‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 34 sur 51 · DAMES DE LA RETRAITE DE QUIMPER · texte numérisé non relu

DAMES DE LA RETRAITE DE QUIMPER

Outre les mauvais traitements qu'elles éprouvèrent de la part des corps administratifs , avant qu'on s'emparât de leur maison , les Dames de la Retraite eurent aussi à soutenir les assauts du sectaire Expilly. Nais, en

gjtr^ contre la séducliou de ce dernier, el affermies oonlre lii porsfifUtion des uremiers, elles so montrèrenl supérieures ii toat (I).

Ouaiid, II! 2 Jiiillel 1791, OQ vint leur signilicr qu'elles devaient on se conformer ;ihx nouvelles lois, on quiUer leur maison, une d'entre elles. Mademoiselle Victoire de Saint-Luc, empêchée par la maladie, ne pnl joindre son refns à celui de ses soeurs. Comme celles-ci répondaient pour elle, nu des commissaires du Disti-ict [il observer que. personne ne devant répondre pour les absents , il fallait se rendre auprès de la malade. On monta donc jusqu'à sa chambre, el. lorsqu'on lui demanda si clic adhérait à la résolution de la communauté, elle s'écria: « Je signerais ce refus de mon samj. »

Ces paroles furent pour elle une véritable prophétie, car on sait que Mademoiselle \icloire de Sainl-Luc péril sur l'écliafaud , avec son |>ére et sa mère, le 1S) Juillet 1794.

Huit jours après, on chassa ces dames de leur paisible retraite; elles trouvèrent, chez k's Bénédictines dii Calvaire , l'hospitalité alïectueuse que ces épouses de la Crois donnaient si généreusement à toutes leurs sœurs du la ville, qui, comme leur Sauveur, n'avaient plus où reposer la tête.

i:rtSULlMS ET HOSPlTALltBES 1>Ï. CARHAlï.

A Carhaix , les l^rsulines et les dames hospitalières provoquèrent, par leur fermeté, l'admiration de leurs persécuteurs eux-mêmes. Dans les différentes visites que leur tirent les administrateurs pour essayer de les inti-

Ml &'d in hisomiiihiis supiTamus, im-ptiT cum (|ul dilexit nos. (Rom. Cbu|i. \iu. V. 'il).

mider et de vaincre leur constance , ou pour les gagner par de spécieuses promesses , elles déconcertèrent les projets des impies par les réponses les plus sages et les plus courageuses.

Une jeune hospitalière se disposant à signer, comme ses autres sœurs, l'acte de refus de quitter la clôture et de profiter de la liberté accordée par les décrets , un officier municipal ou du district lui dit : « Madame , il « n'y a pas d'encre dans la plume. » — « Si l'encre « manque, répond-elle, fai du sang dans les veines, y^

La manière, dont les religieuses hospitalières de Carhaix furent expulsées de leur maison , mérite d'être relatée.

Elles montrèrent la plus grande énergie, lorsqu'on les invita à quitter leur cher monastère de Grâce, C'est en vain que le procureur-syndic du district et l'autorité municipale s'y transportèrent, à diverses reprises, les ordres du Département à la main ; elles opposèrent à chaque sommation un refus obstiné : « Vous nous chasse serez violemment , disaient-elles ; mais nous ne sor- « tirons pas ; nous nous attacherons aux grilles de nos « parloirs ...»

Outre l'attachement à leur maison qui les animait, ces Dames étaient encouragées dans leur résistance par les supplications des malades qu'elles soignaient, et des pauvres de la ville qu'elles nourrissaient. Depuis que les bonnes mères, — c'est ainsi qu'ils les appelaient, — étaient mises en demeure de les quitter, les pauvres étaient désespérés, et dans un état continuel de surexcitation. Rassemblés autour du monastère, auprès duquel ils veillaient nuit et jour, ils déclaraient hautement (ju'ils ne voulaient pas qu'on touchât à leurs charitables nourricières. Chaque fois que le commissaire du district,

rSTMQ (le son échappe triratore, on rolTicier municipal me pi'ûsontait, il lui fallait fendre la ma&se de co peuple en guenilles, qui, le vidage ^uppliaut à l.i fois el menaçant, siî divisait avec peine pour lui livrer passage.

