ victimes xto ia dùbauclic et du libertinage, auxquels on appliquait ies remèdes nécessaires à leur honteuse et douloureuse i^lualion. Ou juge facilement les incommodités et les inconvénients qui résultaient de ce voisinage. Mais, outre l'odear pestilentielle, les plaintes et les cris continuels île ces malades, qui lear étaient on ne peut plus désagréables, les prèlres détenus avaient de plus à souffrir d'abord de la fumée d'un puële qui les aveuglai!, au lieu de tes garantir contre les rigueurs d'un hiver extrêmement rude, puis de la fumée plus épaisse et plus insupportable encxire, provenant de deux grandes lampes, qui Wrrompait et infectait l'air qu'ils respiraient.
Gardés et surveillés de très prés par les soldais, les iwisonuiers ne pouvaient écrire ou recevoir des lettres, flans qu'elles passassent par les mains de leurs geùliera qui souvent même les lisaient. Ces geôliers examinaient et CuuiDaient tous ies paquets qui entraient au Chiltcau on en sortaient, et il dépendait d'eux de diminuer oà d'aaginealer, selon leur caprice, les entraves mises à ta
liberté des captifs, d'accepter ou de renvoyer les s« temporels que quelques personnes sensibles el c tailles faisaient ()orti!i- à la prison... Dans l'cspare six premiers mois, on no leur [>erinit la promenade ( pendant quinze jours seulement, ilans une cour du ( teau assez petite, et cernée d'un côté par un rempart^ élevé el de l'autre par un arsenal.
Mais toutes ces incommodités el gi^nes pliysiqi sont rien, en comparaison de colles que les prlsoonffl curent â supporter, au point de vue spirituel, mois environ s'écoulèrent, avant que le Département l accordiit la faculté de jouir de la consolation d'cntenA ou de célébrer la sainte messe. On sait que ta plus il privation que l'on puisse imposer à un bon prôtrû ï celle de l'cmpèclier d'offrir les divins mystères. . . Enq après des prières, mille fois réitérées, les administrale licrmirent l'êrcctiou d'un autel , à l'un des bouts t: première salie, (|ui était alors la seule disponible elTet. Il fallut que les prisonniers pourvussent eux-mùm^^ à tous les frais do leur cliapelle : mais , il est vrai , ils furent peu considérables , grâce à la charité d'une communauté de religieuses et de quelques autres personnes qui se firent un plaisir de leur procurer des calices, des ornements , des linges sacrés et tous les autres objets Décossaires pour la décente célébration do l'auguste sacrifice. Bien que l'on commençât de très-grand maliBi il n'était pas possible que chacun des prêtres t! pût .ivuir II! boidieur de monter, tous les jours, i i'i paj'ce qu'on cessait de dire la messe, une fois les [ des salles ouvertes et occupées par les sentiuellea f entraient dans l'intérieur, vers les buit ou neuf heail Mais, au moyen d'un tableau où lo jour cl l'Iioural chacun étaient mai-qués , tous avaient l'avantage fae|
célébrer, à leur tour, et de s tlii Pain des Torls, donl ils avaient tant besoin, poar accepter avec courage et avec joie leur pénlltle situation.
Qu'il lilaii beau lo spectacle de ces dignes prisonniers de Jësus-Christ. tous unis dans un miïme sentiment de foi et de charité rrnternelle, oITranl à Dieu, au milieu de leur prison , l'adorable Victime qui, la première , avait souffert pour eux, leur donnant l'exemple et le précepte de la souiTrance résignée I Qu'il était beau de voir ces pieux soldats de la croix édifier aiusl leurs geôliers, et rallumer sans doute dans leurscœurs pervertis la flamme mourante do celte foi attaquée alors avec un acliarnement inénarrable !
Hais, ce n'est pas tout : apprenons comment nos pères (iaus le sacerdoce employaient les longues heures de iNir captivité. Afin de s'animer les uns les autres à supporter chrétiennement les dégoûts, l'ennui et les peines do la prison ; atin de les rendre méritoires aux. yeux de Dieu, ils faisaient, le matin , la prière et l'oraison en commun ; à onze heures , la lecture de la Sainte Écriture et de l'histoire ecclésiastique, que l'on terminait par la récitation des prières en usage dans les séminailes; dans l'après-midi, on lisait l'Imitation de Jèsus- Cbrist et encore l'histoire de l'Église; cette lecture était lennînéo, comme celle du matin, par diiTérentos prières, dans lesquelles les prisonniers n'oubliaient jamais leurs «unemis et leurs persécuteurs. Le soir, avant de se mettre au lit, ils faisaient également la prière en comnua : c'est ainsi qu'ils lâchaient de sanctifier tous les nooients de la journée. Ils auraient désiré ponvoir réciter, eo deux chœurs, l'office divin : mais, comme il y wait, au Cliàlcau de Brest, des prêtres de cinq diocèses différenlâ. et que les offices n'élaientpas tous les mêmes.
ils étaient, à leur grand regret, forcés de réciter le bréviaire en particulier.
Nous ne dirons rien des aliments que Ton servait aux détenus : il suttira de savoir qu'on en avait mis la fourniture au rabais et que Ton ne donnait que 20 sous par tète à ladjudicataire.
