‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 33 sur 51 · ABBAYE DE KERLOT DE QUIMPER · texte numérisé non relu

ABBAYE DE KERLOT DE QUIMPER

A Quimper. l'abbaye de Kcrlot, de Tordre de Saint- Bernard, se distingua tout particulièrement par l'exercice le plus héroïque et le plus soutenu de toutes les vertus chrétiennes et monastiques ; par la profession la plus éclatante et la plus courageuse de la foi ; par le plus ferme et le plus tendre attachement aux vrais principes et à la religion catholique à laquelle elle a tout sacrifié ; par la soumission la plus inviolable au Pontife Romain qu'elle a consulté dans toutes les occasions et qu'elle a instruit de tout ce qui lui élait survenu.

L'abbaye de Kerlot se signala en outre par son atlention scrupuleuse non-seulement à ne pas enfreindre les lois de rÉ«dise et celles de son ordre, mais aussi à éviter même jusqu'aux plus légères apparences d'infraction à ces lois ; par son inébranlable fidélité à la monarchie et au Roi. Les religieuses de cette communauté étaient si profondément pénétrées de ce dernier sentiment qu'elles firent plus d'une fois parvenir au malheureux, Louis XVI, les protestations les plus chaleureuses de leur obéissance et de leur dévouement : elles le firent surtout, lors(|u'on les chassa violemment de leur monastère, en des termes si touchants qu'ils arrachèrent des larmes à l'infortuné monarque et à son auguste épouse...

(I) Trois religieuses de ces deux communautés ne tardèrent |)as à rétracter le serment qu'elles avaient eu le malheur de prêter.

Eq nn mot, lear coodaite fut non moins invariable qjie prudente et éclairée dans toutes les circonstances, envers et contre tous les attentats de l'impiété et les efforts divisés et réunis de la séduction et de la violence.

Le coup le plus sensible pour ces dames et le vrai commencement de leurs souffrances fut la désertion de deux de leurs sœurs qui, entraînées par le sophiste, Le Goz, principal du collège, sortirent de Kerlot pour se retirer dans un couvent de religieuses qui, poussées par la même main, se préparaient à suivre le torrent. Cette douloureuse défection eut lieu, vers la fin de Novembre 1790. Au moment où les transfuges quittaient le monastère, le maire de la ville dit à la multitude qui l'entourait à la porte : « Je viens d'arracher deux victimes au despotisme de cette barbare abbesse. »

Immédiatement après cet événement, Tabbesse, Mme de Kergu, se hâta d'en informer le Saint-Père qui lui répondit de recevoir et de traiter avec bonté les deux fugitives, en cas de retour et de repentir, lui recommandant de ne leur imposer qu'une pénitence légère, mais devant durer toute leur vie. C'est ainsi qu'à l'exemple de son divin fondateur, l'Église ouvre toujours avec amour ses bras au pécheur repentant et le traite avec une douceur incomparable, alors même qu'elle le punit de ses fautes.

Il y avait environ quatre mois que les religieuses de Kerlot pleuraient sur la triste chute de leurs sœurs et priaient pour leur conversion, lorsque l'intrus Expilly fit son entrée dans la ville épiscopale. Peu de temps après son arrivée, le prélat mercenaire, empressé sans doute de tendre ses filets, se présente à Tabbaye. Il s'annonce tout d'abord comme le pasteur du diocèse , puis, prenant le ton le plus séduisant, il prêche ses

. Indignées de son anal âes paroles, les religieuses lui liéclarent rcsolunietit et d'une voix unanime qu'olles no i>etivenl ni ne doivoot veconnaiire en sa personne l'Évèque légilimede Quimper; qu'elles réprouvent ses pernicieux principes, et qu'elles veulent vivre et mourir dans rattachement au Souverain Pontife (ît à tous tenrs devoirs Déconcerté en

présence d'une telle fermeté, Expilly se retira plein de confusion. Ce fnl sa première et dernière visite à celle communauté, parliculiérement en Imtte, à cause de sa tli-re attitude, à la persécution des autorités locales.