L» rriielle loi qui dissolvait les communautés religieuses dev^iil ceperidanl irioinplier de la résistance de ilticlipies faibles femmes et des supplications obstinées de quelques douzaines de mendiants afïiunés. Les délais tixés pour l'exécution de cette loi s'étaient écoulés ; envers et contre toat, il fallait que les Hospitalières sortissent de leur élablisscment; on déploya pour arriver à ce but une force militaire inusitée.

Tne compagnie entière de grenadiers coloniaux rie l'ort-au-rrince, alors en garnison ii l^arliaix. se présente, un matin, devant la porte du monasti-re, accompagnée de trois charrettes de réquisition. Le procureur-syndic et les deux otQciers qui dirigeaient la U'oupe entrent et. sonnant â la grille, ils demandent à voir la supérieure.

Introduits au parloir, ces messieurs, impatients d'accomplir enfin leur œuvre, attendaient d'assez mauvaise humeur, lorsque la supérieure apparut à la grille, la ligure calme el tranquille.

■ Je vous demande pardon, Messieurs, dit-elle, avec «une modest« simplicité, do m'ôtre fait attendre ; « j'étais occupée à l'intirmerie ;i soignei" une de mes « sœurs ; j'ai voulu achever de la panser. Ou'.V a-t-il « iwur votre service , je vous prie? — Madame, répondit « le pi-ocureur-syndic, vous connaissez rarrélé du « Département, et il vous a été nolilié, en son temps. « Vous n'y avez point déféré. — C'est vrai. — Vous « connaissez aussi notre arrêté et l'ordre qu'il porte « d'évjicner immédiatement votre maison. Quelles sont * aujourd'hui vos intenlious, car les délais sont épuisés?

« parlez. — Mes intentions sont ce qu'elles ont toujours « été : de mourir ici , si Dieu m'en accorde la grâce. — « Madame, il faut que vous sortiez aujourd'hui; ne « nous obligez pas à des mesures de violence ... — « Ehl Messieurs, vous en êtes les maîtres, car nous € sommes de pauvres brebis ; mais nous avons fait vœu < de rester consacrées au Seigneur. Lui seul peut non$ « délier de nos engagements ; sa volonté soit faite I ... »

Voyant que rien ne pourrait ébranler la résolution de cette femme courageuse qui avait jnré de ne point ouvrir les portes de son cloître , les officiers municipaux euxmêmes, aidés de quelques grenadiers, forcèrent ces portes et envahirent la communauté.

Prosternée la face contre terre, à la vue de cet odieux attentat , la supérieure , entourée de toutes ses sœurs , récite avec elles le Miserere met , Deus , priant ainsi le Dieu des miséricordes d'avoir pitié de leurs persécuteurs et de leur pardonner ce qu'ils font.

On essaie , en vain , de faire monter les religieuses dans leurs cellules, pour qu'elles puissent mettre de côté les objets qui leur appartiennent personnellement... Elles restent au milieu des envahisseurs , comme pour protester de plus en plus , et jusqu'à la fin , contre la violation des saintes barrières qui les mettaient à l'abri du monde.

Pendant ce temps, les agents de l'autorité locale parcourent et bouleversent la maison ; ils s'emparent des lits, des vêtements, des livres de prières, en un mot de tous les meubles et autres objets qui leur tombent sous la main : le tout est amassé pêle-mêle et jeté à la hâte sur les chariots amenés par les grenadiers à l'entrée de la communauté.