Privés eux-mêmes d'une nourriture substantielle, et dénués de presque toule ressource, ils trouvaient moyen de les partager avec un certain nombre de criminels, détenus dans une autre partie du Cliâteau. Ces malheureux, connaissant la charité sacerdotale, leur avaient adressé une lettre collective pour solliciter leurs aumônes et leurs prières. Les confesseurs de la foi se cotisèrent entre eux pour leur donner, du peu qu'ils avaient, de quoi se procurer un repas plus fortifiant.
Quel touchant exemple de l'amour du pauvre et do l'oubli de soi-même pour subvenir à ses besoins I
Quel hommage en même temps rendu à la compatissante charité du prêtre de Jésus-Christ, que l'on n'implore jamais en vain!
Quant à leur vie ordinaire, nous l'avons fait connaître. Occupées par la prière et la lecture, leurs journées se passaient dans le calme que procurent la paix do la conscience et l'union parfaite qui régnait entre eux; mais ce calme intérieur était souvent interrompu par des orages venant du dehors. H était rare, même dans les six premiers mois de leur captivité, qu'il se passât quel(|ue temps, sans (|ue les prêtres détenus n'en éprouvassent de plus ou moins violents, qu'il serait fastidieux de narrer ici. Qael(|uefois cependant on leur annonçait leur délivrance comme prochaine, mais à de certaines conditions. Bientôt après, on cherchait à les intimider, en leur insinuant (juc le peuple demandait, leur tète et
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qu'il était disposé, si leur résistance se prolongeait, à oiivahir h prison pour âalisfaire sa tiainc contre eux. On leur racontait avec alTeutation les poursuites exercées dans différentes provinces coulre lus prêtres non assermentés, les massacres qui s'en suivaient, etc. En un mot. on ne négligeait rien pour les amener à renoncer à leur foi et à leur religion.
Au reste, les prisonniers ne savaient que trop ce qu'ils pouvaiont attendre ou craindre de leurs persécuteurs ; ils étaient prêts à tout, plulùt que de manquer à leur devoir; et, tandis i|ue lours vrais amis et les vrais catholiques tremblaient pour eux, ils se forliriaient de plus eu plus dans leurs principes, et la grâce de Jésus-Clirist tes soutenait visiblement.
Cependant, à l'exemple de saint Paul et d'antres saints martyrs et confessears qui, au mépris de tous les tourments et de la mort, osaient interroger leurs tyrans et les délier de prouver les prétendus crimes dont ils les accDsaient, les prûtres détenus crurent pouvoir et même devoir solliciter instamment, à plusieurs reprises, de l'administration leur mise légale en jugement, la déliant aussi do faire la preuve juridique de leur culpabilité. Mais les corps administratifs savaient bien qu'en les ren- Toyant devant les tribunaux établis ponr connaître des délits, c'était leur fournir l'occasion de faire éclater leur ÎDDOcenco, comme cela avait eu lieu dans quelques circonstances relativement à d'autres ecclésiastiques légalemeDl jugés piu* les ministres de la justice. « Elil quelles 4 peines . en effet, les juges auraient-ils pu porter contre « des prêtres munis de toutes les preuves nécessaires, « pour démontrer que la persécution atluméo conti'e m enx n'avait d'autre aliment que les [dus Insignes « taJoDinies contre des prêtres <]ui, aux termes do la lui
« même, pouvaient rejeter le serment...; contre des « prêtres qui, dans leurs moyens de défense, auraient « développé, de la manière la plus victorieuse, les raisons « invincibles qui légitimaient leur façon de penser et « d'agir : raisons d'après lesquelles ils étaient invaria- « blcmenl résolus à tout souffrir, plutôt que de trahir « leur conscience ; plutôt que de scandaliser TÉglise « catholique, apostolique et romaine par une lâche et « criminelle défection ; plutôt que de manquer à robéisr- « sance, à la soumission', à la fidélité dues à leur Roi, « dont la force et la violence avaient bien pu suspendre « Tautorité, mais (jui n'en était pas moins, à leurs yeux, « l'image de la divinité, de laquelle seule il tenait sou « sceptre et sa couronne. . . ; à laquelle seule il devait « compte de ses actions? » (I)
N'ayant plus l'espérance d'obtenir la justice qu'ils demandaient, en vain, aux corps administratifs, ils se détermineront h s'adresser au Roi et à ses ministres. Un avoi\Ml, aussi connu par sos talents (juc par la pureté de SOS soiiiimonls religieux, osa braver tous les préjugés et les périls du momorit, on so déclarant ouvorloment leur dôfonsour. Il lîl romoltro au Roi. sous forme de requcle on favour dos dôlonus, un monioiro appuyé sur les motifs los plus propros à faire impression. Hélas! il n'en fallait pas tant pour émouvoir lo cœur compatissant de Louis XVL Mais ropiuvssion. dans huiuollo co malheureux monarque gémissait lui-mémo, no lui laissait d'autre pouvoir que celui ilo faire ilos vauix p >ur la délivrance des prêtres ca|>lifs. Désolé d'olro réduit à co rôle impuissant, en présonco dune cause si jnslo, lo lloi donna des ordres ]>our qu'on romil à ces pauvres prêtres des secours pécu-
. I N0I05 \\v M. Hois>iôrt\
aaxquels In Reine ot la famille pressèrent de joindre J'auireà aumûnns particulières, qui furent appliquées à leur soulagement par les soins (Je personnes sûres. Suivant cet auguste exemple, des personnes chari labiés, touchées de compassion, ouvrirent & Taris une souscription pour le même olijet. Le mentoiro dont nous venons de parler fut imprimé et TCndu au profit des prisonniers, et tontes ces aunn^nes réunies suppléèrent pendant un certain temps à leurs besoins.