On tes avait déjà dépouillées de leurs biens et réduites H une modique pension payable en assignats : on crul vaincre ces femmes courageuses et les amener au schisme, en la leur retranchant. Mais qiie peuvent rindigenco et la faim même contre ceux qui sont disposés à mourir, pluti'it que de souiller leur âme ? l'otius mori, gvam fœdari. Les Bernardines de Kerlot ne furent pas étonnées (le ce trait de vengeance do la part des agents révolutionnaires de la ville ; elles s'y attendaient. . . Condamnées désormais à l'exlréme pauvreté, elles trouvèrent dans cet état de nouveaux motifs de consolation et de confiance dans la divine providence qui no les abandonna pas. i'elui qui donne le vêtement et la nouiriture au petit oiseau ; celui qui donne à la Heur des champs son aimable parure, prit aussi soin de ses héroïques enfants qui, cherchrtnt avant tout le royaume de Dieu et sa justice, se reposèrent du reste sur son inépuisable bonté.

D'ailleurs, elles s'étaient mises, avec un complet abandon, entre les mains de la l'rovidence, le jour même on l'on s'empara de leurs biens et do leurs titres : si elles protestèrent alors contre la violation de leurs droits de

propriété, ce fut avec le désintéressement qui convient à des vierges chrétiennes, consacrées au Seigneur qu'elles avaient pris pour la part de leur héritage.

Quand on vint pour enlever les cloches de leur monastère, elles firent plus que protester; elles refusèrent d'ouvrir les portes, car il s'agissait de s'opposer au vol d'une chose sacrée. Les portes furent forcées, et les cloches furent saisies par la violence. Mais le moment approchait où ces Dames devaient être soumises à l'épreuve suprême; l'heure de l'agonie allait sonner pour elles ; leur courage fut à la hauteur du sacrifice.

On le sait, l'Assemblée nationale avait, par l'injuste décret du 13 Février 1790, aboli les vœux monastiques et supprimé les ordres religieux ; elle avait ordonné aux communautés de (emmes de se reconstituer, en conséquence : elle n'avait porté aucune peine contre celles qui s'y refuseraient. Irrités de l'inébranlable constance des religieuses de Kerlot, dans laquelle ils avaient puisé de puissants motifs de haine et de rancune contre elles, les corps administratifs résolurent de s'en

venger d'une manière exemplaire.

Foulant aux pieds leurs propres lois dont ils oulrepasssaient les dispositions, le 12 Février 171)1, ils adressèrent à l'abbesse un très-long arrêté du Déparlement, leur enjoignant, en substance, de se constituer suivant les décrets de l'Assemblée, sous peine d'être obligées, dans un mois, de quitter leur monastère.

Les divers membres de cette communauté avaient été toujours unis entre eux par les liens de la charité et de l'attachement à la sainte Église catholique : cette union, qui ne faisait d'eux qu'un cœur et qu'une âme, s'était encore rortifiée, au souille de la persécution.

Semblables aux brebis qui, à l'approche du danger.

W TéMnissent et se spiTont l'une contre l'aiitfe, sous la liotiletltî 'In b<?rger (|iii les .ippelle. ces saintes lilk'S. à mesure que leur foi ét^it pUisallmiuM ot lenr constance plus menacée, se niugoaient avec plus d'amour qne jamais sous rautorité de leur supi'rieurc, proies à soutenir avec elle les assauts los plus violents de loragequi allait fondre sur leur maison. Aussi, ilra qu'on leur nolilia l'arrôté du Département , elles répondirent toutes ensemble ; plutilt mourir, que trahir nos serments. Puis, voulant donner k leur résolution toute la force et la solennité que réclamait la circonstance, elles la motivèrent, en forme de délibération, Nous allons reproduire cet acte que Ton ne peut liie sans un profond senliment d'admiration et de vérit;iblo émotion :

« Messieurs du conseil général de la commune,

« la communauté assemblée au lieu et en la forme • ordinaire, après avoir pris lecture de l'arrêté du Dé- « partenienl en date du ii Février 1791.

