‹ Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Départment du Doubs, de 1789 à 1801, d'après les documents originaux inédits (volume 2)Chapitre 16 sur 59 · IX. Vers la mêrae époque, le prêtre Blondeau, vicaire et · texte numérisé non relu

IX. Vers la mêrae époque, le prêtre Blondeau, vicaire et

clobiste à Pierrefontaine, également accusé « d'avoir conspiré

contre la vérité et la propagation de la morale, en cherchant

à entretenir le peuple dans l'erreur et la superstition, » fut

traduit au tribunal criminel ; mais les juges virent bien vite

qu'un pareil prêtre n'était pas dangereux et ne méritait pas

les honneurs de la persécution. La Vedette^ moins indulgente,

exhala ainsi sa colère contre lui : « Ce plat prestolet a eu

l'impudeur ou la bêtise de dire, dans son interrogatoire^

qu'il trompait le peuple parce que le peuple était ignorant,

et qu'il rédigeait, au nom de la Société de Pierrefontaine,

des lettres calomnieuse^ contre nos principes philosophiques

et le culte de la Raison, par déférence pour les erreurs de ses

paroissiens. Ainsi donc, impudent hypocrite, tu oses avouer

que tu trompes ce peuple que tu appelles ignorant, et que

tu ne le trompes que pour entraver les progrès de la raison

et préparer la contre-révolution en perpétuant l'ignorance I»

Le 2 juin, le district de Quingey écrivit à celui d'Ornans :

« Vous trouverez ci-joint une lettre que les offlciers umni-

cipaux de Montrond viennent de nous remettre ; elle vous

donnera la preuve du f matisme du prêtre Deleschaux, qui

nous paraît mériter une grande surveillance, et peut-être

que^ue chose de plus. Vous le connaissez mieux que nous,

et éous ne doutons pas de votre zèle pour l'affermissement

d6 la liberté et l'anéantissement du fanatisme. »

€( 2 germinal an ii (22 mars). C.-L. Deleschaux, curé de Villers-sous-Montrond , aux officiers municipaux de Montrond. — J'ai l'honneur de vous annoncer que demain les quarante heures se feront à Villers et se continueront lundi, pour finir le jour de l'Annonciation, 25 du mois, jour auquel j'ai fixé la première communion des enfants de ma paroisse. 11 y aura un sermon analogue à la cérémonie. J'espère que vous voudrez bien venir joindre vos prières aux nôtres, pour obtenir du Dieu des miséricordes , dans ces

jours de salut, les grâces dout nous avons besoin pour nous soutenir dans la foi et la religion de nos pères. Vous en ferez l'usage que votre prudence vous dictera. — P.-S. La messe sera à neuf heures, les trois jours. Il y aura deux instructions chaque jour et plusieurs confesseurs. »

Bien que la date de cette lettre remontât à déjà plus de deux mois, cet intrus trop zélé dut bien vite abandonner sa place pour conjurer l'orage prêt à fondre sur lui. Voilà sans doute pourquoi on le voit se soumettre, l'un des premiers, à une abdication à laquelle il était certainement l'un des plus opposés.

L'honnôte et paisible Flavigny, évêque schismatique de la Haute-Saône, avait été, comme son collègue Gobel, contraint à'abdiquer volontairement. Les habitants de Vesoul ayant protesté contre la suppression de leur culte, Lejeune fit amener Flavigny à Besançon, où Moyse, évêque constitutionnel du Jura, était déjà incarcéré avec une quinzaine de ses prêtres les plus fidèles, pour avoir refusé d'apostasier et de livrer leurs lettres de prêtrise. Le 17 juin, Lejeune prit contre le malheureux Flavigny l'arrêté suivant : « Considérant que le citoyen Flavigny, ci-devant évêque de la Haute- Saône et qui a volontairement abdiqué ses fonctions, est devenu dans ce département un sujet d'inquiétude pour les vrais amis de la liberté ; que, le lendemain de la fête de l'Etre Suprême, il a été la cause d'un rassemblement inquiétant, qui ne tendait à rien moins qu'à eflacer de tous les cœurs les impressions que cette fête avait fait naître ; que la tranquillité du département exige qu'il en soit éloigné pendant quelque temps, de crainte que sa présence ne réveille les idées superstitieuses et fanatiques qui n'ont que trop longtemps souillé cette contrée ; nous ordonnons que le citoyen Flavigny restera consigné à Besançon, sous la surveillance immédiate des autorités constituées, qui seront tenues, sous leur responsabilité personnelle et sohdaire, de veillera ce que Flavigny n'y devienne pas un sujetj; d'inquiétude pour les vrais amis de la patrie, et à la charge par Flavigny de se représenter chaque jour à l'agent national du district, qui tiendra la main à l'exécution du présent ar-

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rêté et nous en rendra compte sous sa responsabilité. )> Flavigny ne lut pas le seul prêtre de la Haute-Saône amené par la gendarmerie à Besançon, pour le même motif. Le 28 mai, Lejeune avait déjà fait écrouer dans la maison de réclusion de cette ville, Faivre, curé assermenté de Guiseuil, u pour avoir fanatisé les cultivateurs de Cenans, ainsi que les ouvriers des forges de Loulans, et les avoir détournés de leurs travaux, le dimanche^ en les pressant d'assister aux offices de son culte. » Cette mesure avait été provoquée par le maître de forges et ses commis philosophes,