Au mois de Mai 1792, un grand nombre de citoyens de Quimper forma le projet de demander leur liberté à l'Assemblée nationale. La pétition fut rédigée par des hommes de loi, pleins de zèle et de religion, et signée de tous les habitants do la même ville, qui avaient tenu leur esprit et leur cœur à l'abri des fausses doelripes. Au moment où cette pétition allait partir pour sa destination, le Département en eut connaissance. Craignant sans doute qu'elle n'obtint quelque succès, il ordonna iramèdiatemcnt des perquisitions pour eu découvrir les dépositaires; te qui ne fut pas dillicile.
La municipalité s'empara de ta pièce : et non contents d'en empêcher l'envoi, les administrateurs s'en vengèrent sur les signataires, eu vexant les uns et en forçant les autres à quitter des places et des emplois qu'ils possédaient.
Depuis cette tentative, les prélres détenus furent encore gardés et resserrés de plus près, et, à mesure qu'on faisait plus d'efforts pour la leur enlever, les Brestois senililaient plus avides de conserver leur proie. Le Département, comme nous l'avons déjà dit. subissait les impressions du club lorcenc de Brest qui le dominait en maître.
Étant donnée d'ailleurs son animosité particulière et bien marquée contre les prêtres non assermentés, ceuxci ne pouvaient s'attendre qu'à de nouvelles persécutions : elles redoublèrent donc, vers la fin de Mai, et comme nous l'avons encore mentionné plus haut, les agents de la police nationale furent lancés de tous côtés pour remplir de plus en plus la prison de Brest.
Il est vrai qu'outre ce que nous venons de rapporter, les corps administratifs avaient un autre prétexte pour enlever aux paroisses le peu de prêtres fidèles qui avaient pu s'y maintenir. Le troisième bref de Sa Sainteté, Pie YI, venait de paraître : ils craignaient donc, et avec raison^ la sensation qu'il devait naturellement produire sur les populations, et qui aurait pour résultat nécessaire leur éloignement des pasteurs intrus et leur attachement plus fort que jamais aux pasteurs légitimes.
L'autorité administrative arrêtait, autant qu'elle le pouvait, la circulation du nouveau bref pontifical, mais son existence n'en n'était ni moins publique, ni moins notoire, et ce n'était pas sans raison qu'on attribuait au clergé, uni au vicaire de Jésus-Christ, la propagation de tout ce qu'il contenait.
Le nombre des prêtres que l'on conduisait, tous les jours, à Brest, devint si considérable que la première salle, malgré ses larges proportions, se trouva insuflisante pour les renfermer tous : d'ailleurs, le Déparlement et les Districts se llattaient que, sans tarder, d'après les ordres donnés vers la fin de Mai, on parviendrait à s'emparer de tous ceux qui restaient. En conséquence, ou prépara une seconde salle communiquant de plain-pied à la première : les nouveaux prisonniers eurent le bonheur d'obtenir la permission d'y ériger aussi un autel. Ce local servait d'infirmerie à la catégorie de malades
nîous avoDS déjà parlé : on l'avait évâS peu lie purs, soit que ces malades fussent guéris, soit qu'ils eussent été tranférés aillears. Au-ilessoiis, on avait ût:ibli une caserne, et aux malades, qui étaient dans ] 'appartement îutèrioar à la première salle, avaient égalemeiil succédé des soldats ([ui faisaient partie de la garnison du Château.
II nest personne qui no voie tout de suite les incon- Tènienls et les ennuis qu'entraîne un pareil voisinage pour des prêtres, qui se trouvaient ainsi dans le cas d'enlenilre sans cesse les Jurements et les imprécations les plus horribles, les chansons les plus obscènes, et souvent les injures les plus onirageanies t>t des menaces de toute espèce. . . Si les èclios de ces lieux pouvaient redire tous les udicu\ propos de cette soldatesque satun'^o de haine ecinlre l'Église et ses ministres, on frémirait d'horreur et d'épouvante. . . Mais si, d'un côté, le nom de Dieu et tout ce qu'il y a de plus sacré au ciel et sur la terre étaient blasphémés sous les voûtes de cette forteresse par la vnix impure de cyniques geôliers, de l'autre, ce nom, trois fois saint, était béni et loué par la toIx pure de leurs innocentes victimes qui demandaient, on même temps, pardon pour ces malheureux blasphémateurs.
Mais, à mesure qu'on multipliait les prisonniers, la situation de ceux-ci devenait plus critique : l'acharnenement plus grand que l'on mettait à arrêter les bons prêtres dénotait que la Révolution gagnait du terrain et faisait craindre [jtie, sans turder, elle ne triomphât. Cependant, au milieu de ces jours sombres, présage d'un orage prochain, un moment d'édaircie sembla paraître à leurs yeux. \cu la lin de -luia. Le IVoi venait de (loqner sa couliance à SI. Demoncicl. Les déténus profi-
tèrent de celte circonstance pour écrire à Sa Majesté (i) et à son nouveau ministre, afin de solliciter ou leur élargissement, ou leur renvoi devant les tribunaux. Ils ignoraient encore que, le 21 du même mois, Louis XVI avait couru le plus grand danger : ce fut seulement, quelques jours après, que cette nouvelle pénétra dans leur prison, avec celle de la résistance héroïque de Tinfortuné monarque aux vues cruelles et sanguinaires des factieux.
