LIS SUSPECTS DO DISTRICT DE SAINT-HIPPOLTTB
Tertu de la présente, rexéciitioa de mon arrêté relatif à l'arrestation des membres de Fancienne administration, et tu les laisseras consignés dans la commune sous la surveillance des autorités. » Les nouveaux administrateurs du district, démagc^es étrangers et sans racines dans le pays, se ïnontrèrent fort irrités de la commutation de peine accordée à leurs de- Tanciers. Ils déclarèrent, le iO septembre 1794, que la conduite de plusieurs était dangereuse, et que d'ailleurs ils ne se faisaient aucun scrupule de violer leur consigne. En conséquence, ils mirent la municipalité en demeure de dresser procès-verbal de ces trangressions et de les réprimer sur-lechamp par les mesures révolutionnaires dont la loi lui avait confié l'exécution, ou au moins d'astreindre les internés à se présenter devant elle deux fois par jour.
Le passage de Lejeune devint , pour les suspects de cette WBlrée, l'occasion d'une aggravation de peine ; il ordonna la translation d'une trentaine d'entre eux dans les prisons de Besançon, et plusieurs eurent lieu de craindre que ce ne fût pour les livrer aux tribunaux sanguinaires de cette ville ou même de Paris.
De son côté, lecIubdeSaint-Hippolyte, décidément acquis ilafaclion terroriste, arrêta, le 19 septembre 1794, qu'il était urgent de changer le comité révolutionnaire de cette ^Ue , parce qu'il élargissait à tort et à travers les aristocrates; et il députa deux de ses membres. Crétin et Vallat, au district, pour l'engager à provoquer auprès du nouveau proconsul la nomination d'un comité moins accessible à la pitié. Ces misérables se trompaient heureusement de date, et ils allaient être les premiers à regretter le changement ?n*ils sollicitaient avec tant d'ardeur.
MM. Pourcelot et Emonin, à peine revenus de Paris , où ib avaient échappé au glaive du tribunal révolutionnaire, se trouvèrent A la fois en butte aux dénonciations de Crétin et a celle de l'administration terroriste étrangère imposée au district de Saint-Hippolyte. Le comité révolutionnaire, appelé, le 24 octobre, à décider sur cette double dénonciation, déclara que, le district ayant constaté que les deux frères Emonin étaient des intrigants, des factieux qui cherchaient
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à semer la discorde entre les Sociétés populaires et à troubler le peuple sur ses intérêts , des témoins seraient entendus contre eux ; et que, quant à la dénonciation de Crétin, juge au tribunal, comme elle ne faisait que reproduire les accusations qui avaient déjà fait traduire les Emonin et les Pourcelot au tribunal révolutionnaire, elle serait renvoyée au comité de sûreté générale , qui avait mis ces accusés en liberté. Cinq jours après, le comité, changeant d'avis, décida que les deux dénonciations seraient transmises , avec les pièces justificatives, au représentant du peuple en mission, qui aviserait comme il l'entendrait. La tranquillité de MM. Emonin et Pourcelot ne fut pas troublée davantage.
Le jour même de la chute de Robespierre, les rigueurs du jacobinisme avaient atteint une des notabilités révolutionnaires les plus pures du district de Saint-Hippolyte. Le 97 juillet, un arrêté des représentants Hentz et Goujon destitua et mit à la retraite Ch.-Nic. Méquillet , général de division, « comme n'ayant rendu aucun service à l'armée du Rhin et portant tout l'extérieur et toutes les formes de l'ancien régime. » Le digne officier se retira à Bondeval.
IX. Les communes rurales du canton de Saint-Hippolyte ne paraissent pas eu avoir beaucoup à soufiTrir de leurs comités locaux. Les registres des comités de Cbamesol et de Thiébouhans, qui nous sont parvenus, sont restés complètement en blanc, et il en fut sans doute de même dans la plupart des autres villages. Mais vers le déclin de la Terreur, deux habitants de Cbamesol eurent maille à partir avec le dernier comité central de Saint-Hippolyte. P.-Cl. Méloy fut dénoncé au district par le club de Maiche, comme prévenu de faire l'inspiré et le faux prophète, de provoquer le fanatisme, de semer la division et la discorde dans les familles, et d'occasionner ainsi un trouble public. Le comité, à qui cette dénonciation fut transmise, décida, le 20 octobre, qu'avant de lancer un mandat d'amener, le club de Maiche serait invité à indiquer les témoins à entendre contre l'inculpé. Cette sage précaution sauva Méloy même d'une arrestation préventive , car il fut bientôt reconnu que l'accusation portée contre lui n'avait pas la moindre gravité.
