‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 5 sur 51 · DE MONSEIGNEUR DE SAINT-LUC · texte numérisé non relu

DE MONSEIGNEUR DE SAINT-LUC

Toussaint-François-Joseph Conen de Saint-Luc naquit à Rennes, en Bretagne, le 17 Juillet 172i. Ses parents lui inspirèrent, dès la plus tendre enfance, la crainte de Dieu et Tamour de la yertu,dont ils étaient eux-mêmes pénétrés. A Tàge de sept ans, il reçut la tonsure des mains de Monseigneur de Vaureal, son Évoque. Après avoir fait ses humanités au collège des Jésuites de Rennes et avoir été le modèle de ses condisciples par une conduite toujours régulière et édifiante, il fut envoyé à Paris , m séminaire de Saint-Sulpice, où son attrait pour la piété et son goût pour Tétai ecclésiastique se fortifièrent de plus en plus. Il n'avait encore^ que le grade de bachelier (1) en théologie, quand ses parents, craignant pour sa santé qui s'altérait notablement, le rappelèrent à Rennes, d'après l'avis des médecins de la capitale. Les

(1) Dans la suite onexisea'de lui que, à défaut de la licence en Uiéologie, il prit des grades en droit canonique, mais il s'en tint k celui de oarbelier : et nous savons de personnes qui avaient sa confiance, que son motif pour ne pas aller plus loin fut la crainte de s'exposer, étant licencié, à la tenution de prétendre à des places qui eussent demandé ce grade, qu'il ne reçut qu'après sa nomination à rËvêcbé de Quimper.

Si^ins qu'il troa?a dans la maisoD paternelle, ou phitôl la Prvnidence oonsenra à TÉglise no sajei sar lequel elle avait des vnes partîciilières el de prédilection. Élevé au sacerdoce, Tabbé de Saiot-Loc se livra tout entier à tous les devoirs de son état, catéchisant, prêchant, ooQfi?siant. visitant les hùpitam, assistant les malheunHL\ . n ayant d'autre ambition que celle de se sauver en travailbnl aa salat des antres.

Ce(.^a!iiiat« à là^ de ^ acksàl fat poonu d'un cano-

oicat diins l'edtse oatbednle de Rennes. Une résidence

coitUOLifietue. U pins scr^poiense exactitude à tous les

,»rfio*s tei ftit le j>ljai de vie quil se proposa et qu'il

v^ôssfoa rr^Hureaseneot^ (vndant 13 ans qu'il fut cha-

;K'iitef. porti^^ftt kml soo temps entre le chœur et les

aièates boauies ^leavn^ dont il s'occupait auparavant. Il

cet^bcjLic iLHts tes jours le saint sacriiice de la Messe, à

ttKtris v{u'il u eu tut empêché par quelque infirmité ; et

svtk* pratique, il la retenue jusqu'à la fin de sa vie,

juusi vjue celk^ de s y disposer comme s'il devait monter

ji iMtel |K>ur la dernière fois. Aussi la dévotion tendre

iKstt t>iea le favorisait, se manifestait-elle sensiblement

AU dcik^rs par les larmes qu'il répandait souvent en

v^aut les saints luystéres.

Vmiitt^. eu IT67, à Tabbaye de Langonnet, quelques l«k<tAm>^^ qui lui fussent faites, même par Monseigneur IV^uvKiu alors év<^que de Rennes, pour qu'il gardât son c^Hv^icat. jamais il n y voulut consentir, disant que les n^K^ prt'scrites {Kir le saint Concile de Trente devaient iMr^ ^^^rvèes : mais il accepta avec reconnaissance le liUv de chanoine homuxiire que lui accorda le Chapitre ; 1^ qiun\|u'il 1^) fut plus obligé, il ;issistait fréquemment À I oAWe public avtv ses anciens confrères.

M. l'abbé de Saint-Luc ne regarda l'augmentation survenue dans sa fortune que comme une obligation quil contractait de verser de plus abondantes aumônes dans le sein des pauvres , et loin de penser que son titre d'abbé put l'affranchir des travaux du ministère, il continua de s'y livrer comme auparavant.

Ce serait peut-être ici le lieu de parler de ce qu'il eut à souffrir pendant les troubles de Bretagne, et de citer les traits héroïques de patience, de charité, de pardon des injures (I ) et de tant d'autres vertus qu'il pratiqua dans un degré si sublime^ que ceux-mêmes du parti opposé à celui pour lequel il s'était déclaré, ne pouvaient lui refuser leur admiration et leur estime. Mais ne rappelons pas le souvenir de ces malheureuses divisions, et contentoos-nous de dire qu'alors, comme depuis, il s'est toujours montré fidèle au roi et à son autorité.

Le 1" Mai 1773, M. l'abbé de Saint-Luc fut nommé à l'Évêchéde Quimper. (2)11 fallut user de violence pour l'engager à l'accepter, et nous pourrions en donner la preuve, en citant les personnages infiniment respectables, et dans l'épiscopat et dans le clergé du second ordre, qui furent employés pour lui persuader de se rendre à Paris : encore est-il certain qu'il partit dans l'intention de refuser. En effet, dès la première visite qu'il fit à Son Éminence, le Cardinal de la Roche -Aimond, il le

(1) Un Jour que nous raccompagnions dans une rue de Rennes, on lui tira un coup de fusil, en plein midi. Nous nous rappelons parîfaitement l'heure, la rue et la maison d'où le coup partit. M. l'abbé de Saint-Luc n'en reçut aucune atteinte^ et il continua son chemin, comme s'il ne se fut aperçu de rien.

(2) Il succéda à Monseigneur de Flamarens qui fut transféré ù Périgueux. (Note de M. l'abbé Téphany.)

supplia de faire agréer au roi ses excuses et son refus. Le Cardinal, sans lui donner le temps de s'expliquer, lui répondit, avec un ton et un air qui manifestaient clairement combien il s'applaudissait de son choix, qu'il fallait obéir et que tel était l'ordre de Dieu, comme celui du roi. « Au moins, répliqua M. l'abbé de Saint- Luc, Votre Éminence voudra bien accepter ma démission de l'abbaye de Langonnet. > — « Pas davantage, reprit Son Éminence ; j'ai été trompé sur la valeur du siège de Quimper, qui est grevé d'une pension de mille écus quitte. Si vous n'aviez pas une abbaye, le roi vous en donnerait une. y^

Cependant cette pluralité de bénéfices inquiétait M. l'abbé de Saint-Luc, et il voulait absolument remettre ou son abbaye ou l'évêché. Enfin M. de Beaumont, Archevêque de Paris, quelques autres Évèques et d'anciens amis qu'il avait parmi les directeurs du séminaire de Saint-Sulpice vinrent à bout de l'engager à garder l'abbaye, au moins pour quelque temps.

Le nouvel Évêque de Quimper étant venu prendre possession, au mois de Septembre 1773, reconnut par lui-même TinsufTisance de la dotation de son siège, mais il ne renonça pas pour cela au désir qu'il avait de n'avoir qu'un seul bénéfice.

Il retourna à Paris, dès le mois d'Octobre ou de Novembre de la même année, résolu de solliciter l'union de l'abbaye de Langonnet à l'évêché, et en même temps des secours pour son église cathédrale qui était très pauvre. Le peu de succès qu'il eut alors ne le rebuta point. De retour à Quimper,il renouvela continuellement ses instances, jusqu'à ce qu'enfin il obtint, sous le ministère de M. de Marbœuf, en 1781, l'abbaye de Landévennec pour être unie à son siège. Alors il envoya

par deux fois sa ilémissidn de celle ile Laiigoiintil, t;t le Ministre de la feuille la lui renvoya antatit de fois, lui Enjoignant d'attendre que l'anion fut consommé*^, vn (es frais rnnsidérables ([u'elk^ lui occasionnerait. 11 fallut donc encore obéir ; mais Monseigneur l'Évi^que fut fidèle & ï« détûcitre, aussitôt que les formalités furent remplies ; et l'un des moments les plus délicieux qu'il ail jamais éprouvés fut celui où il se vit libre de la plaraltié de bénéfices.

Nous allons maintenant parcourir rapidement sa vie publique et privée, pendant les dix-sept années de sou êplscupat , et cuiitinuer à raconter une partie de ce dout nous avons eu le bonbeur d'être témoin oculaire.

Monseigneur l'Évëque de (,>aimper mit constamment Ub soin particulier à connaître le troupeau qui lui était oooBé.et à s'en faire connaître par l'accomplissement de luDtes les obligations que lui imposait su charge. [I viiHi régal iéremeut. cliaque année, tout sou diocèse, si l'on en excepte h première où il séjourna à Paris (comme lions l'avijns dit) pour des raisons essentielles, et l'atmce 1789 où il essuya une maladie aussi hmgue que dangereost) : encore se flt-il an devoir de se faire remplacer par ses vicaires généraux.

Ses visites étaient toujours précédées d'une lettre pastorale remplie des plus salutaires instructions pour le clergé et le peuple. En arrivant dans la paroisse qu'il devait visiter, sa coutume était d'aller d'abord adorer le Saiul Saixement dans l'église. Le lendemain matin, il disait ordinairement lui-même la messe de la visite, à main;; qui\ pour raison de sauté, comme il arriva les «leroières .itinèesjl ne la célébrât auparavant,aliu de pou< voir prendre quelque aliment, .V(trés U messe, il assem-

blait le clergé à la sacristie et lai parlait i)endant une demi-heure ou trois-quarts d'heure, tantôt sur les devoirs de l'état ecclésiastique, tantôt sur les abus qu'il avait remarqués ; et ses discours, nourris de l'Écriture- Sainte et des Saints-Pères et toujours accompagnés de la plus grande onction , parlaient puissamment aux cœurs et inspiraient à tous l'amour de la vertu et de la perfection. Au moment de conférer le sacrement de Confirmation, il parlait également au peuple et aux enfants ; et la seule voix du pasteur faisait impression, avant même qu'un des ecclésiastiques de sa suite eut répété, en langue bretonne, ce qu'il avait dit en français, ne sachant pas l'idiome du pays. S'il survenait un baptême pendant que le prélat était sur les lieux, c'était pour lui une satisfaction de l'administrer. Il distribuait lui-même des croix, des chapelets et autres récompenses aux enfants qu'on lui présentait comme les mieux instruits de leur religion ; et sans oublier les pauvres, ou il leur faisait l'aumône par ses propres mains, ou il remettait à Messieurs les recteurs ce que la modicité de ses ressources lui permettait de donner en chaque endroit. Nous passerions les bornes d'un abrégé, si nous voulions rapporter en détail tout le bien qui résultait de ces visites assidues, soit pour la correction des mœurs, l'extirpation des abus et la digne fréquentation des sacrements, soit pour le maintien de la discipline ecclésiastique et pour l'encouragement du clergé dans l'exercice du saint ministère.

Attentif à pourvoir aux besoins spirituels de son peuple, il tâchait de lui procurer le nombre sulTisant de ministres, et afin, comme il le disait, de perpétuer la

rtt«i Mttrâitlair, il s'inlonniiit auprès de Messieurs les ncleurs s'ils n'avaienl pas iknâ leurs paroisses de jeunes enfants qui aonoaçassent de bonnes dispositions pour l'élude, et dimt les parents fussent hors d'éta.t Ae pourvoir à leur entretien au collège ; dans ce cas, il se chur£p:iil d'y faire face en tout ou en partie. Par le même motif, il encourageait de tout son pouvoir Messieurs les prêtres à faire les petites écoles, etsouvent. qaud il avait à nommer des pasteurs, las services reodos en ce genre par les ecclésiastiques inlluaieot beaucoup sur son chah.

\6n d'éviter les importunités et les sollicitations trop communes lors de la vacance des cures. Monseigneur l'Évwjiie iUi Ouinipcr avait fait connaître, dès les premier* moments lie son entrée dans son diocèse, qu'il Auit décidé à ne les donner qu'aux sujets qu'il croirait (levant [>ii>n en étro les plus dignes, et il eut constammenl présente à ta pensée cette maxime de saint Beruan) : tj^ii petit pro alto, sit tibi svspectus : qui pro w jielit, jàm jwikatus e.sl. — Muiqui demande pour avtrtii doit vous are suspcii : quant à celui qui dewifliw/ff /fO«r tui-m^ine. il est déjà jugé. Une liste exacte de tons les ecclésiastiques et de leurs mérites re5|tecUfs qu'il avait été à même de reconnaître dans te cours do ses visites, lui facilitait les moyens de suivre 6iùi les nominations les régies [irescntes par les saiuts Cutons ; et pour ne rien négliger sur un point de cette importance, il ne manquait jamais di^ communiquer a quelques amis de cunliancv, des lumières et de la droiture desquels il était bien assuré, le clioix qu'il se proposait <le faire, et d'examiner avec eux les motifs qui le, déterminaient. Si, malgré le soin qu'il mettait â pour-

voir (le nouveaux pasteurs, dans le plus court délai, les paroisses qui en étaient privées, il arrivait quelquefois (|ue des personnes puissantes eussent le temps de lui écrire ou de lui parler en faveur de leurs protégés, il répondait avec honnêteté et fermeté tout ensemble que, devant rendre un compte rigoureux au Chef des pasteurs du choix qu'il ferait de ceux de son diocèse, il ne pourrait prendre sur cet objet d'autre engagement que celui qui lui serait prescrit par sa conscience, sans écouter la voix du sang ou de Tamitié. Dans d'autres circonstances, il représentait qu'il ne concevait pas comment les gens du monde ne remarquaient pas qu'en sollicitant un Évoque pour un sujet, c'était lui faire une espèce d'injure, puisqu'on lui disait équivalemment,par une telle conduite,qu'il ne connaissait pas les ecclésiastiques propres pour telle ou telle paroisse : si on le pressait, en lui alléguant que celui pour lequel on s'intéressait était un sujet recommandable par sa science et sa piété, il répliquait, sans entrer en discussion, qu'il n'en disconvenait pas ; mais en même temps, il demandait à son tour aux protecteurs s'ils connaissaient tous les bons sujets du diocèse, et s'ils étaient bien assurés qu'il n'y en eut pas d'autres plus méritants que celui (|u'on lui proposait.

« Je suis, disait-il, en d'autres occasions, placé au « haut du clocher, et je puis tout découvrir d'un coup « d'oeil. Mais vous qui êtes au bas, vous ne pouvez voir « que ce qui vous environne. Vous vous bornez à « solliciter en faveur de tel et tel, parce que vous leur « voulez du bien, et vous oubliez que je dois en vouloir « également à tous, sans autre distinction que celle qui « m'est imposée par les besoins des paroisses auxquelles « il m'incombe de préposer ceux que je juge en être di-

Ite vigilance extn^me (lael (tootir rÉvV?(|ui^ a|i|)ortait dans la dislribution rie.': cures qu'on doit attribuer la réputation bien méritée .dans laijaelie s'est conservé le diocèse de Quimper, d'avoir un corps pastoral qui ne le cédait eu rien à ceux des diocèses les mieux composés.

I.L-S coiiréroiiccs ecclésiastiques sur le dogmu et la morale, auxquelles il ajouta celles sur l'Écriture-Saïnte. les retraites annuelles pour le clergé dans les deux sénÛDaireï' de !>un diocèse, et l'instruction des peuples, sotIodI par les prônes et les catéchismes, étaient les (mis objets qu'il recomaiandail paiticuliéremont, et sur lesquels il veillait sans cesse : il entretenait ainsi le guâl de l'étude, la science et la perfection cliez les prêtres, et il éclairait et encourageait la religion et la piHé des tidéles.

Affable envers tout le monde, sa porte était ouverte aux pauvres comme aux riches, et quoique l'on voulut souvent l'engager à lixer des heures d'audience, jamais ïl De consentit à établir cette étiquette dans sa maison, prètéraui être détourné do ses occupations, plutôt que ite fairt: attendre ceux ipii avaienl afTaire îi lui, ou de les forcer à revenir dans d'autres moments, il écoulait avec, patitmce et intérêt tout ce qu'on voulait lui dire, «e (atsanl l'>ut k tous pour les gagner tous à Jésus- Chrisi; il avait le talent précieux d'assaisonner toujours Il conversation de quelques paroles édifiank'S et propres i purler à la vertu.