Ce fut à la suite de cet événement que, s'appayant sur le décret des 26 et 27 Mai 1792 de TAssemblée législative, le Département du Finistère prit son fougueux arrêté du 1" Juillet 1792, en vertu duquel soixante-douze des prisonniers furent condamnés à la déportation : il savait, il est vrai, que ce décret était resté sans effet, parce que le Roi s'était constamment opposé à son exécution. Mais ce Département avait eu, le premier, ridée de celte odieuse mesure et le triste honneur de la provoquer par délibération du 18 Novembre 1791 ; il devait donc se signaler aussi par son zèle barbare à Texécuter. « Influencée par Expilly, dit le chanoine Tresvaux, celte administration se faisait remarquer par son acharnement contre le clergé catholique. » (Hist. de la persécution en Bretagne, T. I, p. 321).
Qu'on nous permette ici une réflexion : c'est un prêtre, c'est un évoque qui attise le feu de la persécution contre des prêtres ; c'est un évêque qui souflle autour de lui la haine contre eux ; c'est lui (pii pousse le gouvernement à les jeter en exil. Mais qu'on le remarque aussi :
W pfêlre Mail ud apostat ; cet évCque était un schismatiqae et iininlnis. Dés lors sa comlulto inimmaiae n'étonne plus. Le propre du pasteur légitime, c'est la douceur et la bonté de l'agneau : le c;iractére diatinctif du mercenaire, c'est la cruauté du loup! ut macUt...
Informés tout d'abord par une vague rumear de l'arrêté du Département, qui les condamnait à l'exil, les prisonniers n'eurent plus de doute, à moins d'une protection puissante et spéciale, sur lo sort qui leur était réservé, lorsqu'ils cnrent connaissance du décret rendu p-tr l'Assemblée nationale et de la proclamation faile par le Roi, le jour même où il avait failli être assassiné au palais des Tuileries. Aux termes de ce décret, la déportation ne devait être prononcée que contre les seuls priitres juridiquement jugés et condamnés ; les corps administratifs devaient protéger les personnes et empôclier qu'elles ne fussent incarcérées et punies, avant qu'elles n'eussent été jugées coupables de certains délits, dûment prouvés devant les tribunaux. Ces formalités n'ayant pas été observées envers eux, les détenus du château do Brest prirent la liberté d'écrire à Sa Majesté une seconde lettre, le 6 Juillet, pour réclamer la justice élémentaire que leur refusait lo Directoire du Finistère. Au reste, ils s'attendaient, d'un moment à l'aulrc, à la signification de l'arrêté de celte inique autorité. On est porté à croire que cetle signification ne fut différée qu'eu conséquence d'ordres reçus du ministre pour élargir les prisonniers. Quoiqu'il en soit, ceux-ci réussirent k se procurer, lo 10 Juillet, par une personne dévouée, un exemplaire imprimé du fameux arrêté. Lear surpiso fut extrême, en lisant les motifs pour lesquels le Département disait y avoir et/: déterminé. « >'ous n'exagérons point, en avançant qu'il paraissait
4( dicté par Néron où par Jalien Tapostal : même « acharnement , mêmes atrocités , mêmes calomnies^ « même haine contre les ministres de la religion. » (Manuscrit de M. Boissière). Sans perdre de temps, les proscrits l'adressèrent au ministre du Roi, avec une lettre pleine d'énergie dans la forme et écrasante de logique dans les arguments qu'ils y apportaient, pour prouver l'injustice de la peine qui les frappait. Nous n'avons pas malheureusement cette lettre dont M. Boissière dit dans ses notes : « Nous ne saurions pas « l'analyser, sans en énerver toute la force et la « solidité. »
Le môme jour, 17 Juillet 1792, considérant qu'après la signification de l'arrêté, il leur serait peut-être impossible de se défendre par eux-mêmes, les détenus avisèrent à un moyen de ne pas rester tout-à-fait sans défense. Ils transmirent secrètement, par la voie de la poste, à un avocat de Quimper dont ils étaient surs, une procuration par laquelle ils l'autorisaient à rédiger, pour eux et en leur nom, toutes les pétitions et les mémoires qu'il jugerait convenables, de concert avec deux autres avocats de son choix. L'événement ne tarda pas à justifier le bien fondé de cette précaution.
Le lendemain, onze, le maire et la municipalité de Brest vinrent au Château, vers les quatre heures du soir, avec tout leur appareil : ils étaient accompagnés de l'officier de garde et d'un greffier. Ils font rassembler tous les prisonniers dans la même salle, et on leur donne lecture de l'arrêté du i" Juillet. Ces derniers entendent cette lecture avec un calme inaltérable, sans qu'aucun profère la moindre parole. C'était chose convenue entre eux, à l'avance. Etonnés de cet air serein et tranquille, ainsi que de leur profond silence, les
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PHUieipâiix leur notillent que, désormais, iU o'anraient plus iiiiL-uiiQ communication au dehors : que ^i quelqu'un cependant voulait écrire quelque lettre, il la remettrait dvcaclietéo aux commissaires qui viendraient, deux fois la semaine, au Château ; que toutes les lettres à eux adressées, soit par la poste ou autrement, leur parvieodraient par la voie des mûmes commissaires, en présence (]es<|UL'U elles seraient ouvertes et lues en entier. Enlin ilâ annoncèrent qu'ils reviendraient, au bout de huit jours, terme accordé aux prisonniers par l'arrêté pour délibérer et prendre leur parti, c'est-â-dire pour déclarer s'ils voulaient acheter leur liberté au prix du serment, ou, en cas de refus, opter entre la déportation hors du royaume et l'arrestation permanente. Or, voici une jiartic des moyens que l'on mit en œuvre pour les iutimider et leur extorquer le serment.