X.On se rapelle l'engagement si solennel, pris par la Révolution, d'indemniser les catholiques de France de la spoliation de leur patrimoine religieux, en rétribuant les membres du clergé. On a vu cet engagement subir une multitude de restrictions successives et aboutir à ne plus payer que des prêtres schismatiques. On touchait au moment où l'apostasie la plus complète allait seule être rétribuée, et où la première condition pour toucher un traitement ecclésiatique serait d'abjurer tout caractère ecclésiastique. Le i*' juillet, Lerebours, commissaire général des secours pubUcs, adressa aux départements la circulaire suivante : « La commission de secours publics désire connaître les prêtres qui réclament un traitement pour l'exercice de leurs fonctions, ceux qui demandent l'indemnité accordée aux abdicataires, et enfin ceux qui jouissent de pensions sur la république. Elle vous demande, en conséquence, de lui adresser dans le plus bref délai un état nominatif de ces individus. Ces états devront être accompagnés de notes sur la moraUté et la conduite de chacun de ces individus. On indiquera s'ils sont mariés ou BOD. )) La misère et la famine étaient un dernier moyen moral imaginé pour forcer les prêtres à apostasier. La liste du district de Saint-Hippolyte est la seule qui se soit conservée. Le fanatisme y est naturellement l'un des Tices les plus sévèrement dénoncés; elle donnerait, du reste, une bien triste idée du clergé constitutionnel si elle devait être prise au sérieux (t).

(1) Voir, à la fin du volume, le document no II, Etat nominatif des ecclésiastiques de Doubs-Marat; 9 thermidor, an il.

Les injures, les dénonciations et les menaces incessantes de la Vedette, journal officiel et obligatoire, continuaient à seconder puissamment les mesures administratives dans cette œuvre de perversion. On lit dans la feuille du 45 avril : « L'ignorance de^ peuples a fait adopter les prêtres ; l'instruction et la vérité doivent les renverser. Le clergé était un hydre à cent tètes qui enchaînait la pensée, nous ôtait nos forces en accaparant nos biens. Il abrutissait notre âme en Tavilissant par des mystères grotesques, des miracles faux^ des cérémonies inutiles, et par des terreurs paniques qui ne faisaient peur qu'aux imbéciles et aux enfants. Peuple, ne crois pas au patriotisme de tes prêtres constitutionnels ; le très petit nombre peut n'être pas dangereux, mais la grande majorité n'avait en vue que son intérêt particulier, et correspondait avec les émigrés et les Vendéens. Pour être libres, il ne faut ni rois, ni noblesse, ni prêtres. » Hier, disait encore la Vedette du 26 avril, « le curé d'Orchamps a annoncé à notre Société populaire, que les patriotes de cette commune ont invité toutes les municipalités du canton à faire disparaître tous les signes de la féodalité religieuse; déjà on n'en voit plus aucun à Orchamps et dans quelques autres communes, et cet exemple sera bientôt imité par d'autres. La Société a accueilli ce prêtre, qui, bien différent de presque tous ceux de Besançon, travaille de concert avec les vrais sans-culottes aux progi'ès de la raison, et il a délibéré qu'il serait écrit une lettre aux patriotes d'Orchamps pour les inviter à continuer leurs efforts patriotiques. » Mais les clubistes de Besançon avaient trop présumé de la philosophie du curé d'Orchamps. Furieux d'avoir été trompés, ils exhalèrent ainsi leur colère dans la Vedette du 16 mai : a Autant nous avons de satisfaction en apprenant les progrès de l'esprit public et les efforts que font les patriotes des montagnes pour établir le règne de la raison , autant nous sommes indignés contre les êtres ignorants et vils qui ont l'audace de s'opposer au triomphe de la philosophie et résistent insolemment à l'impulsion subhnie que le patriotisme éclairé donne à toutes les âmes. Le prêtre Hugon, ministre catholique à Orchamps, avait annoncé à notre Société populaire, que le

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fanatisme était éteint dans sa commune, que les signes extérieurs du culte allaient être abattus dans tout le canton, et que lui-même se proposait de quitter bientôt ses fonctions de prêtre, ajoutant même qu^il cherchait femme et se marierait en abandonnant sa cure. Il part de Besançon dans ces dispositions et parait y persister. Au moment où les patriotes d'Orchamps s'attendaient à l'entendre donner sa démission, il va faire à la Société populaire la diatribe la plus indécente et la plus hypocrite contre la raison et ses partisans, proteste de son attachement pour la religion de ses pères et pour ses fonctions, et finit par dire qu'il est décidé à tout souffrir, même l'ostracisme, plutôt que de quitter ses chers paroissiens. Aussitôt les fanatiques triomphent, les réfraotaires deviennent ses partisans^ on rit au nez des patriotes, et les esprits commeacent à s'aigrir et à présager une division funeste, que le prêtre Hugon ne manquera pas d'attiser et qui finira par avoir de tristes effets.... Sans-culottes d'Orchamps, ranimez votre énergie , ayez le courage de chasser de votre Société le prêtre Hugon ; qu'il soit couvert parmi vous de l'ignominie dont il s'est rendu digne, et qu'en quittant sa chère cure, il ne retrouve plus le titre respectable de citoyen, qu'il vient de profaner par des in^)ostures et la lâcheté dont il vient de se rendre coupable. »

La prose brûlante de Briot n'était pas le seul langage mis au service de la philosophie. Les muses continuaient aussi à lui servir d'organe, et il faut avouer que, poésie et pbiloaophie, tout s'élevait au même niveau , comme dans cette Aj^resse

DU SANS-CtLOTTB €aUVIN, PRÉSIDENT DU CLUB DB BESANÇON,

A LA Contention nationale et a tous les amis de la

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