« (lonsidérant qu'aucun décret n'a ùlê aux alibesses « leur titre et leur qualité; que celui du U Octobœ 1790 « les cnnlirme, en les articulant sans mudification, qu'il « parle en termes formels des abhesses inamovibles et « ne dit point cy-devant inamovibles ; que leur qualité « n'est pas même otée aux évéques qu'on a chassés de n tcurs palais, qu'à plus forte raison elle doit rester « aux abbesses qu'on soulTre encore dans leurs maisons ;

« Considérant qu'aucune puissance temporelle ne peut « dissoudre les serments que nous avons faits à Dieu « an pied de ses autels, ni moins encore étoulTer les « remords [jui nous saisiraient.au moment où nous les « aurions violés ;

1 t'onsidéranl (pic l'éleclion d'une supérieure et (l'une

« économe serait poar nous la consommation d*an « parjure, puisque Tabbesse a juré obéissance au Pape, « à l'abbé de Citeaux, a juré d'observer et de faire « observer la règle de Citeaux, et que chacune des relire gieuses a juré obéissance à Tabbesse jmqnes à la « mort;

« Considérant que nous ne pouvons adopter des « innovations que le Pape, loin d'approuver, a frappées c de son improbation et que Tabbé de Citeaux n'a ni « prescrites, ni autorisées ; que ce serait violer ouverte- « ment l'obéissance jurée à l'abbesse que de mécon- « naître son autorité ;

« Considérant que ce serait la méconnaître de la ma- « nière la plus frappante que de procéder à l'élection « d'une supérieure, puisqu'elle est seule supérieure de « droit par un titre que nous, ses religieuses, avons « promis de respecter jusqu'au dernier de ses jours ou « des nôtres ;

« Considérant que ce serait un vain palliatif à notre « défection que de proclamer ou d'élire notre abbesse « pour supérieure, puisque ce serait nous arroger le « droit de la confirmer ou destituer, à notre gré, et « qu'on n'apaise point avec des sophismes les murmures « de la conscience ;

« Considérant que le zèle du District l'a entraîné au « delà môme de la sévérité des décrets, lorsqu'il a été « d'avis de notre dispersion, parce que nous refusons « d'enfreindre nos serments et les lois de l'Église ; que « le District n'est pas sans doute chargé du soin de « créer des peines, lorsque les décrets n'en prononcent « pas ;

« Considérant que, grâces à Dieu, la certitude de la « dispersion et même de la mort qui ne tarderait pas

■ V-4 m être la suite n'ébraulorait pas notre sonmission

■ à l'Église, à son chef ot à celui do noire ordre ;

« Considérant que s'il y avait quelque difficulté à nous

■ fournir les moyens de subsister sur la quittance do la « senle procureuse ou de l'économe, tonte la maison

■ pourrait signer la quittance, et qu'alors il n'y aurait « |)as môme de doute sur sa légalité ;

* Nous avons nnanimciit arrêté d'observer tous nos « VŒUX jusqu'à ce qn'il n'ait plu à l'Église de nous en « relever , ce que nous ne devons demander , ni ne « désirons ; de nous en fier à la Providence sur les « moyens de vivre, s'ils ne nous sont pas octroyés par

■ ceux qui ont pris nos biens ; et. si elle a décn'îté que « nons devons mourir de faim ou de douleur, d'attendre « r^tte mort multipliée avec résignation, et en invoqnant « le Dieu des miséricordes sur ceux qui nous l'auront « procurée ; d'adresser cet arrêté au Département, au « District et à la Municipalité, et d'en demander acte. »

« A Kerlot, c« 22 février 1791. »

Signé : Sœur de Kergu , abbesse de Kerlot. — Sœur André Lehec, prieure. — Sœur EuhatT d'Ouessant, sous-prieure. — Soeur Billoart de Ponuanin. — Sœur Le Baslard de Kernisan. — Sœur Collin des Graviers. - Sœar Thomé de Kerïdec, célérière. — Sœur André lorial. — Sœur Keroulas-Cohars. — Sœur du ■fircil de Uays, procureuse, Celte délibération fut adressée à la municipalité, avec la lettre d'envoi suivante, uccompagnée de deux copies, destinées l'une au Département et l'autre au District ; « Messieurs , « Nous n'avons qu'à nous louer de la Municipalité de « Qniniper et du Conseil général, de l'honnêteté, de la

« douceur de leurs procédés (I ), nous les prions d'agréer

« l'expression de notre reconnaissance ; nous sommes

« au désespoir que les lois qu'ils sont chargés de faire

« exécuter contredisent celles de l'Église.