Son attachement et son alTecUon pour l'excellent clergé de son diocèse allaient jusqu'à le mettre de niveau avec lui, et à le faire se regarder plutùt comme ami et Mmme égal que conune supérieur de ses chers coopérateurs. S'il était «luelquefois obligé d'useï' de sévérité

Centre (|aelques ecclésiastiques, il était facile de s'apercevoir qu*it le faisait à regret et uniquement pour le bien et la correction de ceux qu*il punissait.

Humble souvent jusqu'à l'excès, il recevait avec reconnaissance les représentations et les conseils ; et continuellement en défiance contre ses propres lumières, il ne faisait ordinairement rien d'important, sans consulter ceux qu'il jugeait être capables de Taider dans les difficultés qui se rencontraient, et dans tout ce qui avait rapport à son gouvernement.

A tant de grandes qualités et de vertus, Monseigneur rÉvèque de Quimper joignait le zèle le plus ardent pour la gloire de la maison de Dieu, pour la décence et la majesté du culte. Il eut la satisfaction, pendant son épiscopat, de voir rebâtir à neuf ou réparer un trèsgrand nombre d'églises, et d'obtenir de la piété des pasteurs et du peuple qu'elles fussent toutes pourvues d'ornements, de vases sacrés et de linges convenables.

Son âme naturellement compatissante lui faisait sentir vivement les besoins des malheureux, surtout des pauvres honteux, et il les soulageait avec un plaisir et un empressement admirables. Afin de se ménager des ressources, il n'admit jamais soit dans ses meubles, soit dans ses ha!)illements, soit dans le train de sa maison rien de ce qui pouvait ressembler à du luxe, rien même de ce que l'usage reçu pouvait autoriser, au point qu'il n'avait ni rarosse, ni chevaux, et que, pour les visites de son diocèse, il se servait d une litière et de chevaux de louage. Mais cette économie,si louable dans son principe et si utile dans ses effets, ne l'empêchait pas, dans les occasions où les devoirs de sa position l'exigeaient, de recevoir avec une sorte de magnificence les personnes

tir distioclioQ qui passaient pai' Quimpor (1) : il ilisail iju'uti Éiiiqw doit doiiner rhospilalilé et se régler, en la donoAnl, mr le rang de ceux auxquels i[ i'oSre.

Nous avons déjà dit (jue Monseigneur de Saiol-Luc, n'étant encore que chanoine ou abbè, avait poussé au plus sublime degré le panlon des injures ; mais la diitnité épiscopale parut encore rehausser l'éclat et perfecttonner de plus en plus eu lui h pratique de i^tte verla. Quiconque a connu Monseigneur l'Évèque de Ouimper et les circonstances ilans lesquelles il fut élevé ?ur ce. sit'ge. rendra justice à ce que nous avani;ons ; il conviendra que, s'il est peu de prélats qui aient eu à AssDver plus de tj'acasserîes, plus de maavais procédés rt f1"outrages de la part de personnes de toutes conditions et de tout étal, il en est peu aussi qui aient mon- U-é plus de patiencH, plus de douceur, plus de cliarité envers leurs ennemis, plus d'empressement à les gagner par des manières contraires et à vaincre, le mal par le bien. Aussi, bien des gens se plaignaient quelquefois de ce qu'il témoignait plus d'attention et de déférence pour oeu\ qui l'avaient ofTensé que pour ceux qui lui étaient sincèrement atlacliés, et qu'il siilTisait d'avoir eu des loris Tis-à-vis de lui, pour prétendre plus sûrement à des hienfaits cl à des grâces particulières de sa part.

Nous pourrions rapporter ici, en ce genre, un nombre

(Il Quimiwr se trouvant sur la roule de Lorient à Bresl. les plus gnmlEi seigneurs de la i;our et des pruvSnces avaient d'ca^on d'v paner fort »mveD(. Mnnscîgiieur le Comie d'Artofs témoigna la pIu snnde saUsfuctfon dp lu réi«pUon que lui SI Mnnse^neur rÉvéque. Lw commandaiils, les intendants de la proviuce, les inspecteurs MiènuK dn Iroupifs.eli' tous lui 'ini lonstHmmi-nl rendu li^ ni^me itnwigiiafip.

infini de traits honorables à la mémoire de Monseignem* de Quimper ; mais la prudence et la circonspection nous imposent un silence profond sur des événements encore trop récents et trop désavantageux à plusieurs personnes dont quelques-unes eustent encore : cependantjl en est deux que nous ne craignons pas de citer, parce qu'ils ont eu dans le temps la plus grande publicité.

Monseigneur TÉvèque de Quimper avait appelé, en 1776, dans la ville épiscopale environ quarante ecclésiastiques de son diocèse, distingués par leur science, leurs talents et leurs vertus, pour donner le jubilé en forme de mission. Parmi les sujets importants et locaux sur lesquels on proposa de parler et d'instruire le peuple, on mit la franc-maçonnerie qui faisait dans plus d'une classe de citoyens les progrès les plus déplorables. Des émissaires de cette secte obscure et dangereuse séduisaient môme les gens du peuple et de la campagne par la promesse de les enrichir, moyennant qu'ils payassent, en s'enrôlant, une certaine somme dont on leur donnait quittance.

Monseigneur l'Évéque avait la preuve écrite de ces malversations ; et par ailleurs le scandale et les dommages qui résultaient, pour la religion et les mœurs, des assemblées clandestines de la loge, n'étaient que trop notoires. .Mais comme les principaux chefs tenaient dans la ville un rang et une autorité qui les rendaient redoutables, il y avait des risques évidents à courir, en attaquant ouvertement la secte. Monseigneur déclara donc aux missionnaires que, comme premieur pasteur, c'était à lui de s'exposer d'abord ; et après y avoir bien pensé devant Dieu, et pris l'avis de ses coopéraleurs, il fut décidé qu'il devenait d*autant plus nécessaire d'élever la

Tflîx ffue [i*s TratK^îi-niaçonâ n» dissimulaient pas qu'ils flaieut persuadés (|u'on ne l'oser;ùl point faire. Le prélat ninaia doue eu chaire, ol en présence d'un peuple immense et des francs-maçons mêmes qui élaieul venus en assez grand nombre grossir l'audiloire. il attaqua la »Kte et dans ses principes et dans ses conséquences. Il (it-Yoila une partie de ses turpilmJos ; il montra qu'elle étiil opposée aux lois de ri^.tat i:omme k celles de l'Église: en nu mol il fit valoir, ;ivec un zèle vraiment apostolique, toutes les raisons et tous les motifs qui devaient éloigner de ces assemblées tout bon chrétien, comme loul bon citoyen et tout sujet iidèle.

<jj disconrs lit une senâ;ition étonnante. Cependant les rraucs-uiav-uas ilissimnlanl leur dépit et leur raauïaLw volonté se contentèrent de faire prévenir le prélat que si l'on revenait à traiter cette matière, comme il l'avait annoncé, on le dénoncerait au tribunal. Monseigneur l'Évéque, sans s'elTrayer de semblables menaces, résolu! du porter à la secte un dernier coup, la veille de la clôture de la mission. A cet effel, il monta uue iecoode fois en cbaire, et il s'expliqua avec une nouvelle [urce. En rentrant chez lui, il trouva dans le vestibule (le sa maison une assignation qu'on y avait jetée, sans parler à aucun de ses gens ; elle lai enjoignait de comparallrc le lendemain devant le lieutenant criminel.pour déposer, mmme. témoin sur vn sermon prêché le jour i/'AiVr dans la Cathédrale, circonstaitce$. dépendances. Monseigneur l'Évéque lit signifier au procureur du Roi an déclinatoire ; réplique de celui-ci et nouvelle assignation Monseigneur comparait au Iribuual où l'on

entendait déjà d'antres témoins, choisis pour la plupart et [iropres k entrer dans le projet formé de lui susciter une .ifffiire sérieuse . Le lieutenant criminel lui fait

donner lecture de la plainte. Monseigneur TÉvèque voit qu'il est question de son sermon, et qu'on cherchait à donner à ce qu*il avait dit une interprétation et une tournure dignes de la chicane la plus raffinée et la plus méchante. Alors il prend lui-même la plume, et pour prévenir toute surprise et les effets de la mauvaise foi, il rédige sa déposition en ces termes.... ; a déclaré qu^U n*a comparu ici que pour obéir à la justice et pour donner à ses diocésains texemple qu'il leur doit en tout genre, mais que dès qu'il est question d'un sennon par lui prêché, il n'a rien à déposer, ne devant compte de sa doctrine qu'à Dieu et à ses supérieurs eocltsiastiques^ protestant, etc (I)

Cependant Monseigneur rÉvèque, pour satisfaire à ce qu1l devait à la religion et à sa dignité, crut devoir instruire M. le Garde des sceaux et MM. les agents du clergé de co qui se passait. Le premier ordonna au Prêsidial de Ouimper de lui envoyer la procédure, et (^u de temps après il écrivit au prélat, pour lui donner avis qu*il avait mandé, de la part du roi, à la suite du oonseiK le lieutenant criminel et le procureur du roi. Monseigneur TÉvéque, qui était alors en cours de visite, s empresse de répondre à M. le Garde des sceaux et de le supplier» avec les plus vives instances, de renvoyer k^ deux magistrats à leurs fonctions. Mais malgré les pui^anlos raisons qu'il alléguait au Ministre de la justice» on les retint plusieurs mois à Paris. Depuis cette ^|HH|ue jusqu*à sa mort. Monseigneur TÉvèque a mis Uml en teuvre pour leur prouver combien il était éloigné de conserver le souvenir de leur conduite vis-à-vis de

ill On imum lir.\ à la fin de la première partie de notre livre, le mm^ du dUHHm de Mgr de Saint-Luc. écrit de sa main^pour se ^IIMira denni te PrMdM. (Note de M. labbé Téphany.)

^doaat eu toiil, leur marquant môï les i«:*:asii>us, des aiujiitiuiis Jisiinguoes ei leur rendaul looâ les iiervictis qui dépendaient de Ini.

Tandis que le Ministre ih la justice agissait de son cAi£ H punissait ceux qui avaient si publiquement ootragé te prélal, yi^r le Cardinal de la Roehe-Ayraond, Miniâln de la fouille des bénélices, instruit des persêcnliOns el des désugrémcnls qu'il «éprouvait, le lit nommer, sans l'eu prévenir, à l'Évâclié de Saint-Flour, el m le lui aunnnçant, il lui Ht envisager les avantages qu'il tronveniit, puiir sa Iranquillité, dans cette IrauslatioD. Monseigneur l'Kviïque, en remerciant le Cardinal (le la Roche-Aymoiid de sa hoime volonté, lui dit entre Mire» choses. qvesoH Émimncc ncail déjà à se reprochtr défont Dieu dv l'avoir placé sur le siège de Quimper, imiis que, puïsijue lu l'rovidence l'avait uitm ftermù. jamais il ne f/uiltemit sa première épouse ; ^j fri rraintr. df.t persécutions el les persécutions elîesmémes n'amient pas paru à mint François de Sale» et à tant d'autres grands Rvêques un motif sulfisant pour ch/mger d'irëcké, el qu'il était dt^cidé à les imilÊT. a» moins en cela ; qu'en conséquence il le priait de faire agréer au roi sa profotuîe reconnaissance el ion refus formel... : qu'au reste il espérait, avec la grrffr de Dieu, gagner par ses bom procédés celles de ta ottaillrx. qui s'étaient écartées des senlimenis qu'elles àeeaient à leur pasteur, etc.

Le Cardinal ayant montré cette loilri: au roi, sa Hajesic voulut bien agréer le refus de Monseigneur l'Éviqao de Quimper, et ordoiuier qu'on reportât h

pension de mille écus dont son siège était grevé sur celui de Saint-Flour.

L'année suivante, Monseigneur de Saint-Luc eut encore à souffrir des insultes bien graves de la part du Sénéchal du Présidial de Quimper. (1) Le prélat, pendant qu'il rebâtissait le palais épiscopal, s'était logé dans une maison voisine et très-peu spacieuse, où il eut l'honneur de recevoir Monseigneur le Comte d'Artois. Il avait fait prier le Présidial d'attendre, dans le parloir d'une communauté qui était vis-à-vis, l'arrivée du prince. Ayant su que quelques chanoines étaient dans l'intérieur de la maison de l'Évèque, le Présidial voulut y entrer également et se présenta au bas de l'escalier. Monseigneur TÉvêque descendit, afin de remontrer à CCS Messieurs que toute sa maison était occupée pour le senice du prince, les tables dressées etc. Alors le Sénéchal, transporté de colère et apostrophant le prélat avec la dernière insolence, en présence d'une multitude de peuple, lui dit : Sachez, Monseigneur, que vous n*étes point aujourd'hui chez vous ; vous avez manqué au Présidial, et dun^ toutes les occasions j telle a été votre conduite : je suis bien aise de vous dontier cette leron jrubli^us ; et, à Tinstant, il repousse Monseigneur l'Évèque, et monte l'escalier suivi des autres magistrats. Monseigneur se contente de répondre avec douceur : Ceci, Monsieur, est bien fort, et se retire. Cette scène venait de se passer, quand arrive un des officiers des gardes du prince, chargé de le précéder pour donner les ordres nécessaires. Il rencontre le Présidial dans le

(i) Ce magistrat était jeune alors. On ne doit pas oublier qu'il a rendu plus tard, de grands services aux émigrés bretons, dans un temps où il y avait du courage à les défendre. (Note de M. Tabbé Tépnanv. )

salon où était dressé la table, et dit avec honnêteté :

« Vous ignorez sûrement, Messieurs, l'étiquette de la « cour, et que les gens de robe ne peuvent se présenter « sans permission préalable. Je vous prie de laisser ce « salon libre... » Le Présidial sort et va au jardin. Le prince ne le reçut qu'au moment où il allait se remettre en voiture, après son souper, et l'accueil ne fut pas tel que les magistrats s'en étaient llattés.

Averti que ces derniers avaient été assemblés, une partie de la nuit, pour verbaliser contre lui et porter des plaintes à M. le Gard^ des sceaux. Monseigneur jugea qu'il convenait de mander à son Excellence le véritable état des choses : et en même temps il écrivit à l'officier des gardes du prince, pour le prier d'en rendre témoignage au Ministre de la justice, à son retour à la cour 6u même avant.

Au bout de quelque temps, le Sénéchal reçut ordre de venir rendre compte de sa conduite. Nous ne nous rappelons pas bien positivement si Monseigneur de Saint- Luc écrivit à M. le Garde des sceaux pour l'engager à ne pas retenir ce magistrat ; mais nous attestons que le charitable prélat, non content de lui pardonner, l'a depuis invité plusieurs fois à manger à sa table, surtout quand il avait chez lui des personnes de distinction : outre cela, il lui a donné dans différentes circonstances des preuves d'un oubli total du passé, par exemple en nommant un de ses frères successivement à deux cures de choix.

Peut-être trouvera-t-on que nous nous sommes un peu trop étendu sur les deux traits que nous venons de rapporter ; mais le lecteur attentif y découvrira d'autres objets, dont nous n'avons pas cru devoir faire un

article séparé et (fiii font également honneur à la mémoire du prélat.

Que n'aurions-nous pas à dire, si nous voulions suivre notre Évêque, pas à pas, dans sa vie privée? Nous n'exagérons rien, en assurant qu'elle était une édification continuelle pour les peuples confiés à ses soins, et qu'il ne négligeait rien de ce qui pouvait contribuer à leur salut. C'était pour lui une satisfaction sensible de donner lui-même Ic^première communion aux enfants de la ville, et même à teux des paroisses de la campagne, quand l'occasion se présentait de la donner à ceux-ci dans le cours de ses visites. Dans cette auguste cérémonie, il ne se bornait pas à leur distribuer le pain des anges ; il la commençait et la terminait toujours par des discours pathétiques et proportionnés à la capacité de ceux à qui il parlait. Si on venait l'avertir qu'il y avait dans la ville des malades qui n'avaient pas reçu le sacrement de confirmation, il quittait tout à l'instant et se rendait auprès d'eux pour le leur administrer, laissant d'abondantes aumônes pour le soulagement corporel de ceux qui étaient dans le besoin.

