DE PARIS
DÂCEIIBRB 1793 — MOVEMBRE 1794.
I. Le tableau qui précède ne retrace qu'une partie des iniquités commises par le tribunal révolutionnaire du Doubs. Le nombre de ses victimes fut beaucoup plus considérable, et on n'a encore parlé ni des prêtres qu'il fit martyriser dans le cours de Tannée 1794, ni des laïques qu'il envoya en si grand nombre au tribunal révolutionnaire de Paris, c'est-àdire à la mort. En effet, ce ne fut pas assez pour la Convention d'avoir un tribunal révolutionnaire dans chaque déparment, elle voulut avoir à Paris un tribunal révolutionnaire central et suprême, encore plus redoutable que les autres, et tous les départements furent appelés à lui fournir leur contingent de victimes. Sur les deux mille sept cents condamnations à mort que ce tribunal prononça en quelques mois, le déparlement du Doubs ne pouvait manquer d'avoir sa part ; il trouva même dans son sein des hommes qui s'efforcèrent de rendre cette part le plus large possible.
Ce fut le il mars 1793 que cette épouvantable machine de guerre reçut sa première organisation. Le nouveau tribtmal devait connaître de toute entreprise contre-révolutionnaire, de tout attentat contre la liberté, l'égalité, l'indivisibilité de la république, la sûreté intérieure et exté- 1 ire de l'Etat. Il fut d'abord composé de cinq juges, d'un i asateur public, de deux substituts et de douze jurés, tous I nmés parla Convention. Ils devaient opiner à haute voix, j er sans appel ni recours en cassation, et recevoir dix-huit 1 es par jour, comme les représentants du peuple. Le pre- 1 * juge élu était originaire du Doubs et s'appelait Lieu-
388 CHAPITBB LYII.
botte; il ne paraît pas avoir accepté la mission sangoinaire qui lui était imposée, et son nom est resté couvert d'une heureuse obscurité. Il n'en fut pas de même de deux avocats franc-comtois, Dumas, de Jussey, et Ragmey, de Lons-Ie-Saunier, appelés ensuite aux: fonctions de président et de viceprésident, et dont le nom est devenu, presque à l'égal de celui de l'accusateur Fouquier-Tinville, l'objet de l'horreur universelle.
Pendant près d'un an^ ce tribunal ne tira guère ses victimes que de Paris ou des environs; mais un décret du 16 avril 1794 ordonna expressément que les prévenus de conspiration y seraient traduits de tous les points de la république. Le 9 juin suivant, la Convention énuméra dans le plus grand détail tout ce qu'il fallait entendre par conspirateurs ou ennemis du peuple. La nomenclature en est effrayante : la moindre critique, le moindre regret, le moindre mot de découragement , le moindre soupir, une opération maladroite, un conseil malheureux , l'excès même du zèle patriotique, étaient autant de crimes capitaux, pour lesquels il n'y eut plus qu'un seul châtiment uniforme , la mort. Gomme de pareilles dispositions promettaient au tribunal des multitudes de prévenus , la Convention y pourvut en abolissant toutes les formalités et les lenteurs de la procédure : audition de témoins, défense des accusés, etc. « La preuve nécessaire pour condamner les ennemis du peuple, disait-elle dans son décret, peut être soit matérielle, soit morale^ soit verbale, soit écrite; la règle des jugements est la conscience des jurés, éclairée par l'amour de la patrie; leur but est le triomphe de la république et la ruine de ses ennemis. La loi donne pour défenseurs aux patriotes calomniés, des jurés patriotes; elle n'en accorde point aux conspirateurs. » Pour aller encore plus vite en besogne, le Comitéde salut pubUc imagina de faire juger les prévenus par fournées. On en amalgamait chaque jour trente, quarante, cinquante, soixante, venus des départements les plus éloignés les uns des autres, ne se connaissant nullement, appartenant même aux partis les plus opposés, et dénoncés pour les causes les plus différentes ; on les traînait pêle-mêle de la prison à