Le H Juillet, jour de la fédération, on les laissa tranrjwlles jusqu'à trois heures et demie de l'après-midi où an bruit confus de voix et d'instruments militaires se fit entendre lout-à-coup aux portes du Château. Une multitude immense de gens du peuple et de soldats nationaux, dragons et fantassins , se précipitent dans la cour principale, poussant des cris et des hurlements semblables à ceux des sauvages et des cannibales, qui se disposent à égorger leurs prisonniers et à se repaître de leur chair et de leur saug. Ces forcenés , tous ivres de fureur et la plupart ivres encore de vin et d'eau-de-vie, se tiennent par la main et exécutent des danses appelées nationales, mais qui sei'aienl mieux nommées infeniaks; ils se présentent sous les fenêtres des deux salles où étaient reiH fermés les prêtres, vont et viennent, montent et desceudenUse gonUeut et se roulent autour de la prison, comme les Qots de la mer montante, en vumiâsaul los
injures les plus infâmes et les menaces les plus effrayantes: ils prolongent, pendant prés d'abe heare, ce manège sataniqae...
Mais une autre scène plus terrible et plus barbare va succéder à la première. Un groupe considérable se détache de la foule et, dirigeant sa marche vers la porte de la prison , il veut forcer les sentinelles à lui en donner rentrée. Celles-ci refusent (f), en représentant que les prisonniers étaient sous la sauvegarde de la loi qui ne les avait pas condamnés à mort. Cependant, comme les assaillants gagnaient du terrain, demandant toujours la tête des prêtres , les sentinelles se mettent en devoir de repousser la force par la force. Pendant que ceci se passait à la porte de la prison , d'autres enragés , grimpant sur les épaules les uns des autres, étaient déjà parvenus à la hauteur des fenêtres et allaient s*élancer dans les salles pour commencer peut-être le massacre : mais Dieu veillait sur les jours de ses fidèles ministres, . . En ce moment, arrive en toute hâte la municipalité, qui parvient à calmer les esprits et à dissiper cette meute de tigres avides de sang et de carnage. Cela fait, les municipaux entrent dans les salles, affectant un ton d'intérêt et de compassion qui ne leur était pas ordinaire. Mais les détenus ne se méprirent pas à ces sentiments apparents : car, malgré les belles protestations de ces messieurs de remplir avec zèle leur obligation d'empêcher qu'on ne louchât à aucun d'eux, il leur était facile, en un jour tel que celui du 14 Juillet, de prévoir cette insurrection et d'y remédier, soit en défendant de baisser le pont-levis, soit en donnant au corps de garde
(1) La garde des prisonoiers était confiée ù l'ancienne troupe régulière.
!• A ta porto dû la cour, la coosigne de ne laisser eiitrer personne.
Uuoiiîu'il en soit, lus prisonniers, lieurecx d'avoir échappé au péril, remercièrent beaucoup leurs proleeleurs du moment. Ces derniers se Hattaiisut, sans doute, que la crainte et la frayeur avaient pu ébranler la constance des premiers, inviolable jusqu'alors. C'est peutiSlre pour cette raison que l'un d'outre eux, adre:>.sant la parolu aux captifs, leur dit : « Messieurs, nous avons « renouvelé , aujourd'hui . le pacte fédératif. Tous les « ciloyims de cetlo ville y ont publifiuemenl répété leur « serment sur l'autel de la pati-ie; le clergé cunslitur « tionnei do cette «.ville y a puliliquement déclaré ses « seutimenis. . . I,a fête a été des plus brillantes, mais « il mantjuait à notre satisfaction de \ous voir à celle « auj^uste cèrémunie. » Un silence profond, mêlé d'un mouvement d'indignation peint sur tous les visages, fut U seule réponse des martyrs do la foi.
Dés le lendemain, dans l'après-midi, une scène à peu prés semblable se renouvela sur le rempart, eu face des fenêtres de la prison, du cûté de la mer. La populace, et priucipalement les ouvriers du port, poussent les cUmeurs et les cris Uabitueis; instantanément se forme une longue chaîne de furieux. Les uns tiennent à la main des cordes qu'ils montrent aux prisonniers; d'autres, les ai>osirophant avec rage, s'avancent vers les fenêtres comme pour les escalader, et, du geste et de la voix, menacent les prêtres de les étrangler. Cette fois, les compatissants municipaux ne parurent pas, mais quelques sentinelles en imposèrent tellement à la multitude qu'elle se dispersa comme par enchantement.
An milieu de ces orages toujours renaissants, les détenus ne négliiieaient pas do s'occuper, devant Dieu,
(le lear réponse à la notification de Tarrèté du premier Juillet. Aussi , sans attendre l'expiration des huit jours qu'on leur avait fixés pour cette réponse, tous'jugèrenl que, dans les circonstances, il fallait s'expliquer par écrit, en motivant leur nouveau refus de prêter le serment, et en protestant contre la violence à eux faite par le Département, et contre les peines auxquelles on les condamnait. Puis, afin de reculer encore Tcxécution de l'arrêté, ils résolurent d'en appeler au Roi et à l'Assemblée nationale : tel fut le plan de la pétition qu'ils rédigèrent d'un commun accord , qu'ils signèrent loqs et qu'ils remirent, le dix-sept, aux commissaires de la municipalité, venus tout exprès au^Chàleau, sur leur demande.