Outre qu'il se faisait un devoir rigoureux d'officier dans son église cathédrale, tous les jours de fêtes pontificales de l'année, à moins qu'il n'en fût empêché par quelque indisposition, ou qu'il ne se trouvât en cours de visite, il y célébrait la messe basse, tous les dimanches et fêtes, à l'autel du Saint-Sacrement. Après avoir donné la communion à ceux qui se présentaient, il assistait à la grand' messe du chœur, et, autant qu'il le pouvait, il assistait, l'aprés-midi, aux vêpres et au

■ei-raon, iiiuad il y un vivait, surluut peudaul le larôaie el rAvuiil.

ifanitl aux ordinations, il les faisait exactemenl ; il se préparait, puur ceiii; fonction rudoutalile, par un reiJuiitilemeiit du recneillemenl et de ferveur. Le Jour mituiu (le l'ordiriatioii, il rassemblait après dinei', ilans une des salles di> son palais, tous les nouveaux prèlres, et aprùs leur avuir adressé une exhortation Familièro sur les devoirs de leur état, il asiiignait à chacun d'eux la paroisse ou le poste auquel il le destinait, lui donnait tous les avis analogues à su. mission el le baiser de paix, lui recnmmuodant d'être lid^le à pratiquer le règlement de lie i|u'il avait rédigé et dont ctiaque oïdinand pienait nne copi» pendaiit la retraite qui précùl;iit l'ordination. Alio do leur témoigner de plus en plus la tendre alTeclion qu'il leur [)ortail, il leur distribuait à tous quelque livre propre à les entretenir dans le goût de la pieté et dv l'étude.

l'uur c«; qui re<^arde la résidence, on peut dire qu'il l'a observée avec la plus scrupuleuse exactitude, depuis ma nilour de Paris, en 'I77i, jusqu'à sa mort; jamais il n'est sorti de son diocèse, sinon pour assister, tous les deux ans, aux États de la province.

Nous commencerons le récit de la vie privée de Monseigneur t^unen de Saint- Luc par les exercices de piété qu'il pratiquait journellement, afin de se soutenir el d'avancer de plus en plus di>ns le chemin de la vertu; Toujours levé de grand matin, en hiver comme en été, il passait un temps considérable dans la prière el l'oraisyn. C'est là qu'il puisait cette dévotion tendre et 3eD&il>le, ce goût décidé pour toutes les choses de Dieu, celle ouction qu'il répandait dans presque toutes ses

conversations, cette facilité avec laquelle il s'exprimait sur tout ce qui avait rapport à la vie spirituelle. Lorsque ses occupations ne lui permettaient pas de faire, au sortir de Toraison mentale, une lecture réfléchie, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, jamais il ne manquait d'y vaquer, dans un autre moment de la journée, quelques affaires qui lui survinssent. S'il ne pouvait pas toujours réciter l'office divin à des heures réglées, au moins avait-il soin de n'en pas renverser l'ordre, en renvoyant à l'après-midi les petites heures. Toujours, après les vêpres, il disait les matines pour le lendemain, et ordinairement avec son aumônier et son secrétaire. « J'aime beaucoup, disait-il quelquefois, à réciter le « bréviaire avec d'autres, parce qu'au moins il y en a « une partie de bien récitée. )> Il voulait faire entendre par là qu'il ne s'acquittait pas de cette obligation, comme il convenait ; mais la vérité est que sa manière affectueuse de prier inspirait de la dévotion à ceux qui avaient le bonheur de le faire avec lui.

Rion ne pouvait le détourner d'offrir, tous les jours, le saint sacrifice de la messe, et d'employer à sa préparation et à son action de grâces un temps assez considérable, qu'il savait cependant abréger suivant les circonstances. Une heure ou une heure un quart entre ces exercices et la célébration de la messe était sa règle ordinaire, et celle qu'il conseillait à son clergé, d'après <ous les auteurs qui ont écrit sur les saints mystères.

Tous les soirs, après souper, (<) il descendait à l'église cathédrale par un escalier, qui y conduisait directement, sans qu'il fût nécessaire de sortir hors du palais.

(1) C'est-à-dire après le souper des personnes de sa maison, car il ne faisait Jamais qu'un repas ; le soir, il prenait seulement un verre d'eau froide ou de limonade.

ta; a^Mrajiagnf " seulpiin'nt il'mi il"iiiicstii|iie, il passait Hin* il«'iiii-Ii('iin' 1)11 tiois-(|ii;irl5 iriiciiri' devant l'aulcl da Saint* Sacrement, eu méditation et en prières pour m pm|irL's b(!Soins cl ceux île son troupeau, et ([uelque don" ipif fût la saison, i! ui; s'abstint jamais de celle es(*lleDlfi praliijue <|u'il appelait son pèlerinage.

Ht? retour de l'église, il rassemblait dans sa cliambrc liw personnes de sa mai&oii qu'il Taisait asseoir autour de Ini. Alors il leur faisait lui-même une lecture de piété, ou finelipiefois une instruction ramiliére. i|u'il terminait par la prit-re eri roinmnn, et ensuite l'hacun se relirait eu silence.

H passail souvent une partie des nuits dans son églisi' calliédrale. devant le très Saint-Sai:rement.

Une fois. <)u'il était sorti seul de sou palais, après le Moclifc de tous les |>ens de sa maison, il se rendit ilans une chapelle de dévotion dédiée à la Sainte Vierge, et située au pied de la montagne qui domine la ville de Uuiniper. — (Celte chapelle détruite |iar les révolulioiibaire* s'appelait le t'ittili.) — Le saint prélat fût apen;u revenant à t'iivi'wlié; avant le jour, les pieds nas el la corde au rou : il venait de s'offrir en sacrilice pour son lmu[H!au.

Ue piHux fidèles el les prêtres qui liabitaienl le palais KIHscopal t'onl surpris, plusieurs fois, au milieu du la nuil, prosterné sur te marchepied du maître-autel de sa catiiédiale, qu'il arrosait de ses larmes.... Il priait |)0ur la conversion do ses [tauvres diocésains égarés.., il pleurait <(Mr les malheurs de son pays : il priait Dieu de les èCNrler loin de hii. l'our obtenir ce qu'il demandait, il s'rtHrail lui-même eu vicliuie pour son peuple ; il joignait la niOrlitii^ition à ta prière, »h rappelant que le Si'i^tieur

exauce surtout l'oraison qu'accompagne la pénitence corporelle. — Bona est oralio cmn jejunio, disait range Raphaël aux deux Tobie.

Nous ne rendrions qu'un compte bien imparfait de tout ce que faisait ce digne el saint prélat pour se sanctifler, si nous nous ne arrêtions, quelques moments, à parler de la dévotion tendre et solide qu'il avait envers la très-sainte Vierge. Il la regardait, à l'exemple de tous les saints, comme sa bonne mère, et il s'adressait continuellement à elle avec toute la confiance d'un fils. Outre le chapelet qu'il récitait, tous les jours, il s'était imposé différentes pratiques propres à attirer sur lui la protection de la Reine du ciel, et il tâchait dans toutes^les occasions de les inspirer aux autres.

Après la dévotion qu'il conserva, toute sa vie, pour le divin Cœur de Jésus, celle du Sacré-Cœur de Marie lui était la plus chère et la plus familière. Plusieurs gravures des ces divins Cœurs, placées dans différents endroits de sa chambre et surtout dans son oratoire, lui rappelaient sans cesse ce qu'ils avaient fait pour le salut des hommes, l'amour qu'ils leur portent et celui que nous devons avoir pour eux. Il gémissait amèrement sur l'audace et l'aveuglement des hérétiques du dernier siècle, qui blasphémaient sur une dévotion autorisée par le Saint-Siège, et qui était en particulier celle de toute l'Eglise de France où elle était établie dans tous les diocèses par une fête particulière en l'honneur du Sacré- Cœur de Jésus, el dans différentes congrégations érigées en l'honneur du Cceur de Marie.

Ce fut pour lui une gloire et un triomphe, quand un journaliste janséniste publia dans une de ses feuilles, avec un air de mépris et de dérision, qu'il était cordicole,

TOianibre était remplie tJ'estjimpes des Sacrésùxam de Jé&us et de Marie.

Monseigneur l'Èvèqiie de Quimpur raellail un soin wm particulier à la stricte exécution de la loi du diocèse qoi obligeait tous les ecclésiasiiqnes, curés ou non. à faire, chaque année, dans l'un des deux séminaires, une rtïtraile spiiituolle. Il était trop convaincu des aYanUges et de la nécessité de ce saint exercice pour ne f>as en donner l'exemple. Ayant reconnu, dans nne reiraile à l;»|uelle il vaipia avec ses prélres au séminaire de Uaimper, qu'il lui était bien dillicile de s'occuper uni- ({itâDient de lui-même, tandis qu'il était réuni avec ea\, il se vit contraint de prendre d'autres moyens poui' se recueillir et se renouveler dans la ferveur de son état. Ces moyens, dont tous les membres de son clergé avaient connaissance, ne faisaient pas moins d'impression que s'il afail été présent au milieu d'eux. Tous les deux ans, soit eo allant, soit en revenant des Etats de la province, il se relirait à la Chartreuse d'Auray où il passait dix ou tlooxo jours dan.-i la méditation des années éternelles- La pensée de la mort qu'il avait toujours présente ; une revae sérieuse et rellécliie des fautes qu'il avait commises dvpuis sa dernière retraite ; son plus ou moins de lidélité dans l'exéculiou des résolutions qu'il y avait prises; le renouvellement de ces mêmes résolutions, auxquelles il en ajoutait d'autres, suivant qu'il les croyait plus propres à son avancement spirituel : telle était son occupatiou dans cette profonde solitude, dont il ne sortait fja'â regret, laissant les saints cénobites qai l'habitaient édifiés de ses vertus, ainsi qu'il avait été lui-même aniini par leurs exemples.

ABStti éloigné du ri^çorisine i|ue du relâchement, et

mnpii de l*esprit de saint François de Sales, au(|uel il avait une dévotion particulière, il regardait la vie unie el régulière comme le moyen le plus sur pour parvenir à la perfection, répétant souvent, d'après ce grand maître: qn une fidélité constante et soutenue dans la pratique du bien, une- exactitude ponctuelle à se bien acquitter de de tous les devoirs de son état, était une pénitence continuelle, aussi agréable à Dieu que les pins grandes mortifications.

Une conscience délicate, qu'il plait à ceux qui ne connaissent pas bien le vrai chemin de la vertu, d'appeler scrnpuleuse, le tenait sans cesse en garde contre les moindres manquements ; et s'il se contentait quelquefois, avant d'approcher de l'autel, de conférer avec son directeur sur ceux qui lui échappaient, quand ils ne lui paraissaient pas matière nécessaire pour la confession sacramentelle, il [)référait, le plus souvent, les lui soumettre dans le tribunal de la pénitence, afin de ne pas s'exposer aux troubles de la perplexité.

Intimement convaincu de l'extrême diHicullé de se conserver dans le monde, et du danger que courent les ànies les [)lus religieuses de contracter, en le fréquentant, (pielques souillures, quand elles se répandent inconsidérément et sans précautions dans ses assemblées, il évitait soigneusement de s'y rencontrer, et se bornait aux visites que lui prescrivaient la bienséance, la nécessité ou la charité ; encore étaient-elles ordinairement fort courtes, et quoiqu'il sut tous les jeux de société, jamais il ne consentait à s'y livrer, disant qu'il lui était bien plus aisé de s'abstenir entièrement que de se contenir, s'il se laissait aller, une seule fois, à l'at- Irait (ju'il avouait se sentir pour (»ux. Sa compagnie

amâuë était, nu M,M. ses grands vicaires et des amis (tartiouliers (ju'ïl iivait dans son Chapitre, on MM. les Rapériears et autres directeurs 4e son séminaire pour le^twls i( avait une aflectiou spéciale, ou enfin MM. les ncleurs et autres ecclésiastiques i]iù se reudaienl Trêquemmeni à l'Évéché pour leurs alTaires et celles de leurs paroisses. On reinanpiait en lui une salisfacltun cl un cunlentenient sini^uliers, lus jours où il olliciail pontiticalemetit, et où, suivant l'usage, il donnait à diiier À tout son Chapitre, et il n'en montrait pas moins, fjoand.lesjours d'examen pour les saints ordres Jl voyait àsa Lablti MM. les examinateurs, et quand, les jours de bureau ecclésiastique, il y invitait MM. les députés à la cliambre syndicale. Dans ces occasions, sa laltle était toujours bien servie, quoique sans profusion, cl il en faisait les honneurs ave<-. une curdialilè qui euch^nlaii lous les convives. Il eu était de même, en d'autres cîrcoDstances, uù les devoirs de sa place et ceux de l'Iiuniiêlclé l'oliligeaieul â inviter soit des personnes laïques de la ville épiscopale, soit les officiers des régîraenls qui s'y trouvaient en garnison. Quant aux autres jours de de l'année, sa talile, frugalement mais décemment servie, aanoni,'ait qu'il savait tenir un juste milieu entre la prodigalité et celte espèce de parcimonie qui n'est pas toujours eiem|)te de critique dans les gens eu grande place, Nats,soit dans les festins d'apparat, soit dans ees repas particuliers, il observait constamment les régies de lu pins slricle sobriété, se bornant daus le boire et dans Ib mailler aux cboses les plus communes (-1).

Ml 11 H^il «'gslemrnl tnodesle clans ses ameuhlemenls ; quoiqu'il ktmâl nnlurtJlemtfnt luultrs les jouissances du 1u\k, il ne s'en permit ■ueuac : un lil tni luilt- pritilt, «les ridiraux «le cuton. des d)aises île ptiUe fiilsuienl (oui runicmcnl de sou pHiiiis ; on n'v voyait ps une palitr ftiKe nu un meuble de godl,

- ae -

vm

Quoique nous eussions pu parler de la conduite de Monseigneur de Saint- Luc envers les communautés de filles religieuses, en retraçant sa vie publique dans le gouvernement de son diocèse, nous avons jugé à propos de réserver cet article essentiel pour sa vie privée, parce qu'il y appartient plus particulièrement. Si la sollicitude des églises paroissiales, au nombre de 174, sans compter au moins 90 trêves ou annexes, ne lui permit pas de se livrer, comme avant son élévation à répiscopat, à son goût et à son inclination pour la direction des personnes du sexe consacrées à Dieu par les vœux solennels de religion, nous pouvons du moins assurer qu'à l'exemple des plus grands et des plus saints Évèques, il les regarda toujours comme la plus précieuse portion du troupeau de Jésus-Christ, et qu'il n'omit rien pour maintenir ou renouveler parmi elles toute la ferveur de leur premier institut.

Dès les premiers temps de son arrivée à Quimper, il se procura une connaissance détaillée de toutes ces saintes maisons, des personnes qui les composaient, de leurs biens, de leurs revenus et de leur exactitude à observer la règle. Mais comme il ne pouvait satisfaire entièrement son zèle, sans prendre par lui-même sur les lieux les renseignements nécessaires pour remplir complètement vis-à-vis d'elles les devoirs de père et de pasteur, il ne tarda pas à leur annoncer et à effectuer le dessein où il était de les visiter en personne.