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Moins heureuse, une femme du même nom et de la même commune, J'^'-Marie Méloy, fut incarcérée sous raccusaticn d'avoir propagé le fanatisme, et on la voit sortir de prison le 29 novembre 1794 par ordre du comité central.
Avant l'institution des premiers comités centraux, la commune de Dampjoux avait déjàété éprouvée par Tincarcération de ses plus paisibles citoyens. Au mois d'octobre i 793, sur une plainte émanée probablement de Tintrus , le district donna ordre à Bonnot, l'un des chefs de la garde nationale du canton, de se transporter sur-le-champ à Dampjoux, avec tous les soldats dont il jugerait avoir besoin, pour mettre en arrestation Sylv. Morel , Marie*Thér. Morel, Marie- Anne Morel , Guill. Morel , Georges Grandjean , Agnès Grandjean , P.-F.-X. Boichot, J"'*"-Marie Boichot, J--Mcolas Lame, J.-Georges Cuvier et Marie-Anne Génin, sa femme, tous accusés d'avoir tenu des propos inciviques et contre-révolutionnaires. Ces malheureux furent amenés daus la maison d'arrêt et interrogés pendant deux jours par le comité de saint public du district , composé de Morey , vice-président, Maillot, Châtelain et Boillon, secrétaire.
Le dialogue suivant s'établit d'abord entre le comité el P.-F.-X. Boichot, jeune cultivateur de vingt-sept ans.
Q. Fréquentes-tu les offices de ta paroisse?
R. Non, mais je vais à l'église de la paroisse tous les dimanches et jours de fête, hors du temps des offices pu- Uics.
Q. N'as-tu point de relations ou de rapports avec les prêtres déportés ?
R. Aucun.
Q. Pourquoi n'assistes-tu pas aux offices de paroisse célébré% par le curé?
R. La constitution française ne m'obligeant pas à y assister, puisqu'elle réserve la liberté des opinions religieuses, j'ose de la liberté que m'accordent les lois.
Q. Es-tu dans l'intention de ne jamais assister aux offices publics des curés qui ont adhéré à la constitutioa civile du clergé?
R. En ce moment, je n'ai pas l'intention de ne jamais as-
184 chàpitu lui.
sister à ces offices ; j'attends l'avenir pour voir comment les affaires se passeront.
Q. Adoptes-tu la constitution de la république dans tous ses points?
R. Oui.
Q. Connais-tu Sylv. Morel, et ce particulier n'est-il pas de la même opinion que toi ?
R. Je le connais particulièrement , mais f ignore son opinion.
Q. Assisterais-tu à la messe et aux ofGces des prêtres déportés ou émigrés, s'ils rentraient en France?
R. Oui, si ces prêtres rentraient légalement après la paix.
Q. S'il dépendait de toi de rétablir la paix, l'union et la bonne intelligence entre les citoyens de la république en fréquentant les offices divins célébrés par les prêtres constitutionnels et républicains, le ferais-tu?
R. Oui.
Le comité passa ensuite à l'interrogatoire de J. -Georges Cuvier, tisserand, âgé de quarante-quatre ans. J'ai, répondit-il, été de tout temps l'esclave des prêtres. Maître d'école à Colombier-Fontaine pendant dix ans, je ne pouvais pas tourner le pied sans avoir des réprimandes du curé. J'avoue que je n'assiste pas régulièrement aux offices des prêtres constitutionnels, mais j'y vais quelquefois, lorsque mes loisirs me le permettent.
Q. Assisterais-tu aux offices des prêtres déportés s'ils rentraient en France?
R. Si la constitution ne m'en imposait pas impérieusement l'obligation, je n'y assisterais pas plus régulièrement qu'à présent.
Q. Sais-tu le sujet de ta dénonciation et de ton arrestation?
R. Je présume que c'est parce que je n'ai pas assisté régulièrement aux offices et que je n'ai pas voulu servir la paroisse comme maître d'école.
Georges Grandjean, cultivateur, âgé de trente-sept ans, fut questionné ainsi à son tour.
Q. As-tu des correspondances avec les prêtres déportés?
R. Non.
Q, Espères-ta que ces prêtres rentreront en France?