« Nos réflexions sont faites ; c'est à TÉglise que nous

« obéirons et que nous sacrifierons avec joie nos biens,

« notre repos, notre vie même, s'il est nécessaire.

« Si nous sommes assez malheureuses pour n'avoir

« point l'approbation de la Municipalité et du Conseil

« général , nous osons compter sur leur estime et les

a prions de vouloir bien recevoir nos remerciments et

« l'assurance des sentiments respectueux avec lesquels

« nous avons l'honneur d'être, etc. »

Stiirent les signatures.

Cette démarche, pleine de ccmrage et de dignité, accomplie, les Bernardines de Kerlot attendirent avec résignation le terme fixé pour leur expulsion de leur communauté.

Cependant les Dames hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Sainte-Catherine qui , à cause de leur fermeté, avaient mérité, comme elles, l'insigne honneur des persécutions des autorités locales , étaient chassées de leur maison, le 21 Janvier. Les religieuses de Kerlot ouvrirent, le môme jour, leur porte à une partie de ces femmes fortes, dont la présence ne servit qu'à les affermir dans leur résolution. Mais, le mardi suivant, 2i, à 8 heures et demie du matin, les filles de saint Bernard sont ellesmêmes mises en demeure d'évacuer leur abbave.

« Il est impossible, dit M. Boissière, de rapporter tout « ce qui s'est passé, en ce jour, à jamais mémorable dans « les fastes de l'ordre de Citeaux. » L'abbesse et les reli-

(I) Quelle charité et quel oubli des Injures!

gklUes M conduisireDt en hùroines chrétiennes. Elles (léplovi^renl les plus sublimes vertus, surtonl la douceur, la paliencu, la ch;trilé el une noble fermeté qui ne pouvaiont venir que d'en lunt. Leur réâistance fut telle qu'il était déjà nuit close, et les administrateurs n'avaient rien ubtenu. Enlln , à six heures du swv, de guerre lasse , ils enfoHcèreut les portes, jetant ces dames sur le quai et les laissant exposées aux horreurs do ta nuit et aux inclémences du temps, par un froid très-inleuse et une pluie torreulielle.

Mais si l'administration se montra cruelle et sans pitié vis-à-vis de ces pauvres femmes, il se trouva, gràco à Dieu, beaucoup de [lersonnes qui s'empressèrent de leur olîrir un asile dans leurs maisons; elles y furent traitées avec tous les égards dus à leur état et 11 leur infortune, jusqu'à ce qu'elles se réunirent loates, peu de jours après, dans le couvent du Calvaire où elles restèrent jusqu'au mois de Septembre suivant, époque où les Calvairiennes furent, à leur tour, obligées de quitter leur maison.

Voulant connaître la ligne de conduite qu'elle el ses soBiirs devaient tenir dans la triste situation qui leur ^toit faite, l'abbesse de Kerlot adressa à Sa Sainteté, dans le courant de Février, une relation exacte de tous les évéoementsque nous venons de rappeler. Le Souverain- Pontife lui répondit, sans retard, le 25 Avril 1791, par un bref où il leur travail clairement leurs divers devoirs. Le bref commence par ces mots : Luctiiosissimatn malonim neriem.iHlecUvin Chrislo fHi(V.elc. et la suscription porte ; iHleclis in Ckrislo (iliis Mariie CœlesU de Kergu abhalmn', cwlerisque monialibus monasterii <le Kerlot, ordinis Cisterciensis, di.axnis t'orùopilemis. On trouverait donc à Rome les renseignements les plus

it

détaillés et les plas authentiques sar les persécutions qu'a essuyées Tabbaye de Kerlot.

HOSPITALIÈRES DE QUIMPER (rUE SAINTE-CATHERINE.)