Voici le texte de ce document d'autant plus précieux, qu'il contient les noms des signataires :
Copie de la pétition de Messieurs les ecclésiastiques séculiers et réguliers détenus dans les prisons du Château de Brest, le /.V Juillet 1792.
A Messieurs les Maire et Officiers municipaux de la
VILLE DE Brest.
« Messieurs,
« Vous nous avez fait l'honneur de nous déclarer, le Il du courant, par messieurs vos Commissaires, que la Municipalité était disposée à recevoir toutes les pétitions, soit collectives, soit individuelles, que nous désirerions leur adresser : c'est toujours un adoucissement à nos maux et une consolation dans notre captivité.
« Nous nous attendions, Messieurs, à être mis dans l'état de liberté requis , pour prendre notre détermination relativement à l'arrêté du Conseil général du Déparlement, en date du T' de ce mois.
*i! Bë quoi peut-on être capable qaand on est dans les f«rs?
« Notre situation ne nous a cependant pas empêchés fie nous occuper des inculpations contenues dans le préambulo de cet arrùlé et des peines énoncées dans son dispositir.
« Le préambule nous représente, Messieurs, comme des rebelles, des, malfaiteurs, des ennemis de l'ordre et de ta patrie. La preuve de pareils délits, si elle était ;aeqDise, devrait, sans doute, attirer sur nous los peines les plus sévères. On nous objecte que l'opinion publiquo nous rend suspects de ces délits, qu'elle nous dénonce mémo pour en être coupables ; mais les tribunaux, cbarde punir les crimes, n'ont informé contre nous, ni collectivement, ni individuellement, ou pluti^t il y a eu instnictions commencées dans plusieurs tribunaux, et pas un seul prêtre n'y a été compromis, ni jugé digne dft punition exemplaire. Nous demandons en grilcc. Messieurs, au nom de la loi, d'être livrés îi toute sa rigaear. C'est à la loi (jne nous en appelons et à ceux qui luivent. par son application, punir ou absoudre les accusés.
« Mais si, pour des raisons et pour des considérations qu'il ne nous appartient pas d'examiner, le Directoire du Département se refuse à soumettre notre conduite h Ujostice des tribunaux constitués, nous demandons du moins. Messieurs, que l'exécution des peines portées par rarrftté soit suspendue , parce que nous déclarons voa- Io{r,dans ce cas, recourir it l'Assemblée nationale cl au Roi.
I Si le recours à l'Assemblée nationale et au Chef de la nation est, pour les Français, un droit imprescriptible. que les corps administratifs ne sauraient entraver, nous
réclamons Tusage de ce droit précieux et nous nous soumettons d'avance à la décision suprême qui interviendra.
« Libres dans nos opinions, môme religieuses , nous n'avions pas cru, Messieurs, et nous ne croyons pas pouvoir prêter le serment. Il n'existe aucune loi qui nous y oblige, sous peine d'être traités comme des rebelles. La loi , au contraire , nous laisse dans l'état toute liberté à cet égard ; par conséquent , permetteznous de le dire, avec tout le respect que nous devons et que nous conserverons toujours pour les corps administratifs :
« L'arrêté du Département serait nul et inconstitutionnel, il serait ehcore illégal, puisqu'il serait rendu par un corps incompétent , au terme de l'acte constitutionnel, qui n'attribue qu'aux corps judiciaires le droit d'infliger des peines afflictives et infamantes.
K Faites connaître, Messieurs, nous vous en supplions, faites connaître au Département que si, fidèles à notre Dieu, à notre sainte religion, à nos consciences, nous ne prêtons pas le serment que la loi exige de nous , nous n'en sommes pas moins fidèles à la patrie qui nous a vus naître, que nous chérissons et dont nous ne cesserons de nous regarder comme les enfants. Diteslui que ce serait à nos yeux un crime alïreux d'en déchirer le sein, en excitant des troubles, en nous soulevant contre elle, en y fomentant des divisions, soit par nos cxemples,soitparnosdiscours. Dites-lui quesoumisà toutes les lois civiles et politiques, émanées de Tautorité temporelle, seule compétente en celle matière,nous nous croyons obligés, non-seulement par la crainte du châtiment, mais par la loi impérieuse de notre conscience , d'y obtem*-
pérer, toutes les fois qu'elles n'exigent de nous rien de contraire à ce que nous devons à Dieu.
« Dites-lui enfin, Messieurs, que fidèles à notre Roi, nous ne nous écarterons jamais du respect et de Tamour que nous lui devons.
« C'était un besoin pour nous. Messieurs, de manifester les sentiments qui nous animent pour la nation, pour la loi et le roi. Toujours ils furent , toujours ils seront profondément gravés dans nos cœurs. Toujours ils furent , toujours ils seront répétés dans notre conduite et dans nos actions, parce que nous sommes Français, parce que nous sommes chrétiens , parce que nous sommes les ministres d'un Dieu qui nous a appris que toute puissance vient de lui et que résister ou n'être pas soumis aux puissances dans les choses qu'elles ont droit de commander, c'est résister à l'ordre de la Providence, c'est troubler l'harmonie, c'est devenir coupable.