La journée se passa à ce pillage. La nuit venue, tout

ce qui avait appartenu et servi aux religieuses Hospitalières du couvent de Notre-Dame de Grâce de Carhaix fut transporté, déposé et inventorié à Thùtel de la commune.

Désormais sans asile et dépouillées de tout, mais riches de la grâce de Dieu et de la force de Jésus-Christ qui augmentaient en elles, à mesure que leur dénûment était plus complet, elles ne tardèrent pas, elles aussi, à être jetées inhumainement, comme leur mobilier, sur les charrettes de réquisition, pour être conduises à Quimper et internées à la maison d'arrêt.

IRSILINES DE OrîMPERLE ET DU FAOUET.

Les Ursulines de Quimperlé et du Faouët triomphèrent également sans se démentir, un seul instant, des exécuteurs serviles des ordres et décrets de l'Assemblée constituante.

Quel consolant spectacle que celui de ces vierges du cloître, victorieuses, avec la grâce de Dieu, de toutes les persécutions !

Nous pouvons donner sur la persécution exercée contre les Ursulines de Quimperlé quelques détails qui De manquent pas d'intérêt.

Au mois de Février 1790, on leur réclama l'inventaire de tout leur mobilier, avec un état détaillé et circonstancié de tous leurs revenus.

Assurées qu'elles pouvaient fournir ces renseignements sans blesser leur conscience, elles les remirent, quelques jours après, aux délégués de l'administration qui les avaient demandés.

Dans le courant du mois de Mars, la municipalité vint

signifier à ces Dames le décret qai défendait aux congrégations religieuses d'admettre dorénavant aucun sujet à la profession ; il leur fut même enjoint de renvoyer leurs novices.

Le monastère des Ursulines de Quimperlé était renommé alors, comme il Test encore aujourd'hui, par Tunion et la charité qui régnent entre les divers membres de la communauté; s'aimant comme des sœurs, elles goûtaient combien il est doux et agréable à des sœurs d'habiter ensemble (1); d'ailleurs ces sentiments, qui font la gloire et le bonheur des maisons religieuses, naissaient et croissaient pour ainsi dire tout naturellement, comme des fleurs dans un sol heureux, dans cette maison dont le site gracieux et les riantes dépendances semblent faits pour les produire et les développer. Placé au sommet de Tune des collines qui dominent la ville basse de Quimperlé et la fraîche vallée de Tlsole et de TEUé, entouré de magnifiques jardins, de riches prairies et d'un bois spacieux, le couvent des lîrsulines est une des plus agréables et des plus saines résidences que l'on puisse désirer pour des religieuses cloîtrées, institutrices de la jeunesse. Sans sortir de leur enclos, elles peuvent respirer elles-mêmes et faire respirer à leurs élèves l'air pur des champs, prendre un exercice nécessaire à leur santé, récréer leur vue, reposer leur esprit et élever leur âme, au spectacle du paysage le plus ravissant.

Étroitement unies entre elles, fortement attachées à ce coin de terre béni où coulaient pour elles le lait et le miel des douces et tranquilles consolations que donne la religion, on comprend quelles furent leurs angoisses et leurs larmes, à la pensée qu'il leur faudrait bientôt

(1) Ecr.e quam bonumet quam jiicundum habitare fralres in unum. (Ps. 132. 1).

et quitter leur demeure bien-aimSi jeoDCS novice.^ surtout étaient incciDsolables; elles voyaient leur vocation religieuse entravée, et peut-être brisée à tout jamais ; elles se voyaient rejelées au milieu de c-e monde mauvais dont elles avaient fui les périls. . . I.'fUne débordant de chagrin, toutes itlors allaient se prosterner devant les saints autels, et suppliaient Jésus, avec des gémissenieats inénarrables, de leur é|)argrn?r cet incomparable chagrin.

Il entrait cependant dans les desseins de Dieu qu'elles boiraient aussi jusqu'à la lie la coupe des amertumes qu'elles entrevoyaient et redoutaient.