R. J'ai entendu dire qu'ils devaient rentrer, mais sans me soavenir par qui.
Q. Assistes tu aux offices de ta paroisse depuis la Révolution ?
R. 11 y a environ six mois que j'y assiste régulièrement. Auparavant je n'y assistais pas, parce qu'on disait que la messe des prêtres insermentés était infructueuse et inutile.
Q. Penses-tu que les prêtres déportés sont la cause des mouvements qu'on éprouve actuellement ?
R. Je pense qu'ils sont en grande partie la cause de ces mouvements et de la mésintelligence qui règne entre les citoyens.
Q. Avais-tu connaissance des soulèvements qui ont éclaté au mois de septembre?
R. Je n'en ai eu connaissance que lorsque j'ai été averti de prendre les armes contre les rebelles, ce que j'ai fait, et je suis resté huit jours en expédition au Mont-de-Vougney.
J.-Nic. Lame, cultivateur, vint ensuite répondre aux questions insidieuses du comité.
Q. Assistais-tu régulièrement aux offices de paroisse au temps de Tex-curé Rougnon ?
R. J'y assistais lorsque je pouvais.
Q. Y assistes-tu actuellement?
R. Assez régulièrement depuis l'Ascension dernière.
Q. Avais-tu eu connaissance des mouvements séditieux ?
R. Je n'en ai eu connaissance que lorsque j'ai été averti de prendre les armes, et alors je suis venu à Saint-Hippolyte me joindre aux patriotes.
Q. Sais-tu s'il se fait à Dampjoux , ou dans les endroits voisins , des rassemblements composés de fanatiques et de suspects?
R. Je Tignore.
Marie-Thérèse Morel, interrogée le lendemain, déclara qu'elle n'avait eu connaissance du soulèvement que par le rappel battu à Dampjoux pour aller contre les rebelles ^ et que son neveu et commensal Jos. Morel s'y était rendu
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comme les autres gardes nationaux. Elle avoua qu'elle avait été désarmée comme fanatique et protesta qu'elle adoptait la constitution républicaine dans tous ses points.
Marie-Agnès Grandjean, tailieuse d'habits, âgée de trentetrois ans, s'expliqua ensuite courageusement en ces termes :
Q. Âs-tu plus de confiance aux prêtres déportés qu'à ceux qui ont adopté la constitution civile du clergé?
R. Oui, je préfère les prêtres déportés et émigrés à ceux qui desservent actuellement en France.
Q. Ne fréquentes-tu pas habituellement des personnes de ton opinion religieuse et n'entretiens-tu pas des correspondances secrètes avec elles ?
R. Je fréquente tous les habitants sans distinction, et personne secrètement.
Le comité ne jugea pas à propos de prolonger ce dialogue, ouvert avec une si noble fermeté, et s'empressa de questionna ainsi J'^''*-Marie Boichot, cultivatrice, âgée de vingt-sept ans :
Q. Assistes-tu aux offices des prêtres qui ont accepté la constitution civile du clergé ?
R. J'y assiste lorsque j'en ai le loisir, mais la liberté ayant été établie en France, j'en use quand bon me semble.
Q. Dans le cas d'une émeute, te rangerais>tu du côté des fanatiques ?
R. Non ; au contraire, mes frères ont couru contre les rebelles, lors du rassemblement du 6 septembre.
J'"«-C1. Richard, veuve Boichot, mère de cette jeune fille, fut interrogée la dernière.
Q. Préfères-tu les prêtres déportés aux autres ?
R. Je les regarde les uns et les autres sous le même aspect ^t je les laisse pour ce qu'ils sont.
Q. Ta famille n'a-t-elle pas été désarmée ?
R. Oui, mais on lui a rendu ses armes.
Q. Tes fils n'ont-ils pas été poursuivis?
R. Effectivement, un nommé F. Gallezot, de Vyt-lez-Belvoir, étant venu acheter des bœufs auprès de mes fils, et voulant les payer en assignats, mes fils lui en ont demandé un prix qu'il a jugé exorbitant, et il les a dénoncés pour avoir méprisé les assignats. L' affaire était devant la justice, lorsque
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J.-B. Crétin, de Saint-ffippolyte, vint me trouver et m'offrit d'arrêter les poursuites moyennant mille livres, que je me vis contrainte de verser entre ses mains. Il me fit même signer un certifieat constatant que je ne lui avais rien donné. Crétin agissait soi-disant comme avoué et fondé de pouvoir de Gallezot, mais celui-ci proteste qu'il n'a rien reçu. Crétin se contenta de donner 15 livres aux gendarmes qai avaient poursuivi mes fils. »
Cette déposition, si infamante pour un homme qui allait être élevé à la tête de la magistrature judiciaire du district, iot pleinement confirmée par le témoignage même de Derriey, lieutenant de gendarmerie, et par plusieurs autres. Mais qu'importait-il? La probité, comme la liberté, n'étaitellepas mise, chaque matin, à l'ordre du jour?