Nous passerions les limites d*un abrégé.si nous entreprenions de décrire tout le bien que produisaient ces visites par l'augmentation de la régularité, par l'observation [)lus parfaite de la vie commune, si recommandée

i saiDt Concile de Trente, et par la pratique des sagf!s avis qa"i\ laissait par écrit dans chacune de ces nuisons. Afin d'entniWnir parmi ces vierges si respeclablM l'esprii intérieur et toutes les autres vertus propres â leur étal , il porta toujours la plus grande altealiun li^ns le choix des ecclésiastiques qu'il chargeait de leur direction ordinaire, et dans l'approbation de feas qu'il leur accordait, suivant les saints Canons, pour entendre, aux Oaatre-Temps de l'année, celles qui voulaient proliler de cette juste et salutaire indulgence.

l)»ns le cours de ses visites, dès qu'il arrivait dau:^ une yUIo où se U'onvaient quelques coramunaulés. il s'y rendait saus délai et y passait tout le temps que ses anlres occupations lui laissaient libre, conférant daboril a»ec les supérieures, [mur savoir d'elles ce qu'il élaii à propos de corriger ou d'encourager, écoutant avec patience et charité toutes les autres religieuses qui désiraient lui parler en parliculier, el donnant à la commanaaté assemblée les couseils que les circonstances lui paraissaient exiger. Si, pendant son séjour dans les tîpux où il y avait de ces maisons religieuses, il se présentai! quelque novice dans le cas de prononcer prooIiaiDcmeni ses vœux, il examinait lui-même sa vocation, ut si le temps do la profession était venu, il recevait luinême ses vœux, présidant également à l'élection des SHpérieurcs, lnrs<|ue le temps des anciennes était tjni.

Indépendamment de l'inspection générale qu'il s'ét^ut réservée sur toutes les communautés soumises à sa juriiliction. il avait établi des supérieurs particuliers dans leur voisinage, alin que, dans les cas ordinaires on dans les occasions urgentes, elles pussent s'adresser a eus avec plus de f^u-ilité et de promptitude ; mais cela o'sinp^chait pas que chaque religieuse ne put recourir

directement à lui ; il se faisait un devoir de répondre lui-même de sa main à tontes ceïles qui lui écrifaient. Ses lettres pleines de douceur, de condescendance et de la plus onctueuse spiritualité, peignaient son âme au naturel et produisaient des effets merveilleux dans l'esprit et dans le cœur de ces saintes filles, toujours disposées à se conduire par les avis d'un père, dont elles connaissaient le zélé pour leur perfection.

C'est à la grande et haute idée que ce Pontife s'était formée de la vie religieuse et du bonheur de celles (|ue Dieu daignait y appeler par une prédilection spéciale, qu'on peut attribuer sa sévèie attention à ne jamais souffrir de la part des gens du monde, ces fades et indécentes plaisanteries trop communes dans le siècle qui ignore combien le joug du Seigneur est doux , surtout pour les personnes retirées dans le cloître, afin de pratiquer plus facilement et plus sûrement les conseils évangéliques. Nous avons été plus d'une fois témoin de la fermeté avec laquelle il s'expliquait dans ces occasions, et des bénédictions que Dieu répandait sur ses discours, au point que nous ne craignons pas de le dire : il parut dans différentes rencontres animé de l'esprit prophétique ; on crut que Dieu lui faisait discerner clairement les vues de miséricorde qu'il avait sur le cœur de plusieurs jeunes personnes qui montraient le plus d'éloignement pour la profession religieuse.

Un jour entre autres, une demoiselle de 18 à 20 ans, (|ui avait été invitée à diner avec beaucoup d'autres dans la maison d'un recteur, lors de la visite épiscopale, tint quelques propos qui dénotaient qu'elle ne pensait à rien moins qu'à sortir du monde. L'Kvêque, lui adressant publiquement la parole, lui dit (]u'oIle aurait beau faire, qu'elle serait certainement religieuse. Effectivement,

lemps après, elle entra dans une commanaQU où elto fit |irDfii!i&ioti.

lue autre jeune demoiselle, douée de tous les agré- BHnU qui iHîUïeul attirer les regards <lu monde, dans lei(ael elle était fort répandue, assista à ta rérémonie il'uno iirofession. Élanl venue au iiarloir où se trouvait 4^(al«[nent le prélat i|ui avait olficié, la conversation tomba sur le liootieDr de celles qui renoncent à tout pour suivre Jésus-Christ. La jeune personne en qneslion, à laquelle Monseigneur prenait un intérêt particulier et â laquelle il avait suuvent reprntrlié sa dissipation , timuigna ne pas goiller beaucoup les paroles i|u'il venait de prononcer.

$A (irandeur, sans rien ajouter, se contenta de prenilre Tts-ï-vis d'elle l'air le plus SL^rieux et le plus sévère. Le moment de la grâce était arrivé, ou du moins l'impressivu ue larda pas k faire naître les plus salutaires rc^Oeiiioiis dans l'esprit et dans le cœur de cette jeune Slle . et Dieu achevant son ouvrage la conduisit , romuie par la main, dans une communauté éloignée de ma pays, où elle Tut accompagnée par une de ses amies qui y lit également profession.

Celle-ci dut aussi, sans doute après Dieu, à son Évèque l'ab^indini généreux qu'elle lit du monde, et cet heureux fhatttçt-ment fut remarquable par la circonstance dans laquelle il arriva.

Sachant qu'elle avait ressenti, depuis longtemps, des felléîlés d'entrer en religion et qu'il ne lui manciuait qu'un |ieu de force et de courage pour se rendre à la voix de rEsprit'Saint qui l'appelait, le prélat vint, par basard ou plutôt par un arrangement spécial de la Providence, faire une visite à une dame respectable che/. laquelle vivait la demoiaelle dont nous parlons.

C'était un jour de carnaval. Peu de temps après Tarrivée du pr^at, survient aussi cette demoiselle, tout en sueur et excédée des fatigues d'un bal d'où elle sortait. Confuse à la vue de TÉvéque qu'elle ne comptait pas rencontrer dans la maison, elle ne fait que traverser l'appartement où il était et se hâte de se rendre dans un autre. Monseigneur ne lui dit pas une parole, mais^ levant les yeux au ciel et poussant un soupir de compassion, il l'atterra tellement par l'éloquence de son silence que, dès le lendemain, elle vint lui déclarer qu'elle était dans la ferme résolution de se faire religieuse. Cette résolution fut invariable, et il facilita à la prosélyte tous les moyens de l'exécuter promptement.

Parmi le très-grand nombre de personnes du sexe qui embrassèrent la vie religieuse, pendant la durée do son épiscopat, il s'en trouvait beaucoup, ou qui n'avaient pas de dots suffisantes, ou qui n'en avaient pas du tout. Ce défaut ne fut jamais à ses yeux un obstacle capable de les empêcher de suivre leur vocation, dès qu'il reconnaissait clairement qu'elle était véritable et solide. Sa confiance en la Providence était telle qu'il ne balançait pas à engager les communautés à recevoir tous les bons sujets qui se présentaient, disant que Dieu pourvoirait à tout et qu'il bénirait la charité qu'on aurait exercée en admettant les personnes même qui' n'auraient rien apporté, et en les traitant de la même manière que celles qui auraient payé leur pension.

L'événement répondit toujours à une conduite si sage, et toutes les communautés soumises à l'Ordinaire, sans être riches, ont constamment subsisté jusqu'au moment de la Révolution, sans éprouver les rigueurs du besoin. Nous pouvons en citer une entre autres qui, lors de la venue de Monseigneur de Saint-Luc dans son diocèse,

Mail au nioiaeiit île tomber, fuiiie de sujets, encore |iUis «lii'û raison de son pe^i de revenu. l,e saiiil Évi^que lai cuiiseillfi d'adiiieltre sans dut une ou deux tilles dODl la vertu était assurée et de se contenter du peu (|a« d'autres oITrirent enauile. Au bout de quelques jiud£'«s, cette communauté devint extrêmement florisauiUi et eut tout lieu de s'applaudir d'avoir suivi le.s sages avis de son premier pasteur. Au reste, cette fa^^on de penser et d'agir ne diminuait en rien la persuasion où il était ({u'il ne pouvait faire un meilleur usuge d'une partie de ses revenus ipi'en dotant les tilles pauvres tjui, sans cela, n'auraient pas pu suivre leur attrait pour le cloître, ou en payant leur pension dans les commuuau- )èà où elles faisaient j)roressiûn. Ces communautés seules pourraient rendre compte des secours pécuniaires qu'elles recevaient do lui, car il prenait un soin iiarliculier pour tacber cette espèce de bonne œuvre à ceux-mômes «Itii rapprochaient de plus prés.

Nous ne devons pas omettre d'observer qu'un des moyens, dont il se servit pour maintenir les maisons religieuses dans une bonnets aisance, ne fut jamais de leur permettre d'exiger des dots considérables, mais de veiller allentivemenl à ce que celles qu'elles recevaient ne fussent pas employées à subvenir à des besoins souveiil hnnginaiies. « Si vous dépensez ces dots, leur « disait-il, vous vous trouverez dans le cas de nourrir « et (l'entretenir ensuite les sujets, sans qu'il vous reste « <le quoi faire face [lar h suite à cet objet, et vous

■ vous trouverez grevées ; placez ces dots .â constitut,

• ainsi que tout ce qui ne vous sera pas absolument

• uécessaire pour votre subsistance et les autres charges

■ ordinaires indispensables : de cette manière , vous « augmenterez iuseusiblement votre revenu, et quand

« les sujets qui apportent des dots mourront, la cornac munauté qui ne meurt point, continuera à en béné- « ficier. »

Les détails dans lesquels nous venons d*entrer,relativement au régime observé par Monseigneur TÉvèque de Quimper dans le gouvernement des c9mmunautés,pourront paraître prolixes et peut-être minutieux à ceux qui ne jugent que superficiellement des choses, et ne voient rien de digne d'être rapporté que ce qui enlève l'admiration par l'éclat de traits frappants et extraordinaire^. Mais ceux qui savent apprécier, dans les serviteurs de Dieu,raccomplissement ponctuel de toutes leurs obligations jugeront que notre prélat a mérité les plus justes éloges, en s'occupant ainsi des vierges du cloître, suivant rexemple do saint Paul qui, se devant à tous, se donnait à tous, et celui de tous les saints qui ne trouvaient rien de petit ni d'infime dans la maison du Seigneur. Ces personnes n'ont - elles pas en effet préféré se cacher dans l'obscurité d'un couvent, plutôt que de vivre exposées à enfreindre même les préceptes de la loi, en demeurant au milieu d'un monde corrompu et corrupteur I

Quoique nous ayons déjà dit quelque chose de la tendre compassion de Monseigneur de Saint-Luc pour les malheureux, nous devons revenir sur un objet qui a toujours caractérisé les bons cœurs et qui paraissait inné dans celui de sa Grandeur. Ceux qui sauront les dépenses considérables auxquelles il était obligé par le passage fréquent d'un grand nombre de personnages distingués et le séjour des officiers des régiments qui étaient en garnison à Quimper ; ceux surtout qui considéreront

ijîrïl a été dans la nécessité de puyer, pemJaDt beaucoup d'années, les intéKits d'un emprunt de soixaiito mille livres i|u'avail entraint^ la reconalruclion d'une partie de son palais, et dont il a détinitivcmenl remboursé le |»rinci|)al ; cuiix enlin qui se rap|iclleionl les nombreux procès injustes qu'on lai :i sascités et qu'il lui a falln soab;nir, pour ne pas priver son siège do ses droits et Jv ses revenus, ceux-lii seront êlounés qu'il ait pu faire laul (l'aumânes et de largesses. Mais comme la charité est toujours industrieuse dans les moyens, ilonl elle se Âeri pour subvenir aux besoins du prochain, celle de tiittrc prélat t>m|ili)ya lous ceux qui furent eu son pouvoir, et parliculièremeni celui de la plus stricte éconutnie, iiors des occasions dont nous avons parlé.

Pour s'interdire à lui-même tout prétexte de dépense inutile, il avait confié à uu i-espectable jésuite, homme tr^ r^patde et très habile à administrer une maison, le fOaTeruement temporel de la sienne, lui laissant la plus ample liberté, au point qu'il avait pris vis-à-vis de lui, 9t qu'il observa iidélement l'engagement de ne disposer ihs rien, sans l'avoir consulté et s'être assuré de sou ûausentement. r^ci s'entend seulement de ses revenus eocU>siastiques, dont il voulait assurer le bon usage, CQiiformèmcnt aux régies prescrites par les saints Canons.

It s'était réservé i)lus île latitude pour l'emploi dd SCS biens de famille, afin de pouvoir faire par luin6me, avec plus de secret, certaines aumônes qui lui Maieal particulièrement chères , et de dérober à la cODiiaissanco du public les pauvres honteux qu'il sou- Ugeail. Uuant aux aumônes qui se distribuaient sur \i& revenus de la mease épiscopale, outre celles qui î* faisaient daus des cas imprévus et qui n'étaient ricu moins que rares, il y eu avait d'autres réglées pour tuul

le cours de Tannée ; et pour y mettre Tordre et la discrétion convenables, les pauvres qui remettaient à son secrétaire, préposé à ce soin, le témoignage de MM. les Recteurs ou d'autres personnes dignes de foi, étaient inscrits de préférence sur les listes que Ton conservait avec soin à TÉvéché : parmi eux les infirmes, les vieillards, les pères et les mères chargés d'enfants attiraient plus spécialement son attention.

Les hôpitaux et les prisonniers n'étaient pas oubliés, non plus que les malades de la ville qui manquaient de secours. Il faisait compter chaque mois, pour le soulagement de ces derniers, une somme assez forte, aux sœurs do la Charité établies à Quimper pour les visiter, les soigner dans leurs infirmités, leur administrer les remèdes et leur distribuer le pain et les bouillons. En un mot, sa vigilante charité s'étendait à tout ; il ne négligeait même pas les mendiants qu'il rencontrait dans les rues et auxquels il donnait lui-même l'aumône, ayant toujours soin de porter sur lui de la monnaie destinée à cet effet.

Nous n'avons fait qu'esquisser une partie des vertus (|ui ont rendu si chère et si recommandable la mémoire de ce saint Pontife. Si Dieu veut bien nous faire la grâce de retourner dans notre patrie et d'y retrouver les matériaux que nous avions rassemblés à cet effets et ceux qu'on avait promis de nous fournir, nous tâcherons de les mettre en œuvre, afin de ne pas frustrer les ecclésiastiques et les fidèles des droits qu'ils ont à s'édifier par le récit circonstancié d'une infinité de traits,qui peuvent leur servir d'exi»mple et de modèle, dans le «•In^niin de la perfection chrétienne. Mais nous ne pouvons •«M'uiiner cet abrégé, sans nous étendre un peu sur les •'viMHMueuls, à jamais mémorables, qui se sont passés eu

doux ilerniéros amitiés de laviëu uolru Évèqac, el stins rendre nu compte fidèle de la cunilaile qu'il a leuue, pendant la Révolution jusqu'au noiâ UeSeptombre 1790. Ce compte-rendu appartient à fbUtoiro géiit^rale, et comme il est possible que, dans le bouleversement total qui a tenu dans la crainte et t'iuâctioii ceux qui auraient pu 3'en occuper, personue n'ait entreprit! celte tfictie honorable, nous allons la remplir, avec d'autant plus do conlianw que nous avons é\è h uiÉme de tout voir de nos propres yeux. On rcmar- 4|iU!ra par ailleurs, dans notre narration, qu'elle sert de supplément a beaucoup d'omissions [{uu nous avons biles oxpn^s dans l'abrégé de la vit! publiipie et privée de Monseigneur de Saint-I.uc, alin de n'être pas dans le cas de les répéter deux fois, ou de renvoyer le lecteur â «e que nons aurions déjà rapporté plus haut.

L'Év^ue de (Juim|>er fut peut-être un des évoques d« France qui seotil le plus vivement les maux de la religion i-t les malheurs de la monarchie. Les dilTénuUa époques de sa vie en rournissentdes preuves bien Ullltiphées et bien cououes dans la province de Bretague. Jamais il ne hit dupe tles spécieux prétextes dont ou se servait pour amener l'infortuné Louis XVÎ à conïyqner les Étals Généraux ; et il prévit dès lors que l'ÉglUe et le clergé, le Roi et son autorité étaient des TictiuUâ qu'on se disposait à sacritier. Aussi, lors des Bsumblées primaires, au mois de .Mars 1789, quand les efidéâiasiiques et bénéliciers séculiers et réguliers du tlîocésc. ré4inis pour former des cahiers de représenta- UUDâ et Doaimer des électeurs, lui eiivuyéreiit une dépu-

talion, à reflet de rengager à venir présider l'assemblée, répondit-il très clairement qu'il ne pouvait, dans les circonstances, se prêter à ce qu'on désirait de lui. A son exemple, ni ses vicaires généraux, ni les membres de son Chapitre ne voulurent y assister, et révénement n'a (jue trop démontré combien ils avaient tous raison.