La 10 Mai n90, le maire, accompagna de plnsieurs officiers municipaux , se rendit au monastère pour leur demander si elles étaient dans l'intention d'y demeurer, on de profiter de la liberté qui leur était accordée d'en sortir, pour vivre dans le monde, avec la peusion qui leur serait fixée. Toutes les religieuses, au nombre de 32, adhérèrent à la déclaration suivante faite par leur supérieure, la mère l'élagie io Mavyc : « Sœur « Pélagie, igée de 60 ans, déclare vouloir rester dans le « cloître et ne vouloir en sortir. «

Le lendemain de cette visite, le triennat de cette vraie &apérieare expirait. Elle fut confirmée, pour la cinquième fois, dans sa charge par les suffrages de ses sœnrs. M. l'abbé Hervé, recteur de GuiscrilT, présida l'élection.

L'armée qu'un premier effort n'a pu ébranler cède quelquefois à un second ou à un tioisiéme. N'ayant pu, une première fois, entamer la fermeté des filles (le saiute Ursule, la municipalité revint .à la charge. Appelées toutes au grand parloir de la communaulô ai interrogées sur leurs ilispositions prôseules, elles répoudirent avec une énergie digne de leur héroï-

qae fondatrice*, qu'elles voulaient rester attachées à leurs vœux religieux jusqu'à la mort, et que la force seule pourrait les contraindre à abandonner leur sainte demeure.

. Il y avait alors dans le monastère deux religieuses, doublement sœurs, par les liens du sang et ceux que forme la religion, les mères Constance et Mélanie Gouyquet de Bocozel, âgées Tune de 89 et lautre de 84 ans. L'ainée avait déjà célébré 74 fois, et la cadette 68 fois Tanniversaire de son entrée dans le cloître. . . Elles demandèrent, à genoux, le visage baigné de larmes, la grâce de mourir plutôt que d'être forcées de franchir le seuil sacré de leur asile. Leur fervente prière fut exaucée; elles eurent le bonheur de quitter toutes les deux, avant la dispersion de la communauté, leur enveloppe mortelle pour aller se reposer dans les tabernacles éternels.

Attaquées, mais non vaincues sur ce premier chef, les Ursulines de Quimperlé furent aussi fermes et unanimes à refuser le serment qu'on vint, à diverses reprises, les solliciter de prêter. Héritières d'un grand nom, d'un nom qui signifie : force jusqu'au martyre, puisque sainte Ursule donna sa vie pour garder la chasteté; ayant devant les yeux les exemples de constance dans le devoir de toutes les vertueuses vierges qui avaient illustré leur congrégation ; sachant qu'il est honteux de posséder une origine et des traditions glorieuses si on ne les honore point par une noble conduite, elles déclarèrent qu'elles étaient prêtes à verser leur sang,plutôt que de se départir de leurs engagements vis-à-vis de Dieu, de la sainte Église et de leur règle. . .

« Nous ne ferons jamais , s'écrièrent-elles toutes en- « semble, notre àme plus précieuse que nous-mêmes.

« — îjae celle do noire gloriease fondatrice,— qiie «Ile « de nus devaDci^-reâ dans la carrière. »

Après toutes ces visites, la communaïUé jonil. pendant qaelqac temps, d'une tranquillité passagère, qui permii anx l'rsulines de maintenir leur pensionnai : elles avaient encore une quarantaine d'élèves internes, au mois de Mai 1792.

Le .» Juin de cette année, l'inspecteur et le receveur de l'enregistremenl vinrent inspecter l'enclos; ils reconnurent qu'il contenait 30 journaux de terre d'une valeur, He 300 livres, en égard aux dépenses de culture et d'engrais. Ils consentirent à la mère Pélagie, pour 3. 0 ou D ans, du 1" Janvier 1792, an bail â ferme de ces terrains el de deux prairies, moyennant la somme de 3ttO livres. Singulier contrait C'est ainsi que procédait alors la talion : elle s'emparait des biens des communautés, el les louait aux religieuses mêmes qu'elle avait dépossédées. Les UrsuHnes de Quimperlé durent souscrire à ces iniques conditions, heureuses si elles avaient pu, à ce pris, rester dans leur monastère. . .