Le 11 octobre, le conseil général du district, après s'être rendu compte de ces interrogatoires, déclara qu'il en ressortait seulement des soupçons de fanatisme contre quelquesuns des détenus ; que d'ailleurs la réclusion des suspects était attribuée aux municipalités, et qu'en conséquence tous les prévenus seraient renvoyés devant la leur pour entendre statuer sur leur sort.
Le comité de Noirefontaine et Villars-s(»us-Dampjoux témoigna, avec une naïveté charmante, du bon esprit qui ranimait, en répondant, le i avril 1794, à la demande du tableau de ses suspects : « Nuos n'en avons aucun ; tous les habitants ont prouvé leur attachement à la constitution par le cri de Vive la république/ » Plût à Dieu que la république elle-même n'eût pas été plus exigeante; elle aurait eu certainement une carrière plus longue et plus heureuse.
L'excellent comité de Soulce, dont on ne pouvait pas attendre moins, répondit également, le 3 mai : « il n'y a que de vrais républicains dans notre commune et point de suspects. » Ce comité ne mentait pas, mais il aurait pu ajouter que tons les habitants, y compris ses membres, étaient restés franchement attachés à l'Eglise et aussi bons catholiques que répnbhcains.
Le comité des Plains, au contraire, dont le patriotisme était obscurci par la passion schismatique, n'était préoccupé
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qoe da fanatisme. D maoifesta, le S7 jaîn, les plos grandes ioqoîétodes « de ce qu'on Tojait les f>artisans des anciens prêtres, sortoot les femmes et les filles, se mettre souvent en caffl|)agne hors de la commnne. » Il décida, en conséquence, que la municipalité ne délifrerait de passe-ports qu'aux chefs des familles suspectes de fanatisme ; et qu'il serait délivré aux autres membres, mais seulement pour les travaux reconnus de la plus grande nécessité, des billets de circulation indiquant les hmites de chaque course, à charge de les rapporter fidèlement, au retour. L.es quatre chefs de famille les pins suspects , Mercier , Bresse , J**-P* Jeanclerc et Marie-Jos. Clerc , furent aussi réduits à ces dernières conditions.
A l'exception de la sœur Chopard, ursurline, aucune des anciennes religieuses retirées, au nombre de vingt-six, dans le district de Saint-Hippolyte, n'eut à subir la prison ou la réclusion à domicile. Mais, toutes également réduites à une indemnité viagère insuffisante, souvent contestée et presque toujours en retard, elles eurent à souffrir les plus cruels tourments de la misère. « Toutes ces femmes, écrivait l'administration du district, le 27 juillet 4794, ne se montrent point ouvertement contre la Révolution ; mais leur conduite équivoque annonce et prouve même qu'elles sont toutes fanatiques et qu'elles tiennent fortement à leurs anciens prêtres. Aucune ne s'est mariée. »
X. Trois cantons du district de Saint-Hippolyte s'étaient maintenus pendant quelque temps à l'abri de la législation contre les suspects. Les clubs s'en émurent et déléguèrent deux de leurs membres les plus ardents, Dessoye, capitaine des douanes, et Maillot, curé de Villars-sous-Ecot , auprès du représentant Bernard, fixé dans la résidence princière de Montbéliard, pour le prier de ne pas laisser plus longtemps à cette partie du district le rare privilège de la paix. Le conventionnel ne trouva rien de plus simple que de charger ces deux agitateurs d'y porter eux-mêmes la désolation et la guerre, et il les pourvut d'une commission analogue à celle de Toumier, dont l'œuvre, pour des raisons inconnues, était restée inachevée.