Le 9 Avril 1789, Monseigneur tomba malade, et il le fut très dangereusement, pendant et longtemps après les assemblées électorales, dans lesquelles furent nommés les députés aux États.

Cette maladie était la première qu'il eut essuyée, depuis son épiscopat. Elle s'annonça par des symptômes si sinistres, elle fit des progrès si rapides, elle eut des caractères de malignité si effrayants, et en môme temps des variations si successives de mieux et de rechutes, qu'on désespérait de sa vie, à chaque instant. II faut avoir été témoin de sa patience, de sa résignation et de la paix inaltérable qu'il montrait dans tous les intervalles, où le mal lui laissait la tète libre et l'usage de la raison, pour juger des consolations intérieures que Dieu répand dans l'ame de ses amis, quand il afflige leur corps par les douleurs de la maladie.

Comme on connaissait l'impression qu'auraient pu faire sur notie Prélat les différentes scènes de trouble et d'horreur qui, «les les premiers moments des États Généraux furent le prélude de la chute de l'autel et du trône, on était attentif à les lui cacher, ou au moins à lui en dissinuiler une partie ; mais le peu, qu'on croyait pouvoir lui en découvrir, suffisait pour faire voir sa persévérance dans les sentiments qui l'avaient toujours animé et ilans lesquels il était déterminé à mourir.

Alin dt» s'y préparer, il se confessait très-souvent, et pnilitant des facultés que sa dignité lui donnait, il fai-

temps en Icmp.^ la mesic dans la < ilc son palai:?, île très gnirxl malin- Le [ir^tre, qni l'avait (él^rèc. -lui portait ensuile le tn's-saiiil Sacrement et le cnrorauniaii à jfiim dans sa chambre, car il m voulut ftasy faire drus^er d'autel. Mai;;, comme il savait qu'outre Ml aclu du di'ïolion et de piétiî qu'il pratiquait avec tant lie goût "ians le !>ilenct' de \:i iimt, et presque en secret, il devait à l'édilication publique de recevoir la Sainte Eudiaristiu, dans la forme prescrite par le cérémonial des évAqucs, il demanda, dès qu'il vit le dnnger augmenter, qu'elle lui fut administrée par le premier dignitaire Je sa calhéilrale, en présence de tous les chanoines et de tout le bas-chœur. Ce fut pour louà les assistants, (fui foudaieiit en larmes, un spectacle aussi attendrissant qiit! douloureux de voir lenr chef au moment de leur «ctiapper. dans des circonstances si critiques pour la religion, far cette considération, avaot d'administrer la cuiainanion à son Ëvéque. le preuiier dignitaire lui lit ni latin uue exhortation, dans laquelle, à l'exemple des dMCiple!> de saint Martin, il lui adressa ces paroles :

• Cur 1WS, l'aler deseris ? aut cui nos (kmlalos reihu^uU / hieadeal enim greifem luum lupi rapaces...., mvHc Htibàcum ' » (1)

Sati réfiondre à cette invitation, le [irélal se contenta (l'adresser à son chapitre un discours concis, mais tout de têa, dans lequel il exprima les seullments qu'il avait lonjours eus pour lui et ehacun de ses membres, les renerciant de ceux qu'ils .avaient conservés à son égard et s'aliaudoanant entièrement à la volonté de Uieu pour Ic temps et pour l'éternité.

Il) O |i«n*, iwuniuAi nous ;ibHiidoiitit-j.-vi>us ' mi iHutniuui iiou^ lB)«cc-nnus rlPsol^M)eH loups nivissanh rrnaliiroiil vnin- IroutHiiu. , ..demeurez avec nouii.

A peine le Chapitre se fat-il retiré qae, le malade appelant son secrétaire qni se trouvait auprès de son lit, le chargea avec un air de douceur mêlé de mécontentement, de dire à M. D., premier dignitaire du Chapitre, de ne pas manquer de se réconcilier avec Dieu, avant de célébrer la messe, pour avoir flatté un moribond, en le comp;irant à saint Martin.

Cependant immêiliatement après la touchante cérémonie. MM. les grands vicaires, de concert avec le Chapitre, orlounérent que le Saint Sacrement serait exposé, }Hnutv^nt trv>is jours conséculifs, pour demander à Dieu le ^établissement de la santé du Pontife.

\\aut dVxaucer les prières du peuple, le Seigneur ix'rmit que le malade parvint jusqu'aux portes de la Mort. Déjà on avait sonné Tagonie ; toutes les dispositions étaient faites pour ouvrir et embaumer son corps. Ouelie fut la joie générale, quand on s'aperçut tout-àooup d un mieux décidé I Enlin, au bout de. quelque temps, toutes les craintes cessèrent, et Monseigneur rÉvéque entra en pleine convalescence, au mois de Juillet, après environ quatre mois de maladie et de souffrance.

Dès qu'il eut pris quelque force, il alla rendre grâces à Dieu dans la chapelle de son palais, en assistant tous les jours au saint sacrifice, jusqu'à ce (ju'il put le célébrer lui-même, sans inconvénient. Bientôt après, quoiipril fut encore assez faible, il descendit, un dimanche, à la cathédrale pour assister aux vêpres. Dès qu'elles furent Unies, MM. les chanoines transportés de plaisir de revoir leur chef au milieu d'eux, entonnèrent le Te Dcum el chantèrent les prières maniuèes dans le rituel pour les actions de grâces solennelles. Ce mouvement imprévu et aiupiel le prélat ne s'attendait pas, fit sur

Uintle mun(Je une impression qa'il est plus aisé de sentir que d'exprimer.

Pendaiil la convalescence de Monseigneur de Saint- Lne, l.t fatale invention de ta cocarde Incolore avait paséé di) la capitale dans les provinces, sous le nom «plaisant fie inrud pnlrioliifUK. Les officiers et soldats mUnnaus >\c (.tiiiniper viflreiit la prcsenler en grande cérémonie à l'Évùipie. aussitôt qu'ils surent que sa santé f»mmtsiH-"i À l'ii l'frmeltre de recevoir du monde, ei ini a<lre»sérent à ce sujet un loui; discours, analogue :i l'offcnioscencc des esprits.

Monseigneur leur répondit sur-le-cliamp, avec cette ferowlt* ot celte ilijjnité ifui lui étaient propres on pareilles occasions ; et dans l'inlention de leur Taire connaître rombieu on les abusait par ces signes extérieurs d'un prétendu patriotisme, il leur dit :

* J'accepte, Messieurs, ce nœud patriotique, parce « qoe je le cousidère comme un engagement solennel

• que prennent ensemble les trois ordres de l'État de

• s« réunir, pour le maintien de la Heligion et de ses

• mïaîstrPs, pour la défense de la personne sacrée du « Roi, de l'honneur et des droits de sa couronne, et ■ pour assurer les propriétés de tous les individus. »

XU

au mois d'Octobre de la mêuif année, le Rui ayant écrit aux Évéqucs d'ordonner des prières publiques dans leurs diocèses, afin d'implorer le secours du Ciel dans les circonstances critiques où se trouvait le royaume, l'Evèque dr Ouimpiii' s'eaiprcs.sa de rédiger et de faire imprimer un mandement dans lequel il n'oublia rien pour éclairer les lidêles soumis à ses soins, el leur ins-

pirer les sentiments dont il était lui-même si profondément pénétré.

Non content d'envoyer ce mandement dans toutes les paroisses et communautés de son diocèse, et d'en ordonner la publication, il voulut la faire lui-même dans son

église cathédrale. En conséquence, le dimanche

d'Octobre, à l'issue des vêpreg, en présence de tout son Chapitre, en habit de chœur, et d'un peuple immense, il monta en chaire, et avec cette éloquente facilité, cette abondance pathétique qui l'accompagnaient toujours, quand il parlait des choses de Dieu et de la religion, il lui d'abord, paraphrasa et expliqua ensuite la lettre du Roi, puis son propre mandement aveiî le dispositif et l'ordonnance rendus, suivant les pieuses intentions du monarque.

Le prélat et la très-majeure partie de l'auditoire furent attendris jusqxi'au.x larmes, tandis que les séditieux frémissaient de rage.

L'exemple de l'Évêque, de ses vicaires généraux, de son Chapitre et de presque tout son clergé retint dans le devoir le peuple du diocèse et le préserva, pendant plusieurs mois, des horribles excès qui se commirent dans d'autres parties du royaume. Il ne tint pas à eux que tous ne se n»fusassent aux serments multipliés qu'on invenUi ensuite pour gagner des partisans au système destrucU»ur qui se développait, de jour en jour, d'une manière effrayante. Jamais le prélat, ses grands vjcaires et son Chapitre n«* voulurent en prêter aucun, d'aucune t^spèce ; (juelques instanc(»s qui leur en fussent faites, (|uel(|ues menaces qu'on employai, ni les comités, ni les clubs, ni le dislricl, ni le département ne purent les ébranler

Après le tn»p fameux ilécret du mois d'Avril 1790,

<|ai rofoaail de reconoaitre la religion catholique romaine pfltir I» «ttmiiiiaiite, el (rordoiiuer ({ne son culte fut U* aeal aiilorisé pu France. Monseigneur de Saint-Luc s'iwnpressa de â'explitiaer sur ce point le plus impor- Unt «1k ions. Pour le faire . avec loul l'éclat et la pablicik^ qu'il demandait, il disposa nne adhésion à raci« û^k donné par te Chapitre de Paris ; puis, en ayant coopère avec ses vicaii-es généraux et les chanoines de u uihédrale, cette adhésion fut unanimement adoptée pt aJresstV, laul au dit Cliapitro de Nnlie-naint'. qu'au Président île l'A^semMée el aux ministres du Hoi, par (i» leltrcs particulières et motivées. Ces lettres furent toutes sijçiiées de lui, de ses vicaires généraux, de tous les membres du Chapitre et du secrétaire de i"Évêctié ; rt, afin que tout le diocèse et toute la France fnsseot mstniits de cette démarche, sa Grandeur fit iaprimcr dans un même cahier ces différentes pièces dont on répandit le plus d'exemplaires (|n'il fut possible. Ceci *e passa, vers le ^3 Mai 1790.

Le li .luillet de la même ahnée fut assigné à Ouimper, comme dans toute ta France, pour la prestation solennelle do serment civique. La municipalité invita MonseigUDur Tlivéque par une lettre officielle et pressante à assister à celti^ cérémonie. Le prélat répondit, [)ar écrit el tré*-clairement, qu'il ne poulaif, ni ne pouvait l'aulOritcr par m prémice. On ne fut pas plus heureux auprès des grands vicaires el des chanoines qui tous s'ibstitironl d'y paraître, par suite des bons et ^Tais priucipes ipii les dirigeaient. On conçoit aisément combien ce refus constant de prêter le serment attira de reproches et de haines à l'Evoque el k son Chapitre, de la part des princi|«ius conspirateurs.

xin

Au mois d'août suivant, les nouveaux corps administratifs reçurent la nouvelle de la prochaine arrivée de la bannière destinée au département du Finistère, et apportée par les gardes nationaux qui avaient assisté à la trop célèbre fédération de Paris. Aussitôt une députation composée de plusieurs membres du département, du district et de la municipalité vinrent inviter Monseigneur TÉvèque à chanter un Te Deum dans la cathédrale pour la réception de celte bannière. La circonstance était délicate et périlleuse, vu Texaltation des tètes. Mais la crainte du danger ne peut rien sur une âme pénétrée de Tamour du devoir. Aussi la réponse de Sa Grandeur fut-elle très-négative , et malgré le mécontentement qu'elle donna aux députés, ces messieurs ne purent s'empêcher d'admirer la fermeté épiscopalc du prélat.

La veille de larrivée de la bannière, d'anciens amis de rÉvèque, même parmi les premiers membres des corps administratifs, lui tirent donner avis des dangers qui le menaçaient, vu ses refus, et le conjurèrent de s'absenter, pour éviter des malheurs qu'ils ne seraient peut-être pas les maîtres d'arrêter, ou du moins de sortir de son palais et de se retirer incognito dans quel(|ue maison particulière.

Sans craindre pour sa personne, mais désirant épargner des crimes. Monseigneur consulta de bonne foi des amis de contiance, entr'autres M. le Comte de Toulongeon, colonel du régiment du Rouergue, alors en garnison à Quimper. Celui-ci lui répondit qu'eu égard à la détermination où il le vovail de se refusera toute cérémonie religieuse et même civique, dans la circons-

lance, il lai paraissait que le seul parti à prendre était di* disparaître pour tpielqnes jours; que s'il suivait celui de rester, il pouvait bien penser qu'il ferait l'impossible [wur écarler de Sa (irandeur toute violeDce, mais qu'il ntf pouvait répondre de l'exécution des ordres qu'il donnerait . . .

Honseigiienr était bien éloigni^ de désirer qu'on usât d'aucun moyen de force pour le mettre à couvert des insultes et même de la mort. Après avoir remercié ce tiravt' rnlon(>l, il examina les choses devant Dien, pesant lui poids du sanctuaire les raisons pour et contre. Knlin, cna&idîTant, d'un cAté. qu'il était moralement impossible t(D'îl pût partir de Ouimper ou s'y cacher, sans qu'on sût 00 il se serait rcfagié, et sans exposer par consé- (|ucal les personnes qui lui auraient donné asile; d'un autre cMé, ses grands vicaires et son Chapitre élajit d'accord avec lui de ne point faire chanter le Te Uaim. quoiqu'on les en eut priés; de plus, ces Messieurs ayant même donné ordre de tenir fermées les portes du chœur et de la sacristie, aiin qu'on ne put avoir des ornements; tIttDvaincu que, s'il s» trouvait caché ou absent, l'orage m manquerait pas de tomber sur eux, il se détermina à demeurer ilans snn palais, jugeant [|ue c'était le seul poste que dût occuper un Évoque, dans la crise où il se trouvait. 11 y resta donc, malgré les nouvelles instances qui lui furent faîtes, de grand matin, le jour oij la bannière arrivait. Après avoir célébré le saint &2crilico de la messe dans sa chapelle, animé d'un euarage extraordinaire, il attendait sans crainte les éuénements.

Vers Içs dix heures du matin, toute la milice nationale «t tims les habitants, ainsi i|ue le régiment de Kouergue, sons les armes, altérant recevoir la batiiiière. hors la

ville et marchéreDt droit à la cathédrale, avec ceux, qui lavaient portée de Paris. Le déparlement, le district et la municipalité étaient aussi du cortège. Le clergé,qui se trouva à la cérémonie pour le Te /)ewm,consistait en deux recteurs assermentés et un petit nombre d'autres ecclésiastiques. On enfonça, ou Ton fit ouvrir par force les portes du chœur et de la sacristie ; et quand on fut placé, les deux recteurs susdits et un autre prêtre vinrent en chape entonner le Te Detiin.

A peine avait-on chanté les premiers versets qu'il s*éleva un murmure, puis des cris épouvantables, poussés surtout par les soldats patriotes de Brest et de Lorient. On demanda s'il n'y avait pas un Évêque ; le Président du déparlement et le maire répondirent à la troupe mutinée qu'il était inutile de faire vis-à-vis de lui d'autres tentatives que celles qu'avaient déjà faites les corps administratifs. A l'instant, une multitude de voix se réunirent pour demander qu'on l'amenât vwrt ou vif. Ce n'était que jurements, serments exécrables, et tout ce que la colère et la fureur peuvent inspirer de plus affreux. Enfin , on obtint un* moment de répit, et des esprits plus modérés proposèrent d'envoyer au prélat des députés de la garde nationale. Cinq ou six furent chargés de cette commission, la plupart de Brest et du nombre des confédérés venus de Paris avec la bannière. Le Président du département leur recommanda d'avoir pour l'Évêque tous les égards dus à sa place et à sa personne.

Les députés furent introduits par l'ordre de Sa Grandeur dans le salon de compagnie de l'éveché, et elle s'y rendit seule, sans s'effrayer de les voir armés et les yeux étincelants de dépit et de rage.. D'abord, ils s'expliquèrent en termes assez honnêtes. Monseigneur de

Stth^tfic lenr répondit sur le même ion : « qo'i! était niellé do la peine qu'iU avaient prîâe, niais qu'il avait iléjâ déclaré sa ra(;on de penser et qu'il ne varierait pas.