Le 28 Septembre 1792, on les expulsa, malgré leurs protestations, leurs supplications et leurs larmes, de la maison à laquelle les attachaient si énergiquemeul et leurs vœux et les sentiments naturels de leur cœur. Qu'il fut dur l'instanl où il leur fallut d'abord se dépouiller de l'Iiabil sacré dont elles avaient été revêtues, en face des saints autels, le jour de leurs fiançailles et de leurs noces spirituelles avec Jésus, en signe de leur alliance avec l'épont divin de leurs âmes I En faisant leur profession religieuse, elles avaient cru se séparer [wur toujours d'un monde loin duquel elles voulaient vivre et mourir, et voilà que, par la plus cruelle violence, elles sont contraintes d'y rentrer.

Qu'ils farenl déchirants les adieux qâ'ëUe& Sr^it ensuite à leur cliî-re solitude, — à ce sanctuaire témoin de leurs engajçemenls solennels, — à ce tahernacle devant lequel elles aimaient à prier et à rc^pandi aux pieds de leur Sauveur, comme un pju'rum, lean joies et leurs peines, leurs rrn.intes et leurs espérances i Quelle ne fut p3.& leur lioulcur, torsiiu'elles voulureati au moment de sortir, visiter la chapelle du jardin, poan demander à Notre-Uaine de Graml-Poiivnir do les bénii ;et de lei» protéger ! Agenouillées, toute» cnscmblo, devanH l'image de la Madone vénérée de cet oratoire, elles l»,! couvrirent, en sanglotant, de leurs baisers et <te leur^l larmes I Leur aUliction fut au comble ([uand, après avoifj quitté ces lieux, qui leur rappelaient tant et de si pré-^ cieux souvenirs, elles se séparèrent les unes des autres. . (^tto séparation Tut si tuucliante, par les marque) d'aiïection qu'elles se donnèrent, les paroles d'encnura-J gement mutuel qu'elles s'adressèrent, que les at^nla révolutionnaires, chargés d'exécuter les ordres de la " municipalité, ne purent eux-mêmes rester insensibles h ce spectacle attendrissant. Plusieurs d'entre elles fA quittaient pour ne plus se revoir ici-bas; elles se dis-J persaient, pour aller soit dans leurs Tamilles respecUves,T soit ailleurs, ne sachant pas s'il leur serait donné de s {réunir jamais sous le toit d'où un les chassait.

Au reste, si la douleur dont le cwurde ces verlueu: filles do sainte Ursule était rempli se traduisait par ces martiaes extérieures, comme la tristesse de Jésus dans son agonie se montra par la sueur do sang qui se répandit , sur tout son corps, leur Ame était résignée et soumiMl à la volonlA de Dieu, comme celle de leur divin Sauveor^ Comme lui, elles avaient demandé au Seigneur d'écai loin d'elles cette heure d'angoisses; comme lui aassi..

^Ilcà avaient ajouté : « CepcniUnl, que voire volonli^ soit failc, ot non la nâlrc I »

I7ne vraie religieuse peut-elle d'ailleurs ne pas accepter avec soumlâsion les épreuves (|ue le Ciel lui envoie t Peut-elle rernser de marcher courageusement dans U voie où N. S. J.-C. est entré, le premier, en disant à ses disciples : « Sulvcz-raoi ! » La croix qu'elles avalent portée jusqae-Iâ sur leur poitrine ne leur préchait-«lle pas. chacpie jour, le sacrifice et le lenoncement à tout?