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Les deux commissaires , enchantés , écrivaient de Blâment, le 27 novembre 1793 : « En conséquence des pouvoirs que les représentants nous ont délégués, notre premier soin a été de nous porter dans les cantons de Mathay, Pont-de- Roide et Blamont. Nous avons eu lieu de remarquer qne les comités établis dans chaque commune étaient pour ainsi dire frappés de nullité, par le peu d'énergie et de connaissances qui y existe, et qu'il était indispensable de prendre les mesures nécessitées par les circonstances, pour anéantir les ennemis de notre répubUque naissante, et frapper tous les citoyens qui voudraient encore s'opposer à notre bonheur commun ou apporter quelque obstacle à l'exécution des lois. Dans les conférences que nous avons eues avec les patriotes de chaque canton, il nous a été facile de voir que Fégoïsme est une des principales causes des maux qui désolent les campagnes. Sur les invitations qui nous ont été faites de toutes parts pour établir des comités de canton, nous avons pensé devoir déférer à cet étabbssement, qui devient terrible pour tous les malveillants. Les trois comités, qui sous peu de jours seront en activité, sont composés chacun de quarante membres choisis dans les communes du canton. Ils tiendront en activité les municipalités et les petits comités. €e qui prouve que cet établissement était nécessaire, c'est qu'à Blamont, le comité, venait de mettre en liberté tous les suspects reclus par la loi, même ceux qui sont chargés de délits graves et importants. Nous avons également établi à Mathay et à DambeUn deux Sociétés populaires; le noyau de chacune est de cinquante patriotes connus et bien distingués. Elles convenaient parfaitement dans ces locahtés. La population étant considérable, les lumières s'y propageront et le patriotisme y prendra une nouvelle vigueur. Nous sommes allés à Montbétiard rendre compte de notre mission au citoyen Bernard. Dans cette entrevue, nous lui avons fait connaître que notre intention était de fraterniser avec nos frères de la Société populaire de cette ville et de leur faire lecture d'une adresse qui peut être utile. Mais cette Société ayant été réduite à dix membres, nous n'avons pu remplir notre but. En conséquence, et de l'avis du représentant,
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noas l'adressons à la Société populaire de Besançon, pour en &ire usage. »
Si à Montbéliard il fallut réduire le club à dix membres, pour être bien sûr de leurs sentiments révolutionnaires, il fut probablement plus difficile encore de réunir dans chacun des cantons de Mathay, Pont-de*Roideet Blamont, quarante persécuteurs ; et il ne parait pas que les espérances de Maillot et de Dessoye, pour la formation de trois comités cen* trauxdans ces cantons, aient été réalisées; ou du moins, oes comités, plus sages que leurs fondateurs, n'ont laissé aucune trace de leur passage.
Dessoye et Maillot avaient été précédés à Blamont par deux autres commissaires des proconsuls. Renaud et Guedot avaient déjà destitué une partie de la municipalité, comme hostile au système terroriste et i la création d'un dub, pour lequel elle avait refusé un local. La municipalité régénérée n'eut rien de plus pressé que de sévir contre les suspects, et le 22 octobre, elle mit en arrestation quinze parents d'émigrés (i). Le comité local, inauguré sur ces entrefaites, sous la présidence de Jos. Masson, ratifia toutes ces arrestations et en ajouta même deux autres le 6 novembre. Le procureur syndic Blondeau, enchanté, émvit, le 5 novembre, à Renaud, de Quingey : « J'ai appris avec plaisir que le comité étabH i Blamont a fait justice des citoyens suspects dont vous m'avez donné la liste. Les citoyennes Masson sont les seules qu'ils n'ont pas cm devoir mettre en réclusion. Deux membres, qui sont venus ce matin chez moi, m'ont donné lieu de croire que ce comité se conduira avec énergie. Je n'ai rien négligé pour l'augmenter. » Mais ce comité, trompant les espérances des deux jacobins, et arrêté, au moment même, par un scrupule d'équité trop rare, réfléchit qu'aux termes de la loi, il ne suffisait pas pour être criminel d'avoir quelque parent émigré, si d'ailleurs cette tache involontaire ne se trouvait pas aggravée par un incivisme personnel. 11 déclara, en conséquence, que toutes les personnes arrêtées
(l)yoir, à U fin du volume, le document n« XXVII, Tabletu des ratpects de Blamont.
LSS SUSPECTS DU DISTRICT DE SAINT-HlPPOLTtE. 191
étant bien connues pour avoir montré du patriotisme, elles ne se trouvaient pas sous le coup de la loi, et il les mit en liberté. Dessoye et Maillot, en arrivant à Blamont, quelques jours après ces élargissements, montrèrent une exaspération Êicile à comprendre. Le comité, sévèrement blâmé, se rétracta le 25 novembre, en déclarant avec humilité qu'il n'avait rendu la liberté aux suspects que par erreur ou ignorance, et pour n'avoir pas bien compris l'esprit de la loi ; et que, par conséquent, tous les détenus seraient remis en arrestation. Mais comme il n'était resté personne à Blamont pour soufflerie feu de la persécution, il ne tarda pas à s'y éteindre. Dès le 37 novembre 4793, on voit Bernard lui-même ordonner l'élargissement des principaux détenus, le notaire Poussoty sa famille et l'armurier Perronne.