— IteÈt étonnant, reprirent les iléputés, tju'un Ècêque te wfut*! (1 paraître à ta tHe de gun troupeau dam vne ^cérémonie religieuse.. .

— J« in'r'tuniie, moi. messieurs que vous vous croyiez «1 iln)it lie faire le catéchisme à un Évéque. Peut-être serMï-ce à moi de vous le faire... »

Suivirent bientùt des menaces de la part des députés sur les suites d'un pareil refus. Monseigneur n'y opposa que la plus grande douceur, mt^lée cependant de fermeté. Enlin, ne pouvaiii rien gagner, les députés se retirèrent, aussi confus que désespérés. Alors l'un d'eux j'approi'lic de lui, et d'un air de courroux lui dit ceS' paroles énergiques : * Vous ne voulez donc pas, mona«ir l'Évêque?... Vous allez vons en repentir, et tout à l'henre !

— // en arrirera rr tjiii plaira à Ilieu, reprit le courageux puntife, ma ihUi-rniination est prise. »

De retour à la cailiHlnile. les députés rendirent compte do peu (te sucrés de leur commission. Il serait impossible de dépeindre le tumulte qui s'éleva et l'excès des partis qu'on proposa... Les uns voulaient qu'on allât de force arracber l'Évoque de son palais et ipi'ou le prome- D&l sur un âne; les autres qu'on lui coupât te cou. eLc.

Les hommes modérés qui se trouvaient dans l'assemblée desséchaient do crainte de voir s'effectuer ces excès, et il paraissait impossible de les arrêter, lorsqu'éleraiil la voix de tontes ses forces, le maire dit (|u'il allait déployer toute l'autorité dont il était revêtu, si l'on ne laiaail silence. Peu à peu les esprits se calmérent,el «nllh te Te Deum fut tristement chanté par les prêtres

lâches et sans pudeur dont nous avons parlé plus hatit.

C'est de cette manière que Monseigneur, ses vicaires généraux, et son Chapitre donnèrent au peuple une instruction plus éloquente que celle des mandements ou de tous les autres écrits qu'ils auraient pu publier,pour lui ouvrir les yeux sur le précipice dans lequel on Teutrainait, par des apparences perfides de religion et de patriotisme, dans le temps même où tout était préparé pour abattre d'un seul coup l'autel et le trône.

Le jour même de cet événement, de grand matin, avant que la bannière arrivât , le Président du département avait écrit à Monseigneur l'évéque de faire effacer sur les murs de levéché ses armes et celles de ses prédécesseurs, afin de ne pas augmenter, si la troupe nationale les voyait encore subsister, le mécontentement que lui donnerait son refus de chanter le Te Deum. Cet objet était trop mince et trop étranger au caractère épiscopal pour que le prélat mît la moindre importance à conserver ces décorations ; il fit donc venir un maçon auquel il commanda de piquer les armoiries sculptées sur son palais. Il donnait ainsi une légère satisfaction aux destructeurs de la noblesse, de ses titres et de ses prérogatives I

A peine la dernière bannière fut-elle déposée au département, que trois de ceux qui avaient été députés vers Monseigneur lui vinrent présenter un billet du maire pour les loger dans son palais.

4( Kous étions chargés, lui dirent-ils, il y a quelques instants de vous porter des paroles menaçantes ; nous venons maintenant, en suppliants, vous demander l'hospitalité.

— Dieu soit béni, Messieurs, répondit le bon Évèque, de m avoir procuré , dans un si court espace de temps,

rfl«9Bw»n de praltquei- l'Ëvangile, en oubliant les mjnrw Ml eu vous rpcevaiit cotnna' mes liôies. »

Cnmme il étail prés de. midi, il les invita a diner. Ces Hcasrnnrs s'exciisércni, va qu'ils devaient assister au festin palrioligne préparé sur le Ctiarap-de-Balaille : mais ils promirent de venir souper et dîner le lendemain, re qu'ils firent.

Ou arait invité au dîner du Champ-nJe-Bataille, outre les troupes nationales accompagnant la bannière, des pers^mnea de tous les ordres. Monseigneur l'ÉTêqne et Ujns les membres du Chapitre n'avaient pas èié oubliés ; nuis leurs principes ne leur permettant pas de prendre part à de semblables fôtes. ils avaient remercié.

Dans l'apn^s-miiJi, la tronpe nationale de la ville se râanit. ave* les troupes des autres cantons, dans une dixpelle voisine du lieu du repas civi/iitf. H s'y lit de MBTelles motions violentes contre Monseigneur de Saint- Luc ; mais, chose admirable, ceus qui avaient montré Iq matin le plus d'animosiié contre lui, .notamment ses trois hôtes, prirent sa dêfeuse, déclarant qu'ils ne permettraient pas qu'on lit k sa personne aucune insulte, ni à son palais le moindre dommage. En effet, il en Tut 4|iiitte pour la terrible épreuve à laquelle il avait été mis Iq matin.

Le 23 septembre 1790, Monseigneur l'Évoque tomba malade. Peu de temps après son dîner, il avait pris lectnre d'une lettre que le confesseur du vénérable Labre, moti à Home en odeur de sainteté, écrivait à l'un des iopérieurs des séminaires de Paris, lui rendant compte ie ce que son pr-Hiiteni avait manifesté, dans une circonstance, relativement aux malheurs de la France, et

même à certains événements qui devaient arriver à Rome.

Cette lettre fit une telle impression sur son esprit qae la fièvre s'annonça presque aussitôt par des.vomissements. Le premier accès fut long et des plus violents. Le 25 au matin, Monseigneur se trouvant mieux, célébra la sainte Messe dans sa chapelle avec une grande ferveur. Le 26 mai, à midi, un second accès étant passé, il se leva pour dîner. Le médecin jugea que la fièvre avait tout le caractère de la fièvre tierce. Vers les trois heures de l'après-midi, même jour, dimanche 26, on vint lui signifier, de la part du département, la prétendue Comlilulion civile du Clergé, sans doute pour l'empêcher de nommer à la la paroisse de Kerfeunteun, vacante; mais il avait déjà fait expédier les provisions,et le pourvu était en possession. La Comlitulion cicile lui était bien connue longtemps auparavant, mais la notification qui lui en fut faite si précipitamment, et peutêtre avant qu'elle fût notifiée à aucun des autres Évêques du Royaume, fut pour lui un coup de foudre.

Il entra dans son cabinet où était son secrétaire, et lui dit avec la douleur la plus profonde (1) : « Voilà notre arrêt de rtwrt I Je veux répondre sur-le-champ au département; c'est mon devoir : il faut protester contre cette pièce destructive de la hiérarchie ecclésiastique et contre tout ce qu*a fait V Assemblée, au préjudice de la religion et des droits de tous les ordres. »

Son secrétaire lui représenta que, relevant de deux accès de fièvre, ce n'était pas le moment de s'occuper

(1) Le saint Prélat répéta ces mêmes paroles à Mesdemoiselles de Marigo et de Larchantel qui l'allérent voir, ce même jour. II leur dit avec i'acxenl de la plus grande affliction : c Voilà notre arrêt de mort! 9 Ces deux demoiselles étaient Dames de la Retraite à Quimper : la première en était supérieure.

ilfliietlo beso^ae (|ui deuiand^U à 6tr« faite avec n» soin lonl particulier; i]ue, le lendemain, il serait a$sez ;i t^mps d'accnscr rt^ce|itiaa de la pièce, comme l'e^iigeait le tlépurtemeiil, et i|u'il allait faire instruire le préslileni de sud iDdispoâition. peu conoue encore du public, aUendu (]u'ou ne k regardait pas coramu datigercusu. Mou» .Uutiseigneur persévéra dans sa résolution, et il se mita &0U tmreaii pour l'exécuter. Le secrétaire lui oITrit ■ilon de lui épart;ner la peine d'écrire lui-même, sactianl luriaitement^es intention^i. «Eti bien! soit.reprit l'Ëviîque: vous ï>avex où sont les matériaux «pie j'ai rédigés: confonnez-vous-ï exai'temenl : il ne s'agit que de les metlrc au net. »

Ùci le Jour même, il entendit, en présence de son médecin , la lecture de l'écrit intitulé : Itéclaration adrtstée à J/. le l'rocurair-yénéral-syndic du dépai'temettt du Finixlère par Momeigneur l'Êréque de Qaimper. eu lui accusant la réception des décrets de la. l'uHÂlilutioH dvile du Ckrtjé. 11 la reconnut el l'approuva |)onr sienne, comme elle l'était en effet: et le lendemain matin, il n'eut rie» de plus pressé que de la cunirauni(]uer à quelques amis venus pour le visiter. Il la remit au Supérieur du séminaire. M. Liscoat, pour qu'il la lit transcrire proprement, avant de l'envoyer au (lèparlement.

Le lendemain, la maladie de Monseigneur parut avoir bit les progrés les plus alarmants, et on parla de lui administrer les derniers sacrements. Alors, il fut arrêté qu'au lieu d'adresser la déclaralioa au département. Sa Grandeur ferait prier le président et quelques membres <Id ce corpâ de se rendre à l'évëcbé. au moment où elle recevrait le saint Viatique, et qu'elle la leur mettrait elle-même eu main, en présence de ses vicaires généraux

et de son Chapitre. Mais le mal fut si violent, le lendemain, jour indiqné pour la remise de la pièce, et le délire si fort, qu'il fut impossible de remplir le projet. On espérait le pouvoir faire, le jeudi :iO Se|)tembre, vu que, dans la nuit , le prélat ayant recouvré tout sou jugement s'était confessé et disposé à recevoir le Viatique.

Mais Dieu voul.iil, s:ins doute, lui épargner la vue et les angoisses «le la mort, à laquelle il s'était préparé toute la vie, et silrement d'une manière particulière, en célébrant la messe, le samedi précédent, dans l'intervalle du mieux qu'il é[>rouva, après un fort accès de lièvre : Dieu |)ermit i|u'il perdit entièrement la connaissance, ledit jour, 30 Septembre, vers les sept heures du matin. On remaniua «pielle lui revint, une ou deux fois, avant midi, mais seulement pt^ndant quehpies minutes; le peu de mots qu'il put proférer dans ces courts moments indiquait visiblement la (laix de son àme. Enfin, il entra dans sa dernière agonie, et il mourut tranquille* ment, vers les cinq heures du soir, muni du sacrement de l'extrème-onction.

La mort de Monseigneur de Saint-Luc causa parmi les bons calholi»|ues et tous les sujets lidèles à leur roi une consternatiiin générale, tandis que ceux qu'on appelait patriotes, loin de dissimuler leurs sentiments contraires , disaient hautement : Cvsi an aristocrate tir moi 11$ !

Les obsèques furent lixées au o Octobre, et il s'y trouva un concours prodigieux d'ecclésiastiques et de peuple des diiïérents cantons du diocèse.

.Malgré les nouvelles lois qui détruisaient toute dis-

tinctiou entre les citoyens et les rendaient tous égaux, les corps administratifs, connaissant la vénération du peuple pour la mémoire de son premier pasteur, n'osèrent pas s'opposer à ce qu'on Tinhumit dans son église cathédrale, dans le lieu et de la manière qu'il avait ordonné, c'est-à-dire à l'entrée de la porte principale, avec cette épitapha qui fut gravée sur sa tombe, telle <|u'il l'avait lui-même laissée écrite de sa main :

« Hic jacet Tussanus-Franciscus-Josephus, peccator, natus die 17 julii 1724, consecratus do? 29 augusti 1773, OBiiT DIE 30 Septembris 1790 » (1).

Le Chapitre, en faisant exécuter cette dernière vobnté de son Évèque, arrêta de faire mettre à la suite de l'épilapheces paroles tirées des Proverbes, chap. 18 v. 17 :

«( Justus prior est accusalor sui » (2).

iVétait peindre en peu de mots l'opinion que l'on avait d'un pontife que tous lès gens de bien, même pendant sa vie, qualifiaient de saint, toutes les fois qu'il était question de lui.

Tel fut l'empire de cette opinion, dans la circonstance même dont nous parlons, que, si le département, le district, la municipalité et le présidial craignirent de se compromettre, eu marchant en corps à la suite du convoi, il y eut peu de leurs membres qui crussent pouvoir se dispenser d'assister aux funérailles, comme particuliers.

Le colonel du régiment de Rouergue, M. de Toulongeon, quelque désir qu'il eût de rendre à l'Évèque défunt les honneurs accoutumés dans des temps plus heureux,jugea qu'il était de la prudence de se conformer, au moins en partie,à la conduite observée par les corps

\) Ci-git Toussaint-François-Joseph, pécheur, né le 17 Juillet

sacré le 29 Août 1773 ; mort le 60 Septembre 1790. {i) Le juste est le premier à s'accuser lui-même.

(Note de M. l'abbé Téphany).

administratifs. En conséquence, il se contenta de faire dire de sa part à sa troupe qu'il ne lui donnait aucun ordre pour assister au convoi, mais qu'elle lui ferait plaisir de n'y pas manquer. Le régiment s'y trouva donc, quoique sans armes, et tous les officiers, le colonel en tète, vinrent au palais épiscopal et accompagnèrent la pompe funèbre, marchant à la suite du clergé. Quant au cœur du prélat qui, suivant ses ordres, avait été séparé de son corps, lorsqu'on en fit l'ouverture, il fut porté sans aucune cérémonie au séminaire, dans une boite de plomb et enterré, comme il l'avait recommandé, au bas de la dernière marche du grand autel Ji.

, n Monseigneur (le Saint-Luc avait recummandê à sa forniHe de le faire enterrer le plus simplement possible et sans tentures, vingtquatre heures après son décès.

Sur quoi le ( hapitre délibérant, plein de vénération pour les pieux et humbles sentiments du saint prélat, a déclaré ne pouvoir entièrement se conformer à ses volontés, sans manquer à ce qui est Justement dû à sa mémoire et à sa dignité. Il croit faire un ^nd sacrifice, en consentant qu'il soit inhume, mardi prochain \\e sixième jour après la mort», au bas de l'église, comme il l'a demandé, ma .gré le désir qu'il aurait de le placer dans un des endroits les plus distingués et d'attendre le délai de huitaine pour l'en terrer. selon Vusage de celte église et le cérémonial des obsè(|ues des Lvéques. (Extrait du déal du vénérable Chapitre, folio 137. inverso).

En 18 y, les restes de Monseigneur de Saint- Luc furent transportés dans la chapelle de la Victoire.

En 1870. M. le comte Gaston de Saint-Luc.petit neveu de rillostre prélat, a fait orner la fenêtre qui se trouve à l'entrée de cette chapelle, du vjôié de l'épitre, d'une très-belle verrière, œuvre de M. ilirsch. peintre-verrier.

. Le sujet du vitrail rappelle un des grands actes de la vie du saint Evéque. Monseigneur de Saint-Luc. ayant à sa droite saint Corentin, est debout, tenant à la main sa protestation contre la ConstitutiuB civile du Clergé, qu'il offre au Souverain Pontife Pie VI, assis dans un fauteuil. Derrière le Souverain Pontife se tient saint I^ierre. Au fond du tûbleau on aperçoit les tours de la cathédrale de Quimper. Nous félicitons M. le comte de Saint-Luc d'avoir eu l'heureuse idée de choisir pour sujet de sa verrière l'acte qui fait le plus d'honneur à la mémoire de son courageux parent, l'acte qui résume toute sa vie : faire toujours son devoir, même au périt de ses jours. Nous félicitons aussi M. Hirsch d'avoir si bien exécuté son tra>-til. (Note de M. l'abbé Téphanv).