0 Ce sera de plus une jouissance pour nous si vous voulez bien. Messieurs, rendre publique ladéclaration que nous venons de vous faire.
« Nous taire dans la circonstance où nous nous trouvons, et nier les inculpations dont on nous charge, seraient un scandale pour nos concitoyens , pour nos frères. Il ne faut qu'être connu d'eux pour être assuré du retour de leur bienveillance.
€ Enfin nous prenons la liberté de vous demander acte de notre présente pétition et de vous supplier de la Iransmettre au Déparlement. Nous osons , Messieurs, compter, sans réserve , sur vos bons offices , sur votre protection et sur votre justice.
« Les prêtres détenus au Château de Brest :
« Plessix. — Richaud. — Mével. — Lagadec. — Bernard, — Durans de Linois, prêtre de Saint-Louis de
Brest. — Laot. — Gloaguen. — Brélivet. — nom illisible. — Autrel , eudisle. — Le Noanés , recteur de Saint-Meiaine de Morlaix. — Nicolas. — Moillard, capucin, aumônier des vaisseaux. — Troboul, curé ou vicaire de Pluguffan. — Jannou, recteur de Plozévet. — Le Mignon, prêtre de Crozon. — Le Breton. — Laboas, prêtre de Saint-Louis de Brest. — Guezengard, curé ou vicaire de Pieyben. — Kerhervé. — Bozec. — Corrigou. — Le Rouzic, maître des cérémonies du Chapitre de Quimper.
— Le Guellec. — de Leisségues. — nom illisible. — Quéméneur. — Roudot. — 7wm illisible. — Pelleteur,
— Décourt. — Lannurien , prêtre de Saint-Martin de Morlaix, ancien jésuite. — Caulet. — Le Sec'h. — Morvan. — Meur. — Héliès, sous-diacre. — Le Clerc, prêtre de Ploaré. — Quiniquidec, curé ou vicaire de Saint- Ségal. — Boustouler. — Collet. — Bozec. — Rochedreux, curé ou vicaire deGuilers, enMahalon. — Pcllen.
— Ballay, dominicain. — Rcruel, prêtre, secrétaire du Chapitre de Quimper. — Jourdren. — nom illisible. — Le Guillou-Penanros , ancien jésuite , aumônier du château du Bot. — Henry. — Briand. — Kernau, recteur de Plougonven. — Domini(iue Nouvel, prêtre récollet.
— Gaillard, prêtre dominicain. — Denis. — Paul. — Le Men. — Thépault. — Bleuvicc. — Boissière, ancien secrétaire de Monseigneur de Saint-Luc. — Le Guillou.
— Légerville, directeur au séminaire de Quimper (I). • Il est à présumer (|ue cette pétition fut envoyée sur le
champ au Département et qu'elle fut cause que la muni-
(1) Nous avons reproduit la liste qui précède, telle que nous ravons trouvée sur une vieille copie pres(|ue illisible : nous avons essayé de la compléter, en mettant anrès chaque nom le titre du signataire; mais la similitude d'un (^rand nombre de ces noms qui peuvent s'appliquer à plusieurs prêtres nous a arrêté : nous avons craint de nous tromiRT. Nous avons, en vain, recherché aux archives de Quimper et de Brest la liste des prêtres renferme^ au Château de Brest.
Brestoiso Utissilt passer le terme do huit jours, puisciu'elle ne se présenta qiie le vingt-qualiv, (tniir oontiaîlre la ilétiTini nation îles prison tii ers. Sans leur djrti uu mut de la pétition, les municipaux leur ordon- UiVeat do passer tous dans la même salle, et ils établirent des sentinelles pour interrompre toute conimunieaiion de l'une à l'aulre. Retirés dans un appartement voisin, les délégués de la ville appellent individuellement, et l'un après l'autre, clia<]ue détenu qui est conduit â rinterrogaioire. et reconduit de même, mais dans la salle restée vide, entre un de ces délé^jiiés et un sergent lie planton. Le Maire demandait âcbacun s'il entendait, oui ou non. prùter le serment cicique. et rien de plus. Le secrétaire inscrivait la réponse dan^ le procés-verbal, à la suite de chaque nom. L'appel nominal étant fini, et U communication rétaitlie entre les détenus, ceux-ci n'eurent qu'à se féliciter mutuellement d,e la grâce, que Dieu leur avait Taite. de demeurer Tei-mcs dans leur foi et de l'avoir confessée, de redief, devant le* hommes. Leur joie cependant ne fut pas complète. Deux religieux tlominicaius qui. jusqu'à ce moment, n'avaient fait qu'un cœur et qu'une àme avec leurs compagnons de uaptivité, intimidés, sans doute, par les conséquences de leur premier refus du serment, eurent te malheur de lu prêter alors et d'obtenir, à ce prix, leur élargissement. Malgré €B triomphe, les municipaux se retirèrent coufas de n'avoir fait que deux apostats. Mais ce Iriomplie luimtou ne fut pas de longue durée : tombés, conuno Saint t'ierre, par la crainte des cliâLiments humains, ces deox reli>;ieux, touchés par la grïice de lear divin Maiire, comme le prince des apAtres, se relevèrent presipie immédiatement de leur chute, en rétractant leur ser- EDenl : ib paâséreut ensuite eu Espagne.