Un patriote^ du même nom que ce dernier, J.-Jac. Perronne, devenu président de l'inoffensif comité, écrivait, le 30 mars 1794, au district, qu'on se plaignait beaucoup de ce que le comité était lui-même composé de suspects : honorable sujet de plainte, qui heureusement dura jusqu'à la fin.
Tels furent encore les comités de Seloncourt, Yillars, Roche et Pierrefontaine-sous-Blamont, dont les registres, conservés dans les archives, ne présentent que d'inoffensives élections de présidents et de secrétaires, aux temps marqués par la loi. 11 y a donc lieu d'attribuer à quelque autre autorité Tarrestation d'une femme de Seloncourt, Gath. Grobet , veuve de Gaspard Racine , qu'on voit élargie le 10 janvier 4794, par le district, à charge de se conformer aux lois de la république.
XI. Quoique le bourg de Pontrde-Roide fftt pourvu à la ibis d'un club et d'un comité révolutionnaire, les arrestations paraissent y avoir été fort restreintes. 11 n'en reste qu^me seule, trace dans la commission donnée, le 2 septembre 4794, par le comité, i deux de ses membres, P.-Ant. Vivot et Nie. Jobard, de se rendre à Saint-Hippolyte pour procéder à l'éfaffgissementâeM. J.-Gl.-Félix Monnot, ancien maire, ancien président du district, victime, comme tant d'autres, de i'odienx régime dont il avait été le soutien.
La coramane de Dambelin, dans le même canton, fut moins
favorisée. Dès le 18 septembre 1793, l'implacable Crétin, procureur de la commune de Saint-Hippolyte, arracha à Mairot, procureur syndic du district, Tordre d*aller saisir à Dambelin, au sein de sa retraite, M. Melchior-F.-Ign. Lachenaye, ancien officier et chevalier de Saint-Louis, parent et ami des Blondeau, « prévenu d'avoir tenu des propos inciviques et contre-révolutionnaires et regardé comme suspect. » Crétin prit avec lui Bonnot . commandant de la garde nationale de Saint-Hippolyte, Pascal Bouvier et deux autres jacobins, pour qui ces sortes d'expéditions étaient des parties de plaisir. Ils ne rencontrèrent chez le vieil officier que sa femme et ses enfants, qui répondirent que M. Lachenaye était en voyage pour ses affaires. Crétin et son escorte , voulant vérifier si le voyageur s'était mis eu règle, se transportèrent à la municipalité et constatèrent sur les registres que M. Lachenaye avait efiectivement déclaré, quatre jours aupa- . ravant, son intention de se rendre dans le Jura. Un peu déconcertés, ils retournèrent auprès de M"" Lachenaye et lui ordonnèrent de faire toutes les diligences possibles pour procurer au plus tôt le retour de son mari, faute de quoi, il serait traité comme émigré.
M. Lachenaye s'empressa de venir se mettre entre les mains de ses ennemis et de placer sous leurs yeux un exposé apologétique de sa conduite : « J'étais major au château de Blamont, écrivait-il, et c'est sur ma déposition que le commandant du château a été destitué en 1791 par le général Després-Crassier. Je me suis retiré du service à cause de ma santé, et j'ai recherché la société des citoyens Parguey, Receveur, Boillon, Chaudot, Dulocle et autres patriotes. Toutes les fois que j'ai fait des) voyages, et notamment pour le dernier, j'ai pris toutes les mesures établies par la loi. On m'accuse d'avoir tenu des propos inciviques : qui les a entendus ? On dit que j'ai caché des prêtres ; moi, leur ennemi de tous les temps et qui ai toujours eu avec eux des difficultés. Trop instruit pour être fanatique, si je ne vais point à la messe, c'est que je n'y suis jamais allé que malgré moi et par la crainte d'être apostrophé par les anciens prêtres. Néanmoins j'ai assisté à toutes les procès-
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sions de la Fête-Dieu depuis la Révolution ; personne ne peutlenier. » M. Lachenaye avait eu beau prendre toutes les précautions légales en partant, précipiter son retour, et faire à la fois profession de schisme et d'irréligion suivant Tesprit du moment ; il n'en fut pas moins livré aux tribunaux, le H octobre, comme prévenu de complots inciviques et d'émigration. Cette dernière accusation était d'une iniquité trop criante et trop absurde pour être accueillie par le tribunal, qui se borna à condamner M. Lachenaye à Temprisonnement comme suspect.