Après avoir rendu les derniers devoirs â leur chef, rousidi'rant de quelle importance il clait de prémunir tes fiilèles contre les assauts que leur foi aurait à soutenir, lorsqu'on vertu des décrets de l'Assemblée leséleclenrs ila Finistère se réuniraient pour nommer un nourel Ért'^pie et ouvrir conséquemment lu première porte au schisme, le Cliapilre et le ctergo déclarèrent unanimemenl t/u'ils ne reconnallr aient jamais le iiourd É9^ue, à moinx t/ue son élection m se. fit $uivanl les fttrmes aimnnies, ou «ywc l'autorilê ecclésiastique rw lf$ eut chaufiées. Ils priaient Mmieurs du départeiFWNf de mspnulre limte démarche préparatoire à téieelioii. pour ne pas donner au diocèse un pasteur arrc lequel il ne serait pas possible de œmniuniqui^r io tliviuis.

Afin d'expliquer plus en détail les raisons et les moti^l de leur déclaration, ils adoptèrent en entier et si- (oArcal la protestation préparée par Monseignoui' rÉiéqne, i{uidques jours avant sa mort, t^s pièces, élaul rvTèlups de la lorme et de l'antlicnticité requises, Turent (Wrli^as, le jour même, au département par MM. Berneti. recteur de Ouerneo et doyeu des recteurs du diutée», et Hauduit du Plessix, recteur de Plovan, vicaire- Kéoérai de feu Monseigneur de Saiul-Luc, et vicaire tapitoUire, lé siège vacant.

I^s autoiités départementales parurent dissimuler d'aboni l'impression qu'une démarche de cette nature uc pouvait manquer de leur faire. Elles répondirent aux deut députés en ces termes : « Le bruit s'élaut répandu rjne le clergé venait de rédiger et de signer une pièce ciwlniirt' au discret de l'Assemblée, les officiers municipaai ont sur-le-champ commencé une procédure cri niodle contre tes auteurs ei signataires; mais, vu la

remise à nous faite de cette pièce, nous allons ordonner de suspendre les informations. ^

Mais loin de tenir sa promesse, le département ordonna à la municipalité, en lui envoyant la dénonciation de Tacousateur public, de suivre Faction commencée et d'entendre des témoins pris, pour la plupart, parmi ceux qui avaient signé la protestation, dans le clergé Uinl séculier qne régulier.

La municipalité s'occupa, plus de huit jours, de cette audition de témoins. Elle affecta de réserver, en dernier lieu, le secrétaire de Monseigneur TÉvèque, le supérieur et quelques-uns des directeurs du séminaire, bien que ceux-là fussent plus à même que personne de lui donner les éclaircissements qu'elle cherchait. Mais son but était de leur attribuer ladite déclaration et de les poursuivre comme s'ils en avaient été les auteurs.

Le Conseil municipal fut cependant bien déçu dans son attente. H vil clairement, par tout l'état de la procédure, que celte pièce était véritablement de Monseigneur rÉvèquo. Us en auraient d'ailleurs acquis une nouvelle preuve si, contre loult3s les règles, ils n'avaient pas constamment refusé d'entendre les témoins oculaires, quoique ctMix-ci fussent indi(|ués dans plusieurs dépositions. Pour remédier, autant ipi'il était en eux à c«^ déni de justice, M. (.ossoul, chanoine, et M. Trémaria, inédociu, déclarèrcnl, par devant notaires, «pie le prélat leur avait communii|ué sa protestation.

I^a municipalité s'abstint également d'assigner aucun 'UiMubre du Chapitre.

Tandis que le Conseil municipal travaillait de son côté, '^ ^'éparlement s'euq)ressait de rendre compte à l'Assem- '•H*t» nationale de ce qui venait de se passer et de lui adres- *•?*' iopii» des pièces en question. L'iniquité fut |>rise elle-

même dans ses propres filets; elle donna, sans le vouloir, à la déclaration et à la protestation de TÉvèque et du clergé du diocèse de Quiniper, une publicité et un éclat qu*elles n'auraient pu obtenir que peu-à-peu, à mesure qu'on serait parvenu à en répandre des exemplaires manuscrits, en attendant les imprimés.

Tous les journalistes dévoués à la bonne cause rinsérérent dans leurs feuilles; plusieurs mois après, elle fut imprimée séparément avec toutes les premières signatures et celles d'un très-grand nombre de recteurs et d'ecclésiastiques du diocèse, qui s'étaient fait un devoir d y joindre les leurs.

D'après ces détails, ne peut-on pas penser avec raison qae si Dieu, par une disposition particulière de sa Providence, se contenta de la détermination où était Monseigneur l'Évéque de Quimper de protester contre les atteintes sans nombre portées par l'Assemblée nationale aux droits les plus sacrés de la religion et de ses ministres, ainsi qu'à ceux du monarque et de tous les ordres de l'État, c'est parce qu'il entrait dans les vues de cette même Providence que l'acte de protestation, préparé par le prélat, acquit une plus grande publicité, et produisit un bien plus général, en montrant à toute la France que la mort même du chef n'avait pas été capable d'affaiblir, dans les membres, l'uniformité des sentiments qui les avaient constamment unis à lui par les liens réciproques de la plus tendre affection, de la part de l'un, et par ceux de la plus entière confiance et du plus invincible respect, de la part des autres?

Voilà, au vrai, l'histoire de cette déclaration qu'il a plu à quelques écrivains dévoués à la Révolution d'ap- I)eler (lécUiralion posthume, et de regarder comme apocryphe.

Noas croyoDS devoir reproduire , à la suite du texte de M. Boissiére, qui finit ici, la note suivante, écrite par un membre de la famille de Monseigneur de Saint- Luc :

^ On regrette que dans Tabrégé de la vie de Monseigneiu* rÉvèque de Quimper,on ne se soit pas plus étendu sur les vertus qu'il a pratiquées et possédées, la plupart dans un degré éminent: :son humilité profonde, son amour extrême pour la pureté, son abnégation, son détachement des choses de la terre, son attrait pour Toraison, la vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu, toutes ces vertus qu'il a portées à leur perfection : son amour pour la pénitence et la mortification, sa charité tendre, compatissante, généreuse, universelle pour tous les besoins, tant spirituels que corporels de malheureux.

t< On n'en pourrait trop dire sur cet article ; il était le bienfaiteur etTange consolateur de son diocèse. Quoi- (|ue ses moyens pécuniaires fussent bornés , on a lieu de s'étonner des secours abondants et continuels qu'il versait entre les mains des directeurs des hôpitaux et des Filles de la Charité, dites Sieurs blanches, tant en argent qu'en linge et autres objets utiles à ces différentes maisons.

« Son revenu modique, administré avec la plus sévère économie, snflisait à tout et semblait se multiplier entre ses mains. Il avait mille industries pour opérer le bien. Il visitait lui-même les pauvres honteux dans les plus obscurs réduits ; sa charité active et éclairée les lui faisait découvrir, et il les soulageait en mille manières.

«< La Providence bénissait et multipliait ses moyens.

mpôrels, il joignait les spiritoefs :

laljous tonchantes. conseils daimés à propos, livres de piloté qn'il rép:»n(Iait h profusion, images saintes, etc.. Toii( ce (pli sortait de la bouche du saint Évéque avait nne fomj et nno onction que Pieu seul pouvait donner. Il avail un attrait particulier pour porter la jeunesse à la vertu, et son cœur nageait dans la joie, lorsqu'il exhortait les enfants do la première communion, ou les jeanes gens de l'un ou de l'autre sexe que Dieu favorisait du don précieux île la vocation religieuse, ou qu'il daignait appeler au sacerdoce, il avait un talent particulier pour touclior les pécheurs les plus endurcis et le* faire rentrer dans les voies de la justice. Que de traits touchants et frappants, tout ensemble, on eut pu recueillir ilans le cours de son épiscopal 1

« Il se bornait aux seules visites indispensables de la société, qu'il rendait courtes et rares ; mais il visitait les pauvres, les malades, les aflligés, les communautés religieuses, les litïpitaux, son clergé en particulier. Il o'r avait pas une famille dans la douleur qui ne reçut Sbs consolations. Il avait coutume de dire qu'il vaut mieux entrer tians une maison de deuil que dans uoe maison de plaisir. Il visitait aussi les familles où règiLail la piété; il se faisait un devoir de les y exciter et de les y maintenir ; il avait l'accès le plus facile et le plus afTablc, ne rebutant personne : il se faisait tout à buis, nimme l'Apntre, pour les gagner tous à Jésus- Utrisi, et par ses manières douces, engageantes, affecloeases, aimables, il faisait bien des conquêtes à la vertu, Sa douceur était inaltérable ; naturellement trés-vif, il avait pris le saint Évèque de tîenève, auquel il avait beaucoup de dévotion, pour son modèle, et on peut dire <pi'il l'a imité en bien des points.

« A son exemple, il acquit cette vertu de douceur que les circonstances les plus fâcheuses ne purent altérer. Il portait Tamour des ennemis et le pardon des injures à un point si éminent qu'on disait que pour obtenir quelque grâce de Monseigneur l'Évèque, on n'avait, qu'à Toffenser; et il s'est trouvé des personnes qui ont osé se servir de cet indigne moyen.

<( Son zèle était infatigable, et aucun obstacle n'eu pouvait arrêter l'ardeur. Il désirait le salut des âmes, et surtout de ses ouailles, de toute la force de son âme ; c'était chez lui une passion, une soif ardente qui le dévorait. Comme l'Apôlre, il eut voulu être anathême pour ses frères,pour ses enfants on Jésus-Christ, qu'il portait tous dans son cœur ; il chérissait son troupeau avec une affection toute paternelle ; il voyait avec une douleur amère les maux de l'Église et de l'Élat ; sa sollicitude lui faisait pénétrer dans l'avenir et déplorer avec des larmes de sang, si je puis m'exprimcr ainsi, les ravages que devait éprouver l'Église de Jésus-Christ. La défection de ses ministres, (|u'il prévoyait, la diminution de la race sacerdotale , dont on commençait déjcà à ressentir les elïets, le plongeaient dans une mer de douleur et d'aflliction qui prenait visiblement sur sa santé.

« Peu après la mort du vénérable Labre, il eut (|uelque connaissanci» des malheurs qu'il avait prédit devoir arriver à la France ; il en fut profondément affecté. Que de veilles I que de prières ! (|ue de {)énitences n'offrit-il pas à Dieu, pour détourner sa colère de dessus sa cou- [Kible patrie I II passait souvent une partie des \m'\\s dans son église cathédrale, prosterné devant l'autel où reposait le Saint-Sacrement. In jour qu'il était sorti seul, après (|ue tous ses gens firrent couchés, pour se rendre dans une cha|>elle dédiée à la Mère de Dieu, si-

taée à quelque distance de son palais (il s'étail sans doute oublié, dans la ferveur de son oraison), on Taper- Cut,peu avant le jour, qui revenait chez lui revêtu d'un cilice, la corde au cou. Dans cet appareil de pénitence, il venait de s'offrir comme victime pour son peuple chéri.

^ Il aimait sa famille avec une grande tendresse, mais en Dieu et pour Dieu. Il vit, avec une joie toute sainte,! ainée de ses nièces (I) se consacrer au Seigneur. Il la guida, Téclaira, Taida dans ses pieux desseins, qu'il eut le bonheur de lui voir effectuer. Il se dérobait quelquefois à ses nombreuses occupations et se rendait auprès de M. son frère, qui habitait une terre k quelques lieues de Quimper, avec sa femme et ses enfants. C était un bonheur inexprimable pour cette famille de posséder quelques moments leur frère, leur oncle, leur ami, leur Evéque. Il excitait la ferveur dans l ame de ces enfants, gravait dans leur cœur , en caractères ineffaçables , Tamour de Dieu et de la vertu, les confessait, les dirigeait vers le bien.

« Il édifiait tous ceux qui le voyaient, par ses paroles et par ses exemples. Il était impossible de le voir à Tautel, sans être touché et attendri jusqu'aux larmes. Il passait bien des heures dans la chapelle du château où l'on gardait le Saint-Sacrement. Il y faisait souvent des amendes honorables publiques , donnait la bénédiction, faisait des instructions familières, toujours d'abondance de cœur, avec une piété, une onction impossibles à décrire.

« Il avait le talent de la prédication dans un degré supérieur. Il montait souvent en chaire pour distribuer à son peuple le pain de la parole de Dieu, et ce n'était

(1) M"« Victoire de Saiiit-Luc, Dame de la Retraite, guillotinée il Paris le 17 Juillet i79^i.

jamais sans frait. Son nombreux auditoire proavait assez la sainte avidité qu'on avait de i^entendre ; le ton pénétré avec lequel il prêchait ne contribuait pas peu à graver dans les cœurs les vérités qu*ll annonçait, trèssouvent c'était d'abondance et sans presque de préparation ; il parlait avec facilité , tous ses discours inspiraient la plus tendre piété et cette onction à laquelle on ne pouvait résister.

« Etant chanoine, il composa plusieurs sermons dont ou doit regretter la perte ; un surtout sur la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, qui eut un grand succès dans le temps, et contribua beaucoup à sa réputation.

« Il était tendrement attaché à un ordre célèbre dont il déplora amèrement la perte. L'auteur de l'abrégé de sa vie a passé légèrement sur les persécutions qu'il eut à essuyer à l'époque de sa destruction, ainsi que son frère, alors conseiller au parlement de Rennes. Il conserva toujours poui- les religieux de cet ordre, le respect, la confiance, l'attachement le plus tendre, et ses regrets durèrent autant (]ue sa vie. C'est chez eux qu'il avait été élevé et qu'il avait puisé, ou du moins que s'étaient développées tant de vertus qui l'ont rendu si recommandable aux hommes et si agréable aux yeux de Dieu. Il n'a vu que les commencements de cette déplorable Révolution qui a couvert la France de deuil, et Ta inondée de larmes et de sang; s'il n'a pas répandu le sien sur l'échafaud, comme plusieurs membres de sa famille, il n'en a pas été moins martyr de cœur.

« Dieu a voulu lui épargner la vue de tant d'horreurs aux(|uelles il n'eut pu survivre : on l'ouvrit après sa mort comme c'est l'usage ; les médecins trouvèrent les parties de son corps parfaitement saines, et il eut pu vivre encore plusieurs années, mais la plaie mortelle

fll -

; il l'avait flétri el resserré par les (fetilenrs amêres qu'il avait ressenties des maux de fa rtiïgiaa.

« Le tieuil fat universel dans son diocèse; tous le pleurant ; le cierge en particulier sentit et <Iéplera kmérement la perte immense qu'il faisait dans ces malheureuses circonstances. Il fut exposé durant plusieurs jonrii, selon la coutume, dans une des salles de son paUis; le peuple s'y porta on foule et le concours ne diminua point : tous voulurent voir pour la dernière Uàs \enr père, leur bienfaiteur, leur arai, leur pasteur. Lesef«lèsiastiques des points les plus éloignés du diocèse se reudirent à ses funérailles, et jamais la douleur ne se manifesta d'une manière plus touchante et plus énergique. Les pauvres. les orphelins, les veuves qu'il avait soulagés en t.int de manières, honorèrent ses obsèques par leurs cris, leurs gémissements et leurs larmes ; et ce ne fui pas l'éloge le moins flatteur que l'on put faire de lot. Ses louanges étaient dans toutes les bouclies : ses ennemis même rendirent hommage à ses vertus; an ne pouvait se lasser d'en parler, et tous étaient MOTaiocus que c'était un saint de moins sur la terre et no prédestiné de plus dans le ciel.

« L'église de Quimper, veuve et désolée, ne tarda pas A Atre livrée entre les maînsd'un intrus, dont elle devint la proie. Sa nomination et les circonstances qui l'Hccompagnérentet la suivirent.appartiennent à l'histoire; conlenlvins-nous donc de dire que ce nouveau malheur Migmerîta encore la vivacité des regrets, et le sentiment amer de la perte du saint Évèque. Depuis près de trente ans, sa mémoire est eu honneur, en béuédiction dans ce diocèse. Les pères ont transmis le récit de ses èlogtô il leurs enfants : des jeunes gens, qui ne l'ont

jamais connu, le révèrent comme un saint, et son nom seul rappelle toutes les vertus * (1).