Le 28 Juillet , un nouvel assaut fut tenté contre la fermeté des prêtres fidèles.
Plusieurs membres du District conjointement avec ceux de la municipalité se présentèrent, sans être attendus, dans les salles où se tenaient les captifs. Après leur avoir fait subir le môme mode d'interrogatoire que quatre jours auparavant , ils procédèrent à un second scrutin , qui avait pour objet de. connaître ceux qui opteraient pour la déportation ou pour l'arrestation permanente.
Prévoyant qu'on leur ferait infailliblement cette question, les intéressés en avaient préalablement conféré entre eux, mais ils étaient partagés entre trois avis. Le premier était pour h détention permanente; le second pour la déportation et le troisième, mitoyen, pour le refus d'opter entre deux peines, puisqu'on n'en méritait aucune. Nous ne rapporterons pas ici les puissants motifs sur lesquels on appuyait ces différents avis : il est facile de les apercevoir, et Thistoirc de l'Église fournit des exemples qui légitiment également chacun d'eux. L'essentiel était de garder la foi, en toute occurrence, et de déjouer les complots des corps administratifs qui s'attendaient à une grande défection.
Voici quel fut le résultat de l'interrogatoire : le nombre de ceux qui optaient pour la déportation excédait de peu le nombre de ceux (|ui choisirent Varrestalion permanenle. Un seul ecclésiastique, du diocèse de Tréguicr, perdit dans cette séance le fruit et le mérite d'un détention de sept mois, en fijiisant le serment, pour être rendu à la liberté.
Quelle liberté que celle qui s'achète au détriment do son devoir I
Cependant les avocats de Quimper, chargés de la pro-
les dijieniis , préseaLùrenl lu DéparieSI nom de ces derniers, une pélilioQ où, en dévoilaat l'iniqititt^ de la |)erséciition, ils prouvaieiil. en même lemp!<, d'itprés les décrets mêmes, l'injustice évidente et l'illégalité Uagrantc des peines inIHgées aux persécutés. Déposée au Départe inen t , le 31 Juillet, cette pétition y fat examinée le lendemain. Après quelques débats pour et contre, le Directoire déclara qu'il n'y avait pas lieu à délibérer et ordonna l'exécution de l'arrclé du premier Juillet. Cependant, pour pallier un peu ce déni de juslice, il prit un second arrêté, portant que deux commissaires du Oéparteraenl se rendraient à Brest, pour entendre de nouveau les prisonniers, après quoi U serait statua délinitivemcDt sur leur sort.
Arrivés .^ Brest, le 3 Août, les commissaires se rendirent, le lendemain, au Château, et donnèrent aux détenus lecture rlu nouvel arrêté. Dans ie préambule, on enchérissait lont d'abord sur toutes les couleurs sous ]eM(uâlles on avait dépeint précédemment les prêtres Sdéles; puis, i-haiigeant tout-à-coup de style et aiïeeiant une commisération plus injurieuse encore pour eux que les invectives et les calomnies, on ajoutait que le Déparlemeiit ne pouvait que plaindre leur entêtetncnl tri leur areitr... que la patrie, les regardant toujours comme ses eufanis , allait encore faire une tentative pour leur offrir les moyens de rester dans son sein, etc. . . qu'au rosit', s'ils persévéraient dans leur obstination, les commissaires feraient, sur-le-champ, toute diligence pour la déportation des uns et la constitution des autres en arrestation permanente.
Apnis celle lecture, les prisonniers reçurent l'ordre de passer tous dans la même salle. Il était alors trois heures de l'aprés-nûdi. Accompagnés de quelques mem-
bres du District et de la municipalité , les commissaires se transportèrent dans la salle qui venait d'être évacuée, où, s*étant assis devant une table, ils firent comparaître Tun après l'autre, chacun des patients ; un greffier écrivait leur réponse sur le procès-verbal. Cette séance, qui aurait pu être terminée en peu de temps , fut prolongée jusiiu'à dix heures du soir, parce que les commissaires entraient en discussion avec les comparants , auxquels ils essayaient, par des argumentations sophistiques, d'arracher le serment. C'était pour les braves soldats de Jésus-Christ le jour décisif de la victoire ou de la défaite: c'était pour ces élus de la persécution, le jour qui allait éclairer leur persévérance ou leur lâche défection.
Dieu leur inspira à tous l'esprit de force et de conseil, si bien qu'après avoir tous , sans exception , et séparément refusé et rejeté le serment avec horreur, chacun lit sa déclaration pour la déportation ou pour Varreslation permanente, les commissaires l'exigeant impérieusement. H faut observer que, pendant l'interrogatoire, ceux-ci laissaient apercevoir qu'ils inclinaient plutôt pour la déportation (juc pour l'arrestation permanente : cette conduite et ce (lue nous allons rapporter prouveront que le Département, tout en semblant donner l'option , ne le faisait guère (|ue pour la forme, et dans le but de cacher son intention d'expatrier le plus grand nombre possible de prêtres détenus.
Le jeudi, neuf Août, les commissaires revinrent au Château, armés d'un nouvel arrêté du Département encore plus terrible et [)lus chargé de fiel que le dernier. « Il portait que les corps a^lministratifs ne pouvant plus répondre de retenir la colère et la vengeance du peuple contre les prêtres renfermés au Château de Brest, — et pour les soustraire à une mort qui paraissait presque
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