Cet officier était depuis cinq semaines déjà à la maison d'arrêt de Saint-Hippolyte, resserré dans un cachot étroit, malsain et sans feu. Sa santé, profondément altérée, empirait chaque jour. Appuyé par les certificats de deux médecins, il demanda, le 30 novembre , à être gardé dans une maison plus salubre et dans une chambre à feu. Le district répondit avec bienveillance que la maison d'arrêt était véritablement trop étroite et très malsaine, quand il s'y trouvait beaucoup de détenus, comme en ce moment ; et qu'un malade ne pouvait y jouir de l'air pur nécessaire au rétablissement desa santé ; que, d'ailleurs, le pétitionnaire n'était condamné qn'à une simple réclusion, et qu'en conséquence , il serait transféré et gardé à ses frais dans une chambre du couvent desursules.
Le malheureux prisonnier put sourire un instant à l'espérance d'un sort meilleur; mais il comptait sans l'infernale méchanceté de Crétin. Cet homme, qui terrifiait tout autour de lui, força les administrateurs du district à se rétracter honteusement trois jours après. Maillot, chargé de colorer cette palinodie, représenta que la police et la salubrité des prisons étaient du ressort des municipalités ; que l'exécution des sentences du tribunal n'appartenait nullement à l'administration , et qu'enfin de graves soupçons d'émigration pesaient sur le prisonnier. Le district renvoya donc M. Lachenaye à se pourvoir auprès de la municipahté et du commissaire près le tribunal, et décida, en même temps, qu'il serait pris des renseignements sur toutes ses démarches et sa conduite depuis la Révolution, pour être statué sur Témi-
gration dont il était si impudemment accusé. Quelque temps après, M. Lachenaye fut transféré, avec les autres suspects de Saint-Hippolyte, au château de Vaufrey, et il vit élargir successivement tous ses compagnons de captivité sans pouvoir obtenir de son ami Blondeau la même faveur.
Le 27 octobre 1793, le comité local de Dambelin arrêta que M"' veuve Colombet, mère d'un jeune homme qu'on supposait émigré, etM"' Barau, sœur de ce dernier, seraient mises en réclusion chez elles comme parentes d'émigré. M"* Barau était la femme d'un chef de brigade de hussards au service de la république. Le 12 décembre, les deux recluses firent représenter au comité qu'il leur était impossible de trouver quelqu'un dans le village pour leur apporter régulièrement de Teau et faire boire leur bétail. Elles priaient qu'on voulût bien adoucir leur sort, en les consignant dans la commune moyennant caution. Le comité, « après avoir mûrement examiné la conduite de ces deux citoyennes, trouva que, loin d'avoir donné aucune marque d'incivisme, elles avaient montré un grand attachement à la Révolution en supportant courageusement toutes ses charges ; » et il s'empressa en conséquence de faire droit à leur modeste demande. Le 44 décembre, un arrêté du représentant Prost les mit en pleine Uberté.