M. l'abbé Boissière a omis dans la biographie de Monseigneur de Sainl-Lnc un fait que nous devons rappeler. A peine la Constitution civile du clergé, proposée le 6 Février 1790 par le député de Nemours, Dupont, fut-elle adoptée, le 12 Juillet suivant, que,sans attendre sa publication, TÉvèque de Quimper, en sentinelle clairvoyante, avait écrit au Souverain-Pontife pour lui demander son sentiment sur celte Constitution et réclamer la ligne de conduite qu'il devrait tenir, au milieu des difTicultés où elle allait le jeter lui et tous ses prêtres.

La réponse du Pape Pie VI fait trop d'honneur à la mémoire de ce vaillant Évèque,dont il loue le zèle et la fermeté épiscopalc, pour que nous ne la mettions pas sous les yeux de nos lecteurs (2).

« A notre vénérable frère Toussaint-François-Joseph,

évêqve de Quimper, PIE VI.

« Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

« L'amertume des sentiments douloureux dont les affaires de France nous pénètrent, vient d'être considérablement augmentée par la lecture des détails que vous nous donnez dans votre lettre du 1 1 Juillet. Les plus graves témoignages parlent des dangers extrêmes où la licence du siècle a jeté la religion catholique dans toute l'étendue de ce royaume. Dieu, aux regards de qui tout est présent (3), voit dans notre cœur le zèle qui l'anime à embrasser, dans ces conjonctures critiques, toutes les fonctions du ministère apostolique qui pour-

(1) Note supplémentaire de M. de S. **\ (•>) Trenaux, T. 1, p. 101.

(3) Hcbr., IV. 13.

ront intéresser le maintien de la religion, la dignité épiscopale et la tranquillité d'un empire, qui a dû si longtemps à la foi catholique la haute considération dont il a joui. Mais à quel parti s'arrêter aujourd'hui, dans ce boulversement où tous les freins sont brisés ? Nous attendons l'avis d'une congrégation de cardinaux réunis, selon qu'il est d'usage, pour connaître des atteintes que des systèmes novateurs ont portées à l'Église gallicane. La réponse que nous espérons recevoir ensuite de nos frères dans l'épiscopat, nous donnera le plan et le caractère de la délibération dont nous rendrons compte à Sa Majesté trés-chrétienne, qui nous la demande, désirant qu'elle soit commune à toutes les parties de ses États. Vous voyez, d'après cela, notre vénérable frère,les motifs impérieux qui nous autorisent à ne pas vous accorder, pour le présent, les pouvoirs extraordinaires que vous désirez. Nous, n'en sommes pas moins plein d'estime pour le courage qui vous anime, et les sentiments religieux dont voire lettre contient la profession éclatante, par la résolution où vous êtes de défendre avec vigueur l'intégrité du diocèse confié à vos soins, malgré tous les efforts de la violence, tous les actes d'une autorité illégitime. Daigne le Seigneur, dans son ineffable miséricorde, augmenter de jour en jour la vertu dos pasteurs de son Église, en proportion des dangers qui la menacent. Recevez pour gage de cette faveur, notre bénédiction apostolique, que nous vous donnons, vénérable frère, ainsi qu'à votre troupeau, dans la tendre effusion de notre charité.

<i Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, le 1" Septembre 1790, la seizième année de notre pontificat.

« Calliste Marini,

« Secrétaire de Sa Sainteté pour les lettres latines. »

Monseigneur de Saint-Luc, prévenu par la mort qui le frappa le 30 Septembre 1 790, n'eut certainement pas le temps de recevoir cette lettre datée du 1 '' de ce mois.

Nous sommes heureux de pouvoir reproduire ici la précieuse déclaration de TÉvèque et du clergé de Quimper touchant la Constitution civile du Clergé, que nous avons trouvée dans les archives de TÉvêché. Tous, prêtres et fidèles, nous serons fiers de lire cet acte d'énergie et de fidélité à rÉglise,de nos pères dans la foi : en ce temps de faiblesse où les âmes, c'esl-à-dire les caractères sont amoindris, nous nous sentirons encouragés et plus forts, en voyant comment ces généreux soldats de Jésus-Christ savaient accomplir leur devoir.

Lettre et déclaration de monseigneur l'évêque de quimper,

ET de messieurs LES ECCLÉSIASTIQUES DU DIOCÈSE, A MESSIEURS DU DIRECTOIRE DU DÉPARTEMENT DU FINISTÈRE.

Messieurs,

Après avoir rendu les derniers devoirs au premier pasteur de ce diocèse, dont vous-même avez admiré les vertus, nous venons, avec confiance, vous faire part de ses sentiments sur les grandes affaires qui nous occupent tous.

Il a déclaré, avant sa mort, qu'il regardait d'avance comme un intrus Tecclésiastique qui serait élevé sur son siège épiscopal suivant les formes nouvelles. Persuadés de la justesse de cette décision, nous avons rhonneur de vous déclarer que jamais aucun de nous n'oserait faire usage de la juridiction qui lui serait

twnâ^ par li; successeur de uotie illustre mort, si ce «ucusseur uiail ixiiirvu de l'évèclié de Quioiper aulre- Bual tguir suivant tes auciennes formes c:inoni({ues, et avanl tiue l'auloriti- occlésiasti(|ue les ait cliangces. Noos xtms conjurous en consùcfueiice, Messieurs, de suspendre toute démarche prêparalûiie iï l'élection du fiiUir évèque de Ouimper, pour ne pas donner au diocèse uit ikasleur avec lequel il no serait pas possible de rommuniquer m dirinis.

Sq\k aurions , Messieurs , d'autres réclamations à ainaior à cette supplique ; mais nous les trouvons toutes renfcnnées ilaus la lettre et la déclaration ci-jointes, (joe'fea M. l'évoque de yuimijer avait préparées. Nous adhéi-Dus pleinement aux principes y exposés, sans nslriction ni exception quelconque. Si M. l'évAque ne les a pas signés, c'est uniquement parce que.la maladie s'ùlut développée subitement, il s'est trouvé dans l'impossibilité de le faire. Nous sommes assurés de leur ïutlieaiicilé.

DÉCUBATION AUHESSÉB a m. le PBOCUREUH-GÉNÉHAL-SÏSDIC DU DÉPARTEMENT DU FINISTÈRE. PAR M. l'ÉTÈOUE UE UCI)I1>F.H, EN Ldl ACCEISANT LA BÎlCEPTlO» UBS DÉCHETS «BUTIFS A LA CONSTlTtiTION CIVILE 1)0 CLEBGK.

Nous soussigné, évéque de Quimper, après avoir pris GODDaissance des décrets de l'Assemblée nationale, concernant la constitution civile du clergé, qui nous ont été adressés par M. le procureur-générai-syndic du départemeol du Finistère, déclarons qu'il nous parait d'autant plus indispensable pour nous de ré4;lamer contre ladite UMistilulion, qu'ignorant les suites que peut avoir la

maladie dont nous sommes attaqué depuis plusieurs jours, notre conscience nous fait une loi impérieuse de ne nous pas exposer à paraître devant Dieu, qui jugera les vivants et les morts, sans avoir formellement réclamé, comme nous réclamons par les présentes, contre les atteintes portées à Tordre hiérarchique, institué par Jésus-Christ, à la discipline générait* de TÉglise, et contre Tenvahissement des biens qu'elle avait jusqu'ici possédés sous l'autorité de toutes les lois, qui en ont confié le dépôt et l'usufruit à ses ministres, pour leur subsistance, pour l'entretien des temples et du culte divin, et pour le soulagement des j^auvres.

L'état de faiblesse où nous nous trouvons, ne nous permettant pas de développer ici toutes les réclamations que nous préparions, depuis longtemps, sur une infinité d'objets non moins essentiels, nous croyons du moins avoir satisfait en partie à notre devoir, en déclarant que <lans le cas où il |)lairait à Dieu de nous rendre la santé, si, pour nous faire un traitement, on exigeait de nous le serment |)rescrit par l'article 39 du décret du 24 juillet dernier, nous ne balancerions pas à nous refuser a ce serment, munie avec les restrictions employées jusqu'il présent, parce (|ue nous les jugeons insuffisantes ; mais, pour nous expliquer dés ce moment d'une manière claire et précise, nous déclarons qu'avec la grâce de Dieu, nous ne promettrons jamais de maintenir* de tout notre pouvoir, une constitution qui tend à l'affaiblissement, et peut-être à la destruction de la religion catholique, apostolique et romaine en France, où elle a cependant toujours été la seule religion de l'état, parce qu'elle y a toujours été regardée comme la seule véritable, et qu'elle l'est effectivement, et parce que hors d'elle il n'y a pas de salut ;

toi cbnslltiitioti qui anéanlil, pour aJasi dire, la jurliliclioD que les évt^ques utit re^ue de droit divin mr les puU^urs ilu ââcond ordre, sur le^ prôtres et sur les fidèles tie leur diocèse, et qui reovtrse la puissance ecelésiastiquo et spirituelle, aussi indépendante de l'au- Uir\lé civile et séculière que celle-ci l'est de la première, rbnurne dans sou genre :

Cn» constitution qui trouble l'accord et l'harmonie qui duivuiit régner entre ces deux puissances établies par la Providence pour se prêter, en une intinité de circonstauces, dos secours mutuels ;

Une cotistitulion qui détend l'émission îles vœux perp^MeU et solennels de religion, approuvés par l'Église ooivorselle, et admis dans tnus les états catholiques, et qui les défend dans un temps ou la corruption des mœurs iWîrail porter, plus que jamais, à laisser aux lidéles de l'uB el de l'autre sexe la ressource de pouvoir se pnicarer.dans le cloître, ou la conservation de leur innoc«nce, ou les moyens de la recouvrei', eu pratiquant des cuQseîU évangéliques, et en se livrant à l'exercice de toutes lus vertus qui peuvent assurer leur salut, eu mlHne! temps qu'elles Tout l'édilicatlûn de ceux qui reatBot dans le monde ;

Une constitution qui suspend et interdit la perpétuité des louanges clianlées, dés les premiers siècles de l'Égiise, dans les basiliques et les cathédrales, par des miuistre spécialement consacrés à a>t office; saint et sublime: qui enlève à ces mêmes ministres, le droit que les saints canons et les conciles leur ont attribué d'ôtre Im coaaeils nés de l'évéque, et d'exercer, pendant la vacance du siège, ta juridiction épiscopale, en ce qui n'eiigc pas la puissance de l'ordre:

U\G couâtitulion qui attaque la propriété d'une infinité

iriudividus, qui aunule les traités les plus sacrés, qui >ape les foodements de la moDarchie, eu dépouillaut le monarque de ses droits les plus légitimes, et qu'une |H)ssession antique et vénérable semblait devoir mettre :« l'altri de tonte atteinte.

Nous avons prêté, entre les mains du roi, le serment «te tidélîté. . . La raison et Tévangile nous font un devoir dVire soumis au\ lois qui en ont les vrais caractères, jvir leur conformité avec les principes de justice et d\H|uilé prescrits par les lois naturelles et divines. Xé Français, nous devons, comme citoyen, concourir au bien général et particulier de la nation, dont nous avons le bonheur d'être membre ; nous devons à nos frères amour et assistance ; nous devons entretenir entr'eux, autant qu'il est en nous, la paix et la charité; commç évoque , nous devons au peuple, dont Tesprit saint nous a commis le gouvernement spirituel, les secours de rinstruction et l'exemple de la fidélité. Nous déclarons que ces sentiments sont profondément gravés dans notre civur, et (|ue,dans toutes les occasions, nous en ferons une profession publique et authentique.

.Nous déclarons que nous prenons Dieu à témoin de la pureté de nos principes et de nos motifs, et que notre désir le plus ardent est qu'ils soient connus, nonseulement des membres composant le directoire du ilépartement du Finistère, mais de tous nos spectateurs, et de tous les lidéles du diocèse de O^tiuiper, sur lequel seul s'étend et peut s'étendre notre juridiction spirituelle.

Nous demandons, nous réclamons l'assemblée d*un concile national si nécessaire dans les circonstances. Nous demandons, nous réclamons le recours au souverain ri>ntife, pour l'appmbation et la sanction dc;$ dé-

ercls qui steroui rendus dans ce concile par les évéqnes, ■loi, seuls, peuvent, de concert avec lui, juger de ce i|iij apirartient h la foi, aux mœnrs el à ta Jiscipline générale.

-Sons déclarons que, pour satisfaire l'empressement il'un très graud nombre de pasteurs (te notre diocèse. liai peal-ëln» sont scimlalisés de noire silence, uous snnmes résolu de publier noire présente déclaration par b ïiiis dé l'impression, pour fixer irrévocalilement leur opinion, qu'il nous ont manifestée, et les y affermir A» plo vu plus.

A Dieu ne plaise qu'effrayé par des calomnies aussi atroces qu'absurdes, que ta malignité et l'ignorance cherchent à répandre sur les démarches et les intenrioos (JeÀ Ëvëques et des ministres de la religion, nous ndos mettions, par une lâcheté indigne da caractère doot nous avons l'honneur d'être revfitu, dans le cas ll'éprouver le reproche que Dieu fait dans les sainles-écri- (ures auj- chiftis muef^ quî H'oseroient élever la voit.

.Non, tandis que ta France est submergée par un délage de feuilles et de libelles impies et détestitbles ; tandis que le juif et le protestant trouvent des appuis et ilt!S apologistes*, tandis que des esprits prévenus et peu réfléchis se font nn mérite d'alRcher partout et de prôclicr le (olérantisme, il ne sera pas dit que la religion oatboliqne, apostolique et romaine, et ses ministres seront les seuls s.ins défenseurs.

Quoiqu'il en put arriver, à l'exemple de notre divin nalln>, nous regarderons toujours r'imrfic Utt himheur ^<ftre exposés aitx opprobn-s, ans nnlrayes el OMX «idlédictiou», puHr lirs rrimn dont itnus ne serons pas vmpabtes: bien assurés que si l'injustice et la méchanceté d<w liounuBs U0U.-1 ravissent le inuu et les droib de

citoyeDs poar une si belle cause, elles ne nous raviront jamais Tespérance de voir nos noms écrits dans les deux, sur le litre de vie.

Enfin, après avoir exhorté, autant qa*il est eu nous, nos chers coopérateurs à sen tenir au\ principes de la saine morale , même sur lusure, nous déclarons qu'animé, plus que personne, du désir de voir renaître dans le rovaume l'union et la charité fraternelle, nous les conjurons, par les entrailles de la miséricorde de de n(»tre Dieu, de sacrifier comme nous à ce bien inappréciable tout ce que la conscience nous permettra de sacrifier. Nous les conjurons de n'employer dans leurs exhortations, dans leurs discours, dans leurs instructions, dans leurs conversations que des paroles de subordination, de soumission aux puissances légitimes, et d'éviter avec une scrupuleuse attention tout ce qui pourrait être susceptible de mauvaise interprétation, afin que nos ennemis les plus décidés ne puissent aroir prise contre ièous et en prendre l^occasion de hlasphétner le fwm de nieu.

Lettre de Monseigneur l Evéuie de Quimper au Procrreur-général-syndic du département du finistère.

Monsieur,

Jai reçu le paquet (|ue vous m'avez adressé; j espère que que vous voudrez bien aussi recevoir mes réclamations : elles ne seront point nouvelles pour plusieurs res|)ectables membi*es du directoire, devant lesijuels je me suis plus d'une fois expliqué. J'ose me flatter qu'il n est personne dans mon diocèse ipii ne me rende la justice qu'elles rtaient depuis longtemps préparées dans mon esprit et dans mon cœur: mais je bénis Dieu qui me visite,depuis

quelques jours, par une maladie très-sérieuse, d'en avoir suspendu pendant quelques heures la violence et les effets, et de m'avoir ainsi donné les moyens de manifester mes sentiments d'une manière authentique.

Je suis avec respect, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Voilà, Messieurs, les pièces que nous avions à vous communiquer ; nous vous prions d'en prendre lecture.

Nous sommes, avec un profond respect. Messieurs, vos très-humbles et et très-obéissants serviteurs.

MM

Louis de Bernetz, doyen de MM. les recteîlrs ;

G. Hervé, recteur de Guiscriff ;

F. Guinement, curé de Guiscriff ;

J.-H. Le Dilhuit, recteur de Combrit ;

R. Rochedreux, curé de Guilers ;

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