Les religieuses hospitalières, de Tordre de Saint- Augustin, chargées des malades et des infirmes de la ville de Quimper, furent, avec les dames de Kerlot, celles qui furent le plus vivement persécutées : mais leur courage et leur constance furent à la hauteur de leurs épreuves.

Nous Tavons déjà vu : à peine l'envoyé de Bélial, Expilly, eût-il souillé de ses regards adultères le siège épiscopal de Quimper , qu'il dressa ses embûches et tendit ses filets pour séduire les catholiques et surtout les religieuses. Nous avons dit comment il tenta d'entraîner dans le schisme les Bernardines de Kerlot, il employa les mêmes moyens vis-à-vis des Augustines de l'Hôtel-Dieu.

Afin de s'introduire, pour la première fois, dans cette bergerie fidèle, il fait remettre à la communauté un billet ainsi conçu : « M. Expilly se propose l'honneur de saluer comme citoyen les Dames hospitalières, etc.. )> Les religieuses lui répondent : « Les Dames hospitalières, etc., recevront la visite de M. Expilly comme citoyen, » Celui-ci se présente, en effet, sous les dehors les plus courtois et les plus bienveillants. On croit tout d*abord que la visite sera uniquement celle du citoyen : mais sous le manteau du citoyen était caché le pasteur mercenaire , l'apùtre du schisme et de la Révolution. En serpent rusé il se plie et se replie de mille manières, dissimulant son dard venimeux sous les fleurs dont il le couvre. Tantôt, d'un air souriant, il présente la coupe enchanteresse, affectant le langage de la piété, de l'amouv

il«IU«.atda prochain; tantôt, d'une main perfide, il ilécoclie qticlqaes traits infuclés da poison de ses erreurs. Tontes ces rnscs et ces niéclianles liabiletéa n'aboaUi'isnt à rien : elles glissèrent comme l'eaa iîur an corps impénétrable, sans trouver accès dans l'esprit des pieuses femmes contre lesqnelles elles étaient tlirigée.'i.

Pour cacher sa défaite et sa honte. Expilly demande à voir les pauvres malades. Il s'attendait saus doute qa'alin de lui épargner la peine de sortir du parloir et de passer par la rue, on Ini donnerait l'entrée des salles. en lai ouvrant les portes de la clùlurc. Mais les religieuses connaissaient trop bien leur règle pour accorder à nn intrus ce priviléf^e ([ui n'appartenait qu'au supérieur légitime de la communauté. Devant cette altitude, il se relira et ne fut plus tenté de revenir.

L'autorité municipale , quelques jours après cette Tisite, se présenta, à son tour, à l'Hôtel-Dien; elle fit réunir toutes les religieuses pour proposer à celles qui le voudraient de profiter des décrets de l'Assemblée, en rentrant dans le siècle. Cette proposition ne fut pas mienx accueillie que les perlides insinuations de l'intrus Expilly : un refus unanime, ie refus le plus lier el le plus absolu fut la seule réponse à celte insultante proposition.

La Municipalité ne se tint pas pour battue... Elle revint a h charge, en cliangeant son plan d'altai|ue. Dans une seconde visite, au lieu d'assembler la eommunaulé, elle fait comparaître les religieuses, l'une après l'aotre. s'imaginaut sans doute qu'eu les isolant ainsi du corps, elle pourra amener la défection de quelques membres, en insistant sur les motifs de lu sécularisation demandée. Vains efforts ces vaillantes lilli's

demearèrent inébranlables, comme la première fois. L'arbre, qui a essuyé, sans fléchir, les coups répétés de Touragan , en est ordinairement ébranlé , et il finit par céder à un nouvel assaut : fondés sur ce principe, les officiers municipaux pensèrent que la fermeté des hospitalières, qui avaient résisté à leurs premières tentatives, pourrait bien succomber à de nouvelles attaques. Mais ils se trompaient, oubliant qu il est des arbres dont les racines se fortifient, à mesure qu'ils sont plus battus par la tempête. Ils se présentent donc, une troisième fois, à l'hôpital Sainte-Catherine, se proposant démettre la religion des épouses de Jésus-Christ à la plus rude des épreuves.