Autant la municipalité de Quimperlé . lors de sa première visite au couvent des Ursulines, s'était relativement comportée vîs-â-vis de ces dames avec égards et convenancfi, autant, paralt-il, fut-elle dure cl impitoyable, au moment de leur espuision. Nous en trouvons le témoignage dans l'histoire de la ville de Ouimperlé par" M. Daniel, comme aussi celui de la douceur et de la patience inaltérables de la supérieure du couvent.

« Lorsque le gouvcrneraenl révolutionnaire s'empara, « dit-il, des lîrsulines, ses agents traitèrent les reli- « gieuses avec peu d'égards. Le président du diâtrict, M M. Camliry, homme honorable, lit son possible pour

■ adoucir des mesures qu'il ne pouvait empêcher. Voici a comment il parle de cet événement : ■ Je n'aperç.ois, « je ne salue qu'avec respect celte religieuse, la supé- « rieure, mère Péhigie Le Mavyc . Quelle douceur!

■ quelle résignation I quelle patience I F.lle fut enfermée,

■ persécutée, mais jamais un reproche, une plainte, « un propos méprisant n'attaqua la Itévuluiion tpii « l'arrachait de sa retraite, à ses v(eux, au serment • qu'elle avait fait à l'Éternel : elle ne demanda point

■ an Ciel le sang de ses persécuteurs. Tous tes raison- « nements de la philosophie ne pouvaient rien sur sa » raison, dont elle avait, depuis longtemps. Tait le

« sacrifice à la foi. — Je n*ai pas les lumières qni « jugent, disait-elle, mais je tiens aux principes» à la « croyance, qui ne prêchent que la douceur, la charité, « et qui m'offrent pour récompense, après les peines de € la vie, les délices d'un autre monde, dans un foyer » d'amour et de bonheur inénarrable. »

Avant de se séparer, les Ursulines emportèrent avec elles les objets que la Nation accordait à chaque religieuse. Grâce à leur attachement pour leur maison et au soin qu'elles prirent de les conserver, elles purent, à leur rentrée, y reporter ces objets dont plusieurs sont aujourd'hui gardés avec respect comme de précieux souvenirs des persécutions qu'elles eurent à subir et des témoins de leur fermeté religieuse.

La Mère Eugénie Le Guével, retirée à Lorient, morte dans sa communauté, en 1837, avait déposé dans la paillasse de son lit une chasuble en damas vert. Elle se trouvait dans sa cellule, au moment où les farouches républicains y entrèrent. S'approchant du lit, ils le percèrent de leurs sabres, sans toucher à cet ornement qui fut ainsi providentiellement préservé.

Quelques-unes des religieuses vécurent dans leurs familles qu'elles édifièrent par la régularité de leur vie et embaumèrent du parfum de leur piété. D'autres se réunirent, dès qu'elles le purent prudemment, afin d'accomplir ensemble les devoirs de leur vocation. Quoiqu'elles fussent éloignées de leur supérieure, elles trouvaient les moyens de se mettre en rapport avec elle, pour n'agir que par obéissance.

Les colombes poursuivies par les vautours quittent les vallées et se réfugient au sommet des montagnes où elles se tiennent toutes tremblantes, parce qu'elles ne se croient pas à l'abri des serres de leur ennemi, même