XII. Le comité débonnaire de Dambelin se signala, peu de temps après, d'une manière encore plus honorable. Le 28 décembre, le capucin Delacour, intrus de Dambelin, et Posty, officier municipal, écrivirent au district : « Il y a quatre ou cinq mois, la municipalité ayant fait appeler J""'-Marg. Petitjean, maîtresse d'école, pour prêter serment, elle ne voulut le faire qu'avec réserve de la foi catholique, apostolique et romaine, ensuite de quoi il lui fut défendu de continuer sa classe, et, il y a une vingtaine de jours, le maire et un officier municipal l'ont fait sortir delà maison où elle tenait son école. Les municipahtés de Vaivre et de Remondans, conjointement avec la majeure partie des habitants de Dambelin, en ont fait de durs reproches à ces officiers municipaux et ont décidé de la faire rentrer malgré eux. Cette maîtresse d'école est effectivemeut rentrée depuis deux jours
LES SOSPECTS DO DISTRICT DB SÀIiNT-HIPPOLTTE. 195
et tient classe ouverte. Gomme nous sommes menacés, votre médiation est le seul moyen qui nous reste. Je vous observe (id Tintrus oubliait qu'il parlait pour deux) que la faction fanatique lève impudemment la tète. Cette femme^ qui est accusée d'entretenir et de perpétuer Terreur, soit par ses courses, soit par des rassemblements chez elle , il faut la rappeler à son devoir, ainsi que ceux qui la protègent contre les lois. (1 n'y a point de temps à perdre, parce que les têtes s'échauffent : on insulte et on menace fortement ceux qui veulent l'exécution de la loi. »
La municipalité de Dambelin, ne recevant pas assez vite la réponse du district, revint à la charge le 7 janvier. « Nous sommes seuls pour la loi, écrivait le maire Joly ; hâtez-vous donc de nous tirer de ce pas-là. » La municipalité crut s*en tirer elle-même par un coup de vigueur et mit en arrestation la courageuse institutrice. Celle-ci rencontra un. défenseur du côté où elle devait le moins en attendre ; le comité révolutionnaire lui-même adressa au district un mémoire par lequel il demandait qu'il fût ordonné à la municipalité de relâcher sur-le-champ M"' Petitjean, de la rétablir dans ses fonctions, et même de lui payer des dommages-intérêts. Le 30 janvier, le district transmit ce curieux mémoire au maire et à l'intrus de DambeUn, pour avoir leur avis à ce sujet.
Le canton de Mathay parait avoir joui du même calme que ceux de Pont-de-Roide et de Blamont. Les comités y ont laissé peu de traces fâcheuses, et on ignorerait même qu'il eût fourni des suspects aux prisons, sans une lettre de M. Laehenaye qui constate la présence de plusieurs membres de la iamille Marain, de ce canton, dans la maison d'arrêt de Vanfrey, le 20 décembre 1793. Le comité révolutionnaire d'Ecot écrivait, à la même époque, au district, .pour lui annoncer la disparution de Charlotte Geay, ex-servante du curé insermenté, qui avait été mise en arrestation dans son domicile.
A Saiot-Hippolyte, comme partout, les jacobins accueillirent avec un violent dépit les lois réparatrices qui rendirent la liberté aux suspects. Le 7 septembre 4794, on lut â la séance
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du club de cette ville, deux adresses envoyées à la Convention par les Sociétés populaires de Dijon et d'Auxerre, pour se plaindre de Télargissement des aristocrates, et elles furent couvertes d'applaudissements. Il fut décidé qu'on écrirait aux frères et amis de Dijon et d'Auxerre, pour les féliciter d'une démarche qui respirait si bien le plus pur patriotisme, et qu'on les informerait que la Société de Saint-Hippolyte avait déjà envoyé une adresse dans le même sens à la Convention. Receveur et Bourgeon furent chargés de la rédaction de cette lettre. Ce n'était pas la première fois que le club d'Auxerre, digne correspondant de celui de Saint- Hippolyte, se signalait par son énergie patriotique. Au mois de mars 1794, il avait eu l'ingénieuse idée d'envoyer aux jacobins de Paris une caisse pleine de lard pour graisser la guillotine.
XIII., Ici finit le trop long tableau des souffrances que la législation des suspects fit peser sur le département du Doubs pendant plus de deux années. L'exagération avec laquelle on appliqua presque partout ce code, déjà si cruel, en a fait un objet d'horreur pour la France entière ; et désormais, quelle que soit la violence des partis que les surprises de la politique peuvent amener au pouvoir, les dures épreuves de nos pères auront eu du moins pour résultat de rendre à jamais impossible le retour de pareils excès. L'espoir n'est plus permis de fonder sur cette compression barbare un règne durable, tant qu'il y aura une conscience publique et quelques vestiges d'humanité dans les cœurs. Un parti qui se croirait forcé d'y avoir recours, tomberait bientôt sous le poids de la réprobation universelle et ne ferait que hâter sa chute, en se couvrant d'une éternelle ignominie. Le département du'| Doubs ne fut ni l'un des plus éprouvés, ni l'un des plus ménagés par la loi des suspects ; et l'on peut y trouver un exemple de ce que fut, à cette époque, le sort de la plus grande partie de la France. En récapitulant le nombre des personnes connues sur lesquelles s'appesantit, dans notre déparlement, la main des comités révolutionnaires, on en compte 2,200 condamnées à la prison, 1,500 détenues dans leurs demeures avec ou sans gardes, 300 internées dans leurs communes, et