Le service des malades est le quatrième des vœux que prononcent, en présence des saints autels, les religieuses hospitalières ; le corps municipal va les priver du moyen de remplir ce dernier vœu, si cher à leur cœur compatissant, formé sur le modèle du cœur aimant de Jésus. Il leur montre les clefs de la maison de retraite des femmes qu'on vient d'enlever aux dames charitables et dévouées qui l'occupaient si utilement; il les menace de leur ôter le soin des pauvres, qu'on placerait dans cette maison, si elles s'obstinent dans leur résolution. Sachant qu'il n'est jamais permis de faire le mal, sous prétexte qu'il en résultera du bien, les filles de saint Augustin n'hésitent pas, un instant; elles laissent, la douleur dans l'àme, s'en aller leurs chers malades, plutôt que de manquer à leur devoir et de confirmer, en une façon quelconque, l'injuste expulsion des Dames de la Retraite : c'est ainsi qu'elles quittèrent Dieu pour Dieu, les membres souffrants de Jésus-Christ pour Jésus-Christ lui-même.

Honteux et dépités d'avoir vu tous leurs efforts se

ttisir contre la constance d'un sexe naturellement faible €l timide, les patriolps conseillers de la cité Qaimpiîroise se rendent, ane quatrième fois, à riIôtel-Dieu, non plus pour essayer de triompher de cette constance qu'ils savent inviuL-ible, mais pour aclicver le transport des malades à la maison de retraite. C'est ici que se moulro à nu lenr cruauté déjà connue du lecteur. Plusieurs de ces malailes sont impitoyablement arrachés du lit de douleur sur lequel ils gémissent et transportés au nouvel hi'ipital, tandis que d'antres, se reposant enmpl^îtcmcnt .sur la divine Providence, refusent da s'y laisser conduire, pour ne pas être exposés à perdra h foi.

Cependant les Augnstines occupaient toujours leur maison, vide désormais de malades; les mêmes hommes qui s'étaient présentés chez elles, à quatre reprises différentes, vinrent, une cinquième fois, leur notiller l'ordre de se cnmtiluer civilement, dans uu m"ois, sons peine de se voir dissoudre. Enlin, comme ces dames n'obéissaient pas. et qu'ils savaient d'ailleurs qu'elles n'obéiraient jamais à uu tel ordre, ils n'attendirent pas l'expiration du délai fixé, pour exécuter leur menace. Le 21 Janvier nSl, ils viennent frapppi- à la porte du couvent, escortés de cinquante salelites en armes, qui envahissent la première salle auparavant occupée par les malades.

Bientôt la ville entière est instruite de cette bititale Invasion ; la fonle, grossissant toujours, se masse, en murmurant, autour du monastère; peu à peu les murmures se changent en cris d'indignation et provoquent une émeute presque générale. ïiu sein de cette foule agitée comme les flots de la mer. nn jour do tempi^tc, on vil lout-/t-conp s'avancer une jeune Auglaise.de 18 à 30 ans, qui «'adressant, avec une dignité imposaule.

aux municipaux, leur dit : « Messieurs, quoique j'aie le bonheur d'être catholique, je suis née de parents protestants ; mais je sais que ma nation rougirait de persécuter ainsi des catholiques, et surtout des femmes. »

Les soldats ont beaucoup de peine à contenir les gens du peuple qui, malgré tout, aimaient les bonnes religieuses qui les soignaient avec tant de dévouement, dans leurs maladies.

Sur les cinq heures et demie du soir, un des valets ou agents de la municipalité porte la main sur Madame de Kervaségant, supérieure de la communauté, et Tarracbe avec dureté de sa cellule.