- asi -

ce lieu éleva (t); semblables û ces oiseaax inoffensifs, ces pieuses filles chassées de leur paisible ilemeure, passcnmt aiosi quelques anui^cs, en proie aux .ingoisses qu'entretenaient continaellement leur litre de religieuse et l'élal des esprits. Le régime de la Terreur ayant di'sparu et l'horizon commentant nu peu à s'éclaircir, elles arrivèrent à Quimperlé, afin ô'atlondre le moment où leur arche sainte se rouvrirait pour les recevoir. Quello ne Tut pas leur douleur, en voyant leur monastère profané ! La maison et l'enclos ayant été vendus nationalement, le 8 Avril 1793. la chapelle avait été transformée en un magasin h fourrage, le réfecloiro en ntie salle de spectacle et le grand parloir en une salle de danse. Elles se Réunirent, prés de la ville basse, au Gorréquer, oii elles ouvrirent une école, pour être, autant que possible, lidèles à une de leurs principales obligations : l'instruction et l'éducation de l'enfance et de la jeunesse. Elles avaient la consolation d'apercevoir de cette nouvelle résidence leur chérc montagne, et leurs cœurs, encore plus que leurs yeux, se tournaient souvent vers leur monastère, demandant à Dieu avec ferveur la grâce d'y rentrer, au plus lût : ce qui n'eut lieu qne le 6 Octobre 1803.

Lorsque cet heureux événement vint les réjouir, tes Ursulines écrivirent sur leur registre : « Nous sommes « sorties do notre communauté, à ce obligées par la « force des autorités constituées, le 28 Septembre 1792, « nous avons eu le bonheur d'y reulrer, le 6 Octo- ■ bre 1803, par la miséricorde de Dieu et la générosité « de M. et de M"" Mancel. «

M. et M"" Mancel avaient racheté les édifices et l'enclos

(1) El GTiint in moiuihu» iiunsi coliimttx convulliiim o (Ezccli. chap. VIL lii )

mes irpjiiili.

du premier acquéreur; ils les cédèrent aux. religieuses.

Sorties au nombre de viogt-neuf» en 1792, ces Dames ne se trouvèrent qu'à quatorze , à leur reotrée ; la quinzième, la Mère Marie-Sainte du Couëdic, malade à l'hospice, rejoignit peu après ses compagnes, que la mort avait réduites à ce petit nombre.

La Mère Pélagie Le Mavyc, supérieure au moment de la dispersion de la communauté, en 1792, reprit après sa réunion, le 6 Octobre 1803, les fonctions de sa charge qu'elle continua jusqu'au 17 Décembre de la même année. Monseigneur Claude André lui accorda, sur sa prière, d'être remplacée par une autre supérieure, dont il approuva l'élection par une lettre du 26 Dé* cembre.

Les L'rsulines de Quimperlé avaient pour aumônier, pendant la Révolution , M. Sébastien La Tour, ancien religieux de la Compagnie de Jésus. Entré au service de la communauté, au mois (k Décembre 1774, à l'âge de 45 ans, il y resta jusqu'en 1792. Attaché à tous ses devoirs de prùtre, M. La Tour donna à ses religieuses l'exemple de la fidélité à la sainte Église. Ayant constamment refusé le serment, il fut, pour sa belle conduite, en butte à toutes les vexations qui étaient, à celle époque, le pain quotidien des prêtres fidèles. Renfermé au Château du Taureau, il fut plus lard transporté en Wesphalie.

En 1806, la Mère Marie-Reine Colion de la Chauvinaye, professe des l'rsulines de Rennes, vint se joindre, avec la Mère Victoire de la Haye du Cartier, aux L'rsulines (le Quimperlé.

En 1807, on agrégea à la même communauté les Mères Mélanic et Elisabeth de Kervégant, Sainte-Reine Pasco et Pélagie Mounier, L'rsulines professes de Quin-

ttfl-r la «ère Jeaniie-Mirhello du l'iessix du ColomWw. professe de Lesneve»; les Ursulines d'Henncbotit.

IJriij des (ItsinifVes L'rsuliiies de Pont-Croix , Mère Saint-Joachim , (Marie-Anne Larbre de l'Épine) vint aussi, en 1808, se joindra ù ces rcligieasef.

Au rcsli'. le couvent îles Ursulincs de Quiniperlé ayant Mé un des premiers à se rétablir, ces Dames furent heureuses d'olTrir un asile à leurs sœurs de différentes maisons, qui vinrent frapper à leur porte.

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