Cette femme forte qui avait conservé, en face de tout cet orage et de cette violence, une âme tranquille, dit à cet impudent : « Sachez que ma personne est sacrée. »

La mère du troupeau, ainsi frappée, les brebis sont aussitôt dispersées. Se voyant forcée de franchir, ainsi que lo reste de ses sœurs, l'enceinte sacrée qui la séparait du monde, depuis plus d'un demi-siècle, l'une d'elles, courbée sous le poids de la vieillesse, veut faire quelque résistance, expression naturelle de l'horreur et de l'amertume dont elle est pénétrée. Un sabre est immédiatement levé sur sa tète ; elle se jette à genoux, en s'écriant : « Je veux mourir ici, . . » On la porte sur la rue, et l'on s'aperçoit que ceux qui la soutiennent frissonnent,pleurent et tremblent de tous leurs membres.

Voilà donc ces saintes victimes, jetées hors de leur monastère, sans asile. Recueillies d'abord par plusieurs familles de la ville et par les Dames de Kerlot qui, trois jours après, sont elles-môfhes chassées de leur maison, elles reçurent ensuite l'hospitalité la plus affectueuse et la plus dévouée dans d'autres communautés.

-On ne sera pas surpris de l'acliarnemei)! avec lequel ruroiil [lourâiiivies les religieuses hospitatièreii de Quimper, (luaml on saura r)ue les corps ailminislralirs convoitaient, pour s'y établir eux-mômes commodément, les itàliments spaiùeux et bien situés de l'Uûtol-Dieu. Le monastlire évacué, ils se hâtèrent de se Taire autoriser par l'issemblée nationale â l'occuper. Jus(|u'au mois de Juillet 171)1, ils n'avaient rien changé à l'état des lieux, lorsque, par un mouvement subit de patriotisme (on plutôt par suite d'ordres ou de conseils secrets) les partisans de la Hévolution se portèrent .'i démolir les murs de cl(Hure, du côté du chaœp-de-bataille.

Ce fut pour les révolntionn aires de Quimper un jour tle triomphe et de réjouissance, comme le fut pour leurs Tfâres de Paris celui de la démolition de la Bastille. Tous voulurent y participer : hommes et femmes, riches el pauvres, voire même les préIres assermentés. Conduits et encouragés par leurs professeurs, qui y mettaient eux-mêmes la main, on vit les élèves d» collège rivaliser de zèle pour détruire ces pieuses murailles qui abritèrent si longtemps la pureté, la charilé. l'abnégation et tontes les vertus dont la vie rflîgieuse est la source la plus féconde.

Les vicaires d'Expllly et les nouveaux directeurs Aa. séminaire auraient cru manquer à leur devoir, s'ils ne s'étaient pas trouvés là, au [premier rang, pour donner l'exemple aux démolisseurs, féliciter les plus actifs et animer les plus expéditifs. On remarqua surtout, parmi les ouvriers de ce chantier d'un nouveau gimre, -le supérieur du séminaire faisant l'uflice de manœuvre ; il partageait av8C le premier venu ['honneur de porter la civière... Alin quo l'on put dire que l'œuvre de deslruction était commune â toute la ville.

on forçait toutes les personnes qui passaient dans les environs, de qaelqne rang et condition qu'elles fassent^ à porter au moins une pierre.

BÉNÉniGTINBS. — CALYAIRIENNES. — DAMES DE SAINT THOMAS. — FILLES DU SAmT*ESPRIT DE QUIMPER.

Les Bénédictines du prieuré de Loc-Maria et les Calrairiennes de Quimper demeurèrent plus longtemps dans leurs monastères que les deux communautés dont nous Tenons de parler : ce n*est pas cependant qu'elles eussent donné , pour cela , aucun gage à la Révolution ; elles étaient, sans doute, moins en évidence , à cause de leur situation dans la banlieue de la ville , et il faut le dire : on avait moins besoin de leurs maisons que de celles des Hospitalières et des Bernardines de Kerlot. . . Quant à leur Gdélité à tous leurs devoirs , elle ne se démentit jamais , pendant tout le temps que dura la persécution... Inébranlables dans la foi, elles rejetèrent toujours avec horreur les moindres apparences du schisme, refusant, jusqu'à la fin , de reconnaître Tévèque intrus qui l'avait introduit dans le diocèse.

Il en fut de même des Dames de Saint-Thomas de Villeneuve chargées de Thùpital général et des Filles du Saint-Esprit ou sœurs blanches , consacrées au soin des malades pauvres de la ville.

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